Salut tout le monde, un petit message pour vous dire qu'avec cette partie nous en sommes à la moitié de la ff.

Bonne lecture et à bientôt

Alex

Chapitre 23 : Sara

Je suis attachée, encore une fois. Ce séminaire commence vraiment à me pomper l'air, non mais c'est vrai quoi, 72 h que je suis là et on m'a déjà attaché deux fois. C'est quoi la prochaine épreuve, me lier à un arbre pour ne faire qu'un avec la nature ? Je vous jure, dès que je suis délivrée je vais aller lui faire la tête au carré à l'autre dingue. J'en ai eu des psy mais alors lui c'est le premier qui mérite vraiment une place dans un asile, sérieusement.

« Aïe ! » Je m'exclame quand je sens Catherine tirer violemment sur mon poignet.

« Est-ce que tu m'écoutes ? » Elle demande, mais je ne réponds pas. « Bien sûr que non, tu ne m'écoutes pas. Tu m'exaspères Sara… » elle soupire.

« Tu ne devais pas dire grand-chose d'intéressant… »

Elle me regarde estomaquée, elle imite le poisson hors de l'eau pendant une minute et je vois bien que la colère commence à lui monter au nez, je décide de reprendre la parole.

« Je parie que tu étais en train de trouver plein de nouveaux petits noms pour le Doc et en train de maudire le fait qu'on soit attachée l'une à l'autre, n'est ce pas ? »

Elle ne répond pas, j'en déduis donc que j'ai raison. Elle se contente de soupirer furieusement en détournant son regard.

« Bon, ce n'est pas que je m'ennuie, mais j'aimerai être libre avant demain matin alors… »

Je laisse ma phrase en suspens et commence à me diriger vers le labyrinthe de corde. Je m'arrête après trois pas le bras tendu en arrière, je ne prends pas la peine de me retourner pour demander à Catherine de bouger. Après deux minutes à bouder, elle se décide à me suivre.

On progresse lentement, très lentement, si lentement que si on allait encore plus lentement je pense qu'on reculerait. Bien entendu la logique voudrait qu'on travaille ensemble, mais bon la logique ça ne nous connaît pas forcément. Résultat, quand je vais dans une direction Catherine va dans l'autre, quand je passe au dessus d'un cordage, elle passe en dessous et vu qu'on est enchaînée l'une à l'autre, ça nous mène forcément à une confrontation, du coup on perd du temps jusqu'à ce que l'une de nous s'incline à la volonté de l'autre. Autant dire qu'on n'est pas sorties d' l'auberge.

Ooooo

Ça va faire près de trois heures qu'on est coincées dans ce méandre de cordages et on est évidemment très loin de la sortie, et la clef des menottes je n'en parle même pas. Ce qui m'irrite le plus je dois dire que c'est Catherine. Non, c'est vrai, j'aurais été coincée avec n'importe qui d'autre je suis sûre que l'expérience aurait pu être amusante. Mais avec Catherine, c'est la croix et la bannière pour qu'elle m'écoute, encore heureux que je sois mature et que je décide de m'incliner – alors même qu'elle a tort, parce que sinon on n'avancerait pas du tout.

« …non, je te dis qu'on doit aller par là alors écoutes moi un peu bon sang » Catherine grogne.

« Et qu'est ce que tu en sais, hein ? T'as un plan caché dans tes manches ? Non ? Bon, alors je ne vois pas pourquoi on devrait aller par là, surtout que je te signale que si tu faisais un peu plus attention au cordage tu verrais que j'ai raison… »

« Ben voyons, pour changer… arrête de me prendre pour une débile finie ok, je fais attention au cordage et crois moi, c'est plus judicieux si on passe de ce côté-là » Dit elle en me montrant la direction opposée à celle que j'indique.

« Mais enfin regarde ! Si on va dans ta direction, on va se retrouver coincées ! »

« Comment est ce que tu peux le savoir ? On va de ce côté-là un point c'est tout. » Cette fois elle tire sur les menottes pour m'attirer de son côté.

Je sens que je vais exploser, je le sens…

Elle n'écoute jamais ce que je dis, au final c'est toujours moi qui suis ses 'superbes' instructions, qui, sans être mauvaise langue, nous ont toujours mises un peu plus dans la panade. Je peux admettre que je suis têtue, mais je sais aussi admettre quand j'ai tort. Le cœur du problème est que dans le petit monde de Catherine elle a toujours, toujours raison, c'est sa façon ou rien. Moi, ça me gave, tout simplement.

« Allez, magne toi, je n'ai pas que ça à faire ! » Une fois encore elle tire sur les menottes.

C'est la proverbiale goutte d'eau qui fait déborder le vase. A cause de sa constante obstination j'ai le poignet meurtri à un point que j'en ai presque la chair à vif.

« Je ne suis pas ton chien ok ! » Je réplique en tirant sur les menottes « J'en ai marre à la fin ! Tu veux savoir quel est ton problème ? » Je demande de façon purement rhétorique. « Tu es incapable d'écouter les autres. Il faut toujours se plier à ta volonté, à tes caprices, à ton humeur, et à part tes décisions tout le reste ne compte pas. Eh bien flash info spécial : la Dictature Catherinienne s'achève aujourd'hui ! »

« Je te demande pardon ? »

« Tu m'as très bien entendue, y'en a marre de tes crises d'autorité. »

« Mais tu pètes un plomb là, elle rétorque sèchement. Mes crises d'autorité ? » Elle répète incrédule et sur le point de m'exploser à la figure.

« Oui, Catherine. On est sensées travailler ensemble je te signale… »

« Elle est bonne celle la, si tu n'étais pas aussi têtue on serait déjà au chalet depuis longtemps »

« Moi, têtue ? C'est l'hôpital qui se fout la charité là, ça fait trois heures que je te donne des directions et tu ne m'écoutes jamais. »

« Je t'écoute, je ne fais que ça et regarde où ça nous mène ! »

« T'es d'une mauvaise foi sans bornes ! »

« Je ne te permets pas ! » Elle s'exclame de plus en plus furieuse.

« Tu refuses d'admettre que tu fais des erreurs. Alors admettre que tu as besoin des autres, là je n'en parle même pas ! »

« Venant de toi c'est la blague du siècle, mademoiselle je n'ai besoin de rien ni de personne parce que je suis meilleure que les autres… »

« Je n'aime pas le ton que tu prends » je m'indigne.

« Qu'est ce qu'il y a, on a des problèmes à faire face à la réalité ? »

Je ne réponds pas, je suis envahie par une rage telle, que je sais que si j'ouvre la bouche je vais lui faire du mal. En même temps à cet instant précis c'est tout ce dont j'ai envie, j'ai envie de la faire crier de douleur, m'assurer que mes mots seront aussi difficiles à digérer que le sont les siens pour moi.

« Super Sidle, qui prend des risques inconsidérés tout en entraînant les autres dans sa chute, en les mettant en danger sans raisons quand on est sur le terrain Super Sidle, qui se fout de tout et de tout le monde puisqu'elle n'a pas besoin de qui que ce soit, Super Sidle fidèle à son cher maître, tu es tellement transie d'amour pour Grissom que tu ferais absolument tout ce qu'il te demande, même s'il faut détruire la vie des autres pour ça Super Sidle qui se croit au dessus des règles Super Sidle que rien ne peut atteindre et qui est aussi émotionnelle qu'un iceberg Super Sidle avec sa parfaite éducation à Harvard, Super Sidle qui ne se gène pas pour insulter les suspects… »

Je bouillonne, je n'aime pas ce que j'entends et si je suis honnête avec moi-même ses mots me font mal. La bête noire en moi se réveille, je serre les dents et me force à ne pas répliquer, ne pas me mettre à son niveau.

Quelque chose attire mon regard, et je lève la tête pour y voir mieux, contente de cette distraction. Je commence à m'avancer dans la direction que j'avais choisie et traîne Catherine derrière moi. Je la sens qui résiste et souffle son mécontentement.

« La clef… » je maugrée entre mes dents.

Elle se décide à me suivre à contre cœur. On atteint la clef. Elle pend du plafond accrochée à une corde, je la récupère et commence à me détacher avant de lui laisser faire de même.

« Super Sidle à la rescousse » dit-elle avec amertume.

Elle est allée trop loin. C'est comme si la partie la plus sombre de moi-même prenait le contrôle. Soudain je me sens avide de destruction. Je me sens serrer les poings il est trop tard maintenant, la rage, la colère, la souffrance toutes ces émotions négatives sont déchaînées en moi, et je n'ai plus qu'une seule envie c'est de les lui cracher à la figure pour qu'elle s'étouffe avec. Avant même que j'ai le temps de me censurer un rire narquois m'échappe.

« C'est sûr qu'à côté de toi je fais pâle figure. Toi tu te contentes juste de jouer la carte de la séniorité pour avoir tes petits privilèges, choisir tes affaires, parce que toutes les victimes ne sont pas égales à tes yeux, et bizarrement quand tu la joues politique c'est normal, mais quand c'est les autres alors ils deviennent tout de suite vils à tes yeux. Toi, tu peux te permettre de compromettre des affaires en demandant des tests sur ton propre ADN, je ne sais pas si tu te rends compte que grâce à toi un meurtrier est libre. Oh et n'oublions pas comment tu as fait exploser le labo, tu n'as même pas eu le cran de t'excuser ou même la décence de te sentir coupable. Mais tu sais ce que je préfère c'est la façon dont tu te sers de ta sexualité comme si c'était normal, en te jetant dans les bras de presque tous les hommes qui travaillent avec toi et même ceux qui pourraient être des suspects. Je me demande quand viendra le moment où tu te mettras à genoux dans une salle d'interrogatoire pour obtenir une confession… »

La brûlure vive d'une gifle violente me monte à la joue, mais je reste impassible fixant Catherine avec rage. Elle me gifle une seconde puis une troisième fois. Je ne bouge pas d'un iota, c'est limite si je ne lui en demande pas une encore. Un petit sourire sadique apparaît sur mes lèvres, preuve de la satisfaction malsaine que j'éprouve de savoir que je lui ai fait très mal, si mal qu'elle a peine à contenir ses émotions. Sa lèvre inférieure tremble et je vois bien que sa respiration est mal assurée.

« Qu'est ce qu'il y a Cath ? On a des problèmes à faire face à la réalité ? » Je fais écho à ses mots d'une voix doucereuse.

« Je n'ai pas de conseils de morale à recevoir d'une alcoolique » Elle me crache au visage plus énervée que jamais.

Mon sourire s'estompe un peu mais la rage demeure.

« Tu croyais berner qui au juste ? Tu croyais que je ne ferais pas de rapprochement. Tu te trimballes de la vodka dans un séminaire, et toutes ces fois où t'arrivais au boulot en enchaînant les pastilles pour la gorge pour atténuer l'odeur de l'alcool, t'as même été assez conne pour te faire choper sur la route…et oui Sara, tes secrets ne sont pas si bien gardés ! » Cette fois c'est elle qui sourit d'un air supérieur.

« Entre être alcoolique et jouer les trainées, je choisis encore la bouteille, au moins moi je garde ma dignité. Mais tu peux te rassurer le striptease t'aura au moins appris à te vendre, et tu peux être fière d'être une pro maintenant ! »

Elle me regarde avec furie, mais ses yeux sont humides. Voilà c'est fait. Je l'ai réduite en miettes et je sais que mes mots l'ont vraiment blessée au plus profond d'elle-même. Pour l'instant je me réjouis de la satisfaction que j'éprouve, mais je sais que très bientôt je serais dégoûtée de moi-même.

« Va te faire foutre Sara ! » Catherine dit entre ses dents, les larmes brûlantes lui coulant le long des joues. « Va te faire foutre !... »

Et avec ça elle s'enfonce dans le cordage pour sortir du labyrinthe. Je la regarde s'enfuir et la seule pensée qui me traverse l'esprit à ce moment c'est qu'elle l'a bien cherché.

