Bonsoir à toutes et à tous.

Et non, vous ne rêvez pas. Voici enfin le nouveau chapitre de Thermae. Il a mis du temps à arriver, d'autant plus qu'il s'agit du dernier chapitre. En dépit du sentiment de précipitation que j'ai un peu sur la fin de ce volet, je crois sincèrement être arrivée au bout de mon sujet, et surtout, je ne peux pas me permettre d'attendre plus longtemps encore et de produire quelque chose de moindre qualité. Un épilogue relativement court sera publié rapidement, pour conclure véritablement et définitivement cette histoire. Mais c'est bien la fin.

Je vous remercie de tout coeur pour l'enthousiasme dont vous avez fait preuve, celles et ceux qui suivaient depuis le début, et les autres qui ont pris le train en route et ont pris la peine de me faire part de leurs impressions. J'ai été très heureuse de lire vos avis, et ravie de l'écho positif qui en est ressorti.
je vous laisse à présent en compagnie de notre bande de chevaliers toujours nus, et toujours en colère.

Disclaimer: Tous les personnages présents appartiennent à Masami Kurumada.

Je remercie les lectrices anonymes pour leurs gentilles reviews, je vous répondrais lors de la publication de l'épilogue!

En remerciant Talim, pour son soutien, son sourire, ses bonnes idées, son enthousiasme perpétuel, et Shéraz, pour ses encouragements répétés, je vous souhaite à toutes et à tous une très agréable lecture.


« Tu quoque mi amice ! »

Le silence… Ah quel bonheur, quel soulagement ! C'était étrange de se rendre compte à quel point Milo lui-même, en dépit de ses capacités rarement égalées de logorrhée verbale, savourait à sa juste valeur le calme enfin revenu dans la salle. Et visiblement, Athéna avait décidé que ses chers chevaliers n'avaient rien de mieux à faire que de rester enfermé plus de vingt heures dans un lieu clos. Le Scorpion songea d'ailleurs, en observant ses doigts décidément en très mauvais état, si le fait de dormir dans une eau en stagnation ayant vu quatorze hommes se récurer et se cogner jusqu'au sang était réellement une bonne idée. Il savait bien que leurs conditions sanitaires étaient proportionnellement inférieures à leurs physiques hors du commun, néanmoins, c'en devenait grave. Mais on allait encore l'accuser d'être tatillon, de chercher la petite bête –ce qui était hautement ironique considérant son astrologie- ou de voir le mal partout… Pas question donc pour lui d'être celui qui se plaindrait au risque de passer pour le rabat-joie de service. Au pire, ils mouraient tous d'une maladie quelconque. Cela les changerait des morts en combat. Se rencognant contre Camus, il se contenta de fermer les yeux de nouveau pour s'endormir doucement. Quitte à mourir, autant que ce soient dans d'agréables conditions.

Malheureusement… à l'instar de leurs chevaliers d'Argent en période de conflit interne, la quiétude était une denrée rare dans leurs rangs. Aussi, et en dépit de l'agacement profond que cela suscita, personne ne fut étonné lorsqu'une nouvelle intervention eut lieu, brisant avec bien peu d'élégance leur calme durement acquis, réveillant les endormis- et Athéna savait à quel point certains avaient le réveil hargneux et difficile, et rappelant ainsi les esprits mal placés et autres fous à lier de leur assemblée. Etait-il réellement nécessaire de rappeler que d'empêcher autant de psychopathes et autres sociopathes de se reposer convenablement était hautement dangereux et potentiellement mortel ? Le Scorpion souffla par le nez. Penser positif, penser positif.

« Bon sang, ce que je peux avoir soif… souffla Dohko. Il y a je ne sais pas combien de mètres cubes de flotte dans cette fichue pièce, et pas moyen de se rincer le gosier convenablement ! La Déesse ne pourrait pas être un minimum organisée pour une fois dans toutes ses réincarnations ?

-Je croyais que tu avais passé deux centenaires à fixer une cascade… Remarqua fort à propos son amant. Ce n'est pas comme si tu n'avais pas l'habitude de voir s'écouler de l'eau sans pouvoir y toucher…

-Si tu crois que c'était drôle !

-On ne va pas revenir là-dessus, Dohko.

Un toussotement agacé leur provint depuis le duo formé par le Scorpion et le Dragon Marin.

-Non, si vous pouviez éviter… Au jeu de celui qui a souffert le plus, on mérite tous au moins le lot de consolation vous savez.

La Balance se renfrogna quelque peu, avant de soupir profondément. Secouant la main, il ajouta malgré tout d'un air agacé :

-Je trouve quand même légèrement énervant de constater que notre Déesse ne juge utile de nous nourrir et de nous abreuver qu'une seule fois dans la journée, tout en espérant que nous réglions toutes nos sources de conflit dans la joie et la bonne humeur. »

Intervention de nouveau hautement passionnante de ce que Milo pouvait en juger. S'ils en étaient réduits à causer boisson et pousse-café, autant s'asseoir sur son aiguillon immédiatement. Et il était inquiétant de constater à quel point il avait songé souvent à cette proposition en si peu de temps. Il n'avait pourtant jamais eu de poussée suicidaire. Masochiste, peut-être un peu, cela dépendait bien évidemment avec qui et dans quelles circonstances, mais… Bref. Il s'égarait. Tout comme sa main, repoussée pour la énième fois de la journée du genou du Verseau qui le fusilla du regard. Souriant d'un air faussement désolé, il quitta sa position initiale pour en trouver une autre, plus adaptée au jugement froid et sans pitié. Le coude posé sur le genou de Kanon, la tête en appui sur sa main, il regardait l'ancien vieux maître se plaindre d'un air absent. Il se rendit compte, sans réelle surprise mais avec un peu de dépit qu'à l'instar du Bélier supérieur, il était capable de plaisanter mais surtout de leur remettre le nez dans quelque vérité douloureuse.

