Bonjour à toutes et à tous, et bonne rentrée, autant que possible pour les concerné(e)s!
Oui, je sais, ce chapitre a tardé à arriver. Que dire? Mon inspiration, une réflexion sur le fond et l'ambiance assez particulière de ces derniers temps ont influencé mon écriture, et c'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai donné naissance à l'autre projet en cours. Toutefois, il est hors de question pour moi d'abandonner quoi que ce soit, et le prochain chapitre est entamé jusqu'au premier tiers avec les sous-intrigues déjà dessinées.
Je vous remercie sincèrement pour l'engouement que vous témoignez envers cette fiction, cela me surprend autant que ça me ravit, et j'espère que cette suite sera à la hauteur.
Disclaimer: -Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.
Réponse aux reviews anonymes:
-Yuna : Merci pour ton enthousiasme aussi touchant qu'adorable ! Je suis bien contente que ça t'ai plu, et que tu aies trouvé certaines réponses à tes questions ! Si tu as ri, ma foi, que demander de plus ? C'est l'idéal pour moi ! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances.
-Cindygemini : Merci à toi ! En dépit de ton non-amour du yaoi, tu es venue jeter un œil ici et je suis heureuse de ne pas t'avoir déçue !
-Floelfe57 : Je suis bien contente que tu aimes cette fiction ! Camus n'est pas gâté en effet, mais Milo lui remonte le moral avec plaisir ! Non, le rating restera en T, navrée pour vous ! Mais après, ce qui se passe hors caméra, c'est à vous de l'imaginer comme vous voulez hein ! Merci beaucoup en tout cas !
-Leia26 : Merci à toi.
-Emma daverc : Merci d'avoir reviewé ! Je suis heureuse que tu aies aimé, et si tu lis cette suite, j'espère qu'elle sera à la hauteur de tes attentes.
NB: Un immense merci à Talim76, comme toujours amie et lectrice fidèle, qui n'a eu de cesse de m'encourager à écrire ce chapitre. Sans elle, je suis absolument certaine que je n'aurais pas réussi à finir. Remerciements également à toutes les gentilles lectrices qui m'ont renouvelé leur soutien et leur enthousiasme.
Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture!
Panem et circenses.
Une légère somnolence s'était emparée des chevaliers d'Or. Bercé par le lent chantonnement d'Aldébaran, parti dans un air populaire du Brésil, et par les mouvements de l'eau, guidée par la volonté de son amant, Milo se sentit lentement perdre conscience afin de s'accorder une très longue sieste. Avec un peu de chance, il se réveillerait lorsque cette plaisanterie bien trop longue serait arrivée à son terme.
…
Merveilleux, voilà qu'il faisait des jeux de mots à présent ! Et de mauvais goût de surcroît. S'il commençait à ressembler à Shion, il pouvait aussi bien se mettre la tête sous l'eau pour de bon. Après tout, ce n'était pas comme s'il avait grand-chose d'autre à faire pour l'instant. Il se demanda d'ailleurs si Athéna prévoyait de les faire camper dans les thermes ou pas… Non mais juste histoire de s'organiser un peu. Ce n'est pas comme s'il avait exactement pu diriger sa vie comme il l'entendait depuis qu'il était né mais bon. S'ils avaient l'entraînement suffisant pour veiller plus de vingt-quatre heures, hors période de guerre, cela ne leur disait trop rien, là tout de suite. Et Aphro' allait encore les emmerder avec ses histoires de cernes et de mauvais teint et ça, franchement, il ne le sentait pas, mais alors pas du tout. L'ambiance était déjà lourde de fatigue nerveuse, de sentiments mêlés car trop remués et de prises de tête, si en plus leur camarade commençait à leur faire les éloges ou les blâmes de sa vision esthétique, clairement, ils pouvaient tous demander aux jumeaux de leur balancer leur illusion démoniaque, ce serait certainement bien moins douloureux.
Alors qu'il contemplait la masse d'eau en mouvement autour d'eux, il trouva tout à coup fortement étrange qu'aucun n'ait émis le souhait de se rendre aux lieux d'aisance jusqu'à présent. Lui-même n'en avait absolument pas ressenti le besoin, pourtant, il restait un homme et s'il été capable de se retenir raisonnablement, il trouvait tout de même relativement suspect de ne pas en avoir tout simplement conscience… Dans un élan psychique franchement peu ragoûtant, il songea qu'Athéna se servait probablement de son cosmos pour les empêcher d'avoir envie de se rendre aux toilettes. Il ne voyait pas d'autre explication au fait qu'ayant déjà passé plus d'une demi-journée enfermés, aucun d'eux n'ait manifesté jusqu'à présent le souhait de se soulager. Et ce n'était pas comme si l'un d'entre eux avait suffisamment de pudeur pour cacher son souhait aux autres, en particulier l'Italien ou lui-même. S'ils se desséchaient certainement lentement dans les thermes, cela ne suffisait pas à expliquer cette surprenante capacité anti-diurétique. Leur Déesse se mêlait donc de leurs problèmes de vessie.
Formidable, c'était purement formidââââble. Il se frotta le front violemment. Shura accepterait-il de lui passer sa corde ?
