Chapitre 16 : Catherine
La nuit porte conseil... Mais avant que les conseils avisés ne décident de se montrer, je peux avoir de belles et longues nuits d'insomnie devant moi. Comment pourrais-je fermer l'œil, alors que je peux entendre battre le cœur de Sara jusqu'ici ! Sara… je n'arrive pas à la sortir de mon esprit surtout après cette journée… Je pense à nous… à elle… je repense à nos plus belles bagarres et à tout ce qui vient avec…
Je repense à aujourd'hui… Sur le coup de l'explosion tout à l'heure, j'avais moi aussi voulu achever le Doc de mes propres mains. Et je pense encore que ce serait légitime de le faire. Non mais, quelle meilleure idée pour nous rapprocher Sara et moi qu'une explosion ? Génial ! Fabuleux! L'idée du siècle, vraiment ! Ce type n'a sûrement aucune idée du nombre d'incompétents qui tuent des gens en faisant mumuse avec des matières explosives. Vous ne risquiez rien ! A-t-il dit. Tu parles ! Ça se voit que ce n'est pas lui qui s'est retrouvé projeté sur le sol.
Où a-t-il bien pu avoir son doctorat celui-là ? On devrait rendre l'achat de Cracker Jack interdit.
Je dois quand même avouer que la réaction de Sara a calmé mes envies de meurtre. Non pas que je me sois amusée à la voir paniquer de cette façon, mais les actes parlent tellement plus que les paroles. Me voilà en plein cliché. Sa main dans mes cheveux… C'est elle qui avait initié le contact, tout comme pour la séance de chatouilles. Sara Sidle m'a touchée volontairement. Aussi loin que je puisse me le rappeler, à part des effleurements, les seuls contacts qu'elle a eu un jour entrepris envers moi étaient professionnels ou sous l'influence de la colère. Très romantique. Un soupir s'échappa de mes lèvres…
Euh, attendez une minute, je viens de soupirer ? Très romantique ?! Mais dans quel pétrin je me suis foutue! Il y a exactement trois jours, tout allait pour le mieux et maintenant... D'accord, j'y vais un peu fort en disant pour le mieux, mais au moins, j'avais l'impression que je pouvais me contrôler face à elle. Mais là, je ne sais pas combien de temps cela va prendre avant que je ne lui saute dessus… J'ai de plus en plus de mal à maîtriser mon corps quand elle est près de moi, et je sais qu'il finira par me trahir à un moment ou à un autre…
Sara s'était déjà endormie à côté de moi. Sa respiration s'était stabilisée et tous ses soucis semblaient s'être envolés d'un seul coup. Elle est magnifique, comme toujours, mais à ce moment précis, elle ressemble à un ange. Hier, j'avais eu une seule envie pendant qu'elle dormait, la prendre dans mes bras. Elle avait l'air si effrayé et tendu, à un tel point que moi aussi, je m'étais mise à avoir peur. C'est idiot je sais, mais je ne pouvais pas m'en empêcher ! Elle marmonnait de manière incompréhensible, elle pleurait, se débattait contre une force invisible. Puis, elle s'est réveillée paniquée, désorientée… pour finalement prendre la fuite.
Je ne peux pas détacher mon regard de son visage et je ne pense pas que rester là, si près de Sara, va m'aider à penser plus clairement. Tout à coup un frisson me parcourt…
Et si elle se réveillait encore cette nuit avec le même sentiment de panique ? Cette idée me hante soudain… et du coup ce n'est pas moi qui vais rejoindre les bras de Morphée pour le moment. Je ne peux plus me sortir cette idée de la tête, en plus d'avoir le cerveau en ébullition, mon dos me fait un mal de chien, non que j'aie quelque chose contre les chiens. Mais mes muscles ont la gentillesse de me rappeler que je n'ai plus l'âge de jouer les cascadeuses.
Je me lève et me dirige vers la porte coulissante qui s'ouvre sur un balcon. Le ciel est magnifique. Avec les lumières qui scintillent partout à Las Vegas, les étoiles ne sont pas aussi visibles qu'elles le sont ici.
« On devrait arrêter de disparaître en plein milieu de la nuit.»
Je sursaute. Je me suis tellement perdue dans l'observation du ciel que je ne l'ai pas entendue arriver.
« Ce n'est pas moi qui me suis enfuie en pleine forêt. »
C'est encore mon dos qui lui fait face. Si j'avais pris la peine de me retourner, j'aurais peut-être vu qu'elle avait les yeux pleins de larmes.
« Je… je sais.»
« Oh, grande surprise : Sara Sidle sait quelque chose. J'en suis toute bouleversée. J'espère que tu SAIS que tu as vraiment du culot de me dire ça comme ça ! Le problème avec toi Sara c'est que tu sais toujours tout ! Mais tu te fiches des conséquences ! » Mes mains se crispent sur la balustrade. Non seulement, elle se fiche des conséquences mais en plus elle se fiche de moi, et c'est ce qui me fait le plus mal.
Houston, nous avons un problème. Le problème étant une petite blonde sur le point d'exploser. Ma mère a sûrement oublié de me dire que je suis tombée sur la tête quand j'étais petite. J'ai maintenant des séquelles permanentes qui me font sauter les plombs en présence d'une belle brune, c'est la seule explication ! Sinon comment expliquer que j'ai toujours de telles réactions face à elle…
Je l'entends soupirer dans mon dos.
« Sara, qu'est-ce qui t'a pris hier soir ? Qu'est ce qui a bien pu te passer par la tête pour t'enfuir comme ça ? À quoi tu pensais ? Pas à moi en tout cas, ni au souci que je pourrais me faire ! »
Je me retourne enfin. Sara me semble alors toute petite dans l'encadrement de la porte. Ses bras sont resserrés sur sa poitrine, comme si elle voulait se protéger. Elle garde la tête basse, soit pour se cacher, soit parce qu'elle est perdue dans ses pensées. Quoiqu'il en soit, elle ne me répond pas.
«Sara ? »
Elle relève finalement la tête lorsque je l'appelle, mais son regard se fixe sur tout sauf sur moi.
«Tu m'as déjà posé une question tout à l'heure. Je te rappelle que tu n'as droit qu'à une question part jour ! » dit elle en refermant encore un peu plus ses bras sur elle.
«C'est vrai, mais je ne joue plus. Je ne veux plus jouer… » lui dis-je en faisant un pas vers elle.
Elle me regarde enfin, elle me fixe de ses yeux noirs si profonds que je connais si bien : «Si ce n'était qu'un simple jeu pour moi, je n'aurais pas été honnête avec toi ! Mais je l'ai été, j'ai répondu sincèrement à toutes tes questions ! Et crois le ou non, mais je fais de réels efforts ! Le séminaire n'était pas obligatoire. Je n'avais aucun besoin d'accepter les termes de ton offre, mais je te rappelle que nous sommes ici pour apprendre à nous faire vraiment confiance. Si c'est pour avoir l'impression de me faire donner un coup de couteau dans le dos à chaque fois que j'entreprends de m'excuser, je ne sais pas si cela vaut le coup. Je n'ai pas toujours les bonnes réactions je le sais très bien, mais tu ne me facilites pas la tache non plus ! »
Je peux voir ses mains trembler et ses yeux briller dangereusement. J'ai poussé le bouchon trop loin cette fois ! C'est ce que me dit son regard à l'instant. Sa posture n'est plus du tout défensive, mais offensive. Nos rôles viennent de s'échanger. En tout juste quelques secondes, je n'ai plus un gramme de colère en moi, alors que Sara, elle, semble sur le point d'éclater...
