Coucou tout le monde, voilà la deuxième partie du Round Robin cette partie est beaucoup plus longue que la première :o) Vous verrez ça valait le coup d'attendre ! Je le rappelle c'est le premier round robin que nous faisons et ce n'est pas toujours facile à gérer alors merci de votre patience (et je parle aux lecteurs comme aux auteurs !)

On se retrouve bientôt pour la troisième partie...

Bonne lecture à tous et merci de votre soutien !

Alexielle

Chapitre 8 : Catherine

« Tu es sûre que tu n'as rien oublié, ma chérie ? » je demande à Lindsey qui roule ses yeux en réponse. D'accord, j'admets qu'après les six vérifications qu'on a faites de ses bagages, ma question peut paraître superflue, mais bon je suis sa mère et je ne vais pas la voir pendant dix longs jours et j'ai besoin d'être rassurée sur le fait qu'elle ne manquera de rien.

« Ça va être génial ! Le prof nous a parlé de tous les ateliers et j'ai hâte d'y être. Oh, et on va aussi choisir la pièce de théâtre de l'école. J'ai proposé Songe d'une nuit d'été parce que cette pièce est excellente ! J'espère que ça marchera en tout cas… » ma fille s'exclame. Je ne me lasserai jamais de la voir grandir, et dire que j'ai l'impression qu'hier encore je la tenais dans mes bras pour la première fois. Je sais, je sais, je deviens trop sentimentale, mais bon je n'y peux rien, j'adore ma fille.

« Tu vas me manquer, » je lui dis-je en me garant devant la maison de ma sœur.

« Toi aussi, tu vas me manquer, mais tu verras ce sera fini en un rien de temps. Allez, je file sinon on sera en retard, » elle me prend dans ses bras avant de me faire un gros bisou sur la joue. « Je t'aime maman. »

« Moi aussi, je t'aime mon cœur. Sois sage et appelle-moi. »

« Oui, maman, » elle ricane. « Je te vois dans dix jours alors. Amuse-toi bien avec Sara, » dit-elle avant de fermer sa portière et de se diriger vers le perron de Nancy. Elle se retourne une dernière fois pour me dire au revoir et je profite de son sourire parce que je ne le verrai pas pendant un long moment.

M'amuser avec Sara… mais bien sûr. A choisir, là tout de suite, je pense que je préfèrerai me faire arracher une dent ou deux sans anesthésie. Pourquoi avait-il fallu que je cède à mes instincts protecteurs et à ma curiosité, je vous le demande ?

Non, parce que moi, j'étais partie pour convaincre Sara que ce séminaire à la gomme n'était qu'une perte de temps, j'avais de bons arguments et un speech du tonnerre. Ouais ben une fois que j'étais chez elle hier soir j'avais l'air maligne à contempler ma bière puis ma tasse de café sans piper mot. Résultat des courses… ben… je viens de m'offrir un ticket pour dix jours à 'Thérapie Land' et croyez moi il n'y a rien de drôle là-dedans.

Tout ça c'est de la faute de Sara. Maudite soit-elle d'être aussi vulnérable, aussi… bon sang pourquoi, mais pourquoi fallait-il que je l'ai à ce point dans la peau ?

Hier soir j'étais convaincue qu'on pouvait arriver à régler nos problèmes comme des grandes, pas besoin d'être sous la tutelle d'un stupide thérapeute. Et tout partait dans la bonne direction, enfin c'est ce que je pensais. Il aura suffit d'une question, une seule pour me prouver que ce ne sera jamais aussi simple.

Imaginez la scène, je lui demande quel est son meilleur souvenir d'enfance, après tout, rien de mieux que de commencer par des choses simples et joyeuses. Et là, aussi violent qu'un coup de point dans l'estomac elle m'a répondu que c'était l'enterrement de son père. J'ai cru à une mauvaise blague – après tout elle est adepte de l'humour grinçant, mais non en quelques secondes j'ai compris qu'elle était sérieuse. Je n'ai pas su quoi dire, elle m'a surprise, j'étais prise dans un tourment d'émotions…

On lui avait fait du mal, quelqu'un avait fait du mal à ma Sara… enfin je veux dire à Sara…

J'avais envie de la prendre dans mes bras, de lui dire… je n'en sais rien, j'avais envie de réagir tout simplement au lieu de rester clouée sur place comme un piquet… comme une conne ouais…

Le temps que mon cerveau se mette en mouvement elle me chassait de chez elle. Non pas que j'ai beaucoup résisté non plus. Je pense que c'est mieux de toute façon.

La nuit porte conseil et après avoir dormi dessus je me dis que ce séminaire n'est pas forcément une mauvaise idée, sans pour autant en être une bonne.

Son père, ce salaud lui avait donc fait du mal, en plus quelque chose me dit que ce n'est que la partie voyante de l'iceberg et personnellement je ne sais pas si je suis prête à découvrir ces choses-là. Détrompez-vous, je veux tout savoir sur Sara, tout, absolument tout, seulement, j'ai envie qu'elle me le dise d'elle-même et non pas parce qu'un thérapeute la force à le faire.

Je veux qu'elle me fasse confiance, qu'elle comprenne que je ne lui ferai jamais de mal. Comment le pourrais-je ? Je l'ai dans la peau.

Comment est-ce que je me suis laissée entraîner là-dedans ? Bon sang…

Sara ne sera pas la seule à se mettre à nu, moi aussi, et je n'ai certainement pas envie qu'elle comprenne l'ampleur de ce pouvoir qu'elle a sur moi. Si ça venait à se produire, tout l'équilibre et la dynamique de notre relation seraient corrompus et je sais que c'est moi qui en paierai le prix.

J'arrive devant l'appartement de Sara, elle m'attend déjà. Son expression est des plus froides… super, ça promet d'être un super voyage.

Je m'arrête à quelques mètres d'elle et prend une grande inspiration.

C'est parti pour dix jours de folie…

Chapitre 9 : Sara

Je monte dans la voiture de Catherine en silence et marmonne « B'jour. »

Je peux sentir qu'elle me fixe du regard, mais je fais semblant de l'ignorer. Je ne sais pas ce que j'avais pris hier, mais bon sang ce que je devais planer… c'est la seule explication. 'Je pense qu'on devrait le faire', 'j'ai envie d'avoir une relation normale avec toi Cath', 'mais je crois que ce stage nous ferait le plus grand bien'… des claques ouais ! Voilà ce que je mérite, non mais vraiment comment est-ce que j'ai pu penser pendant une seconde que ce stage était une bonne idée ?

Une fois ma folie passagère terminée, j'ai réfléchi à toutes les conséquences qu'une thérapie avec Catherine pourrait avoir. La réponse est simple, à part tout gâcher – bien qu'il n'y ait pas grand-chose non plus, ça n'aura aucune conséquence positive. C'est vrai, dans le meilleur des cas Catherine ne m'adressera plus jamais la parole et dans le pire des cas elle me fuira comme la peste, bon en gros elle ne voudra plus jamais avoir quelque chose à voir avec moi. Donc oui… aucune conséquence positive.

Elle doit déjà me prendre pour une cinglée doublée d'une psychopathe, c'est vrai quoi, quelle personne saine d'esprit irait dire que leur meilleur souvenir d'enfance était l'enterrement de leur père ? D'accord, c'est la vérité, mais bon pour le coup j'aurais peut-être dû y penser à deux fois avant de le dire à Catherine, même si elle m'avait demandée d'être honnête.

Bon sang… dix jours de calvaire et de guerre psychologique avec ce fichu thérapeute. Je suppose qu'il y a au moins une chose qui joue en ma faveur, ce n'est pas le premier donc tous les pièges psychologiques et les petits jeux, je les connais et j'ai les parades qui vont avec. Ce sera toujours un avantage par rapport à Catherine.

Sachant ce qu'il y a dans mon dossier j'ai plutôt intérêt à la jouer prudemment, parce que sinon Catherine pourrait tout découvrir, tout ! Et ça, ce n'est pas du tout une option.

« Comment vas-tu ? » me demande Catherine après quinze minutes de silence. Je hausse silencieusement les épaules en continuant de regarder dehors. Elle attend cinq minutes, des fois que je me décide à parler, mais je me confonds dans mon mutisme. « Lindsey t'envoie le bonjour » elle essaye une nouvelle fois d'initier un dialogue, mais je reste de marbre.

Elle tente sa chance deux fois après ça avant de laisser tomber. Je sais que j'exagère mais après mûre réflexion j'ai adopté le silence comme politique. Au moins quand je ferme la bouche je ne dis pas de bêtises – je me contente de les penser.

Autant dire que le trajet semble durer une éternité. Ça fait une heure qu'on roule et je sens bien qu'on est loin d'être arrivées – bien entendu c'est dans ces moments-là que la circulation est la plus merdique, comme si la chance vous riait au nez.

« On devrait peut-être faire les courses maintenant, qu'est-ce que t'en penses ? » dit soudain Catherine, une fois encore je hausse les épaules. Cette fois elle se gare rapidement sur le bas côté de la route et arrête la voiture. Je me tourne vers elle et suis sur le point de lui demander ce qu'elle fabrique, mais elle me prend de court.

« Bon, ça va j'en ai assez ! Je ne voulais pas venir ici, c'est toi hier soir qui a dit que tu voulais une relation normale et qu'on devrait essayer cette thérapie à la con… Alors peut-être que ce n'était que des mots en l'air de ta part, mais moi j'étais sincère, j'ai envie d'avoir une relation normale et je pense qu'on pourrait le faire seules, mais je pense aussi qu'avec un peu d'aide ce sera mieux. Quoiqu'il en soit tu l'as dit toi-même, c'est notre décision. Alors si tu veux faire marche arrière dis le tout de suite qu'on en finisse. Mais je te préviens que si on y va il est hors de question que tu gardes cette attitude, ça m'irrite à un point que tu n'imagines pas et je ne te supporterai pas ça pendant dix jours, compris ? Alors vas-y, décide, là, maintenant, tout de suite. Décide si je continue ou si je fais demi-tour, » elle me lance un regard plein de furie, un regard intense qui a un effet magnétique sur moi.