Chapitre 24 : Catherine

Je m'enfuis à toutes jambes sans courir pour autant. Mon cœur bat douloureusement dans ma poitrine, je n'ai jamais ressenti autant de souffrance. Jamais auparavant je n'avais été aussi blessée.

Voilà donc ce qu'elle pense de moi, que je me prostitue au boulot, que je ne vaux rien.

Dire que ça fait mal serait un euphémisme. Je ne connaissais pas ce côté de Sara, amère, sombre et sans pitié, et je ne l'aime pas du tout. Et vu l'emprise qu'elle a sur moi, je ne pense pas que j'aurais eu plus mal si elle avait plongé sa main dans ma poitrine pour m'en extirper le cœur.

Je sors de la salle et me dirige vers la sortie. Les larmes menacent de redoubler et me rendre la vision impossible.

« Eh bien, 4h pour faire le labyrinthe et Sara n'est pas avec vous… par pitié dites moi qu'elle respire encore » le doc s'exclame.

« Allez vous faire voir » je lui crache avant de continuer ma course.

Mais qu'est ce que je fais là ? Pourquoi est ce que je suis là ? Jamais personne ne m'avait fait autant mal, j'ai si mal que même respirer m'est difficile.

J'admets que j'ai poussé le bouchon un peu loin dans ma tirade à propos de 'super Sidle', mais elle m'a vraiment énervée et j'ai tout laissé sortir. Ensuite quand elle a trouvé la clef, je savais qu'il ne fallait pas que je continue, mais j'ai décidé d'en rajouter une couche. Rien n'aurait pu me préparer à la réponse de Sara. Son ton dédaigneux, son air impitoyable et le sourire qui s'est dessiné sur ses lèvres lorsqu'elle a vu qu'elle avait fait mouche.

Je dépasse le chalet sans même m'y arrêter, au lieu de ça je m'enfonce dans la forêt, loin de tout et surtout loin de Sara. Je ne suis certainement pas prête pour un second round.

Quand je me sens assez isolée, je m'adosse à un arbre en me laissant tomber et pleure toutes les larmes de mon corps.

La nuit commence à tomber quand je réussis enfin à reprendre le contrôle de mes émotions.

Je déteste Sara pour m'avoir fait autant de mal, mais je me déteste encore plus pour lui avoir montré ma faiblesse. Il est hors de question que je fasse la même erreur. Désormais je vais la garder à distance. Je refuse de la laisser me faire du mal à nouveau.

Ce séminaire était une mauvaise idée. Avoir des sentiments pour elle était une mauvaise idée – bien que je n'aie pas vraiment le contrôle sur ce point.

Il faut s'y faire, c'est sans issue. Alors autant faire le deuil de mes sentiments et aller de l'avant, sans Sara dans ma vie.

J'essuie les traces des larmes sur mes joues et me décide à retourner au chalet. Quand j'entre, Sara est en train de faire les cent pas, elle s'arrête net dès qu'elle me voit.

« Cath je… » Elle s'approche de moi et met sa main sur mon épaule mais je recule violemment et écarte sa main.

« Ne me touche pas, ne me parle pas. La seule chose dont j'ai envie c'est que ce séminaire à la con se finisse, que j'en sois débarrassée et que je sois aussi débarrassée de toi » je lui dis avec mépris.

Je vois bien que la Sara agressive de toute à l'heure à laissé place à la Sara que je connais et que j'aime, douce, attentive et attentionnée, pleine de compassion. Mais la peine qu'elle m'a infligée plus tôt est toujours trop vive.

Je vois bien que mes mots lui ont fait mal, au moins maintenant elle a une idée de ce que je ressens.

Je la dépasse sans un mot de plus et vais me changer.

Autant dire que la soirée est plus que tendue, heureusement que j'ai pu avoir Lindsey pendant quelques minutes, un peu de douceur en ces temps douloureux. On ne s'adresse pas la parole, on ne mange pas et quand le moment de se coucher arrive la tension est toujours palpable.

Sara va se coucher la première, je ne prends même pas la peine de la rejoindre dans le lit. Il est évidemment hors de question de partager une quelconque intimité avec elle vu les circonstances.

Je me mets en boule dans le canapé et essaye de calmer mon esprit et mon cœur meurtris.

Quand j'ouvre à nouveau les yeux la pièce est plongée dans l'obscurité, obscurité uniquement troublée par les pâles lueurs de la lune. Les bruits de mouvements incessants et nerveux mélangés à des gémissements incompréhensibles rompt le silence. En me concentrant un peu mieux je me rends compte que la commotion provient du lit. Je me redresse et tente d'ajuster ma vision nocturne.

Sara semble se battre contre une force invisible. Elle se tourne, se contorsionne, s'agrippe aux draps de toutes ses forces, se débat et grommelle des supplications à peine audibles, elle implore et supplie mais ne semble pas être entendue. La pénombre ne masque pas l'expression de désarrois, de détresse et de frayeur qui corrompent les traits de son visage habituellement si délicats. Ses cheveux collent à son front détrempé de sueur.

Je ne pourrais pas exprimer l'effroi qu'une telle vision de Sara m'inspire. C'est comme si une main glacée venait m'empoigner le cœur et le serrait toujours plus fort.

Il me faut une minute ou deux pour sortir de ma paralysie et me précipiter auprès de Sara. Je la prends dans mes bras tant bien que mal, mais elle se débat de plus belle et je sais que les coups de coudes que je reçois dans les côtes laisseront des bleus sur leur passage, mais je refuse de lâcher prise.

Je serre Sara contre moi et murmure à son oreille qu'elle est en sécurité et que je ne laisserai rien lui arriver qu'aussi longtemps qu'elle sera dans mes bras tout ira bien, que je ne la laisserai pas.

Une éternité semble s'écouler avant qu'elle ne s'éveille dans un sursaut, haletante, essayant de reprendre son souffle, je peux sentir son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Elle panique, encore prisonnière de la frontière des rêves pour quelques secondes. Comme le premier soir elle se débat mais je tiens bon.

« Non, non, non… lâche moi… » elle répète sans cesse essayant de s'arracher de mon étreinte, mais je serre mes bras autour d'elle.

« Shhh… tout va bien, je suis là… tu es en sécurité, je te le promets… calme toi ma belle… je te tiens… tu es en sécurité ma Sara… doucement… »

Ma voix est douce, un murmure au creux de son oreille, elle semble se calmer peu à peu cessant de se débattre. Il faut encore quelques minutes pour qu'elle se détende complètement. Elle commence à trembler, ses sanglots se réverbèrent contre ma poitrine. Je sens mon cœur se briser, je ne peux que l'étreindre plus fort contre moi.

Je lui dépose de tendres baisers sur ses épaules. « Tout va bien ma Sara… je te le promets… je suis là mon cœur… tu n'es pas seule… » mes émotions sont à vif et je ne pense même pas à censurer mes sentiments pour elle. Je veux être là pour elle et je n'ai pas la force de garder mes distances à cet instant présent.

Une de mes mains est posée sur son estomac, elle s'en saisi, entremêle nos doigts fermement. Je lui caresse tendrement les cheveux, bientôt Morphée revient nous prendre dans ses bras à nouveau pour nous emmener paisiblement au pays des rêves.

Chapitre 25 : Sara

Je m'éveille avec cette sensation de chaleur et de sécurité. Je cligne des yeux plusieurs fois alors que les rayons du soleil me font violence.

Je soupire, je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai aussi bien dormi. Ma main se pose sur une et autre et…

Wow, attendez un peu…

Si cette main n'est pas la mienne alors c'est celle de … Catherine ?... Je suis dans les bras de Catherine ?... Oh…

Maintenant ça me revient, j'ai fait un cauchemar et elle était là. Et merde…

Je m'extirpe du lit doucement pour ne pas la réveiller.

Après notre terrible dispute, j'ai essayé de m'excuser mais elle m'a tout simplement rejeté pour de bon. Elle n'a qu'une envie, et je cite, se débarrasser de moi. Je pense que si avant de venir ici on n'était pas amies, maintenant on est encore moi que ça.

Dans le labyrinthe elle avait poussé mes boutons un peu trop loin et je lui avais simplement rendu la monnaie de sa pièce. Sur le coup j'étais contente de moi, mais une fois que j'ai réalisé ce que j'avais fait, il était trop tard. J'ai tout gâché, j'ai ruiné notre chance d'être amies, mais plus que tout je lui ai fait du mal.

Je ne pourrais jamais me pardonner de lui avoir infligé tant de peine. C'est bien moi ça, je fais toujours du mal aux gens que j'aime, je ruine toujours tout. Enfin vous savez ce qu'on dit, la pomme ne tombe jamais très loin du pommier, on peut dire que j'ai hérité de mes parents.

Autant dire que mes cauchemars ont été très intenses, hier soir. Je me voyais torturer Catherine encore et encore, pour ensuite m'engouffrer dans mes souvenirs d'enfance. Je me suis éveillée une première fois dans les bras de Catherine, j'ai pensé que je rêvais au début, mais elle était bien là et la chaleur qui émanait d'elle ne me quittait pas, ses murmures pleins de tendresse apaisaient toutes mes peurs. Et là je me suis complètement laissé aller et j'ai pleuré comme une gamine, elle m'a tenu dans ses bras tout ce temps, jurant d'être là pour moi, que tout irait bien, qu'elle était là pour moi.

Ça, c'était hier soir, dans des circonstances délicates, je pense que son instinct maternel est la raison pour laquelle elle m'a réconfortée. Je suis pleine de gratitude pour ce qu'elle a fait, mais je pense qu'il vaut mieux que je nous évite l'embarras de nous réveiller dans les bras l'une de l'autre. Et puis après notre dispute d'hier, je doute qu'elle ait envie d'une telle intimité avec moi.

Je secoue la tête quand je me rends compte que je suis en train de la fixer du regard. J'aurais tant aimé que les choses soient différentes entre nous, j'aurais aimé ne pas l'avoir blessée, j'aurais aimé que cette intimité qu'on a partagée hier ne cesse jamais. Mais comme l'ont si bien chanté les Rolling Stones, on ne peut pas toujours avoir ce qu'on veut.

Je décide d'aller prendre une douche puis de nous préparer le petit déjeuner. Je sors de la douche une fois habillée et commence à m'occuper de l'autre côté du bar.

Je sursaute quand je me tourne à nouveau vers la pièce principale. Catherine s'est réveillée et s'est assise sur l'un des tabourets, je ne l'ai pas du tout entendu arriver. On se regarde, on se jauge l'une l'autre, mais on ne brise pas le silence. Je pose une assiette d'œufs brouillés devant elle avec une tasse de café. Elle me fait un petit signe de tête en remerciement je suppose. On mange en silence, je finis la première et vais me laver les dents avant de lui laisser la salle de bain.

Elle n'a pas l'air pressé ce matin, et alors que je suis déjà en train de vider mon sac à dos, pour en vérifier le contenu, elle est encore en train de manger, ou plutôt de pousser la nourriture dans son assiette. Je quitte le chalet après quelques minutes, je pense qu'un moment loin l'une de l'autre ne nous ferait pas mal, quelque chose me dit que la session d'aujourd'hui risque d'être rude.

Chapitre 26 : Catherine

Sara vient de quitter le chalet. On n'a pas échangé un mot. Pour être franche je pense que je lui aurais explosé à la figure si on avait parlé. Cette façon qu'elle a de toujours mettre une distance entre nous, ça m'irrite au plus haut point. Et puis elle n'a rien dit, pas de merci, rien…

Mais bon c'est décidé, aujourd'hui lors de notre séance je la forcerai à jouer cartes sur table, au moins je suis sûre qu'elle n'ira nulle part.