Je n'ai plus de colère en moi parce que mes lèvres sont sur les siennes et que Sara semble plutôt encline à ce changement si soudain. Après le choc, ses muscles se détendent et je glisse mes mains dans ses cheveux. Je ferme les yeux pour profiter du moment, je ne peux être que dans un rêve…
Le baiser reste tendre, mes lèvres bougeant lentement contre les siennes, savourant le moment présent, savourant chaque seconde de ce baiser que je désirais si ardemment. Je suis incapable de dire si cela fait une éternité ou seulement quelques secondes que nous sommes dans cette position quand je m'éloigne d'elle, mais pas trop loin ; juste assez pour sentir encore sa respiration sur mon visage, mes yeux sont toujours fermés. Je peux dire que je suis surprise qu'elle ne m'ait pas repoussée, je suis encore plus surprise de ne pas avoir reçu une gifle bien sentie. Elle aurait tous les droits de le faire, surtout avec tout ce qui s'est passé au cours de ses dernières années, et vu le comportement que j'ai eu avec elle je suis surprise qu'elle ne l'ait pas fait ! Si la situation avait été inversée, si cela avait été elle qui avait fait le premier pas, je l'aurai sûrement giflée sans la moindre hésitation ! Mais ce n'est pas elle qui avait fait le premier pas… C'était moi…
J'ouvre les yeux, je l'imagine déjà, les yeux toujours fermés, perdue, confuse et magnifique, les joues en feu, le cœur encore battant et affolé par notre baiser…
Mais ce n'est pas ce qui m'accueille quand j'ouvre les yeux, je suis encore dans la noirceur la plus complète. Je suis toujours dans la chambre, je suis en sueur, assise dans notre lit… Sara est à mes côtés, toujours endormie… Elle n'a pas bougé d'un centimètre.
Bravo Willows ! De plus en plus fort ! Tout va pour le mieux, vraiment super ! Si je commence à me faire des films, et à laisser Sara prendre possession de mon esprit, je vais perdre la tête dans peu de temps ! C'est dangereux de me laisser prendre au jeu quand Sara est à portée de bras, à portée de mains…. Des mains qui bientôt me désobéiront et iront s'égarer sur son corps… Je suis si près d'elle… Si près, je n'aurais qu'à rouler sur moi-même pour rejouer mon rêve avec une autre mise en scène. Mais le courage me manque… Peut-être un autre jour….
En attendant, je ne peux rien faire d'autre que la fixer, je me sens investie d'une mission ! Quelque chose en moi me crie de veiller sur elle, de veiller sur son sommeil… De toute façon, je n'ai plus la moindre envie de dormir… Alors autant que l'une de nous deux aie une bonne nuit de repos et, ce soir, il semblerait que ce soit le tour de Sara…
Chapitre 17 : Sara
Je me réveille à l'odeur du café. Je suis encore à l'état où les soucis de la journée à venir sont dans un épais brouillard. Il n'y a que la bonne odeur du café et une autre odeur réconfortante qui flotte autour de moi, mes neurones ne sont pas assez actifs pour déterminer son origine. Ce que je sais, c'est que je veux rester dans cet état. Je me sens bien, j'ai eu une bonne nuit de sommeil, les cauchemars de la nuit passée ne sont pas venus troubler mon temps de récupération cette fois-ci. Heureusement, sinon il m'aurait semblé difficile d'éviter les questions de Catherine si ce phénomène s'était reproduit une deuxième fois. Je ne sais pas ce qui serait le pire, ses yeux remplis de pitié ou le dégoût qui suivrait ?
Ah bravo ! Il faut toujours que mon cerveau reprenne du service. J'aurai bien pris quelques minutes de plus à être dans les vapes. Mais sortir des vapes a aussi du bon… Maintenant je sais que la délicieuse odeur non identifiée qui me rassure tant appartient à Catherine, qu'elle a préparé un café qui sent délicieusement bon et qu'elle est sous la douche…
Oooh non Sara ! Ne t'aventures surtout pas là, ce n'est vraiment pas le moment ni l'endroit pour penser à Catherine prenant une douche. Je soupire et passe une main sur mon visage pour essayer d'y effacer toute trace de sommeil. Il faudrait vraiment que je m'active avant que mon esprit ne commence à vagabonder à des endroits qui ne lui sont absolument, mais absolument pas recommandés !
C'est en me levant que je remarque l'heure qu'il est. 8h50. Wow, je n'avais pas dormi autant depuis des lustres, peut-être que la présence de Catherine y est pour quelque chose… Cela faisait longtemps que je n'avais pas dormi avec une présence à mes côtés.
Je repousse les draps et me lève tout d'un coup. Si je continue à cogiter comme ça, je vais me mettre en retard pour la prochaine session avec le Doc, quelle terrible catastrophe ce serait ! Je me laisse guider par la sublime odeur du café, quelle surprise de découvrir que trône à côté de la machine à nectar des dieux un panier rempli de croissants. Je saisis la note. 'Bon matin. Je vous vois à 9h30. Doc.'
«Belle attention, n'est-ce pas ?»
Je sursaute. Perdue dans mes pensées je n'ai pas entendu la douche s'arrêter ni Catherine en sortir. Je me retourne et la vois en train d'essorer ses magnifiques cheveux blonds avec une serviette. Je me demande si elle réalise à quel point elle est resplendissante à ce moment.
«Oui, surtout quand elle est servie avec une crise cardiaque !»
Avec ce commentaire, je m'attends à ce qu'elle me fasse son sourire 'Spécial Catherine', mais c'est à peine si elle me répond ! Pour compléter le tout, elle se retourne et se met à chercher quelque chose. Me voilà reléguée au rang de papier peint en seulement quelques secondes.
«Le Doc peut tout aussi bien nous avoir fait un cadeau empoisonné. Qui sait ce qui peut lui être passer par la tête ce coup-ci. Peut-être que dès que je vais saisir un croissant, le panier va exploser ? Qu'est-ce que tu en penses ? C'est tout à fait son genre ! Non ?»
J'attends la réponse de ma partenaire, mais tout ce qui me parvient, c'est un marmonnement incompréhensible et un haussement d'épaule. Quelqu'un s'est levé du pied gauche ce matin ? Il semblerait que contrairement à moi, Catherine n'ait pas eu une bonne nuit de sommeil…
«Tu sais que c'est considéré politiquement correct de répondre verbalement quand quelqu'un nous adresse la parole. J'ai même entendu dire que cela aidait pour la communication.»
Non, non, je ne cherche pas la confrontation, surtout à cette heure ci, quand je n'ai pas encore eu ma première tasse de café, mais ça me tombe royalement sur les nerfs quand je me fais ignorer. Malgré cela, elle ne semble pas m'avoir entendue, en tout cas, elle ne fait rien pour m'en donner l'impression. Elle est assise sur le sol appuyée sur ses genoux, fouillant dans sa valise. Ses cheveux blonds sont encore humides de la douche qu'elle vient de prendre et des gouttes d'eau ont perlé sur sa peau bronzée. Mes yeux parcourent son corps et se perdent dans leur exploration jusqu'à ce qu'une voix intérieure me ramène à la réalité.
C'est ma Tête qui veut laisser un message à mon Cœur. Il dit que la prochaine fois que ce dernier essaie de prendre le contrôle des opérations, il envoie la propriétaire de cette grande carasse, dans une course effrénée dont le fauteur de trouble pourra se souvenir longtemps. Catherine aurait aussi bien pu se retourner et me surprendre en train de l'observer. Mauvais, très mauvais. Surtout qu'elle est passée d'humaine socialement apte à… une Catherine des mauvais jours. Je ne sais pas s'il y a vraiment une autre manière de la décrire en ce moment. Elle est tellement passionnée dans tout ce qu'elle est, que j'ai toujours eu du mal à mettre des mots précis sur ses états d'esprit. Je me racle la gorge, si cela continue comme cela, nous allons manquer la thérapie/atelier du Doc Salinger. Quel dommage ce serait ! Moi, sarcastique? Quand les poules commettront des crimes.
