Coucou, voilà une nouvelle partie du Round (qui est l'avant-avant dernière partie) avec en prime un nouvel auteur qui est venu grossir nos rangs ! Merci à Bouzik. Bonne lecture et à bientôt pour la suite…

Alex

Chapitre 33: Sara

Elle est là penchée sur moi… et pendant une seconde j'oublie de respirer… j'oublie pourquoi je suis là avec elle dans ce lit.

Pendant une seconde je pense à l'océan… pourquoi l'océan ?! Les yeux de Catherine sont si bleus, si intenses, qu'ils m'ont toujours fait penser à l'océan.

Son souffle chaud sur ma peau me fait frissonner… Et puis soudain les images de mon cauchemar me reviennent en tête… toujours les mêmes images, les mêmes visages, les mêmes bruits… les mêmes voix. Mon cœur s'emballe, et une sueur froide glisse le long de mon dos.

Je ne vois plus Catherine, elle a comme disparu…

Je n'entends plus que la voix de mon père qui hurle en me secouant vigoureusement par le bras. : « Regarde Sara, regarde ce que tu as fait ! Regarde le bien et n'oublie jamais son visage, n'oublie jamais que c'est ta faute, c'est toi qui l'as tué Sara, tu as tué ton frère David ! » J'accueillis ce reproche sans broncher, et sans verser la moindre larme, frappée par l'horreur de la scène. Je me tiens là couverte du sang de mon frère… « Regarde moi cette garce ! » crie alors ma mère « Comment ose t'elle encore sourire après tout le mal quelle nous a fait, elle a détruit notre famille ! N'oublie pas Sara, tu es un monstre, un monstre… »

« Un monstre ! » j'hurle à plein poumon « Je suis un monstre ! »

Je me soulève d'un seul coup et je heurte brutalement Catherine, qui finit presque sur le sol. Elle se rattrape comme elle peut sur les draps. Et se hisse à nouveau au milieu du lit. Elle a le nez en sang…

Mon front l'a percuté avec une telle violence, que le choc lui a déclenché un saignement abondant. Je la prends par la main et on se dirige vers la salle de bain sans un mot.

Je lui tends une compresse pour son nez, pendant que je lui applique une serviette imbibée d'eau fraiche sur la nuque.

« Est-ce que va ça ? » je lui demande en m'accroupissant devant elle.

« Oui tout va bien, rien de grave… »

Je peux voir dans ses yeux qu'elle essaie de me rassurer comme elle peut. Je plonge mes yeux dans les siens, on se fixe de cette façon pendant une bonne minute.

Des coups sur la porte d'entrée nous font alors sursauter toutes les deux.

« Tu attends de la visite ? » me demande t'elle en fronçant les sourcils.

« Non… » je me relève et me dirige dans le salon Catherine sur les talons.

Je prends mon arme et me dirige vers la porte. Catherine est derrière moi lorsque j'ouvre la porte…

« Vous en avez mis un temps pour ouvrir ! » me dit une grande silhouette blonde en entrant.

« Doc ? » nous lui lançons d'une seule voix surprise.

« Et oui mesdames, si vous n'aviez pas séché votre après-midi de pratique vous seriez au courant de cet exercice ! »

« Exercice ? A deux heures du matin passées, vous plaisantez ? » lui demande Catherine en se plaçant à côté de moi.

« Vous… Catherine… Sara ne me dites pas que vous l'avez frappée ? » dit-il en se tournant vers moi.

« Je me suis cognée dans une porte ! » ment effrontément Catherine en le fixant.

« Une porte ? A deux heures du matin ? » Il semble sceptique mais Catherine ne se démonte pas.

« Oui une porte ! J'avais soif, je me suis levée et pour ne pas réveiller Sara, je n'ai pas allumé ! Mais si j'avais su que vous arriviez je me serais épargné cette peine. »

Salinger et Catherine se fixent en moment, s'évaluant l'un l'autre.

Puis Doc retourne son attention sur moi : « Habillez-vous, toutes les deux ! Et retrouvez-moi dehors ! »

« Et si on refuse ? » demande Catherine en le fixant de son air le plus autoritaire.

« Vous avez déjà manqué trois séances Catherine, si vous ne vous pliez pas au jeu je serai obligé de le noter dans votre dossier ! »

La petite blonde à côté de moi grogne.

« Vous avez cinq minutes ! » dit Doc avant de sortir.

« Je vais le tuer, je te jure que cette fois je me le fais ! » marmonne t'elle en enfilant son jeans.

Je m'habille pendant que Catherine passe rapidement dans la salle de bain. Et nous rejoignons Salinger dehors.

« Parfait ! Voici une carte, une gourde d'eau chacune et une boussole, il y a une vieille maison dans le coin, vers le nord, nord-est, à vous de la trouver et de me rapporter le bandana rouge que j'ai attaché sur un poteau à l'intérieur ! »

« Et pourquoi on ferait une chose pareille ? » l'interroge Catherine en croisant les bras.

« Parce que je vous le demande ! » lui répond Doc dans un sourire.

« Mon ex-mari aussi me demandait certaines choses ce n'est pas autant qu'il les obtenait ! » lance t'elle pince sans rire. « En plus le coup de la vieille baraque abandonnée on a déjà donné, merci ! Vous vous rappelez, l'explosion, la farine… ça vous évoque un vague souvenir ? » demande t'elle les bras toujours croisés sous sa poitrine.

« Oui, oui mais cette fois rien de tout ça c'est promis ! Et si vous réussissez cette épreuve, ensemble, vous nous quitterez un jour plus tôt ! »

« Et on fait cet exercice de nuit parce que ?... » je lui demande.

« Parce que c'est bien plus drôle, et il me semble que la nuit c'est votre élément, non ? »

Catherine et moi le fixons sans rien dire pendant qu'il s'éloigne. Il est vraiment dingue !

« Au fait, j'allais oublier, vous devez être là avant le levé du jour, autrement dit sept heures au plus tard, sinon le marché ne tiens plus et vous restez avec nous le temps convenu ! Une dernière chose, si cet exercice n'est pas concluant vous passerez une semaine chacune dans l'équipe de jour à bosser avec Ecklie ! Si j'étais vous je me mettrais en route sans tarder ! »

Nous sommes tellement abasourdies que ni l'une ni l'autre n'avons la force de protester. Voilà donc comment va commencer notre cinquième journée ici

Ooooooo

Cela fait plus de deux heures que nous marchons, je n'en peux plus, et la tension entre Catherine et moi ne fait que s'accroitre de minutes en minutes.

« Je te dis que cette route n'existe pas ! Elle n'est nulle part sur la carte ! On est perdues sur une route imaginaire ! » souffle t'elle à bout.

Nous avons très peu dormi, et notre dernier repas remonte à plusieurs heures déjà. Je sais qu'elle n'en a pas après moi, mais la voir s'énerver de cette façon me crispe.

« Ca ne sert à rien de t'énerver Cath ! »

« Et toi à part tourner en rond depuis une heure, qu'est-ce que tu fais pour nous aider ? » crie t'elle en repliant la carte. Elle me fixe une minute et soupire « Je suis désolée Sara, je ne voulais pas te crier dessus, tu n'y es pour rien ! On est dans la même galère ! »

« C'est ok tout va bien ! »

« Non, tout ne va pas bien on est paumées au milieu des bois ! Et je meurs de faim ! Sans parler du fait que je n'ai aucune envie mais alors aucune envie de passer une semaine avec Ecklie et son équipe ! Beurkkkkkkkk » fait elle en secouant la tête.

Je me peux m'empêcher de sourire, elle est si belle, même à moitié morte de faim, elle reste désirable…

Reprends-toi Sidle !

« Bon puisque la carte ne nous mène nulle part, on va faire ça à l'ancienne ! » dis-je en pointant les étoiles du doigt.

« Tu te moques de moi là ? »

« Non je suis sérieuse mon frère m'a… » je ne peux finir ma phrase.

Catherine s'approche de moi et glisse doucement sa main dans la mienne : « David t'a enseigné comment te déplacer à l'aide des étoiles ? »

Je lui fais un signe de tête : « Son héro c'était Christophe Colomb… »

« Tu sais qu'il cherchait les Indes et pas les Amériques ? J'espère que tu seras meilleure que lui ! Alors par où va-t-on ?» me demande-t-elle.

Je n'ai pas l'habitude qu'elle me demande mon avis, pour autre chose que le boulot alors il me faut quelques secondes pour réfléchir.

« Par là… » lui dis-je en pointant le chemin derrière nous.

« Parfait alors en route ! »

Nous avançons ensemble d'un pas rapide, sa main toujours dans la mienne.

Oooooooo

Nous marchons depuis plus de quarante minutes, quand un coup de tonnerre résonne alors au loin, et une pluie torrentielle s'abat soudain sur nous.

« Ben manquait plus que ça ! Génial ! Vraiment génial ! » marmonne Catherine.

Je resserre ma main sur la sienne et me mets à courir, entrainant la petite blonde avec moi. Je l'entends crier quelque chose mais je ne comprends pas. J'augmente mes foulées, je sens Catherine qui s'essouffle.

« LA MAISON EST LA ! JE VIENS DE LA VOIR ! » Je hurle pour qu'elle m'entende.

Elle relève la tête et la voit à son tour, je la sens emplie d'une nouvelle énergie, à présent elle court aussi vite que moi…

Enfin nous entrons dans la maison, nous sommes à l'abri.

« On prend ce maudit bandana et on rentre ! » me dit Catherine dégoulinante

« Tu as vu le temps de chien qu'il fait ? »

« Oui j'ai vu mais je préfère encore ressortir là-dessous, que passer une semaine avec Ecklie ! »

Je jette un coup d'œil sur ma montre : « Il est cinq heures moins le quart, il faut qu'on soit rentrées dans un peu plus de deux heures ! »

« Tu as vu le temps que ça nous a pris pour venir jusqu'ici, on devrait repartir tout de suite Sara… On est déjà trempées ça ne changera pas les choses ! »

« Je sais où nous sommes, je peux nous ramener en moins d'une heure… »

« Mais… » elle referme la bouche, elle hésite…

« Fais-moi confiance… » voilà nous y sommes, je lui ai dit, c'est le moment de vérité.

Catherine me fixe, posant son regard sur moi, j'ai l'impression qu'elle pèse le pour et le contre, qu'elle se bat contre son envie de me planter là. Après une longue minute, elle me sourit : « Très bien, je te fais confiance… »

Mon cœur explose littéralement, elle me fait confiance ! J'ai plutôt intérêt à être à la hauteur !

Oooooooo

Catherine a fait le tour de la maison pour trouver le bandana que nous sommes venues chercher, pendant ce temps je fais au mieux pour allumer un feu dans la grande cheminée pour nous réchauffer un peu.

« Alors Cro-Magnon ce feu ça vient ? » dit elle en sautant sur place pour se réchauffer.

« Je fais de mon mieux duchesse ! » je lui réponds en soufflant sur les braises.

« Et ce que CA, ça pourrait t'aider ? » me demande t'elle en me tendant un briquet.

« Tu…tu avais un briquet ? » elle me fait non de la tête.

« Je l'ai trouvé dans la cuisine là bas »

« Pourquoi tu ne me l'as pas donné avant ? »

« Je te trouvais tellement mignonne avec tes deux cailloux… » me répond-elle.

« Ouais ben je serai nettement moins mignonne demain avec une pneumonie ! Et toi tu ne seras plus aussi sexy avec le nez qui coule ! »

Oh mon dieu j'ai vraiment dit ça à haute voix ?! Merde !

Je retourne les yeux vers la cheminée, et m'acharne sur le feu ! Pas de chance, avec le briquet les papiers prennent feu de suite et avec lui les buches….Je n'ai plus le choix je dois affronter Catherine.

« Alors comme ça tu me trouves sexy ? » me demande-t-elle en faisant un pas vers moi.

« Je… oui ! » aucune raison de lui mentir, elle est sexy et elle le sait !

Un coup de vent ouvre tout à coup la porte et un tourbillon de feuilles s'engouffre dans le salon. Je cours pour refermer la porte mais trop tard…

Un violent éclair résonne de nouveau et s'abat sur la petite maison qui nous abrite. Faisant exploser toutes les vitres… Les buches dans la cheminée roulent alors sur le tapis…

D'immenses flammes embrasent rapidement le tapis, avant de s'attaquer aux rideaux et une fumée noire et épaisse se propage dans le salon. J'entends Catherine tousser fortement, elle cherche à reprendre sa respiration.

« Cath… » Je suis sûre que ma voix lui parvient comme un écho lointain. L'incendie commence à faire rage, se propageant à toute allure et gagnant peu à peu les murs.

Pendant une seconde je perds Catherine des yeux.

« Cath ? Cath où es-tu ? »

Je vois une forme bouger près de la cuisine…

Je m'y rends à grandes enjambées, me couvrant le visage de mon bras.

Elle est là en train de chercher je ne sais quoi sur la table.

Je l'agrippe fortement part le bras : « Viens sortons vite d'ici ! » je hurle en la maintenant fermement.

« Attends… une seconde » murmure t'elle d'une voix rauque.

« Viens ! Maintenant ! » je la tire plus fort par le bras, elle finit par me suivre.

Une fois à l'extérieur, loin du brasier des flammes, je l'examine des pieds à la tête, je m'attarde un instant pour contempler son visage, pour être sûre que tout va bien ! Couverte de suie et de poussière de cendres, ses yeux bleus me paraissent encore plus vifs…

« Tu vas bien ? Tu as mal quelque part ? »

Elle secoue simplement la tête pour m'indiquer que non, que tout va bien. En respirant elle émet un léger sifflement, conséquence directe de la fumée qu'elle a avalée et qui a envahit ses poumons. Cependant elle ne tousse pas. Il n'y a donc aucun risque apparent d'intoxication ou de brulure interne. Malgré ses cheveux en désordre et son visage noir de fumée, elle me parait plus belle que d'habitude…

Je regarde la maison partir en fumée comme un ridicule feu de paille. La petite blonde s'agite à côté de moi. Je saisis rapidement ma gourde et la tends à Catherine, elle avale son contenu d'un trait. Alors elle lève les yeux vers moi et m'adresse un sourire tremblant « Merci » murmure t'elle d'une voix rauque.

« Pas de quoi ! » je lui réponds en passant doucement ma main sur son visage pour nettoyer un peu de suie. « Je ne pensais pas vivre assez longtemps pour entendre Catherine Willows me remercier ! Mais qu'as-tu fait de ton orgueil ? » je lui demande pour la taquiner en replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. J'avais besoin de la toucher de savoir qu'elle était bien là, cela faisait déjà trois fois en cinq jours que j'avais cru la perdre. L'explosion qui l'avait projetée contre le mur, son presque départ et maintenant ça !

« J'ai mis mon orgueil de côté pour une fois… Tu viens de me sauver la vie, alors exceptionnellement je peux faire un effort ! » me répond-elle en me donnant un baiser furtif sur la joue.

Une fois le premier choc passé, je porte ma main à ma joue.

« Quelque chose ne va pas ? Je t'ai fait mal ? »

« Tu plaisantes ! Ton baiser était si léger que j'ai à peine senti tes lèvres sur ma joue ! » Ce n'était pas vrai, j'avais très bien senti ses lèvres chaudes et humides se poser sur ma joue, mais quelque chose en moi m'avait poussée à tenter ma chance plus loin…

« J'espérais que tu aurais au moins la courtoisie de trouver ce témoignage de reconnaissance à ton goût ! » me lance t'elle en me fixant dans les yeux.

« Oh mais ça l'est, c'est juste qu'après t'avoir sauvé la vie je m'attendais à plus… mais un merci et un rapide baiser sur la joue ce n'est déjà pas si mal ! » je pousse ma chance bien trop loin…

Dans un soupir d'exaspération Catherine se penche de nouveau vers moi et m'embrasse cette fois avec une fougue surprenante, frôlant dangereusement mes lèvres… Me prenant au jeu, je referme mes bras sur elle et l'attire plus près de moi. Je l'étreins plus étroitement et Catherine ne cherche pas à se dérober. Je l'entraine avec moi, tandis que nous roulons ensemble dans l'herbe, Catherine toujours au creux de mes bras…

Oh mon dieu mais qu'est ce que je suis en train de faire ? Les choses vont trop loin… je vais trop loin !

Ce n'est pas le moment pour ça ! Mais je dois la repousser avec douceur, pour qu'elle ne croie pas que j'ai un problème avec le fait de la toucher. Je m'éloigne d'elle et lui sourit avant de l'embrasser sur le front.

« On doit y aller Cath si on veut une chance de rentrer à l'heure » je m'apprête à me lever quand je me rends compte que nous n'avons pas le bandana, je soupire.

« Quelque chose ne va pas ? »

« On n'a pas ce foutu bandana rouge, pour Salinger ! Et il ne nous croira pas sur parole ça c'est certain, si on lui dit qu'on est venues jusqu'ici sans s'entre-tuer ! »

Je vois alors Catherine gigoter et glisser ses doigts dans l'une de ses poches de jeans : « Et hop ! » me dit-elle, visiblement fière d'elle, en agitant un bout de tissu sous mon nez.

Une étincelle se fait alors dans mon cerveau…

C'est ça… c'est ça qu'elle est partie chercher dans la cuisine.

La colère me monte au nez et je saute sur mes jambes : « Tu es complètement folle ! Tu as risqué ta vie pour ce fichu bandana ! Tu détestes tellement Ecklie que… que… » J'en perds mes mots, et je m'étouffe de rage.

Elle se lève à son tour et pose sa main sur mon bras : « Tout ça n'a rien à voir avec cet abruti d'Ecklie ! Ca a à voir avec toi et moi ! J'avais envie de prouver à Salinger que toi et moi on est une équipe… qu'on peut faire des choses plus que bien ensemble, qu'on est capable du meilleur et pas seulement du pire… ça te parait peut-être idiot mais j'avais envie de le faire pour nous et pour personne d'autre ! »

Je vois son regard briller avant qu'elle ne détourne la tête. Je glisse ma main sous son menton pour la forcer à me regarder : « Pour nous, ou pour n'importe qui d'autre, je t'interdis de te mettre en danger, tu m'entends Cath ? »

Elle ne répond pas…

« Cath je peux te faire confiance ? Plus de bêtises de ce genre ? » J'insiste…

Elle me fait oui de la tête… et je passe ma main sur son visage pour lui enlever le reste de poussière qui trône sur sa joue.

« On rentre ? » me demande t'elle d'une voix douce.

« On rentre… » je lui réponds en déposant un rapide baiser sur sa joue.