Après une bonne douche, comme je l'avais prédis j'ai des bleus pour avoir essayé de calmer Sara hier soir, ils sont même beaucoup plus moches et douloureux que je ne l'aurais imaginé, c'est le problème quand on a une peau qui marque vite. Je m'habille et me prépare pour rejoindre Sara au centre. Je suis sur le point de sortir quand quelque chose attire mon attention : une feuille de papier pliée en quatre par terre. Je la ramasse, j'espère que c'est le plan que j'avais imprimé avant de partir de chez moi pour venir ici, parce que sinon, le voyage retour risque d'être long. A ma grande surprise ce n'est pas mon plan, j'ai le souffle coupé lorsque je découvre ce qu'il y a dessus.

C'est un portrait de moi, presque aussi ressemblant qu'une photographie. C'est effrayant, une vague de questions assaille mon esprit. Assurément je ne l'ai pas dessiné, est ce que Sara en est l'auteur ? Pourquoi a-t-elle un portrait de moi ? C'est quoi ce délire ?

Je me secoue de ma stupeur et me dirige vers le centre le dessin en main. Je pense qu'on va régler beaucoup de comptes aujourd'hui.

J'ai à peine le temps de franchir le pas de la porte que le doc m'interpelle.

« Ah Catherine, bonjour, vous êtes seule ? »

Je ne comprends vraiment pas pourquoi il pose cette question puisqu'il peut le voir par lui-même que je suis seule.

« Non, mon ami imaginaire est avec moi » je réponds avant de me tourner légèrement sur les côtés et de regarder dans le vide. « Harvey, je te présent doc Salinger, Doc, c'est Harvey, il est un peu timide, ne lui en voulez pas » je continue.

« Je vois que vous êtes d'humeur joueuse ce matin. »

« Ça doit être ça oui » je réponds platement.

« En fait je me demandais si Sara était à votre suite ou pas. »

« Je ne suis pas sa baby-sitter, elle n'a pas de comptes à me rendre sur ses va et vient. »

« Je vois… bien entrez et installez vous. On va commencer sans elle dans ce cas. »

Je prends place sur son canapé, tandis qu'il va s'asseoir sur son siège.

« Comment vous sentez vous ? »

« Epuisée. Si je dois être franche avec vous, ce stage me gonfle. Jusqu'ici mis à part empirer une situation qui était déjà instable, il ne nous est d'aucun bénéfice. »

« Que voulez vous dire ? »

Je soupire lourdement. Ce truc d'analyser chacun des mots qui quitte ma bouche m'exaspère. C'est vrai, je ne parle pas japonais à ce que je sache.

« Je pense que Sara et moi sommes arrivées à un point de non retour. C'est vrai, les pires disputes que nous avons eues, nous les avons eues ici. Et honnêtement, je ne pense pas qu'on puisse changer les choses maintenant. Clairement, notre relation est chaotique et elle le sera toujours, et après hier, je me dis que de toutes les façons ce n'est pas plus mal. »

« Que s'est il passé hier ? »

Je suis sur le point de répondre quand on frappe à la porte.

« Entrez » invite Doc.

« Désolée pour le retard, je n'ai pas vu le temps passer ».

« Je vous excuse Sara, prenez place. »

Pour la première fois depuis qu'on est arrivées ici, Doc, semble… je ne sais pas… humain et non pas fou à lier.

« Bien, maintenant que tout le monde est là, nous allons commencer par parler de l'exercice d'hier. Vu le départ précipité de Catherine, et le temps que vous y avez passé j'en déduis que ça n'a pas été simple. J'aimerai que vous vous demandiez pourquoi est ce que l'exercice a été si difficile et que vous m'expliquiez pourquoi selon vous. »

« C'est assez simple, Catherine ne m'écoutait pas du tout, et ensuite on s'est disputées, pour changer » Sara répond sans émotion.

Rien que la mention de notre dispute me met les nerfs à vif.

« Catherine, pourquoi ne pas écouter Sara ? »

« Je l'écoute, je ne fais que ça mais… »

« Tu ne m'écoutes jamais Catherine et hier n'était pas une exception. Tu n'en fais qu'à ta tête. Pire encore, dès qu'il s'agit de moi, c'est comme si tu étais opposée à tout ce que je dis avant même que j'argumente. Tu ne m'as jamais laissé de chance, ça fait six longues années que je fais des efforts et six années que je fonce dans des murs avec toi. »

« Catherine, vous sentez-vous menacée par Sara ? » Doc demande de but en blanc.

Je le regarde avec indifférence et ignore sa question.

« Pourquoi faudrait il que je fasse des effort pour quelqu'un qui ne me respecte pas ? Dis-moi, pourquoi est ce que je me donnerais du mal pour toi ? » Je lui crache.

Ça va j'en ai marre qu'elle joue les martyrs, à l'entendre elle ne fait que des sacrifices pour moi. Mais hier j'ai bien vu sa vraie couleur, ce qu'elle pensait réellement de moi. Je crois qu'au fond, mes insécurités ont toujours été fondées. Je me suis toujours sentie inférieure à Sara, elle est jeune, a une éducation hors norme, est aussi vive et intelligente que Grissom, elle a des connaissances à perte de vue et un passé qui n'est pas exposé à tout le monde. Moi ? Je suis une ancienne stripteaseuse et tout le monde le sait, ancienne accroc à la cocaïne, j'ai fais mes études dans les cours du soir et il faut que je me batte sans arrêt pour assurer ma place et qu'on me respecte. J'ai toujours eu l'espoir que Sara était différente des autres, mais au final pas du tout, elle fait partie de ces innombrables badauds qui pensent que j'ai réussi dans la vie grâce à des 'promotions canapé'.

Que les autres pensent ça de moi ça ne me dérange pas parce qu'au fond leur opinion m'importe peu, mais qu'elle le pense ça me fait mal. Parce qu'elle semble si différente des autres, je pense que je l'avais mise sur un piédestal, hier fût un réveil plutôt brutal pour moi. Et le pire dans tout ça, c'est que malgré tout je ne peux pas m'empêcher d'avoir des sentiments pour elle. Je pense que je viens de donner une nouvelle dimension au mot 'pathétique'.

Sara me regarde sans piper mot.

« Qu'entendez vous par 'elle ne vous respecte pas' ? » demande le doc alors que Sara et moi sommes en plein concours de regards.

Sara reste silencieuse ce qui n'a pour effet que de m'énerver un peu plus. Je sens encore les larmes me monter aux yeux mais je refuse de les laisser couler.

« Et alors, t'as perdu ta langue ? » Je demande à Sara agressivement.

« Sara ? » Doc la pousse.

Je rigole avec amertume

« Selon ses termes je ne suis qu'une trainée » je réponds pour Sara

« Ce n'est pas… » Sara se décide à parler

« Ce n'est pas ce que tu as voulu dire, c'est ça ? Par pitié Sara, on sait tous que tu ne dis jamais ce que tu ne penses pas. »

Elle n'ose même pas me regarder.

« Réponds moi, c'est vraiment ce que tu penses de moi ? Tu me dois une réponse ! » J'exige.

« J'en ai fini avec tes petits jeux Catherine. En ce qui me concerne je ne te dois plus rien. »

« Ben voyons… Très bien, on ne joue plus, mais je veux toujours une réponse. Le pire dans tout ça c'est que tu ne t'es même pas excusée pour avoir été odieuse. »

Elle ricane doucement à ces mots.

« Maintenant au moins tu sais ce que je ressens. Six ans que je me tape toutes tes remarques désobligeantes sans raisons, sans excuses. Six ans que je me prends des coups en la fermant. Tes petits jeux et compagnie, c'est fini. J'avais envie que tu souffres Catherine, je voulais que tu comprennes ce que c'est d'être à ma place. Forcément, après six ans de silence il y a eu un trop plein. Tu vois moi aussi je peux être odieuse seulement parce que je le veux, moi aussi je peux te faire du mal, seulement parce que je le peux. »

Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal, ses mots ou le fait qu'elle soit odieuse par pur sadisme.

« Tu peux être fière de toi, tu as réussi ton coup. » Je dis entre mes dents.

Je me tourne vers Doc qui n'a pas dit un seul mot et je vois bien qu'il n'a pas l'intention d'intervenir.

« Voilà c'est exactement de ça dont je parlais tout à l'heure. Tout ça n'est rien qu'une pure perte de temps. En ce qui me concerne j'en ai fini »

Je me lève et commence à partir mais me souviens de quelque chose. Je sors le dessin de ma poche et le balance à Sara qui ne bouge même pas pour le rattraper.

« Tiens, t'as laissé ça derrière toi, je suis sure que c'est ta nouvelle cible pour jouer aux fléchettes. » Je dis avec la voix lacée de venin. Et sur ce je me lève et quitte la pièce sans un dernier regard vers Sara.

J'en ai fini de ce séminaire, je me casse, et au diable les conséquences.

Chapitre 27 : Sara

Bon sang, mais ce n'est pas possible d'être aussi conne ! Bouge-toi bordel ! Ne reste pas là comme un piquet ! Rattrape là ! Mais rattrape là bordel !... Mais quelle gourde tu fais…

« Oh ça va, la ferme ! »

« Mais, je n'ai rien dit »

La voix de Doc me rappelle à la réalité. Super, j'étais tellement prise dans mes pensées et en train de procéder ce qu'il vient de se passé que j'ai oublié que j'étais en présence de l'autre.

Je me lève pour partir, mais il m'arrête.

« Sara, restez, nous avons une séance individuelle. »

« Il faut que je rattrape Catherine… »

« Non, le mieux serait que vous lui laissiez du temps pour se calmer. »

« Mais… »

« Assoyez-vous Sara » me dit-il fermement.

Il se lève et s'approche de moi, récupère mon dessin par terre et me le tend après y avoir jeté un coup d'œil rapide. Je mets le portrait dans ma poche.

« C'est votre œuvre ? »

« Travail forcé du cours de dessin d'hier. »

« Vous avez la main et l'œil je dois dire. C'est très ressemblant » dit il avant de se rasseoir. « Cela dit, ça m'intrigue, pourquoi avoir dessiné Catherine ? »

« Ce n'était pas mon intention. »

« Comment ça ? »

« Je ne me suis pas rendue compte de ce que j'avais dessiné avant que votre collègue ne me le fasse remarquer. »

« Je vois. »

Un ange passe.

« Parlez-moi de ce qu'il s'est passé, hier dans le labyrinthe. »

« Est-ce que vous avez entendu un seul mot ce qu'elle a dit ? Ou vous faisiez seulement semblant d'écouter ? »

« J'ai entendu. Ce que je demande c'est votre version de ce qu'il s'est passé ».

« Vous savez je pourrais vous blâmer pour tout ce qu'il s'est passé » je commence.

« Vraiment ? » Il sourit imperceptiblement.

« Oui, le fait de nous attacher l'une à l'autre l'a irrité. Quand elle est irritée il faut encore plus se plier à sa volonté et elle n'écoute pas ou peut être que ce n'est que moi qui ai du mal à communiquer avec elle quand elle est comme ça. Elle était en pleine crise d'autorité, un moment elle a tiré une fois de trop sur les menottes je me suis énervée à mon tour. Et là… tout a dérapé. »

« Dérapé ? » Il me pousse un peu pour que je garde mon débit de parole.

« Oui, on s'est disputées. J'ai essayé de lui dire que j'en avais marre de devoir subir ses crises d'autorité et peut être que j'aurais du le faire calmement mais j'étais à bout de patience. Elle a commencé à me dénigrer, à me prendre de haut et j'ai toujours détesté ça. Au début j'ai ignoré ma propre colère, et elle aurait dû en rester là, mais au lieu de ça elle en a remis une couche. Et là j'ai explosé… »

« Vous l'avez insulté si j'ai bien compris, vous avez suggéré que c'était une fille facile. Pourquoi ? »

Je grince des dents et sens la nausée monter rien qu'en pensant à ce que j'ai dit.

