Salut tout le monde :o) Et voilà comme promis la nouvelle partie du Round. Pour répondre à la question que beaucoup nous ont posée, oui le round touche bientôt à sa fin… Mais il ne faut pas que cela vous empêche de profiter de cette belle et intense partie de la ff ! Bonne lecture à vous et à bientôt pour la suite et fin du Round Robin dans la prochaine partie. Alexielle
Chapitre 45 : Sara
Je suis incapable de bouger, je ne peux ni quitter la pièce, ni la traverser pour aller rejoindre Catherine…
Catherine qui est en train de se rendre malade, Catherine que j'ai rendue malade avec mon aveu, à qui j'ai donné la nausée. Catherine qui est pâle comme la mort… aussi pâle que l'était David dans mes bras lors de son dernier souffle…
Mon esprit s'égare une seconde, je me revois debout près de mon frère couverte de son sang, les hurlements de ma mère, les insultes et les coups de mon père, tout me revient comme si ça venait de se produire… La scène ne me revient pas entièrement, juste quelques flashs ici et là… toujours les mêmes, c'est comme si j'avais oublié ce qui s'est produit avant et après ça !
Je n'entends plus que la voix de mon père qui hurle, comme s'il était encore à côté de moi, en me secouant par le bras. : « Regarde Sara, regarde ce que tu as fait ! Regarde le bien et n'oublie jamais son visage, n'oublie jamais que c'est ta faute, c'est toi qui l'as tué Sara, tu as tué ton frère David ! »
Oublier son visage ? Jamais ! Je n'ai jamais pu le sortir de mon esprit, et aujourd'hui Catherine m'offre le même spectacle, le même visage !
Je ne doute pas qu'elle m'aime, j'en suis même sûre, personne ne serait jamais resté dans de telles circonstances, ou n'aurait enduré la même chose qu'elle, autre que par amour ! Oui elle m'aime, elle a ce point en commun avec David, et c'est pour ça que je ne peux pas la laisser faire ! Je suis un véritable poison…
Et je l'aime trop, elle m'est trop précieuse pour que je l'empoisonne elle aussi !
J'ai détruit David… j'ai mis fin à sa vie… mais je protégerai Catherine, même d'elle-même si il le faut, ça ne me fait pas peur !
Elle doit savoir qui je suis vraiment, elle doit connaître le véritable monstre qui vit et grandit en moi ! Elle doit comprendre que je suis nocive pour elle, je suis nocive pour les gens qui m'aiment, et que j'aime… c'est pour ça que mes parents ne se sont jamais attachés à moi… eux ils savaient, ils avaient lu en moi… après tout c'est eux qui m'avaient mise au monde, qui mieux qu'eux pouvait me comprendre… me connaître…
Catherine ne bougeait toujours pas, elle avait les yeux fermés, pendant une seconde je me suis demandée si elle respirait encore… Je fixais mon attention sur son torse, que je vis finalement se soulever doucement. Je devais faire quelque chose, n'importe quoi… mais je ne pouvais toujours pas bouger ni ouvrir la bouche.
Catherine ouvrit alors les yeux, et son regard croisa le mien… Ses yeux bleus étaient devenus si sombres, c'était comme si une tempête venait de se lever dans son regard… ses yeux n'étaient plus du même bleu, ce bleu que je connaissais, ce bleu que j'aimais… j'avais l'impression de me refléter dans les yeux d'une parfaite inconnue.
Elle ne prononça pas un mot, son regard toujours fixé au mien.
C'est moi qui mis fin à ce contact visuel, je ne supportais plus de me voir dans ses yeux, je ne supportais pas qu'elle me voie telle que j'étais vraiment… un monstre, voilà ce que j'étais…
J'aurais pu lui mentir quand elle m'a posé la question… Mais je lui ai assez juré d'être honnête, c'était notre accord, notre pacte et une promesse c'est sacré…
« Une promesse c'est sacré Sara ! » la voix de David résonnait en moi comme celle d'un fantôme. « Tu as promis Sara… Sara… Sara… Je t'aime Sara… Merci… Sara… Sara » La voix de David s'amplifiait en moi, son regard, son sourire tout se mêlait dans mon esprit torturé. « Je suis ton grand frère… souris moi… Sara… »
« Sara… » la voix de Catherine me fit sursauter.
Je ne supportais plus qu'on m'appelle, ni elle, ni lui, ni personne…
« Ferme-la ! La ferme, la ferme ! Tout ça c'est ta faute ! » Hurlais-je en mettant mes mains sur mes oreilles comme si ça pouvait m'empêcher de les entendre et l'un et l'autre.
Ce fut efficace, à la seconde je n'entendis plus David, il avait disparu de mon esprit, mais Catherine, elle, était toujours en train de me faire face… Même si je ne l'entendais pas je vis ses lèvres bouger, avant de voir une vraie expression de douleur se peindre sur son visage…
Elle se leva péniblement, prit ses béquilles et disparu dans la salle de bain. J'entendis la porte claquer derrière elle. J'avais envie de la rejoindre… de retrouver la chaleur de ses bras. Mais je ne pouvais pas, non je ne pouvais pas faire une telle chose.
Je devais apprendre à vivre sans la petite blonde, je devais penser à la tenir loin de moi, je devais revenir à ma vie d'avant, avant tout ce gâchis, avant tout ce bordel… Avant Catherine…
Avant …
Chapitre 46 : Catherine
La nausée qui m'envahit est alors si forte, que je ferme les yeux quelques secondes, comme si ça pouvait aider à faire passer les choses.
Lorsque j'ouvre de nouveau les yeux, Sara, et ma nausée sont toujours là… ni l'une ni l'autre n'ont bougé de leur place. Je ne peux rien faire d'autre que la fixer, je ne sais pas quoi dire… elle finit par détourner le regard, et c'est là que je la vois littéralement changer d'expression.
C'est comme si son corps n'était plus habité, comme si elle n'était plus avec moi dans la pièce. Je commence à la connaître, et lorsqu'elle agit ainsi c'est que ses démons ne sont pas loin… qu'ils rodent autour d'elle. Je l'appelle plusieurs fois, mais ma voix ne semble pas l'atteindre jusqu'à ce que l'étincelle se fasse, du moins je le crois pendant une seconde avant qu'elle ne couvre ses oreilles et se mette à hurler 'la ferme'. J'ai d'abord un mouvement de recul dans le canapé mais je m'aperçois très vite que ce n'est pas à moi qu'elle parle… Non, elle leur parle à eux, pour les faire taire, pour faire taire cette culpabilité qui l'étouffe.
« Tu ne l'as pas fait, je sais que tu ne l'as pas fait ! » c'est tout ce que je peux lui dire en me levant du canapé.
Elle ne réagit toujours pas, et je ne peux plus l'affronter pour le moment, j'ai besoin de quelques minutes à moi, à moi seule. Je me dirige vers la salle de bain, ferme la porte et éclate en pleurs…
Je m'assois sur le rebord de la baignoire, ma cheville me fait mal, mais mon cœur me torture bien plus encore… Et si elle l'avait vraiment fait ? Si je me trompais et que Sara avait vraiment fait du mal à David ? Après tout elle avait bien regardé mourir son père…
Et alors est-ce que ça changerait les choses ? Est-ce que je cesserais de l'aimer pour autant ? Je ne peux pas arrêter de l'aimer sur commande, parce que je désapprouve ses actes passés.
Peu importe ce qu'elle a fait ou non ! Mon passé n'était pas tout blanc ou tout noir non plus ! Et elle, elle m'accepte comme je suis, sans poser de questions ! Alors je peux le faire moi, aussi !
La Sara du passé ne m'intéresse pas, seule compte pour moi la Sara du présent, celle du futur… celle que j'aime ! Je me fiche de celle qu'elle était avant… tout ce qui compte pour moi c'est celle qu'elle est devenue, celle qu'elle est aujourd'hui… la femme de ma vie ! Tout le reste ne compte pas… ne compte plus…
C'est facile à dire que ça ne compte pas… mais si, tout ça compte, et tu le sais Willows ! Ca compte parce ça fait partie d'elle, de ce qu'elle est…
Je frôle la folie à force de toujours penser à la même chose… Et puis même si elle l'a fait… si elle l'a vraiment fait, comment lui en vouloir, ou l'en tenir responsable, ce n'était qu'une enfant, elle avait douze ans à peine quand son frère est mort !
Vu la famille dans laquelle elle a grandit pas étonnant qu'elle n'ait pas su faire la différence entre le bien et le mal…
Je frisonne… ses mains qui ont insufflé la vie, la passion en moi, ne peuvent pas être les mains d'une meurtrière, c'est impossible ! Impossible…
Chaque caresse, chaque contact de sa main sur la mienne était bien trop doux, bien trop tendre pour avoir commis un tel acte…
Je devine alors la présence de Sara derrière la porte… son ombre passe par fragments par le bas de la porte. Je n'ai pas fermé à clef… j'ai soudain le fol espoir qu'elle va pousser cette putain de porte qui nous sépare encore. J'espère de tout mon cœur, qu'elle va la franchir et me prendre dans ses bras, pour me dire que tout ça n'est qu'un énorme malentendu…
Je retiens mon souffle, son ombre se fait plus petite jusqu'à disparaître totalement… elle est partie…
Je l'entends brasser et remuer dans la pièce principale, mais je n'ai pas le courage de sortir d'ici. Je voudrais tellement qu'elle vienne me chercher… je voudrais tellement qu'elle redevienne mon chevalier en armure blanche, je sais que c'est cliché et guimauve à souhait, mais c'est comme ça que je l'ai toujours vue, du moins jusqu'à aujourd'hui…
Le claquement de la porte du chalet me fait sursauter… il m'est devenu familier ce bruit, trop familier ! Et je sais ce que cela veux dire…Sara a abandonné, elle m'a laissée derrière elle encore une fois… Je suis seule ici, toute seule…
Oooooooooo
Après m'être passé un peu d'eau sur le visage, et lavé les dents, je me suis finalement décidée à sortir de la salle de bain, il semblerait que j'ai vu juste…
Sara n'est pas là ! Je la cherche du regard mais elle n'est nulle part…
Je fais un tour complet de la pièce et c'est là que je l'ai vu…
Le message que m'a laissé la grande brune !