«Sidle, ce serait trop te demander de te bouger un peu et de venir m'aider à trouver ma brosse à cheveux plutôt que de rester plantée là ?»
«Premier tiroir sur la gauche dans la salle de bain.»
Elle se relève en me jetant un regard suspicieux, essuyant ses mains sur son jeans, un geste qu'elle fait par habitude, et disparaît dans la dite pièce. Je n'attends pas bien longtemps avant qu'elle ne revienne avec l'objet en question à la main, un sourire en coin aux lèvres. Ces changements d'humeur toujours si soudain vont avoir ma peau.
«Les clés du chalet ?»
«Poche droite du pantalon que tu portais hier.»
Elle fouille dans ses affaires et retrouve rapidement le trousseau de clés à l'endroit exact où je le lui avais indiqué. Le truc là-haut m'a doté d'un sens de l'observation extrêmement développé, surtout quand cela concerne Catherine. Elle est sur le point d'ouvrir la bouche de nouveau quand je préfère l'interrompre. On ne va pas y passer la journée.
«Ce n'est pas que cette partie de Cherche et Trouve soit ennuyeuse, mais si je ne vais pas me préparer le Doc va… faire ce qu'un Doc fait pour emmerder ses patients.»
J'attrape les items que j'avais préparé d'avance et file dans la salle de bain sans un autre regard pour la belle blonde qui n'avait pas bougé d'un pouce.
Quand je ressors de la salle de bain, fin prête pour affronter la journée à venir, Catherine se tient déjà sur le pas de la porte, ses cheveux ont perdu leur apparence humide et sa coiffure ne présente aucune mèche rebelle, comparée à la mienne qui est composée de vagues qui vont dans tous les sens. Un petit canard à côté d'un cygne. Le garçon manqué à côté de Miss America... Je regroupe rapidement les différentes choses qui me seront utiles dans nos péripéties de la journée dans mon sac et sort du chalet.
Jusque là, aucun mot n'a été échangé, Catherine verrouille la porte du chalet et nous partons toutes les deux en direction de l'antre du psy. Nous sommes environ à mi-chemin quand je me retourne vers elle, nous marchons côte à côte à une bonne distance l'une de l'autre. Un petit sourire joue sur ses lèvres. Ce n'est pas un sourire mille watts, mais un sourire discret qui apparaît comme il disparaît, mais qui marque que quelque chose d'amusant se passe derrière celui-ci.
«Un penny pour tes pensées…»
Je n'ai pas pu me retenir, je suis intriguée, ce sourire m'intrigue, il me donne à chaque fois envie de m'introduire dans cette jolie tête blonde et disséquer la moindre de ses pensées pour comprendre ce qui fait ce qu'elle est. Mais bon, j'ai déjà à faire avec ma propre tête, alors ses pensées du moment me suffiront pour l'instant. Elle se tourne vers moi, ne ralentissant pas son pas. Son sourire touche ses yeux, leur donnant une belle teinte bleu clair.
«Quand nous aurons tué Ecklie et que nous aurons perdu notre travail, tu pourras toujours te recycler en détecteur de télécommande. Ce doit être très lucratif.»
Je souris avec elle.
Ce séjour servira peut-être au moins à quelque chose : Détruire notre ennemi commun !
Chapitre 18 : Catherine
J'ai toujours su que Sara avait un grand sens de l'observation. Sur une scène de crime, c'était un atout de l'avoir dans son équipe, parce qu'elle a cette capacité de mettre toutes les informations en banque. Qu'elles soient d'une importance capitale ou non. Alors pourquoi est-ce que le fait qu'elle ait porté attention à ces petits détails me touche autant ? Ce n'est pas comme si je lui avais demandé de me décrocher la lune, et pourtant...
Je suis vraiment en train de m'emmêler les pinceaux avec cette histoire. Avec Sara je veux dire… Si je n'avais pas fait ce rêve, je ne serais pas aussi perturbée, ni de si mauvaise humeur ce matin ! Je n'ai jamais dénié le fait que j'avais une attirance pour elle. Une attirance qui s'est transposée dans mes rêves de temps à autre, mais il y avait quand même un détail qui me dérangeait et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Peut-être le fait que tout avait paru si réel… Non, ce n'est pas le premier rêve à propos de Sara qui me paraît si réel.
Avant que je ne m'en rende compte, nous avons traversé la moitié de la distance entre le chalet et le bureau du psy. Je ne sens même pas besoin de parler pour faire disparaître le silence. C'est ce que beaucoup de personnes ne comprennent pas dans ma relation avec Sara. Nous avons beau nous disputer, dire la moindre méchanceté qui nous passe par la tête, frapper où ça fait mal, nous sommes toujours capables de revenir à un certain équilibre. Bien sûr, ce n'est pas toujours automatique, nous avons toutes les deux besoin de temps pour lécher nos blessures et ensuite revenir dans le jeu. C'est notre manière de faire, et même si parfois l'atmosphère tendue me déplait ou que Sara me blesse plus que personne, j'en suis venue à la conclusion que nous ne fonctionnons pas autrement. Ce n'est pas un séminaire qui va me faire changer. Nos deux caractères forts font parfois des flammèches, qui allume des feux, mais nous n'avons sûrement pas besoin d'un psy pour jouer le rôle de pompier. Le fait que Sara soit resplendissante quand elle monte sur ses grands chevaux ne gâche en rien la chose. Cette pensée fait monter un sourire à mon visage.
«Un penny pour tes pensées...»
'Sara, tu es la plus resplendissante des femmes que j'ai jamais connue quand tu te mets en colère'. J'imagine d'avance sa réaction. En fait, non, je ne sais absolument pas comment elle réagirait, mais elle ne s'attend sûrement pas à ce genre de déclaration. Allez Catherine, creuse-toi un peu la tête pour trouver quelque chose de potable à dire.
«Quand nous aurons tué Ecklie et que nous aurons perdu notre emploi, tu pourras toujours te recycler en détecteur de télécommande. Ce doit être très lucratif.»
À son expression, ce n'est pas non plus ce à quoi elle s'attendait, mais un sourire apparaît sur ses lèvres aussi. Finalement, je ne sais plus si je veux garder notre routine, quand un seul de ses sourires me fait fondre.
Oooooo
Quand nous entrons dans l'établissement, c'est le silence qui nous accueille, au moins il n'y a pas de musique d'ascenseur sortant des haut-parleurs. Je commence sérieusement à me demander si 'La salle d'attente' ne fait pas partie à part entière de la thérapie. Je suis sur le point de proposer à Sara de retourner au chalet quand ce cher docteur Salinger se décide enfin à faire son apparition. Il sort d'une pièce dont je n'avais pas réalisé l'existence jusqu'à maintenant.
«Super, une autre sale de torture ! » murmure Sara.
Apparemment, la porte est aussi passée inaperçue aux yeux de Sara et le commentaire a l'air d'échapper au Doc. Son sourire à mille volts me fait tout de suite perdre le mien. Je n'arrive pas à dire si c'est bon signe ou non...
«Alors comment s'est passée votre soirée ?»
Pourquoi il regarde Sara comme cela? À ce que je sache, il ne lui est pas poussé un troisième œil durant la nuit. Je l'aurais remarqué si c'était le cas ! Et puis c'est quoi cette question ? Nous avons beau être ici 24h sur 24, ça ne veut pas dire qu'il a le droit d'avoir les moindres détails sur nos vies.
«Nous nous sommes soûlées comme jamais et je n'ai aucun souvenir du reste de la soirée. Tu as une idée de ce qui s'est passé, Cath ?»
Je vois que l'idée de devoir donner toutes sortes de détails au Doc ne plait pas non plus à Sara. Ses bras sont croisés sur sa poitrine, comme si elle le défiait, et ses yeux ne quittent pas les siens. Définitivement un défi. Cela ne me coûte rien d'entrer dans son jeu.