« Parce que je savais que mes mots allaient faire mouche. »

« Vous aviez envie de lui faire du mal. »

« Je voulais qu'elle se mette à ma place. »

« Pourquoi la traiter de fille facile ? »

« Parce que… je m'interromps. Je viens de vous le dire, je savais que ça l'atteindrait. »

Parce que je sais que son passé n'est pas sa fierté, il ne faut pas être un génie pour savoir que c'est son talon d'Achille, son passé la rend incertaine et fragile.

« Vous ne vous êtes pas excusée ? »

« J'ai essayé… mais elle m'a rejetée. »

« Et c'est tout ? »

« Qu'est ce que vous voulez dire ? » Je lui demande irritée.

« Vous avez essayé de vous excuser une fois, elle vous rejette, probablement toujours en train d'accuser les blessures que vous lui avez infligées, et vous laissez tomber ? Ça ne vous semble pas un peu trop facile ? »

« Elle a dit et je cite 'la seule chose dont j'ai envie c'est que ce séminaire à la con se finisse, que j'en sois débarrassée et que je sois aussi débarrassée de toi', je pense qu'elle a été très claire. »

« Sara, vous l'avez blessée consciemment et volontairement, à quoi vous attendiez vous ? A ce qu'elle soit tout sourire et accueillante ? »

« Elle ne veut plus rien avoir à faire avec moi. » Je répète parce qu'il a l'air de ne pas comprendre.

« Vous ne semblez pas faire tant d'efforts pour changer les choses. »

Je suis sur le point de protester quand il me fait signe qu'il n'a pas fini.

« Laissons ça de côté pour le moment, s'est il passé autre chose après ça ? »

« Quand ? »

« Y a-t-il eu d'autres évènements marquants hier ? »

Je m'apprête à répondre lorsque je me rends compte que si je mets mes cauchemars sur la table alors on va ouvrir une tout autre cannette pleine de vers, et là je dis stop. Il a de la chance que la situation avec Cath m'affecte tellement, car autrement je n'aurais pas été aussi volubile.

« Vous avez dormi ensemble ? » Il demande après un moment.

« Pas au début. Mais j'avais du mal à dormir donc je m'agitais dans le lit… je pense que je faisais trop de bruit alors elle est venue me bercer pour ainsi dire. »

« Intéressant… »

« Qu'est que je dois comprendre ? » je lui demande légèrement énervée par son côté énigmatique.

« Après une violente dispute et avoir apparemment décidé de ne plus rien avoir à faire avec vous, elle est quand même venue vers vous pour vous aider à dormir, créant de fait une certaine intimité. Je vais donc supposer que vous êtes en quelque sorte revenues en terrain d'entente. Comment s'est déroulée la matinée ? »

« Je me suis levée, j'ai été prendre une douche, j'ai préparé le petit déjeuner, je suis partie faire un tour et je suis arrivée ici. »

« Avez-vous parlé d'un sujet en particulier ? »

« On n'a pas parlé. »

« Pas du tout ? » Il s'étonne.

« Non. »

« Vous ne l'avez pas remerciée ? »

« Non » je dis un peu honteuse de mon comportement. Ben oui je n'y peux rien, le sentiment de vulnérabilité me rend conne.

« Avez-vous essayé de vous excuser à nouveau ? »

Je baisse la tête avec embarras.

« Je suppose que c'est un 'non'. » Il poursuit, il réfléchit à ses prochains mots. « Sara, avez-vous peur d'être intime avec Catherine ? »

« Je… je vous demande pardon ? » Je réplique au quart de tour.

« Avez-vous peur d'être intime… proche de Catherine ? » Il répète sans sourciller.

Je ne réponds pas. Je me sens prise au piège.

« Je m'explique. Vous semblez vouloir faire des efforts pour vous rapprocher d'elle et dès que c'est le cas, vous vous débattez pour remettre de la distance. Hier vous vous êtes disputées, et vous n'avez pas fait le moindre effort pour arranger les choses, encore plus vous avez sauté sur l'occasion quand elle a mis de la distance entre vous. Qu'est ce qui vous effraie ? »

« Vous ne comprenez pas, c'est comme ça que ça fonctionne entre elle et moi, c'est tout »

« C'est un cercle vicieux vous savez, à un moment ou un autre vous vous lasserez. »

Je ricane doucement, aucun doute il ne nous connaît vraiment pas.

« De quoi avez-vous peur Sara ? »

« Je n'ai pas peur ok ! »

« Alors pourquoi rejeter Catherine sans cesse ? »

« Je pense qu'on en a fini » je me lève et me dirige vers la sortie.

« La fuite n'est pas une solution Sara, elle ne fait que remettre les choses à plus tard. Par conséquent un jour ou l'autre il faudra que vous affrontiez votre peur. »

« Je n'ai pas peur ! » Je répète énervée.

Je le regarde avec défiance et il se contente de montrer le canapé de la main. Ce qu'il peut m'exaspérer. Je reviens sur mes pas et me rassois.

« Pourquoi toujours tenir Catherine à distance ? »

Je regarde la fenêtre derrière lui. Une minute s'écoule dans le silence absolu.

« Je tiens à elle… » je murmure.

« Qu'entendez-vous par là ? »

« Doc, je fais un effort, mais vous devez arrêter ce petit jeu. Sous vos airs de nigaud fini, nous savons tous les deux très bien que vous comprenez bien plus que vous ne le laissez paraître » je soupire.

Il sourit en connaissance de cause, son expression change du tout au tout. Si je dois arrêter de me cacher il doit en faire autant.

« Je tiens à elle » je répète fermement.

« Et en quoi cela est il un problème ? »

« Je tiens trop à elle. C'est ça le problème. Et de fait si je me rapproche trop d'elle alors je suis vulnérable et à sa merci. »

« Donc la tenir à distance vous offre une certaine sécurité. Vous avez peur de souffrir, c'est normal, mais ne pensez vous pas que si vous étiez honnête avec elle, les choses n'en seraient que simplifiées. Si vous lui dîtes la vérité, peu importe le résultat, pour la première fois vous poserez les bases d'une relation saine et solide. »

« Bien sûr, et par la même occasion je lui donne plus de munitions contre moi comme ça il lui suffira de claquer des doigts pour me réduire en poussière la prochaine fois, brillante idée Doc » je réponds avec sarcasme.

« Il faudra que vous vous décidiez à lui dire la vérité un jour ou l'autre. »

« Et risquer non seulement de souffrir mais aussi de perdre tout contact avec elle. »

« Donc vous êtes persuadée que si vous continuez votre relation actuelle, instable et chaotique, tout ira pour le mieux. »

« Je suis la mieux placée pour savoir, ça vous va bien de me juger de votre fauteuil mais le fait est que je nous connais bien. Et oui, notre relation restera instable mais au moins on aura toujours une relation, si je lui dis tout on aura plus rien et ça ce n'est pas une option. »

« L'idée que vous puissiez la perdre parce que vous aurez eu la dispute de trop ne vous a jamais traversé l'esprit ? »

Mon sang se glace à ses mots. Non, il a tort, encore un fois il ne nous connaît pas du tout.

« On a survécu à toutes nos disputes passées, celle d'hier ne fera pas exception »

« Vous en êtes sûre ? »

Je reste muette, je ferme mon poing pour contenir ma colère. Il pense tout savoir, c'est facile pour lui, il n'est pas à ma place. P'tit con prétentieux.

« Je pense qu'on en a fini. » Je dis avant de me lever à nouveau.

« Très bien. » Il se lève à son tour, comprenant qu'il n'obtiendra rien de plus de ma part. « Il est 10h30, quelque chose me dit que Catherine n'a pas été à son atelier matinal, donc… je vous attends toutes les deux devant le centre à 14h, pour votre atelier pratique de l'après midi ».

Sur ce il se retire dans une autre pièce par l'autre porte de son bureau, je sors, contente de pouvoir prendre l'air, je prends mon temps pour rentrer au chalet pour me calmer un peu, j'en profite pour penser aux excuses que je dois présenter à Catherine.

Chapitre 28 : Catherine

J'ai passé plus d'une heure à faire les cents pas.

J'ai essayé de me calmer, de me dire qu'une fois que mon esprit ne sera plus embrumé par la colère alors tout irait mieux. Mais ce n'est pas le cas, c'est même pire. Alors j'ai fais mon choix, au diable les conséquences, je m'en vais.

Je suis en train de rassembler mes affaires quand la porte du chalet s'ouvre. Je ne prends pas la peine de me retourner, je sais que c'est Sara qui rentre.

« Qu'est ce que tu fais ? » demande-t-elle.

Sara est une personne brillante mais parfois il lui arrive de poser les questions les plus cons du monde, et ça me met sur les nerfs au quart de tour.

« Je suis en train de construire une navette spatiale, ça se voit non ? » Je rétorque avec véhémence. « Je prépare mon sac, je m'en vais. »

« Quoi ? Tu vas où ? »

« Je rentre à Vegas, j'en ai fini pour de bon avec ce séminaire. Ne t'inquiète pas j'expliquerai à Grissom que j'ai tout envoyé bouler, je prendrais le blâme. »

Je ferme mon sac une fois que je suis sûre de n'avoir rien oublié. Je me tourne et la regarde pour la première fois.

« Cath, je m'excuse je… »

« Oh ça va épargne moi le baratin, je la coupe. Je connais la chanson, t'es désolée, il faut faire des efforts, tu veux vraiment qu'on soit amies et bla bla bla… ça va je suis tombée dans le panneau deux fois, et j'ai bien compris et je ne marche pas cette fois. »

Elle a l'air prise de court, elle a un léger mouvement de recul comme si je l'avais frappée.

« Sara, réveille toi, c'est toujours la même rengaine. On se dispute, on s'excuse et on se dit que ça changera, mais au final ce n'est qu'une illusion. Tu sais, j'ai bien réfléchit à tout ça. Je t'entends déjà me reprocher de ne pas y mettre du mien, de ne jamais te laisser de chance. Et je l'admets par le passé je ne t'ai pas laissé de chances, mais tu veux savoir ce qui est le plus drôle ? C'est que toi non plus tu ne m'as jamais vraiment laissé de chance, mais tu es trop fière pour l'admettre. »

Comme toujours lorsqu'il s'agit de parler, Sara reste muette. Je soupire, exaspérée, comme je le pensais, c'est sans issue. Je la dépasse et sors du chalet, mon sac à la main.

« Catherine, attends ! » Je l'entends m'appeler mais je ne ralentis pas.

Elle court et me dépasse juste avant que je n'atteigne la voiture. Elle se met devant la porte du côté conducteur.

« Sara, pousse-toi. »

« Non… »

Elle lutte pour s'exprimer mais au final ne dit rien.

« Tu vois ce que je veux dire, tu ne peux pas me parler, tu ne veux pas ! »

« C'est faux je… »

« Par pitié Sara, il a fallu que je passe un marché avec toi pour que tu me parles et même ça tu ne l'as pas respecté ! Les choses ne devraient pas être comme ça, tu devrais me parler volontairement, je ne devrais avoir à user de stratagèmes pour qu'on y arrive. Pour une raison qui m'est inconnue tu es incapable de me laisser être proche de toi, tu l'as dit toi-même tu ne me fais pas confiance. »

Je la sens sur le point de protester alors je reprends.

« Non, tu me fais confiance, tant qu'il s'agit de notre job, mais pas en dehors. Ça me fait mal, très mal, mais je l'accepte. Et en y pensant ce n'est pas plus mal parce qu'on a rien en dehors du boulot, et assurément on n'aura jamais rien. La dispute d'hier n'a fait que prouver ce qu'on a déjà appris les années passées, on n'est pas faites pour être amies. Alors, c'est bon, je jette l'éponge. Voilà, moi au moins j'ai joué cartes sur tables… chose que tu ne fais et ne feras jamais. Maintenant pousse toi s'il te plait, j'aimerais monter dans ma voiture. »

« Non… »

« Sara… »

« Tu ne comprends pas, c'est difficile pour moi. »

« Parce que c'est facile pour moi, peut être ?! » J'explose.