Un mouvement associé au bruit d'un corps qui s'extirpe de l'eau sortit le Scorpion de son désespoir. Ouvrant paresseusement un œil, le nez enfoui dans les mèches de Camus, il tomba directement sur un spectacle pour le moins charmant: Aphrodite, dans le but visible d'aller se savonner, se dirigeait vers l'un des bords du bassin essorant ses cheveux d'un air distrait afin de rendre son eau à qui de droit. Après tout, il n'avait pas tort : quitte à être enfermés là, autant en profiter pour user et abuser des facilités mises à leur disposition. Ce serait tout de même un comble que de ne pas être propre au bout de presque douze heures d'enfermement dans une salle dédiée à la propreté. Surtout qu'au vu des conditions sanitaires déplorables du Sanctuaire, pendant bien longtemps, tous les chevaliers d'Or s'étaient toujours contentés du strict minimum question hygiène, la bassine d'eau gelée n'encourageant guère à patauger pendant des heures.
Exception faite bien évidemment du sieur Camus qui, à défaut de les adorer, avait bien moins de difficultés qu'eux à s'en servir. Combien de fois n'avait-il observé, sidéré et admiratif à la fois, son glacial compagnon se jeter à la figure des seaux d'eau à la température bien trop basse ?
Lui-même avait feulé tel le chat échaudé moyen un nombre incalculable de fois lorsqu'il devait se laver à un retour de mission particulièrement sanglant. Les entraînements avaient réellement valeur de torture à l'époque, et ce sur bien des plans. Une telle quantité d'eau chaude était une véritable denrée rare chez eux, à part pour Saga, qui avait égoïstement fait usage de cet endroit magnifique pendant des années, laissant croupir ses petits camarades dans la boue et l'eau glacée. Rien que pour ça, Milo lui en voulait un peu.
Secouant ses boucles blondes bien trop lourdes au vu de la moiteur ambiante, le Scorpion reporta son attention et l'étincelle amusée de son regard sur le dernier gardien. Il ne se gêna pas pour se repaître de la vue, en bon hédoniste qu'il était, ce qui lui valut d'ailleurs un pincement douloureux sur la cuisse de la part de son amant. Milo grimaça fortement avant de souffler à l'oreille de Camus un « Comme si tu ne regardais pas toi aussi… » franchement amusé. Le Verseau pouvait tromper son monde concernant sa vertu et sa pureté, mais certainement pas l'homme qui lui avait amoureusement ravi l'un, et l'autre. Et en l'occurrence, il connaissait suffisamment le onzième gardien pour affirmer que oui, en amateur des belles choses, il était parfaitement capable de reconnaître la plastique de son voisin pour ce qu'elle était : extrêmement agréable à regarder.
Ignorant les regards gourmands qui se promenaient sur son torse ou plus bas, beaucouuuup plus bas –et celui, meurtrier, que son amant jetait à tous ceux qui avaient le malheur de poser leurs yeux sur lui, Aphrodite prit donc place sur un tabouret, et entreprit de laver ses longs cheveux à coups de quantité de shampoing significative, vidant trois bouteilles dans la foulée, et en laissant une quatrième à demi entamée, qui suffirait certainement amplement à son amant. Pour les économies du Sanctuaire, on repasserait ! Heureusement que l'enveloppe charnelle choisie par leur Déesse était une riche héritière : Visiblement, elle avait appris de ses erreurs : choisir une orpheline sans le sou, ça n'avait absolument aucun avantage ni pour elle, ni pour ses hommes. Qui avait dit que les dieux étaient incapables d'évoluer ? Pour des questions matérielles, leur chère Pallas semblait pourtant parfaitement capable de changer…. Sinon ils auraient rapidement dû être contraints de couper leurs longues tignasses. Une fois, une seule, ils avaient subi une invasion de poux dans le Sanctuaire. Nul doute que leurs maîtres respectifs se retournaient encore dans leur tombe à ce souvenir particulièrement difficile… Avec leurs cheveux, la moitié des Golds avait bien failli être tondue pour la cause ! Le souvenir douloureux d'un peigne s'acharnant à démêler son hirsute toison bleue fit violemment frémir le Scorpion, sous le regard vaguement interrogatif de Camus. Vaguement, oui. Avec le temps, il était de notoriété publique que le placide Verseau avait cessé de s'interroger sur tout ce qui pouvait passer par la caboche dérangée de son compagnon. Avec du recul, on pouvait même se demander si la formation de chevalier des Glaces de Camus et son caractère imperméable n'avaient pas été fortement encouragé par sa relation avec l'insupportable Milo, le fier Isaak et l'atrocement chouineur Hyôga.
Affaire à creuser.
Les grognements sourds d'Aphrodite en train de se débattre avec ses cheveux tirèrent Milo de ses pensées peu charitables, et il ricana, compatissant et moqueur à la fois. Ces derniers avaient effectivement une taille conséquente une fois mouillés, plus encore que lorsqu'ils étaient secs, atteignant facilement l'arrière des cuisses de leur heureux possesseur. A l'instar du Scorpion, sa chevelure bouclée, une fois trempée, gagnait encore quelques centimètres, s'allongeant considérablement, et demandant un effort supplémentaire. Milo plissa le nez, de nouveau assailli de difficiles souvenirs. Ca aussi, ça avait été une torture pendant des années : aller donc essayer de mouiller, laver puis rincer à l'eau glaciale une telle masse capillaire ! S'il appréciait de voir le regard gourmand de Camus posé sur lui lorsqu'il avait les cheveux mouillés, le souvenir de l'eau gelée courant sur sa peau - à cause de ses cheveux qui ne séchaient jamais (foutus courants d'air, foutus temples mal bâtis, foutu Sanctuaire de pauvres ! Ah ça, Minos pouvait se pavaner avec sa longue chevelure blanche, nul doute qu'il avait tout ce qui lui fallait aux Enfers !) - lui restait toujours en travers de la gorge. Heureusement, cette douloureuse période était derrière eux, et pour l'heure, il n'avait rien d'autre à faire que de profiter de la chaleur bienfaitrice, bien qu'exagérée, des lieux, ainsi que du spectacle plutôt sympathique que leur offrait involontairement ( ?) leur camarade des Poissons.