« J'en arrive presque à me demander si elle a réellement conscience de ce que nous sommes vraiment. De qui nous sommes. De nos individualités propres. Regardez-moi ça. Nous sommes à la limite du pathétique. Des imbéciles qui n'ont eu de cesse de tout foutre en l'air. Les choses ne se seraient peut-être pas passées ainsi si elle avait…

-Dohko ! » Siffla le Grand-Pope.

La Balance interrompit son monologue en sentant le reproche dans la voix de son plus ancien ami. Le regard lourd de sens qu'il lui dédiait le fit écarquiller les yeux, alors qu'il croisant rapidement les airs dépités, surpris ou peinés des autres Ors, dont le Scorpion ne faisait guère exception. Une immense colère semblait animer le précédent Bélier, qui fit offrande à son amant d'un coup brusque derrière la nuque.

Le Huitième gardien releva un sourcil, et avala difficilement sa salive. Il doutait sérieusement que les deux anciens ne se mettent de nouveau sur la figure spontanément, néanmoins il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter quelque peu. Si même une personne aussi posée, réfléchie et charismatique comme l'ex-Vieux Maître commençait à douter des intentions de leur Déesse… Il y avait de quoi se poser de sérieuses questions quant à leur présence ici, et les réflexions réelles d'Athéna. Dohko avait été leur modèle à tous, il les avait guidé après la Bataille du Sanctuaire, leur avait exposé les tenants et les aboutissants de chaque décision, avait défendu Mû et dénoncé les Renégats, avant de croire en Kanon et en menant leur ultime assaut contre le Mur des Lamentions. La Balance les avait mené, peut-être même plus encore que Shion ne l'avait fait. Alors le voir douter à présent, peut-être influencé et mis mal à l'aise par les circonstances, tout cela mettait Milo dans un état de consternation rarement atteint. Il avait un peu mal au cœur, et se sentit soudainement… désorienté. Comme un enfant qui assiste aux doutes de ses parents. Comme un chevalier qui réalise l'atroce réalité : l'homme qu'il avait décidé de considérer comme un mentor était Humain. Une expression chafouine vint prendre place sur le visage du cadet de la chevalerie, qu'un regard de Kanon ne suffit pas à dérider cette fois-ci.

La voix désagréablement grinçante du quatrième gardien s'éleva dans la salle, achevant de tirer de leur sommeil réparateur ceux qui avaient encore la folle idée d'y prétendre. Et brisant par-dessous-tout le vague à l'âme très inquiétant qui s'emparait des Ors les uns après les autres, même ceux qui tentaient de le cacher. Milo avait bien vu, masquée derrière ses mèches blondes, l'expression légèrement changée de la Vierge.

« Bah, tu ne veux pas de cette eau-là ? proposa le Cancer, hilare en tendant ses mains remplies d'eau. Aux Vieux-relents de Grand-Pope. Parsemée de vache, assaisonnée au poney et autre bouquetin, avec un soupçon de vieux poison bien fermenté ! Régale-toi!

L'intervention, si elle était grasse et fort peu délicate, eut toutefois le mérite d'amener quelques sourires sur les visages devenus graves. Et une baffe de la part de son amant des Poissons qui n'avait guère apprécié la comparaison. Milo ne pût s'empêcher de remercier intérieurement le Cancer d'être ce qu'il était, à savoir, un immense bourrin dénué de capacités cognitives. Quels chanceux ils étaient !

-Mais il n'est pas un peu abruti celui-là ? Grogna la Balance, mécontente.

-Quoi ? Quand on a soif, on boit ce qu'il y a ! Bon après, il y a des chances qu'elle ait un goût, je ne le cache pas… Il me semble que les Gémeaux étaient en entraînement avant de venir ici. Ca doit se sentir un peu.

Milo n'eut pas besoin de tourner les yeux pour voir le doigt d'honneur significatif que lui adressa Kanon. Décidément, le Dragon Marin était en forme.

- Arrête un peu tes idioties, j'ai vraiment envie de boire en plus.

-Oui ben, aux dernières nouvelles, l'eau, ça tombe du ciel, mais pas dans les bâtiments !

Le ton impavide de Shaka se fit entendre.

- Oh, je me dois de te contredire, camarade. Au vu de ma toiture défaillante, j'admets sans mal recevoir plus qu'à mon tour les larmes de nuages en ma demeure…

-Oui tiens, c'est pas faux ça, il serait temps qu'on vienne faire quelques travaux par chez toi la Vierge…, dit Milo en baissant un peu le nez. Tu sais, histoire que tu puisses dormir un peu dans ta chambre, et pas chez les autres.

-Même si Ikki n'a probablement aucun regret à t'accueillir dans sa chambre…

-Dite, la ferme.

Glaçant leur volonté, le Grand Pope crut bon d'intervenir.

-Mais, le budget… intervint Shion.

-Quoi, le budget ? Notre déesse est friquée cette fois-ci, et pas une fichue orpheline pauvre jusqu'au trognon : Qu'on en profite un peu, que diable ! Tu ne vas pas jouer les vieux radins, Shion. Qu'elle nous enferme, passe encore, mais on ne va tout de même pas laisser Shaka sans temple plus longtemps ! D'autant que, dois-je te le rappeler, nous avons tous plus ou moins une part de responsabilité dans cette histoire. Un peu de solidarité que diable !

-Oui, ben en attendant Vieux Maître, vous n'aurez quand même pas à boire dans cette salle apparemment… murmura Angelo avec l'air de sucer un bonbon.

Une fraction de seconde plus tard, et sous les yeux de l'assistance médusée, plusieurs bouteilles d'eau firent leur apparition en plein milieu du bassin, provoquant quelques remous dont les vagues vinrent lécher les muscles abdominaux des chevaliers d'Or.