Elle, toujours elle, comme si c'était simple pour moi de la laisser voir mes faiblesses. Non mais, c'est toujours pareil, elle pense être la seule à se sentir vulnérable et à avoir des démons dans son placard.

« Pousse-toi » je lui ordonne à nouveau.

« Non. »

« Sara, pousse-toi » cette fois si mon ton est plus ferme.

« Non » elle répète.

Avant que je comprenne ce qu'il se passe. Je sens ses lèvres sur les mienne alors que mon cœur et mon corps s'embrasent littéralement. Sa langue caresse la mienne brièvement et j'ai l'impression de planer.

Ses mains chaudes sur mon visage, les papillons flottant dans mon estomac, la tête qui tourne, et des milliers d'émotions qui font rage en moi.

Elle interrompt notre baiser et j'ai la sensation qu'un membre vient de m'être arraché. Mes lèvres sont encore brûlantes, imprégnées à jamais des siennes.

« Tu veux que je joue cartes sur table ? Très bien. Je n'ai jamais voulu que tu sois proche de moi parce que j'ai des sentiments pour toi, des sentiments qui m'empêchent d'être ton amie, tout simplement parce que je veux beaucoup plus que ça. Je ne m'attends à rien, mais si je dois te perdre alors autant que ce soit pour une bonne raison. »

Elle délivre un dernier baiser sur mes lèvres avant de repartir pour le chalet.

Wow.

On s'est embrassées…. non, non, elle m'a embrassée….

Elle a aussi grillé toutes mes connexions synaptiques par la même occasion.

L'avantage des fantasmes c'est qu'ils sont parfaits. Ils ne laissent pas la place à la confusion ni aux complications. Maintenant que mon fantasme est entré dans la dimension du réel, je peux le dire…. je panique…. complètement, et je suis incapable de mettre de l'ordre dans mes pensées. Tout est pris dans un tourbillon, entre la douleur émotionnelle, et physique, mes sentiments, les nouvelles sensations qu'on vient de partager… c'est le chaos.

Elle m'a embrassée...

Chapitre 29 : Sara

Oh putain, je l'ai embrassée…

Tout ça c'est de la faute de ce psy…. argh !

Il m'a mise dans un état de panique et de voir Cath partir… Un jour ou l'autre il faudra lui dire la vérité Sara… oh je t'en foutrais des conseils bouddhistes.

Je l'ai embrassée…. tu parles d'une idée à la con !

Je ferme les yeux, et me pince l'arête du nez entre le pouce et l'index. Bon regardons le bon côté des choses, foutu pour foutu, au moins ça s'est fini en beauté.

Je pourrais toujours plaider la folie, après tout ce ne serait pas si loin de la vérité. Je suis dingue de Catherine, donc…

J'entends un soupir près de moi.

Super, il va falloir que je l'affronte maintenant.

J'ouvre les yeux et effectivement Catherine est assise près de moi sur les marches du chalet.

« Combien de temps avant de retourner au centre ? » Elle demande, pas exactement ce à quoi je m'attendais.

« 3h et quelques minutes. »

Elle acquiesce silencieusement.

« Il faut qu'on parle. »

« Cath… »

« Pas maintenant, mais plus tard…. pour l'instant je n'arrive pas à réfléchir. Je suis fatiguée, ma nuit a été courte. Je vais aller me reposer un peu. »

Elle se lève et prend son sac, à ma grande surprise elle me tend la main. Je la prends et me lève à mon tour. Elle nous guide à l'intérieur du chalet. Elle laisse tomber son sac au sol et je n'oppose pas de résistance quand elle se dirige vers le lit.

« Tu devrais te reposer un peu toi aussi, la journée risque d'être longue. »

Je ne dis rien et l'imite lorsqu'elle s'allonge. Elle m'attire à elle de sorte que je la love par derrière. Elle pose ma main sur son estomac et entremêle nos doigts.

Peut être que je suis morte sans m'en rendre compte, ou même que j'ai une hallucination, quoiqu'il en soit, je ne me pose pas de questions et la serre contre moi, reposant ma tête contre sa nuque. Elle trésaille légèrement à mon mouvement, mais avant que je puisse lui demander si tout va bien elle secoue la tête pour m'empêcher de rompre le silence.

Si elle est là ça doit être positif, mais bon il nous faut parler.

Elle a raison, la journée va être longue….

Chapitre 30 : Catherine

Je n'ai pas dormi longtemps à peine une heure… et lorsque j'ouvre les yeux Sara n'est nulle part, je me lève, personne…. Je tends l'oreille pour écouter, peut être qu'elle est sous la douche ? Rien…

Je ne peux retenir un soupir de frustration, elle s'est enfuie, encore…

Je lui ai dit qu'on devait parler, et elle a pris la poudre d'escampette !

J'ai été stupide de penser qu'un baiser changerait tout, que ce baiser changerait tout… Sara restera toujours Sara…

Comment faire fuir Sara Sidle ? Dites lui simplement que vous voulez lui parler et en moins de dix secondes vous n'aurez plus personne en face de vous !

Je m'étire, j'ai mal partout, pas un centimètre carré de ma peau ne m'épargne. Cela fait des jours que je suis sous tension, mon corps est tellement tendu qu'il en est presque douloureux. Quatre jours que nous sommes ici et je suis au bord de l'explosion, j'ai besoin de relâcher un peu la pression avant qu'il ne soit trop tard ! Je dois en profiter pendant que Sara n'est pas là, elle est la cause de cette tension qui m'envahit un peu plus chaque jour, entre nos disputes sans fin et ce qui s'est passé tout à l'heure, je suis perdue, larguée ! Je suis la proie de centaine d'émotions à la fois…

La meilleure façon de me relaxer une bonne fois pour toutes serait de la prendre dans mes bras, de lui dire ce que je ressens pour elle, de lui donner ce fichu baiser que mon corps me réclame encore et encore, depuis que Sara a touché mes lèvres des siennes, je meurs d'envie de connaître à nouveau le goût de ses lèvres, j'en ai assez de me demander ce que ça pourrait bien me faire de la tenir dans mes bras, assez de me demander je si la sentirais frissonner contre moi… Ca serait pourtant si bon, si simple…Mais je m'y refuse, Sara et moi avons des choses à régler avant ça !

J'ai besoin d'oublier cette torture ne serait-ce qu'une minute, une minute entière sans penser à tout ça, une minute sans penser à ce que je fais encore ici, à ce que je cherche en réalité. Dans le fond je sais très bien pourquoi j'ai accepté de venir ici avec Sara… elle dit qu'elle éprouve quelque chose pour moi, mais je ne sais pas, quelque chose sonne faux dans ses mots… Mais pour l'instant je suis lasse de ce petit jeu, je n'aspire plus qu'à une chose en cette seconde, me retrouver, retrouver la Catherine Willows que je suis quand je ne laisse pas Sara tirer les ficelles de mes émotions. Et je ne connais qu'un moyen pour me retrouver en tête à tête avec la vraie Catherine…

La danse…

Par moment le besoin de danser me saisit aux tripes, et j'étais dans l'un de ces moments là ! J'ai besoin de danser tout de suite !

La danse avait toujours fait partie de ma vie depuis que j'étais enfant, j'aimais danser plus que tout au monde, dans ces moments là, emportée par la musique j'entrais en communion avec moi-même, dans ces moments là je savais parfaitement qui j'étais et ce que je voulais…

D'un pas décidé je me dirigeais vers la vieille platine que j'avais repéré quelques jours plus tôt près de la bibliothèque. Je savais que je trouverai sûrement de vieux disques dans le double fond de la platine. Gagné ! Je saisis les quelques 45 t qui se trouvent là, il y en a six, mon dieu cela faisait des années que je n'en avais pas vu et une étrange nostalgie s'emparât de moi…

Mon regard parcourt rapidement les pochettes et une en particulier retient mon attention : Marvin Gaye et Tammi Terrell.

J'avais toujours aimé cette chanson, bon bien sûr a l'époque j'avais 15 ans… Je ne pus m'empêcher de sourire en sortant le disque de sa pochette avant de le poser sur la platine… Les premières notes de « Ain't no Mountain High Enough » résonnèrent alors dans la pièce et mes épaules se balancent doucement de gauche à droite, puis ce furent mes hanches et tout mon corps se mit à bouger au rythme de la voix de Marvin qui me disait « Si tu as besoin de moi appelle-moi… Peu importe la distance, appelle simplement mon nom… »

Mon corps tout entier se détendit enfin, mes mouvements étaient vifs, énergiques et langoureux à la fois, je m'étais mise à sauter et à me trémousser dans toute la pièce en chantant à tue tête « Ni vallée assez profonde, ni rivière assez large, pour m'empêcher de te rejoindre… »

J'étais bien, j'étais portée par la musique, portée par Marvin et Tammi qui m'encourageaient à leur donner encore bien plus. Je ne pensais pas que c'était possible mais je me mis à chanter encore plus fort… et mon corps vibra d'avantage, j'étais enfin libre, libre depuis des jours ! Je m'étais mise à tourner et à tourner encore au milieu de la pièce, j'étais seule au monde, seule avec Catherine Willows, on se retrouvait enfin… elle et moi, je ne formais à nouveau plus qu'une ! J'étais de nouveau moi et bordel ce que ça faisais du bien !

Ma tête se balançait vigoureusement en rythme, mes cheveux étaient ébouriffés et me fouettaient le visage à chaque mouvement. Mes pieds s'agitaient en tous sens m'entraînant toujours plus loin dans la pièce. J'avais l'impression de flotter…

« Mon amour est vivant, au fond de mon cœur… » Hurlais-je à plein poumons.

Je laissais mon corps se balancer entièrement avant de me retourner à nouveau… et c'est là que je la vis… Sara… elle était appuyée contre l'encadrement de la porte d'entrée et à en juger par le sourire qu'elle affichait elle devait être là depuis un certain temps déjà…

Mon cœur s'arrêta net… elle m'a sourit… cela faisait au moins deux jours qu'elle ne m'avait pas sourit…

Mon cœur s'était stoppé sur place mais mes pieds n'en firent pas de même, je lui souris à mon tour un peu troublée, je ne savais jamais trop comment agir face à Sara, et pour la première fois en six ans je pris la décision d'être moi-même avec elle, j'allais être spontanée, j'allais juste être Catherine. Catherine qui avait toujours autant envie de danser, Sara ou pas dans la pièce… Je n'avais plus envie de penser a nos foutues disputes, plus envie de penser à la discussion qu'on devait avoir, plus envie de penser à nos problèmes ! Une seule chose m'obsédait la danse !

Alors toujours en dansant je me dirigeais droit sur la grande brune.

« Si jamais tu as besoin d'un coup de main, je serai là en quatrième vitesse… » chantais-je en lui tendant simplement ma main pour qu'elle me rejoigne.

« Oh non, oh non non Cath, la danse c'est pas mon truc j'ai le pas aussi léger que la statue de la liberté ! » me dit elle très sérieusement.

J'avais décidé de ne pas me laisser décourager, je ne m'arrêtais pas à cette excuse minable, j'étais de trop bonne humeur pour ça, et j'avais très égoïstement envie que ça dure encore un peu, car je savais que l'orage n'était pas loin de moi, de nous... Je lui souris franchement, comme je ne l'avais pas fait depuis longtemps, depuis très longtemps en fait.

« Tu n'as pas à t'inquiéter, parce bébé, je t'ai dit que tu pourrais toujours compter sur moi… » me contentais-je de murmurer en même temps que Marvin, en souriant toujours à Sara.