Il est plus clair que n'importe quel mot, plus évident et simple à comprendre que n'importe quelle explication. Mon regard l'a à peine croisé que je comprends déjà…
La bouteille de Vodka, entièrement vide, trône sur le plan de travail de la cuisine. Elle me nargue, me fait comprendre que je ne serai jamais la plus forte, que j'ai perdu la bataille et Sara.
Je sais très bien qu'il en restait tout juste deux verres à l'intérieur, ce n'est pas la quantité qui me pose un problème, elle aurait pu être pleine a ras bord, ça aurait été la même chose !
Ce qui me gêne c'est le geste de Sara… elle l'a finie, puis l'a laissée bien en évidence, comme une preuve de sa faiblesse, comme un 'je te l'avais bien dit' qu'elle m'aurait lancé en pleine figure. La bouteille me fait face et hurle que je ne suis pas de taille… et malheureusement je crois que cette fois elle a vu juste… je ne suis pas de taille face à tout ça, finalement Sara a raison, l'amour ne fait pas tout… non il ne fait pas tout… loin de là, c'est comme tout, il a ses limites !... Et je crois que je ne suis pas loin de franchir les miennes.
Je m'approchais de la bouteille et c'est là que je vis… la suite du message…
Le dessin… le dessin que Sara avait fait de moi… était là sous la bouille de vodka. Je poussais rageusement le cadavre de la bouteille, qui s'écrasa sur le sol, dans un fracas de tous les diables. Je saisis le dessin d'une main tremblante…
De légères auréoles s'étaient formées sur le papier, tachant le dessin par endroits, une partie du fond de la bouteille avait coulé sur mon portrait… faisant couler les traits de pastel, les traces étaient encore visibles. Je retenais mes larmes, je ne voulais plus pleurer, je ne voulais plus verser une seule larme pour Sara Sidle ! Hors de question ! Sara avait fait son choix… et elle me le faisait savoir… Et son choix ce n'était visiblement pas moi…
Elle préférait la compagnie de ses fantômes, à la mienne.
Le message était clair, tout ça criait : Sors de ma vie !
Et pour la première et dernière fois de mon existence je m'apprêtais à obéir à Sara, sans poser la moindre question, sans combattre avant. J'étais fatiguée de tout ça…
Elle ne voulait plus de moi dans sa vie… Plus de moi du tout ?!
Très bien j'allais lui donner satisfaction, et disparaître, puisqu'elle le désirait tant… j'allais m'effacer !
A compter de cette seconde, je me fichais bien de ce que pouvait faire, ou devenir Sara Sidle, elle reprenait sa vie, et moi la mienne !
Ma vie… oui, plus que quatre jours ici, et je retrouverais ma vie… Ma vie d'avant ce stupide stage… ma vie d'avant Sara…
Chapitre 47 : Sara
'C'est ça fuit, comme toujours, c'est ce que tu fais de mieux…'
La voix de mon père résonne encore et toujours dans mes oreilles alors que je m'enfonce un peu plus dans les bois. L'alcool me brûle les veines juste assez pour me réchauffer mais pas assez pour faire taire toutes ces voix qui me tourmentent, pas assez pour m'empêcher de penser.
Si seulement il y avait un bouton pour éteindre mon cerveau, tout serait plus facile.
Je me retrouve au même endroit que la première nuit, une fois encore je décide de m'asseoir contre un tronc d'arbre. Je me mets les mains sur les oreilles pour faire cesser le bruit, celui de toutes ces voix qui se mélangent dans mon esprit. David, Catherine, mon enfoiré de paternel, et ma mère…
'Je l'ai toujours dit, une morveuse comme toi ne mérite pas la chance qu'elle a de vivre… à part gâcher de l'oxygène et la vie des autres, t'es inutile…'
'T'inquiète pas pour moi soeurette, je serai toujours là… '
« La ferme bordel ! » dis je à haute voix. Je veux que ça cesse. Je n'en peux plus, faite que ça s'arrête, il faut que ça s'arrête, par pitié…
Les larmes ruissellent sur mon visage, la souffrance que j'éprouve est si grande que je ne ressens plus rien d'autre.
' …Parle moi de David, de ce qui s'est passé…'
« Non, non, non ! Pitié, que ça s'arrête ! » je hurle.
Mon corps tremble comme une feuille et la sueur froide coule le long de mon dos. Il faut que j'arrête tout ça, il faut que j'y mette un terme. Mon sang bât si fort contre mes temps que j'ai l'impression que quelqu'un est en train d'enfoncer une pointe chaude comme la braise dans mon cerveau.
Je referme mes bras autour de mes genoux et commence à me balancer légèrement d'avant en arrière. Plus le temps passe et plus je sens la rage monter en moi, j'ai si mal que j'ai du mal à respirer. C'est comme s'il y avait un poids sur ma poitrine, la pression est si forte qu'il me faut un exutoire.
Je plonge une main tremblante dans ma poche et en ressort mon cran d'arrêt. Soudain c'est comme si le mode automatique s'engage, comme si je regardais les choses arriver à quelqu'un d'autre. Je relève ma manche et par habitude mes doigts effleurent les pâles lignes de mes cicatrices vestiges de mes nombreuses nuits de faiblesses.
'P'tite bouille fais pas ça…'
« Pardon David… »
Mes mouvements sont calmes et assurés lorsque la lame court le long de ma chair. Tout s'arrête jusqu'à ce que je ressente à nouveau, ce sentiment de libérer la tension prisonnière de moi. C'est comme si une vague de soulagement intense déferlait en moi à mesure que la peine se mêle à l'inexplicable plaisir que j'éprouve en ressentant une brûlure et en voyant le sang couler.
Mon cœur bât à cent à l'heure et à cet instant précis tout va bien. Je sais que bientôt la honte et toute la souffrance reprendrons le dessus, mais au moins pour quelques précieuses minutes je peux me concentrer sur la douleur physique, au moins maintenant je peux dire que si j'ai mal c'est parce que je me suis mutilée, parce que je saigne.
Au final il ne s'agit que de ça, pouvoir donner une raison à l'inexplicable. J'avais un psy – j'en ai eu tellement, je ne pourrais pas dire lequel c'était, qui me disais toujours que cette nécessité que j'avais de me faire du mal était ma façon de rationaliser. Genre, j'avais un mal de crâne monstrueux mais comme j'étais incapable d'expliquer pourquoi j'avais mal au crâne, alors pour me soulager de la peine à l'intérieur, je me faisais du mal, je déplaçais la douleur et tout redevenait normal. Mon avis c'est qu'il n'avait pas tout à fait tort. Mais il n'avait pas raison pour autant.
Ce n'est pas comme si j'aurais pu lui dire que lorsque je fais ça, je me sens bien, il y a un sentiment inexplicable de plaisir, un plaisir que seuls ceux qui se mutilent peuvent comprendre. C'est un peu comme se défoncer, sauf que la drogue ici c'est de voir le sang couler. Bien sûr la sensation de bien être n'est que temporaire et généralement une fois qu'on redescend des hautes sphères, on se déteste et on se sent encore plus minable qu'avant. C'est ainsi qu'on entre dans le cercle vicieux de la destruction – si on en croit mon psy.
Tout ce que je sais c'est que pour le coup je me sens apaisée, et je vais profiter de ce sentiment aussi longtemps qu'il durera. Mes yeux sont rivés sur les lignes rouges qui ornent désormais mon bras. Aussi étrange que cela puisse paraître ça m'aide à me concentrer.
Catherine…
Si elle savait…
Elle croit pouvoir me sauver, elle vit parfois dans ce monde merveilleux où les sentiments sont assez. Si c'était le cas les choses seraient sûrement plus simples entre nous. A l'évidence ce n'est pas le cas. Et puis elle a finalement vu ma vraie couleur, elle sait que j'ai tué mon frère, et ça, ça doit figurer dans le bouquin des cent choses rédhibitoires pour établir une bonne relation humaine.
Il y a bien longtemps que je me suis résignée à accepter le fait que je n'étais douée que pour trois choses, mon job, me faire du mal et faire du mal aux autres.
Je reste immobile pendant quelques minutes puis me décide à retourner au chalet encore plus décidée qu'avant à ne pas laisser Catherine s'accrocher à moi.
A ma grande surprise quand je regarde à nouveau ma montre plus d'une heure s'est écoulée. Je décide donc retourner au chalet, j'ai chaud et je suis légèrement étourdie après m'être laissée aller à mon vice.