-Vous savez quoi ? Merde.

La réplique agacée et désespérée de Deathmask résonna dans le silence et le rire du Scorpion. L'expression dégoûtée du quatrième gardien valait son pesant d'or !

Complètement interdit pour sa part, la Balance resta silencieuse un moment avant de tendre la main et d'ouvrir le goulot, tout en levant la bouteille avec un air un peu perdu.

-Bon… Ben Santé, et euh… Merci ? Je suppose.

-C'est super pratique quand même le cosmos quand on y pense… dit Shura en observant son bras qui brillait d'un éclat étrange.

-C'est le cas de le dire… » Ajouta Camus, que le Scorpion voyait faire usage de ses techniques pour maintenir sa température corporelle à un degré acceptable pour lui.

Nul doute que sinon, le Verseau leur aurait déjà claqué entre les doigts, en dégageant une vague de froid qui les aurait tous de nouveau gelé sur place. Et il n'avait vraiment pas envie de réitérer l'expérience.

Le Capricorne reprit.

« Je veux dire, c'est dingue, il suffit qu'on ait envie de quelque chose, ou qu'une émotion un peu forte s'empare de nous, et paf ! Miracle.

-Ne rigole pas, grogna Deathmask. A mon goût, les Bronzes ont appris à se servir de cette technique un peu trop bien. Et que je crois en la Justice, et que je me bats pour Athéna, et que j'ai le cœur pur…

-Non mais toi, en même temps, faut voir le patrimoine que tu te traînes aussi. Tu ne pouvais pas vraiment t'attendre à ce qu'Athéna t'encourage.

-Nya, nya, nya. Forcément, il fallait que je tombe sur le petit casse-pied hyper droit dans ses bottes et incapable de voir plus loin que le bout de son nez.

-En même temps, il était aveugle…

Silence de consternation.

-Dite, pour la cinquième fois, boucle-là.

-Tu as essayé de tuer la fille qu'il aime… reprit Shura. Je ne vois pas trop comment tu t'attendais à ce qu'il n'ait pas au moins un sursaut de colère.

-Ouais d'ailleurs, à ce sujet, le prochain combat en arène, il est pour moi… grogna Dohko en faisant craquer ses jointures.

On ne touchait pas à la progéniture d'un tigre sans y laisser des pinces. Fut-elle adoptive, Dohko tenait très visiblement à la jeune femme.

-Roh ça va hein, vous allez pas me les briser pour une histoire vieille de deux ans ! Y a prescription ! Et n'importe lequel d'entre vous aurait fait pareil. Est-ce que vous avez la moindre idée d'à quel point il peut être casse-couilles le dragon ?

-Plutôt, oui, je te remercie. Soupira Shura en levant les yeux au ciel.

-Je me demande d'où ça lui vient… C'est dingue cette capacité à emmerder son monde quand mê…Aie ! Mais quoi, bordel ?

Deathmask, fusillant du regard son amant qui lui avait labouré les côtes, semblait incapable de se rendre compte du danger grandissant qui grandissant en la personne de petite taille qu'était Dohko. Décidément, songea le Scorpion en jetant un coup d'œil à Camus qui avait l'air de s'ennuyer comme à la foire des produits régionaux, les maîtres pouvaient être hyper soupe au lait dès qu'il s'agissait de leurs précieux disciples, aussi ennuyeux et névrosés soient-ils. Derrière la tête de la Balance, Shion tentait pour sa part tant bien que mal de faire comprendre au Cancer de bien vouloir la boucler s'il tenait à la vie. Parce que leur cher Grand-Pope connaissait par cœur son amant, et que, pour sa part, il tenait à sa libido. Or, connaissant Dohko, ce dernier était parfaitement capable de se braquer des jours durant sans décolérer concernant les insultes reçus par son disciple chéri. Abandonnant le pauvre Bélier de la précédente génération à ses malheureuses pulsions inassouvies. Chose à laquelle il se refusait. Mince, on ne les avait pas fait revenir à la vie pour qu'il se prive une fois de plus du corps sculptural de la Balance.

Après plus de deux siècles d'abstinence, il en était parfaitement hors de question.

« Vous croyez qu'il suffit de demander un truc pour qu'elle nous l'envoie ? demanda le Taureau en prenant une bouteille à son tour.

La voix grave et curieuse du second gardien eut le mérité de prévenir les pulsions meurtrières des deux Anciens envers le Cancer.

-Je ne sais pas… Cela me paraît hautement improbable, j'ose espérer qu'Athéna et les Bronzes ont mieux à faire, répondit Camus en passant une main dans ses mèches s'attirant ainsi un regard gourmand de son amant.

-Vu notre situation, permets-moi d'en douter.

- Non parce que, si c'est le cas, je…

-Mais c'est génial, ça ! s'écria le Poisson en se relevant brusquement et en courant vers le centre des thermes en levant les yeux vers le sommet. Eaque du Garuda, Eaque du Garuda ! »

Perplexes, les Ors observèrent leur camarade du Poisson faire le chemin inverse de celui qu'il avait parcouru, se dandinant au beau milieu du bassin, le regard levé vers le plafond comme s'il attendait le Messie. Ou plutôt, l'un des suppôts d'Hadès les plus zélés et les plus dingues que les Enfers aient porté depuis leur création. Se tortillant sur lui-même en se provoquant certainement un début de torticolis, Aphrodite s'agitait et semblait prêt à prier toutes les divinités de l'Olympe pour obtenir satisfaction. Au bout de quelques secondes et une fois l'effet de surprise passée, l'ancien général de Poséidon crut bon d'intervenir.

« Tu pourrais éviter d'essayer d'invoquer un Juge des Enfers ici? Ca serait sympa, grogna Kanon.