Fasciné dans sa demi-torpeur, le Scorpion observa son camarade qui savonnait allégrement ses mèches turquoise, massant et s'appliquant autant qu'il le pouvait pour les couvrir entièrement de shampoing. Des gestes répétés des centaines de fois, des gestes quotidiens, des gestes qui auraient dû être sans importance. Des gestes qui semblaient risibles en vérité, s'ils n'étaient pas criant d'une réalité qui, pourtant, ne lui sautait aux yeux qu'aujourd'hui. Elle le frappait tout à coup dans toute son évidence : ils étaient vivants. Vivants, au point d'accomplir ce genre d'acte de la vie quotidienne, ce genre d'acte obligatoire en société, ce genre d'acte qui voulait dire : « Tu ne peux pas te laisser aller, d'autres personnes vont te regarder ». Malgré le côté atrocement trivial de la chose, l'attention que le Poisson portait à sa chevelure ne voulait rien dire d'autre. Et pour une raison aussi ridicule qu'incompréhensible, il sentit sa gorge se garrotter, alors qu'il enfouissant plus encore son museau dans le cou de son amant, jusqu'à y poser ses lèvres. La peau fraîche en dépit des circonstances se couvrit instantanément de frissons coupables, alors que Camus, sur le point de lui faire un reproche, s'interrompit de lui-même en voyant l'expression perdue et agacée à la fois sur Scorpion. Il s'apprêtait à ouvrir la bouche, lorsque le timbre lourd du Lion retentit de nouveau dans la pièce :
«Aphrodite, je peux te demander un truc ?
-Fais donc, fais donc… Je jugerais moi-même si ça vaut la peine que je te réponde… murmura le Poisson en rinçant ses cheveux.
Un juron bien senti en Grec ancien franchit involontairement la barrière des lèvres du cinquième gardien, provoquant une tension générale.
-Aio', pauvre tâche, je te rappelle qu'on est tous capables de comprendre ce que tu dis ici !
-Oui, ben, c'est pas de ma faute si on se fait envahir par la moitié du Globe aussi ! Pourquoi on ne parle pas en anglais d'abord ?
Milo se prépara à lui envoyer une réponse bien sentie mais s'interrompit presque aussitôt.
-L'a pas tort, là…
-C'est vrai que maintenant qu'il en parle… commença Aioros.
-Parce qu'on vit en Grèce, gros crétin, répondit Deathmask.
-Et alors ? Tu vas me dire que tu trouvais ça facile à causer quand tu as débarqué peut-être ? Je me rappelle très bien de vos tronches en train de galérer méchamment !
-Clairement que non… soupira Aldébaran, visiblement en proie à de douloureux souvenirs.
Angelo haussa les épaules.
-Non, mais qu'est-ce que ça change ? On ajoutera ça à la liste des trucs méga-lourds qu'on nous a forcé à faire depuis l'instant où on a été choisis comme chevalier et puis c'est tout. Ce n'est pas comme si c'était le pire qu'on nous ait demandé….
Meydey, Meydey, chute d'ambiance à l'horizon. Veuillez redresser la barre, n'importe comment !
-Et donc, ta question chaton ?
La voie d'Aphrodite, sauveur de l'humanité.
-Comment vous faites pour vous trimballer des tignasses pareilles ?
La voix du Lion… expert en remarques à la con.
-Mmmm ? marmonna le Poisson en continuant son rituel hypnotique, invitant le cinquième gardien à développer sa pensée.
Silence dans l'assistance. C'était tout ce qu'Aiolia avait trouvé pour relancer la conversation ? Cela devenait un peu pauvre tout de même. Et terriblement idiot qui plus est.
-Soyons clairs, aussi étrange que ça puisse paraître, ça vous va plutôt bien, pour autant que je puisse en juger. Je ne dis pas le contraire. Mais c'est quoi le délire, vous êtes supposés être des guerriers, pas des top-modèles ! Quel besoin d'avoir des cheveux aussi longs ? Et surtout, comment vous faites pour ne pas vous prendre les pieds dedans ? Ca m'a toujours semblé complètement invraisemblable.
Décidément, songea le Scorpion, Aiolia n'était pas de bonne humeur. Il semblait avoir encore en travers de la gorge les discussions précédentes, qui n'avaient visiblement pas apporté le baume apaisant tant recherché sur ses propres blessures encore à vif, les reproches envers Saga concernant Aioros ayant finalement tourné court. Milo, sortant du cocon protecteur formé par les mèches de son amant, se gratta le menton du bout de son ongle meurtrier, songeur. Si le Lion était quelque peu désagréable dans ses propos depuis le début de leur enfermement, il était difficile de l'en blâmer. Après tout, il avait souffert sur bien des plans de l'avènement de Saga au pouvoir, et le fait de se retrouver ainsi bloqué en promiscuité réduite avec l'assassin d'Aioros et l'instigateur de ses tourments ne devait clairement pas lui faire plaisir.
Milo s'empara de la main de Camus et compta mentalement sur ses doigts, sous le regard quelque peu blasé de son amant, décidément complètement imperturbable en dépit de bien des étrangetés de son compagnon. Kanon cacha moins bien sa surprise et demeura interdit en observant son meilleur ami en train de s'adonner à un rituel qui n'avait aucune logique, mais finit par hausser les épaules S'il commençait à se poser des questions chaque fois que le Scorpion faisait un truc un peu bizarre, il attraperait certainement un mal de dos des plus désagréables. Ne se rendant pas compte qu'il était le centre d'intérêt indirect des hommes les plus importants pour lui, Milo se mit à appuyer sur les phalanges de Camus, l'une après l'autre, alors qu'il commençait son long décompte mental.