Quand j'arrive elle est endormie sur le lit, j'en suis contente car je n'ai vraiment pas envie de lui faire face pour le moment. Je vais me changer dans la salle de bain et décide ensuite de dormir sur le canapé – je pense qu'un peu de distance entre nous est la bienvenue.
Je suis épuisée émotionnellement, ce qui s'avère être une bénédiction car je m'endors quasiment tout de suite.
Plus que trois jours à tenir et cet enfer sera enfin fini.
Chapitre 48 : Catherine
Qu'est ce que je fais, mais qu'est ce que je fais ?
La soirée a été longue pour ne dire que ça. Sara a confessé avoir tué son frère et je dois dire que même si je veux me convaincre que ce n'est pas vrai, je suis obligée d'admettre que je ne connais pas Sara si bien que ça, alors…
J'ai décrété que je ne me préoccuperai plus d'elle, puisqu'elle semblait tant inclinée à me faire souffrir et qu'elle m'avait de toute façon laissé tomber. Le fait pour elle de fuir – pour changer, et de laisser la bouteille de vodka vide sur mon portrait a été un geste plus qu'explicite.
Je ne vois pas pourquoi je devrais m'accrocher si c'est pour me prendre des baffes…
Ce qui m'énerve le plus c'est qu'à plusieurs reprises elle m'a mené en bateau. Elle s'est amusée et ensuite elle m'a rejetée comme une moins que rien. Elle a laissé tombé alors moi aussi, ça n'en vaut pas la peine, alors j'en ai fini de faire des efforts.
En tout cas c'est ce que je me suis jurée quand j'étais en train de pleurer comme une madeleine après sa fuite. Mais voilà je me suis réveillée il y a quinze minutes – avec un mal de crâne monumental, mais ce n'est pas la question, je me suis éveillée au son d'une Sara en détresse. Elle est en train de se débattre dans le canapé. Jusqu'ici je n'ai pas bougé d'un iota pour l'aider. Je suis allongée sur le lit en train de me persuader que je ne me soucie pas du fait qu'elle soit en plein tourment.
Je laisse tomber, je n'en ai plus rien à faire de Sara Sidle.
Ben voyons…
Tu veux bien arrêter tes conneries Willows ? Non, mais sérieusement, y'a des claques qui se perdent.
Oh ça va…
Bon d'accord, ça me tue à petit feu de la voir comme ça, et j'ai beau lui en vouloir de me faire autant souffrir, je n'y peux rien je l'aime. Oui, je l'aime, et le problème c'est que ces sentiments n'ont fait que grandir en dépit de tout. Ce n'est pas comme s'il y avait un bouton 'marche/arrêt' pour gérer mes sentiments – c'eut été trop facile. Non, au lieu de ça, je souffre le martyre mais ça n'empêche que je veux être près d'elle et que je ne supporte pas de la voir en proie à ses démons.
Je me lève mais retombe immédiatement sur le lit, dans ma hâte j'ai oublié que ma cheville était meurtrie. Ça fait un mal de chien et je dois serrer les dents pour ne pas crier. Je reprends mon souffle et me relève avec plus de prudence, j'avance aussi vite que possible vers Sara qui semble s'agiter de plus belle.
Lorsque j'arrive à son niveau je lui fais face, je suis en nage et je peine à respirer, le peu d'effort qu'il ma fallu pour atteindre le canapé me donne l'impression que je viens de déplacer une montagne.
Je secoue Sara légèrement. « Sara… Sara ma belle… réveille toi, tout va bien… »
Je n'anticipe pas du tout sa réaction et elle s'agite de plus belle se débattant avec une telle force que je reçois quelques coups alors que j'essaie de la prendre dans mes bras. Elle me repousse de toutes ses forces, elle est tellement prise dans son cauchemar qu'elle doit croire que je suis le danger et non pas la sécurité.
« Sara… ma belle… Sara tu es en sécu… » quand je réalise ce qu'il se passe je suis déjà un mètre derrière, par terre en train de porter ma main à mon visage. En se débattant Sara m'a accidentellement atteinte au visage avec ses poings. Je suis désorientée pendant quelques secondes, je sens le goût ferreux du sang m'envahir la bouche. Mes doigts me confirment que je saigne du nez, et j'ai aussi du sang dans la bouche.
Ouch, ça fait mal.
Je me relève et revient auprès de Sara. Je lui caresse légèrement le visage mais c'est comme si mon contact l'avait brûlé car son poing revient à la charge.
« Non…va t'en ne me touche pas ! » crie-t-elle à plein poumons.
Ouch, ça fait très mal.
Je secoue légèrement la tête pour me remettre du choc brutal. Mes doigts effleurent ma tempe et si la douleur est une indication fiable, quelque chose me dit qu'un joli bleu est en train d'établir résidence.
« Cath ? » une voix fébrile m'appelle. Je me concentre sur Sara et vois qu'elle me regarde horrifiée. « Mon dieu, est ce que j'ai… » elle regarde mon visage puis ses mains. « Je suis désolée, je suis désolée… » elle répète.
« Sara… tout va bien, ce n'est rien… »
Elle secoue la tête comme pour bloquer mes mots et se précipite dans la salle de bain et ferme la porte à clef.
« Sara ! » je soupire. Je me lève tant bien que mal et boite jusqu'à la porte de la salle de main.
« Sara, » je l'appelle doucement en frappant à la porte. « Ouvre-moi s'il te plait. »
Rien ne se passe mais je peux entendre qu'elle pleure. « Sara, ma belle, ouvre moi, tout va bien. »
« Je t'ai fait du mal… je t'avais dit de rester loin de moi ! »
« Sara, non… tu n'as rien fait de mal, je t'assure, ce n'est rien du tout. »
« Je ne voulais pas Cath… »
« Je le sais bien mon cœur… »
« Je t'ai fait du mal… je fais toujours ça à ceux que j'aime… je suis désolée, » sa voix est emplie de larmes.
« Sara, chérie, non… tu dormais, c'était un accident, » j'essaie de la rassurer.
« Je t'ai frappée... je suis comme eux, comme lui... tout comme lui... il faut que tu t'éloignes de moi au plus vite, je suis un monstre ! »
« Sara, calme toi, ouvre la porte tu verras par toi même que je vais bien, » ma voix se veut rassurante mais je dois dire que son comportement m'effraie.
« Non ! Vas t'en, pars loin de moi avant que je ne recommence ! Je t'en supplie Cath, pars ! »
« Sara, je t'en prie ouvre-moi la porte, » j'essaie à nouveau.
« Vas t'en ! Vas-t'en ! Tu m'entends ?! Je suis un monstre ! Tu n'es plus en sécurité avec moi ! »
« Sara, non, ouvre moi ! Ecoute moi bien tu n'es pas un monstre ! C'était un accident ! Tu m'entends ? Un accident ! »
Elle rit de manière narquoise. « Bien sûr, un accident… je connais cette excuse par cœur. Je suis un monstre et tu le sais ! »
« Sara… »
« Vas t'en ! » ordonne-t-elle plus violemment que tout à l'heure. Je n'ai pas le temps de protester car un grand fracas s'ensuit. «La ferme ! La ferme, tu m'entends ! Ferme-la ! »
Je suis paniquée, pour la première fois je mets son équilibre mental en doute, quelque chose me dit que ce n'est pas à moi qu'elle s'adresse. « Pitié, arrêtez… je n'en peux plus… » elle pleure.
« Sara ma belle je t'en prie ouvre moi la porte… » je la supplie à nouveau. J'ai le cœur qui bât la chamade elle me fait peur, pire je souffre de la savoir dans cet état, impuissante pour la rassurer avec cette porte entre nous. « Tu ne vas pas passer ta nuit là… ouvre moi, s'il te plait. »
« Vas-t'en… » elle murmure.
Je soupire, assurément je n'aurai pas le dernier mot, je pense que je vais la laisser se calmer un peu et espérer qu'elle ouvre la porte. Je vais dans la cuisine et me regarde dans le reflet de la fenêtre. Ce n'est pas joli à voir. Je trempe une feuille d'essuie tout et me nettoie le visage, je trésaille légèrement à la douleur. Après cinq minutes je retourne devant la porte de la salle de bain et m'assois en m'adossant contre le mur de sorte à faire face à la porte.
« Sara ? » je l'appelle doucement. Deux minutes de silence s'ensuivent ce qui m'alarme un peu. « Sara ? »
Toujours rien.
Chapitre 49 : Sara
« Sara ? » la voix de Cath me tire de mes pensées.
« Elle ne pouvait plus bouger… » je commence d'une voix fatiguée. « Elle était là, tuméfiée de partout, son visage était comme un ballon de baudruche. Et lui il continuait… je lui criais d'arrêter… mais il continuait. Elle bougeait légèrement, c'est la seule chose qui indiquait qu'elle était encore en vie. »
Je ferme les yeux et tente de vaincre la nausée grandissante.
« Cette image de ma mère allongée là et agonisante, elle me hante. Je la regardais et j'étais pétrifiée. Et puis après avoir bu une autre bière l'autre enfoiré est revenu à la charge. Il allait la tuer, elle tenait à peine à la vie alors je savais qu'elle ne supporterait pas un autre round. Mais lui comme toujours il n'en avait rien à foutre. Il a pris sa ceinture, mais la rage était si forte en moi, je n'ai jamais haï quelqu'un comme je le haïssais à cet instant. Je l'ai frappé… »
Je renifle avec pitié, je ne faisais pas le poids du haut de mon mètre quarante. C'était comme si un seul lilliputien s'attaquait à Gulliver, un combat perdu d'avance en somme.