Je reste stoïque avant de me replonger dans la contemplation du paysage extérieur. « J'ai repéré une grande surface pas loin du centre, ça devrait faire l'affaire, » je réponds nonchalamment. Je sais que là je pousse le bouchon et que je ne suis pas en train d'apaiser ses foudres, mais bon, autant ne pas montrer de signes de faiblesse maintenant. Catherine me fixe pendant une minute puis redémarre sans un mot.

Il nous faut encore vingt bonnes minutes avant d'arriver. On s'arrête pour faire des courses et tout se passe en silence, en tout cas jusqu'à ce qu'on arrive en caisse et qu'on se dispute à qui paiera. On décide que de toute façon il faudra refaire les courses donc je paye cette fois et elle paiera la prochaine.

Ensuite on se rend dans ce qui sera notre maison pour les dix prochains jours. Vu qu'il ne nous reste que quinze minutes avant notre rendez-vous avec le Doc Salinger, on ne s'attarde pas sur l'intérieur, on pose juste nos sacs et on range les courses en vitesse avant de repartir.

On n'a pas fait deux pas dans le centre qu'une voix résonne derrière nous. « Mesdames » le docteur nous accueille, assurément il nous attendait. « Je commençais à me dire que vous n'alliez jamais venir. Ravi de vous revoir » il nous sourit.

« On ne peut pas dire que ce soit réciproque Doc, » je maugrée, il sourit, apparemment amusé par mon commentaire. « Je peux vous appeler Doc ? »

« Ça me va » il me sourit.

On reste là en silence, le Doc est en train de nous observer comme s'il évaluait la température de l'eau avant de plonger. Il a ce petit sourire en coin qui me donne envie de le frapper, mais je me retiens et serre mon poing avant de le relâcher.

« Bien, suivez moi dans mon bureau je vais vous parler de votre programme » dit-il avant de nous devancer et d'entrer dans son bureau. Comme d'un commun accord Catherine et moi soupirons avant de le suivre.

Le docteur Salinger attend que nous soyons assises pour de nouveau prendre la parole. « Comme je vous l'ai dit hier, vous aurez différents exercices en plus de nos sessions qui seront, je vous le rappelle, soit individuelles soit collectives. Il s'agit d'un stage sur la confiance. L'objectif est que vous vous fassiez confiance en tant que partenaires sur le terrain, d'où les exercices pratiques, qui consisteront à des mises en situation. Mais il faut que cette confiance dépasse les bornes du travail, d'où nos sessions. Des questions ? »

Catherine et moi secouons la tête de manière négative, toujours en silence. Cinq minutes qu'on est là et j'ai déjà envie de me tirer une balle… dix jours, dix jours ! Bon sang, mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?!

« Je vois, avant de commencer notre session, j'aimerai commencer par un petit exercice. Je vais vous demander de vous lever, » on s'exécute «Bien, maintenant Catherine, mettez vous devant Sara… Sara, reculez d'un pas, très bien…. maintenant Catherine, fermez les yeux et quand vous vous sentez prête laissez vous tomber en arrière… »

Catherine ricane doucement « Certainement pas. »

« Pourquoi ? »

« Qu'est-ce qui me dit qu'elle va me rattraper, » elle questionne.

« Elle a un prénom, ok ! » Je réplique sur la défensive.

« Ouais, peu importe, qu'est-ce qui me dit que je ne vais pas me retrouver par terre ? »

« Continue dans cette voie là et ce ne sera plus une possibilité mais une garantie, » j'enchaîne de plus belle.

Cette fois-ci, Catherine se retourne et se met en position pour une dispute – jambes légèrement écartées, pour l'équilibre ; la tête haute, pour un semblant d'autorité avec une pointe de condescendance ; bras croisés sur la poitrine, pour la force silencieuse. Je l'imite et nous sommes fin prêtes.

C'est parti.

« T'as un problème avec moi Sidle ? »

« Oui, j'ai un problème avec toi, ton côté supérieur et condescendant m'agace. »

« Oh, venant de toi, c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité. »

« 'Qu'est-ce qui me dit qu'elle va me rattraper ?', » je l'imite avec une voix nasillarde. « Non mais tu t'entends ? Ça va je ne suis pas un monstre non plus, bien sûr que je vais te rattraper, banane. »

« Ne me parle pas comme ça ok ?! On ne sait jamais avec toi ! »

« Ça veut dire quoi ça ? Je fais toujours ce qu'il faut, j'assure toujours tes arrières, toi en revanche à part ton cul tu ne te préoccupes pas de grand chose … » je balance. Bien entendu ce n'est pas comme ça que je vois Catherine, mais on se dispute là, donc tous les coups sont permis le but du jeu c'est de surenchérir et d'avoir le dernier mot.

« Va te faire… »

« O-K… Mesdames, du calme… » Le Docteur Salinger coupe Catherine avant qu'elle ne finisse sa pensée.

Voilà, c'est typiquement nous. C'est simple quand on se dispute c'est toujours ce qu'il y a de plus mauvais qui ressort.

Je pense que là ce qui nous énerve c'est d'être ici, résultat on a dévié vers nos vieilles habitudes, mais donnez-nous dix bonnes minutes et on sera de nouveau en bons termes. C'est comme ça que ça marche.

Catherine et moi nous regardons d'un air de défi. « Bon Catherine, faites dos à Sara, fermez les yeux et laissez vous tomber. »

« Non, ce n'est pas la peine, je n'ai pas confiance, » Catherine répond tout de suite, je déteste l'admettre mais ça me fait mal de l'entendre, je garde mon masque neutre cela dit.

« Très bien, dans ce cas changez de place et c'est Sara qui devra se laisser tomber. »

« Inutile, je n'ai pas plus confiance en elle qu'elle n'a confiance en moi, » je réplique. Ce n'est pas vrai, je pourrai lui confier ma vie les yeux fermés, mais son commentaire m'a blessée et la seule réponse que je connaisse à ça c'est de blesser en retour. Et mon coup ne loupe pas, car Catherine détourne son regard, mais pas avant que j'y voie de la peine.

« Il semblerai que vous soyez au moins d'accord sur un point, c'est un premier pas dans la bonne direction. Maintenant vous comprenez l'intérêt de votre présence ici » Doc constate. Sa voix est calme et posée comme s'il n'était pas affecté par toute la tension entre Catherine et moi. « Catherine remettez-vous en position. »

Catherine continue à me défier du regard mais éventuellement fait ce que le docteur lui demande. « Fermez les yeux, respirez calmement… je vais compter jusqu'à trois, et ensuite je veux que vous vous laissiez tomber en arrière » sa voix est douce mais on peut sentir que c'est un ordre plus qu'une demande.

« Un… deux… trois » Catherine se balance légèrement en arrière mais se retient de tomber en faisant un pas en arrière. Le docteur lui sourit un peu. « Catherine, vous devez lui faire confiance. Lorsque vous êtes sur le terrain si un imprévu survient vous n'avez pas le temps de remettre en doute les capacités de Sara, vous devez lui faire entièrement confiance, elle ne va pas vous laisser tomber » il tente de la rassurer.

Catherine retente à nouveau, mais encore une fois elle se retient en faisant un pas en arrière. Elle se remet en place, cette fois-ci je m'approche d'elle et place ma bouche au creux de son oreille. « Je suis là, juste derrière toi, je te le promets » je lui dit calmement avec sincérité, toute l'animosité de tout à l'heure s'est évaporée. Elle se détend à mes mots et je me remets en place.

Elle se balance doucement d'avant en arrière, incertaine de vouloir se laisser aller. Puis finalement, elle se laisse tomber et comme promis je la rattrape. Je peux sentir son cœur battre la chamade à travers ses vêtements. Je la tiens fort et c'est étrange car cette position est un peu inconfortable mais étrangement intime. Catherine se dégage rapidement comme si le contact l'avait brûlée. Elle redresse ses vêtements nerveusement et refuse de croiser mon regard.

« Ce n'était pas si dur, n'est ce pas ? » demande Doc. « Dans dix jours, vous n'hésiterez plus une seconde, c'est une garantie ! »

On le regarde comme s'il avait un troisième œil, s'il croit qu'il va tout régler en dix jours, il est soit très naïf, soit complètement à la masse.

« Bon vous avez une heure pour vous installer ensuite je vous attends dans l'entrée pour le premier exercice pratique. A tout à l'heure » dit-il avant de quitter son bureau. C'est un drôle d'oiseau pour ne dire que ça.

Catherine et moi nous regardons avant de repartir silencieusement.

Je soupire lourdement… c'est officiel je suis en enfer.

Chapitre 10 : Catherine

J'essaye de me calmer, mais c'est trop tard. Deux secondes dans les bras de Sara et c'est la panique à bord. C'est pour ça que je la garde à distance, ce n'est pourtant pas bien compliqué !

Bon reprends toi Cath, on arrête les bêtises maintenant.

On arrive dans notre chalet et on termine de ranger nos affaires. C'est une immense pièce principale avec un comptoir derrière lequel se trouvent une table et la cuisine. Dans le coin living room, il y un canapé et deux fauteuils près d'une bibliothèque et d'une cheminée, puis il y a une grand espace inoccupé. Et pour finir, il y a un lit double, un très grand lit double… le fameux lit double, celui que nous sommes sensées partager.

Plutôt ne pas y penser…

Ensuite il y a diverses portes et un couloir, en explorant un peu, ça nous mène à une grande salle de bains, des toilettes, un espace pour la lessive, et enfin une réserve.

Bon ça va on aurait pu être mal loties, il y au moins un point positif.