Je l'entendis soupirer comme résignée avant de glisser sa main dans la mienne… Elle commença à se balancer légèrement, presque maladroitement, elle était si touchante… elle resserra alors sa prise sur ma main et me fit tourner sur moi-même.

Lorsque je lui fis de nouveau face elle me sourit et se mit à chanter à son tour : « Parce que Bébé, il n'y a ni montage assez haute, ni vallée assez profonde, pour m'empêcher de te rejoindre… »

Il était clair que Sara voulait chasser tous les mots dur que nous avions eus l'une pour l'autre. Elle voulait faire un pas vers moi… Nous étions les seules sur terre à pouvoir nous battre à mort, et ensuite faire ce genre de chose. Sara me sourit timidement…

Et je repris avec elle en cœur, elle lâcha doucement ma main et se dandina en rythme jusqu'à la cuisine pour se saisir de deux cuillères en bois, elle revint près de moi et m'en tendit une, que je saisis sans la moindre hésitation.

On aurait dit deux gamines de quinze ans. On devait sûrement avoir l'air ridicule avec nos cuillères à se trémousser de cette façon, mais je m'en moquais bien ! A cet instant tout ce qui comptait c'était le plaisir que je prenais, le plaisir de danser, le plaisir d'être avec Sara et de partager autre chose qu'une dispute.

Elle se rapprocha de moi et se mit à tourner autour de moi, je ne fus pas longue à l'imiter, nos deux voix chantant toujours à tue tête : « Si tu as besoin de moi appelle-moi… Peu importe la distance, appelle simplement mon nom… Tu n'as pas à t'inquiéter je serai là bébé…»

Le rouge me montait aux joues, ma gorge et mes poumons me brûlaient mais j'étais heureuse, je ne pouvais plus m'arrêter, de chanter, de hurler que je serais là pour elle si elle me le demandait…

Sara se replaça tout à coup devant moi et mes yeux rencontrèrent les siens, il y avait tout un tas d'émotions qui se bousculaient là, derrière ce grand regard noir, mais je n'arrivais pas à toutes les déchiffrer en même temps. C'est alors qu'une chose étrange se produisit, Sara se pencha sur moi, et posa ses lèvres tout contre les miennes. Je reçus comme une décharge, Sara venait de m'embraser… Encore…

Tammi et Marvin chantaient toujours : « Mon amour est vivant, au fond de mon cœur… »

Pour ma part mon cœur avait bondi de ma poitrine et s'était écrasé quelque part sur le sol. Sara glissa alors sa main sur mon visage et je sentis ses lèvres s'ouvrir, elle passa délicatement sa langue sur ma lèvre supérieur avant de se frayer un chemin jusqu'à ma langue qui l'accueillie avec douceur et tendresse. Notre baiser se prolongea encore, et encore, Tammi et Marvin avaient fini de chanter, mais Sara et moi ne faisions que commencer à nous découvrir l'une l'autre…

Ce baiser n'était pas comme le premier qu'elle m'avait donné, celui-ci était plus fougueux, plus animal, plus possessif… presque douloureux…

Sa bouche écrasée contre la mienne, je sentais son souffle chaud sur moi… C'est alors que je perdis le contrôle… je ne voulais pas lui céder, pas si facilement, nous avions tant de chose à régler avant… Mais sa main s'était aventurée sous mon chemisier, et elle caressait doucement ma peau… elle avait mis le feu en moi…

Ne pas… ne pas lui céder… hurlait une voix en moi.

Sa main monta jusqu'à la naissance de mes seins… et j'envoyais mes bonnes résolutions au panier, attirant Sara plus près de moi…

Elle se retira alors presque brutalement, et me fixa comme si elle découvert que c'était moi qu'elle était en train d'embrasser, en train de toucher, comme si elle retrouvait soudain la raison, comme si ce n'était pas vraiment elle qui venait de faire ça. L'expression paniquée qui ce peignit sur son visage me blessa profondément, je pouvais lire dans ses yeux qu'elle regrettait de m'avoir touché.

« Je… »

Non ne fais pas ça Sara, tais toi, s'il te plait, laisse moi une chance de partir la tête haute, épargne moi, je t'en pris ne dit rien.

« Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'ai pas voulu faire ça ! J'ai… »

Je ne pouvais pas en écouter plus, mes yeux commençaient à me brûler… tout ce bien-être qui m'avait envahie m'avait à présent abandonnée. Ces mots n'avaient pas été cruels, ni même durs, elle s'était juste contentée de s'excuser d'un ton neutre. La colère m'envahit soudain. Pourquoi m'avait elle touchée ainsi si c'était pour s'excuser aussitôt après. Pourquoi avait elle fait une chose pareille ?

J'avais imaginé cette scène des centaines et des centaines de fois. La scène se passait toujours de façon différente, certaines fois nous étions chez moi, d'autres au labo ou encore chez elle... nos caresses étaient parfois tendres, parfois maladroites, d'autre fois passionnées, la seule chose qui ne changeait jamais c'était l'instant de complicité que l'on partageait juste après, il était toujours là, toujours ! Jamais Sara ne s'était excusée et aujourd'hui qu'on avait enfin partagé ce début d'intimité, elle en avait gâché la fin la seule chose qui comptait pour moi avait été piétiné, balayé par ce « désolée » qu'elle avait prononcé.

Je me sentais comme une moins que rien, une moins que rien que Sara regrettait d'avoir touchée. Entre être alcoolique et jouer les trainées, je choisis encore la bouteille, au moins moi je garde ma dignité. Cette phrase me frappa de plein fouet.

Aux yeux de Sara je n'étais rien d'autre qu'une trainée… voilà ce que j'étais ! Une trainée et rien d'autre !

Je ne pouvais plus supporter son regard de chien battu sur moi. Je n'avais plus la force de faire semblant encore une fois… J'avais besoin de sortir d'ici, de passer du temps loin de Sara. Je n'aurais jamais du faire demi tour tout à l'heure, je n'aurais jamais du croire que ce maudit baiser entre Sara et moi changerait les choses, il n'en était rien !

D'un pas quelque peu ébranlé je me dirigeais vers la porte.

« Catherine attends… »

Sara était en train de me parler mais je n'avais aucune envie d'écouter ce qu'elle avait à dire, en tout cas pas maintenant, j'avais trop mal pour ça ! Pourtant quelque chose me força à me retourner pour lui faire face, pour lui montrer qu'elle n'était pas seule à décider, à décider de quoi ? Je ne sais pas mais à cet instant précis je voulais qu'elle prenne conscience de mon existence, qu'elle comprenne que j'étais une personne à part entière et que j'avais des sentiments. Je voulais qu'elle comprenne qu'on ne pouvait pas tout effacer ou arranger avec un simple pardon ou un stupide désolée. C'était trop facile ! Et ce que je ressentais était tout sauf facile…

« Cath… reste, ne pars pas s'il te plait ! »

J'avais ouvert la bouche, mais pas un mot n'en était sorti je m'étais alors juste contentée de la regarder froidement, sachant à quel point ce regard la mettait mal à l'aise, je savais que lorsque mes yeux la clouaient sur place de cette façon elle n'osait pas m'approcher et à cette seconde je n'avais aucune envie qu'elle m'approche.

« Catherine… On doit parler… »

« Je ne peux pas, désolée Sara » Je n'avais rien trouvé d'autre à lui dire, je voulais qu'elle comprenne l'impact que son désolée avait eu sur moi, et le lui renvoyer en pleine figure pour qu'elle en mesure toutes les conséquences m'avait paru la meilleure solution. Je la fixais une dernière fois avant de quitter le chalet.

Il semblerait que ça devienne une habitude pour moi, depuis qu'on est ici je fuis devant Sara Sidle… J'ai fait une erreur, je n'aurais jamais du accepter de la suivre ici. Sara ne m'aime pas… elle n'aime pas la Catherine Willows que je suis au labo, et elle n'aime pas non plus la véritable Catherine. Nous sommes un cas sans espoir, nous ne sommes pas faites pour être amies, encore moins amantes ! Si elle ressent quelque chose pour moi c'est du désir, de la curiosité, elle me voit comme une fille facile qu'elle peut embrasser à sa guise, et allumer dans un coin avant de me repousser comme la dernière des trainées.

Je soupire… Nous sommes faites pour travailler ensemble rien de plus ! Et travailler ensemble ça on sait le faire et bien ! Sara et moi sommes le meilleur duo du labo tout le monde vous le dira.

Je ne vois donc pas l'intérêt de rester ici plus longtemps, pour apprendre quelque chose que je sais déjà : Sara ne m'aimera jamais !

Je peux supporter tout un tas de choses de sa part mais pas ça ! Je refuse de me vendre, je refuse qu'elle me voie comme 'l'expérience' du mois ! Je veux qu'elle m'aime pour moi et non pour mon corps !

Et comme ce petit miracle ne se produira jamais…

Il est temps pour moi de rentrer à Vegas et de reprendre ma vie en main. Je suis une grande fille, je peux accepter que certaines personnes ne m'aiment pas. C'est vrai que venant de Sara cela me blesse… mais si je veux être honnête, c'est parce que j'ai le béguin pour elle que ça me touche, autrement ça ne me ferait ni chaud ni froid de déplaire à ce point à Mademoiselle Sidle !

Oui mais voilà, j'ai le béguin pour elle tout le problème est là…

C'est même pire, je l'aime…

Chapitre 31 : Sara

Partie… Elle était partie… et c'était de ma faute… c'est moi qui l'avait poussée à me planter là. Mais qu'est ce qui m'était passé part la tête.

L'embrasser était bien suffisant… mais non il avait fallu que je la touche…

Toucher Catherine Willows est un délice auquel, hier encore je n'aurais jamais osé prétendre. Cette petite blonde était plus attirante, plus fascinante, plus… sensuelle et sexy que n'importe quelle femme que j'avais approchée. Tout l'érotisme de son corps de femme éveille en moi un trouble profond, mais il en avait toujours été ainsi… Catherine se servait de son corps comme d'une arme redoutable capable de me blesser à jamais et de me faire perdre la tête ! Et ce soir j'avais cédé…

J'étais sûre qu'après l'avoir embrassée, touchée, tout irai mieux, mes démons seraient enfin exorcisés, je me rendrais compte que ce que je prenais pour de l'amour depuis si longtemps n'était en fait que de l'attirance physique, que Catherine me repousserait à la seconde même où mes lèvres auraient touché les siennes ! Mais au lieu de ça elle m'avait communiqué par le feu de ses lèvres une ardente passion, Catherine avait ouvert une brèche dans mon cœur, et une sensation terrible m'avait alors envahie : la confiance !

Je m'apprêtais à lui faire confiance et c'était impossible ! Elle m'avait touchée en plein cœur alors que je le croyais définitivement endurci ! J'étais sur le point de lui faire confiance, de me livrer à elle et ça je ne le voulais à aucun prix ! J'avais déjà trop souffert de l'attachement et de la confiance excessive que je vouais à mes parents, à mon frère... Pour moi la confiance conduit à l'amour, et l'amour conduit à la douleur, à la ruine et même à la folie ! Jusqu' à présent j'ai toujours réussi à tenir Catherine à l'écart et j'entends bien continuer ainsi, il n'est pas question que je souffre à nouveau pour elle ! C'est vrai je l'ai embrassée la première et je n'aurais jamais du faire ça… J'aurais du la laisser partir, ne pas être égoïste, penser à elle plutôt qu'à moi ! Mais j'avais paniqué…

Mais je m'étais reprise, et cette fois je n'aurais pas la naïveté de croire qu'elle pourrait s'attacher à moi, ni même m'aimer. A ses yeux je serai toujours la sale petite fouine qui est venue mettre son nez dans les affaires de leur petite équipe, parce que dans le fond elle ne m'avait jamais acceptée comme un membre de cette équipe… son équipe ! Sans oublier qu'elle me voit comme une alcoolique dépourvue de sentiments.