La disparition de son frère, des années à être le bizut des apprentis et à souffrir la méfiance de personnes pourtant bien moins gradées que lui, sans compter la propre déception amère qu'il avait subi et qui s'était transformé en bile au fil du temps, auxquels s'ajoutait la possession démoniaque, le meurtre de Cassios et l'éclatement d'une vérité en laquelle il avait perdu toute sa foi…
Le Scorpion grimaça.
Oui, clairement, Aiolia avait des raisons d'être en colère, et en y repensant, c'était presque un miracle qu'il ne soit pas déjà devenu fou, à cogner sur le Gémeau aîné comme un possédé. (Qu'il n'était plus, rappelons-le !) D'une certaine manière, c'était presque admirable, et le Lion faisait preuve d'une grande maîtrise de lui-même en ces circonstances particulières et pas forcément agréables.
Mais de là à s'attaquer à tout, tout le monde et à n'importe quoi en leur présence… Il y avait peut-être une limite. Ce n'était pas comme si leurs cheveux avaient posé problème dans quelque situation que ce soit par le passé. Et même, pour être tout à fait honnête, il avait du mal à voir en quoi cela pouvait être un argument particulier pertinent, ou même en quoi cela pouvait avoir quoi que ce soit d'intéressant pour le reste de la communauté…. Si les extravagances capillaires des chevaliers d'Or commençaient à être source d'intérêt, il voulait bien s'asseoir sur son dard et agrémenté le tout d'un Great Horn digne d'Aldébaran dans ses grands jours! Toutefois, à sa décharge, Aiolia n'était peut-être pas tout à fait dans son état normal et avait probablement saisi n'importe quel prétexte pour tous les secouer avec perte et fracas, histoire de soulager – ne serait-ce qu'un tout petit peu- la douleur qui lui étreignait le cœur.
(Note pour lui-même : vérifier qu'un rayon maléfique n'avait pas de nouveau traversé le cerveau du Lion entre deux disputes de Gémeaux capricieux et irresponsables.)
Une vive approbation du clan à la courte toison composé de quatre autres membres soutint le Lion dans sa demande, tandis que l'autre équipe se renfrognait visiblement. (Tiens, la prochaine fois qu'il leur viendrait éventuellement à l'esprit de s'affronter tous ensemble, il faudrait peut-être songer à se répartir de cette façon !) En voyant le sérieux avec lequel chacun d'entre eux semblait se plonger dans la question, Milo leva les yeux au ciel. Maintenant il était clair que l'épineux problème de la chevelure était une notion essentielle de la chevalerie et méritait toute leur attention.
En quelques mots comme en mille, les chevaliers d'Or s'ennuyaient comme des rats morts. Enfin non, pas morts justement : ressuscités. Oui, mais à ce moment-là, son expression n'avait plus aucun sens ! C'était complètement idiot !
-Tu as vu la tête de notre Déesse ? répliqua le Poisson en essorant sa masse capillaire. En quoi ça te pose un problème ?
Un peu comme cette conversation en fait…
-Oui, bon. N'empêche, je peux savoir ce qui te plaît tant là-dedans? Pourquoi tu ne les coupes pas, tout simplement ? Ce serait plus pratique pour se battre.
-Je t'en pose des questions ? siffla Aphrodite d'un air agacé.
-En l'occurrence, oui. Tous les matins. Pour me demander pourquoi je suis encore hétéro.
Et bim.
Milo eut un sourire goguenard. Un point pour le chaton taille XXL.
-Aberration à laquelle je n'ai toujours pas trouvé de réponse d'ailleurs, répondit le Poisson avec un désespoir théâtral. Mince, avec un corps pareil, on offre sa persone par respect pour ses camarades ! Je me porte volontaire si tu veux !
-Tu l'étais déjà pour Shura, Saga, Aioros, Milo, Shaka, la moitié les argents, et les bronzes qui n'étaient plus mineurs. Fais attention, tu vas finir par être épuisé à force… susurra Dohko avec amusement.
-Quoi ? Ca s'appelle faire don de soi les enfants ! Je rattrape mon passé comme je peux.
-Arrête de dire n'importe quoi, et réponds-moi, Aphrodite.
Ce dernier eut un claquement de langue agacée.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise à la fin ?
-Pourquoi tu portes des cheveux pareils ! Que Shaka, Shion et Mû le fassent par plus ou moins conviction religieuse ou spirituelle, ça, je peux le comprendre. Que Milo et Camus entretiennent une forme de fantasme à laquelle je ne veux surtout pas avoir accès, c'est encore autre chose…
Un sourire étira les lèvres du Scorpion.
-A ton service Aio' ! Clama le Scorpion, goguenard.
-Que les Jumeaux souhaitent maintenir l'ambiguïté sur leur identité une fois de temps à autre en conservant exactement la même coiffure, renforçant ainsi des liens ternis par des années de séparation, ça me paraît parfaitement crédible, Aioros et moi ayant quand même sacrément de gênes semblables physiquement. Quant à Aldébaran il a toujours eu ce côté un peu libre depuis son entraînement au Brésil. Mais le seul pour lequel je n'ai pas de réponse, c'est toi.
-Par souci esthétique… ?