« Je lui ai sauté dessus et je l'ai frappé de toutes mes forces. Pour arrêter de frapper ma mère, ça il l'a fait. Mais c'était juste pour mieux se concentrer sur moi. Et je peux te le dire, ce jour là c'était l'une des pires de toutes les dérouillées qu'il m'a foutues, » je serre les poings de rage, le besoin d'envoyer tout valser revient.
« David… il s'est interposé. Il lui a dit d'arrêter… l'autre salopard lui a dit d'aller chercher le 'sac', » je ricane amèrement. « Si seulement tu savais ce qu'un sac de toile rempli d'orange pouvait faire tu serais estomaquée. Et en bonus, ça ne laisse aucune trace… » les larmes chaudes coulent déjà le long de mes joues. Je me souviens de ce jour avec une parfaite clarté.
« David a refusé… plusieurs fois, et quand cet enfoiré qu'était notre père a commencé à le frapper, David a riposté. David était si doux, il ne perdait jamais son sang froid même dans les pires moments il me faisait passer avant son propre bien être. Là il était en train de frapper l'autre salaud de toutes ses forces et il avait même le dessus… seulement voilà une fois qu'il l'a mis par terre il s'est retourné pour s'occuper de moi et voir si j'allais bien… l'autre s'est relevé et l'a attrapé avant de lui défoncer le crâne contre un mur… il le traitait d'abruti fini et de petit con… »
Mon corps tremble comme une feuille. « David, il n'a rien dit il s'est relevé et s'est mis devant moi pour me protéger. Alors l'autre il lui a demandé de bouger de son chemin, après le quatrième refus, il a poussé David violemment, David a perdu l'équilibre et quand il était au sol, il se prenait des coups de pied dans l'abdomen… il lui a brisé des côtes et elles ont perforé ses poumons…il est mort dans mes bras, un léger sourire aux lèvres en me disant que tout allait bien… »
Je sanglote violemment, toute la souffrance enfouie depuis toutes ces années remonte à la surface, m'empêchant de respirer.
'Regarde ce que t'as fait ! Tout ça c'est de ta faute espèce de petite merdeuse! Si t'avais su rester à ta place ! Tu l'as tué maintenant ! Regarde ! T'es fière de toi?!
Je couvre mes oreilles pour bloquer la voix de mon père. « C'est de ma faute… je l'ai tué… tout ça c'est de ma faute… j'ai tué David… sans moi il serait encore en vie… et maintenant… » les sanglots redoublent et je ne peux plus parler.
Je regarde autour de moi, la salle de bain est sans dessus dessous, un peu comme ma vie.
Mon regard se pose sur un morceau de miroir cassé… il faut que tout ça cesse… il faut que j'y mette fin.
Chapitre 50 : Catherine
J'ai le souffle coupé, ce que je viens d'entendre m'a fait l'effet d'un coup de poing en plein ventre. Je suis en colère et j'ai mal, j'aimerais tellement pouvoir prendre Sara dans mes bras et lui offrir un peu de sécurité. Les larmes coulent sur mon visage, de douleur pour ce qu'elle a enduré alors que ce n'était qu'une enfant de rage pour cette fraction d'homme qu'était son père, de soulagement car elle n'est pas la meurtrière qu'elle croyait être.
« Sara… ce n'est pas de ta faute tu m'entends… tu n'as rien fait de mal... David et toi vous n'avez rien fait de mal… tu m'entends, » je lui dis fermement malgré les larmes dans ma voix.
« Je l'ai tué… et je t'ai fait du mal… je suis comme lui… je ne vaux pas mieux que mon enfoiré de père! »
« Non, Sara, tu n'as rien fait de mal, rien de tout cela n'est de ta faute… c'est ton père, c'est lui qui a tué David… »
« Tais-toi ! Tais-toi ! Tu ne sais pas ! J'étais là, tout ça c'est de ma faute… »
« Sara… ouvre moi s'il te plait ! »
« Non… il faut que j'en finisse, je ne veux pas te faire plus de mal que je n'en ai déjà fait… pardonne moi Cath… je ne voulais pas de faire de mal… »
Sa voix est emplie de désespoir, elle me fait vraiment peur. Je sais que je ne pourrais pas la raisonner tant qu'il y aura cette porte entre nous. Elle est émotionnellement à bout et ne pense pas de manière rationnelle.
« Mon père avait raison… je ne mérite pas de vivre… »
Ces mots me glacent le sang, il faut que j'entre dans cette salle de bain, j'ai un très mauvais pressentiment.
« Je t'aime Cath, je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne, tu m'as donné goût à la vie sans même t'en rendre compte. Mais comme toujours j'ai tout gâché. Je t'aime, et j'aurais aimé pouvoir te le montrer, mais même ça je ne suis pas foutue de le faire. »
Ces mots sont d'une intensité brute et me secouent du cœur à l'âme. « Sara, je t'aime moi aussi, et on peut faire en sorte que ça marche, je n'ai pas l'intention de baisser les bras… » je lui dis bouleversée. Je suis à genoux devant la porte, tremblante de peur, j'ai la mauvaise impression que je vais la perdre et ça me tue littéralement.
« Sara… ma belle ouvre moi, je t'en supplie… »
« Comment est ce que tu peux m'aimer ? Tu ne comprends donc pas ? Je suis un monstre ! Comment est ce que tu peux m'aimer alors que je me hais ? »
« Je t'aime, ça ne s'explique pas, je n'ai pas choisi…. mon cœur t'a choisie Sara, je t'aime et je n'ai pas l'intention de laisser tomber, » je lui réponds fermement.
Je l'entends pleurer de plus belle « Je suis désolée Cath… je ne peux pas…. je ne peux pas prendre le risque de te faire du mal à nouveau… » elle rit tristement. « Je me suis toujours promis que le jour où je deviendrais comme lui j'en finirais avant de perdre complètement pied… je te demande pardon Cath… je t'aime… je t'aime à en crever et c'est pour ça qu'il faut que je te garde à distance… »
« Sara… ouvre moi… » je demande avec urgence, je n'aime pas ce que j'entends. « Ouvre moi, ma belle, reste avec moi, je t'en prie ouvre moi cette foutue porte ! »
« Pardon…. pardon… » elle répète avant que sa voix ne se noie dans ses sanglots. Une terreur viscérale me glace le sang.
« Sara, ne fait rien de stupide tu m'entends ? Tu n'es pas comme lui… »
« Pardon… pardon… » peu importe ce que je dis, elle est enfermée dans sa tête.
Je l'ai perdue… et je sais que si je ne trouve pas une solution rapidement cette perte sera définitive.
Je me lève et me précipite tant bien que mal vers mon sac à main et en extirpe ma lime à ongles. Je m'agenouille à nouveau près de la porte et tente de crocheter la serrure.
« Sara, je t'aime et tu veux savoir pourquoi ? Parce que tu es généreuse, intelligente, attentionnée et si altruiste… tu penses toujours aux autres avant de penser à toi… rien que de voir ton sourire me rend dingue… et du plus simple des gestes tu arrives à transformer tout mon univers…. je t'aime Sara… crois moi tu es tout sauf un monstre… bien au contraire tu es exceptionnelle… »
Je parle tout en m'occupant de la serrure mais le silence que je rencontre ne fait que redoubler ma peur. Pourquoi est ce que dans les films une fraction de seconde est suffisante pour crocheter une putain de serrure ? J'ai les mains tremblantes et peine à y arriver.
« Sara, parle moi ma belle je t'en prie… » je la supplie.
Je l'entends toujours pleurer et je m'accroche à l'espoir que je pourrais arriver à entrer dans la salle de bain avant qu'un malheur n'arrive.
« Pardonne-moi… »
Après deux minutes supplémentaires j'arrive enfin à débloquer la porte. Quand je l'ouvre la vision qui m'accueille est une vision qui me hantera à jamais. Sara tient un morceau de miroir tranchant fermement dans une main, les côtés acérés de l'objet lui pénètrent la paume mais je doute qu'elle s'en rende compte. Elle est là fébrile regardant la pointe glisser le long de son poignet. Je m'agenouille devant elle et lui retire gentiment le morceau de miroir des mains. J'attrape la première serviette que je trouve et bande son poignet en espérant que la coupure n'est pas profonde.
« Reste avec moi la belle… » je dis doucement, elle fond en larmes dans mes bras. « Je t'aime et je ne te laisserais jamais tomber… accroche toi à moi… j'ai besoin de toi Sara… je t'aime. »
Elle sanglote violemment et je me contente de la serrer dans mes bras, consciente que j'ai failli la perdre pour de bon. Je la tiens et je ne suis pas près de la laisser partir.
Au diable tout ce qu'il s'est passé avant, on va prendre un nouveau départ.
Chapitre 51 : Sara
« Reste avec moi ma belle… Je t'aime et je ne te laisserais jamais tomber… accroche-toi à moi… j'ai besoin de toi Sara… je t'aime. »
Pourquoi ne veut-elle pas comprendre ? Pourquoi ne veut-elle pas me laisser partir ?