«Je n'en ai aucune idée, mais avec l'état de nos vêtements, je n'ai pas besoin d'un dessin, vous voyez ce que je veux dire Doc ? »
J'ai adopté la même position que Sara et, à ma grande surprise, le sourire de Salinger s'élargit et il laisse échapper un rire. Nous sommes sur le point de devenir des tueurs en série Sara et moi, Ecklie, puis ensuite Salinger, au diable l'alibi.
«Quel bel exemple de complicité. Je n'ose pas imaginer l'effet que vous avez sur les suspects quand vous vous y mettez ensemble. Effrayant.»
Il arrête de parler un sourire figé aux lèvres. Effrayant ? Je vais lui en mettre de l'effrayant.
«En fait, je demandais comment s'est passé la tâche que je vous ai donné, hier. Vous pouvez continuer votre histoire, mais plus vite vous m'aurez fait un compte-rendu, plus vite nous passerons aux ateliers et plus vite vous pourrez profiter du beau temps.»
J'allais continuer sur le même ton que tout à l'heure, mais Sara est plus rapide que moi sur ce coup-là.
« Doc, vous mettez notre parole en doute, vous avez entendu parler de la confiance mutuelle ? »
«Bon, je vois que vous êtes d'humeur à jouer ce matin. Nous parlerons de votre soirée pendant les séances individuelles. Suivez-moi dans mon bureau, je vais vous donner quelques précisions sur la journée d'aujourd'hui.»
Il nous tourne le dos et se dirige vers son bureau comme si de rien n'était
«Tu crois que l'on pourrait…»
«Non, toutes les preuves se retourneraient contre nous et en plus, on serait obligées de recommencer le séminaire du début. Courage.»
Elle me fait un petit sourire et suit le pas du Doc. Elle se retourne quand elle voit que je ne la suis pas et un vrai sourire apparaît sur son visage après qu'elle ait roulé des yeux.
«Tu n'aurais pas pu être pu subtile en le criant et, de toute manière, j'y avais pensé.»
«Tu me rassures, j'ai cru un instant que tu avais développé des pouvoirs psychiques, il ne manquerait plus que ça.»
«Si c'était le cas, j'aurais déjà forcé le Doc a nous signer les documents et je serais en ce moment même en train de lire un bon livre dans mon salon.»
«Nous avons un salon et des livres au chalet, comme le Doc l'a dit, plus tôt fait, plus vite nous allons pouvoir faire autre chose.»
Nous finissons par entrer toutes les deux dans le bureau. Nous prenons place dans les mêmes sièges que la veille pendant que Salinger a la position de force derrière son bureau, les yeux fixés sur nous, la main au menton, l'air pensif.
«Scrabble.»
«Un jeu intéressant qui stimule l'intellect, c'est ce que vous avez fait hier soir ?»
Je me tourne vers Sara et elle hoche la tête. Le Doc l'imite, dans la même position dans laquelle il était quand nous sommes entrées dans la pièce.
«Quelles conclusions pouvez-vous tirer de votre expérience, Catherine ?»
Quelques répliques bien senties me viennent à l'esprit, mais un regard lancé à Sara me dit qu'il est mieux pour ma santé de ne pas m'aventurer sur ce chemin.
«Nous pouvons faire des activités à l'extérieur du travail sans nous entretuer ?»
«C'est ce que vous pensez ou vous pensez que c'est ce que je veux entendre ?»
Wow, cet homme a vraiment le truc pour me mettre sur les nerfs.
«Vous ne vous fatiguez jamais de poser des questions ?» lui répondis-je sur la défensive.
«Cath…» me murmure Sara.
«Quoi ?»
Voilà mon faux pas, m'emporter et finir par crier sur Sara.
«Qu'est-ce qui te prend depuis ce matin ? Une seconde, tu as le sourire, l'autre tu es silencieuse ou tu es cassante. C'est énervant ces bouffées de chaleur à la fin.»
Coup bas. Je sais qu'à ce moment elle ne pense pas ce qu'elle dit, mais cela reste quand même un coup bas.
«Peut-être que je devrais aller me défouler sur un arbre. Dis-moi, c'est efficace?»
Sara ne m'a pas parlé de ce qui s'est passé l'autre nuit lorsqu'elle a quitté le chalet, ni de comment elle s'est fait cette blessure à la main, mais ses marques ne tromperaient pas un enfant de cinq ans ! Bon peut-être qu'elles tromperaient un enfant de cinq ans, mais sûrement pas une enquêtrice qui a mon expérience. Je sais à quoi ressemblent les blessures résultant de la rencontre d'une main et d'un arbre !
Nous sommes toutes les deux debout, face à face, je sens son souffle sur mon visage et j'ai des images de mon dernier rêve qui passent devant mes yeux.
«Je ne sais pas, cela m'étonnerait que l'arbre réponde à tes insultes.»
Je ne suis pas à bout de mots, mais je dois me concentrer pour garder mon regard fixé sur celui de Sara et non sur ses lèvres. Nous restons dans cette position jusqu'à ce que le raclement de gorge de la personne qui avait été momentanément oubliée retentisse.
«Sidle, l'intervenant externe vous attend dans la salle de dessin, j'en sortais quand vous êtes arrivées. Willows, reprenez votre place sur la chaise.»
Sara soutient mon regard quelques secondes de plus avant de prendre son sac et de sortir de la pièce. Je me laisse tomber en poussant un soupir. La journée ne faisait que commencer.
Chapitre 19 : Sara
Elle sait ! Comment est-elle au courant pour ma main ? C'est la question que je me pose lorsque je passe le pas de la porte de la salle de dessin.
Je sais que Catherine est loin d'être stupide et qu'elle devine bien les choses, mais je pensais être plus difficile que ça à cerner. Ce qu'elle peut m'agacer quand elle lit comme ça en moi, comme dans un livre ouvert !
Je m'avance un peu plus dans la pièce, pour découvrir tout un tas de gens que je n'avais encore jamais vu, Catherine et moi n'avions encore croisé personne ici mais il semblerait que cela face partie du plan démoniaque de Salinger. Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant ces gens, huit, ils étaient huit en tout, finalement Catherine et moi n'étions pas les seules à avoir des problèmes de communication ! Cela me rassura un peu…
« Miss Sidle, nous n'attendions plus que vous pour commencer ! » me dit une femme de petite taille vêtue comme pour le carnaval. Décidément il semblerait qu'ici tout le monde sache qui je suis !
« Prenez place je vous en pris » me dit-elle en me désignant un siège devant un chevalet.
Je pris place sans un mot…
« Parfait ! Maintenant que tout le monde est là, je vais vous expliquer le principe de cet atelier. Pour commencer je m'appelle Roxane et je ne suis pas là pour juger vos performances artistiques, sauf si parmi vous se trouve un futur Renoir ou Picasso, dans ce cas je me ferai un plaisir de devenir votre agent et de prendre 20 pour cent sur toutes vos ventes ! »
Un flot de rires s'éleva dans la salle, et je ne pus m'empêcher de sourire moi aussi !
« Bien, ceci dit » reprit Roxane « Je suis là pour faire un travail précis avec vous… vous voyez la toile vierge devant vous ? Elle vous appartient pour les deux prochaines heures ! Elle va devenir le reflet de votre âme, je veux que vous dessiniez dessus ce qui a le plus de valeur et d'importance pour vous ! Les pinceaux, et la peinture sont devant vous ! Pour ceux qui le souhaitent j'ai aussi des pastels à votre disposition ainsi que du papier blanc ! A vous de jouer à présent. Si vous avez besoin d'aide n'hésitez pas je suis là pour ça ! » dit elle en passant près de chacun.