-Me prend pas pour un abruti. Si tu ne fantasmais que sur les cheveux longs, tu ne serais pas avec l'autre tordu. Dis-moi la vérité.
-En quoi ça te regarde, Minou? cracha le Poisson. Ca va t'aider à mieux dormir cette nuit peut-être ?
Tiens, tiens… Le Piranha sortait les crocs. Il y avait donc anguille sous roche. Ou baleine sous gravillon à ce stade. Et pour une fois, il pouvait se vanter d'être celui qui connaissait les secrets de leur venimeux camarade… Milo eut un sourire torve, et ne résista pas à l'envie de titiller un peu son ami du douzième.
-Moi, je sais… chantonna-t-il presque.
La vitesse à laquelle Aphrodite tourna son regard vers sa direction lui indiqua sans mal qu'il craignait son intervention. Le Scorpion se lécha la lèvre supérieure d'un air gourmand.
Amusant. C'était follement amusant. Il fallait qu'il fasse attention : ses pulsions sadiques avaient une dangereuse tendance à flirter avec son comportement habituel dès qu'il passait trop de temps avec ses amis.
-Voyez-vous ça ?
Le ton du Poisson était moqueur, mais l'arachnide pu parfaitement percevoir la légère étincelle de panique dans son regard. Ne résistant pas plus longtemps au plaisir de le rendre écarlate, il attrapa une mèche de cheveu bleu vert près de son visage tout en débitant, d'un air parfaitement détaché, ce qu'il avait appris de source sûre.
-Oh que oui. Si tu les gardes aussi longs, c'est parce que le chamois et le crabe ont pris ta défense quand tu t'es fait bizuté par une bande d'apprentis en mal de sensations qui s'étaient mis en tête de t'arracher tes petites mèches… Et que ces deux-là, alors que tu hurlais que tu allais te les couper pour de bon, comme ça on ne te traiterait plus jamais de fille, t'ont dit que tu étais, je cite « très beau avec tes longs cheveux ». Tu as refusé de les couper depuis.
Il avait prononcé la fin de ses paroles en mimant les voix adolescentes des deux latinos à la perfection, sous le regard rageur de Shura. Le juron bien senti que prononça le Poisson en Suédois ne fut compris de personne, excepté Camus qui rougit et plongea le nez dans l'eau, et Deathmask, qui grimaça violemment. Mais peut-être était-ce tout simplement parce qu'il était la source à la base de cette information hautement confidentielle, confiée lors d'une soirée un peu trop arrosée où chacun vantait les mérites de sa propre histoire romantique – ou pas donc, bien avant le début de la Bataille du Sanctuaire…. Le regard furieux que posa le Poisson sur son amant eut le mérite de faire légèrement tressaillir le Cancer.
-Toi… Siffla-t-il. Tu vas m'entendre quand on sortira d'ici, et certainement pas de la manière que tu imagines. »
Deathmask eut la décence de baisser un peu le nez, sous le rire sadique du Scorpion, tandis que Shura levait les yeux au ciel avec un sourire indulgent. Il se souvenait très bien de ce jour-là, et c'était curieusement touchant de voir qu'Aphrodite avait pris autant les choses à cœur. Ses meilleurs amis étaient des crétins psychopathes, mais ils avaient malgré tout la capacité d'être étrangement attachants. A leur manière complètement dingue et sans logique certes, mais ils en étaient capables quand ils le voulaient.
Une fois par an, les années bissextiles, après un rituel satanique bien rôdé quoi… Quand ils se décidaient à ne pas être de parfaits enfoirés.
Shura se renfrogna brusquement, le nez plissé. Sa bonne humeur venait de s'envoler, et sa pensée émue s'était éteinte dans l'œuf, comme bien souvent. L'étreinte des bras d'Aioros le ramena agréablement à leur situation, qui elle, était beaucoup moins sympathique. Ils n'allaient jamais s'en sortir à ce rythme… Surtout si ses deux meilleurs amis commençaient à se mettre sur la gueule avec perte et fracas. Il grimaça en voyant le genou d'Aphrodite rencontrer une première fois l'entrejambe du Cancer. Ça devait vraiment faire très, très, mal… Le Poisson ayant développé une capacité rarement égalée pour ce genre de coup, vu le nombre d'atteintes à sa personne qu'il avait dû repousser notamment au cours de son adolescence.
Dans la salle, quelques paris s'étaient lancés par petits groupes, alors que les Ors observaient avec attention le duo de fruits de mer en train d'essayer de s'étrangler mutuellement dans un entremêlement de membres et de coups de poings à la sonorité fort disgracieuse. Les hurlements rageurs du Poisson se confrontaient avec les insultes italiennes du Cancer, alors qu'aucun d'eux n'avait visiblement l'intention d'épargner aux autres le spectacle. Après tout, ils s'ennuyaient ferme, un petit combat dans le plus simple appareil ne pouvait s'annoncer autrement qu'hautement divertissant… Aphrodite avait apparemment pris l'avantage, envoyant sa main avec une force absolument pas contenue dans le visage de son amant après lui avoir donné un second coup de genou à un endroit particulièrement sensible, et encore plus dans leur redoutable nudité. Amusé, Milo tendit la main en direction de Kanon, l'agitant vaguement. Le dragon marin plissa le nez.
«Je t'avais dit qu'Aphro' lui mettait la misère quand il voulait. Tu m'en dois vingt.
-Le combat n'est pas fini, répliqua le Gémeau cadet.
-Sois pas mauvais joueur.
-Je ne te donnerai rien.
-Un vrai dragon, ma parole ! Accroché à son trésor le petit…
-Ah, ta gueule hein !