Chapitre 34: Catherine

« Vous êtes en retard. » Constate le Dr Salinger en jetant un coup d'œil à la pendule accrochée au mur de son bureau.

Cette simple affirmation dite d'une voie neutre tomba comme une sentence sentence que je n'accepterais sûrement pas sans me défendre. Il n'était pas question de se faire avoir sur ce coup là ! Sans même avoir à la regarder, j'étais persuadée que Sara était de mon avis, mais je ne lui laissais pas le temps de réagir et m'emportais d'une voie vive.

« Non, sûrement pas ! On était parfaitement à l'heure ! On est juste repassées par le chalet cinq minutes pour se changer ! Vous n'avez pas remarqué sous quoi vous nous avez envoyé peut être ? On s'est pris un bouillon, et on était trempées jusqu'aux os ! Vous n'allez quand même pas nous pénaliser pour cinq petites minutes de retard ! … Qu'est ce que je dis, moi ! On n'était pas en retard du tout, on est arrivées au chalet dans les temps !»

« Vous êtes en retard. »

J'entends Sara soupirer profondément. Mais pourquoi ne réagit-elle pas ? Comment peut-elle accepter de subir la mauvaise foi de ce psy sans même résister ! Elle reste seulement là, immobile, sans réaction aucune… j'ai même l'impression qu'elle sourit légèrement comme si la situation semblait l'amuser ! Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle là dedans ! Je suis prête à m'en prendre à elle, quand le Doc reprend la parole.

« Alors comment s'est passée cette épreuve ? Sara, vous avez l'air d'avoir apprécié, racontez-moi. »

« Mais oui, Sara, puisque tu as l'air de tellement t'éclater, raconte-nous un peu ! » Je renchéris ironiquement en me tournant vers elle et en croisant les bras. Je suis curieuse de savoir ce qu'elle va bien pouvoir répondre et comment elle va pouvoir justifier la satisfaction qui se devine sur son visage. J'étais loin de me douter que passer une semaine dans l'équipe d'Ecklie puisse la ravir !

Contre toute attente, elle se retourne vers moi toujours en souriant. Elle se rapproche et sans lâcher mon regard une seule seconde, glisse sa main dans la poche arrière de mon jean. Comme à chaque fois qu'elle me touche, mon corps est parcouru par une décharge. Je retiens mon souffle et recule imperceptiblement pour que la pression de sa main se fasse plus forte. Son sourire s'élargit et elle me fait un clin d'œil espiègle en retirant le foulard de ma poche.

Le foulard… elle avait tout simplement voulu récupérer ce maudit foulard ! … Quoi d'autre !… En même temps, ça m'avait surprise que Sara me mette littéralement la main aux fesses ! Je comprends mieux maintenant et je ne peux m'empêcher d'être déçue ! Qu'est ce que j'espérais exactement… qu'elle se jette sur moi comme ça sans prévenir et devant le psy en plus ! Qu'est ce que je peux être idiote !

Je reprends mes esprits et vois Sara lancer le foulard sur le bureau de Salinger d'un air suffisant. Elle ne dit toujours rien mais veut indiscutablement lui montrer qu'elle est fière que nous ayons pu enfin réussir une épreuve ensemble.

Il n'a absolument pas l'air surpris et sourit même franchement.

« Bravo, mesdames, vous voyez que vous pouvez arriver à quelque chose ensemble… cependant, ça n'enlève rien au fait que vous soyez en retard ! »

Cette fois, c'en est assez ! Si quelqu'un doit payer pour ma frustration, ce sera ce toubib stupide ! En deux pas, je franchis la distance qui me sépare de son bureau, j'écarte Sara sans ménagement et pose violemment mes deux mains à plat sur le bureau.

« Ca suffit maintenant ! » Je lui hurle au visage mais lui continue tout de même à sourire. Je me retiens pour ne pas me jeter à sa gorge et lui arracher les lèvres de mes mains.

« Y'en a marre de vos petits jeux de sadique ! Il ne sert à rien ce stage si ce n'est à assouvir vos désirs de torture ! Vous nous envoyez crapahuter sous la pluie et pour une fois qu'on réussit sans s'entretuer, vous n'êtes même pas capable de le reconnaître ! Tout ce qu'on gagnera à rester une journée de plus, c'est à devenir encore plus dingues qu'on ne l'est déjà ! Sara fait ce qu'elle veut, mais, moi, il est hors de question que j'accepte de passer une semaine dans l'équipe d'Ecklie, tout ça parce que ça vous excite de jouer les tortionnaires ! »

« Catherine, vous pensez vraiment avoir réussi cette épreuve » Me demande t-il de but en blanc.

« Quelle question stupide ! Bien évidemment qu'on l'a réussie cette épreuve ! C'est quoi ça ? » Je réplique toujours aussi violemment en lui secouant le foulard sous le nez.

« Et quand est ce que vous comptez me parler de l'incendie de la maison ? »

Merde ! Je ne m'y attendais pas à celle là ! La maison… je l'avais complètement oubliée. Qu'est ce qu'il s'imagine exactement, qu'on l'a faite brûler juste pour s'amuser ? J'ai quand même failli y passer dans l'histoire !

« Je croyais ne pas avoir à préciser qu'il ne fallait pas détruite le matériel pour réussir ! Je vois que je vous ai sous-estimées. L'ampleur de votre animosité fait vraiment des ravages ! Qu'est ce qui s'est passé exactement ? Laquelle de vous deux a essayé de brûler vive l'autre ? »

Il nous regarde tour à tour attendant une réponse. Sara est toujours derrière moi mais ne dit rien. Je n'ose me retourner de peur de voir encore ce sourire exaspérant sur son visage et de m'énerver contre elle. Je préfère continuer à m'en prendre au Doc, au moins la nouvelle entente qui s'est installée entre elle et moi n'aura pas à en souffrir.

« Mais c'est moi bien sûr ! Je comptais dévorer Sara toute crue mais à bien y réfléchir, je me suis dis qu'elle serait plus savoureuse à la broche ! »

J'entends qu'elle pouffe derrière moi. Mais qu'est ce qui lui prend ? Il est en train de nous mener en bateau et elle, elle se laisse faire et ne réagit pas. Je sens que ma colère s'amplifie et je dois lutter pour ne pas lui faire face et lui demander des comptes dans la seconde. Je reprends donc à crier sur Salinger avant qu'il ne pose une autre question aussi débile.

« C'était un accident. Un éclair est tombé sur la maison et le feu qu'on avait allumé pour se réchauffer s'est propagé dans la maison. On n'a rien à voir là dedans. C'est vous le responsable ! Il faut être fou pour nous envoyer dans la forêt alors qu'un orage se prépare ! »

« Est ce que vous pensez réellement que quoi que ce soit m'échappe, ici, Catherine ? La preuve, j'étais au courant bien avant que vous arriviez. Absolument rien de fâcheux n'aurait pu se produire. »

La certitude dans son ton m'effleure autant qu'un tas de briques, il n'était pas là pour voir la façon dont ça s'était passé ! Cette joyeuse conversation commence à me peser sur les nerfs. Le silence de Sara n'arrange rien. Je me retourne enfin vers elle et la trouve plongée dans ses pensées un air rêveur sur le visage !

« Sara, réagis un peu ! Aide-moi là ! Tu ne vois pas qu'il est en train de se moquer de nous. Qu'est ce qui t'arrive, la fumée t'a lobotomisé le cerveau ou quoi ? »

Elle sort de son rêve… me regarde… et me gratifie d'un des sourires dont elle a le secret. Le temps s'arrête…encore ! Toute ma colère a disparu pour ne laisser sa place qu'à une douce torpeur. Je la vois hausser lentement les épaules avec une moue amusée. Elle ne veut visiblement toujours rien dire. Je me demande bien pourquoi elle est si calme alors qu'elle devrait hurler d'injustice ! Mais qu'est ce qui lui prend ?

Et moi, qu'est ce qui me prend ? D'un seul coup, j'ai envie d 'oublier que Salinger attend des réponses, j'ai envie qu'il nous laisse rentrer au chalet pour que je puisse être un peu seule avec Sara… j'ai envie d 'être seule avec Sara… j'ai envie de Sara ! Le souvenir des baisers qu'elle m'a donné me revient à l'esprit et je ne peux plus penser qu'à ça. Je ne peux plus penser qu'à ses lèvres. Sans m'en rendre compte, mes yeux se posent sur sa bouche et mes pensées m'échappent. Je retiens mon souffle…

Son sourire s'élargit. Je vois bien qu'elle s'est aperçue de ce que je fais : je suis littéralement en train de la déshabiller du regard. Le pire c'est qu'elle a l'air d'aimer ça ! Est ce que je prends mes désirs pour la réalité ?

Je n'ai pas le temps de voir la réponse à cette question dans ses yeux, Salinger intervient et je me tourne vers lui plus par obligation que par envie.

« Bien mesdames, je vais réfléchir à la suite du programme, vous avez une heure pour rentrer au chalet et vous préparer pour votre prochaine séance. Je dis bien une heure, pas une minute de plus. Il serait dangereux pour vous d'être encore une fois en retard. »

« Attendez là ! » Alors que je ne m'y attendais plus, Sara vient d'émerger de sa léthargie et reporte toute son attention sur le doc.

« Ca veut dire quoi ça la prochaine séance ? On a à peine dormi cette nuit ! On a faim, on est fatiguées et on aimerait bien se reposer tranquillement. Vous pouvez pas nous foutre la paix un peu !»

« C'est pour ça que vous disposez d'une heure. Et Sara rappelez-vous que je connais votre dossier, je sais pertinemment que vous êtes capable de passer plusieurs jours sans dormir lorsque vous enchaînez les services. Maintenant, si vous avez quelque chose de mieux à faire, je vous écoute ».

Sara se fixe, elle regarde toujours le psy. Je sens bien qu'elle a envie de lui répondre quelque chose, mais rien ne sort. Elle se retourne vers moi, me dévisage silencieusement puis se retourne de nouveau vers Salinger.

Toujours rien. Elle bloque.

« Bien c'est dit. Une heure. Je vous attends ici ». Cette dernière affirmation du grand blond ne souffre aucune réplique. Nous sortons donc dans le plus grand des silences. Sara n'a plus du tout l'air de bonne humeur.

Je n'ai rien compris à ce qui vient de se passer dans cette pièce, la seule chose que je constate, c'est qu'il a réussi à me la mettre de mauvais poil !

Chapitre 35 : Sara

Quelle galère !

Encore un exercice stupide à se farcir alors que je n'ai qu'un désir, c'est d'être tranquille avec Catherine. Se retrouver encore sur une épreuve, attachée, aveugle ou je ne sais quoi encore, c'est prendre le risque, voir même la certitude, de nouveau se disputer et ça, je n'en ai pas du tout, mais alors pas du tout envie !

Je me demande si Catherine n'avait pas raison en reprochant à Salinger d'être sadique. C'est à s'interroger sur ses réelles motivations ! J'ai l'impression d'être un singe en cage qu'on étudierait pour voir ses réactions devant des problèmes tous plus complexes les uns que les autres ! Et c'est loin d'être agréable comme sensation !

Elle ne parle toujours pas. Chacune de nous s'est murée dans un silence obstiné. Je serais bien tentée de faire un pas vers elle mais si je suis honnête avec moi même, je sais bien que j'ai peur que les choses tournent mal. Elle n'est pas dans les meilleures conditions, moi non plus…donc je sais très bien la façon dont les choses se termineraient. Mieux vaut se taire, ne pas faire de vagues et attendre patiemment le moment propice.

Le moment propice à quoi d'ailleurs ?!

'Arrête Sara ! Arrête tout de suite, Tu t 'égares et tu vas te faire du mal pour rien !'

Je soupire un grand coup sans trop y réfléchir ce qui a pour effet d'attirer l'attention de Catherine. Elle me regarde semblant m'interroger du regard. Mais pour me demander quoi ? Si elle ne me dit rien, je ne pourrais pas deviner seule ! Comme je ne dis pas un mot, elle se retourne et recommence à farfouiller dans son sac.

L'heure de battement que nous a si généreusement accordé Salinger passe à toute vitesse. A peine le temps de prendre une douche, de manger un morceau sur le pouce et il nous faut déjà repartir.

Nous n'avons pas échangé une seule parole. Je sais bien que quand on ne parle pas au moins on ne se dispute pas, mais même si je n'ai fait moi-même aucun effort pour communiquer, cet état de fait m'énerve au plus haut point. Ma vanité prend le dessus. J'aurais aimé que Catherine fasse un geste vers moi, qu'elle me parle, qu'elle s'intéresse à moi. L'envie et le besoin d'exister aux yeux de cette femme sont tellement intenses que la moindre petite marque d'attention prend des proportions hallucinantes. Mais a contrario, son indifférence m'atteint au plus profond de mon être. Pire que son agressivité, je ne peux supporter qu'elle soit indifférente. J'ai alors l'impression de n'être qu'un meuble, de n'être personne, juste un élément du décor.

Alors que nous marchons vers le centre et que je suis plongée dans mes pensées, je sens la main de Catherine se glisser dans la mienne. Elle mêle ses doigts aux miens et continue simplement à avancer, sans me regarder, sans me parler, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Je tente un regard vers elle. Elle est tellement belle. Si seulement j'arrivais à trouver le courage de l'attirer contre moi et de l'embrasser. J'en rêve. Chaque minute, chaque seconde depuis le baiser d'hier me semble une torture. Ne plus être tout contre elle est un calvaire sans nom. L'avoir si près mais pourtant si loin devient de plus en plus dur.

J'ai à peine le temps de profiter de la chaleur de sa main que nous sommes déjà arrivées au centre et qu'elle me prive de ce contact.

Plus nous approchons du bureau de Salinger, plus j'angoisse de ce qu'il a bien pu encore nous concocter comme plan stupide !

Ooooooo

« Mesdames, asseyez-vous ».

Catherine et moi nous regardons, je vois bien qu'elle a l'air aussi motivée que moi ! Nous traînons les pieds jusqu'aux chaises qu'il nous a indiquées. Je me laisse tomber lourdement dans la mienne et je pose sur lui un regard rempli d'une pure animosité.

« J'ai bien réfléchi à votre cas de figure et j'ai décidé d'innover un peu ».

Je me redresse vivement. Cette innovation n'a rien pour me rassurer. Qu'est ce qui a bien pu germer dans son esprit malade pour qu'il ait l'air si satisfait de lui-même ?

« J'ai donc trois nouvelles à vous annoncer : deux bonnes et une mauvaise. Par quoi je commence ? »

« Les bonnes ! »

« La mauvaise ! »

Encore un point sur lequel, nous ne sommes pas d'accord. Catherine et moi avons répondu en même temps mais forcément pour demander chacune une chose différente. Je sens ses yeux posés sur moi, mais je préfère ne pas croiser son regard pour ne pas y lire sa désapprobation.

« OK… bon… je vais commencer par la meilleure alors. Concernant l'épreuve de la nuit dernière, je vous accorde que vous avez partiellement réussi. Vous n'aurez donc pas à passer une semaine dans l'équipe d'Ecklie. »

Je me retiens pour ne pas sauter de joie, mais je ne peux m'empêcher de sourire. Catherine aussi a l'air apaisée. A l'annonce de cette nouvelle, elle a poussé un soupir de soulagement, elle semble tout de suite beaucoup plus détendue ! A ce moment là, le fait d'avoir échappé à cette punition nous fait oublier que le doc ne nous a pas encore annoncé la mauvaise nouvelle !

« La mauvaise maintenant. Justement parce que vous n'avez que partiellement réussi cette épreuve, vous resterez avec nous le temps initialement prévu pour votre stage. »

Pfffff ! Quel crétin, si ça il s'imagine que c'est une mauvaise nouvelle ! Ca va faire plusieurs fois que je fais mon possible pour que Catherine ne quitte pas le stage, c'est pas pour qu'on termine avant la fin des 10 jours. Moi, je préfère de loin rester plus longtemps avec elle ici pour essayer d'arranger les choses… et aussi pour voir où tout ce qui est en train d'arriver va bien pourvoir nous mener !

Alors que j'ai du mal à cacher le sourire qui naît sur mon visage, je remarque que Catherine me fixe intensément. Son air est loin d'être aussi joyeux que le mien. Elle semble clairement ne pas comprendre pourquoi, cette nouvelle ne me met pas hors de moi. Peut être pense t-elle que je devrais avoir envie de partir du centre le plus vite possible. Je sais bien qu'il y a encore peu de temps, j'aurais été prête à tuer pour ça, mais depuis les choses ont changé et je veux aller au bout. Tant pis si Catherine ne le comprend pas !

Un instant, j'ai presque l'impression qu'elle va me demander pourquoi je ne suis pas déçue. Comment lui expliquer que depuis le début du stage, mon irrépressible envie de retourner à ma vie d'avant a disparu et que je veux rester pour qu'enfin la situation évolue. Bien sûr, je ne peux pas savoir dans quel sens cette évolution peut aller, peut être que ça sera pire qu'avant, mais ce n'est en retournant à Vegas plus tôt que je mets le plus de chance de mon côté de me rapprocher de Catherine.

Bien sûr, elle est totalement hermétique à tout ce qui bouillonne en moi. Je peux la comprendre, elle tout ce qu'elle constate c'est que l'on vient de perdre lamentablement la possibilité de sortir de cet enfer une journée plus tôt.

Enfin l'enfer… l'enfer aura peut être du bon pour une fois. Si vraiment ce stage pouvait établir ce pourquoi on nous a obligées à le faire. Si sa finalité pouvait se réaliser, instaurer une réelle confiance mutuelle entre nous, toutes ces tortures n'auraient pas été vaines !

Pour la première fois depuis des jours, je me surprends à y croire et à aspirer de toutes mes forces à une relation meilleure. Mon négativisme légendaire est pour une fois retourné au placard. A quoi cela tient, je ne saurais le dire ! Sûrement au contact direct que j'ai eu avec Catherine ces derniers jours. S'ils ont été obtenus dans la douleur et ont donné naissance à des échanges musclés, ils ont eu lieu et bien eu lieu et ça personne ne peut l'effacer.

Cela a au moins eu pour effet de me galvaniser. Si volontairement, je préfère ignorer la multitude de questions qui en découle, je tiens à profiter des perspectives qui s'offrent désormais à nous.

Cependant, Catherine ne semble pas effleurée par toutes ces considérations. Est-ce qu'une fois encore je me leurre ? Peut être qu'elle n'envisage pas du tout les choses de la même façon ? Elle a déjà voulu quitter le stage à de nombreuses reprises et il est évident qu'elle ne désire que repartir chez elle au plus vite.