Les choses sont claires à présent pour moi, Catherine est ma supérieure, pas ma maîtresse, et je serais stupide de croire qu'il puisse en être autrement ! Je dois lui accorder un peu de confiance certes mais je ne pouvais pas lui livrer mon cœur, elle le réduirait en cendres ! Même si elle en voulait, pour combien de temps serait-il en sécurité ? Catherine avait trop d'emprise sur moi…

Voilà pourquoi j'avais paniqué à la seconde même où je l'avais embrassée pour la retenir, bien sûr un simple baiser est sans conséquences, enfin en règle générale, parce que je vous assure que lorsqu'on a embrassé Catherine Willows, les choses sont loin d'être sans conséquences.

J'aurais du me tenir loin d'elle, mais lorsque je l'avais embrassée à nouveau, j'avais l'impression que les choses étaient justes, que j'étais à ma place… et lorsque que je l'ai touchée, j'avais frissonné de part en part… mais j'ai senti une violence intense monter en moi, j'étais tout a coup très excitée, j'avais envie de Catherine… et si je ne l'avais pas repoussée à cette seconde précise, il aurait été trop tard, je l'aurais prise de force, tel un animal et je ne voulais pas de ça, ni maintenant ni jamais !

La porte d'entrée claqua alors si fort que j'aurais juré que la foudre venait de s'abattre sur le chalet.

Catherine venait de passer près de moi, telle une tornade. Je la vis se pencher sous le lit pour en sortir son sac.

« Cath ? Qu'est ce que tu fais ? »

« Ca ce voit non ?! Je prends mon sac ! »

J'ai une étrange impression de déjà vu…

« Ca je le vois bien ! Ce que je veux savoir c'est pourquoi ? » lui demandais-je en m'approchant d'elle.

« Pourquoi ?! Tu me demandes pourquoi ! » hurla t'elle en posant sur moi un regard rempli de colère.

« Catherine je… »

« Non, je ne veux rien entendre Sara ! Chaque fois que j'ai l'impression que les choses s'arrangent entre nous, chaque fois que je pense qu'il y a un espoir pour toi et moi, chaque fois que je fais un pas vers toi, tu me claques la porte en pleine figue ! Cette fois j'en ai assez Sidle, je jette l'éponge tu as gagné, heureuse ? » Me demande t'elle en se dirigeant vers la porte.

J'étais sidérée, impuissante face à la situation, Catherine abandonnait vraiment la partie ? Non ! Non, elle ne pouvait pas me faire ça ! Elle était mon adversaire de toujours, mon Ying, mon fourreau, elle ne pouvait pas me laisser comme ça, pas après tout ce qu'on avait traversé ensemble !

« Menteuse ! » lui hurlais-je soudain.

Elle se figea sur place : « Quoi ?! »

« Tu es une menteuse Catherine, tu m'as promis de toujours être là pour te chamailler avec moi, pour t'occuper de moi, et tu pars tu jettes l'éponge, tu es une menteuse ! »

« C'est vrai que la fuite c'est plutôt ta spécialité que la mienne d'habitude, mais tu vois je m'adapte vite, moi aussi je peux jouer les filles de l'air, tu n'as pas le monopole Sara ! » dit elle en jetant rageusement son sac de voyage sur son épaule.

« Cath ne fais pas ça… ne pars pas ! » murmurais-je alors en m'approchant encore d'elle

« Je n'ai pas le choix… »

« On a toujours le choix ! Je… je ne sais pas vraiment comment te le dire mais je… je n'ai pas envie que tu partes… Je tiens à toi beaucoup plus que ce que tu crois. Cath, donne moi encore une chance, donne nous encore une chance après tout on est là pour ça ! »

« Arrête Sara j'ai très bien compris ! »

« Compris quoi ? »

« Que tu ne veux pas de moi dans ta vie, ça c'est très clair et je crois même que je l'ai compris avant toi ! Je ne suis pas un jouet Sara !» me dit-elle visiblement blessée.

« Quoi ? Non mais qu'est que tu racontes, Cath j'ai essayé de… »

« Et bien il faut croire que tu n'as pas essayé assez fort ! » me coupa t'elle brutalement. Elle me fixait de ses yeux d'un bleu si limpide qu'à travers eux, je pouvais voir tout le doute et la colère qui brûlaient en elle. Je pouvais voir luire dans ses yeux cette flamme qui m'avait immédiatement séduite.

Curieusement, à cette seconde, j'étais perdue, entièrement désarmée face à la grande Catherine.

« Ce n'est pas en m'embrassant et en disant que tu ressens quelque chose pour moi que les choses vont changer ! » je peux la voir lutter avec elle-même.

« Tu ne te rends pas compte… » finis-je par murmurer la voix enrouée de sanglots.

« Je ne me rends pas compte de quoi ? » cria t'elle en me faisant de nouveau face.

« Tu ne te rends pas compte de ce que ça fait de se retrouver en face de toi ! Tu ne te rends pas compte de ce que c'est d'essayer, encore et encore pour finalement n'arriver à rien avec toi ! Tu ne sais pas ce que ça fait d'avoir une personne froide et parfaite comme toi en face de soi, qui te juge en permanence, comme si tout ce que je pouvais bien faire ne serait jamais assez bien pour toi ! Assez bien pour t'atteindre ! Assez bien pour que tu me regardes, assez bien pour que tu t'intéresses à moi ! »

« C'est vraiment ce que tu penses ? » me demanda-t-elle les yeux brillants de larmes.

« Oui… Les personnes comme toi ne se rendent pas compte de… »

« Les personnes comme moi ? » me coupa t'elle sur un ton incrédule.

« Oui, les personnes comme toi ! Tu ne sais pas ce que ça fait de vraiment souffrir, parce que tu ne sais pas ressentir les choses, parce que les personnes comme toi sont inaccessible aux gens comme moi ! Tu ne sais pas ce que c'est d'échouer, ou de ne pas avoir ce que l'on souhaite ! Et pire que tout tu n'as pas de vrais sentiments, tu as oublié ce que c'était de regarder les autres ! »

« Tu crois avoir le monopole de la souffrance humaine Sara ? Laisse moi te dire une bonne chose sur les personnes comme moi, les personnes comme moi se sentent laides, nulles, inutiles, stupides, et sans intérêt face à des gens comme toi ! Les personnes comme moi, se voient comme les dernières des trainées quand, les gens comme toi les regardent comme tu l'as fait tout à l'heure ! Je te hais quand tu me fais ressentir ça, quand tu me fais sentir que je ne suis pas à la hauteur, que je ne suis pas ce que tu attends et je comprends combien je te déçois, je sais que tu espères mieux de moi, beaucoup mieux, mais je ne peux pas te suivre sur ce terrain Sara ! Tu es tout ce que je ne suis pas… quant à mes sentiments Sara, si tu regardais mieux tu verrais que j'en ai et même plus qu'il n'en faut ! Quoi que tu en penses je tiens à toi… vraiment à toi… » À présent elle pleure. J'ai arrêté de compter le nombre de fois où je l'ai vue pleurer depuis que nous sommes ici, et je suis toujours la responsable de son chagrin.

« Alors pourquoi ? Pourquoi je n'y arrive pas Catherine, tout le monde semble pouvoir t'atteindre sauf moi ! Malgré tous mes efforts tu restes hors de ma portée, pourquoi ne me fais-tu pas confiance ? » Je me lance…

« Confiance ? C'est toi qui parles de confiance ! Tu me fais suffisamment confiance pour m'embrasser mais pas pour te confier réellement à moi ! Pourquoi, tu ne me laisses pas t'approcher Sara, je ne suis pas un monstre ! »

« Je sais que tu n'es pas un monstre ! Et ce baiser n'a rien à voir avec la confiance j'avais… Je… Tu étais là et… je… tu allais partir… je ne voulais pas que tu partes »

« Alors quoi ? Tu m'as juste embrassée comme ça, parce que tu ne savais pas quoi faire d'autre, c'est ça ?! Tu avais peur que tes mots ne soient pas assez forts… » elle rit « Pour ça aurait-il encore fallu que tu en prononces un ! »

Elle me provoque, je sais qu'elle veut que je lui parle, mais mes reflexes sont encore les plus forts, lui envoyer une vacherie à la figure est plus facile, moins dangereux, je connais ce terrain comme ma poche !

« Je t'ai embrassée simplement parce que nous en avions envie toutes les deux… »

« Tu ! Tu en avais envie ! » protesta t'elle les joues en feu.

« Pour une fois, juste pour une fois montre toi honnête Catherine ! »

« Qu'est ce que ça changerait ? » me demanda-t-elle soudain plus menaçante.

« Rien ou peut-être tout ! Je n'en sais rien, de toute façon je n'aurais jamais du t'embrasser, c'était juste une impulsion rien de plus, c'était stupide ! Ce baiser n'a pas la moindre valeur à mes yeux et puis il semblerait qu'une bonne partie de Vegas sois passée dans ton lit, je voulais comprendre ce qu'ils pouvaient bien te trouver… »

Je lui mentais pour la première fois de ma vie, ce baiser n'était pas stupide et bien sûr qu'il avait de la valeur, en tout cas il en avait pour moi. Je voulais arrêter de hurler et lui parler, lui parler vraiment ! C'est ce que nous étions sensées faire, non ? Mais ni l'une ni l'autre n'y parvenions. Comment en étions-nous encore arrivées là ?

C'était le problème avec nous, un mot en entrainait un autre et un autre… avant de comprendre ce qui nous arrivait nous étions de nouveau en guerre.

Je la vis ouvrir la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle essuya les larmes qui lui venaient aux yeux et soudain son visage s'effondra. Je ne pouvais plus la quitter des yeux, mon regard plongeait dans le sien. Je lui avais fait du mal…

Je devenais venimeuse, venimeuse et injuste, plus venimeuse et plus méchante que je ne l'avais jamais été avec elle. Je ne savais même pas que j'étais capable de tant de cruauté.

Mes mots étaient durs, blessants mais j'avais appris avec la meilleure… ELLE !

Je la regardais désemparée, je ne voulais pas la blesser mais pourtant il m'avait été impossible de m'arrêter… impossible de faire autrement, mais à présent plus un mot ne sortait de ma bouche.

Elle pleurait à chaudes larmes… et j'étais trop lâche pour la prendre dans mes bras et ravaler mes mots, il était trop tard, et elle pleurait toujours.

C'était mes mots… c'était l'effet de mes mots qui l'avait faite pleurer.

Gifle moi… allez gifle moi ! Hurlais-je mentalement.

Mais Catherine ne me gifla pas, elle se contenta de reculer et de s'éloigner de moi : « Je te reconnais bien là, mieux vaut détruire que perdre le contrôle » et une fois encore j'étais sur le point de me retrouver seule dans la pièce.

« Tu ne me connais pas… tu ne sais rien de moi ! » lui dis-je en la rattrapant par le bras pour l'empêcher de me fausser compagnie.

« Au contraire Sara je te connais plus que tu ne le penses, je sais beaucoup de choses, notamment je sais que tu attends des autres ce que tu n'es pas prête à leur donner ! Et je ne peux plus Sara… je ne peux plus faire ça toute seule, j'ai besoin que tu sois là, que tu sois vraiment là ! J'ai besoin de toi, mais quoi que je fasse pour me rapprocher de toi, j'ai toujours l'impression de ne pas être assez bien pour toi ! » me dit-elle entre deux sanglots.

« Cath… Ne pleure pas je t'en prie. Bien sûr que tu es assez bien ! Tu es beaucoup, beaucoup plus que juste assez bien ! » lui répondis-je en posant mes mains sur ses épaules.

« Alors pourquoi Sara ? » lança t'elle d'une voix tremblante.