-Bon, tu me files mon argent alors ?
-J'ai l'air d'avoir du fric sur moi, là ? demanda-t-il en désignant sa plastique fort agréable.
-Tu peux aussi me payer en nature tu sais…
-Oh, mais je le sais. Et je préfère d'ailleurs. Maintenant ou plus tard ?
-Là, tout de suite, maintenant, à même le sol.
-Pervers exhibitionniste.
-Voyez qui parle !
Un sourire entendu sur le visage, Kanon se pencha lentement au-dessus d'un Scorpion hilare, sous les regards médusés de l'assistance. Et envieux également. Et craintifs, bien évidemment. Il était de notoriété publique que Camus pouvait être très soupe-au-lait, surtout quand sa propriété –pardon, son amant parfaitement libre de faire ce qu'il veut- était en cause.
-Je ne vous dérange pas trop, ça va ? glissa la voix du français à leurs côtés.
Kanon reporta un regard à peine intéressé vers son homologue. Le détaillant de bas en haut d'un air neutre, il haussa les épaules.
-Boah… On s'habitue à tout, tu sais.
Grincement de dents du onzième gardien. Il allait tuer ce fichu reptile un jour.
-Tu te feras donc sans mal à une vie dans ton précieux attribut de mâle alpha ? Quoique, privé de ce dernier, je me demande si le Juge te trouvera toujours autant d'intérêt.
-En l'occurrence, il a une préférence pour mon cul. Mais ça m'agacerait pas mal de ne jamais pouvoir lui rendre la pareille, je l'avoue.
-Quel dommage… murmura le Verseau en formant une boule de gel blanc.
Un rire chaud de gorge interrompit les deux hommes, provoquant des frissons chez l'un, et un ricanement en retour chez l'autre.
-C'est tellement facile de te faire tourner en bourrique Camus… ricana le Scorpion en glissant un index rougeoyant sous le menton du Verseau en guise de gage de paix.
Un long soupir désabusé et un mouvement de main agacé furent les réponses obtenues par le Scorpion qui eut un petit rire amusé avant de poser un baiser sur l'oreille de son amant. Kanon leva les yeux au ciel, puis reporta son attention sur le Cancer et le Poisson qui eux étaient loin d'en être à de tendres échanges corporels… C'était peu de le dire. Décidément, Aphrodite était en forme : en moins de quelques heures, il s'était jeté sur lui-même, Milo et son propre amant dans des batailles de chiffonniers qui n'avaient rien à envier aux gosses des rues. Le manque d'occasions de se défouler leur pesait… Ils n'étaient pas fait pour l'inactivité, clairement pas. Lui-même s'était rendu compte qu'il en venait à angoisser des journées à venir, car incapable d'imaginer ce qu'il allait pouvoir faire de toutes ces heures perdues.
Il leva une main aux doigts fripés devant son visage, l'observant d'un air grave. Qu'allait-il leur arriver à présent ? Maintenant qu'ils avaient vaincu, puis fait la paix ? Maintenant qu'ils étaient morts, et ressuscités ? C'était quoi la suite logique de leur situation surnaturelle et monstrueuse ? Comment faisait-on pour se libérer d'une vie entière à se consumer entièrement pour une déité dont on ne comprenait pas toujours les raisons ? Il se mordit la lèvre et referma le poing.
Encore heureux que la plupart d'entre aient trouvé un défouloir conséquent dans leur vie sexuelle, autrement, il était pratiquement certain que leurs dieux respectifs se seraient retrouvés avec des coups de poignards dans le dos importants… Lui-même étant friand de ce genre de chose, ça n'était pas un mal que l'homme qui partageait son pieu régulièrement soit un demi-dieu avec quelques origines titanesques…. Son embryon de relation avec Rhadamanthe avait du bon : à défaut d'être équilibrés, leurs échanges leur permettaient au moins de se défaire de toutes ces frustrations et ces impressions de manque qui leur avaient collé à la peau depuis leur retour. « Au moins, j'ai pas peur de lui péter un truc quand on s'envoie en l'air… » songea le dragon marin en jouant distraitement avec filet carmin qui flottait à la surface.
Minute. Comment ça, un « filet carmin » ?
-Mais c'est quoi ce… ?
-Du sang ! Du sang, par Athéna ! gémit Mû, atterré.
-Mais ils se sont fait saigner ces abrutis ! s'écria Dohko en sautant sur ses pieds.
-Du… sang !
-Eh bien Mû, que t'arrive-t-il mon ami ? Tu dois pourtant avoir l'habitude d'en utiliser dans ta fonction, non ? murmura Shaka de son timbre impavide.
Haussement d'épaules ovin, accompagné d'un blanchissement que Saga n'aurait pas renié.
-Ce n'est pas parce que je m'en sers que j'en apprécie la vue, l'odeur, et surtout la sensation ! Je n'ai pas particulièrement envie que n'importe quoi traîne dans l'eau que nous partageons tous et dans laquelle nous marinons depuis plus d'une demi-journée.
Un point pour la toison dorée. Il était vrai que pour les normes d'hygiène, on repasserait. Une fois n'était pas coutume au Sanctuaire, non ? Le Scorpion baissa les yeux sur l'eau et ne put retenir une grimace. Il ne voulait même pas imaginer ce qui se passait là-dedans.
-Oui, tiens, à ce sujet, il n'a pas le sang empoisonné l'autre à la base… ? demanda Dohko d'une voix blanche.
Silence. Trèèèès long le silence. Légers regards en coin.
Gêne.
Panique.
Crise.
-Meeeeerde.