-Bah quoi, t'as peur de voir ton petit copain débarquer ?

La remarque du Lion fit atrocement grimacer Kanon. L'expression d'horreur pure qui s'afficha sur le visage du jumeau provoqua un fou-rire chez le Scorpion, qu'il dut dissimuler lorsque le concerné se tourna vers lui d'un air furieux. Il n'y avait pas à dire, il aurait donné cher pour assister à une journée, une simple journée, entre les deux dragons à la mauvaise foi rarement égalée… Il était certain de pouvoir passer un grand moment juste à les observer discuter et tenter de passer pour un couple, appellation rejetée d'un côté comme de l'autre de la part des deux hommes.

-D'une, ça n'est pas mon petit copain, Aiolia. De deux, ma vie sexuelle ne te regarde pas, et de trois, je ne crois pas que qui que ce soit ici ait envie de voir débarquer un des Juges, et encore moins l'intégralité du trio. Surtout si nous sommes nus.

-Boah, ils ne m'impressionnent absolument pas.

-Oh, je n'en doute pas. Mais je suis également persuadé qu'une simple conversation avec Minos suffira à te faire changer d'avis, encore plus si tu t'obstines à rester dans cette tenue. Et si l'autre continue son cirque, ça ne s'arrangera certainement pas, ajouta-t-il en désignant Aphrodite. En dépit de leur qualité spectrale respective, je ne parierais pas un copeck sur la prétendue délicatesse des deux autres.

Deathmask grogna un peu pour la forme. Si la plupart des chevaliers s'accordèrent à hocher vigoureusement du chef, ce ne fut pas le cas de leur troublon personnel qui continuait de s'époumoner en tapant du pied.

-Ah si ! Je peux t'assurer que si ! Eaque du Garuda, merde !

-Je peux savoir ce que tu lui veux exactement ? Demanda Mû en levant un sourcil.

-A ton avis ? répondit le Poisson d'un air entendu.

-Tu ne penses vraiment qu'à ça, ma parole ! s'exclama Kanon avec une grimace.

-Ah parce que tu vas me faire croire que si tu t'envoies le plus moche du lot, c'est pour ses grandes qualités humaines, sa sentimentalité exacerbée et sa compassion hors du commun peut-être ?

-Merde.

-Et il paraît que les Enfers sont riches, et que les Juges ont des lits de deux mètres sur deux… Mince, à part Shion, personne ici n'en a un de cette taille ! »

Le concerné prit bien soin de dissimuler son sourire derrière les cheveux de son amant, alors que ce dernier lui jetait un regard interdit. Milo ne put empêcher un air légèrement rêveur de venir orner ses lèvres, rapidement remplacé par une grimace de douleur après un coup de poing particulièrement brutal de son amant. Soufflant difficilement, il reporta son attention sur la dispute qui avait lieu près de lui.

« Allez Kanon, tu dois bien en savoir quelque chose, non ?

Milo jeta un œil au dragon. Il put clairement voir l'envie de réponse cinglante de Kanon s'effacer au profit de la jouissance simple de faire rager le Poisson. Prenant un air décontracté et un sourire travaillé pour être un appel à la débauche, le cadet des Gémeaux se laissa un peu aller en arrière en levant les yeux au plafond d'un air rêveur.

-Carrément… Tu verrais ça, le paradis du pieu.

-Kanon ! s'écria Saga, visiblement outré.

-C'est tellement immense qu'on pourrait même s'y mettre à trois… ou quatre, ajouta-t-il en passant une main taquine sous le menton du Scorpion.

Ce dernier amusé, lui rendit son sourire tout en levant les yeux au ciel. C'était une plaisanterie éculé entre eux à présent, et si elle faisait toujours réagir leurs amants respectifs, eux n'avaient de cesse de s'en amuser chaque jour un peu plus.

-Mais enfin ! protesta de nouveau l'aîné.

-Oh ça va hein, venant de la part de celui qui avait un harem à quatorze ans, c'est quand même sacrément culotté d'avoir l'air choqué maintenant ! grogna le cadet, agacé.

- Ce n'était pas moi qui en profitais ! se dédouana l'aîné.

-Mais bien sûr ! De ce qu'on m'a dit, tous ceux qui travaillaient sous ton joug à l'époque ont pu constater à quel point tu restais bien évidemment à distance de toutes ces jeunes femmes.

-Mais je…

-Sans compter que moi, au moins, je ne m'intéresse pas uniquement aux plus jeunes ! Et encore moins ceux que j'ai molesté psychologiquement et privé de figure paternelle !

-Kanon !

Milo haussa de nouveau un sourcil. (A ce rythme, il allait finir ridé avant l'âge.) Visiblement, son meilleur ami avait touché une corde sensible chez son frère aîné qui avait baissé le nez, alors que le concerné direct de ces paroles rougissait quelque peu en détournant le regard.

-Tu n'as donc pas songé à présenter officiellement tes excuses à Mû, mon frère ? Il serait peut-être temps d'y songer.

-Surtout vu la patate que tu as essayé de lui mettre, ajouta le Cancer avec sa subtilité légendaire.

-Kanon, il suffit, murmura le Bélier. Je n'ai pas besoin des excuses de Saga. Il n'a pas à m'en faire.

Le cadet haussa les épaules. Ben voyons ! Il aimait son frère, qu'on ne se méprenne pas, mais parfois, il avait drôlement envie de secouer les gens qui continuaient à le voir comme pur et parfait. Bien à l'opposé de Rhadamanthe, qui lui ne lui trouvait que des défauts. Comportement que Kanon ne comprenait pas non plus : il fallait un juste milieu.