« Tu as faim ? » je demande à Sara.

« Non, merci. »

Elle est de mauvaise humeur, je peux le sentir. J'ai remis la distance de sécurité entre nous. Je ne pouvais décemment pas la laisser m'affecter comme elle le fait si bien. On doit vivre ensemble pendant dix jours, il faut que je me surveille que je me contrôle, moi et ce fichu corps et ces fichus sens qui n'en font qu'à leur tête.

« Écoute… pour tout à l'heure… » je commence.

« Laisse tombé » elle marmonne un brin agressive. « Je vais faire un tour. »

« Eh attends, on est sensées retourner là-bas dans… trente minutes » j'essaye de la retenir.

Elle se contente de lever son poignet pour m'indiquer sa montre et sort du chalet sans un mot de plus.

Super…

Je commence à craindre le pire pendant cette cohabitation, Sara et moi avons des tempéraments assez bien trempés, alors ça risque de faire des étincelles.

Quand j'arrive devant le centre Sara est déjà là, elle fixe le paysage d'un air vague. J'espère que le docteur Salinger ne va pas tarder.

En parlant du loup… le voilà qui vient vers nous tout souriant.

« J'apprécie votre ponctualité mesdames. » dit le docteur « L'exercice est simple. Je veux que vous fassiez le parcours d'obstacles devant vous » il pointe un ensemble d'obstacles, des pneus en rang d'oignon, une planche en équilibre, des plots et divers autres objets.

« C'est tout ? » je lui demande confuse.

« A vrai dire non » il répond cryptique. « Sara, voilà pour vous » il lui tend un foulard.

« Qu'est ce que je suis sensée faire avec ça ? »

« Ne bougez pas, je vous montre » il saisit le morceau de tissu et couvre les yeux de Sara. « Voilà, maintenant vous allez suivre les instructions de Catherine afin de finir le parcours d'obstacles »

« C'est une blague ? » demande Sara irritée.

« Non, c'est sérieux »

« Et comment est ce que je fais ça ? Je n'y vois rien ! » rétorque t'elle .

« C'est là le but, laissez-vous guider par Catherine. »

« C'est quoi cet exercice à la con ? Et qu'est-ce que ça a à voir avec la raison de notre présence ? » Sara explose.

« Contentez-vous de faire l'exercice, Sara. »

« Je vais me casser la figure. »

« Catherine est là pour vous guider et prendre soin de vous. Faites lui confiance. »

« C'est débile » Sara s'apprête à retirer le bandeau mais le docteur Salinger reprend la parole.

« Faites-lui confiance Sara, c'est aussi simple que ça. Sur le terrain vous devez lui faire confiance pour votre sécurité et votre vie. C'est le même principe ici. Faites-lui confiance pour qu'elle soit vos yeux lors de votre petite balade. Tout comme elle vous a fait confiance pour que vous la rattrapiez.»

« On va réussir Sara » j'essaye de la rassurer.

« Facile à dire, ce n'est pas toi qui a les yeux bandés. »

« Je vous attendrai à la fin du parcours et on analysera l'exercice après » il commence à retourner dans son bureau. Mais il se retourne au dernier moment. « Une dernière chose » il commence, avant d'attraper les poignets de Sara.

« Eh, qu'est ce que vous faites ?! Vous êtes fou ! » elle proteste alors qu'il lui attache les mains et les enrobe dans des moufles.

« Parfait. Maintenant je vous conseille d'y aller. A tout à l'heure et bonne chance » nous dit-il avant de repartir vers son bureau.

« Je vais me le faire, je vais lui arracher les yeux à ce taré et… » elle commence à marmonner.

« Du calme Sara. »

« Du calme ? Je ne vois rien et j'ai les mains attachées !»

« Je te remercie j'avais remarqué… » je soupire. « Écoute essaye de te détendre et suis mes informations, tout ira bien je te le promets » je ne sais pas ce qui me pousse à agir, mais je m'approche de Sara et prends son visage dans mes mains. Au début elle s'agite un peu plus en essayant de fuir le contact. « Sara, Sara… calme-toi s'il te plaît. On va y arriver, je sais que ce n'est pas confortable, mais il faut que tu me fasses confiance, ok? Je suis là, tu m'entends ? Je suis là… prends une grande inspiration » je lui demande et elle s'exécute. « Très bien, on est parties. »

Je commence à me diriger vers le parcours. « Fais dix pas en avant, suis ma voix, il n'y a rien devant toi, pas de marche, pas d'obstacle. »

Bon sang, cet exercice va être long…

Chapitre 11 : Sara

« Et merde ! » je jure alors que je me retrouve encore par terre. « Non mais, je me dis que je ne suis pas la seule à avoir les yeux bandés ! Est-ce que tu pourrais, s'il te plait, me donner des informations correctes » j'envoie sèchement à Cath. Non mais, ça va bien là, ça fait vingt minutes ou plus qu'elle me 'guide' et je me suis déjà retrouvée cinq fois par terre et je n'arrête pas de trébucher.

« Eh oh ça va, si t'écoutais ce que je te disais on aurait déjà fini. »

« Je t'écoute ! Et depuis tout à l'heure je me casse la figure ! »

« En même temps si tu savais faire la différence entre la gauche et la droite… »

« Et puis merde, j'en ai marre ! »

J'attaque le nœud de la corde qui lie mes poignets et commence à tirer dessus avec mes dents. J'en ai eu des psy complètement dingues, mais alors celui là il bat tous les records. Je ne vois pas en quoi marcher les yeux bandés et les mains liées m'aidera à avoir une relation normale avec Catherine. A part m'exaspérer ça n'a pas d'effets positifs.

« Sara, il faut qu'on finisse ! »

« Finis toi, si ça t'amuse, moi j'en ai ras la casquette. »

Après quelques efforts je réussis à me libérer de mes liens. Je me débarrasse des moufles et retire le foulard qui me couvrait les yeux. Je plisse immédiatement les yeux, la lumière vive étant comme une agression. Catherine me regarde avec désapprobation mais là je m'en fiche complètement. Je me retourne et vois qu'on avait à peine parcouru trente mètres. Vu à quel point ça a été laborieux, je pense que notre performance est loin d'être mauvaise.

« C'est ça, fuis c'est toujours la meilleure des solutions pour toi n'est-ce pas ? » me dit Catherine très énervée.

« Oh ça va, la ferme ! »

Je me dirige d'un pas décidé vers notre chalet, j'ai besoin d'une bonne douche et de linge propre, ça apaisera sûrement mes envies de meurtre.

Je ressors de notre chalet après une bonne vingtaine de minutes et me dirige vers le bâtiment principal pour aller dans le bureau du docteur Salinger. Catherine est dans le hall, assise sur un siège confortable, en train de lire un magazine scientifique. Elle lève la tête et dès qu'elle me voit la colère se peint sur ses traits.

A cet instant précis je n'arrive pas à me souvenir de la raison pour laquelle je voulais tant qu'on donne une chance à ce séminaire, ou du moins une raison autre que la folie passagère.

« Sara, heureux que vous vous soyez décidée à nous rejoindre. Si ces dames veulent bien me suivre » le docteur Salinger désigne son bureau avant de nous laisser entrer.

Je ne suis pas convaincue que de me mettre avec Catherine dans un espace confiné soit la meilleure des idées, mais bon c'est aux risques et périls du docteur.

Catherine et moi prenons place sans même échanger un regard. On commence à bouder chacune dans notre coin.

« Bon, assurément le premier exercice ne s'est pas bien passé » il commence.

Sans déconner Sherlock, tu crois ?

« Ce n'est pas de ma faute, » Catherine se défend immédiatement.

« Ce n'est jamais de ta faute de toute façon » j'en rajoute de plus belle.

« Écoute j'ai suivi les instructions à la lettre, toi tu étais déterminée à tout faire capoter, résultat on n'a pas fini l'exercice et on a dû attendre que Madame veuille bien réapparaître. »

« Tes formidables indications m'ont permis de me casser la figure alors je pense que j'ai des raisons légitimes d'être partie. Cela dit je comprends que tu te sois amusée, de ton côté ça devait drôle à voir… c'est typiquement toi, tu ne te mets jamais à la place des autres, tout ce qui compte c'est ton confort et ton bien-être, » ça y est j'ai de la fumée qui me sort par les oreilles.

« Je suis à deux doigts de t'en mettre une, j'en ai marre de ton attitude d'ado attardée et capricieuse, je… »

« On va jouer à un jeu » dit soudain le docteur Salinger. Catherine et moi le regardons légèrement irritées.

Je regarde Catherine à nouveau « Non mais, c'est quoi son problème à lui ? » je lui demande en pointant le docteur.

Lorsque Catherine et moi nous disputons, personne n'interrompt, enfin ça va de soit, il ne faut pas avoir fait de grandes études pour comprendre ça.

« Mon problème est que vous ne communiquez pas. L'exercice de ce matin aussi étrange qu'il ait pu paraître était justement fait pour montrer le degré de communication entre vous et autant dire qu'il est faible, voire inexistant. J'ai l'impression que les seuls moments où vous vous écoutez sont les moments où vous vous disputez. Or je suis désolé de vous dire ça mais se hurler dessus et se disputer pour savoir qui aura le dernier mot, ce n'est pas de la communication. »

Catherine et moi le regardons avec défi, si seulement nos regards combinés pouvaient le faire disparaître celui là.

« Comme je le disais, nous allons jouer à un jeu. Ça s'appelle 'je n'ai jamais'. Exemple… »

« Je n'ai jamais compris pourquoi tu me détestais autant » je le coupe. Ça va j'ai joué à ce jeu des centaines de fois, plus vite on en aura fini mieux c'est.