Je sais bien que c'est la seule possibilité qu'il me reste pour protéger les gens de la bête qui s'éveille en moi ! Il me suffirait de regarder le visage tuméfié de Catherine pour ne pas oublier une seule seconde ce que je suis capable de faire. Mais je n'ose pas encore le faire. Je sais ce que je vais voir et je n'y suis pas encore prête.
Si elle pense que l'amour est le remède à tous les maux, c'est qu'elle n'a pas encore réalisé toute la souffrance que je peux lui infliger ! Si elle s'imagine que me répéter sans arrêt qu'elle m'aime et me donner toutes les bonnes raisons pour lesquelles je suis quelqu'un d'exceptionnel est suffisant, c'est qu'elle n'a rien compris à ce qui vient de se passer.
On ne peut pas lutter contre ses gênes… on ne peut pas lutter contre l'hérédité ! La mienne est là, bien tapie au fond de moi et ce maudit stage ne lui aura permis que de surgir au grand jour et de donner un avant goût de tout ce qui risque d'arriver si on ne la musèle pas très vite.
Je suis mal, vraiment mal, jamais je ne me suis autant détestée. Je me dégoûte tellement je suis pathétique. Je serais mieux seule, mais Catherine est là et ne me lâche pas. Elle me serre toujours comme si sa force allait passer de son corps au mien. Je sais pertinemment qu'elle a peur de ce que je pourrais faire si elle me laissait ne serait ce que quelques minutes.
Elle a raison d'avoir peur !
Son contact me brûle, accentuant encore le flot de mes larmes. J'aimerais me laisser aller contre elle, profiter de la caresse de sa main dans mon dos, abuser de sa chaleur… Je voudrais croire qu'elle va me sauver de mes démons, qu'elle arrivera à me faire réaliser que tout peu s'arranger. Mais je sais que je suis un monstre et que je ne suis bonne qu'à faire souffrir les autres.
Alors que je l'écarte le plus calmement que je puisse, je prends réellement conscience de ce que je lui ai fait. Un énorme bleu commence à apparaître sur le côté de son visage et même si elle a essayé de le cacher en se nettoyant, je vois très nettement qu'elle a saigné du nez et de la bouche.
Cette vision est un véritable choc pour moi, le peu de calme que j'avais réussi à récupérer dans ses bras s'envole immédiatement. De nouveau, mon cœur s'emballe et je sens le sang affluer à mes tempes. La pression est si forte que j'ai l'impression que ma tête va éclater.
Le visage de ma mère et celui de David se superposent tour à tour à celui de Catherine. Ce sont les mêmes ecchymoses, les mêmes traces de coups que je vois. Les conséquences de cette violence que je n'avais vue jusqu'alors que chez mon salaud de père. Si elle était jusqu'à présent latente en moi et que j'arrivais à la contrôler par l'automutilation, je ne peux désormais faire semblant de croire que je la maîtrise. C'est elle qui a pris les commandes !
Je suis devenue la digne fille de mon père, sa plus belle œuvre ! Il avait entièrement raison, je ne suis qu'un monstre qui ne peut que faire du mal aux autres, qui ne mérite pas de vivre.
Je ne suis qu'un monstre… son monstre !
Sa chose, qui rien qu'avec ses poings arrive à façonner les plus hideux des tableaux !
Catherine me regarde comme si de rien n'était, les yeux pleins d'amour, sa main serrant toujours la serviette autour de mon poignet. Mais même avec tous les sourires et tout l'amour du monde, elle ne peut effacer les traces sur son visage… mes traces !
J'éprouve une sensation qui va bien au-delà du dégoût… une sensation qui se rapproche davantage de la peur… la peur de lui faire encore mal… de me laisser dominer par l'héritage familial. Je sens que la bête qui sommeille en moi ne demande qu'à réagir de nouveau. Il faut que je m'éloigne de Catherine… que je fuie… il faut que je la fuie ! Si je dois lui prouver mon amour, il n'y a qu'une seule façon valable de le faire, lui éviter des souffrances inutiles.
Je finis de la repousser totalement pour pouvoir me relever. Mon mouvement trop rapide m'étourdit, je dois m'appuyer contre le mur de la salle de bain pour ne pas me retrouver de nouveau par terre. La serviette ensanglantée qui masquait ma plaie tombe sur le sol dévoilant la coupure que je me suis infligée. Le sang ne coule plus, mais ce n'est tout de même pas beau à voir. Je ne me suis pas ratée ! Si Catherine n'était pas intervenue tout serait désormais réglé.
Je ne dois pas flancher alors que je suis si près de sauver celle que j'aime de la furie qui est en moi.
« Je dois partir » j'ai seulement murmuré, mais je vois bien dans son regard qu'elle a compris que je ne disais pas cela juste pour lui faire la conversation. Ses yeux se voilent de tristesse et d'une pure angoisse, comme si elle avait compris où je voulais en venir.
« Tu n'iras nulle part, Sara ! Tu restes avec moi… on va se battre ensemble et on va gagner… je ne te laisserais sûrement pas partir ! ».
Je la repousse sans ménagement et me dirige vers la pièce principale, mais avant que j'ai eu réellement le temps de faire quoi que ce soit, elle m'a rattrapé et est venue se placer juste devant moi.
« Tu m'as entendue tout à l'heure, Sara ? Je t'ai dit que je t'aimais… je ne l'ai pas fait juste pour te faire plaisir ! J'ai dis ça parce que je le pense tout simplement ! Tu comprends ? Je t'aime à en mourir, je t'ai dans la peau… donc jamais je ne pourrais te laisser partir tout en sachant que tu vas te faire du mal ! »
« J'ai très bien compris, Cath » je lui réponds dans un soupir en passant une main lasse sur mon visage. « J'ai compris mais c'est toi qui ne veux pas comprendre ! J'aimerais que tu fasse un effort et que tu réalises enfin ce que je suis en train de devenir ».
Je lui fais front comme si ma propre détermination devait changer quelque chose.
« Mais regarde-toi dans une glace ! Regarde ce que je t'ai fait ! Tu as vu dans quel état tu es ? ».
En prononçant ces mots, je sens les sanglots revenir dans ma voix. Je dois lutter pour ne pas me remettre à pleurer et m'effondrer de nouveau dans ses bras. Ce n'est pas en agissant ainsi que j'arriverais à lui faire entendre raison. Je dois résister à cette partie de moi qui veut se laisser aller à lui faire confiance, qui veut croire que son amour me sauvera.
« Tu vois, même toi, tu ne trouves rien à redire à cela ! » C'est la seule vérité que je trouve à lui asséner. « Tous les plus beaux sentiments n'effaceront jamais les bleus sur ton visage ! ».
Elle me regarde intensément, je crois qu'elle cherche l'argument magique, la chose la plus judicieuse à dire qui me ferait changer d'avis. Son froncement de sourcils est la meilleure preuve qu'elle n'y est pas parvenue. Faute de mieux, elle prend doucement ma main dans la sienne et la porte à ses lèvres pour y déposer un tendre baiser.
« Sara… ma Sara… tout ça, ça n'a pas d'importance… tu n'étais pas consciente à ce moment là ! Ce n'est pas de ta faute… je sais que tu n'étais pas dans ton état normal et c'est pour ça que je n'aurais jamais peur de toi ! Tu comprends, JAMAIS je n'aurais peur de toi… je sais que JAMAIS tu ne me feras du mal volontairement »
A ces paroles, l'abattement me quitte totalement pour ne laisser place qu'à la colère, une pure et véritable colère. Si je croyais être têtue, j'ai trouvé en la personne de Catherine Willows, un maître en la matière. Elle ne veut rien comprendre et ça me met les nerfs en pelote !
Je dégage violemment ma main de la sienne, saisit ses poignets et les ramène dans son dos d'un mouvement brusque en la maintenant fermement dans cette position. Dans cet état, je suis obligée de me coller contre elle. La chaleur de son corps irradie à travers mes vêtements provoquant de petites décharges électriques dans mon ventre, mais je ne veux pas me laisser aller à profiter du bien-être qui commence à me gagner. Je dois par tous les moyens lui faire entrer dans le crane qu'elle n'est pas en sécurité avec moi, que je suis un danger pour elle !
« Sara, mais qu'est ce que tu fais ? Tu me fais mal ! » Elle crie presque tellement elle ne s'y attendait pas. La surprise sur son visage est flagrante, elle ne comprend pas ce qui lui arrive et pourquoi j'agis ainsi. Elle essaie de se débattre mais je la maintiens fermement mes bras passés autour d'elle.
Tout en lui tenant les mains dans le dos, je la pousse violemment contre le mur le plus proche. Elle pousse un cri de douleur sous le choc. Même moi, je me suis fait mal au moment où mes mains ont heurté le mur, mais la rage bouillonne toujours en moi me donnant le courage de maltraiter Catherine.
Je l'aime… je l'aime même plus que ma propre vie… mais elle doit savoir maintenant réellement qui je suis… elle a le droit de savoir… après, elle pourra me laisser partir… dans tous les sens du terme !
« Tu penses vraiment que je ne peux pas te faire du mal volontairement ? … Tu te trompes ! »
Je l'éloigne quelque peu du mur pour de nouveau l'y projeter en la poussant avec mon corps. Son dos heurte violemment le mur lui arrachant encore un cri. Elle serre les dents et respire profondément avant de répliquer.
« Arrête Sara… je sais que tu fais ça pour me dégoûter, mais ça ne changera rien, tu n'y arriveras pas ! … Je t'aime et je t'aimerais toujours ! »
Elle a l'air tellement sûre d'elle !