Elle ne risque donc pas de comprendre pourquoi l'annonce de Salinger ne me pose pas vraiment de problème, voir même m'enchante !

Je vois bien dans son regard qu'elle s'interroge sur mon attitude, plus les secondes passent et plus je crois même y deviner de la colère.

Pour ne pas m'y exposer davantage, je décide donc de rapidement détourner son attention de moi et me tourne vers le doc.

« Et la dernière nouvelle, c'est quoi ? »

« Oui… la meilleure pour la fin, s'exclame alors Salinger en nous regardant tour à tour avec un sourire ironique. Je vais vous offrir un ou deux jours de congé. Un peu de temps loin de moi vous fera le plus grand bien ! Vous allez donc faire un petit trek en forêt, loin de la thérapie, des séances et de mon blabla de psy. »

« Et qu'est ce que vous entendez par un jour ou deux exactement ? »

Oups… Catherine vient de se réveiller et elle n'a pas l'air de bon poil !

« Un ou deux jours… en fait ça dépend de vous. On va vous déposer à l'autre bout de la forêt, à environ une quarantaine de kilomètres. Vous devrez revenir ici par vos propres moyens. Si vous devez y passer deux jours et bien ça sera deux jours ! »

Voyant que Catherine allait de nouveau s'énerver, il s'empressa de continuer.

« Evidemment, on va vous fournir tout le matériel nécessaire à ce genre de périple et au cas où vous ne seriez pas rentrées pour la nuit. »

« Non mais vous êtes malade ? Quarante kilomètres ! En pleine forêt ! C'est évident qu'on ne sera pas revenues ce soir ! C'est quoi l'intérêt d'un tel exercice, nous coller des ampoules aux pieds ? »

« Calmez-vous Catherine. Si vous tenez vraiment à ce que je vous explique, l'intérêt de cette épreuve, c'est que vous passiez du temps ensemble, beaucoup plus de temps qu'à l'habitude. »

« Mais on est déjà tout le temps ensemble, on partage même notre lit ! Vous ne pouvez pas nous laisser le passer au chalet ce jour de repos, on sera ensemble et voilà ! »

« Ne me prenez pas pour plus bête que je ne suis. Le problème, c'est que dès que vous êtes ensemble, vous finissez toujours par vous disputer. Chacune part de son côté et les explications ne viennent jamais ! Comment voulez-vous que la situation évolue si vous n'arrivez pas à vous parler ?… Inutile de répondre, cette question n'appelle pas de commentaires ! En procédant ainsi, je suis sûr que vous passerez au moins 24 heures ensemble et que là vous n'aurez pas le choix. J'aimerais qu'enfin vous preniez conscience que pour instaurer entre vous une confiance mutuelle, il vous faut impérativement communiquer ! Et pour ça, il n'y a pas de secret, il vous faut être au même endroit au même moment ! »

« Non mais c'est pas vrai ! Vous les trouvez où vos idées… dans les paquets de lessive ! Sara et moi, on communique déjà très bien… si vous n'êtes pas assez futé pour le comprendre, ce n'est pas à nous d'en faire les frais ! Et si ça ne vous convient pas, c'est votre problème ! En plus, vous avez vu le temps aujourd'hui. On va encore se faire tremper ou pire griller sous l'orage ! Vous ne pouvez pas nous mettre en danger comme ça ! » Hurla Catherine.

Peut être pensait-elle que Salinger changerait d'avis, mais comme d'habitude, il se contentait de la fixer avec un air amusé.

« Comme je vous l'ai déjà dit, Catherine, rien ne m'échappe ici. Ne vous inquiétez pas pour le temps, tout se passera bien. Et puis vous n'êtes pas en sucre, il me semble. Un peu de pluie ne va tout de même pas vous faire peur ! De toute façon, je ne vous envoie pas au front sans sécurité. Je vais vous donner un téléphone satellite et si vous avez le moindre problème, vous pourrez me contacter pour qu'on vienne vous récupérer.

« Mais… »

« Inutile de discuter ! »

Pour la première fois, Salinger avait haussé le ton. En aurait-il assez lui aussi d'avoir à nous supporter ? Comme beaucoup de gens autour de nous, nos affrontements avaient peut être fini par l'épuiser !

Je ne peux m'empêcher de sourire. Ca me ferait presque plaisir d'avoir réussi à l'agacer un peu, même un tout petit peu ! Je me rends compte qu'on est très fortes avec Catherine pour ça ! Personne ne peut tenir très longtemps avec nous. Et puis à dire vrai, pour une fois, je lui serais presque reconnaissant de nous donner une épreuve. Moi, ça ne me gêne pas d'aller me promener avec Catherine. Même si je doute des effets, passer du temps avec elle ne peut pas être totalement mauvais… enfin je l'espère !

Le souci, c'est qu'elle n'a pas l'air d'être du même avis. Il est indéniable qu'elle est en rage contre Salinger, mais j'ai aussi l'impression qu'elle m'en veut également. Les jointures de ses doigts sont blanches tellement elle serre les accoudoirs de sa chaise. Je la sens prête à bondir sur la première personne qui passerait.

Il va falloir que je négocie finement pour ne pas être cette personne.

Nous sommes sauvées par un homme d'une trentaine d'années qui rentre dans le bureau en portant un gros sac à dos. Il le dépose prés du psy et sort sans avoir prononcer une parole.

« Bon… comme je vous le disais… il est inutile de discuter. Ou vous faites ce trek ou vous rentrez à Vegas. Le choix est on ne peut plus simple… »

Ces mots tout justes prononcés, je me tourne vers Catherine. Elle ne réagit pas, bien que je sois sûre qu'elle en meurt d'envie. Elle fronce tout de même les sourcils et je remarque nettement un muscle de sa joue saillir, preuve qu'elle serre les dents fortement.

Je me demande si c'est une si bonne idée que ça en fait !

« Bien, je vais prendre ça pour un oui alors ! Voici les affaires dont vous aurez besoin. Un de mes collaborateurs vous attend dehors pour vous amener au point de départ. »

Catherine bondit brusquement de son siège, se saisit violemment du sac et sort en trombe du bureau sans même nous jeter un regard. Je reste sans voix devant ce mouvement d'humeur. Mon regard inquiet se pose sur Salinger. Il me sourit.

« Ne vous inquiétez pas va bien se passer ! Et rappelez-vous s'il y a un problème, vous m'appelez. Mais je suis persuadée que ça va aller. Si le but du jeu est que vous fassiez confiance à Catherine, il est aussi indispensable de vous faire confiance avant tout. Faites un pas vers elle ! »

Ooooooooo

Il est marrant ce toubib ! Faites un pas vers elle, il faudrait encore que ce soit possible ! Faire un pas si c'est pour se prendre un mur, très peu pour moi ! Et là, en l'occurrence, c'est un vrai bloc !

Cela fait plusieurs heures que nous marchons et on ne peut pas dire qu'elles aient été riches en conversation. Depuis que la voiture nous a déposé, une froide distance s'est installée entre nous deux. Plusieurs fois, j'ai bien tenté de lui parler, mais systématiquement, elle m'a répondu par un grognement sourd. Même lorsque nous nous sommes arrêtées pour manger un morceau, le silence a régné en maître ! Je me suis vite découragée et ai choisi de me taire plutôt que de me faire refouler ! Si elle veut m'ignorer, je peux faire la même chose !

Mon enthousiasme et ma belle assurance d'il y a quelques heures ont totalement disparu. De nouveau la noire certitude que jamais Catherine et moi ne pourrons être proches a de nouveau envahi mon esprit.

Je me sens seule, terriblement seule !

Ce n'est pas apparu comme une certitude ordinaire, pas comme une évidence, mais comme un mal qui me ronge. Il est arrivé sournoisement, peu à peu, alors que je me croyais à l'abri. Maintenant qu'il est dans la place, il ne bouge pas, il reste coi et s'épanouit trouvant dans mes idées noires l'environnement idéal à sa croissance.

Bien sûr, tout ça n'est pas nouveau, cette émotion inoffensive, je ne l'ai jamais rejetée, bien au contraire. Mon passé n'a fait que développer en moi une envie de solitude. Même si la plupart du temps, je stagne à la surface de la solitude en restant tout près des gens, je refusais de m'en éloigner. Elle était presque devenue une amie. Une amie qui me protégeait des autres et de leurs attaques, une amie qui protégeait les autres de moi.

Seulement, des jours comme aujourd'hui, elle me ronge, lentement, patiemment, elle prend le dessus et au lieu de choisir qu'elle soit présente dans ma vie ou non, elle s'impose à moi faisant fi de mon libre arbitre.

Il y a encore quelques temps, jamais je n'aurais ressenti cela. Bien au contraire, je faisais souvent tout pour ne pas laisser les gens briser ma solitude… parce que je la trouvais sécurisante, confortable. Mais désormais, elle me pèse, elle prend le dessus.

Je sais pertinemment que je dois ce changement à Catherine. Elle a pris une telle place dans mes pensées et dans mon cœur, qu'elle a chamboulé le fragile équilibre de mon esprit. Je me surprenais parfois à espérer que c'est elle qui viendrait me guérir de ce mal, qu'elle viendrait combler tous les vides de mon existence… mais je me trompe, je le sais bien !

Et des jours comme aujourd'hui, la nausée me saisit de toute sa force, elle ne me quitte plus, elle me tient. J'ai envie de vomir !

Finalement je préférais encore quand je n'avais pas pris conscience de tout ce qui pouvait exister au-delà de la solitude, au moins mon ignorance m'empêchait de souffrir. Maintenant, je ne peux que constater tout ce que je perds.

Les derniers jours passés avec Catherine ne font que me faire prendre conscience d'une façon encore plus mordante de tout ce que je n'ai pas et que finalement ma très chère amie solitude que je chérissais tant est tout bonnement en train de m'empoisonner.

Pourtant je ne sais pas ce que je veux vraiment, si je m'approche de Catherine c'est pour mieux reculer ensuite tellement je suis terrifiée et lorsqu'elle fait un geste vers moi, je fuis littéralement de trouille.

En fait, c'est sûr maintenant, ce stage était vraiment une idée de merde et cette balade en forêt est encore pire !

Chapitre 36 : Catherine

Marcher… marcher… marcher… j'en ai marre de marcher ! J'en ai plein les pattes !

Des heures qu'on marche et on voit toujours les mêmes choses : la forêt, les arbres, des fourrés, des arbustes…

RAS LE BOL !

Je veux la civilisation, je veux des immeubles, je veux du bitume ! … JE VEUX UNE DOUCHE !

La fatigue qui me gagne n'arrange rien à mon humeur générale. Je n'arrive pas à décolérer. Si être en rage contre le doc est devenu presque normal et finalement ne me pose pas plus de problème que ça, je commence par contre à en avoir sérieusement assez de l'être contre Sara. Je ne la comprendrais jamais !

Un jour, elle ne demande qu'à quitter le stage et le lendemain, elle a l'air contente d'y rester encore plus ! Quant à savoir pourquoi cette balade en forêt la ravit, j'ai arrêté de m'interroger là dessus ! La seule chose que je vais gagner à vouloir comprendre Sara Sidle, c'est un mal de tête carabiné !

Enfin si je dois être honnête, ça fait plutôt des heures que j'ai la tête comme une pastèque ! A force de repenser à tous les événements récents, je n'en peux plus : les baisers de Sara, son rejet, un rapprochement puis un nouveau recul, ses confidences sur son enfance, ses cauchemars….

Ca fait trop pour moi… ça fait trop en seulement cinq jours !

Je sais bien qu'on est censées communiquer, mais ce n'est pas en parlant de la pluie et du beau temps que je vais apprendre à la connaître et à la comprendre. Cette capacité qu'elle a de se fermer comme une huître dès qu'il s'agit d'être plus personnelle et de se confier, est un réel handicap. Si j'y réfléchis bien, le peu de détails qu'elle m'a donné étaient à chaque fois lâchés péniblement pendant des moments de tension et jamais parce qu'elle l'avait décidé calmement.

Elle n'a pas envie de me parler, elle n'a pas envie de me faire partager sa vie.

J'ai l'impression parfois qu'elle joue avec moi. Quand elle voit que je n'en peux plus, elle me donne des miettes pour pas que je m'éloigne trop mais à peine est-ce fait qu'elle met de nouveau une distance entre nous. Preuve en est cette manie qu'elle a de m'embrasser pour me repousser aussi sec comme si je n'étais bonne qu'à assouvir sa curiosité !

Ce qu'elle ne comprend pas, c'est que moi je suis affamée et que quelques miettes ne me suffiront pas ! Loin de là !

Si elle s'y met à fond et avec quelques efforts, elle va finir par me déclencher une dépression nerveuse de premier ordre. Je vais me retrouver avec une jolie camisole abrutie par des petites pilules de toutes les couleurs. Remarque peut être que je verrais la vie sous un autre jour ! Au moins Ecklie aura gagné, il aura réussi à se débarrasser d'au moins l'une de nous !

Et voilà, je déraille ! Elle va finir par avoir ma peau !

Le temps n'arrange rien, il fait extrêmement lourd. Le ciel laisse augurer un orage qui ne vient pas. L'humidité et la moiteur ambiante deviennent insupportables. Une bonne pluie serait la bienvenue. Mais aujourd'hui, même le ciel a décidé de ne pas m'épargner !

Sara, elle, n'a pas l'air d'être gênée par tout ça. Elle marche d'un bon pas. Elle gambade littéralement, sautant les souches d'arbre, enjambant les obstacles sans que cela lui pose le moindre problème. Alors que moi, je me traîne lamentablement, soufflant d'énervement à chaque difficulté !.

Je déteste réellement Salinger de m'obliger à faire ça ! Alors qu'une balade en forêt aurait pu être un moment agréable si j'avais choisi moi-même de la faire, il a transformé ça en un calvaire imposé qui enlève tout le caractère plaisant de la chose.

Ca me fait rire ! Si Salinger pensait que passer beaucoup de temps ensemble allait nous obliger à parler et à nous rapprocher, il s'est bien trompé !

Depuis le début de cette joyeuse escapade, Sara marche devant à quelques mètres sans se préoccuper de moi le moins du monde. La moindre tentative de communication s'est soldée par un échec et je sais très bien que j'y suis pour beaucoup. J'étais tellement en colère contre elle de s'être laissée faire par Salinger que je n'avais pas envie de faire ne serait ce qu'un petit effort. Rester silencieuse me semble la solution la plus simple pour ne pas déclencher d'affrontement sanglant !

Evidemment, c'est totalement stupide. Ce n'est pas renfermée dans mon silence à dix mètres derrière Sara que la communication va s'instaurer !

En même temps, le point de vue n'est pas désagréable ! Sara me tourne le dos, elle ne peut pas voir que dès que je peux, tout le temps en fait, je la regarde. Pour être plus précise en fait, j'ai plutôt tendance à regarder ses fesses ! Son jean moulant lui colle à la peau quasiment comme si elle ne portait rien. Je peux clairement distinguer ses muscles jouer sous le tissu.

D'un seul coup, j'ai la furieuse envie de courir vers elle pour lui arracher ce vêtement qui finalement ne sert strictement à rien !

Toute colère m'a quitté, j'ai oublié ma fatigue. Mon esprit s'égare pour se fixer sur une seule et unique chose : le magnifique corps de Sara.

Depuis que je me suis retrouvée dans ses bras, je n'aspire qu'à y retourner de nouveau. Je ne comprends toujours pas les événements de ces derniers jours. Que Sara m'embrasse pour me rejeter après me dépasse ! Que cherche t-elle ? A me rendre dingue ? Surtout que les excuses qu'elle m'a assénées ensuite sont tellement stupides que je suis persuadée qu'elle ne pense pas une seconde que je puisse y croire.

Mais où en est-on alors ? Je suis totalement perdue. Si au début du stage, je devais me battre contre moi-même pour ne pas succomber à mes pulsions, cette mission devient de plus en plus impossible depuis qu'elle m'a permis de goûter au fruit défendu !

Deux yeux marron me fixent. J'étais tellement plongée dans mes pensées, que je ne m'étais pas aperçue que Sara avait stoppé et s'était retournée à demi vers moi. Ses sourcils sont froncés et ses yeux m'interrogent. Elle baisse la tête tentant d'apercevoir ses fesses et passe sa main sur son pantalon.

« Qu'est ce qui se passe ? J'ai un truc sur mon jean ? »

Zut… Mais qu'est ce que c'est que cette question ? Qu'est ce qu'elle veut que je lui réponde ? Oui, Sara, tu as quelque chose sous ton jean, un magnifique cul ! Pfff !

« Euh… non … rien. »

« Ah bon… ben pourquoi tu… » Elle s'arrête semblant hésiter.

« Enfin bref, il est tard. Si on s'arrêtait là pour aujourd'hui ? On a bien fait les trois quarts du chemin je pense. On finira tranquillement demain matin, non ? Qu'est ce que tu en penses ? »

Elle s'est totalement retournée vers moi. C'est l'échange le plus long que nous ayons eu depuis le début du trek.

« Je trouve que c'est la meilleure idée de la journée ! » Dis-je en me laissant glisser à terre.

Sara éclata de rire. Mon dieu, que j'aime ce rire ! Simplement avec ça, elle soigne tous mes malheurs ! Au lieu de tout le temps me disputer avec elle, je ferais mieux de la faire rire !

« Je savais bien que sous tes airs de femme forte, tu n'étais qu'une petite nature ! » Ricane Sara.

« Attention à toi Sidle, la petite nature a encore suffisamment de forces pour te botter les fesses ! »

«Même pas chiche. »

« Ah oui… tu vas voir ! »

Je me relève rapidement avec la ferme intention de mettre ma menace à exécution. Elle va bien voir si je ne suis pas capable de m'occuper de ses fesses ! Voyant la détermination dans mon regard, elle éclate de rire et commence à s'enfuir en courant. Dommage, j'aurais préféré qu'elle attende sagement que je la rejoigne. Je suis persuadée que cette petite joute verbale aurait pu rapidement dévier vers des horizons plus … intéressants. Mais ce n'est que partie remise, tout mon désir pour elle s'est réveillé et elle ne perd rien pour attendre !

« Hey ! Te sauve pas comme ça ! C'est qui la petite nature maintenant ? »

« Ok…ok… je me rends, tu as raison, je suis terrifiée ! Je ne suis pas de taille à lutter ! » Elle dit ça en riant mais reste tout de même à une bonne distance de moi, comme si elle avait vraiment peur ! Peur mais de quoi ?!

Je préfère ne pas m'appesantir sur cette impression et renchéris immédiatement.