-Tu n'es pas sérieux, Mû ? s'écria le Lion. Tu ne te souviens donc pas de ton expression quand il t'a tendu le chapelet de Shaka ?! Il t'a pris ton maître, ton meilleur ami, t'a humilié et tu devrais dire amen ? Tu m'excuseras mais j'ai quand même du mal à y croire.

Le chevalier des Gémeaux ne savait visiblement plus où se mettre. Milo songea, qu'étrangement, Saga était soigneusement allé s'excuser auprès de chaque personne qu'il aurait pu avoir blessé ou offensé depuis le début, au point que cela en avait presque perdu de son sens. Et pourtant, en dépit de cela, il ne s'était pas approcher du Bélier. Comme s'il avait craint sa réaction. Comme s'il avait anticipé le refus de pardonner de son camarade. De cet ancien enfant qui l'admirait tant autrefois, et qui avait été blessé irrémédiablement par les décisions et les actes du troisième gardien. Mû, se refusant à poser le regard sur son vis-à-vis se contenta de fermer les yeux et murmura d'une voix éteinte :

-Aiolia, laisse tomber. Ce n'est ni l'heure, ni le moment de parler de ça.

-Il me semblait pourtant que nous étions là pour ça !

-Et je choisis de ne pas le faire, Aiolia !

La voix du Bélier avait claquée, faisant sursauter tous ceux qui n'y étaient guère habitués. Mû, d'ordinaire si calme, semblait dans un état d'énervement rarement égalé. Et lorsqu'il posa son regard sur le Gémeau, Milo sut, à l'étonnement et à la reconnaissance qui brillaient dans les yeux de ce dernier, que le premier gardien avait probablement communiqué quelque information personnelle au troisième. Nul doute que si ces deux-là devaient finir par s'expliquer, cela se ferait sans témoin oculaire. Le Scorpion grimaça légèrement : s'ils avaient tous suivi cette logique, nul doute qu'ils n'auraient jamais pu espérer pouvoir sortir d'ici. Mais dans certains cas… Il ne pouvait guère en vouloir à ce duo de vouloir traiter de leurs affaires et de leurs rancoeurs en privé. Surtout si l'on en jugeait à l'éclat présent dans le regard du Gémeau : visiblement, ce dernier avait enfin fini de méditer les paroles du Grand-Pope.

-Mon petit, voyons… Mon absolution n'a rien à voir avec ton propre ressenti ! Il est nécessaire que tu règles tes propres confits avec cet idiot à l'égo surdimensionné. Vous devez régler les problèmes entre vous.

En parlant de ce dernier…

-Et le Bélier supérieur ne se sent pas concerné, lui ? siffla le Cancer.

-Langage, Angelo. Et j'ai déjà réglé mes problèmes avec ces deux cornichons et ce petit corniaud. Je ne vois pas ce qu'il peut me rester.

-… Vous n'êtes quand même pas sérieux, Shion ? demanda Saga, effaré.

-Mais si, bien évidemment. Et je vois difficilement ce que tu pourrais me reprocher.

-Moi ? Rien. Il serait fort inique que je vous fasse le moindre reproche, toutefois, ne vous est-il jamais venu à l'esprit que votre disciple avait pu terriblement souffrir de vous voir revenir en tant que spectre ? Que de toutes les trahisons, c'est finalement la vôtre qui avait peut-être été la pire ? Avez-vous seulement imaginé ce à quoi il pensait à ce moment-là ? Nous pleurions des larmes de sang. Lui n'avait même plus la force d'en verser une seule.

Un silence lourd suivi la tirade du Gémeau. Et Milo songea, avec un plaisir mal venu, que la voix grave du troisième gardien était étrangement semblable à celle de son jumeau tout en étant différente. Mais elle possédait certains attributs communs, comme ce timbre à la fois lourd et envoûtant. Une voix de soie qui provoquait des frissons de plaisir chez tout être un minimum sensible… Et lui n'en était pas des moindres.

Mû avait relevé les yeux. Et semblait visiblement aussi désireux de s'échapper des lieux que de se jeter dans les bras de son aîné. Pas forcément pour des raisons aussi inavouables que le Scorpion, mais plus probablement pour le remercier tout simplement. Il semblait évident, au vu des crispations légères du jeune Bélier, que l'aîné des Gémeaux avait mis précisément le doigt sur une zone extrêmement douloureuse qu'il n'avait jamais osé citer à haute voix. La douceur de leur ami était légendaire, de même que ses envies de demeurer pacifique au possible. Et à trop contenir tout ce qu'il avait ressenti, leur camarade ovin avait peu à peu cédé à la mélancolie, et à la tristesse. Se camouflant derrière des départs répétés au Tibet, et l'entraînement de son disciple. Oui, aussi paradoxal que cela pouvait paraître, il semblait que c'était bien Saga qui était le plus à même de rendre heureux le pudique Atlante.

Le Grand Pope, de son côté, se retrouvait sans surprise perturbé et mis à mal par les paroles du Gémeau. Après tout, il aurait été malvenu d'oublier que ce dernier demeurait l'un des esprits les plus purs que la Terre ait porté. Une âme salie et brisée par les réalités inhérentes à leurs conditions, par les combats et l'influence des dieux mais… Saga restait malgré tout incroyablement doux. Et si l'on songeait à l'affection inexplicable qu'il avait pour le plus jeune Bélier, il n'était finalement pas si surprenant de le voir réagir à présent.

-Je… Mû, je…

Shion ne savait visiblement plus où se mettre. Balbutiant légèrement, il chercha à croiser le regard de son disciple. En vain.

-Vous voyez ? Finalement, je ne suis pas le seul qui aura certainement besoin de longues explications au calme une fois toute cette histoire terminée.