Belle déduction, Sherlock… songea intérieurement le Scorpion en posant les yeux sur Saga. Néanmoins, au bout de quelques secondes, l'information fit pour de bon son chemin jusqu'au cerveau embrumé du huitième gardien.
-Oh, bordel ! siffla Milo en se secouant violemment. Bordel, mais on va tous crever !
-Du calme. De toute façon, toi, tu ne crains rien en ce qui concerne les empoisonnements je te rappelle.
-Ah oui, tiens.
Il devenait stupide à rester enfermé, c'était inquiétant. Déjà qu'à la base, la moitié d'entre eux avaient probablement perdu la plupart de leurs capacités de réflexions à force d'entraînements…
-Sérieux ? s'étonna Aiolia en le regardant.
- Ben ouais, on m'a immunisé. Tu crois que c'est pour quoi que tu m'entendais hurler depuis ton temple pendant mon apprentissage ?
-Oh ben… Ton maître a toujours été un peu bizarre, alors…
-Gros dégueulasse. ! Ca va pas bien dans ta tête mon pauvre vieux !
Nouveau soupir popal.
- Les dieux ne seraient pas idiots au point de faire revenir des guerriers encore condamnés à mort. Aphrodite a été soigné en revenant à la vie, c'est aussi un gage de pardon.
-Vraiment ? s'étonna son amant. J'en connais un qui sera jaloux à notre mort.
-Laisse-le donc reposer en paix, Dohko. Aphrodite a de la chance, les dieux ont été bons avec lui. Nous n'allons pas cracher dessus.
-Ouais, ben on ne sait jamais… Leur sens de l'humour a toujours été largement soumis à caution quand même.
-Certes, mais pour une fois, nous allons supposer qu'ils ont fait les choses à peu près correctement. De toute façon, si vous êtes encore capables de respirer, c'est qu'il n'y a rien à craindre. Vous seriez tous déjà morts sinon je vous signale.
Shion, ou l'art et la manière de remettre tout le monde d'aplomb et de bonne humeur ! La subtilité tibétaine dans toute sa splendeur ! Ou peut-être était le côté fonceur du bélier ? Allez savoir… Heureusement que leur Pope avait gagné en maturité avec les années.
Tout en posant un baiser discret dans la gorge de Camus, Milo ne put s'empêcher de se demander à quel point les chevaliers, gardes et autres associés avaient dû souffrir des débuts de Shion en tant que leader… Les premières ébauches devaient avoir été particulièrement difficiles, sinon cocasses. Il l'imaginait parfaitement, changeant sans arrêt d'avis, ou allant dans n'importe quelle direction en suivant son instinct plutôt que sa tête… Mais soudain, la vision d'un Shion seul au beau milieu de décombres de Guerre Sainte et pleurant toutes les larmes de son corps lui vint à l'esprit. Le Scorpion déglutit : il parvenait sans mal à se déprimer tout seul depuis le début de leur enfermement. Cela devenait réellement inquiétant… Il fallait qu'il sorte au plus vite, sous peine de devenir fou.
Un hurlement sauvage leur indiqua qu'Aphrodite tentait désespérément d'arracher à mains nues les yeux de son compagnon, sous les regards compatissants du Gémeau cadet, puis du Scorpion : eux aussi y avaient eu droit, et bon dieu, ce que ça faisait mal ! Si Milo avait l'habitude des ongles hors normes de son propre amant – Camus,je t'assure que ça n'est pas normal par Athéna ! Mais non, ne te les coupe pas, tu sais bien que j'adore les sentir quand nous… -, Kanon, lui, peu au fait de ce genre de coutumes, subissait généralement plus de morsures que de sauvages griffures. Autant dire que l'expérience avait été aussi inédite que désagréable, d'autant plus qu'il portait relativement peu dans son cœur le chevalier des Poissons. Probablement une histoire de nom et de passé sous les mers… Sûrement.
-Euh, dites… C'est pas que je n'apprécie pas de voir ces deux-là s'écharper au lieu de se sauter dessus, mais il faudrait peut-être songer à les séparer, vous ne croyez pas ? Proposa Aldébaran visiblement inquiet de les voir se rapprocher de son coin de quiétude tibétano-Indou.
Mince, il n'avait rien demandé à personne lui ! Depuis le début, il attendait que cette bande de bras cassés règlent leurs stupides conflits pour aller retrouver Shaina. Il n'avait même pas eu le temps de la prévenir de sa longue absence, et connaissant le tempérament de l'Italienne, cette dernière apprécierait certainement moyennement comme excuse « Navrée ma chérie, je prenais un bain avec mes treize autres virils collègues masculins dans un souci de fraternité afin d'entretenir l'ambiance entre les chevaliers d'Or ! Un peu de confiture sur tes toasts ? ». Déesse, il appréciait ses collègues et était parfaitement capable de faire preuve de patience, mais qu'on le soutienne un peu ! Et puis il avait mal à la tête : entre la chaleur, les conversations bruyantes et les combats qui avaient lieu dans la pièce, il sentait monter des envies de tabassage massif de plus en plus fortes. Ce qui, au vu de ses capacités, risquait de finir avec des envolées de chevaliers et des trous dans les murs façon Pégase.
Un long silence de connivence suivit la tirade du Taureau. Visiblement, tout le monde y songeait, mais…
-Eh ben, ne vous précipitez pas tous à la fois surtout ! s'exclama Kanon en ricanant.
-Tu n'as qu'à y aller toi ! grogna le Lion.
-J'ai une tête à m'occuper de fruits de mer ?