« Vraiment ?! » Ma voix est de plus en plus forte, tout comme la violence avec laquelle je la précipite encore contre le mur. A chaque coup, je sens la chaleur monter.
Elle aussi se met à hurler, son visage à quelques centimètres du mien.
« Oui, vraiment ! Tu crois que je peux décider comme ça d'un seul coup de ne plus t'aimer ! Tu sais très bien que c'est impossible. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas ! ET JE NE VEUX PAS ! Je t'aime et je veux continuer à t'aimer »
Elle m'assène ça comme une vérité qu'on ne peut remettre en cause, une vérité immuable qui jamais ne changera.
Mon cerveau bouillonne. J'ai de plus en plus chaud, de plus en plus de mal à me contrôler.
Elle veut crier, pas de souci, … crions !
« Arrête de me dire que tu m'aimes… je ne veux plus l'entendre ! »
Cette fois, je l'ai poussé tellement fort que sa tête a heurté le mur. Le choc a été si brutal sur mes propres mains que je manque de la lâcher.
Catherine a l'air légèrement étourdie et ne réagit pas tout de suite. Pendant quelques secondes, la panique m'envahit et me fait regretter mon geste. J'ai peur de lui avoir fait plus mal que je ne le pense et qu'il n'est nécessaire. Alors que je m'apprête à la lâcher, elle relève la tête et plonge ses yeux bleus pleins d'une détermination féroce dans les miens.
« Sara… je t'aime » Elle a mis tout le défi possible dans sa voix. Ses yeux ont changé de couleur, ils sont devenus brusquement plus foncés sous la colère, j'ai l'impression qu'ils vont se mettre à me lancer des éclairs. « Je t'aime » elle se répète encore.
Je vois bien qu'elle s'attend à ce que je recommence et je ne vais pas la décevoir. De nouveau, je l'envoie valser contre le mur plusieurs fois de suite. A chaque fois, elle pousse un hurlement de souffrance mais entre chaque coup, elle me répète qu'elle m'aime… encore et encore !
Après plusieurs minutes de ce petit jeu, je me sens vidée, usée. Je ne sens même plus mes mains tellement, elles ont frappé de fois le mur dans le dos de Catherine. De l'acide coule dans mes veines et je commence à transpirer à grosses gouttes.
« Je t'aime… je t'aime, Sara » elle murmure à bout de souffle. « Tu ne pourras pas m'en empêcher… j'en mourrais si je ne pouvais plus t'aimer ! Tu ne veux pas que je souffre, c'est ça ? … Et bien, ce n'est pas en disparaissant de ma vie que tu y arriveras. Ne plus t'avoir près de moi, c'est ça la pire souffrance que je puisse vivre ! Tu comprends ça, je ne survivrais pas sans toi, Sara ! »
Elle ne survivra pas sans moi ?! Mais elle ne survivra pas avec moi non plus !
Je ne sais pas si c'est le corps de Catherine contre le mien ou les aveux qu'elle vient de faire mais j'ai de plus en plus chaud. Le sang qui afflue dans mon cerveau tambourine inlassablement… un début de migraine commence à serrer ma tête dans un étau et annihile tout ce qui me reste de bon sens.
Voyant que je ne réagis pas, elle en profite pour reprendre la main. Elle se hisse sur la pointe des pieds, franchit les quelques centimètres qu'il y a encore entre nous et plaque violemment sa bouche contre la mienne. Ses lèvres douces et humides me font l'effet d'un électrochoc. Je lâche immédiatement ses poignets pour venir coller mes mains dans le bas de son dos, me rapprochant encore un peu plus d'elle.
Je me dégoûte d'avoir si peu de volonté dès que je me retrouve dans ses bras
Toutes mes bonnes résolutions s'envolent comme de la fumée. Mon cerveau se vide instantanément, si ce n'est pour garder la conscience aiguë du corps bouillant de Catherine contre moi et de ses lèvres sur les miennes.
Immédiatement, elle profite que je l'ai lâchée pour passer ses bras autour de mon cou et se coller un peu plus à moi. Elle franchit rapidement la barrière de mes lèvres, cherchant ma langue et fouillant sauvagement ma bouche. La tête me tourne. Elle a comme l'effet de l'alcool sur moi, elle me fait perdre tous mes repères, me fait oublier tout le reste et surtout les conséquences de ce qui est en train de se passer.
Si je me sens subitement alanguie, Catherine, elle, est déchaînée. D'un vif coup de hanche, elle m'oblige à reculer et avant que je ne comprenne ce qui est arrive, c'est moi qui me retrouve plaquée contre le mur.
Sans jamais lâcher ma bouche, elle tire sur mon t-shirt et glisse ses mains dessous pour parcourir de caresses fiévreuses mon ventre, mon dos et ma poitrine.
Trop d'émotions m'assaillent, mes jambes sont flageolantes. Je ne tiens encore debout que grâce à Catherine qui me maintient au mur avec son corps et avec ses mains. Jamais je n'aurais imaginé qu'elle puisse m'embrasser avec tant de passion, tant de fougue. Je sens bien que là, il n'y aura pas de retour en arrière possible. Elle va me faire l'amour là, tout de suite, comme si me montrer son besoin urgent de me posséder allait résoudre mon dilemme.
Au bout d'un moment, elle semble se souvenir que j'ai besoin d'air et s'écarte doucement de moi sans pour autant me lâcher. Je n'ose pas ouvrir les yeux… je ne veux pas voir ce qu'il y a dans son regard… je me contente d'écouter son souffle rapide et de sentir ses mains posées sur mon ventre.
Je sens alors un baiser aussi léger qu'une plume sur mes lèvres. Le contact est tellement fugace que je me demande si je ne l'ai pas rêvé.
« Ma belle… ouvre les yeux… regarde-moi. » Elle a murmuré ses paroles dans un souffle, comme une prière.
Elle sort sa main de sous mon t-shirt, laissant ma peau hurler de perdre cette sensation de chaleur. Un frisson me parcourt quand je la sens la poser sur ma joue et la caresser tendrement.
Je ne sais plus ce que je ressens… j'ai chaud… j'ai froid… j'ai envie qu'elle s'éloigne… mais j'ai faim d'elle… désespérément faim… je suis affamée… je suis perdue !
« Sara… regarde-moi »
La regarder… mais pourquoi ? Pour voir combien elle est belle, désirable, pour voir qu'elle est prête à s'offrir à moi… pour voir tout ce que je vais perdre… pour me confirmer combien je l'aime…
Je l'aime…
Tout doucement, j'ouvre les yeux… elle est là, elle me sourit tendrement, sa main toujours sur ma joue.
Je n'ai pas le temps de profiter de ce spectacle magnifique… immédiatement, ma vue se brouille et je sens mes jambes ployer sous mon poids.
La dernière chose dont j'ai conscience est le cri affolé de Catherine avant qu'un voile noir ne tombe sur moi.
« SARA ! »
Chapitre 52 : Catherine
« SARA ! … Qu'est ce que tu as ?»
J'ai juste le temps de réagir et de passer mes bras autour de sa taille avant qu'elle ne s'effondre. Je la maintiens aussi fermement que possible contre le mur mais le poids de son corps l'entraîne de plus en plus vers le sol. La douleur que je sens encore dans mes omoplates ne m'aide pas à la garder debout. Elle n'y a pas été de main morte et j'ai véritablement le dos ruiné !
« Sara, ça va ? Réponds-moi ! »
Mais quelle idiote de poser une question pareille à quelqu'un qui est évanoui. Il faut que je fasse quelque chose. Il faut que je l'allonge sur le lit.
Cette opération me prend un temps fou. Entre ma cheville blessée qui me lance douloureusement, le poids du corps inerte de Sara et mon dos, nous manquons de tomber une bonne dizaine de fois. Quand enfin je réussis à l'allonger, je suis en nage et à bout de souffle, mais je n'en ai cure ! Je m'assois immédiatement à côté d'elle et pose ma main sur son front. Il est bouillant !
Je n'ai même pas besoin de la toucher, je le vois bien, elle a une fièvre de cheval. Son visage et son cou sont tous rouges et une légère sueur est apparue sur sa lèvre supérieure et sur son front.
Je ne suis pas plus idiote que la moyenne, je sais très bien qu'une fièvre ça arrive et que ce n'est pas forcément grave … Lyndsey en a eu suffisamment dans son enfance pour que je sache ce que c'est. Mais là, c'est à Sara que ça arrive … à ma Sara… et je ne peux être raisonnable quand je la vois comme ça devant moi… inconsciente ! Ca me fait peur, jamais je ne l'ai vue dans un état pareil… totalement vulnérable, abandonnée !
Qu'est ce que je fais ?… Est-ce que je dois appeler Salinger ? … Est ce bien nécessaire… et si c'était grave… et si elle était vraiment malade ?
Avant de décider si je dois ou non réveiller le doc alors que le jour n'est pas encore levé, je choisis d'installer Sara correctement pour qu'elle soit au mieux vu son état.
Comme je le peux mais avec beaucoup de difficultés, je la déshabille, lui laissant tout de même ses sous-vêtements. Je sais bien que ce n'est pas glorieux mais je ne peux m'empêcher de la contempler. Elle a un corps tellement superbe qu'il est dur pour moi de résister à la tentation d'y faire courir mes mains.