« Justement à cause de ça ! C'est moi qui ne suis pas assez bien pour toi ! »

« Je suis assez grande pour juger de ça moi-même ! »

« Tu exiges trop des gens, un seul faux pas et tu attaques, tu ne tolères pas la moindre erreur ! Face à toi personne n'a le droit de se montrer faible ! Je ne suis pas de taille à ce jeu là… Tu attends trop de moi Cath ! Cinquante pour cent de mes gènes me viennent d'une alcoolique et cinquante pour cent me viennent d'un violeur, qu'est ce que tu espérais au juste ?! »

« Quoi ? » Elle me fixe avec surprise, elle ne s'attendait pas à ça.

Je peux lire dans son regard une foule de sentiments différents, la peur, la colère, l'étonnement, la pitié… le pire des sentiments pour moi ! Je ne sais pas pourquoi je lui ai avoué une telle chose, peut-être pour qu'elle comprenne que je n'étais vraiment pas à la hauteur de ses exigences, et que même si je l'aime de toute mon âme, les choses qui nous séparent aujourd'hui, nous sépareront toujours demain…

J'ai eu le fol espoir de croire que Catherine et moi pourrions avancer ensemble, que notre relation pourrait s'améliorer mais j'ai eu tort ! Je n'ai rien à offrir à Catherine, rien que des points de suture, des mauvais souvenirs et une vie sans attache, voilà tout ce que j'ai à lui offrir ! Et Catherine mérite mieux, beaucoup mieux…

Chapitre 32 : Catherine

Violeur… Ce mot résonne en moi comme une blessure. Sara m'avait laissée sous-entendre que son père la battait mais elle n'avait jamais ne serait-ce qu'une fois laissé place à de telles horreurs. Je comprenais mieux que son plus beau souvenir d'enfance soit la mort de ce salaud.

Dans un élan incontrôlé j'avais échappé mon sac sur le sol et je m'étais dirigée droit sur Sara. J'avais glissé mes bras autour de sa taille et je m'étais tout simplement blottie contre elle sans un mot. Après quelques secondes je sentis la grande brune bouger maladroitement, et à son tour elle me prit dans ses bras. Le silence nous enveloppa, et bientôt la chaleur de nos corps ne fit plus qu'une.

« C'est arrivé une fois…une seule fois ! Il ne m'a touchée qu'une fois » me dit alors Sara en resserrant son étreinte sur moi. « C'est arrivé juste après la mort de mon frère… c'était David son terrain de jeu favori, mon père a toujours préféré les petits garçons mais lorsque mon frère est mort il n'avait plus que moi… »

Je sentais la nausée m'envahir, mes jambes s'étaient mises à trembler, je n'étais pas sûre qu'elles pourraient me porter encore longtemps. J'avais besoin de m'asseoir, j'imaginais que Sara, elle aussi avait besoin de s'assoir parce que je ne savais pas par quel miracle, mais j'étais à présent assise sur le lit.

« J'étais encore petite quand il à commencé à abuser de mon grand frère David, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait et lorsque j'ai été assez grande pour comprendre il était déjà trop tard… J'aurais dû faire quelque chose…» murmura Sara en crispant sa main sur son jean.

Je n'avais jamais vu Sara dans un tel état… et à présent une petite voix criait en moi que j'avais été injuste de la pousser dans ses retranchements.

« Tu ne pouvais rien faire Sara tu étais encore une enfant ! » lui dis-je en glissant ma main dans la seine.

« David avait besoin de moi et je ne l'ai pas aidé, je n'ai pas été à la hauteur ! » sanglota t'elle.

« C'était à ta mère de l'aider, de le protéger ! Peut être que David aurait pu demander de l'aide à l'école ou ailleurs ? »

« Ma mère était ivre morte du matin au soir Catherine ! Et David ne sortait jamais de la maison, il n'avait pas le droit d'aller dehors. J'étais la seule qui quittait cette fichue baraque pendant la journée, et je n'ai rien fait… rien du tout ! » me dit-elle en pleurant de plus belle.

« Ton frère n'allait pas à l'école ? »

Elle secoua la tête : « Non, David souffrait d'un léger retard mental. Pendant sa grossesse ma mère n'a pas arrêtée de boire, l'alcool qu'elle ingurgitait a détruit une partie du cerveau de mon frère ! David a mis très longtemps avant de marcher et encore plus avant de parler. Mes parents le prenaient pour un débile, mais ils avaient tort ! David était un grand frère génial, le soir tous les deux on lisait les aventures de Tom Sawyers et on s'imaginait qu'il était notre meilleure ami ! » elle se tue, fixant ses pieds comme si ils étaient la septième merveille du monde.

Je sentis les larmes me monter aux yeux… J'imaginais sans peine Sara et son frère blottis l'un contre l'autre rêvant à des jours meilleurs auprès de Tom Sawyers.

« Mes parents n'ont jamais mis David à l'école parce qu'il aurait été suivi par une assistante sociale et elle aurait mis le nez dans leurs petites affaires… A ses heures perdues mon père dealait un peu de drogue, et ma mère allait se faire sauter par n'importe quel type du moment qu'il lui offrait un verre avant ! Mes parents n'étaient pas des gens bien… Mais David était quelqu'un de bien, de généreux, je l'aimais plus que tout ! Mon père avait beau me taper dessus, ma mère pouvait bien m'insulter de petite garce autant qu'elle le voulait, tout ça n'avait pas d'importance, j'avais David et c'était tout ce qui comptait pour moi… Il m'a appris à siffler, à faire des ricochets sur l'eau, il m'a appris à rire… Le jour où il est mort, j'aurais voulu mourir avec lui… Pour moi le monde venait de perdre sa plus belle couleur… »

Sara éclata littéralement en pleurs, couvrant son visage de ses mains. J'avais l'impression qu'elle pleurait comme elle ne l'avait jamais encore fait. À cette seconde je n'avais plus qu'une envie la prendre dans mes bras et pleurer avec elle…

« Pleure, tu en as le droit… » lui dis-je en lui caressant doucement les cheveux. Je la pris dans mes bras comme une enfant et je me mis à la bercer doucement. Elle s'agrippa à moi si violemment que j'en perdis l'équilibre.

J'étais là, allongée sur le lit, Sara toujours dans mes bras. Dehors la fin d'après midi tombait doucement, et tout aussi doucement les sanglots de Sara se calmaient.

Nous ne nous étions pas présentées au centre, Salinger serait furieux demain, mais je m'en moquais ! On pouvait bien se faire virer de ce maudit séminaire, prendre tous les blâmes du monde ça n'avait aucune importance !

Sara m'avait parlée… elle s'était enfin confiée à moi !

Bien sûr je n'étais pas dupe, je savais que ce n'était que le début de son histoire, elle ne m'avait parlé que du haut de ce panier de crabes. Mais c'était déjà un bon début… je voyais les choses différemment, je la voyais différemment…

Toujours blotties l'une contre l'autre, Morphée nous accueillit dans ses bras.

Ooooooo

Je sentis Sara s'agiter prêt de moi… D'instinct j'ouvris les yeux et je jetais un coup d'œil rapide sur le radio réveil : deux heures du matin…

Je savais qu'elle pleurait et qu'elle s'agitait dans son sommeil quand cette heure approche... J'avais à présent passé assez de temps dans son lit pour connaître les terribles cauchemars auxquels elle était confrontée presque chaque nuit. Chaque larme silencieuse qui roulait sur sa joue déchirait mon cœur. Si je n'étais pas si lâche, je serais en mesure d'apaiser ses douleurs quand elle est éveillée. Mais je ne peux pas ! Tout ce qu'elle m'a révélé, il y a tout juste quelques heures, hante encore mon esprit le mieux que je puisse faire pour l'instant c'est offrir à son inconscient un sentiment de sécurité en étant proche d'elle, quand elle n'a pas de contrôle sur ses pensées. Je sais que ses rêves sont peuplés des fantômes de son passé…

Elle soupire sanglote son souffle se fait plus rapide et elle se retourne enfin vers moi, c'est pareil presque toutes les nuits depuis que nous sommes arrivées ici. Elle frotte sa tête dans le creux de mon cou, ses bras s'enroulent désespérément autour de mon corps, puis elle me serre de toutes ses forces comme si elle avait peur d'être soudain abandonnée. Un de mes bras s'enroule alors étroitement autour de sa taille, et à mon tour je lui rends son étreinte en rapprochant encore un peu mon corps du sien. Mon autre bras parcourt doucement son corps, dans une caresse tendre et apaisante.

Cette scène commence toujours de la même façon, je suis de mon côté du lit, elle est du sien… Puis je sens qu'elle commence à s'agiter et tout à coup son corps migre vers moi… Je me sens frissonner lorsqu'elle s'approche… Je sens mon bas ventre et mes cuisses s'enflammer sans la moindre retenue… Je sens mes veines et mon cœur exploser en moi… Tout est toujours plus facile quand elle dort...

Pendant la journée, nous pouvons crier et nous blesser nous pouvons nier notre passion et l'attraction que nous avons peut-être l'une pour l'autre et qui nous trouble tant. Mais la nuit, elle n'a aucun contrôle sur elle et ... et là, elle se tourne vers moi.

Je sais que je pourrais la rendre heureuse si seulement elle voulait bien me laisser l'approcher. Quoi qu'elle en pense je la connais, je la connais bien, du moins je le pense ! Personne ne la connait comme moi je la connais, je l'aime ! Oui je l'aime…

Mais elle, est-ce qu'elle m'aime?! Des fois je me dis qu'il n'y a aucune chance… et parfois… parfois je peux lire cette passion dans ses yeux quand elle me regarde… je devine la façon dont son corps réagit au mien quand je m'approche d'elle… Mais ce n'est peut-être rien, rien de plus qu'une attraction physique, due au fait que nous sommes coincées ici…

Pourtant il y a eu ce baiser… ce baiser qui a touché mon âme. Et quelque chose au fond de moi me dit que Sara en a été tout autant affectée… Est-ce que deux personnes qui ne partagent pas le même sentiment d'amour peuvent partager un tel baiser ?

Je ne sais pas… Je ne sais pas vraiment grand chose à ce sujet. Je n'ai jamais ressenti un sentiment aussi fort. J'ai peur et je suis toute excitée à la fois. J'ai envie de sourire et de pleurer tout à la fois, c'est un sentiment étrange ! Je sais qu'elle pourrait me blesser, me détruire comme nul autre, et si elle le faisait, jamais je ne pourrais y survivre ! Mais tout ce que je veux faire c'est la rendre heureuse. Elle ne mérite pas toutes les souffrances qu'elle a dû traverser, ni le mépris de tous ces gens qui peuplent son passé. Personne ne peut la voir comme moi je la vois ! Et personne ne peut me voir comme elle le fait… Cela nous a pris du temps, beaucoup de temps avant de nous connaître l'une l'autre, mais ça en valait vraiment la peine je crois qu'à présent on est en passe de se faire vraiment confiance !

Elle est si fragile quand elle dort, si innocente, son visage est si différent de celui qu'elle offre au monde lorsqu'elle est réveillée. Elle est si belle… Oui, je peux utiliser ce mot avec elle, c'est vrai. Sara est belle, très belle.

Mon regard s'abaisse alors à regarder ses lèvres si tendres…

Je lutte contre l'envie de l'embrasser, je lutte contre moi-même, je sais que ce n'est pas le moment pour ça… mais comme ça a été le cas récemment, je me découvre faible, sans volonté face à cette beauté endormie. Je sens ma tête fléchir, elle devient plus lourde à porter, de plus en plus lourde…

« Catherine ! Qu'est ce que tu fais ?! » me demande t'elle d'une voix enrouée.

Elle me fixe d'un regard un peu perdu, un regard rempli de doutes et de questions, un regard encore habité par le sommeil, encore hanté par ses mauvais rêves…

A suivre…