Milo leva les yeux au ciel. S'il tendait le trident pour se faire harponner aussi…
-Je vais te laisser réfléchir sur l'absurdité de ta réponse, répondit fort justement Aiolia.
-Merde, hein.
-Va donc les départager !
-Et puis quoi encore ? Je ne touche pas à ça, merci beaucoup, j'ai les mains propres.
-T'es une enflure quand tu t'y mets, tu le sais au moins ? demanda le Scorpion en lui donnant un coup de poing sur le deltoïde.
-Question d'éducation… Murmura le dragon marin avec un sourire entendu.
Milo eut un haussement d'épaules désabusé avant de reporter son attention sur la scène.
-Et vous Grand Pope, ça ne vous dirait pas de faire preuve d'autorité un peu ?
-Vous plaisantez ? souffla Shion en se rencognant contre Dohko. Ils sont complètement hargneux ! La dernière fois que je me suis mêlé d'un conflit entre ces deux-là, je suis reparti avec une rose démoniaque dans la toison, et une morsure sanguinolente sur le mollet. Je ne réitérerai pas l'expérience : Angelo a les dents aussi pointues sur les épines de son amant.
Lentement, les regards se reportèrent vers le Capricorne qui demeurait de marbre en dépit des hurlements rageurs de ses meilleurs amis. Les yeux clos, savourant les massages du Sagittaire avec les soupirs de bien-être du juste, il restait totalement imperméable à l'ambiance. Du moins en apparence. Car au bout de quelques secondes, et malgré sa vaine tentative de les ignorer, il se leva finalement en grognant :
-Ca va, ça va, j'ai compris ! Courageux, mais pas téméraires hein ! Elle est belle la garde dorée d'Athéna !
-Comme tu dis, petit cabri ! dit Milo en s'étalant entre Camus et Kanon avec un délice non-feint.
Ce dernier le foudroya du regard, avant de se diriger vers Aphrodite et Deathmask. Ces derniers l'ignorèrent, tout à leurs échanges d'insultes de haute volée dans de multiples langues plus ou moins chantantes. Le Capricorne plissa de nouveau le nez (c'était qu'il allait finir par avoir des rides à force !) et les attrapa mutuellement par la nuque avec une violence à peine dissimulée. Une fois leur attention reportée sur sa personne –Lève les yeux Dite, bordel !-, il approcha son visage des leurs et, les secouant férocement, il leur adressa quelques paroles sifflantes dans sa langue natale, accompagnées d'un regard noir et perçant qui aurait glacé d'effroi n'importe quelle personne normalement constituée.
Nul ne sut ce qu'il leur murmura, mais cela eut l'effet escompté. Les deux hommes cessèrent immédiatement de se battre avant de s'asseoir côte à côte sans plus prononcer la moindre parole. Ils n'osèrent même pas échanger un regard hostile ou une parole déplacée, preuve que le vaillant Espagnol était parvenu à mater jusqu'à l'esprit atrocement pervers du Poisson, ce qui était suffisamment grave pour être noté. Le Capricorne eut un soupir de soulagement, et retourna à sa place auprès d'Aioros qui l'accueillit avec la même expression étonnée que l'ensemble de l'assistance. Visiblement, les méthodes pédagogiques du dixième gardien n'étaient plus à prouver. Il était peut-être temps de leur trouver des apprentis et de tous les refiler au Capricorne… Au pire, il pourrait toujours leur couper la tête s'ils ne répondaient pas à leurs attentes… Il faudrait qu'il soumette l'idée à Camus à l'occasion. Pas qu'il n'aimait pas le canard, mais bon. On ne savait jamais… Sur un malentendu, ce serait toujours sympathique d'avoir du foie gras pour Noël.
Le calme revint enfin, pour le plus grand bonheur de l'Asie, ainsi que de leur seul représentant Brésilien. Pendant une heure, aussi courte qu'appréciable, pas le moindre son ne troubla le précieux silence de la pièce. Chaque chevalier d'Or s'occupa dès lors, chacun à sa manière, afin de se reposer un peu. Certains se mirent à somnoler, suivant l'exemple de Shaka –Non, Mû, je suis navré, mais je l'entends ronfler je te dis !-, alors que d'autres s'appliquaient à se cajoler mutuellement, dans la plus grande discrétion possible. Donc au vu et à l'oreille de tous, mais dans le calme, et c'était déjà ça. Milo se contenta donc de poser sa joue sur l'épaule de son amant qui le gratifia d'une agréable caresse discrète sur le coin de hanche, sous le ronronnement satisfait de l'animal venimeux. Aphrodite, en dépit des quelques éclairs qu'il adressait à Deathmask à intervalles réguliers avait tout de même accepté que ce dernier se rapproche afin de lui masser les épaules. Flûte, il avait mal partout à force de rester assis benoîtement à ne rien faire ! Shura et Aioros avait fini par s'assoupir également, sous les regards suspicieux d'Aiolia. Mû, pour sa part, avait fait apparaître un jeu d'échecs sorti d'on ne savait où (ce à quoi personne ne voulait la réponse d'ailleurs) afin de proposer à Aldébaran de se distraire un peu. Quant aux jumeaux, Saga et Kanon avaient momentanément fait une trêve pour le bien de leurs nerfs mutuels, et s'étaient donc endormis en panier de jumeaux, sous les regards gourmands de ce qui n'avaient aucun scrupule. Quant aux deux anciens, il sembla vaguement au Scorpion qu'eux-mêmes s'étaient collés l'un à l'autre, le Tigre bien installé contre le torse du Bélier, sans aucune pudeur particulière.
Le repos des guerriers en somme. En espérant qu'il durerait…