-Je ne vous en veux pas, Maître. Mais il est en effet temps que nous discutions de cette nuit-là. »

Le Scorpion grimaça légèrement. Cette fameuse soirée avait décidément vue naître bien des peines. Et le jeune asiatique n'avait guère été épargné, se confrontant tour à tour avec la trahison de son mentor, puis de celle de l'homme qu'il avait toujours admiré. Et lorsqu'il songeait la peine qu'il avait ressenti en constatant seulement celle de Camus, il n'osait imaginer ce qui avait pu se passer dans l'esprit de son ami. Athéna soit louée, Mû était probablement l'un des êtres les plus emplis de bonté et de dévotion pour leur cause. Nul doute que sinon, ils auraient vu s'effriter brutalement l'âme et le cœur de leur camarade. Et cela était parfaitement inenvisageable. Si on commençait à les priver de l'une des rares personnes ayant un minimum de bon sens de leur assemblée, ils pouvaient aussi bien laisser dès à présent leurs armures aux chevaliers de Bronze et retourner se glacer la pilule au Cocyte. Même si certains seraient sûrement plus avantagés que d'autres, songea-t-il en appuyant sa joue sur le genou de Kanon avec un sourire que ce dernier qualifierait de « crétin fini ». Le cadet des Gémeaux lui pinça d'ailleurs le nez, prévenant ainsi la connerie plus grosse que lui que le Scorpion s'apprêtait visiblement à prononcer, tandis que ce dernier gloussait légèrement.

Le douzième gardien, de son côté, poussa un petit geignement qui attira l'attention du Scorpion, et se mordit la lèvre, prenant une moue boudeuse qui lui donnait un air enfantin. Ce qui était atrocement déplacé étant donné sa tenue, leur sujet de conversation, et surtout l'objectif coïtal final du chevalier des Poissons.
Eurk… Le Scorpion fut pris d'une envie de vomir relativement sauvage et imminente.

« Ce sont toujours les mêmes qui sont privilégiés ! Flûte ! » S'écria-t-il en désignant tour à tour les deux jumeaux.

Alors qu'Aphrodite s'échinait à appeler de nouveau en vain un spectre qui devait certainement bien se gausser depuis son lieu de travail en compagnie de ses frères, nul ne fit le moindre geste pour prévenir le Poisson de l'arrivée imminente du Cancer dans son dos, qui attrapa sa prise par les cheveux et lui plongea directement le visage dans l'eau pendant plusieurs longues secondes. Accroupi dans le bassin, un air indéchiffrable peint sur ses traits dur, il força ainsi le douzième gardien à rester dans cette position dangereuse, sans prêter attention à ses tentatives de se débattre. Alors que les autres Ors, quelque peu inquiet (le Poisson n'était pas forcément leur partenaire de jeu favori à tous mais enfin, il restait un pote) se tournaient vers Shura, ce dernier se contenta de croiser les bras derrière la tête en fermant les yeux et en murmurant ce qui ressemblait à un décompte amusé. Au bout de presque une minute, le Cancer tira enfin en arrière son amant, le laissant recracher le liquide qui avait tenté d'entrer dans ses poumons. Preuve visible que le totem n'avait pas été attribué au hasard, et que ce dernier se sentait bien comme un Poisson dans l'eau

Haha.

Le Scorpion songea avec dépit qu'il était devenu complètement abruti. Il fallait qu'il sorte d'ici.

Aphrodite, le regard mauvais, et la respiration difficile, ne se retint pas d'en jeter un peu sur la figure du Cancer, qui demeura impassible.

-Je te hais.

-Tu ne l'as pas volé.

-Je peux savoir ce que je t'ai fait ?

-A moi, pas grand-chose. Arrête de faire l'idiot, je sais très bien à quoi tu joues, et ça devient ridicule.

Milo haussa un sourcil : à quoi jouaient donc les deux fruits de mer en peine de lune de miel ?

-Je ne fais pas l'idiot. Lâche-moi.

-Ca va, Dite. Tu noies ta culpabilité derrière tes grands airs à la con. Tu t'en veux de t'en être pris à Mû toi aussi ? Dis-lui bordel, mais arrête un peu de te tortiller dans tous les sens ! Tu nous fatigues.

-Je ne…

-Dite.

L'interpellé soupira légèrement, et se mordilla la lèvre. Avant de se tourner vers le Bélier, en lui accordant un pauvre sourire.

-… Pardon ?

-Nul besoin de vous excuser, ni l'un ni l'autre. Vous étiez déjà pardonné.

La douceur de l'expression du Bélier aurait suffi à émouvoir n'importe quelle personne sentimentale que le Scorpion n'était heureusement pas. Sensualité exacerbée oui, sentimentalité, certainement pas. Pas sans les bonnes personnes du moins. Néanmoins, il devait admettre que cela suffisait à lui réchauffer quelque peu le cœur. Visiblement, la poignée de main que les deux hommes avait échangé aux Enfers avec le Bélier avait été on ne peut plus sincère. Tout avait déjà été dit il y avait bien longtemps de cela. Voilà qui était une excellente nouvelle. Et qui passerait un baume salvateur sur les âmes torturées des deux autres assassins du Sanctuaire qui, derrière leurs airs revêches, accordaient une grande importance à l'opinion de leur camarade. D'ailleurs, en parlant de cela…

-Vous avez tenté de vous en prendre à Mû ? Mais enfin, c'est scandaleux ! s'écria Aioros.

-Oh ça va, hein ! Venant de la part d'un gars qui n'était même pas avec nous pour cette ultime étape, je trouve ça culotté ! rétorqua le Cancer avec humeur. Pendant que tu pionçais comme un bienheureux, y en avaient qui mouillaient leurs armures je te signale !

-Tiens oui, c'est vrai ça, Grand-frère. Je me suis toujours demandé pourquoi tu n'étais pas avec eux.