« Je ne te déteste pas, ton attitude me tape sur les nerfs c'est différent » Catherine répond sèchement. « C'est vrai, c'est comme si tu avais toujours raison ou réponse à tout et nous autres sommes à peine dignes d'être à ton niveau… tu as cette condescendance naturelle qui m'agace au plus haut point. Juste parce que tu as été à Harvard ne veut pas dire que tu es meilleure que les autres. »

« Je n'ai jamais dit une telle chose » je proteste.

« Mais ton attitude en dit plus que tes mots, Sara ! »

Je suis sur le point de lui répondre avec véhémence mais je décide de garder mes lèvres scellées. De toute façon, elle aura toujours raison, donc aucun intérêt de répondre.

« Ce n'est… »

« Quoi Sara ? Vas-y, dis ce que tu as sur le cœur, c'est le moment ou jamais après tout » Catherine me pousse.

Et voilà, je bloque. Je n'aime pas qu'on me force la main, c'est simple il n'y a rien de pire, je prends ça comme une agression et je me replie sur moi-même pour me protéger.

« Sara ? » Doc m'interpelle.

« Elle a raison » je réponds sans émotion.

« Sara… » il continue.

« Quoi ? Qu'est ce que vous attendez de moi ? » je réplique agressive.

« La vérité Sara, vous ne devez pas vous cacher ou battre en retraite dès que vous vous sentez vulnérable. »

« Je viens de le dire, elle a raison » je persiste et signe.

« Et ben voilà, ce n'était pas si dur que ça d'admettre que tu n'as pas toujours raison » dit Catherine toute fière.

« Sara » Doc me pousse. Il commence sérieusement à me gonfler.

« La vérité ? La vérité c'est que ça fait six ans qu'on fait équipe et pas un seul jour ne passe sans que je n'ai à faire mes preuves pour 'Madame' » dis-je avec un mouvement de tête vers elle. « Six ans qu'il faut que je serre les dents, que je sois la meilleure, que je repousse mes limites, et tout ça pour quoi ? Pour lui prouver que je suis une bonne investigatrice, que j'ai ma place dans notre équipe. Si elle veut appeler ça de l'arrogance, ça m'importe peu » je réponds sèchement. Je peux sentir le regarde fixe de Catherine en train de me brûler la peau mais je décide de l'ignorer.

Pourquoi est-ce que je voulais faire ce séminaire à la noix déjà ? Ah oui, parce que mes sentiments pour la seule personne qui me déteste étaient plus forts que ma raison.

Brillante idée Sidle, brillante idée.

Chapitre 12 : Catherine

Après deux heures de thérapie le Docteur Salinger nous a enfin laissées tranquilles. On ne peut pas dire que cette première session a été des plus agréables. Personnellement je préfère ne pas y penser car j'ai déjà assez de mal à contrôler mes émotions comme ça.

Ben après une journée je n'ai qu'une seule envie, monter en voiture et ne jamais revenir. Si seulement…

Sara a été pénible, c'est le moins qu'on puisse dire, entre l'exercice de cet après-midi, et la session avec Doc, elle n'a pas été coopérative. Et maintenant, on doit passer la soirée ensemble autant dire que ça promet d'être une 'super' soirée. Mais quel enfer…

On entre dans le chalet en silence. Émotionnellement exténuées. Sara va prendre une douche pendant que je commence à ranger mes affaires de manière plus organisée.

Quand Sara émerge, je décide de prendre une douche à mon tour avant de passer à table. Quand je sors de la salle de bain pour récupérer des vêtements propres je manque d'entrer en collision avec Sara. On se regarde et soudain je suis consciente que je ne porte rien d'autre qu'une serviette. Sara semble mal à l'aise et je ne peux pas dire que je sois confortable. On murmure des excuses avant de passer notre chemin, je me dépêche d'enfiler des vêtements.

On se retrouve dans le salon, on est chacune dans notre coin. Je pense que cette première journée aurait pu être pire, cela ne veut pas dire qu'elle était bonne pour autant.

« Je suis affamée, pas toi ? » je lui demande, avant même qu'elle ne puisse répondre son estomac grogne.

« Je suppose que oui » elle rit doucement.

On commence à cuisiner un dîner assez simple. Tout comme lorsqu'on travaille, notre équipe est harmonieuse. Il ne nous faut que vingt minutes pour finir notre tache. On s'assoit autour du bar.

« On ne peut pas dire que cette thérapie marche du tonnerre » dis-je histoire d'établir un contact avec Sara. Contrairement à elle, le silence me met mal à l'aise.

« Qu'est ce que tu croyais ? Qu'après une séance on serait les meilleures amies du monde ? » elle me répond sur la défensive. « Ta naïveté est sans bornes dis moi. »

« Non, c'est juste que… » je soupire. Je n'ai pas envie de me disputer avec elle, la journée a été assez pourrie comme ça. « Laisse tomber. »

On mange en silence, chacune boudant dans son coin. Chaque nouvelle minute qui passe je me demande pourquoi est-ce que je me suis imposée ça.

« Tu me dois une réponse, » je lui dis fermement.

« Quoi ? »

« On a conclu un marché, tu te souviens ? »

Elle soupire en haussant les sourcils, clairement ennuyée. « Pose ta question dans ce cas. »

« Est-ce que tu étais sérieuse quand tu as dit que tu ne me faisais pas confiance ? » je lui demande.

Elle fixe son assiette comme si la réponse était dedans. Je ne sais même pas si elle m'a entendue. Son silence et sa nonchalance m'agacent, cette façon qu'elle a de ne rien prendre au sérieux, ou même de ne pas se préoccuper des sentiments des autres. Par moments tout ça m'agace.

« En partie, oui, » dit-elle finalement.

Je fronce les sourcils. « Et qu'est-ce que tu entends par là ? » je lui demande mais elle se contente d'engloutir une nouvelle bouchée de pâtes. « En partie oui » je lui fais écho. « Soit tu me fais confiance, soit ce n'est pas le cas, ça ne peux pas être les deux » je raisonne.

« Écoute, tu veux une réponse honnête, je viens de te la donner » dit-elle platement.

« Explicite ta réponse dans ce cas, parce que franchement je suis perdue. »

« Tu veux savoir ce qu'est ton problème ? » demande t'elle de façon purement rhétorique. « Dans ton monde tout est soit blanc, soit noir. Il est grand temps que tu comprennes qu'il y a des milliers de nuances de gris. »

Je la regarde en serrant les dents. Ce que j'ai toujours détesté chez elle c'est son habilité à m'atteindre avec ses mots. C'est vrai, si ça avait été quelqu'un d'autre qui me disait ce qu'elle vient de me dire je l'aurais réduit en miettes, mais Sara ? Pour une raison encore inconnue, elle arrive à me faire me sentir faible et vulnérable.

« J'ai en partie confiance en toi. Sur un plan professionnel, je te fais entièrement confiance, sur le terrain je sais que tu couvriras mes arrières en toutes circonstances. Maintenant sur un plan personnel, est-ce que je te fais confiance ? » elle marque une pause. « Désolée, mais la réponse est non. »

Wow. Il n'y a que la vérité qui blesse. Eh bien pour le coup il n'y a aucun doute là-dessus. Sa réponse fait mal à entendre. Je détourne mon regard, et ferme les yeux pendant quelques instants pour ne pas pleurer.

« A quoi tu t'attendais au juste ? Six ans qu'on se connaît et nos rapports sont au mieux conflictuels. Après toutes les remarques désobligeantes, les commentaires démérités et toutes les attaques personnelles que tu as pu me balancer à la figure ce serait mentir que de dire que je te fais confiance. On n'est pas amies Catherine, je le regrette et je veux que ça change, mais juste parce qu'on échange une ou deux blagues, qu'on partage un café, une bière ou qu'on arrive à se tolérer la plupart du temps, ça ne veux pas dire qu'on est amies » elle continue. Son ton est légèrement agressif et je ne peux pas me résoudre à rompre le silence, trop effrayée de laisser mes émotions prendre le contrôle et faire preuve de faiblesse.

« Ne te méprends pas, je ne suis pas en train de dire que c'est entièrement de ta faute si notre relation est des plus déplorables, j'ai tenu un rôle actif dans tout ça. Je me contente d'être honnête. Non, je ne te fais pas confiance en dehors des limites du boulot. Maintenant si tu veux bien m'excuser, je suis fatiguée. »

Je ferme les yeux par réflexe, la lumière du jour étant soudain un brin agressive. Elle se lève et se dirige dans la salle de bain. Je ne peux empêcher mes larmes de couler silencieusement sur mon visage, dès que j'entends la porte de la salle de bain s'ouvrir de nouveau, je me tourne vers l'évier pour ne pas qu'elle me voie pleurer. Je m'occupe de la vaisselle avant de fuir vers la salle de bain.

Une fois seule je fais couler l'eau pour couvrir mes pleurs. Après une minute ou deux je me ressaisis et prends de grandes inspirations. Je me jette un peu d'eau froide sur la figure histoire de reprendre mes esprits.

Je ne peux pas vraiment dire que j'en veux à Sara. Ce qu'elle a dit n'est pas nouveau et je pense qu'au fond de moi je le savais déjà, mais le fait de l'entendre le dire c'est… blessant.

Je me regarde une dernière fois dans le miroir et décide de sortir. Quand je reviens dans la pièce principale Sara est allongée sur le lit et son dos me fait face. Génial, maintenant je me retrouve coincée dans l'intimité d'un lit avec elle, certes, mais j'aurais préféré être seule. Non, ce n'est pas vrai. La vérité c'est que j'ai besoin que quelqu'un me fasse un gros câlin et qu'on me dise que je ne suis pas une si mauvaise personne.

Je soupire, on ne peut pas tout avoir.

Je me couche et me mets en boule. Il y a tellement d'espace entre Sara et moi que deux personnes pourraient nous rejoindre. Je suis tellement épuisée que je m'endors rapidement.

Ma dernière pensée est d'espérer que demain ne sera pas aussi terrible qu'aujourd'hui.