« Ben tu vois, ce n'était pas si compliqué que ça de reconnaître que je suis le maître ! »

« D'accord, je suis sympa, je vais te laisser tes illusions de grandeur pour ce soir ! Allez viens, je vais t'installer ton château Maître. » Dit-elle avec un sourire espiègle sur les lèvres et en me tendant la main.

Je ne me fais pas prier et la saisis immédiatement la laissant m'entraîner où bon lui semble.

Quelques mètres plus loin, elle s'arrête dans une sorte de petite clairière et décrète que l'endroit est idéal pour construire le palais dû à mon rang. Elle me fait asseoir sur une souche d'arbre et commence à préparer notre camp de fortune.

Pendant que nous continuons à plaisanter gentiment, je la regarde s'affairer. Elle allume un feu autour duquel elle installe deux grosses pierres censées nous servir de siège et dégage un espace où je suppose que nous allons dormir.

Alors que je la vois fouiller dans le sac, son sourire disparaît et ses sourcils se froncent.

« Qu'est ce qui se passe, Sara ? » Sa tête m'inquiète, qu'est ce qu'elle a pu trouver pour que sa bonne humeur s'efface aussi rapidement.

Elle ne répond rien et se contente de sortir du sac à dos deux minuscules sacs.

« Qu'est ce que c'est ? Ne me dis pas que c'est ce que tu as l'intention de me cuisiner ce soir ? Je te rappelle qu'au regard de mon statut, je mérite ce qu'il y a de plus raffiné !»

Oula ! Mais elle n'a pas du tout l'air d'avoir envie de plaisanter !

« Vas y rigole, Cath, mais tu vas vite déchanter ! Je te présente ton château ! Et ton lit ! »

« Quoi ! Tu veux dire que c'est une tente ça ! Tu plaisantes ! Ce n'est pas possible, on ne rentrera jamais à deux là dedans !» Je souris mais je sens que la chute va être moins drôle.

« J'ai bien peur que si pourtant ! Je ne vois que deux explications, ou Salinger a décidé d'encore nous torturer, ou il a oublié que nous étions des adultes et que nous étions deux ! … Bon pas de panique ! Je vais la monter et on verra après ! »

Si tôt dit, si tôt fait. En à peine quinze minutes, Sara a dressé la tente. Je la regarde faire, amusée, voyant bien que plus elle prenait forme, plus ma jeune collègue râlait.

A dire vrai, il y a quand même de quoi ! Jamais dans ma vie, je n'ai vu une tente aussi petite, elle est ridicule ! Ce n'est pas possible, Salinger a du se tromper, celle qu'il nous a donné est faite pour un enfant et sûrement pas pour deux adultes !

Par contre, Sara ne partage pas mon amusement, elle est verte de rage et tourne frénétiquement autour de la tente comme si l'observer allait la faire grandir !

« Non mais quel salaud ! Cria t-elle soudain. Je suis sûre qu'il l'a fait exprès pour nous mettre les nerfs en pelote ! Comment tu veux qu'on tienne à deux là dedans ! Non mais regarde ça, je vais avoir les pieds qui dépassent moi ! »

Je ne peux m'empêcher de rire malgré le regard noir de la belle brune en face de moi. La fureur qui l'habite la sublime. Elle est tellement magnifique à cet instant que j'en ai le souffle coupé. J'ai du mal à me ressaisir et à enchaîner.

« Zen, Sara ! Ce n'est pas grave. On se serrera un peu c'est tout. »

« Se serrer… non mais tu plaisantes là ! Il va nous falloir un pied de biche pour rentrer à deux dans ce truc ! »

Elle se pince le haut du nez en fermant les yeux et respire un grand coup.

« Bon… ok… aux grands maux, les grands remèdes ! Tans pis, je dormirais dehors. Une nuit au frais ne devrait pas me faire de mal. »

Alors là, je n'ai plus du tout envie de rire. Dormir dehors, mais elle est dingue ! Je veux bien croire que cette tente n'est pas grande mais il ne faut pas exagérer quand même !

« Non mais t'es pas bien ! Les nuits sont froides ici ! Tu cherches la mort ou quoi. Tu auras l'air fin si tu attrapes une pneumonie. Il n'est pas question que tu dormes dehors. En plus, il n'y a qu'un seul duvet. Je refuse que tu meures de froid dehors sans couverture ou que ce soit moi parce que tu auras pris le duvet ! »

« Tu exagères Cath, il ne fait pas si froid que ça ! Et puis, je me mettrais prés du feu. Je suis sure qu'au fond, j'aurais plus chaud que sous la tente. »

« C'est ça oui ! De toute façon, tu peux toujours dire ce que tu veux, ça ne changera rien. Ou on se serre sous la tente, ou je dors avec toi dehors et on finira toutes les deux au lit avec la crève ! »

« D'ailleurs, je ne vois pas où est le problème finalement. Ok c'est petit mais ça ne devrait pas poser trop de problèmes. La promiscuité te fait peur ou quoi ? Je te rappelle qu'on partage le même lit depuis déjà plusieurs nuits ! »

« Oui, bien sûr, un lit de la taille d'un paquebot, alors que là c'est à peine plus large qu'un canapé ! »

Elle finit sa phrase en murmurant et détourne les yeux.

J'ai touché au but ! En fait c'est bien ça le problème, elle a peur de se retrouver avec moi dans cet espace confiné.

Mais de qui a t-elle peur. De moi ? Ou d'elle même ?

A bien y réfléchir, de mon point de vue se retrouver si proche de Sara risque d'être passablement compliqué à gérer. Il va falloir que je sois particulièrement forte pour arriver à me maîtriser et à ne pas succomber à la tentation de profiter de la situation.

« Bref, cette discussion est close. Nous dormirons toues les deux sous cette tente aussi minuscule soit-elle. Et c'est un ordre ! N'oublie pas que c'est moi le maître et que par conséquent tu me dois obéissance ! »

Enfin Sara se déride et me sourit timidement.

J'ai au moins gagné cette bataille ! Mais curieusement, je ne suis pas apaisée pour autant. Bien au contraire, je me sens totalement chamboulée. Une foule de sentiments contradictoires se bat en moi : la joie de passer cette nuit avec elle, l'ivresse de me retrouver tout contre son corps, la peur de ne pas me maîtriser et l'angoisse qu'elle fasse encore une crise en pleine nuit. Tout ça se mêle en moi…

« Ok, grand maître, disons que pour cette fois, je vais être sage et je vais obéir… mais seulement pour cette fois ! »

Oooooooo

Les deux heures suivantes passent à une vitesse hallucinante. L'ambiance est détendue. Après nous être rafraîchies avec les moyens du bord, nous passons notre temps à nous taquiner. J'aime quand les choses sont simples comme en ce moment. Le besoin d'analyser la moindre parole, le moindre geste a disparu. Je peux juste profiter de cet instant avec Sara sans arrière pensée.

Nous dînons rapidement avec ce que Salinger a bien voulu nous laisser dans le sac.

La soirée passe et je vois bien que Sara fait tout pour retarder le moment où il faudra aller se coucher. Elle n'arrête plus de parler enchaînant les sujets de conversation à la vitesse grand V. Si je n'interviens pas, elle serait probablement capable de rester là toute la nuit.

Alors qu'elle reprend sa respiration, je me jette dans la brèche.

« Si on allait se coucher, il est tard. Si on veut repartir tôt demain, il faudrait qu'on aille se coucher. »

Son sourire a disparu, elle semble tendue.

Pour éviter toute discussion, je me lève et commence à fouiller dans le sac.

Merde c'est pas vrai !

« Encore une mauvaise nouvelle ! Salinger a vraiment décidé de nous faire vivre cette joueuse aventure à la dure ! Ils n'ont rien mis pour la nuit, les seules choses qui se trouvent dans le sac, c'est des sous-vêtements et des t-shirts de rechange ! »

« Tu déconnes là ! Cherche mieux, tu dois être passée à côté ! »

Elle a répondu d'une façon tellement vive et naturelle, qu'elle n'a pas pris le soin de masquer la panique dans sa voix. Si je peux comprendre sa réaction, je ne peux m'empêcher d'être blessée. Ah elle panique, et bien je vais lui en donner moi de la panique !

« Non je t'assure. Il ne nous reste plus qu'une possibilité… dormir nues. »

Si je trouvais ça vaguement drôle au moment où j'ai prononcé ces mots, je change vite d'avis quand je vois le visage de Sara se décomposer. Je dois vraiment la dégoûter pour qu'elle réagisse ainsi !

« Je plaisante Sara ! Détends-toi, tu dors comme tu en as envie ! Habillée ou nue, je ne vois pas la différence !

Non mais quelle blague ! La différence est de taille… Sara… nue… contre moi… là c'est sûr, je suis bonne pour l'arrêt cardiaque !

« Habillée. » Se précipite t-elle.

Je ris doucement. Elle a l'air tellement perdue qu'elle en est touchante. Mon cœur ne peut y résister. Je dois lutter pour ne pas m'approcher d'elle et la prendre dans mes bras. Mais vu son état de nerfs, je ne pense pas que ce soit une excellente idée !

Je me contente donc de lui saisir la main et de la guider vers la tente.

« Allez, la belle au bois dormant. Viens. Morphée nous appelle, ne la faisons pas attendre. »

Comme elle ne se décide pas, je prends les devants et rentre dans la tente. Une fois à l'intérieur, elle me paraît encore plus petite. Pour la première fois, je doute qu'on puisse y tenir à deux. Mais je me garde bien d'exprimer cette constatation à haute voix, il est hors de question de donner des excuses à Sara pour dormir dehors.

Elle est toujours à l'extérieur, je n'aperçois plus que ses longues jambes. L'attente se prolonge, je préfère la laisser se décider seule plutôt que de la brusquer.

Enfin après plusieurs minutes interminables, elle prend enfin la décision de me rejoindre. Elle rentre difficilement dans la minuscule tente, essayant tant que possible de ne pas m'écraser. Mais elle n'a d'autre choix que de s'allonger tout contre moi pour ne pas tirer les parois de la tente et ainsi risquer qu'elle s'effondre sur nous. Elle se tourne immédiatement sur le côté et me tourne le dos. Je vois bien qu'elle essaie de mettre au moins un peu de distance entre nous, mais l'environnement ne s'y prête pas forcément.

Constatant qu'elle ne fera probablement plus un mouvement, je referme la fermeture éclair de la tente et tire le duvet sur nos deux corps.

Je suis extrêmement mal installée et mon dos commence à me faire souffrir. Si je reste allongée comme ça toute la nuit, je ne me relèverais pas demain !

Et mince ! … Tant pis pour miss la pudeur ! Il va falloir qu'elle m'accepte prés d'elle où mes vieux os ne tiendront pas le choc d'une telle nuit !

Je me tourne donc moi aussi sur le côté mais vers Sara. J'essaie de trouver la position la moins inconfortable possible. Inconsciemment … -bon d'accord !- consciemment, je me rapproche à chaque fois un peu plus d'elle. Je la sens qui se raidit de plus en plus à chaque fois que je la touche.

Et merde ! Autant aller jusqu'au bout. Je franchis les quelques minuscules centimètres qui me séparent encore de Sara et je viens coller ma poitrine contre son dos et ramène mes jambes le long des siennes.

Elle est tellement tendue que le moindre choc la briserait sûrement en mille morceaux.

« Sara ? Ca ne te dérange pas si je me mets comme ça ? C'est juste parce que j'ai trop mal au dos. »

J'ai lâché ces mots dans un souffle, priant silencieusement pour qu'elle se laisse faire sans me repousser ! Elle ne dit rien pendant plusieurs secondes. C'est sûr, elle va refuser et va sortir de la tente.

« Oui, tu peux. »

Un soupir incontrôlé s'échappe de mes lèvres. Je ne me voyais pas m'écarter de la chaleur du corps tant désiré de la grande brune. Comment s'en éloigner alors qu'au contraire je ne désirerais que m'y agripper fermement pour ne plus jamais en être loin !

Pariant sur ma bonne étoile, je tente ma chance un peu plus loin et passe une main par dessus son côté pour chercher la sienne. Une fois que je l'ai trouvée, je mêle mes doigts aux siens et ramène nos deux mains enlacées sur son estomac. Je me rapproche encore un peu plus d'elle et je peux moi aussi me détendre.

Elle n'a pas protesté et a même resserré un peu plus ses doigts sur les miens. Presque automatiquement, mon pouce se met à caresser sa peau. Ses cheveux frôlent doucement mon visage. Leur parfum m'enivre faisant tomber les dernières barrières de ma volonté. Je suis en train de perdre ma guerre contre mes pulsions. La tête me tourne légèrement. Je sens que je vais craquer !

Fort heureusement pour moi, Sara, qui s'était détendue petit à petit s'est endormie profondément. Il ne faut pas que je la réveille même si j'en meurs d'envie.

Il faut que je me calme et que moi aussi je me repose.

Ooooooo

Comme de bien entendu, je n'arrive pas à m'endormir, les minutes et les heures passent. Dehors, il s'est mis à pleuvoir et la température a brusquement chuté. J'ai remonté le duvet bien haut sur le corps de Sara pour qu'elle n'ait pas froid.

Je sais bien que c'est ridicule. Si dehors, il fait visiblement froid, à l'intérieur de la tente, sous le duvet, on peut dire que c'est le chaud qui règne ! Nos deux corps serrés l'un contre l'autre dégagent une chaleur plus que raisonnable.

Personnellement, je profite pleinement de la chaleur du corps de Sara. Je la serre fermement contre moi. Le sommeil fait qu'elle s'abandonne totalement à ce contact et ne résiste pas au fait que je la serre de plus en plus fort. Si je n'arrête pas, je vais finir par lui faire mal !

Malgré la plénitude de cet instant, une angoisse malsaine croit en moi. Je ne sais pas qu'elle heure il est, mais je suis à peu prés sure qu'il ne doit pas être loin de deux heures du matin. C'est toujours à cette heure là qu'habituellement Sara se met à s'agiter et à faire des cauchemars. J'ai peur de ce qu'il va se passer si ça lui arrive encore une fois ici.

« Catherine… »

Je sursaute. La voix ensommeillée de Sara m'a surprise. J'étais persuadée qu'elle dormait profondément, mais apparemment je me suis trompée !

« Oui ma puce, qu'est ce qui se passe ? »

Ma puce ?! Merde ça m'a échappé !… Tant pis, de toute façon, elle est quasiment endormie, elle ne s'en sera peut être pas rendu compte.

« Catherine… »

« Catherine… »

Je suis bête ! Elle n'est pas réveillée, elle dort toujours ! Elle rêve seulement et parle dans son sommeil !

Je me souris à moi-même, elle rêve de moi ! J'attends donc patiemment qu'elle continue. Elle va peu être en dire plus ! La solution s'impose d'elle-même. C'est de cette façon que je vais enfin apprendre ce qui trotte dans sa tête. Elle va tout me dire en dormant. Pas besoin de se disputer ou de négocier pour obtenir la moindre information ! Ca va venir tout seul !

J'attends qu'elle poursuive. Mais bien sur mes propres rêves ne se transforment pas en réalité. Sara ne dit plus rien et respire de nouveau profondément.

Quelle frustration ! L'espoir d'en découvrir plus ne laisse place qu'à une cruelle déception et à la certitude qu'il va falloir se battre pour franchir les murailles que Sara s'est consciencieusement construites autour d'elle.

Bon il faut vraiment que j'arrête de cogiter, que je me calme et que je dorme moi !

Mais je n'ai pas le temps de me détendre que Sara commence à s'agiter.

Et merde ! C'est reparti !

« David… »

Elle rêve de son frère ! Plus les minutes passent et plus elle se débat !

« David… non… pas lui… »

Je tente bien de la garder contre moi, mais j'ai beaucoup de mal à lutter. Elle remue tellement que je me prends encore des coups au passage. J'essaie de lui caresser doucement les cheveux, mais elle remue la tête rapidement de gauche à droite. Elle pleure. Son cauchemar est tellement terrible qu'elle pleure dans son sommeil !

« Sara… Sara… calme-toi ma belle… tu fais seulement un cauchemar… réveille toi… »

Mes paroles et mes caresses n'y changent rien. Elle est plongée dans ce cauchemar et souffre seule. Elle ne se rend pas compte que je suis là et que je ne demande qu'à apaiser ses pires craintes. Un sentiment de haine intense m'envahit alors pour les personnes qui ont ravagé son esprit de la sorte, l'obligeant à souffrir encore et encore alors même que son supplice date d'il y a des années !

Ses parents… si j'ai déjà ressenti l'envie de tuer sous l'effet de la colère, je suis consciente du fait que s'ils étaient en face de moi à cet instant précis, je passerais à l'acte et je les étranglerais de mes propres mains pour avoir osé faire souffrir Sara ! Quels êtres ignobles ! Comment ont-ils pu ne pas voir, ce que moi je découvre chaque jour ! Comment ont-ils pu ne pas voir qu'elle est un être exceptionnel qui ne mérite qu'une seule chose, c'est d'être aimé ! Oui je l'aime à en mourir et ils auraient du faire la même chose au lieu de la détruire à petit feu !

Mon cœur se serre de ne rien pouvoir faire pour l'aider. Je suis bien tentée de la secouer pour qu'elle s'en extirpe mais je crains sa réaction.

« David… je l'ai tué…. Je l'ai tué… il est mort… à cause de moi…»

Je me fige. Qu'est ce qu'elle veut dire ? Elle l'a tué ? Je ne comprends rien !

D'un seul coup, elle se redresse les yeux grands ouverts et commence à frotter frénétiquement le devant de son t-shirt de la panique plein les yeux. J'ai l'impression qu'elle veut se débarrasser de quelque chose sans pour autant y arriver. Elle ne voit pas que je suis là et continue à gesticuler dans tous les sens. Mon inquiétude est à son comble au moment où elle saisit son t-shirt par l'encolure et le déchire de haut en bas pour s'en débarrasser. Elle se retrouve seulement avec son soutien gorge sur le dos mais ne paraît pas gênée de se retrouver comme ça devant moi, elle est encore complètement dans son cauchemar et ne voit rien de ce qu'il y a autour d'elle.

« Sara… calme-toi, ce n'est rien, tu as fais un cauchemar… tu es en sécurité maintenant, tu es avec moi… il ne peut rien t'arriver… »

Elle ne m'entend pas. Un moment, je pense carrément à la gifler pour qu'elle reprenne ses esprits mais je sais très bien que ce n'est pas la solution.

Je me relève donc rapidement et essaie de la prendre dans mes bras pour la calmer. Mais à peine je l'ai touché, qu'elle se met à hurler et me repousse violemment m'envoyant valser contre la toile de tente qui manque de s'écrouler.