L'attention de l'assistance se reporta sur le Sagittaire qui, en dépit de son abri Capricornesque, ne put s'empêcher de détourner légèrement le regard, mal à l'aise. Il sentit le corps contre le sien se contracter sensiblement, preuve s'il en fallait que la question avait également taraudé l'homme qu'il aimait. Il soupira légèrement, ferma les yeux, à la recherche d'une réponse qu'il espérait aussi convaincante que possible. Lui-même n'était pas complètement certain de savoir après tout…

-Oh… eh bien, je pense que cela vient du fait que je n'avais pas réellement de « regret ». J'avais accompli ma tâche avec honneur, et comme je ne m'étais pas rebellé contre Athéna mais que j'avais aidé à la secourir, je n'étais pas dans une prison quelconque ou au Cocyte. Mon âme avait juste été libérée. Impossible pour Hadès de me rappeler… Vous aviez, de votre côté, tous plus ou moins quelque chose à vous reprocher, et donc de fait, vous ne pouviez reposer en paix. C'est un peu cliché, mais c'est certainement l'idée.

-L'innocence de la jeunesse… ricana le chevalier des Poissons.

-Tu as bien conscience que ça n'est pas drôle, n'est-ce pas ? lui reprocha le Cancer.

-Ca ne nous change pas trop de d'habitude concrètement… signala Aiolia d'une voix acide.

-Un problème, chaton ?

-C'est plutôt à moi de vous poser cette question. Vous nous empoisonnez l'air depuis qu'on a été enfermés. Vous êtes plutôt lourds au quotidien, mais dans un espace clos, ça relève du châtiment divin !

-Aiolia… intervint Aioros.

-Dis-donc Minou, si tu as un problème avec nous, tu le dis, c'est tout, tu fais pas des périphrases à la con pour nous expliquer que tu ne peux pas nous sacquer !

- Pour ce qu'on en a à faire en plus concrètement… ajouta Aphrodite en se recoiffant.

Le ricanement froid du cinquième gardien résonna tristement sur les murs, et provoqua un frisson de mal être chez le Scorpion.

- Ne pas pouvoir vous sacquer ? chuchota-t-il. Tu as l'art de l'euphémisme, Deathmask. Je vous hais, tous les deux.

-Rien que ça ? Et je peux savoir ce qu'on a fait à ta glorieuse personne ?

-Je n'ai pas oublié ces années d'enfer que vous m'avez fait passer après la disparition de mon frère », cingla le Lion d'une voix blanche.

Ce qui eut pour effet notable d'éteindre pour le coup toute velléité chez les deux premiers assassins du Sanctuaire.
Touché, songea Milo en voyant le visage d'Aphrodite se flétrir très légèrement. Pour le coup, Aiolia n'avait pas tort. Ces deux-là lui avaient fait vivre un cauchemar après la prétendue trahison du Sagittaire. D'autant plus inique que…

« Vous n'aviez vraiment aucun honneur… Vous saviez la vérité mieux que quiconque et pourtant, vous avez continué à foutre ma vie en l'air !

-Fallait bien passer le temps.

-Vous n'allez pas me faire croire que c'était pour avoir l'air plus crédible !

-Absolument pas. On s'amusait, c'est tout.

-De toutes les personnalités maléfiques qui se trouvaient au Sanctuaire, vous étiez vraiment les pires ! Vous auriez pu changer les choses !

-Mais qui te dit que nous en avions envie ? Ca te ferait mal d'essayer de comprendre que la vision d'Arlès correspondait à la nôtre ? Ce n'était pas reluisant, mais c'était la nôtre ! Et tu étais un dommage collatéral, c'est tout !

-Aiolia, non ! »

Trop tard. La vitesse du cinquième gardien n'avait d'égale que sa colère, et il lui fallut moins qu'un battement de cil pour se projeter de l'autre côté des thermes, et attraper son voisin par la gorge, le regard aussi fou qu'à une autre époque bien moins amusante. Milo jeta un rapide coup d'œil paniqué à ses pairs, mais déjà, Aioros et Shura s'étaient placés entre eux, le Sagittaire tentant tant bien que mal de calmer son cadet tandis que Shura s'assurait de la santé de son meilleur ami malgré ses grondements protestataires évoquant vaguement sa virilité et son honneur. Chose dont présentement tout un chacun se contrefichait prodigieusement mais enfin, il semblait évident que certaines vérités passaient largement au-dessus du crâne sadique du Cancer.

« Je vais le tuer, pousse toi de là, Aioros, je te jure que je vais me le faire !

-Hey ! J'ai un droit de propriété sur cet homme. Et avec tout le mal que j'ai eu à te convertir à l'homosexualité, il est hors de question que ce soit Angie qui en bénéficie.

-La. Ferme. La ferme, putain, Aphrodite ! »

Le Lion écumait littéralement de large, tentant avec difficulté de se débarrasser de l'étreinte de son frère pour se jeter de nouveau sur le Cancer qui essuyait sa lèvre qu'un coup de poing du Grec lui avait ouverte. Contemplant le liquide carmin avec un sourire quelque peu inquiétant, du moins du point de vue du Scorpion qui avait tout de même été amené à fréquenter le quatrième gardien aux heures les plus sombres de sa personnalité de par leur fonction commune. Et il n'aimait vraiment, mais vraiment pas cette lueur dans son regard. Et Shura non plus, s'il l'on pouvait en jugeait à l'inquiétude dans les yeux du Capricorne. Ce dernier finit par se retourner brusquement et envoya un coup de poing dans le visage du Lion. Geste qui interrompit brièvement sa colère tant il était surpris.