Ca suffit Willows, elle est malade !
Ok, ok… je ferme les yeux quelques secondes pour reprendre mes esprits et je me lève pour aller lui chercher un autre t-shirt. C'est lorsque je veux lui enfiler que mes yeux se posent sur son bras. Je ne l'avais pas remarqué avant mais au dessus de la blessure qu'elle s'est infligée ce soir, il y a d'autres fines coupures régulières et ensanglantées. En regardant de plus prête, je constate qu'à côté de celle ci qui sont toutes récentes, il y a de minces cicatrices plus anciennes. Il n'y a aucun doute possible, elles sont trop régulières pour ne pas avoir été faites volontairement.
Bouche bée, je fixe tour à tour les cicatrices puis le visage de Sara. Les larmes ruissellent abondamment sur mon visage… je n'arrive pas à accepter ce que je vois… je ne veux pas réaliser ce que ça veut dire !
« Mon dieu, Sara… pourquoi tu n'es pas venue me voir ?! »
J'ai parlé à haute voix. Je sais qu'elle ne peut pas m'entendre mais je n'ai pas pu me retenir. La douleur qui m'enserre le cœur et me coupe littéralement le souffle doit sortir, elle est trop intense !
Comment est ce que j'ai pu être aveugle à ce point là ? Et ne pas avoir vu pendant des années que Sara souffrait le martyre à côté de moi !
Jamais je n'aurais assez de toute une vie pour réparer ça !
Pourtant, il faut que j'essaie… je dois essayer !
Je passe une main rageuse sur mon visage pour effacer les larmes qui ne cessent de couler. Tant bien que mal, j'enfile le t-shirt propre sur Sara et la recouvre au maximum avec la couette. Boitillant toujours et maudissant cette cheville foulée, je me rends à la salle de bain pour prendre une serviette mouillée et la trousse de premier secours. Je lui glisse la serviette sous la nuque pour la rafraîchir un peu.
Assise prés d'elle, je sors son bras meurtri de dessous la couette et commence à nettoyer et désinfecter délicatement toutes ses plaies. A plusieurs reprises, je dois stopper tellement les larmes me brouillent la vue. Je n'arrive plus à m'arrêter de pleurer.
Comment Sara a t'elle pu en arriver au point de se scarifier ? Pourquoi j'ai été assez égoïste pour ne rien voir ?
« Pardonne-moi Sara… pardonne moi de ne pas avoir été là pour toi… mais ça va changer… je te le promets… maintenant je suis là et tout ça doit s'arrêter ! »
Je me rends à peine compte que j'ai parlé à voix haute. Ce que je dis, je le dis autant pour elle que pour moi. Je dois me convaincre que j'ai le pouvoir de faire ce qu'il faut, que je suis assez forte pour l'aider.
Si moi qui l'aime à en crever, je ne peux pas l'aider, qui le pourra ?
Pendant que je me bats entre l'effondrement et la détermination, j'ai le temps de lui faire un bandage tout le long de son avant bras et de soigner sa main blessée par le morceau de miroir. Toutes ces marques sont désormais cachées. Pour plus de sécurité, je baisse la manche longue du t-shirt par dessus son bras afin que le pansement se voie le moins possible et glisse ses bras sous la couette.
Je la regarde… elle est tellement belle… elle a l'air apaisé, tranquille. Si ce n'est la légère transpiration sur son visage, on pourrait penser qu'elle dort paisiblement. Quelqu'un qui entrerait à ce moment dans la pièce, ne pourrait pas s'imaginer tout ce qui vient de se passer durant les deux dernières heures. Il verrait juste une jeune femme tranquillement endormie et surtout pas la Sara torturée que je découvrais jour après jour.
Je me penche vers elle et dépose un léger baiser sur son front.
« Sara, je t'aime… tu m'entends ? N'oublie surtout jamais que je t'aime. »
Elle tressaille à peine mais n'a pas d'autres réactions.
Ne pouvant supporter plus longtemps de la voir ainsi, je me décide à appeler Salinger.
Ooooooooo
Plusieurs heures plus tard, je suis toujours au côté de Sara. C'est déjà le milieu de l'après midi. Cette journée a passé à une vitesse folle tout en avançant à rien. Quel paradoxe !
Le matin, le médecin du centre qui avait soigné ma cheville, était passé de très bonne heure. Il m'avait très vite rassuré, Sara n'avait qu'une forte fièvre. Il m'avait expliqué que c'était probablement du à un virus. Moi, je ne lui dis rien, mais je pense surtout que ce sont les émotions de la veille ajoutées à la fatigue nerveuse des derniers jours qui ont fini de l'achever. D'après lui, ça ne va pas durer et elle sera probablement debout dès le lendemain. Fatiguée, groggy, mais debout !
Il me donne du paracétamol à lui donner toutes les quatre heures, m'ordonne de bien la garder au chaud et de surtout l'appeler s'il y a quoi que ce soit qui me paraît bizarre.
Durant tout le temps où il a été là, je priais pour qu'il ne remarque pas le bandage autour du bras de Sara. Attitude ridicule puisque je savais pertinemment qu'il allait s'en rendre compte en l'examinant. Mais alors que je n'osais l 'espérer, mes explications sur une blessure bénigne lors d'un exercice lui conviennent.
Cette explication semble l'avoir tellement satisfait qu'il ne m'a même pas demandé d'où venait le bleu sur mon visage !
Après son départ, je prends une douche rapide et mange un morceau sur le pouce avant d'appeler Salinger pour lui expliquer que nous ne pourrons pas être là aujourd'hui. Il insiste pour me voir quand même mais miraculeusement j'arrive à le convaincre en lui donnant comme excuse que je dois rester près de Sara pour la surveiller et que je ne peux décemment pas la laisser seule.
A lui non plus, je n'ai pas envie de lui expliquer d'ou proviennent les marques sur mon visage. Il sera bien assez tôt pour réfléchir à une explication plausible à lui fournir. Je lui promets de l'appeler dans la soirée pour le tenir au courant et je peux enfin retourner m'occuper de Sara.
Durant les heures qui suivent, je reste à ses côtés dans un fauteuil que j'ai amené près du lit. Je la réveille régulièrement pour lui donner le paracétamol ou pour la faire boire afin d'éviter qu'elle ne se déshydrate. A chaque fois, elle émerge à peine de l'inconscience, poussant tout au plus de vagues grognements de protestation. Mais dans l'ensemble, elle se laisse faire docilement.
J'essaie bien de lire un peu afin de m'occuper mais je n'arrive absolument pas à garder les idées fixées sur ce que je fais. Je crois même avoir parcouru au moins dix fois la même page que je lis encore et encore. En effet systématiquement, mon esprit et mes yeux se posent sur Sara.
J'aime la regarder dormir. Pour une fois, elle semble apaisée et je peux l'observer sans vergogne. Si au début, j'avais peur qu'elle se remette à faire les terribles cauchemars qu'elle a la nuit, je me rends vite à l'évidence… la fièvre a au moins cet effet de bon… elle est assommée !
Toute la journée, je retourne encore et encore les mêmes évènements de ces dernières heures dans ma tête : les aveux de Sara, ses cauchemars et les coups qui ont suivi, ses mutilations…
Je revis inlassablement tout cela. Me rendant folle à force d'y penser.
Je sais que si elle a été violente avec moi, c'est tout simplement pour me dégoûter d'avoir envie de rester près d'elle. Je sais que tout ça n'a été fait dans ce seul et unique but et absolument pas parce qu'elle veut me faire souffrir.
Je me demande tout de même si elle, va être capable de se pardonner de m'avoir fait mal. Je commence à la connaître tellement bien que je sais qu'elle va avoir l'impression d'être devenue comme lui !
Je suis en colère. En colère contre son père de lui avoir fait tant de mal, en colère contre tous ceux qui n'ont pas su aider l'adolescente maltraitée qu'elle était, en colère contre elle de ne pas m'avoir demandé de l'aide, mais surtout en colère contre moi de ne pas voir su voir ce qui crevait les yeux. Jamais je ne pourrais me pardonner d'avoir été aussi aveugle ! Est ce pour ça que Sara n'avait jamais pu se rapprocher de moi, parce qu'elle avait vu en moi quelqu'un de froid, insensible, au cœur de pierre et étrangère à tout ce qui arrive aux autres ?
Mais si elle ne veut pas l'entendre, comment lui faire comprendre que désormais je suis là pour elle et que je ne la laisserais pas tomber ?! Plus question de jouer les bipolaires et de vouloir un jour rester avec elle et le lendemain sortir de sa vie parce qu'elle ne s'est pas conduite comme je l'aurais souhaité.
Non ! Je l'aime comme une folle et je dois l'accepter comme elle est, avec ses qualités, ses défauts mais aussi avec ses démons… surtout avec ses démons… aussi terrorisée que je sois par ce qui nous attend.
Je dois l'aider à gagner cette bataille qui la ronge, je ne peux pas la laisser capituler, pas maintenant que nous avons enfin réussi à nous avouer nos sentiments. Même si c'était dans la douleur, c'est un fait… elle me l'a dit… elle m'aime !
Et ça, elle ne pourra jamais dire le contraire !
Nous l'aurons ce nouveau départ ! Nous la gagnerons cette bataille ! S'il le faut j'y croirais pour deux… je me battrais pour deux !