Chapitre 13 : Sara

Je me réveille en sursaut avec un cri d'effroi, la sueur froide dégouline le long de mon dos. Je n'arrive pas à respirer. Où suis-je ?

« Hey… » je sens une main sur mon épaule et mon premier réflexe est de chasser ce contact.

« Ne me touche pas ! Ne me touche pas » je m'exclame en panique.

Il me faut plus d'une minute pour me concentrer et me souvenir de l'endroit où je me trouve.

« Sara… C'est moi. »

Catherine… je suis avec Catherine.

Ma respiration est irrégulière et mon cœur bât à tout rompre. Je sens sa main une nouvelle fois sur moi et je bondis hors du lit. « Non ! »

« Sara… c'est moi, je ne vais pas te faire de mal » me dit-elle doucement.

J'ai besoin d'air j'enfile mon jean en vitesse, prends mon sac et mon manteau avant de littéralement m'enfuir du chalet.

« Je vais prendre l'air. »

« Sara ! Attends, où vas-tu ? Il est deux heures du matin ! Sara ! » J'entends Catherine essayer de me retenir mais je l'ignore.

Je cours à la lueur de la pleine lune et m'engouffre dans la forêt qui entoure le centre. Je cours aussi vite que possible et aussi loin que mes jambes le peuvent. Loin de tout, loin de ces cauchemars qui me terrifient, loin de Catherine car je ne veux pas qu'elle me voie comme ça, je ne veux pas qu'elle comprenne, qu'elle sache ce qui me fait si peur. Je ne veux pas qu'elle ait pitié de moi.

Je ne m'arrête qu'une fois que je sens mes poumons me brûler la cage thoracique et que mes muscles sont si contractés que j'en ai la nausée. Je regarde autour de moi, toute essoufflée. Et il n'y a rien que la nature. Je balance mon sac à dos par terre. Je prends de grandes inspirations mais rien à faire, j'ai toujours le souffle court. Je tremble comme une feuille et je sais que ce n'est pas dû au sprint que je viens d'effectuer.

Soudain ma peur se transforme en rage, je me dirige vers l'arbre le plus proche et commence à l'attaquer avec mes poings. Je m'en veux d'être aussi faible, je m'en veux de laisser toutes mes peurs m'affecter profondément, je m'en veux, j'en veux au monde entier. J'en veux à cet enfoiré qui était mon père, j'en veux à ma mère parce qu'au fond elle n'était pas mieux que lui. Je frappe jusqu'à ce que je n'aie plus de force. Je repose mon front contre le tronc de l'arbre avant de me retourner et de me laisser glisser par terre. Mes émotions gagnent le dessus et je me retrouve à pleurer comme une gamine.

« Arrête tes conneries Sidle ! Arrête de pleurer, ça n'a jamais mené nulle part ! T'es une Sidle et les Sidle ne pleurent pas, compris! » je me sermonne avec rage. J'essuie mes larmes, prends une grande inspiration, reprenant doucement le contrôle de moi-même. Je te dois bien ça Papa, voilà au moins une leçon que j'ai retenue. Il n'y a que les faibles qui se laissent aller, et les Sidle ne sont pas des faibles. Non, on est des durs. Pauvre con, va.

Je prends mon sac et retire ma bouteille de vodka. Je la débouche et en prends une grande gorgée, laissant le liquide me brûler la gorge. Je ferme les yeux et serre les dents. Après un long moment j'en reprends une gorgée. Contrairement à ce qu'on pourrait croire je n'ai aucun problème avec l'alcool. Quand je bois, j'attends le 'déclic', le moment où plus rien ne peut m'atteindre, ni la peur, ni la peine.

Dès les premiers rayons du soleil je me décide à retourner au chalet. Quand j'arrive il n'y a aucun signe de Catherine, je m'empresse de prendre une douche et de me diriger vers le centre.

Quand j'arrive Catherine est assise sur les marches de l'entrée. A première vue je dirais qu'elle n'a pas dormi, elle est pale avec des cernes sous les yeux. Son regard me croise et son inquiétude se change vite en colère.

« Bonjour » je lui dis sans enthousiasme.

Elle ouvre la bouche pour me répondre mais le docteur Salinger apparaît de nulle part et prend la parole. « Mesdames bonjour, j'espère que votre première nuit s'est bien passée » nous demande t-il. Nous haussons les épaules en réponse. « Bien, ce matin, nous allons commencer par un exercice pratique. Il y a un chalet abandonné pas loin d'ici comme vous le verrez sur le plan. Une scène de crime a été organisée vous devez vous équiper de gilets et d'armes de service, il s'agit de se mettre en situation. »

Quelque chose me dit que ce ne sera pas aussi simple que ça en a l'air.

« Je vous laisse donc vous préparer » nous dit-il en nous passant notre équipement. « Une fois l'exercice effectué je vous attend pour un bilan. Bon courage » nous sourit-il.

J'enfile mon gilet et met mon arme en place, puis je me saisis de mon kit et du plan. Catherine m'imite et on se met en chemin. Après cinq minutes de marche la tension entre nous est palpable.

« Tu n'as pas l'intention de t'excuser ? » elle me demande irritée.

« J'ignorais que je te devais des excuses. »

Elle se place devant moi et me bloque la route. Elle croise les bras sur sa poitrine et me regarde avec défi. « Tu te fous de moi là ? Est-ce que tu as pensé une seule seconde à ce que je pouvais ressentir ? Tu t'enfuis au milieu de la nuit, tu es je ne sais où, je me suis fait un sang d'encre. »

« Je n'ai aucun compte à te rendre Catherine. Je suis de retour et je suis saine et sauve. Passe à autre chose» dis-je avec l'indifférence la plus totale.

« Tu sais quoi ? Va te faire voir ! Quand je pense que je me suis inquiétée pour toi… » elle recommence à marcher d'un pas décidé.

Je me contente d'hausser les épaules.

Je suis d'humeur 'vodka', détachée au possible. Je n'ai besoin de rien, ni personne !

Chapitre 14 : Catherine

Rien, pas un excuse moi ni un désolée n'est sorti de sa bouche ! Elle n'a rien dit, absolument rien ! Je suis folle de rage, j'ai passé la moitié de la nuit à la chercher dehors, et j'ai passé l'autre moitié à pleurer, tout juste 48 heures que nous somme là et Sara m'a déjà fait verser mon quota de larmes annuel ! Je la déteste quand elle agit comme ça, quand elle est égoïste, quand elle ne pense qu'à elle, quand elle me repousse !

Je devrais pourtant avoir l'habitude, elle a toujours été comme ça avec moi, mais chaque fois qu'elle me rejette, j'ai mal, mal comme si c'était la première fois ! C'est idiot je le sais très bien, mais c'est comme ça je n'y peux rien ! Quand elle me tient à distance de cette façon elle me brise le cœur, mais l'ennui avec un cœur brisé c'est qu'il continue de battre… et c'est douloureux, très douloureux ! Mais d'une certaine façon je crois que je préférai souffrir, étrange non ?! Pas tant que ça en fait. Je me suis habituée à cette souffrance, elle est en moi, elle fait partie de moi… Oui, je dois l'admettre, je préférais avoir mal plutôt que de ne plus rien ressentir du tout, ni haine, ni colère, ni trouble. Arrêter de souffrir voudrait dire oublier mes rêves, mes espoirs, mes envies… oublier Sara…

Sara… oublier Sara… Peut-être que cela aurait était mieux ? Mieux je ne sais pas mais plus simple ça c'est certain ! Oublier Sara… je n'étais pas prête pour ça et au fond de moi je savais que je ne le serai jamais vraiment…

Secoue-toi Willows ! Arrête de te torturer pour elle… J'ai remarqué ses poings tout à l'heure lorsqu'elle a pris son kit. Ses poings sont rouges et égratignés par endroit, pas la peine d'être un génie pour comprendre qu'elle a frappé quelque chose. Elle avait l'air tellement perdue et à la fois tellement en colère lorsqu'elle avait quitté la chambre en pleine nuit, que cela ne m'étonnait pas qu'elle aie laissé exploser sa rage. J'aurais voulu l'aider, vraiment ! C'est ce que je souhaite plus que tout au monde, l'aider, mais je sais qu'elle ne me fait pas encore assez confiance pour me laisser l'approcher, et je ne supporterais pas d'être rejetée encore une fois.

Quand elle sera prête elle viendra me parler, enfin si un jour elle l'est. Mais je veux que ça vienne d'elle, je ne veux pas la forcer, j'en ai assez de toujours passer pour la méchante qui la braque et la persécute sans cesse. Si elle veut me parler de ce qui s'est passé hier, très bien, sinon tant pis ! Après tout cela ne fera qu'un secret, une barrière de plus entre nous ! Je ne suis plus à ça près.

« Je vais faire le tour de cette vieille cabane abandonnée ! » La voix de Sara me fait sursauter.

Nous sommes déjà arrivées ?! Je n'avais même pas remarqué la vieille bicoque devant moi. Je dois me ressaisir, je ne peux pas laisser Sara monopoliser toute mon attention ! Elle a décidé de garder ses distances avec moi très bien, elle ne me fait pas confiance très bien je me ferai une raison, mais il est hors de question que je la laisse me pourrir la vie cette fois ! Je refuse qu'elle aie un contrôle total sur moi ou sur mes émotions !

« Tu devrais plutôt rentrer avec moi dans cette vieille cabane, on ne sait pas ce qui nous attend à l'intérieur ! » je lui lance tout d'un coup d'un ton autoritaire.

« On ne sait pas non plus ce qui nous attend à l'extérieur ! » réplique t'elle en posant sa malle sur le sol.