« Aiolia, calme toi, je t'en prie ! s'écria-t-il d'un air excédé. Tu sais très bien que Deathmask est toujours comme ça ! Il ne sait simplement pas comment te dire pardon, là ! Tu ne peux pas essayer de lire entre les lignes de temps en temps ! »

Ces propos, à défaut d'apaiser le cinquième gardien, eurent au moins le mérite de le faire baisser sa cosmo-énergie devenue extrêmement agressive. Reprenant lentement ses esprits, il observa le chevalier des Poissons poser une main apaisante sur la joue de son amant en lui chuchotant quelque chose à l'oreille. Il baissa les yeux, observa ses doigts fripés et trop crispés, avant de secouer la tête et de se détourner de la scène. C'était sa façon de dire pardon. De dire qu'il avait perdu les pédales, car il n'en pouvait plus d'attendre enfermé en ces lieux. Chose que chacun comprenait parfaitement bien évidemment. Ils avaient tous plus ou moins atteints leurs limites respectives. Il était nécessaire pour eux de sortir à présent. Aiolia leva la main en direction des deux anciens assassins du Sanctuaire, leur demandant pardon par ce simple geste. Milo vint lui tapoter l'épaule gentiment, lui accordant un faible sourire. Il comprenait. Ils comprenaient tous en réalité. Et si le Lion s'était montré aussi agressif, ce n'était là que le témoignage de douleurs trop longtemps refoulées, à l'image de ses pairs. Il était loin d'être évident de gérer toutes ces émotions à la fois après tout. Surtout avec des personnalités telles que les leurs. Le cinquième gardien finit par se rasseoir, non loin de son frère, et ne sembla pas accorder la moindre tendance belliqueuse envers le Capricorne. Par fatigue, lassitude ou acceptation, nul n'aurait su le dire, mais ça n'était pas un mal.


Vingt-quatre heures. Ils étaient là depuis vingt-quatre heures… Affalés sur les bords du bassin, la tête en appui sur le sol et les cheveux épars, les quatorze chevaliers d'Or faisaient quelque peu peine à voir, du moins, du point de vue du Scorpion, qui se comprenait sans mal dans l'ensemble. Présentement, leur rang ne ressemblait à rien si ça n'était à une bande de loques déshydratées qui, à présent que leurs multiples sources de conflit s'étaient taries, ne trouvaient plus d'autre occupation que celle de se laisser aller, en attendant que leur Déesse les libère. Milo ouvrit des yeux paresseux sur le plafond ouvragé, et se frotta légèrement le visage, avant de grimacer : ils avaient tous la peau fripée à présent, et le contact de ses doigts sur sa peau n'était pas franchement agréable. Il était plus que temps qu'Athéna se décide…

« Bordel, mais elle attend quoi la Chouette pour nous faire sortir de là ? grogna la voix de Deathmask.

Visiblement, les grands esprits à pinces se rencontraient.

-Je suppose que si elle n'a toujours pas ouvert les lieux, cela signifie que nous ne sommes pas encore parvenus au bout de notre introspection, supposa Shaka de sa voix au timbre particulier.

-Elle veut qu'on aille jusque où exactement ? questionna Milo en soupirant. Non parce qu'Aiolia, je t'en ai voulu de me piquer mon pain au chocolat lors de notre deuxième année d'entraînement au mois de Mars, mais bon…

-Tu te souviens de ça? S'étonna le Lion.

-Moi aussi je m'en souviens. Il avait été insupportable toute la journée à cause de cette histoire, ajouta Camus d'une voix glaciale.

-Parce qu'il ne l'est pas le reste du temps, peut-être ? ricana Kanon en frottant les cheveux du Scorpion protestataire.

-Quand il s'agit de nourriture, je ne plaisante jamais, c'est tout ! Répliqua l'arachnide.

-Ca ou autre chose… Susurra le Poisson.

-T'emmerde… Grogna Milo.

-Bon, plus sérieusement, on fait comment pour faire comprendre à Athéna qu'on a compris… ? demanda le Cancer en grognant.

-Bah, je ne sais pas trop… répondit Milo. Je ne vois pas trop quoi dire à part qu'on a tous été des abrutis. A des niveaux plus ou moins différents, mais c'est l'idée quoi…

-Et qu'on est tous parvenus à se blesser à un moment ou à un autre, parce que nous ne sommes pas doués pour la communication, je suppose… Ajouta Saga à voix basse.

-En bref…, se permit Shion en se redressant. Je pense que nous sommes d'accord pour dire que nous sommes tous désolés les uns envers les autres, et que nous prendrons acte de nos personnalités respectives à l'avenir.

-C'est si joliment dit… » se moqua la Balance avec un sourire.

Et c'était surtout visiblement ce qu'il fallait dire. Ce que l'on attendait d'eux. Car ce fut à cet instant, qu'enfin, Milo entendit le bruit salvateur des portes des thermes en train de s'ouvrir. Ils se retournèrent tous d'un seul mouvement, se levant sans oser y croire, tout en s'accrochant désespérément à cette lueur. Le grincement caractéristique, allié à une luminosité naturelle qui emplit la pièce de manière bien plus brutale que ce que permettaient les étroites verrières les fit grimacer quelque peu, avant qu'ils n'écarquillent les yeux. Dans l'embrasure de la porte, Athéna se tenait bien droite, et souriante, leur tendant une main amicale. Revêtant sa traditionnelle robe blanche et son cosmos chaleureux. Son expression voulait dire « Merci d'y être parvenus, Chevaliers. ».

Son regard, par contre, était bien celui d'une jeune adolescente. Et lorsqu'elle s'enfuit en s'excusant brutalement, avant que ses gloussements n'emplissent les couloirs, ce fut la première fois que les quatorze chevaliers d'Or, la fierté de leur ordre, les plus puissants êtres sur Terre, furent gênés de leur tenue et ne purent empêcher un fard très seyant de venir colorer leurs joues.

Avant qu'un immense fou-rire ne s'empare enfin de leur assemblée, entraînant accolade et secousses de cheveux en règle. L'idée avait vraiment eu du bon finalement…