Je les vit tous se saisir de leur pinceaux sans la moindre hésitation et déjà sur certaines toiles je pouvais deviner les premiers traits de ce qui comptait dans la vie de ces gens !
J'étais la seule à être restée comme pétrifiée… perdue ! Je n'avais rien dans la vie, rien de rien sauf mon travail ! Je n'allais tout même pas peindre une scène de crime ? C'était des séances de psy assurées à vie si je faisais une chose pareille !
Les minutes passaient et je n'avais toujours pas dessiné le moindre trait sur mon tableau…
« Quelque chose ne va pas ? » me demanda Roxane en se penchant sur moi.
Oui en effet quelque chose ne va pas ! Je n'ai rien à peindre sur ce fichu tableau !
« Non, non tout va très bien c'est juste que… » bafouillais-je
« Juste que vous avez besoin d'un peu plus de temps… » me dit elle en me souriant
« Ouais c'est sûrement ça ! » lui répondis-je en me levant nerveusement.
« Peut être que les pastel vous conviendraient mieux ? Les couleurs et l'aspect général sont plus doux. »
« Peut être que ça m'aiderait oui… je vais aller voir ça merci… » marmonnais je sans grande conviction.
Je devais à tout prix trouver quelque chose à dessiner, sinon j'aurais encore le droit à l'une de ces stupides analyses dont le Doc avait le secret ! Merde !
Une fois devant les pastels, l'inspiration ne me frappa toujours pas… je laissais mes doigts glisser sur les pastels bien sagement rangés dans leur boite comme si cela pouvait m'aider… ma grand-mère disait souvent que sentir les choses, appréhender le monde autour de soit pouvait changer notre façon de voir…
Jaune… rouge… bleu… rose…orange… les couleurs se succèdent sous mes doigts. Et tout à coup j'ai le déclic, enfin pas un vrai déclic, j'ai juste envie de dessiner, de dessiner comme lorsque j'étais petite et que je passais des après-midi heureuse avec ma grand-mère Léa, à dessiner au bord du lac avant de retrouver l'enfer de la maison familiale !
Je saisis une feuille blanche au passage et je retournais d'un pas rapide à mon chevalet ! Ma feuille est tout juste en place, que ma main se saisit déjà du crayon jaune, un soleil noyé dans un océan… voilà ce qui me vient à l'esprit…
Oooooo
Je dessine déjà sans relâche depuis puis plus d'une heure… quand Roxane s'approche de moi et examine mon dessin d'un œil critique !
Je n'aime pas ça, c'est d'ailleurs pour ça que j'ai arrêté le dessin, je ne supportais pas d'être exposée à la critique des autres !
« Ce n'est pas du Renoir mais ce n'est pas mal du tout, vous avez un réel talent Melle Sidle ! Qui est ce ? »
« Qui ? » lui demandais je en levant le nez de ma feuille
« La femme de votre dessin ! » lança Roxane dans un mouvement de menton
« La femme sur mon dessin ? » lui demandais je en fronçant les sourcils « Il n'y a pas de femme sur mon dessin, c'est jute un soleil noyé dans un océan ! »
« C'est peut être comme ça que vous la voyez ! Mais je peux vous assurer que vous avez dessiné le portait d'une femme… qui est ce ? » insista t'elle une seconde fois.
Exaspérée, je me levais de ma chaise pour mieux voir ma feuille…
Oh mon dieu…. Non mais je rêve ! Catherine, Catherine était en train de me faire face ! Où était passé mon soleil, où était mon océan… mon doux et si bleu océan…
« Alors qui est ce ? » demanda à nouveau la femme de petite taille.
« Personne…ce n'est personne… » murmurais je encore sous le choc de ce qui se tenait sous mes yeux.
« En tout cas elle est très belle… »
« Oui elle l'est…c'est certain… »
Je me demande alors comment se passent les choses pour Catherine, sûrement mieux que pour moi qui vient de me rendre compte en cette seconde que la seule chose qui comptait vraiment dans ma vie à part mon boulot, c'était elle… elle qui ne m'aimerait jamais comme je l'aime…
Chapitre 20 : Catherine
« Qu'est ce que c'était que ça Catherine ? » me demande le Doc une fois Sara hors de la pièce.
« Ça quoi ? » lui demandais je d'un ton exaspéré.
« Ce qui vient de se passer avec Sara ! »
Je sais qu'il fait allusion à notre dispute : « Oh ça ! Ce n'est
rien ça nous arrive souvent… c'est la routine ! » lui répondis je dans un haussement d'épaule résigné.
« Et vous trouvez ça normal ? Vous n'êtes pas là pour faire changer les choses ? » me demande t'il l'air soudain sérieux.
« Je ne sais pas si c'est normal, mais c'est comme ça ! Et en ce qui concerne le fait de changer les choses ce n'est pas la peine que je me fatigue pour ça, parce que Sara n'a pas besoin de moi ! »
« C'est elle qui vous a dit ça ? C'est elle qui vous a dit qu'elle n'avait pas besoin de vous ! »
« Non, elle n'a pas eu besoin de le faire parce que je le sais déjà »
« Et vous le savez parce que ?... »
« Parce que c'est une évidence ! Parce que chaque fois que je fais un pas vers elle, elle se referme comme une huître ! Et il faut croire que je n'ai pas le bon matériel pour l'ouvrir ! »
« Alors changez d'outil ! »
« Vous croyez que je n'ai pas essayé ? Elle est comme un oignon, a qui on enlève une couche, et encore une couche sans jamais trouver le cœur, et lorsqu'on le trouve enfin ça finit toujours dans les pleurs… »
« Que de métaphores, d'abord une huître, à présent un oignon et dans deux minutes vous la comparerez à quoi ? A un steak ? »
Je lance un regard noir au Doc, de quel droit se moque t'il de moi ! Pour qui se prenait-il à la fin celui là !
« Vous ne vous êtes jamais dit que vous ne regardiez pas Sara avec les bons yeux ? Que peut être que si vous vous y preniez autrement avec elle, tout serait plus simple »
« Puisque vous êtes si fort, dites moi comment m'y prendre avec elle ? »
« Écoutez-la ! Écoutez-la vraiment ! »
Cette fois c'en était trop, j'avais besoin de me dégourdir les jambes, je venais d'entamer les cents pas dans le bureau du Doc. Je devais respirer profondément pour me calmer et ne pas bondir sur le bureau de Salinger pour le jeter contre le mur en face ! Comment pouvait-il me dire une chose pareille ? Je faisais de mon mieux avec Sara, de mon mieux !...
« Je l'écoute… je l'écoute vraiment… mais lorsque les choses deviennent trop personnelles entre nous, je ne sais pas, j'ai l'impression qu'elle panique et ça me met hors de moi ! » lui avouais je enfin en marchant toujours d'un bout de la pièce à l'autre.
« Si je vous donnais la clef du problème, si je vous disais pourquoi Sara a peur des autres, cela pourrait vous aider dans vos relations avec elle ? »
Je stoppais net ma marche aux mots de Salinger. Il était vraiment sérieux ? Ou il se moquait encore de moi…
« Voici le dossier de Sara » dit il en sortant une chemise de son tiroir « Tout ce que vous avez besoin de savoir sur Sara Sidle se trouve ici… je vais prendre un café je reviens dans vingt minutes… » dit il en fermant la porte derrière lui.
Seule… j'étais seule face à la véritable Sara Sidle…
Oooooo
J'avais tout de suite reconnu la chemise verte que Sara avait tenue en main la première fois qu'on avait rencontré le Doc. Tout était là, la vie entière de Sara était là sous mes doigts.
Je m'étais rapidement emparée de la pochette, avant d'aller m'asseoir sur le divan en face de moi… Je n'avais qu'à ouvrir la première page et Sara me livrerait enfin tous ses secrets !