« Tu n'es pas curieuse de voir ce qui se trame à l'intérieur ? »

« Non… »

Elle ment, je sais qu'elle ment ! La Sara Sidle avec qui je travaille ne résiste jamais à l'appel d'une scène de crime, jamais… elle ne veut tout simplement pas être avec moi ! Très bien, j'en ai assez, depuis qu'on est arrivées ici, je suis la seule qui semble faire des efforts, elle n'a qu'à faire ce que bon lui semble !

« Très bien retrouve-moi à l'intérieur quand tu auras fini ! » je ne lui laisse pas la moindre chance de me répondre, j'accélère le pas et je m'engouffre dans la cabane abandonnée. Je peux sentir son regard m'accompagner un moment, pendant une brève seconde j'ai le fol espoir qu'elle me rejoigne, qu'elle fasse enfin un pas vers moi, mais elle ne bouge pas…

Mon cœur se serre dans ma poitrine, qu'est ce que j'ai pu lui faire pour qu'elle me déteste à ce point ?! C'est vrai que j'ai fait des erreurs avec elle, je n'ai pas toujours été là quand elle en avait besoin, mais cela ne justifie pas un tel comportement à mon égard !

Willows arrête de te lamenter cinq minutes tu veux ! Tu es ici pour faire un exercice, alors plus vite tu le fais, plus vite tu rentres au chalet. Allez exécution !

Je me concentre sur la scène de crime que je viens de découvrir, enfin concentrée et un bien grand mot, mais je fixe mon attention sur autre chose que Sara. Et ce n'est pas rien !

La pièce est en désordre, et il y a un corps allongé sur le plancher, je m'approche pour me rendre compte qu'il ne s'agit que d'un simple mannequin, il est couché sur le ventre et je peux voir des intestins et des tripes répandus sous lui. Sûrement des abats de cochon, c'est dégoûtant ! Je comprends mieux pourquoi Sara est devenue végétarienne…

Bon sang Willows, tu veux bien arrêter cinq minutes avec Sara ! Juste cinq minutes c'est pas trop demander, merde ! Je pousse un profond soupir, avant de me tourner à nouveau vers le mannequin, je ne comprends pas le but de cet exercice… nous sommes confrontées tous les jours à ce genre de chose, alors je ne vois pas où veut en venir le Dr Salinger. Sara a peut-être raison après tout, il est sûrement complètement fou ! Merde Cath, arrête avec Sara ! Arrête, arrête, bordel sors toi la de la tête !

Je décide de m'approcher un peu plus près du « corps », le travail m'a toujours empêchée de penser à Sara. Je m'accroupie près du cadavre en plastique, et une étrange odeur me chatouille les narines, elle m'est familière mais je n'arrive pas à l'identifier immédiatement, j'ai encore du mal à chasser entièrement Sara de mon esprit, je ne suis pas entièrement concentrée sur la scène de crime. Peut-être qu'en retournant le corps j'arriverai plus facilement à identifier cette odeur, je saisis le mannequin par la manche et le retourne…

Je découvre tout juste son visage quand j'entends un CLIC… et qu'une explosion retentit.

Je suis projetée dans la pièce et je me retrouve allongée sur le sol, la tête me tourne un peu, mes oreilles bourdonnent, il me semble entendre une voix… je crois qu'on m'appelle…

Je vois une couleur : du rouge, et je sens comme une odeur sucrée. La mort peut-elle avoir une telle odeur ? Je ne pense pas, du moins chaque fois que je l'ai sentie sur une scène de crime elle n'avait pas cette odeur… mais peut-être que lorsqu'on meurt c'est différent.

J'ai besoin de fermer les yeux quelques secondes pour me remettre du choc, et je l'entends à nouveau… cette fois j'en suis sûre, on m'appelle.

« Catherine, oh mon dieu Cath ! » Sara se précipite vers moi, je ne la distingue pas très bien avec toute cette fumée blanche.

« Cath, Cath tu m'entends ? Est-ce que ça va ? » je ne la vois toujours pas mais je sens ses mains posées sur moi.

Mon cœur bat à un rythme fou, j'ai peur qu'il me lâche, je ne sais pas si c'est l'explosion qui en est la cause ou si ce sont les mains de Sara sur moi, mais il bat à tout rompre…

La fumée blanche se dissipe peu à peu, pas encore suffisamment pour voir l'intérieur de la pièce mais suffisamment pour que je puisse enfin voir le visage de Sara, elle est si pâle, ses traits sont tirés, crispés même. Je voudrais lui dire que je vais bien, mais aucun son ne sort de ma bouche, je suis encore un peu secouée. Je n'ai pas mal, enfin pas pour le moment, je sens quelque chose couler le long de mon chemisier sur le côté gauche… Sara suit mon regard et je la vois littéralement se décomposer devant moi.

« Oh mon dieu Cath, tu es couverte de sang ? »

« Quoi ? » je lui demande en me tournant pour jeter un œil sur ma blessure.

« Ne bouge pas… »

« C'est étrange je n'ai pas mal… »

« Je suis tellement désolée Cath, je n'aurai pas du te laisser seule à l'intérieur, je n'aurai pas du te faire venir ici tout court ! Pourquoi m'as tu suivie dans ce fichu séminaire ? » je la sens au bord de la panique.

« Parce que j'avais envie de vivre une aventure cauchemardesque avec toi… » lui répondis-je en lui souriant franchement.

« Oh Cath… je… je… » sa voix n'est plus qu'un murmure, elle n'arrive plus à parler, ses yeux brillent d'une telle intensité que je suis sûre qu'elle va pleurer. « Ne bouge pas, je vais trouver de quoi te soigner et dès que ça sera fait j'irais tuer cet abruti de toubib ! » dit-elle en passant sa main dans mes cheveux. Ce simple contact fit circuler suffisamment d'électricité dans mon corps pour illuminer la ville de Vegas pendant une journée entière. Ce qui me troubla encore d'avantage fut la détresse et l'inquiétude que je lues dans le regard de Sara…

Elle était inquiète pour moi… Waouh ! Le sang qui coulait sur mes côtes me colla soudain à la peau, je me sentis gluante, collante, poisseuse même… Je ne pus m'empêcher de passer ma main sur mes côtes…

Sara toujours agenouillée près de moi, semblait lutter contre un flot de larmes… c'est alors que mon rire résonna dans la pièce. Sara me fixa comme si j'étais devenue folle.

« Confiture de fraise ! » lui dis-je en lui tendant ma main pour qu'elle s'en rende compte par elle-même. C'était donc de là que provenait cette odeur de sucre, je n'allais pas mourir.

« Quoi ? » me demanda t'elle en me fixant avec surprise

« Je ne suis pas blessée c'est de la confiture de fraise ! C'est pour ça que je n'avais pas mal, je n'ai aucune blessure »

« Je… oh Cath ! » fut tout ce qu'elle pu dire avant de se jeter sur moi pour me prendre dans ses bras et me bercer de gauche à droite.

« Sara, Sara j'ai besoin d'air tu m'étouffe… »

« Oh oui désolée je… je suis tellement contente que tu n'aies rien ! »

« Aide-moi à me relever s'il te plait »

Sans la moindre hésitation elle saisit mon bras et m'aida à me relever… une fois sur pieds nos regards se croisèrent et il me fallut quelques secondes pour briser l'intensité du moment en tournant la tête.

« Merci » murmurais-je maladroitement.

Une poche en plastique glissa alors de mon gilet…

« Qu'est ce que c'est que ça ? » demanda Sara en se baissant pour la ramasser

« Je ne sais pas » lui dis-je en m'approchant « On dirait que c'est de là que provient la confiture de fraise »

« Qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ? » marmonna Sara en examinant la poche transparente.

« Pas la moindre idée…. A moins que… Sara, tu voudrais bien ouvrir ton gilet ? »

Elle me fixa une seconde avant d'obéir. J'entrepris rapidement de palper son gilet et en quelques secondes je trouvais ce que je cherchais.

« Tu en avais une aussi, glissée dans la doublure ! Je pense que ça doit faire partie de l'exercice… c'est plutôt étrange… »

« Ce psy est dérangé Cath ! Il a presque faillit te tuer… »

« C'était peut-être ça le but de l'exercice ? »

« Quoi donc ? Te tuer ? Il te connaît depuis 48 heures et il a déjà des envies de meurtre ? Alors qu'est ce que je devrais dire… Je… ce n'est pas ce que je voulais dire, désolée» dit-elle en se mâchonnant la lèvre inférieure.

« Je rentre au chalet j'ai besoin d'une bonne douche » fut tout ce que je pus dire.

« Cath attends je… »

« On se retrouve dans le bureau de Doc plus tard » lui dis-je sans même me retourner.

Et voilà, en une phrase elle avait tout détruit, tout gâché, tout saccagé, comme d'habitude.

Sauf que pour une fois ce n'était pas elle qui prenait la fuite, c'était moi…

Après une bonne douche j'avais les idées un peu plus claires… je n'avais aucune envie d'aller voir le Dr Salinger, mais je n'avais pas franchement le choix ! Lorsque je suis arrivée, Sara était déjà là. Elle bondit littéralement de sa chaise en me voyant arriver.

« Comment te sens-tu ? »

« Bien… » Murmurais-je entre mes dents, bien était un grand mot mais je n'avais aucune envie de rentrer dans les détails, et surtout pas avec elle.

« Catherine, Sara, ravi de vous voir en un seul morceau, si on passait dans mon bureau ? »

Une fois dans son bureau, Sara ne prit même pas la peine de s'asseoir avant d'exploser :

« Vous êtes dingue ou quoi ? Ca vous a amusé de faire ça ! »

« Faire quoi Sara ? » lui demanda calmement le grand blond.

« De faire sauter ce putain de mannequin ! Ca aurait pu être dangereux ! » hurla t'elle

« Il était chargé avec de la farine Sara, vous ne risquiez rien ni l'une ni l'autre, et vos armes sont chargées à blanc, il est impossible que vous soyez blessées durant cet exercice ! Secouées oui, blessées non ! » assura Salinger sûr de lui.