Elle se précipite alors dehors et commence à courir sous la pluie.

Plus que par le geste de Sara, je suis assommée par la surprise. Elle s'est encore enfuie ! Il faut absolument que je la rattrape !

Je sors à toute vitesse de la tente et essaie de repérer Sara. La pluie est tellement violente que je suis trempée en quelques secondes. La visibilité en est réduite. Une peur intense me saisit au moment où la certitude que je ne vais pas la trouver m'envahit. Je hurle son nom tout en sachant qu'elle ne me répondra probablement pas. Fort heureusement pour moi, la lune diffuse une pâle lumière qui me permet de l'apercevoir.

Elle court à toutes jambes comme si sa vie en dépendait. Alors que je me précipite vers elle, je la vois stopper brusquement au pied d'un arbre et se laisser tomber à genou et appuyer ses deux mains sur le tronc, la tête penchée entre ses bras.

J'arrive près d'elle hors d'haleine. Je ne sais pas trop quoi faire. Comment va t-elle réagir si je la touche ?

Son corps est secoué de violents soubresauts. Elle pleure, ses larmes se noyant avec la pluie qui ruisselle sur son visage. Un grognement sourd s'échappe de ses lèvres marquant toute l'ampleur de sa souffrance.

Mon cœur se brise de la voir dans cet état. Il faut absolument que j'agisse pour l'aider, je ne peux supporter de la voir se torturer ainsi.

Je me laisse tomber à ses côtés et la prends dans mes bras. J'appuie sa tête contre ma poitrine et lui caresse doucement les cheveux.

« Sara… c'est moi… ça va aller… tu es en sécurité… je suis là… »

Je murmure doucement à son oreille mais je vois bien que mes paroles n'ont pas d'effet sur elle. Elle continue de pleurer violemment indifférente à la pluie et comme si elle ne m'avait pas entendue.

La rage et l'impuissance bataillent en moi. Rage contre les responsables de son état et impuissance de ne pouvoir moi-même être suffisamment forte pour soulager Sara. Si je le pouvais, je préférerais souffrir à sa place.

« Laisse moi… éloigne-toi de moi… je vais te faire du mal… »

Sa voix est vide, sans vie. C'est comme si c'était une morte qui venait de me dire ça. Je ne peux m'empêcher de me mettre à pleurer moi aussi. Je m'en veux de réagir comme ça et d'être faible. Je dois être forte pour aider Sara, mais la voir endurer tout ça me tue à petit feu.

Je la serre plus fort contre moi. Je veux qu'elle sache que je ne la laisserais pas tomber, que je ne vais pas l'abandonner et que je vais rester là à la soutenir.

« Non, Sara, je ne m'en irais pas ! Et je sais très bien que tu es incapable de me faire le moindre mal volontairement ! Tu es quelqu'un de bien Sara ! »

« Tu te trompes ! Hurle t-elle en essayant de me repousser. Je suis tout sauf quelqu'un de bien ! Je ne sais faire qu'une seule chose ! C'est faire souffrir les gens que j'aime et tu n'échapperas pas à la règle. Pars avant qu'il ne soit trop tard ! Fuis Catherine… fuis loin de moi ! »

Je lutte pour ne pas qu'elle s'échappe et pour la garder dans mes bras. Pour une fois, j'ai le dessus et elle ne peut s'enfuir à nouveau. La fatigue nerveuse la terrasse et lui retire toute force. Elle cesse de lutter et abandonne la partie. Elle s'appuie lourdement contre ma poitrine et continue de pleurer toutes les larmes de son corps.

« Tu ne peux pas me dire ça Sara ! Jamais… tu entends… JAMAIS je ne te laisserai ! Je veux rester avec toi, je veux t'aider ! Tu dois oublier tous ceux qui t'ont fait croire que tu n'étais pas quelqu'un de valable. Moi je le sais, tu es quelqu'un d'exceptionnel. Tu dois te faire confiance. Moi je te fais confiance ! »

Je prends son visage dans mes mains et plonge mon regard dans ses yeux remplis de larmes.

« Tu m'entends Sara ? Je te fais confiance ! »

Elle me regarde fixement. Je me demande si elle comprend ce que je lui dis. Elle se jette alors dans mes bras et enfouit son visage dans mon cou. Elle me serre tellement fort que j'ai du mal à respirer, mais je la laisse faire caressant doucement son dos.

Au bout de quelques minutes, elle semble s'être légèrement calmée. Elle relève la tête et me glisse à l'oreille.

« Tu ne peux pas dire ça Catherine ! Tu ne sais pas tout ce que j'ai pu faire dans ma vie ! Je suis loin d'être quelqu'un de bien ! Je ne mérite absolument pas ta confiance ! Je ne mérite que d'être seule. Je ne peux pas me permettre de m'attacher aux gens. C'est trop dangereux ! Au moins je ne fais souffrir personne et je ne blesse personne. »

« Je t'interdis de dire ça ! Tu mérites plus que personne d'autre qu'on t'aime ! Tu as un passé comme tout le monde… mais tu ne peux pas le laisser te pourrir la vie ! C'est vrai que je ne sais pas grand chose de toi, je le reconnais, mais quand tu seras prête, je serai présente pour t'écouter. Et je peux t'assurer que tout ce que tu pourrais m'apprendre ne changerait rien à ce que je peux penser ou ressentir pour toi, Sara ! Tu me crois ? »

De nouveau, je relève son visage et la force à me regarder.

« Sara ? … Tu me crois ?… Tu dois me croire ! »

Elle ne dit rien. Mais je vois bien dans son regard qu'elle s'interroge. Elle ne sait sûrement pas quoi penser de tout ça.

Soudainement, parce que je suis submergée par un élan d'amour incommensurable pour elle, je cède à ma pulsion de l'embrasser et dépose doucement mes lèvres sur les siennes. J'essaie de lui transmettre toute ma tendresse et de la rassurer par ce simple contact.

Quand je m'éloigne, elle a l'air toujours aussi perdue mais semble tout de même un peu plus calme. Je passe tendrement ma main sur sa joue en murmurant.

« Allez viens, on va retourner se coucher, ça va aller mieux. »

Elle hoche la tête et se relève péniblement avant de me tendre la main pour m'aider. Elle me tire vers elle et passe ses bras autour de ma taille. Son regard est tellement soutenu que j'en ai le souffle coupé. Je pose mes mains sur ses épaules et attend que quelque chose se passe.

Je ne suis pas déçue, comme moi il y a quelques minutes, elle me donne un doux baiser, léger comme une plume et se penche sur mon oreille.

« Merci, Cath… merci d'être là ! »

« Je serai toujours là, Sara. »

J'ai mis toute la force de ma certitude dans cette affirmation et je souhaite de tout mon cœur qu'elle me croit réellement.

Nous retournons lentement vers la tente. La pluie s'est arrêtée depuis un moment mais nous sommes trempées. Rapidement, je fouille dans le sac et sors le peu de vêtements de rechange dont nous disposons. Je tends les siens à Sara et je m'éloigne un peu pour me changer. La situation a beau ne pas être drôle ce soir, je ne crois pas que je pourrais résister au spectacle de Sara nue. Et je ne crois pas vraiment que ce soit le moment d'initier un nouveau contact, surtout quant on voit où ça nous à mené les dernières fois !

A mon retour, Sara est déjà allongée sous la tente. Dès que j'y suis installée, elle vient d'elle-même se blottir dans mes bras. Je suis heureuse qu'elle ait choisi d'initier ce rapprochement d'elle-même. Je la serre fort contre moi. Je veux être sure qu'elle ne pense pas que tout ce que je lui ai dit tout à l'heure était du vent.

Elle caresse doucement mon ventre. Pas d'une façon équivoque, tout simplement d'un geste tendre. Je ne peux m'empêcher d'être troublée. Cette femme a un pouvoir sur mon corps qu'elle est loin de soupçonner. Heureusement, je sens que sa respiration ralentit et qu'elle s'endort doucement.

Pendant un moment, je ne trouve pas le sommeil, repassant les événements dans ma tête comme un mauvais film. Je m'interroge sur les paroles de Sara. J'ai visiblement beaucoup de choses à apprendre sur elle. Je ne peux oublier ce qu'elle a hurlé dans son cauchemar : « je l'ai tué… » .

Mais qu'est ce qu'elle voulait dire ? Qu'est ce qui a bien pu lui arriver dans son enfance pour qu'elle soit détruite de la sorte ?

Ooooooo

Mais où est ce que je suis ?

Je me suis réveillée en sursaut. Je panique deux secondes et soudain les souvenirs de la journée d'hier me reviennent en tête : le trek, la tente, le cauchemar de Sara…

Sara !

Mais où est-elle encore passée ? Encore une fois, elle est partie et je me réveille seule. J'aurais aimé me réveiller et la sentir contre moi. A peine l'œil ouvert et déjà son corps me manque.

Je sors de la tente difficilement. Le soleil m'agresse d'entrée de jeu. Comme de bien entendu, cette nuit à même le sol m'a détruit le dos ! Je m'étire et sens mes os craquer. Je me fais vraiment trop vieille pour ce genre de périples !

A part les bruits de la forêt, tout est calme autour de notre camp de fortune. Pas de traces de Sara. J'ai beau tendre l'oreille et regarder partout, je ne l'aperçois nulle part. Je ne vois que des arbres. Du vert, du vert partout.

Mais où est-elle ?

Je décide donc de me rendre au point d'eau que nous avons repéré la veille. Il s'agit d'un genre de petit lac perdu en pleine forêt au milieu d'une clairière arborée. Là bas, je pourrai me rafraîchir. Je chercherai Sara après, elle ne doit quand même pas être bien loin. Enfin je l'espère !

Alors que j'arrive près du lac par le petit sentier qui y conduit, je tombe sur les vêtements de Sara posés sur une grosse souche d'arbre.

Et quand je dis les vêtements de Sara, je veux bien dire TOUS les vêtements de Sara : son jean, son t-shirt… et … ses sous-vêtements !

Ne me dites pas qu'elle est en train de se balader totalement nue dans cette forêt ! Pour un retour à la nature c'est la totale !

Pétrifiée, je regarde frénétiquement tout autour de moi ! Mon dieu, qu'est ce que je fais si je tombe sur elle maintenant ? Je ne pense pas que le spectacle de Sara nue soit une chose qui m'aide à garder l'esprit clair ou à maîtriser mes nerfs !

C'est à ce moment là que je l'aperçois entre deux arbres. Elle se baigne dans le lac ! Comme je l'avais supposé, elle est nue. Bien sûr, je ne peux que le deviner puisque seule sa tête et ses épaules dépassent de la surface de l'eau. Mais je n'ai pas besoin de tout voir pour que mon imagination marche à tout va !

Je reste là plantée comme un piquet. Je vais bientôt finir par ne faire qu'un avec le sol et prendre racine. La vision de Sara me laisse pantoise. Je ne peux en détacher mes yeux. Elle est tellement belle, tellement désirable. J'ai tellement envie d'elle à ce moment précis que j'en ai presque mal !

Chapitre 37 : Sara

« Je crois que pour une fois, je vais avoir quelque chose à raconter à Salinger lors de ma prochaine séance ! »

Je souris mais je suis surtout au bord de l'éclat de rire.

« Je vais pouvoir lui confier tes tendances de voyeuse, Cath ! »

A peine, ai-je prononcé ces mots, que je vois Catherine apparaître entre deux arbres, les mains sur les hanches, un air outré sur le visage, la bouche entrouverte d'étonnement.

« N'importe quoi ! Je ne te regardais pas… je te cherchais et je viens juste d'arriver ! »

J'éclate de rire et manque presque de boire la tasse.

« C'est ça, c'est ça ! C'est ce que disent tous les pervers… et je m'y connais, j'en ai envoyé des dizaines derrière les barreaux ! Et toi, tu as exactement le même regard qu'eux ! »

De nouveau, j'explose de rire devant la tête de Catherine. Je bénis tout de même le ciel qu'il y ait de la distance entre nous où je suis sûre qu'elle m'aurait écharpé ! Ses yeux lancent des éclairs et elle fait mine d'être en colère. Mais je vois bien qu'elle lutte pour ne pas se mettre à rire.

« Sara Sidle ! Comment tu oses me parler ! Tu peux parler de perversion … et toi alors ! Moi aussi je vais pouvoir dire plein de chose à Salinger ! Je pourrais lui parler de tes travers d'exhibitionniste ! »

« C'est vrai, tu as raison. Une voyeuse et une exhibitionniste ! On est vraiment bonnes à jeter aux orties, toi et moi ! Pas une pour rattraper l'autre. »

Cette fois, elle rit franchement, n'essayant même plus de masquer son amusement sous un air vaguement choqué.

« Alors qu'est ce qu'on fait, on abandonne la civilisation et on se retire dans les bois comme deux recluses. Je me baladerai nue pendant que tu passeras ton temps à me mâter d'un œil lubrique ! Qu'est ce que tu en penses ? »

« J'en pense que ce n'est pas une mauvaise idée ! »

Je bloque. Même si c'est dit sur le ton de la plaisanterie, le fait que Catherine puisse envisager de passer ses journées à me regarder déambuler dans le plus simple appareil à quelque chose de… tendancieux.

Je ne suis pas au bout de mes surprises. Je la vois retirer ses chaussures, dégrafer lentement son pantalon et l'envoyer valser d'un coup de pied. Sans me quitter des yeux, elle retire son t-shirt et commence à lever ses mains dans son dos.

Je fais des yeux ronds alors qu'elle me lance un sourire coquin.

Non, j'y crois pas ! Elle ne va quand même pas se déshabiller totalement devant moi ! Elle ne peut pas me faire ça ! Je n'y résisterai pas !

Mon cœur s'est arrêté comme toutes mes fonctions cérébrales d'ailleurs. Je ne sais pas quoi faire et reste là à la fixer bêtement, la bouche ouverte.

Alors qu'elle se ravise et baisse les mains le long de son corps, je ne sais pas si je dois être déçue ou soulagée. Je ne sais vraiment pas ce que je veux. La voir nue m'aurait sûrement terrassée, d'un autre côté, l'observer simplement dans ses dessous en dentelle noire est déjà une chose à laquelle je n'aurais jamais cru assister de mon vivant. Pour la première fois de ma vie et sans en douter la dernière, je ressens un élan de gratitude envers Ecklie. C'est lui qui nous a obligées à faire ce stage. C'est grâce à lui que je suis là en ce moment et que Catherine est en face de moi dans cette tenue.

Je n'ai pas le temps de choisir entre déception ou soulagement qu'elle s'avance vers le bord du lac et entre dans l'eau tranquillement. Arrivée quasiment à ma hauteur, elle commence à nager en cercle autour de moi avec dans le regard un petit quelque chose du prédateur.

Bien qu'elle soit quelque peu gênante, la situation a l'air d'énormément l'amuser !

« Alors comme ça, ça te plait de t'exhiber aux yeux de tous ? Moi qui te croyais pudique, je viens d'apprendre quelque chose sur toi que j'étais loin de soupçonner. »

Je me racle la gorge et essaie de reprendre mes esprits.

« Je croyais que j'étais seule et je ne pensais pas que je devais me méfier des yeux lubriques aux alentours ! »

Elle rit doucement ce qui m'arrache un sourire. Mon cerveau marche au ralenti, mais je suis tout de même un peu inquiète. Je me demande où elle veut en venir. Jamais je n'aurais dû entamer ce petit jeu car elle s'y est jetée tête la première et semble prendre un malin plaisir à semer le doute en moi. J'ai perdu d'avance. Si elle faisait quoi que ce soit à ce moment précis, je serais incapable de me défendre !

« Lubrique, hein ?… Je vais t'en donner du lubrique moi ! »

Sans prévenir, Catherine s'approche de moi et se pend à mon cou. Ses lèvres happent littéralement les miennes alors que je sens un feu brûlant monter dans ma poitrine. Mon esprit se bloque et je ne peux que profiter de cet instant inespéré ! Je prends Catherine par la taille et la serre contre moi, la faisant presque décoller du sol.

Sa langue se fraie un chemin jusqu'à la mienne et commence à la caresser sensuellement. Ce ballet à deux devient de plus en plus rapide au fur et à mesure que la passion croit entre nous. Les papillons dans mon ventre ne savent plus où donner de la tête !

J'abandonne sa taille pour venir mêler mes doigts à ses cheveux. Je crois que mon cerveau a totalement lâché prise, je n'arrive pas à croire à ce qui est en train de se passer. Je dois rêver ! Pourtant ce n'est pas Noël aujourd'hui !

Je sens les mains de Catherine qui me caressent le dos. La fièvre me saisit et enflamme tous mes sens. Notre baiser dure longtemps, l'entrelacement de nos langues ne semble jamais devoir se terminer. Nos corps se parlent alors que nos bouches n'ont pas su le faire.

N'y tenant plus, je retire mes mains des cheveux de Catherine et vais directement les poser sur ses fesses. Je la soulève brusquement, l'obligeant à entourer ses jambes autour de ma taille.

Elle pousse un gémissement de contentement et resserre encore plus l'étreinte de ses jambes autour de ma taille. Mon corps bouillonne et ne me répond plus vraiment. Il est passé en mode automatique et ne réclame qu'à assouvir tous ses désirs ! La position qu'a adoptée Catherine fait qu'elle est légèrement plus haute que moi. Ma bouche lâche ses lèvres avant d'aller se poser juste dans son cou. Ma langue trace un doux sillon jusqu'à la naissance de sa poitrine.

Elle pousse un grognement avant d'attraper mes cheveux et de tirer ma tête en arrière pour à nouveau venir coller sauvagement sa bouche sur la mienne. Je manque perdre l'équilibre sous le feu de la passion qu'elle m'insuffle, je resserre donc un peu plus mon étreinte pour ne pas la perdre.

Je ne peux plus résister, une de mes mains remonte le long du dos de Catherine et commence à se battre avec l'attache de son soutien gorge. Elle, n'a pas les mêmes problèmes que moi, elle glisse sa main sur mon côté pour venir la poser sur ma poitrine. Elle me caresse fiévreusement.

Alors que je me bats littéralement pour arriver à lui retirer ses derniers vêtements, elle s'arrache à mes lèvres et plonge ses yeux dans les miens en riant doucement de ma maladresse.

Ses yeux bleus me font l'effet d'un électrochoc. D'un seul coup, je prends conscience de l'endroit où je suis, de ce que je suis en train de faire et avec qui je le fais.

Je ne souris pas, je la fixe comme si je la voyais pour la première fois.

« Arrête-moi, Catherine ! Arrête-moi où je vais aller trop loin ! »

Son sourire disparaît aussi vite qu'il était apparu. Elle me répond dans un souffle.