Allez Cath courage, vas y tu l'as déjà fait, c'est simple d'ouvrir une pochette, tu glisse ta main sous la première page et tu tournes, rien de plus facile ! Pas besoin d'avoir fait Harvard pour ça…
Harvard…
Sara…
C'était la chance de ma vie, la chance que j'attendais depuis 6 ans…ma chance de connaître Sara. Je dessinais machinalement de mes doigts le contour de son prénom écrit sur le dessus de la pochette… Sara…
Ne sois pas stupide Cath, ce n'est pas ce que tu attends ! Réveille-toi, merde ! Ce que tu attends encore et toujours c'est que Sara te fasse confiance, et ce n'est pas comme ça que je gagnerai sa confiance, on ne gagne pas la loyauté des gens en leur plantant un couteau dans le dos.
J'avais attendu jusqu'à présent que les choses changent entre Sara et moi, alors je pouvais patienter encore un peu… ma décision était prise je n'ouvrirai pas ce fichu dossier, ce n'était pas de cette façon là que je voulais connaître Sara. Et si les choses devaient rester telles qu'elles étaient et bien je m'en contenterai, je ne pouvais pas trahir le peu de confiance que la grande brune avait placée en moi !
J'étais en train de remettre le dossier de Sara à sa place quand le Dr Salinger entra dans son bureau : « Alors lecture intéressante ? » me demanda t'il en se rasseyant à sa place.
« Je ne l'ai pas ouvert… »
« Vraiment ? » me demanda t'il perplexe.
« Oui vraiment ! »
« Vous voulez bien baisser les stores Catherine ? » me demanda t'il alors
« Quoi ? »
« Je voudrais vérifier quelque chose… »
Je n'avais pas la moindre envie de me lancer avec lui dans une discussion, sur le pourquoi de cette demande, je me contentais d'obéir… une fois n'est pas coutume !
« Voilà content ?! » lui demandais-je une fois les stores baissés.
« Très ! Vous pouvez les ouvrir à nouveau ! »
« Quoi ?! Vous vous moquez de moi là ? »
« Pas du tout ! J'avais mis de l'encre invisible fluorescente sur les feuilles que contenait cette chemise, et pour vérifier que vous n'en aviez pas sur les mains j'avais besoin de pénombre ! » me dit-il en me montrant ses mains, qui elles, s'étaient mises à briller.
« Vous êtes un grand malade ! Vous le savez ça ? Un grand malade ! » lui lançais je en remontant les stores. « Ça veut dire que la chemise verte ne contenait pas vraiment le dossier de Sara ? » lui demandais-je avant de lui faire face.
« En effet ! Cela aurait constitué une faute grave si je vous avais laissé consulter le vrai dossier de Sara. Mais cela n'a pas d'importance, le but de l'exercice était de savoir si vous étiez prête à avoir une vraie relation de confiance avec Sara, je voulais voir si vos motivations étaient sincères et elles le sont ! Il faut vous donner encore un peu de temps à l'une comme à l'autre… »
« Combien de temps ? » demandais je abattue.
« Je ne sais pas, je suis thérapeute pas magicien ! »
« J'aimerai tellement que les choses changent enfin entre nous ! » murmurais-je un pâle sourire au coin des lèvres.
« Cela ne dépend que de vous Catherine… De vous et de Sara ! »
Chapitre 21 : SaraLa séance de « dessin » venait de prendre fin et je me dirigeais vers le chalet pour le repas de midi…
Catherine n'était pas encore rentrée, il me semblait donc évident que c'était moi qui allais me coller aux fourneaux, mais avant tout je devais ranger ce fichu portrait de Catherine, je ne voulais pas qu'elle tombe dessus ! Ma première idée avait été la poubelle, mais après réflexion cela me paru stupide ! Je pliais simplement la feuille en quatre et je la glissais dans le fond de mon sac !
Je me dirigeais ensuite vers le frigo pour y découvrir le début du désert de Gobi ! Catherine et moi ne devrions pas tarder à aller refaire quelques courses si on voulait pouvoir survivre encore quelques jours ici !
J'étais là plantée devant le frigo, à chercher ce que je pourrais bien nous préparer pour le déjeuner, quand Catherine fit son entrée…
Elle avait son air contrarié peint sur le visage, ce qui m'informa que la question « Comment s'est passé ta séance ? » ne serait pas la bienvenue !
« Salinger est complètement cinglé, ça deviens du délire ! » hurla t'elle en se dirigeant vers le comptoir.
« Que s'est il passé ? »
« Figure toi qu'il … oh et puis laisse tomber ! J'aurai besoin d'un bon remontant voilà ce qui me ferait du bien ! Une bonne bière, non, non un bon whisky, un triple même ! Finalement ton idée de beuverie n'était pas si stupide !» marmonna-t-elle avant de laisser sa tête s'écrouler sur le comptoir en face d'elle.
Je refermai la porte du frigo pour me diriger vers mon sac… Je crois que Catherine avait besoin de faire la connaissance de ma veille amie…
« Ce n'est pas du whisky, mais la vodka a aussi son charme… » lui dis je en posant la bouteille devant elle, accompagnée de deux verres.
Catherine releva la tête et fixa la bouteille, puis me fixa à mon tour, elle observa attentivement le liquide, se posant mille questions, c'était évident. Elle évalua rapidement ce qui manquait dans la bouteille, à peine quelques gorgées… elle eu la délicatesse de ne pas faire le moindre commentaire. Je savais ce qu'elle attendait… elle attendait que ça vienne de moi…elle voulait une explication, je pouvais le lire dans ses yeux, elle voulait savoir d'où provenait cette bouteille mais contrairement à son habitude elle ne me harcela pas de questions !
Elle saisit la bouteille et nous servit un verre chacune… les premiers d'une longue série…
Ooooooo
« Et c'est seulement à ce moment là que je me suis aperçue que je n'avais pas de culotte ! » rit Catherine
« Oh mon dieu ! » lui dis je en riant à mon tour.
Catherine et moi étions là depuis plus d'une heure, la bouteille de vodka quasiment vide en face de nous.
Nous n'avions toujours pas déjeuné, j'avais plusieurs fois proposé à Catherine de préparer quelque chose pour accompagner notre vodka, mais la petite blonde m'avait simplement répondu « Toi et moi… de la vodka… Je n'ai besoin de rien d'autre… » voilà quelle fut sa réponse après son troisième verre.
L'alcool commençait visiblement à faire dire n'importe quoi à Catherine, il était clair pour moi qu'elle n'avait pas l'habitude de boire autant surtout à jeun !
« Bon, je me suis rendue assez ridicule comme ça pour aujourd'hui, avec toutes ces histoires ! Parle moi plutôt de toi, ton enfance, tes parents… » Gloussa Catherine en finissant son verre avant de s'en servir un autre.
Je pense qu'elle devait trouver qu'à présent nous étions devenues suffisamment intimes pour oser enfin aborder le sujet de mon enfance avec moi. Et je crois que la demi bouteille de vodka qu'elle venait de s'enfiler la confortait dans cette idée ! Mais elle se trompait, je n'étais pas encore vraiment prête à parle de ça, et de toute façon il y avait de fortes chances que dans quelques heures elle ne se rappellerai pas un mot de cette conversation.
Mon visage s'était soudain assombri à l'évocation de ma famille, et si Catherine n'avait pas été si imbibée d'alcool, elle l'aurait immédiatement remarqué, et elle aurait tout de suite compris qu'il s'agissait d'un sujet délicat et aurait orienté la conversation vers un autre sujet ! Mais le problème c'est que la petite blonde était ivre morte…
« Allez Sara lance toi, je suis sûre que tu as plein d'anecdotes sympas sur ton enfance ! » lança alors Catherine
« Des anecdotes ça j'en ai tout un tas ! Mais je ne crois pas que sympa soit le mot qui convienne ! Je n'ai jamais vraiment été une enfant comme les autres… » je refermai la bouche et serai la mâchoire, c'était un mécanisme de défense pour ne pas pleurer.