« Catherine était tellement près lorsque votre saloperie a explosé qu'elle à été projetée dans la pièce, elle aurait pu être blessée ! Vous êtes inconscient ou quoi ? »

« J'en déduis que si Catherine était si près, et que puisque vous êtes tellement en colère, vous n'étiez pas là quand tout a explosé c'est ça ? » lui demanda-t-il en la fixant puis en me regardant à mon tour.

« Je… »

« Non elle n'était pas là ! Elle faisait le tour de la cabane à l'extérieur quand c'est arrivé… »

« Je vois… »

« Non vous ne voyez rien, rien du tout ! Vous n'étiez pas là Dr Saligner quand je l'ai trouvée sur le sol à demie inconsciente ! Vous n'étiez pas là non plus quand j'ai cru qu'elle était blessée, quand j'ai cru que j'allais la perdre ! » dit-elle furieuse, le rouge de la colère lui montant aux joues.

Mon cœur rata un battement, puis un second… Sara avait eu peur de me perdre ? Moi ?!

« Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez cru perdre Catherine ? » demanda le Doc.

Toute mon attention se tourna vers Sara, mais je n'avais pas le courage de la regarder du moins pas encore… Je l'entendis se racler nerveusement la gorge avant de répondre…

« Je… j'ai eu peur… je me suis sentie vide, vide et coupable ! Voilà ce que j'ai ressenti Doc » lâcha t'elle avant de tomber sur le canapé près de moi.

« Coupable de quoi ? » les mots m'avaient échappé, je ne pouvais toujours pas la fixer mais j'avais besoin de parler avec elle, besoin de comprendre ce qui s'était passé à ce moment-là.

Sara garda le silence quelques minutes.

« Sara, elle vous a posé une question. » rappela Doc comme pour la sortir de son monde intérieur, elle faisait souvent ça, mais je n'avais jamais réussi à la rejoindre là-bas ni à l'en faire sortir d'ailleurs. Dans ces moments-là, elle m'était inaccessible encore plus que le reste du temps…

« Je me suis sentie coupable de ne pas être là pour elle et… »

« Sara ce n'est pas moi qui vous aie posé la question, répondez directement à Catherine ! » l'encouragea t'il en me désignant du menton.

Je la sentis se crisper, puis elle poussa un profond soupir, avant de me jeter un rapide coup d'œil : « Je me suis sentie coupable de ne pas avoir été là pour toi, coupable de ne pas avoir été là quand tu en avais besoin, coupable de ne pas avoir su te protéger, coupable de t'avoir abandonnée là toute seule, et pire que tout coupable d'avoir trahi Lindsey » dit-elle en baissant la tête.

« Lindsey ?! Pourquoi tu me parles de Lindsey ? Pourquoi aurais-tu trahi ma fille ? Je ne vois pas ce qu'elle vient faire dans cette histoire ? » lui demandais-je surprise en la regardant pour la première fois depuis qu'on était entrées dans ce bureau.

Sara se mit alors à jouer nerveusement avec ses doigts.

« Répondez Sara ! » murmura Doc.

« J'ai promis à Lindsey de veiller sur toi quand on est sur le terrain ! Voilà pourquoi je l'ai trahie ! »

« Mais pourquoi lui as-tu promis une chose pareille ? »

« Je… Cath tu es le seul parent qui lui reste… quand Eddy est mort, je… Lindsey était morte de peur à l'idée de te perdre toi aussi ! Alors je lui ai promis de toujours garder un œil sur toi ! Et c'est ce que j'ai essayé de faire toutes ces années, même si quelque fois ça n'a pas été simple… »

Je ne savais pas quoi dire, je découvrais Sara sous un nouveau jour et ce que je découvrais d'elle aujourd'hui la rendait encore plus attirante à mes yeux !

« Sara tu n'as pas trahi Lindsey, je suis toujours là et je vais bien ! Tu n'as pas à t'en vouloir ce n'était qu'un exercice rien de plus. »

« Peut-être mais j'ai quand même manqué à ma parole, je lui avais promis de ne jamais te laisser seule sur une scène de crime ! »

« Ce n'était pas vraiment une scène de crime Sara, et puis tu sais moi aussi j'aurai du faire plus attention je n'étais pas concentrée sur ce que j'étais en train de faire, j'ai senti une drôle d'odeur et je ne me suis pas méfiée… j'étais ailleurs » c'était dur à admettre mais j'avais moi aussi ma part de responsabilité dans se fiasco.

« C'est ma faute, à cause d'hier soir… Tu n'aurais jamais été si peu concentrée sinon ! Tu étais en colère contre moi et moi contre toi, la rage a obscurci mon jugement ! Je suis désolée Cath je ferai plus attention, je ne veux pas que tu sois blessée par ma faute ! »

« Bien, ça c'est ce que j'appelle une bonne séance Mesdames ! Vous avez compris le principe de l'exercice, quel que soit votre état d'âme, ou votre état d'esprit quand vous êtes sur le terrain ça ne compte plus ! Vous devez être là l'une pour l'autre ! C'est tout ce qui prime, peu importe que vous soyez en désaccord avec l'autre à ce moment-là, vous devez toujours être présente pour votre co-équipière, toujours, votre vie peut en dépendre ! Vous êtes une équipe, vous m'entendez une équipe, et dans une équipe on se serre les coudes ! Allez, dites-le avec moi : Nous sommes une équipe ! »

Après une légère hésitation et un regard rapide sur Sara, nos voix se mêlèrent pour ne plus en faire qu'une : « Nous sommes une équipe ! »

« Plus fort ! » nous encouragea Doc

« Nous sommes une équipe ! »

« Parfait ! Nous avons bien avancé aujourd'hui je suis fier de vous, de vous deux. Je voudrais que ce soir vous partagiez quelque chose… »

« On partage déjà notre lit Doc ! » le coupa Sara sur un ton espiègle.

« Très fin Sara, vraiment très fin ! Puisque vous avez l'air d'humeur à jouer c'est parfait. Je veux que ce soir vous partagiez l'un de vos passe-temps avec Catherine, c'est compris ? »

« Mais je… » protesta t'elle

« C'est compris ?! »

« Compris, de toute façon j'ai cru comprendre qu'on avait pas le droit de dire non ici ! »

« Je vois que ça commence à rentrer ! Bien on se voit donc demain matin 9h30, Catherine je vous verrais en séance individuelle, quant à vous Sara vous irez participer à l'atelier peinture avec des intervenants extérieurs »

« Pourquoi est-ce qu'elle va faire de la peinture, pendant que moi je me retrouve coincée ici avec vous ? » observais-je piquée au vif. Pourquoi voulait-il me voir moi, en entretien individuel ? Pourquoi, mais pourquoi, je n'avais absolument rien à lui dire, absolument rien.

« Du calme Catherine ! On se voit seulement pendant deux petites heures, ensuite vous échangez, vous peinture et Sara viendra en séance avec moi ! Sur ce, bonne soirée mesdames » dit-il en refermant son cahier devant lui avant de se lever et de quitter la pièce. Nous plantant Sara et moi.

« De la peinture, ben y manquait plus que ça… Bienvenue en maternelle ! » marmonna Sara en se levant.

« C'est pas toi qui m'a dit il y a quelques jours, vois ça comme une grande colo Cath ! Ben bonne nouvelle je suis en train de me mettre dans l'ambiance ! » lui répondis-je avant de quitter la pièce à mon tour, la grande brune sur les talons, en me dirigeant vers notre chalet.

Chapitre 15 : Sara

Quelle journée ! J'étais épuisée, épuisée mais ravie… j'avais enfin réussi à communiquer avec Catherine, à vraiment lui dire ce que j'avais ressenti aujourd'hui et je m'étais sentie tellement mieux ensuite. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien !

A peine arrivée au chalet j'avais foncé dans la salle de bain pour prendre une bonne douche et me débarrasser des restes de Vodka d'hier soir. Je me sentais bien…

Aujourd'hui j'avais cru perdre Catherine et finalement je m'étais rapprochée d'elle, du moins me semblait-il… Elle était là dans la cuisine, elle me tournait le dos.

« J'aime bien t'entendre chanter, c'est plutôt rare, dit-elle sans se retourner, je vais me faire du thé tu en veux ? »

« Euh oui merci… » je ne m'étais même pas rendue compte que je chantonnais, étrange.

Je pris place sur un tabouret de l'autre côté du bar et mon regard se porta de suite sur Catherine. Je voulais lui dire combien j'étais heureuse de l'avoir à mes côtés, combien son geste de m'avoir accompagné ici m'avait touché mais je n'y arrivais pas. Je voulais traverser la pièce pour la prendre dans mes bras, pour être sûre qu'elle était bien là, qu'elle allait bien après la journée qu'on avait passée mais je savais que je ne pourrais jamais le faire. Je la regardais simplement, tandis qu'elle s'agitait dans la cuisine.

Après quelques minutes, Catherine prit conscience de mon regard sur elle mais incertaine quant à sa signification elle ne dit rien, quelque minutes s'écoulèrent à nouveau, cette fois elle se retourna et me sourit gênée : « Quelque chose ne va pas ? » me demanda t'elle en rabattant quelques mèches rebelles derrière son oreille.

« Non, non tout va bien, pourquoi ? »

« Je ne sais pas tu me fixes d'une drôle de façon… »

« Désolée, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise »

« Ce n'est rien » dit-elle en posant une tasse de thé devant moi avant de faire le tour du comptoir pour venir s'asseoir près de moi.

« Sacrée journée pas vrai ? » me demanda t'elle en fixant son thé.

« Ouais sacrée journée et elle n'est pas encore finie… »

« Pourquoi dis-tu ça ? » dit-elle en fronçant les sourcils.