« Et si moi, je n'ai pas envie que tu t'arrêtes ? »

Je la regarde comme si elle venait de me parler en chinois. Même si je vois où elle veut en venir, je ne peux la laisser faire. Ma peur a refait surface et fait de moi ce qu'elle veut. Je sens que les choses vont de nouveau m'échapper.

Je ne me contrôle plus, je ne contrôle plus rien.

Son contact m'est devenu tout à coup insupportable, il me brûle. Je dois m'éloigner absolument où je vais perdre la raison.

Alors qu'elle est toujours fermement accrochée à moi et ne semble pas vouloir que ça change, je l'oblige à desserrer l'étreinte de ses jambes autour de ma taille en la tirant légèrement vers le bas. Elle n'a d'autre choix que d'obtempérer. Une fois qu'elle a de nouveau les deux pieds au sol, je la lâche et me recule quelque peu.

Elle baisse les yeux mais trop tard pour que je ne puisse y voir toute la peine que j'y ai installé. Elle resserre ses bras autour de son corps et semble partie dans un autre monde. Il faut que je lui explique… pour une fois, je dois lui expliquer.

« Cath, tu ne peux pas dire ça, tu ne sais pas à quoi tu t'exposes ! Je te ferais du mal, je fais toujours du mal aux autres, c'est plus fort que moi. Je ne suis pas capable d'aimer, je ne sais que détruire ! »

« Tu trouves encore que je ne me conduis que comme une traînée ? »

Elle a prononcé ces mots d'une voie à peine audible. J'ai l'impression qu'elle n'a rien entendu de ce que je viens de lui dire. Elle est plongée dans ses propres pensées.

« Quoi ? Mais non… »

Elle relève brusquement la tête et plonge des yeux pleins de rage dans les miens. Elle tend le menton vers moi comme si elle me défiait d'oser lui porter un coup. Mon cœur se fend. Je vois bien qu'elle souffre et je sais que c'est moi qui ai planté les graines de ce malheur en elle. Pourquoi personne ne veut me croire quand je dis que je ne suis bonne qu'à faire du mal aux autres ?

« Mais si vas-y dis-le ! Tu n'es plus à ça près ! Je ne suis qu'une traînée, la seule chose que je sais faire c'est m'allonger les cuisses ouvertes ! »

« Arrête Catherine ! »

J'ai hurlé tellement ce qu'elle vient de dire m'a choqué. Mais qu'est ce que j'ai fait ? Je voudrais me tuer quand je prends conscience de ce que mon attitude à déclenché dans l'esprit de Catherine.

« Arrête tout de suite, ça ne te va pas d'être vulgaire et puis je n'ai jamais pensé ça ! »

Elle pousse un ricanement haineux.

« Mais oui tu as raison, vulgaire, c'est exactement ce qui me caractérise le mieux ! Allez va plus loin, ça te brûle les lèvres ! En fait, je ne suis qu'une putain ! »

Chapitre 38 : Catherine

Je pose ma main sur ma joue, là où je sens la brûlure de la gifle que Sara vient de m'asséner violemment.

« Je t'interdis de dire ça, tu m'entends ? Ne parle plus jamais de toi comme ça devant moi ! Plus jamais… »

La force avec laquelle elle a hurlé cette phrase ne fait que décupler ma rage. Je lève la main et la frappe à mon tour de toutes mes forces encore et encore. Elle lève un bras pour se protéger le visage mais ça ne m'arrête pas pour autant. Elle ne fait rien pour stopper le déversement de ma colère. Elle attend que ça se passe.

Je ne m'arrête que lorsque j'ai trop mal à la main et je me mets à hurler hors d'haleine.

« Ne me frappe plus jamais ! Ce n'est pas parce que tu penses que je suis une moins que rien, que tu dois me traiter comme telle ! »

Elle ne réagit toujours pas. Elle me regarde m'énerver avec au fond du regard une lueur indéfinissable.

Je sens les larmes me monter aux yeux. Je serre les dents jusqu'à en avoir mal. Il est hors de question que je pleure. Surtout pas devant elle. Pas encore une fois. Je ne lui ferais pas ce plaisir !

Mon cœur n'est plus qu'un trou béant qui se remplit lentement du fiel de toute ma haine. Je ne sais pas qui je dois détester le plus : elle de me faire subir ça ou moi de m'être faite avoir encore une fois !

Je ne peux y croire, encore une fois, elle m'a repoussée. Elle ne sait faire que ça, me repousser et fuir, encore et encore ! Je ne comprends pas comment elle peut faire ça. Pas après l'étreinte que nous venons de partager. Pas après que je me sois littéralement abandonnée dans ses bras. J'étais prête à me donner toute entière à Sara, sans retenue et sans arrière pensées. J'étais prête à tout mettre entre ses mains, mon âme, ma vie, mon cœur. Et elle, elle a tout gâché, tout piétiné. Jamais je ne pourrai lui pardonner !

Alors que je lutte toujours pour ne pas laisser couler mes larmes, elle fait une chose à laquelle je ne m'attendais pas.

Elle comble la distance qu'il y a entre nous et me prends dans ses bras. Je lutte quelques instants, refusant de la laisser faire. Je me débats, allant même jusqu'à lui mettre deux ou trois coups de poing dans l'estomac et les côtes. Si elle encaisse en grognant, elle ne me relâche pas pour autant. Face à la puissance de ses bras, je capitule et me laisse aller sur son épaule pleurant cette fois sans retenue.

Elle me serre plus fort contre elle et murmure à mon oreille.

« Cath… excuse-moi, je n'aurais pas du te gifler. »

Elle marque un temps d'arrêt puis reprend hésitante.

« Je ne te considère pas comme une traînée, encore moins comme une putain. Je n'aurais jamais du te dire ça l'autre jour. Jamais je ne l'ai pensé. J'ai dit ça sous le coup de la colère parce que je n'arrivais pas à me maîtriser mais mes paroles ont dépassé de loin ma pensée. Tu as le don de me faire perdre le contrôle et la seule façon que j'ai de me défendre c'est de te faire plus de mal que je n'en ressens moi-même. Je sais que je te détruis en agissant de la sorte mais je n'y peux rien. Cependant, je peux t'assurer qu'il neigera en enfer avant que je pense une chose pareille sur toi. Si je le pouvais, je voudrais effacer tout le mal que je t'ai fait, tous les mots blessants que je t'ai dit. »

Elle reprend son souffle. J'ai toujours la tête posée sur son épaule. Je n'ose la relever de peur de ce que je découvrirais dans ses yeux. Par ailleurs, je suis sûre que si elle arrive à me parler c'est parce qu'elle ne voit pas mon visage. Et même si tout ce qu'elle dit me blesse, je ne veux pas qu'elle s'arrête. Il faut qu'enfin elle m'explique les raisons de ses agissements, même si pour cela elle doit ravager le peu d'équilibre qu'a conservé mon esprit.

« Je sais que je me conduis parfois comme la dernière des salopes. Mais c'est simplement parce que je veux te protéger. Je me rends bien compte que c'est contradictoire et que je m'y prends de travers. Tout ce que je fais au final c'est te faire plus de mal. Mais c'est pour ne pas t'en faire encore plus que je ne peux pas me rapprocher de toi ! C'est parce que je t'aime que je dois te garder loin de moi.

Tu ne veux pas l'entendre mais tu dois vraiment essayer de comprendre que je suis quelqu'un de foncièrement mauvais. On a fait de moi une personne détestable. Si moi je peux vivre avec, je n'ai pas à l'imposer aux autres ! Si tu restes près de moi, tu te brûleras ! Je te ferais encore plus de peine qu'en ce moment. Tout ça, je ne peux pas le permettre même si je dois me battre contre toi pour ça ! Tu dois rester loin de moi Catherine… tu dois absolument rester loin de moi.»

Elle a prononcé cette dernière phrase dans un murmure. Je comprends bien qu'il lui en a coûté de la dire.

Au-delà de ma colère, je suis dévastée par ce que je viens d'entendre. Jamais, elle ne m'a parlé comme ça. Jamais, elle n'a suffisamment abaissé sa garde et laissé de côté sa résistance pour me confier tout son mal être. Jamais elle ne m'a semblé si fragile même au moment de la pire de ses crises.

Je relève la tête lentement et plonge mon regard dans ses yeux sombres. Elle paraît aux bords des larmes.

« Sara… »

Je ne sais pas par où commencer. Je ne sais pas comment lui dire moi aussi tout ce que j'ai au fond du cœur.

« Sara… tu ne peux pas me demander ça… tu ne peux pas me dire que tu m'aimes et me demander après de faire comme si de rien n'était… tu ne peux pas me demander de rester loin de toi, je n'en aurais pas la force ! »

Elle ouvre la bouche s'apprêtant à me répondre. Je suis plus rapide qu'elle et je pose un doigt sur sa bouche. Comme si ce contact l'avait brûlé, elle saisit ma main et l'éloigne doucement de sa bouche. Elle ne la lâche pas pour autant et la conserve emprisonnée dans la sienne. Elle attend que je reprenne.

Prenant mon courage à deux mains, je m'exécute.

« Tu veux que je comprenne ce que tu me dis ! C'est vrai que je ne saisis pas grand chose parce que tu ne m'en dis pas assez ! Tu pourras dire tout ce que tu veux, jamais je ne te considérerais comme quelqu'un de mauvais et je ne vois pas pourquoi tu me ferais du mal sans le vouloir.

Mais tu dois, toi aussi, essayer de me comprendre. Je ne peux pas faire comme si je n'avais pas de sentiments, je ne peux ignorer ce que me hurle mon cœur et mon corps. Je ne peux pas oublier tout ce qui vient de se passer ces derniers jours et reprendre ma vie comme si tu n'en faisais pas partie. »

Je m'arrête quelques secondes afin de lui laisser le temps d'appréhender tout ce que je viens de lâcher.

« Ecoute-moi bien Sara car il n'est pas question de faire semblant de ne pas avoir compris la prochaine fois. Je refuse de te laisser tout gâcher pour soit disant me protéger. Je ne veux plus que tu sabotes tout parce que tu as trop peur. Je ne suis pas une petite chose fragile. Je suis prête à entendre tout ce que tu voudras bien me raconter aussi dur que cela soit. Tu ne peux pas anticiper sur ce que je pourrais penser tant que tu n'auras pas pris le risque de me parler vraiment.

Ouvre bien grand tes oreilles ! Je sais très bien que tu es consciente comme moi de ce qui existe entre nous et de ce qui pourrait naître si on ne gâchait pas tout à longueur de temps. Alors il est absolument hors de question que je fasse ce que tu me demandes. Il est hors de question que je m'éloigne de toi. D'abord parce que je n'en ai pas envie… et ensuite parce que je suis persuadée que tu en as encore moins envie ! »

Pas question de lui laisser le temps de dire quoi que ce soit, je saisis son visage entre mes mains et dépose un tendre baiser sur ses lèvres. Je sens son corps nu contre le mien. Des frissons parcourent ma colonne. Je me dépêche de m'écarter de Sara de peur de succomber à nouveau à la tentation.

Je me retourne rapidement, me dirigeant vers le rivage. Une fois sortie de l'eau, je récupère mes vêtements et pars vers le camp sans dire un mot.

Chapitre 39 : Sara

Le sang afflue violemment à mes tempes débutant une joyeuse tambourinade qui va inévitablement me mener à une magnifique migraine.

Un frisson me parcourt. J'ai froid. Catherine a quitté mes bras me privant de sa chaleur. Je ne sens plus que l'eau glaciale du lac. Aussi glaciale que le sang qui coule dans mes veines.

Comme un zombie, je sors de l'eau et me rhabille rapidement. Je ne veux pas réfléchir, je ne veux pas penser à tout ce que Catherine vient de me dire.

Arrivée au camp, je constate que Catherine n'est pas là. J'en suis soulagée. Affronter son regard m'est en cet instant impossible. Sentir ses yeux bleus fouiller mon âme et tenter de déchiffrer les sentiments qui passent sur mon visage serait trop déstabilisant pour mon esprit fragile.

Ranger nos affaires est la seule chose à faire pour ne plus penser à tout cela. Je replie la tente et le duvet, entasse nos maigres affaires dans le sac à dos. J'essaie de rendre le site de notre camp comme si nous n'étions jamais passées.

Une fois que tout est rangé, mes pensées me ramènent immanquablement vers Catherine. Je commence sérieusement à me demander ce qu'elle fabrique. Elle a dû aller marcher après notre « échange »… mais maintenant cela fait un moment et j'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.

« On y va. »

Je bondis sur mes pieds, la voix de Catherine a figé mon sang dans mes veines. Mon cœur tente tant bien que mal de se remettre de ses émotions, alors que je pose mon regard sur elle.

Elle est de nouveau habillée. Evidemment ! A quoi je m'attendais ! Ma réponse l'indiffère visiblement puisqu'elle est déjà partie sur le sentier qui est censé nous ramener au centre.

L'envie de revenir sur notre conversation lui est apparemment aussi étrangère qu'à moi. Elle marche devant sans me parler, sans même se retourner vers moi pour savoir si je la suis ou non.

Je serais bien tentée de la laisser partir et de rester là. Mais je sais bien que ce n'est pas la solution. Elle serait capable de faire demi-tour et de venir me chercher par la peau des fesses !

Je lance donc le sac à dos sur mon épaule et suis Catherine en traînant les pieds.

Ooooooo

Cela fait maintenant deux heures que nous marchons. A vu de nez, il reste deux ou trois kilomètres avant l'arrivée au centre. Catherine n'a pas desserré les dents et je ne fais rien pour l'y encourager.

Je crains trop de ce qu'elle pourrait encore me dire. J'ai eu mon lot d'émotions pour la journée.

Plus on s'approche du centre, plus une envie de vodka monte en moi. J'ai hâte d'y arriver et de laisse l'alcool embrumer mes pensées, de le laisser enrayer mon esprit. Je ne veux plus penser. Je veux oublier. Je veux surtout cesser de me demander comment je vais réussir à avancer à partir d'aujourd'hui après tout ce qui s'est passé.

Quand je pense, qu'à la base, j'étais contente de faire ce trek avec Catherine ! Non mais quelle conne ! Je devrais pourtant savoir que dès que je suis seule avec elle, les choses tournent mal. Si ce stage nous a démontré quelque chose c'est bien ça !

Je lève la tête et cherche Catherine du regard. Je plonge dans ses yeux. Elle est perchée sur une grosse souche d'arbre et m'observe en silence. Après quelques secondes, elle me sourit timidement.

« Arrête de cogiter Sara. Les choses sont simples en fait. Il faut juste que tu… »

Elle n'a pas eu le temps de finir sa phrase. La souche a cédé sous son poids et je la vois tomber à la renverse.

« Catherine ! »

Je n'ai pu m'empêcher de hurler. Je me précipite vers elle, le cœur serré par l'angoisse. Arrivée près de la souche, je la trouve à terre. Une grimace de douleur déforme son visage.

« Catherine… ça va ? Tu as quelque chose de cassé ? »

Je me laisse tomber à ses côtés et pose ma main sur sa joue. Elle lève les yeux vers moi et me sourit difficilement pour me rassurer.

« Ca va. Ca va. Je n'ai rien ne t'inquiète pas ! Aide-moi juste à me relever. »

Alors que je la redresse, elle manque de chuter à nouveau en poussant un cri de douleur. Elle ne tombe pas simplement parce que je la retiens d'une poigne ferme. Je l'aide à s'assoir par terre.

« Je crois que j'ai quelque chose à la cheville ! »

Je lui retire sa chaussure rapidement. Effectivement sa cheville commence déjà à enfler. Je caresse son pied doucement. C'est ridicule, je sais bien que ça ne peut pas l'aider mais je n'ai pas pu m'en empêcher.

« Je crois que tu as une entorse. Tu n'as pas trop mal ? »

« Non, pas trop ! »

Elle me sourit mais je vois bien qu'elle souffre. Elle me ment pour ne pas m'inquiéter. Je dois agir, je ne peux pas la laisser comme ça !

« Je vais appeler le centre pour qu'il vienne nous chercher. Ne bouge pas. »

Elle rit.

« Evidemment ! Je ne risque pas d'aller loin ! »

Chapitre 40 : Catherine

« Quoi ! Non mais vous vous foutez de moi ! Ca veut dire quoi, on doit se débrouiller ! Je viens de vous dire que Catherine est blessée et ne peut plus marcher ! »

« Pas grave… mais qu'est ce que vous en savez ! Salinger, si vous ne nous envoyez pas quelqu'un, je vous jure sur ma vie que je vous tue ! »

« Salinger ?… Salinger ? … Allô ?.. »

Sara jette violemment le téléphone contre une pierre. Il se fracasse en morceaux.

« Non mais quel connard ! Il ne viendra pas ! »

Jamais je n'ai vu Sara dans une telle rage. Elle marche de long en large en poussant des grognements et en jetant des coups de pied dans chaque caillou qui passe à sa portée.

« Je vais le tuer ! Je vais le faire souffrir et après, je vais le tuer… lentement… très lentement ! »

Elle ne s'adresse pas à moi, elle se parle plutôt à elle-même.

« Sara. Calme-toi ! Ce n'est pas si grave que ça. On est plus très loin du centre, on va se débrouiller. Tu vas juste m'aider à avancer. Tant pis, on ira plus lentement c'est tout. »

Elle me regarde comme si j'avais dit une énormité. Pour la décider à bouger, je lui tends la main en essayant de me relever. Malheureusement, ma cheville m'en empêche et je retombe lourdement sur la pierre.

Elle se précipite vers moi et me saisit le bras.

« D'accord. Tu t'appuis sur mon épaule et on y va doucement alors. »

Oooooooo

Cela fait une demi-heure que nous avançons lentement. Notre progression est difficile. Régulièrement, je manque de tomber. Ma cheville me lance et me fait perdre l'équilibre.

Heureusement, Sara est là et me soutient fermement. Ce n'est que grâce à son bras passé autour de ma taille que j'évite de me retrouver les fesses par terre toutes les deux minutes.

Je vois bien qu'elle n'a pas décoléré et qu'elle s'inquiète même si au final je n'ai pas grand chose de sérieux.

Alors que je grimace de nouveau, elle s'arrête brusquement.

« Bon ça suffit. Je vois bien que tu as trop mal. Tu n'y arriveras pas. On va faire autrement. »

Je me sens alors décoller du sol. Elle a passé un bras sous mes genoux, un dans mon dos et me porte dans ses bras. Elle commence à avancer doucement.