« Chouette alors on va jouer à je n'ai jamais, Salinger à l'air de bien aimer ce jeu ! »
« Non Cath on ne joue pas … »
« Oh… c'est dommage… Parce que sinon je t'aurai dit que je n'ai jamais pensé une seule seconde que tu n'avais pas ta place dans notre équipe ! Je t'aurai dit que je n'ai jamais voulu te faire du mal, et que je suis désolée qu'on en soit arrivées là toi et moi ! Chaque fois que j'ai essayé d'arranger les choses entre nous, je n'ai fait que les empirer ! Je n'ai jamais souhaité une seule seconde que tu me haïsses à ce point… » me dit elle les yeux embués de larmes.
« Je ne te hais pas… »
« Ah vraiment ?! Première nouvelle ! Alors comment expliques-tu ce qui se passe entre nous ? »
« Je ne l'explique pas, c'est juste…comme ça ! » lui dis je dans un sourire résigné.
« Je ne veux plus que les chose soient juste comme ça ! Je voudrais… je voudrais que les choses soient différentes. »
« Je le voudrai aussi mais c'est compliqué Cath… »
« Les choses pourraient être simples Sara, c'est toi qui les complique ! » hurla t'elle en frappant la paume de sa main sur le comptoir.
Ben voyons tout est de ma faute comme d'habitude, bon c'est vrai j'avoue volontiers que chaque fois que Catherine a voulu avoir une vraie discussion avec moi je me suis toujours arrangée pour filer ! C'est plus facile pour moi de contourner l'obstacle que de l'affronter, et je dois dire que Catherine est un obstacle de taille sur la route de ma vie de tous les jours ! Je reconnais que j'ai des tors, mais elle en a tout autant que moi, si ce n'est plus ! Je m'apprête à lui répondre, lorsque que je la vois changer de couleur et devenir pâle comme la mort…
« Cath est ce que ça va ? » je lui demandai d'une voix alarmiste.
Elle détourna la tête, je ne comprenais déjà pas ses sautes d'humeur, lorsqu'elle était à jeun, alors après une demie bouteille de vodka, imaginez mon désarroi !
« Catherine regarde moi ! Regarde-moi ! »
« Pas la peine que je te regarde, je te connais pas cœur, tu es grande, élancée, tu es belle Sara…n'importe quelle femme tuerai pour te ressembler ! Tu es si jeune… et je suis si vieille » dit elle en me regardant enfin. « Tu as la vie devant toi, alors que moi… tu as la beauté de la jeunesse… »
« Tu te trompes ! Tu racontes vraiment n'importe quoi ! Et puis je ne suis pas belle, je suis repoussante, terrifiante même ! » répliquais je dans un hoquet nerveux.
En temps normal j'avais déjà du mal à gérer Catherine et nos conversations, mais ce soir c'était pire que tout, j'avais vraiment touché le fond ! Il était clair, que la petite blonde était en plein délire éthylique !
« Moi je ne te trouve pas repoussante, tu me terrifies c'est vrai mais tu es loin d'être repoussante » me dit elle en portant sa main sur mon visage.
Pendant une brève seconde je crus que Catherine allait m'embrasser mais ce ne fut pas le cas, elle se contenta de me sourire.
« Ce que tu penses ce soir ne compte pas ! » lui dis je en repoussant doucement sa main.
« Pourquoi ? Parce que je suis une femme ? Je sais reconnaître une femme séduisante quand j'en vois une ! »
« Non ton avis ne compte pas ce soir par ce que tu es ivre et qu'avant la fin de la journée tu ne te souviendras pas de la moitié de cette conversation ! Et c'est tant mieux ! »
« Je suis peut être ivre mais tu restes tout de même une très belle femme même si tu as renoncé à en être une ! » me lança Catherine d'une voix brisée par l'alcool
« Je te demande pardon ? »
« Non rien ! Je n'aurai jamais du dire ça, ça m'a échappé… »
« Non non je voudrais savoir ce que tu entends pas là » Elle avait piqué ma curiosité et puisque que l'alcool semblait lui délier la langue, c'était le moment ou jamais…
« Et bien il y a différentes catégories de femmes : les disponibles, les indisponibles et les disponibles seulement pour la bonne personne »
« Et tu me ranges dans quelle catégorie ? » lui demandais je intriguée.
« Plus qu'indisponible ! Murs infranchissables entourés de barbelés, femme armée prête à tirer, ne pas regarder, pas intéressée merci ! » me dit elle en secouant la tête.
« Tu te trompes, je suis chaleureuse ! » lui répondis je pour me défendre.
« Oui autant qu'un iceberg »
Un silence passa alors entre nous… C'était une dispute qu'elle cherchait ? Parce que si c'était le cas, elle n'allait pas tarder à me trouver ! Ivre ou pas je lui livrerai bataille si elle continuait comme ça.
« Mais ce qu'il y a de bien avec les icebergs c'est qu'un jour ça finit par fondre, il suffit d'être patient ! » murmura t'elle en glissant sa main dans la mienne.
Je fus touchée au plus profond de moi par ce geste… C'était tout Catherine ça, une minute elle était prête à vous réduire en cendres, et la minute d'après elle vous touchait en plein cœur, jusqu'aux larmes…
« Bien je crois que ça suffit pour aujourd'hui ! Au lit ! » murmurais je la voix brisée par l'émotion.
« Mais il est à peine 14 h et je dois aller peindre ou faire de la pâte à modeler dans je ne sais plus quel atelier ! » protesta Catherine en sautant de son siège.
« Je ne pense pas que le Doc apprécierait de te voir dans cet état ! Je trouverai bien quelque chose à inventer pour expliquer ton absence à l'atelier de cet après midi ! »
Catherine gloussa, je fis le tour du comptoir pour que la petite blonde s'appuie sur moi, mais elle me repoussa doucement : « Je peux me débrouiller seule… » m'assura t'elle avant de faire trois pas qui la conduisirent par terre « Oups… je crois que j'ai un peu trop bu ! » observa t'elle.
Sans un mot je me penchais sur elle et la pris dans mes bras pour la conduire sur notre lit, Catherine avait vraiment besoin de repos ! Je la posais doucement sur le lit avant de lui entrouvrir les draps : « Allez Willows glisse toi la dessous ! »
« Attends, attends, j'ai le droit à ma question du jour ! »
« Je sais, mais glisse toi sous les draps avant ! Allez exécution ! »
Catherine s'engouffra péniblement sous les draps, sa tête avait tout juste touché l'oreiller que ses yeux se fermaient déjà mais sa voix me parvint dans un murmure : « Sara, est ce que tu m'aimes ?… »
« Je t'aime plus que ma vie » lui avais je répondu avant de lui déposer un baiser sur le front, me rendant compte qu'elle s'était déjà assoupie. Je me glissais près d'elle, tout près d'elle avant de fermer les yeux juste pour le plaisir de retrouver la sensation de sécurité que j'avais ressentie ce matin… A cet instant précis j'avais besoin de me sentir proche de Catherine, vraiment tout proche…
Chapitre 22 : Catherine
La lumière m'éblouit dès que j'ouvris les yeux, j'ai un léger mal de tête et… oh mon dieu mon haleine est infecte !
Pendant une seconde je suis un peu perdue… Je ne me rappelle pas où je suis, ni avec qui… Puis tout me revient en mémoire… le stage, le Doc, ma séance de ce matin avec lui, Sara…
Sara… d'ailleurs où est elle ? Encore en promenade nocturne ? Je tourne la tête vers le réveil 16 h… 16 h ?! Mais qu'est ce que je fais au lit à cette heure ci ?
Et puis tout à coup j'ai un flash, la vodka ! J'ai bu de la vodka !