« Tu as oublié ce qu'a dit le Doc, je dois te faire partager l'un de mes passe-temps ce soir »

« Oh ça… tu sais, tu n'es pas obligée Sara, je lui dirais que j'étais trop fatiguée »

« Non, non j'y tiens, et puis c'est un exercice que je devrais réussir sans trop de peine ! »

« Ouais un exercice… » répéta t'elle en posant sa main sur sa tasse.

« Est-ce que tout va comme tu veux Cath ? »

« Oui bien sûr… alors quel passe-temps vas-tu me faire découvrir ? Comment Sara Sidle passe t'elle son temps libre ? »

« Je ne sais pas si il y a ce qu'il faut, je reviens » lui dis-je en sautant de mon tabouret pour aller dans le cagibi. « J'étais sûre d'en avoir vu un hier, ah ah le voilà ! » Catherine se tourna vers moi quand elle m'entendit revenir au salon.

« Oh non, tu plaisantes ? Tu n'es pas sérieuse là Sara ? Tu te moques de moi ! » dit-elle en regardant la boîte que j'avais entre les mains.

« Non je ne me moque pas de toi, j'adore le Scrabble Cath ! »

« Ce sont les personnes âgées qui jouent au Scrabble Sara ! Nous n'avons pas 70 ans, bon moi je n'en suis plus très loin mais toi ?! Tu aimes vraiment ce jeu ? »

« Pour commencer si tu es vraiment proche de tes 70 ans permets-moi de te dire que tu es loin de les faire ! Et ensuite, oui j'aime vraiment ce jeu, j'y jouais souvent avec ma grand-mère, c'est elle qui m'a appris à lire et à écrire avec le Scrabble… »

« Ok ok très bien je me rends, mais juste une partie » dit-elle en levant les mains devant elle.

« Très bien juste une partie, je n'aurai pas besoin de plus pour te battre de toute façon ! »

« Ah oui vraiment c'est ce que tu crois, pose un peu le plateau par là que je te botte les fesses Sidle ! Je n'ai jamais perdu un seul concours d'orthographe depuis la primaire. »

« Il y a un début à tout très chère… et puis le Scabble ça n'a rien à voir avec les concours d'orthographe, c'est un cran au dessus »

« C'est ce que nous allons voir ! » dit-elle en me rejoignant au salon, en posant sa tasse sur la table basse, avant de s'asseoir par terre en face de moi.

« Chromatine 16 points ! » dit Catherine en posant ses lettres sur le plateau de jeu.

« Algorithmique, lettre compte double, mot compte double, 40 points et je reprends la tête ! »

« Je suis prête à parier que tu as fait une faute d'orthographe là ! » marmonna t'elle en portant sa tasse à ses lèvres.

« Est-ce que tu sous-entends que je triche ? » lui demandais-je en fronçant les sourcils.

« Ca se pourrait bien… »

« Tu m'accuses de triche ?! J'ai fait Harvard, je sais quand même écrire algorithmique ! »

« Ce n'est pas parce que tu as fait Harvard que cela veut dire que tu ne triches pas ! »

« Très bien ! On a qu'à vérifier dans le dico et on sera fixées. Mais si j'ai raison tu me payeras cet affront Cath, c'est compris ?! »

« Très bien… » dit-elle en s'emparant du petit dictionnaire qui se trouvait dans la boîte.

« Alors ? » lui demandais-je en me dandinant sur le canapé.

« Alors rien ! Ce dictionnaire est trop vieux je me trouve pas ton mot ! »

« Menteuse ! Fais voir ça ! » lui dis-je en lui prenant le petit livret des mains. « Ah ah, algorithmique ! ! J'ai raison ! Ca fait longtemps que j'attendais ce moment ! »

« Quel moment ? Le moment où tu me montres que tu sais lire ?! Bravo Sidle ! » me lança t'elle d'un ton léger.

« Non le moment où pour une fois c'est moi qui aurai le dernier mot, le moment où c'est moi qui aie raison ! »

Mais quelle imbécile je fais, mais qu'est-ce qui m'a pris de dire un truc pareil ?! La soirée était parfaite, parfaite, et en dix secondes j'ai tout foutu en l'air ! Moi et ma grande gueule, je n'aurai pas pu juste la fermer. Elle me regarde d'une étrange façon, je peux sentir que l'ai blessée…

Je me prépare pour un nouvel affrontement, je sais qu'elle va me renvoyer le coup dans 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4 …

« Je suis désolée Sara… »

Et voilà ! Quoi ? Elle est désolée ?! C'est ce qu'elle vient de dire ?

« Je n'ai jamais été juste avec toi, tu méritais mieux, beaucoup mieux… »

Je n'en reviens pas… elle me demande pardon ? Wahou, Catherine Willows s'excuse pour la première fois en presque six ans ! Finalement on ne sera pas venues ici pour rien ! Salinger n'est peut-être pas si fou que ça après tout…

« C'est déjà oublié ! » Mais non ce n'est pas oublié qu'est-ce que tu racontes Sidle ?! T'es folle ou quoi, depuis le temps que tu attends ça, tu la laisses s'en tirer comme ça ? Tu tournes vraiment pas rond ma pauvre fille ! « Mais si ma mémoire est bonne tu m'as traitée de tricheuse tout à l'heure, je dois te punir pour ça… » murmurais-je en me levant.

Je la vis paniquer une seconde, une vraie seconde de pure panique… je lui souris pour la rassurer un peu, avant de m'agenouiller près d'elle. « Je suis désolée Cath mais tu ne me laisses pas le choix… » Et sans crier gare je me suis jetée sur elle, pour la chatouiller encore et encore !

« Sara non arrête, Sara s'il te plaît ! » ne cesse t'elle de glousser entre deux fous rires, tout en se tortillant sous mes doigts. « Je ne vais pas me laisser faire Sidle » dit-elle en allant chercher tout son courage pour passer à l'offensive mais en vain, elle avait roulé sur le sol et j'avais entièrement basculé sur elle. Nos regards se croisèrent alors… et je n'avais plus la moindre envie de la faire rire à ce moment-là… c'était comme si nos âmes entraient en connexion, c'était étrange, étrange et intense… c'est alors que son jean se mit à vibrer.

Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que son portable s'était mis à sonner, et il me fallut quelques secondes, pour réaliser qu'elle ne pouvait pas répondre tant que j'étais sur elle et que je la maintenais au sol. D'un bond j'étais debout et je me mis à tourner dans la pièce comme un lion en cage. Catherine se rassit à sa place avant de décrocher son portable.

« Hey bébé comment vas-tu ? Et ce stage ? Chérie, chérie, parle moins vite je ne comprends rien à ce que tu me racontes ! Oh c'est bien ça, tu t'es amusée ? »

Catherine s'était mise à rayonner en entendant sa fille au téléphone. Je décidais donc de lui laisser un peu d'intimité en la laissant seule dans le salon. Direction la chambre, et hop en pyjama. La journée avait été épuisante et ma partie de chatouilles avec Catherine avait eu raison de mes dernières forces. Vingt minutes plus tard Cath me rejoignait.

« Lindsey t'embrasse » me dit-elle en se glissant sous les draps.

« Elle s'amuse bien ? » demandais-je à Catherine en me tournant pour lui faire face.

« Elle s'amuse comme une folle ! Elle est ravie ! »

« Tant mieux je suis contente qu'elle s'amuse ! »

« Ouais elle a de la chance, remarque je me suis bien amusée ce soir, merci ! »

« Merci pourquoi… »

« Pour le Scrabble ça faisait des années que je n'y avais pas joué et je me suis bien amusée »

« A ton service »

« Je suis épuisée il est grand temps de dormir ! » dit-elle en éteignant la lumière. « Bonne nuit Sara ! »

« Bonne nuit Catherine… Cath ? »

« Hum… »

« Tu ne m'as pas posé de question aujourd'hui, tu… tu as oublié notre accord ? »

« Non bien sûr que non mais étant données les circonstances, je me suis dit… »

« Que je n'aurai pas envie de te répondre sincèrement si tu me demandais quelque chose »

« Oui c'est un peu ça ! »

« Cath nous avons un marché, un marché est un marché, je t'écoute »

« D'accord » dit-elle en se redressant avant de poser sa tête sur sa main. « C'est vrai que tu as eu peur de me perdre aujourd'hui ? »

La question me heurta de plein fouet : « Oui… j'ai vraiment eu très peur Cath ! »

« Pourquoi ? » chuchota t'elle en se rapprochant un peu.

« Parce que contrairement à ce que tu penses je ne te déteste pas ! C'est vrai que j'ai parfois du mal à te comprendre mais je ne te hais pas ! Je… je tiens à toi Catherine, même si nous ne sommes pas de vraies amies, tu fais partie de ma vie, de mon équipe ! Tu es dans toutes mes journées, les bonnes comme les mauvaises. Si… si il t'arrivait malheur, si je te perdais, avec qui est-ce que je chamaillerais hein ? Personne d'autre n'est à la hauteur ! Tu es la seule qui peut me tenir tête… »

Je sentais le souffle de Catherine proche de moi, tout proche et puis je sentis soudain ses lèvres se poser sur mon front, le contact fut rapide tout juste quelques secondes : « Je serai toujours là pour me chamailler avec toi Sidle ! C'est promis… Fais de beaux rêves… » dit-elle avant de se tourner de son côté.

Il parait que lorsqu'on va mourir on voit son ange… que doit-on en déduire si il partage votre lit depuis déjà deux nuits ?!

La distance entre nous dans ce lit immense était toujours là, mais ce soir, il n'y avait plus la colère ni toute la tension qui nous habitaient hier soir. Catherine se rapprochait de moi, peut-être que j'arriverai à l'atteindre un jour… finalement cette thérapie n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Peut-être même que je ne ferai pas de cauchemars cette nuit… oui qui sait ?! Après tout, j'ai un ange à mes côtés…