« Sara ! Repose-moi tout de suite ! Ca va pas non ! Tu vas te blesser à ton tour. »

« T'inquiète ! C'est bon. On n'en a pas pour longtemps. Et de toute façon, c'est la seule solution qu'on ait. »

J'aurais beau discuter, ça ne servirait à rien. La détermination dans les yeux de Sara est sans faille. Je me contente donc de nouer mes bras autour de son cou et de déposer ma tête sur son épaule. Je me laisse enivrer par son odeur. Bizarrement, je souffre moins tout à coup. Je ne profite que du bonheur de me retrouver de nouveau dans les bras de Sara. Même si la situation n'a rien de romantique !

Elle ne bronche pas, ne se plaint pas. Je sais bien que je ne pèse pas une tonne, mais je ne suis pas non plus un poids plume et son dos doit la faire souffrir. Je ne peux résister. Je dépose un léger baiser dans son cou. Elle ne dit rien, mais un discret sourire apparaît sur ses lèvres. Satisfaite, je replonge mon visage dans son cou avec la ferme intention de goûter chaque seconde comme si c'était la dernière.

Ooooooo

Alors que je croyais qu'il nous faudrait une éternité pour rejoindre le centre, nous y arrivons rapidement. Je suis presque déçue quand je l'aperçois. J'aurais aimé que ça dure plus longtemps et ainsi rester dans les bras de Sara encore un peu. A la seule idée qu'il va falloir que je la lâche bientôt, mon cœur se serre.

Ma dépendance à cette femme est de plus en plus prononcée.

Mais ce qui m'inquiète, c'est que plus nous approchons, plus son regard se durcit. Un muscle palpite au niveau de sa mâchoire signe qu'elle serre les dents régulièrement. Je sens qu'il va se passer quelque chose de fâcheux.

Devant la porte du centre, elle ne prend même pas la peine de me poser à terre. Elle lève la jambe aussi haut que lui permet mon corps et assène un violent coup de pied dans la porte qui s'ouvre avec fracas.

Elle hurle.

« Salinger. »

Elle fait quelques pas et me dépose doucement sur un fauteuil. Je sens sa main caresser ma joue. Ses yeux ne quittent pas les miens, le temps qu'elle s'assure que je vais bien. Mon sourire lui confirme que c'est le cas. Elle me fait un clin d'œil avant de se redresser et de hurler de nouveau.

« Salinger ! »

« Sara, s'il te plaît ! Calme-toi ! Il n'y a rien de grave ! »

Elle me fait peur. L'état de nerf dans lequel elle est, ne laisse rien augurer de bon. L'inquiétude me submerge lorsque Salinger entre dans la pièce un sourire aux lèvres.

Comme dans une scène au ralenti, je vois Sara se précipiter vers lui et lui asséner un magistral coup de poing en pleine figure. Sous la violence du coup, il fait quelque pas en arrière. Au moment où il se stabilise, j'ai presque l'impression que Sara va remettre ça. J'interviens d'une voix forte.

« Sara, arrête tout de suite ! Viens près de moi s'il te plaît ! »

Elle se retourne vers moi… hésite…

« S'il te plait, Sara… »

Je lui tends la main et l'implore du regard.

Elle regarde de nouveau Salinger et lui jette un dernier regard haineux avant de lui tourner le dos et de s'approcher de moi.

Elle saisit ma main et s'accroupit à côté de moi sans plus prêter attention au médecin. Tout son être est tourné vers moi. Ce que je vois dans son regard me réchauffe le cœur. Je lui souris.

Salinger intervient alors. Il n'a l'air ni en colère, ni offusqué. Il a toujours le même air amusé sur le visage. Cette fois, c'est moi qui aie une furieuse envie de le frapper.

« Bien maintenant que Sara est calmée. Catherine, je vais vous amener à notre infirmerie. Ils vous examineront, mais d'après ce que m'a déjà dit Sara au téléphone tout à l'heure, il doit seulement s'agir d'une entorse. Si c'est ça, ils pourront vous soigner directement ici dans le cas contraire, on vous rapatriera sur l'hôpital le plus proche. Quant à vous Sara, vous pouvez retourner à votre chalet. Catherine vous y rejoindra après ses soins. On se retrouve cet après midi à 14 heures pour une séance en commun. A ce moment là, on pourra parler de ce petit échange musclé. »

En disant cela, il s'est frotté le menton juste là où Sara l'a frappé.

Il s'approche de moi et me tend le bras pour que je puisse m'appuyer dessus. A contre cœur je lâche la main de Sara et me laisse entraîner en lui faisant un dernier signe de la main.

Elle me répond avec un large sourire sur les lèvres.

Chapitre 41 : Sara

Merde ! Je ne sais pas ce qui m'a pris ! J'étais tellement en rage contre Salinger parce qu'il n'avait pas voulu venir nous récupérer alors que Catherine souffrait, qu'au moment où je l'ai aperçu, j'ai perdu le contrôle de mes actes.

Je l'ai frappé d'une force que je ne m'imaginais pas. J'étais presque prête à remettre ça quand Catherine était intervenue fort heureusement pour moi… et pour Salinger !

Sa voix avait été comme un calmant pour mon esprit en rage. Je n'avais pu faire autrement que de faire grâce à sa supplique.

Maintenant que j'étais plus calme et capable de réfléchir à tout ça avec la tête froide, je réalisais que mon geste allait probablement avoir des conséquences auxquelles je n'avais pas pensé en agissant ainsi.

Mon dossier personnel allait encore s'alourdir un peu plus. Et les six mois de paperasse promis par Ecklie avant le début du stage me pendaient au nez. J'espère tout de même ne pas me faire virer !

En même temps, je ne regrette rien et je referais sûrement la même chose dans une situation similaire.

C'était à mourir de rire ! Alors que j'étais souvent responsable des souffrances de Catherine, je ne pouvais supporter qu'elle souffre à cause de quelqu'un d'autre.

Catherine… je me demandais comment elle allait.

Elle allait sûrement bientôt me rejoindre.

En l'attendant, je décidais d'aller me détendre un peu sous une douche brûlante. Mes muscles étaient douloureux. Avoir porté Catherine sur une si longue distance m'avait collé des courbatures que je risquais de traîner pendant quelque temps.

Oooooooo

14 heures.

Je m'approchais du centre d'un pas lourd. J'étais seule. Catherine n'était pas revenue de l'infirmerie et je commençais à m'inquiéter de son sort. Il n'aurait quand même pas osé l'envoyer à l'hôpital sans me prévenir tout de même.

Quand je pénètre dans le bureau de Salinger, Catherine y est déjà installée. Elle semble s'être douchée et a changé de vêtements. Comment alors que je ne l'ai pas vue passer au chalet ?

Bref… on s'en fout. Une paire de béquilles est posée à côté d'elle et son pied droit est enserré dans un énorme strapping. Je me poste à côté d'elle et pose ma main sur l'accoudoir du fauteuil où elle est assise.

« Cath… Comment ça va ? »

Elle me sourit et pose sa main sur la mienne.

« Ne t'inquiète pas Sara ! Moi ça va. Une petite semaine avec ce strap et ça ira ! C'est pour toi que je m'inquiète. Tu n'aurais pas du frapper Salinger, tu vas avoir des problèmes. »

« C'est pas grave, ça en valait la peine… »

« Vraiment ?! »

Nous sursautons toutes les deux. Nous étions tellement absorbées l'une par l'autre que nous ne nous étions pas aperçues que Salinger était arrivé dans la pièce.

Rien que de le voir, je sens ma colère de nouveau monter. Je m'assois donc pesamment dans le fauteuil à côté de Catherine, croise les bras et me mure dans un silence inébranlable.

Salinger s'assoit et commence d'entrée de jeu.

« Je suis ravi que ça ait valu le coup pour vous Sara. Vous me permettrez d'en douter mais nous en reparlerons plus tard en tête-à-tête.

« Alors parlez-moi de ce trek, comment ça s'est passé ? »

« Bien »

Si je ne veux pas prononcer un mot, on ne peut pas dire que Catherine soit plus généreuse en parole que moi !

Je ne peux m'empêcher de sourire en la regardant.

« D'accord… Est ce que vous avez réussi à discuter ? »

Il insiste mais ne sait pas qu'il a affaire à deux têtes de mule. Catherine se contente de hausser les épaules.

« Bien, je vous propose une chose, on va prendre un verre ensemble et signer la paix. Peut être que ça vous déliera la langue. »

Il a dit ça sans vraiment nous demander notre avis, c'est plus un ordre qu'autre chose. Il se retourne vers le frigo qui se trouve derrière son bureau en sort une bouteille pleine d'un liquide ambrée et installe trois verres devant nous. Il les remplit rapidement.

« Du thé glacé maison. A la vôtre, mesdames. »

Catherine commence à siroter doucement son verre. Je prends le mien et le vide d'une traite. Je suis pressée que cette séance se termine.

Salinger nous regarde faire mais ne touche pas à son verre. Quand Catherine a fini le sien, il reprend la parole.

« Comme je vous disais, ce thé est fait maison, on y ajoute une plante qui pousse le long des chalets, vous avez du la remarquer, elle est mauve et beige c'est une Hyoscyamus niger Linné. »

Mais pourquoi il nous raconte ça, on s'en fout !

« Cette plante a une particularité, elle contient du tiopenthal. Je suppose que deux scientifiques comme vous deux savent ce que ça veut dire ! »

Il se lève se dirige vers la porte et saisit la poignée.

L'information vient de monter jusqu'à mon cerveau. Je le regarde horrifiée. Il n'a quand même pas osé.

« Maintenant je vous laisse parler ensemble ! »

Il sort du bureau et ferme à clef derrière lui.

Je bondis de mon fauteuil et cours vers la porte. J'essaie de l'ouvrir mais elle est effectivement barricadée !

Je panique. Non ce n'est pas possible, il ne peut pas avoir fait ça ! Du tiopenthal ! Ce n'est pas vrai ! Ce malade nous a fait boire un sérum de vérité!

Je ne veux pas parler moi, je veux m'en aller !

Je me tourne vers Catherine et constate qu'un petit sourire s'est dessiné sur ses lèvres.

Chapitre 42 : Catherine

Il est dingue… totalement dingue !

Je regarde Sara arpenter la pièce de long en large. Elle panique. Tout comme moi, elle sait quels sont les effets d'un sérum de vérité ! Il ne s'appelle pas comme ça pour rien !

Je ne peux m'empêcher de sourire… enfin Sara va être obligée de me parler !

Je la fixe et découvre une réelle terreur dans son regard.

Tant pis, aujourd'hui c'est ma chance !

« Bon et bien puisqu'on a pas le choix, parlons !…Et si tu commençais par me raconter l'histoire de ce dessin que tu as fait de moi… »

Chapitre 43 : Sara

Ok le dessin… elle veut vraiment parler du dessin maintenant ?! Elle aurait pu choisir n'importe quoi… n'importe quoi et pourtant elle a choisi de reparler de ce maudit dessin.

Je peux sentir son regard sur moi… je peux la sentir me suivre des yeux pendant que j'arpente la pièce de long en large. Mon cœur bat plus vide, mes mains commencent à devenir moites, l'effet du sérum qui coule dans mes veines se fait déjà ressentir, j'ai besoin de m'asseoir, mes jambes deviennent flasques.

Je rejoins mon fauteuil et le tire de façon à faire face à Catherine…

C'est drôle elle ne semble pas encore affectée par ce que nous a donné Salinger, peut être que parce que je suis stressée mon sang circule plus vite dans veines et du coup le sérum de vérité agit plus rapidement sur moi, que sur Catherine. C'est pour ça que j'ai une soudaine envie de vider mon sac, alors qu'elle semble étrangement calmement…

Trop calme…

« Ok le dessin… » je marmonne.

« Oui Sara le dessin… » répète t'elle.

Bon je peux lui en parler de ce fichu dessin, après tout il a tout juste quelques heures je lui ai dit que je l'aimais alors lui parler de ce truc n'est rien ! Ok, je ne lui ai pas dis franchement 'Je t'aime' et point, j'ai noyé le tout dans un flot de paroles mais je pense qu'elle a compris ce que je voulais dire enfin je crois… j'espère en tout cas…

« Alors ce dessin ? » elle secoue la tête doucement en disant ça.

« Ce que tu peux être butée parfois Catherine ! » je passe une main nerveuse dans mes cheveux.

Elle souffle en hochant la tête : « Crois moi je ne suis pas la plus butée de la famille, Lindsay l'est bien plus encore ! Elle, elle est buttée, moi je sais simplement ce que je veux… »

« Non, tu es buttée ! Et Lindsay a de qui tenir crois moi ! »

Catherine me fixe une seconde avant de me sourire : « Lindsay est tellement buttée que parfois je me dis que si c'est une fille c'est juste parce Eddy voulait un garçon ! »

J'aime la façon qu'a son visage de se radoucir lorsqu'elle parle de sa fille.

« Eddy voulait un fils ? » Je suis surprise, il avait l'air de tellement adorer Lindsay pourtant…

« Oui M'dame, Eddy voulait un garçon… comme la majorité des hommes je pense, mais dès qu'il a pris Lindsay dans ses bras, il ne voulait plus rien d'autre au monde que ce petit ange ! »

« Je crois que si j'avais eu la chance de tenir Lindsay dans mes bras j'aurais réagi comme lui... »

« Oui sûrement !... »

Catherine sourit attendrie par cette remarque, mêlée au souvenir de sa fille… je crois que finalement le sérum agit aussi sur elle, ce n'est pas que j'en avais besoin pour qu'elle me parle, ou qu'elle soit honnête avec moi, mais sa garde se baisse plus facilement, tout comme la mienne d'ailleurs, on commence enfin à avoir une vraie discussion, sans cris, sans dispute, ni sous-entendus ! On parle simplement comme deux personnes civilisées le feraient. Peut être que c'est ça la solution, finalement, que Cath et moi soyons toujours sont l'effet de l'Hyoscyamus niger Linné.

« Eddy avait tout un tas de défaut, et c'était le dernier des salopards avec moi, mais il adorait sa fille ! Lorsque je suis tombée enceinte la seconde fois, il espérait vraiment que ça serait encore une fille, mais j'ai perdu le bébé... »

Ses mots ne sont plus qu'un murmure…

« Cath je suis désolée… » je glisse doucement ma main dans la sienne.

« C'était il y a longtemps… très longtemps, dans une autre vie en fait ! » me répond-elle les yeux humides. « Ca n'a plus d'importance… »

« Bien sûr que ça a de l'importance ! »

« Je ne sais même pas pourquoi je te parle de ça, je n'en ai jamais parlé à personne… »

Je vois soudain une telle détresse dans ses yeux que je ne n'ai plus qu'une envie, la soulager de sa peine. Mais je ne sais pas quoi faire… je suis seule… seule face à elle et à sa souffrance de femme, de mère, que je ne peux qu'imaginer.

Elle me fixe et passe doucement sa main sur mon visage : « Dire qu'à cause de ça, je t'ai presque perdue toi aussi… »

Je la fixe à mon tour, fronçant les sourcils, je ne comprends quel rapport il y a entre moi et l'enfant qu'elle a perdu. Elle se penche et m'embrasse doucement.

« Quand tu es arrivée de San Francisco je venais de perdre le bébé depuis quelques jours… »

« A cette époque tu étais pourtant en pleine procédure de divorce, non ? »

« Oui, mais Eddy a toujours su comment me charmer… » elle baisse la tête. « J'ai couché avec lui un soir où je me sentais seule, une seule nuit et je me suis retrouvée enceinte ! Il a prit ça comme un signe, et moi pauvre idiote je l'ai cru ! »

Je la regarde toujours, attends la suite, elle soupire.

« Personne au labo n'a su que j'attendais un autre enfant, je n'en ai pas parlé. Pendant les premières semaines Eddy s'est montré attentionné envers moi, il était sûr que je lui donnerais de nouveau une fille… il voulait une fille… » la voix de Catherine se mit à trembler.

Je resserrais ma main sur la sienne.

« J'étais enceinte de tout juste 3 mois, ça ne se voyait pas encore vraiment, pourtant Eddy avait déjà commencé à aménager la chambre du bébé, on se remettait doucement ensemble, prudemment, et nous avions choisi un prénom… Sarah-Lee… notre famille devait s'agrandir avec la petite Sarah… et puis j'ai perdu le bébé, et Eddy m'a trompée de nouveau… ma famille, ma vie s'écroulaient pour la seconde fois ! »

Je pouvais la voir lutter pour retenir ses larmes.

« Et toi, tu es arrivée dans ce chaos général qu'était ma vie ! Toi, Sara… Je sais que tout le monde a toujours pensé que je t'avais prise en grippe à cause de l'affaire avec Holly et Warrick, toi y compris, mais ce n'était pas le cas… La vérité c'est que je m'en suis prise à toi, simplement parce que tu t'appelais Sara, et que ma fille aurait dû s'appeler Sarah, j'étais perdue en plein délire ! Le délire d'une mère blessée, tu n'y étais pour rien… et j'avais tellement honte de mon attitude, c'était ridicule, j'étais ridicule ! Mais prononcer ton prénom pour moi les premières fois était un véritable supplice. »

« Je comprends… »

« Et puis j'ai appris à aimer ton prénom, à t'aimer toi, Sara ! Mais une fois que j'ai eu mis de l'ordre dans mon existence, que j'ai repris le dessus, il était trop tard, tu pensais déjà que j'en avais après toi, que je te détestais, que je ne voulais pas de toi ici, dans mon équipe, dans ma vie ! Alors j'ai continué dans cette voix, c'était plus facile pour moi. Comment est-ce que j'aurais pu te parler de toute cette histoire ? Tu m'aurais prise pour une folle ! »

« Jamais, quoi que tu aies à me dire je te prendrai pour une folle, jamais ! »

« Tu n'aurais pas pensé 'pauvre femme, elle perd les pédales ! Elle ne savait même pas si elle attendait vraiment une fille ! C'est du grand délire ! Qu'elle cinglée celle là' Tu aurais pensé toutes ces choses, et je ne voulais pas que tu me vois comme quelqu'un de faible ! Je préférais passer à tes yeux pour la reine des garces, plutôt que de me montrer faible une seconde ! »

« Catherine jamais je n'aurais pensé une seule de ces choses, j'aurais simplement fait de mon mieux pour t'aider à traverser cette épreuve, pour que tu ne sois pas seule, j'aurais fait de mon mieux pour être ton amie, rien de plus ! Au lieu de ça je t'ai renvoyée chaque coup, chaque pique avec violence… »

« Je l'ai bien cherché, c'est moi qui t'ai toujours, ou presque, entrainée sur ce terrain. Tu as fait des efforts, pour te rapprocher de moi, du moins au début, mais moi je n'ai pas fait le moindre geste envers toi, pas le moindre ! C'est pathétique, notre histoire est pathétique ! JE SUIS PATHETIQUE ! »

J'essuie rapidement une larme sur sa joue.