Oh ma tête… il faut que j'aille me rafraîchir un peu ! Après un rapide passage à la salle de bain, je me dirige péniblement vers la cuisine, mon regard tombe alors sur une feuille de papier posée sur le comptoir.
Catherine,
Je suis avec le Doc pour ma séance, viens nous rejoindre quand tu peux (enfin SI tu peux… :o)
Sara
PS : Je t'ai fait du café, c'est efficace pour la gueule de bois !
PS 2 : Ne rajoute pas de vodka au fond de ta tasse ça annulerait l'effet souhaité !...
Ah ah je vois que Sara est en forme, ravie de voir que mes déboires l'amusent autant ! Je ne sais pas ce qui m'a prie de boire autant, ce n'est pourtant pas mon genre.
Après ma troisième tasse de café, je file sous la douche… l'eau chaude me fait du bien, j'ai l'impression que mes pensées se rassemblent enfin ! Cela fait déjà plus de vingt minutes que j'essaye de me souvenir de ce qui s'est passé après mon troisième verre de vodka…
Je n'ai pas de vrai souvenir de ma discussion avec Sara, juste des impressions, des sentiments, et étrangement je me dis que ce n'est peut être pas une si mauvaise chose ! Quelques brins de conversation finissent finalement par me revenir mais rien de très clair, je quitte la salle de bain pour aller m'habiller rapidement !
Merde ! Je devais aller en séance peinture ou un truc dans ce goût là ! Merde Doc va me tuer. J'attrape ma veste en vitesse avant de quitter le chalet en hâte, la porte claque derrière moi et je cours jusqu'au bureau de Salinger. Je suis presque arrivée lorsque je me stoppe en pleine course, ma voix résonne soudain dans ma tête : Parle moi plutôt de toi, ton enfance, tes parents…Allez Sara lance toi, je suis sûre que tu as plein d'anecdotes sympas sur ton enfance !
Oh mon dieu je n'ai pas pu lui demander une chose pareille, non, non c'est impossible je n'ai pas été assez stupide pour ça ?! Oh mon dieu, mais bien sûr que je l'ai fait… c'est même certain !
Et merde ! Merde, merde, merde, j'ai du mettre Sara dans tous ses états ! Bien joué Willows ! Je ne sais pas tout de la grande brune mais j'ai bien compris que sa famille est un sujet sensible, douloureux même ! Je sais que son père n'était pas tendre avec elle, qu'il la battait souvent…
Je suis devant la porte du Dr Salinger depuis déjà cinq bonnes minutes mais je n'ose pas entrer… j'ai peur de ce que je vais trouver derrière cette porte, peur du mal que j'ai encore fait à Sara… Je ne suis bonne qu'à ça, lui faire du mal encore et encore !
Mes mains se sont mises à trembler, la nausée s'empare de nouveau de moi et ce n'est pas seulement la faute du reste de vodka qui coule dans mes veines. J'ai porté un nouveau coup à Sara, sans le vouloir et je vais devoir en payer le prix ! Je sais qu'un nouvel affrontement m'attend derrière cette porte ! Je soupire profondément avant de frapper à la porte…
« Entrez… »
Je pousse la porte… je suis à peine dans la pièce que mon regard cherche déjà Sara. Elle est là l'air sombre, fermé… mon cœur s'accélère… Ses yeux courent le long de mes jambes, de mon corps, avant de trouver les miens. Puis l'impensable se produit…
Elle me sourit…
« Comment te sens-tu ? » me demande t'elle
« Mieux…enfin je crois… » marmonnais je avant de m'asseoir sur ce qui semblerait être devenu mon siège.
« Bien je suis contente de l'entendre ! » me lança t'elle
« Que vous est il arrivé Catherine ? » me demanda le Doc en me fixant. Je sentis Sara s'agiter sur le siège à côté de moi.
« Je vous l'ai déjà expliqué Doc ! » intervint la grande brune
« Je le sais très bien, mais je voudrais l'entendre de la bouche de Catherine ! »
« Euh et bien, je… j'ai eu un petit coup de fatigue… » lançais je sans grande conviction.
« Quel genre ? »
« Le genre qui fatigue ! » répliquais je.
Doc me fixa un instant comme si il essayait de sonder mon âme, puis il fit de même avec Sara…
« Bon assez jouer, que s'est il passé entre vous pour que vous ne daignez même pas aller au cours de peinture et pour que Sara arrive avec presque quarante minutes de retard à sa séance ! Dispute, règlement de compte ? »
« Il ne s'est rien passé ! » La voix de Sara avait rejoint la mienne
« Bien si vous êtes d'accord sur le fait qu'il ne s'est rien passé, c'est qu'il s'est passé quelque chose ! » Assura le Doc
« Ça c'est ce que j'appelle de la psychologie inversée Doc, c'est fort ! » le taquina Sara
« Très fort ! » rajoutais je en adressant un clin d'œil à la grande brune.
« Très bien, peu importe ce qui s'est passé ou ne s'est pas passé, je vais vous donner un exercice à faire ensemble dès maintenant, puisque que vous semblez si complices ça ne devrait pas vous prendre longtemps… »
« Maintenant ? Mais… »
« Pas de mais qui tienne ! Il semblerait que vous soyez prêtes pour cet exercice ! Suivez-moi… »
Après un rapide coup d'œil sur Sara, nous emboîtons le pas du Doc.
Oooooooooo
Une série de cordages emmêlés dans tous les sens se trouvait à présent devant nous.
« Qu'est ce que c'est ? On dirait une sorte de labyrinthe… » observa Sara
« Tout juste ! C'est un labyrinthe ! Vous devrez le traverser d'un bout à l'autre ensemble ! Je l'ai fait ce matin et ça m'a pris vingt minutes pour sortir, mais bien sûr moi je n'étais attaché à personne ! » nous dit le Doc en se glissant derrière nous.
« Attaché ? » répéta Sara en fronçant les sourcils.
J'entendis alors un clic et un métal froid glissa sur ma peau : « Des menottes ? Vous nous avez attachée l'une à l'autre avec des menottes » hurla soudain Sara.
« Ça devient du grand délire là Doc ! Donnez nous la clef ! » lui dis je en levant la main vers lui.
« Aouuuuuuu… doucement Cath » marmonna Sara entre ses dents.
Mon mouvement avait été si vif que je l'avais entraînée avec moi sans le vouloir.
« La clef des menottes se trouve quelque part dans le labyrinthe, trouvez la clef et vous serez libres… sinon… »
« Sinon quoi ? » demandais je d'un ton menaçant
« Disons simplement que ce n'est pas le genre d'exercice auquel il faut échouer »
« Et pourquoi ça ? »
« Si vous voulez retrouver pleinement l'usage de votre bras, il vous faut la clef et c'est la seule clef… je n'ai pas de double » nous lança t'il dans un sourire
« Vous vous fichez de nous ? »
« Pas du tout ! Vous devriez commencer à me connaître ! La clef est votre seule chance de vous séparer, ou alors vous pouvez vous entretuer ! A vous de voir, bonne chance… » nous lança t il en s'éloignant de nous à toutes jambes.
« Hey, hey mais hey… » il ne se retourna à aucun de mes cris.
Sara et moi nous retrouvions seules, enchaînées l'une à l'autre…
« Je crois qu'il faut enterrer la hache de guerre Sara et nous débrouiller toutes seules… j'ai l'impression qu'il va valoir qu'on compte seulement l'une sur l'autre sur ce coup là… »
Sara ne dit pas un mot et je pus sentir son corps près du mien se tendre et se crisper de part en part. Je compris immédiatement qu'elle était mal à l'aise, ce que je ne comprenais pas était pourquoi ? J'avais encore un peu de mal à vraiment me concentrer, car les vapeurs de vodka ne flottaient encore pas très loin de moi…
À suivre