« Hey, hey, la seule chose de pathétique là dedans c'est le temps que ça nous a pris pour nous rendre compte que toi et moi avions quelque chose de fort à partager ! Il faut du temps pour dompter la passion et la colère. Et si tu trouves ça pathétique alors nous le serons ensemble ! »

Elle me sourit doucement…

« Si c'est du pathétique que tu veux je vais t'en donner, tu veux savoir d'où sort ce dessin de toi ? Il sort de l'atelier que j'ai fait l'autre jour, avec cette femme, Roxane, elle nous a donné pour thème de dessiner la chose la plus importante dans notre vie, la chose à laquelle on tenait le plus… et c'est toi… c'est ton visage qui a pris forme sur le papier, et tu veux savoir le plus fort dans tout ca, c'est que je ne l'ai pas fait volontairement, je n'ai pas choisi, rien contrôlé du tout… j'ai dessiné encore et encore, et quand j'ai levé les yeux TU étais là… Ca c'est pathétique ! JE SUIS PATHETIQUE ! Pas toi, jamais… rien de toi ou de cette histoire, de notre histoire ne sera pathétique parce que c'est toi et moi tu m'entends ? »

« Pathétique ensemble ou pas du tout… » me dit elle dans un petit rire.

« Ouais, ensemble ou pas du tout ! »

Elle pleure à présent à chaudes larmes, je vois qu'elle est épuisée, ces deux derniers jours l'ont poussée à bout, je l'ai poussé à bout !

J'entends la porte du bureau s'ouvrir, ma main est toujours dans celle de Catherine. Salinger entre et jette un œil sur nous.

« Vous l'avez faite pleurer ? » me demande t'il.

« Non, pas du tout, je lui racontais une blague, bien sûr que je l'ai faite pleurer, vous vous attendiez à quoi ? »

« Je ne sais pas… » dit il en secouant la tête.

« C'est votre faute si elle pleure ! »

« Ma faute ? Je n'étais même pas présent ! »

« C'est la faute de votre saloperie de sérum, elle m'a parlé de chose qui… qui l'ont blessée, elle était déjà fatiguée, elle ne se sentait pas bien et vous vous lui donnez le coup de grâce, quel genre de psy êtes-vous donc ? »

« Le genre qui sait que si Catherine vous a parlée, c'est qu'elle était prête, qu'elle en avait envie, besoin… Je n'ai rien mis dans le thé Sara, rien de rien ! »

« Quoi ? » Catherine se retourne pour nous faire face.

« Vous pensiez vraiment que je faisais pousser de l'Hyoscyamus niger Linné sur les murs du chalet ?! C'est juste de la fougère du nord, rien de plus ! »

« Pourtant je… on s'est parlées, vraiment parlées je veux dire… J'ai senti que je devais parler à Catherine… »

« Sara, je vous ai simplement donné les moyens de vous parler, personne ne dit mieux la vérité que quelqu'un qui se croit obligé de la dire ! Je vous ai ouvert une porte rien d'autre, le reste vous l'avez fait seules… »

« Pas de sérum de vérité ? » demanda Catherine en se levant avec ses béquilles.

« Un simple placebo ma chère rien de plus, juré ! »

« Vous êtes un grand thérapeute, un visionnaire, vous êtes génial ! » dit Catherine en s'avançant vers nous.

Je la regarde comme si elle avait perdu la tête, ok là je pourrais la traiter de folle, finalement elle avait peut être raison. Elle me sourit avec tendresse : « Il a raison pas de sérum de vérité, sinon je lui aurai dit que ce n'est qu'un crétin ! »

Je ne peux m'empêcher de glousser.

« Bien je pense que tout le monde a besoin de repos aujourd'hui, il est 16h, je vous revois demain à neuf heures piles ! Sara je vous rappelle que nous devons parler d'un certain coup de poing… » dit il en se touchant machinalement la mâchoire.

« Oui je sais... »

« Parfait ! Alors à demain ! » dit il en refermant la porte une fois que nous sommes dans le couloir.

« J'aurai adoré… » me murmure alors Catherine à l'oreille.

« Adoré quoi ? »

« Pouvoir le frapper moi aussi, j'en rêve depuis six jours ! »

Nous rions ensemble de bon cœur, avant de nous diriger vers notre chalet.

Chapitre 44 : Catherine

C'est la fin de notre sixième jour ici, et les choses ne vont pas si mal que ça, bien sûr ça pourrait être mieux… mais nous connaissant Sara et moi, ça pourrait être pire, bien pire ! Alors compte tenu de la situation tout va bien.

Après une petite sieste, j'ai eu Lindsay au téléphone qui est folle de joie, et adore son stage, elle me parle déjà d'y retourner lors des prochaines vacances scolaires.

J'entends Sara s'agiter dans la cuisine, avant de la voir arriver avec un plateau qu'elle pose près de moi.

« Madame est servie… » dit elle en me tendant une assiette remplie de pâtes couvertes de coulis de tomate et de légumes.

« Merci »

« Comment va Lindsay ? » me demande Sara avant de s'asseoir près de moi.

« Très bien, il semblerait que ma fille soit la nouvelle star dramaturge de son stage ! Elle s'amuse comme une petite folle, et elle me casse déjà les oreilles pour que je la renvoie là bas aux prochaines vacances ! »

« En tout cas moi je ne reviendrai pas ici pour nos prochaines vacances… On trouvera quelque chose de plus sympa à faire ! Salinger est bien trop dingue, même pour moi ! » glousse Sara.

Nos prochaines vacances ? Mon cœur s'emballe, NOS ?! On trouvera quelque chose de plus sympa à faire ? J'avais dû rater quelque chose là ! Quand et comment j'étais passé de moi à nous…

« Sara je… »

« Oui, oui je sais, si on est ici, c'est en grande partie ma faute ! Mais dès qu'on sera sorties d'ici, je me ferai pardonner pour tout ça… » dit elle en désignant la pièce autour d'elle.

« Et tu as l'intention de te faire pardonner comment ? » lui demandais-je d'un air intéressé.

« Je ne sais pas encore mais je trouverai, fais moi confiance… »

Je pose mon assiette sur la petite table du salon avant de la fixer le plus sérieusement du monde : « Sara… je te fais confiance ! Je t'ai toujours fait confiance ! Je mettrais ma vie entre tes mains »

Elle détourne les yeux, gênée : « Cath… »

« Non, je suis sérieuse ! J'ai confiance en toi, en tant que collègue, mais aussi en tant que personne ! Je ne suis jamais plus en sécurité que lorsque tu es près de moi ! Je sais que toi et moi c'est loin d'être parfait, c'est compliqué et on s'affronte souvent comme de vraie furies, mais mon cœur est incomplet sans toi, il a besoin de toi, j'ai besoin de toi… Je t'aime Sara ! »

Elle tourne son regard vers moi et m'observe comme si j'avais perdue la raison, comme si je venais de lui parler chinois.

« Catherine… »

« Sara, je n'attends rien de toi, enfin si j'attends quelque chose de toi, pour dire la vérité j'attends tout un tas de choses de toi, mais je sais que tu n'es pas prête à tout me donner d'un seul coup, mais je veux plus que des miettes Sara ! Je veux que tu me parles, mais je veux que tu le fasses parce que tu en as envie, pas parce que Salinger t'y oblige ou parce que tu te seras faite piégée par l'un de ses stratagèmes débiles ! »

Je pose ma main sur son genou : « Je t'attendrai Sara… J'attendrai que tu sois prête ! Je serai patiente, j'attendrai que tu viennes à moi… Je ne suis pas en train de te dire que je t'attendrai toute ma vie, mais je ferai de mon mieux, c'est tout ce que je peux te promettre, ça, et d'être toujours honnête envers toi ! »

Elle ne dit rien pendant quelques secondes, elle est visiblement secouée par ma petite tirade : « Patiente hein ? Toi ? » murmure t'elle dans un sourire.

« Parfaitement ! »

« Si tu peux apprendre la patience, je peux réapprendre la confiance ! » m'affirma t'elle.

« C'est tout ce que je demande… »

Elle soupire avant de venir se glisser dans mes bras.

On ne dit rien ni l'une ni l'autre pendant de longues minutes. Mon menton reposant sur le dessus de sa tête.

« Mon p… mon père… » Lorsqu'elle prononce ce mot je sens son corps se raidir entre mes bras. Je passe doucement ma main dans son dos pour qu'elle se détende un peu. « Souvent quand mon père avait fini de me frapper je ressemblais plus à un Picasso dans sa période Cubisme qu'à Mona-Lisa ! La première fois qu'il m'a frappée j'avais cinq ans et je crois qu'il n'a plus jamais arrêté jusqu'à mes treize ans… jusqu'à ce qu'il meure… Il n'avait jamais voulu d'enfant, et ça il nous le répétait sans cesse à David et moi, j'aurais mieux fait de m'arracher les couilles le jour où celui-là est venu au monde, c'est ce qu'il disait toujours ! Il avait un tel mépris dans le regard quand il parlait de David, pourtant cela ne l'empêchait pas de lui rentre visite plusieurs fois par semaine dans sa chambre, le soir… »

Mon estomac se souleva, je ne comprendrai jamais comment des adultes peuvent abuser des enfants de cette façon ! Comment des parents peuvent faire de telles choses à leurs enfants ?!

Sara frissonna dans mes bras, je la serrais plus fort contre moi.

« Quelques temps, après la mort de mon frère, ma mère est rentrée à la maison, ivre morte, mon père et elle se sont violemment disputés, et une fois encore il a hurlé qu'il aurait mieux fait de s'arracher les couilles le jour où il avait engrossé une salope comme elle… Ce jour là ma mère la exaucé ! Elle est allée dans la cuisine, et a pris le premier couteau qui lui est tombé sous la main et elle a poignardé mon père… »

Sara ne pleurait pas, mais son corps entier s'était mis à trembler.

« Mon père s'est écroulé sur le sol et ma mère s'est penchée sur lui, elle a pris ses parties d'une main et les a sectionnées de l'autre ! Puis elle a ouvert la poubelle et les a jetées dedans. Il y avait du sang partout dans la cuisine et mon père faisait une hémorragie sur le sol, il était si pale… vraiment pale ! Ma mère est partie prendre une douche, et moi je suis restée là sans rien-faire… rien faire d'autre que regarder mourir ce père que je haïssais plus que tout au monde ! J'aurais pu appeler une ambulance mais je ne l'ai pas fait, j'étais pétrifiée de peur et j'étais à la fois fascinée par la vie qui s'échappait peu à peu de lui… »

Je restais sans voix devant l'aveu de Sara.

« Je suis un monstre… un véritable monstre ! »

« Tu n'es pas un monstre, j'aurais fait la même chose, exactement la même chose ! Oui c'est même certain ! Mais toi, ma Sara tu n'es pas un monstre, ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas ta main qui a pris le couteau, ni ta main qui a poignardé ton père ! »

« C'est tout comme… j'aurais pu le faire ! »

« Mais tu ne l'as pas fait ! Tu ne l'as pas fait ! »

« J'ai souhaité sa mort si souvent que ça a fini par arriver Cath ! »

« Sara, tu n'as pas ce genre de pouvoir ! Personne n'a le pouvoir de faire mourir les gens juste par la pensée ! Sinon j'aurais déjà tué Salinger et Ecklie depuis longtemps ! Ca ne marche pas comme ça et tu le sais ! Tu es une scientifique, tu ne peux pas croire ce genre de chose ! »

« Pourtant j'ai voulu qu'il meure… qu'il meure pour de bon ! »

« Et je l'aurais voulu tout autant que toi, mais Sara, chérie, tu n'es pas une meurtrière » lui dis je en levant son visage vers le mien. Ma voix n'a pas flanché une seule fois, je veux qu'elle sache que je suis sérieuse, qu'elle est tout sauf un monstre.

Je peux lire le doute, la peur et la crainte dans son regard. Puis les mots qu'elle a hurlé dans son cauchemar la nuit dernière me reviennent en mémoire : « David… je l'ai tué…. Je l'ai tué… il est mort… à cause de moi…»

Ma gorge se serre, non Sara n'a pas pu faire ça… bien sûr que non ! Je sais qu'elle en est incapable !

Les mots passent alors ma bouche à toute allure sans que je puisse les retenir : « Tu n'as pas non plus tué David, tu n'y es pour rien ! Tu n'as pas tué ton frère ! »

Elle se redresse vivement et s'écarte de moi comme si je l'avais frappée.

« Tu n'étais pas là Catherine ! Tu ne sais pas ce qui s'est passé cette nuit là, la nuit où il est mort ! »

« Alors raconte moi, parle moi de David, de ce qui s'est passé ! »

« NON ! » Elle hurle en se dressant sur ses jambes.

« Tu as quelque chose à cacher ? Non, bien sûr que non, je le sais ! Tu n'as rien à cacher puisque tu n'as rien fait… »

« Laisse tomber Cath ! »

« Ok j'ai compris, c'est encore le coup de 'Sara Sidle est une incomprise que personne n'aime' c'est ça ? »

« Non, tu te goures c'est le coup de 'Sara Sidle n'a rien à dire et je suis fatiguée, j'ai envie de dormir' »

« Pourquoi on se dispute encore une fois Sara ? » je suis perdue, elle était là dans mes bras, et à présent elle me fait face tremblante de rage.

« C'est ta faute Catherine si on en est là ! Je… je m'ouvre à toi, j'essaie de faire un pas dans la bonne direction et toi, tu me pousses encore et encore ! Tu en veux toujours plus, tu ne te contentes jamais de ce que j'ai à te donner ! »

« Tu es injuste ! Pourquoi tu t'obstines à dire que c'est ma faute, si on en est là ? Et pourquoi tu t'obstines à refuser de me parler ? »

« Non, pourquoi toi tu t'obstines à dire que rien n'est jamais de ta faute ?! »

« Parce que c'est le cas ! Si tu y mettais un peu du tien on n'en serait pas là ! Pourquoi est ce que tu ne me laisses jamais m'approcher de toi ? Pourquoi tu bloques comme ça ? »

« Je… je ne bloque pas, qu'est ce que tu racontes ? »

« Si tu bloques ! Tu fais même un gros blocage Sidle ! De qui tu te planques comme ça ? De qui as-tu si peur bordel ?! »

« DE TOI ! De toi Catherine, ça te va ? »

« De moi ? » je suis surprise pas la violence de cet aveux.

« Oui de toi… parce que… parce que je t'aime comme une folle, je suis prête à me damner pour toi ! Je suis amoureuse de toi depuis toujours ! DEPUIS TOUJOURS ! » Elle pleure, son visage est inondé de larmes…

« Mais je t'… »

« Non, ne me dis pas que tu m'aimes ! Je ne veux plus l'entendre plus jamais ! »

« Sara tu ne peux pas m'empêcher de t'aimer, tu n'en as pas le droit »

Tout se mélange dans ma tête, je ne vois pas où veut en venir Sara, après tout ce que nous avons partagé, après toutes nos confessions, elle me repousse à nouveau, elle ne veut toujours pas me faire une place dans son passé, ni dans son avenir…

« Parfois le fait d'aimer l'autre ne suffit pas Catherine ! L'amour n'empêche pas les gens de mourir loin de là, je le sais » hurle-t-elle.

« Sara, calme toi, je ne comprends rien à ce que tu me racontes »

« Je te dis simplement que même si nous avons des sentiments l'une pour l'autre, on ne doit pas ce mettre ensemble, on ne peut pas être un couple ! On se fait toujours trop de mal, et je ne supporterai pas de te perdre, si c'est douloureux aujourd'hui, ça le sera encore bien plus dans quelques semaines, dans quelques mois ! »

« Quoi ? Attends, si je comprends bien, tu me veux pas être avec moi simplement parce que tu as peur de me perdre un jour ? »

Elle ne bouge pas…

Je ris, d'un rire amer : « Sara tu n'es pas la seule à prendre un risque dans cette histoire, moi aussi j'ai peur de tout foutre en l'air, moi aussi j'ai peur d'avoir mal ! Mais je suis prête à prendre ce risque parce que je t'aime et que ça compte ! Je suis là avec toi, je compte moi aussi et j'ai mon mot à dire ! »

« Bien sûr que tu comptes, tu comptes plus que tout à mes yeux Cath ! C'est pour ça que je ferais mieux de me tenir loin de toi, loin de ta vie… Je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose qu'à mon frère… »

Elle me tourne le dos et se dirige vers la porte du chalet, je me redresse en hâte, oubliant mon pied blessé, qui me rappelle vite à l'ordre, je grimace, avant de retomber lourdement sur le canapé.

Sara est encore en train de m'échapper je ne peux pas la laisser me planter comme ça, maudit pied !

« ARRÊTE ! » je hurle lorsque la main de Sara est sur la poignée.

La grande brune se fige sur place, incapable de désobéir à mon ordre. J'ai crié si fort, avec une telle rage, que c'est comme si je l'avais retenue physiquement.

« Regarde-moi ! »

Elle ne se retourne pas immédiatement vers moi…

« REGARDE-MOI SARA ! » je répète à bout de nerfs, lasse de ce petit jeu.

Elle me fait enfin face.

« Je veux une réponse… on va régler ça une bonne fois pour toutes ! As-tu oui ou non tué ton frère David ? »

Ses yeux me transpercent, je peux voir à quel point elle est en colère contre moi, combien elle m'en veut de parler de tout ça… Mais elle me répond sans hésiter, mon sang bouillonne si fort en moi que j'ai l'impression que ma tête va exploser.

Sa réponse est froide, à peine une murmure : « Oui, je l'ai tué Cath… j'ai tué David ! »

Ma vue se brouille, je ne vois plus Sara qui est pourtant à trois mètres devant moi.

Je suis plantée là sur le canapé, la voix de la grande brune résonne dans mon esprit « Oui, je l'ai tué Cath… j'ai tué David ! »

Mon cœur s'emballe à nouveau, je crois que je vais vomir, trop tard, mon estomac s'est retourné… et j'éclabousse le sol à mes pieds.

Je ne peux pas y croire, Sara ne peut avoir fait une telle chose…

Je ne peux pas être tombée amoureuse d'une telle femme… ce n'est pas elle, ce n'est pas ma Sara…

C'est la fin de notre sixième jour ici, et les choses ne vont pas si mal que ça, non c'est pire ! Je viens juste d'ouvrir les portes de l'enfer…

A SUIVRE