Remontée à bloc par ce nouvel optimisme à toute épreuve, je suis tirée de mes rêveries par Sara qui commence à s'agiter dans le lit. Si au début, je m'étais affolée, je me suis vite rendue compte que ce petit manège avait lieu à peu près toutes les heures. Elle avait tellement chaud qu'elle essayait régulièrement de se débarrasser de tout ce qui faisait monter la température. Elle faisait donc de grands mouvements de jambes pour repousser la couette au pied du lit et tentait presque d'arracher ses vêtements.
Cette fois ne fait pas exception, à force de remuer, la couette se retrouve vite à ses pieds et son t-shirt en haut de son ventre.
Même si je sais que ce n'est définitivement pas le moment, je ne peux m'empêcher de sentir un pincement au creux de mon estomac à la vue de ses longues jambes et de son ventre plat.
Je me maudis ! Rien que d'apercevoir un bout de peau et ça y est, je suis en émoi. Je suis vraiment pathétique !
Reprenant mes esprits, j'abaisse rapidement son t-shirt et ramène la couette sur elle.
« Cache tout ça, ma belle… sinon je ne vais pas pouvoir résister longtemps à l'envie d'y goûter » je dis ça doucement en lui caressant les cheveux.
Instantanément, elle se calme et attrape ma main pour venir la poser contre sa joue.
Un élan d'amour immense me submerge bloquant l'air dans mes poumons. Je sens mon cœur se serrer jusqu'à presque en avoir mal. Je ne sais pas vraiment comment mais j'arrive à dominer mes pulsions et à me retenir de ne pas l'embrasser dans la seconde.
Je me sens d'un seul coup fatiguée, très fatiguée. Cette journée a été irréelle, comme hors du temps. Je suis debout depuis le milieu de la nuit dernière et je n'ai quasiment rien mangé depuis. La tension nerveuse a eu raison de mes forces. Je suis épuisée, vidée.
Même s'il n'est que la fin de l'après midi, je décide de me coucher moi aussi. Je passe un rapide coup de fil à Salinger pour être sûre de ne pas le voir débarquer à l'improviste et vais me changer dans la salle de bain.
La question de savoir où je dois dormir est très vite résolue. Plutôt que d'être raisonnable et d'aller me coucher sur le canapé, je me glisse sous la couette à côté de Sara. Je suis partagée entre l'envie de me serrer contre elle… j'ai besoin de la sentir, de la toucher, de savoir qu'elle est là bien vivante… et la raison qui me dit qu'il faut que je la laisse se reposer tranquillement.
Bien sûr comme à chaque fois, la raison n'a aucune emprise sur moi. Et puis après tout, le médecin m'a conseillée de la garder au chaud, non ? Et qu'est ce qu'il y a de meilleure que la chaleur humaine je vous le demande ? Et bien … RIEN !…Donc en fait, c'est pour des raisons purement médicales si je fais ça, par pur altruisme !
'Ouais, c'est ça Willows ! A qui tu veux faire croire ça ! Franchement tais-toi parce que là tu es ridicule !'
Bien décidée, je me rapproche de Sara. Elle me tourne le dos. Je viens me coller contre elle et passe mon bras autour de sa taille pour venir poser ma main sur son ventre, sous son t-shirt.
Immédiatement, elle remue, s'agite.
« Du calme, chérie, c'est moi, Cath » C'est tellement naturel pour moi de l'appeler comme ça que je me demande comment j'ai pu faire pour ne pas le faire bien plus tôt.
« Cath ? » Elle murmure d'une voie endormie. « Non laisse-moi. Vas t'en, laisse moi partir »
Elle tente vaguement de me repousser mais sans réelle conviction.
Je me demande si elle est consciente de ce qu'elle fait ou si elle revit la scène de la nuit dernière.
Alors que je m'apprête à la laisser en paix pour ne pas troubler outre mesure son sommeil, elle se calme. Je sens qu'elle attrape mon bras et le resserre contre son corps m'obligeant à me rapprocher encore un peu plus d'elle.
« Non laisse-moi ! »
Je ne peux m'empêcher de sourire. C'est tout Sara ça ! Me dire de la laisser mais me tenir contre elle et m'empêcher de m'éloigner !
« Calme-toi. Je reste avec toi… je ne pars pas, c'est promis ! »
« Cath ? »
« Oui ma belle… qu'est ce qu'il y a ? »
« Je t'aime »
Mon cœur explose. Même si elle n'est pas vraiment consciente, je sais que cet aveu vient du plus profond d'elle-même et justement parce qu'il est fait dans un moment de total abandon, il vaut encore plus à mes yeux.
Il y a de l'espoir pour nous, si même du fin fond de sa fièvre, elle se souvient qu'elle m'aime et a besoin de me le dire, c'est un signe qui ne trompe pas !
« Moi aussi, je t'aime Sara… je t'aime » je murmure au bord des larmes.
J'enfonce mon visage dans ses cheveux, m'enivrant de son parfum et m'endors paisiblement avec la certitude que les choses vont s'arranger.
Chapitre 53 : Sara
'Mais qu'est ce que c'est que cette chaleur insupportable ? Quelqu'un a mis le chauffage à fond ou quoi ?'
Je sens mon sang bouillonner dans mes veines. Ma tête me lance comme pour une gueule de bois un lendemain de fiesta. Chacun de mes muscles me paraît ankylosé. J'ose à peine bouger.
'Mais où suis-je ?'
Ouvrir les yeux est un effort trop important pour m'y résoudre. Je ne crois pas que mon cerveau survivra à un flash de lumière si j'ose les entrouvrir. Ce serait le meilleur moyen de me cramer tous les neurones !
Apparemment je suis dans un lit et ce qui me tient chaud c'est un corps lové contre le mien.
…
UN CORPS !
J'ouvre les yeux brusquement… très mauvaise idée !
Des cymbales retentissent immédiatement dans ma tête m'obligeant à les refermer aussi vite que je le peux. Après plusieurs respirations profondes, je me risque à rouvrir les yeux mais cette fois doucement pour ne pas prendre le risque de revivre le vacarme que je viens de subir.
Une chance pour moi, il fait nuit et je ne suis pas agressée par la lumière. Je dois attendre quelques secondes que mes yeux s'habituent à l'obscurité.
CATHERINE !
CATHERINE… C'EST CATHERINE !… Mais qu'est ce qu'on fait dans cette position?
Comme si j'avais été touchée par un fer chaud, je jaillis du lit tellement vite que je manque de me ramasser… très très mauvaise idée !
Me retrouver aussi vite debout, détraque totalement mon équilibre. Ma tête se met à tourner, ma vue se brouille et mes jambes se mettent à trembler… je vais tomber !
De justesse, je me rattrape au lit et m'y assois le temps de calmer la nausée qui m'habite. Je dois fermer les yeux et respirer à fond pour ne pas laisser mon estomac me dicter sa loi.
Mais qu'est ce que c'est que ce bordel ? Qu'est ce qui se passe ?
Je n'arrive pas à réfléchir, mes pensées sont embrouillées. Je me retourne vers Catherine. Elle dort paisiblement, ses longs cheveux blonds répartis autour de son visage. Je ne peux résister à la tentation d'écarter une mèche qui avait glissé sur sa joue.
Elle est tellement belle… d'autant plus quand elle dort !
Je dois détourner les yeux rapidement avant de faire quelque chose d'inconsidéré.
L'explication de Catherine serrée contre moi m'échappe. Ma migraine m'empêche de réfléchir correctement et je ne comprends pas pourquoi j'ai toujours aussi chaud… je crois que c'est aujourd'hui que je vais enfin savoir si la théorie de l'auto combustion est véridique ! Après quelques minutes d'une intense concentration, des bribes de souvenirs me reviennent peu à peu : la salle de bain, le miroir, Catherine, ma violence, ses baisers… et …. Le trou noir.
Si je me sentais mal, maintenant c'est pire. Je me sens minable, une moins que rien !
Qu'est ce que je dois faire après ça ? Est-ce qu'après ma perte de connaissance il s'est passé quelque chose dont je ne me souviens pas, quelque chose qui justifierait qu'elle dorme près de moi dans une position … disons… aussi intime… parce que là… plus près, elle me grimpait dessus !
« Sara ? »
Je sursaute et me retrouve sur mes pieds sans l'avoir vraiment décidé. Immédiatement mon estomac se rebelle et c'est la samba dans ma tête. Je dois faire preuve de toute la volonté dont je suis capable dans cet état là pour retrouver un semblant de contrôle sur moi-même.
Quand c'est le cas, j'essaie de voir d'où vient cette voix vive qui m'a fait si peur. Lorsque je trouve d'où cela vient, toutes mes fonctions cérébrales se bloquent… mon esprit s'effondre… mon cœur se fissure… je suis morte ! Je crois bien que je suis morte !
« David ? » je murmure d'une voix incertaine, persuadée que je suis devenue totalement folle.
Le manque d'air me brûle les poumons et je dois me résoudre à respirer de nouveau.
« David, c'est toi ? »
A l'autre bout de la pièce, se tient David… mon frère…, comme il était au moment de sa mort, un ado de 17 ans. Si je pense tous les jours à lui, j'avais presque oublié combien il me ressemblait pour ne garder que l'icône du frère qui a donné sa vie pour me sauver.
Je me retrouve en lui, les mêmes yeux chocolat, les mêmes cheveux d'un noir de jais, la même bouille, la même tristesse dans le regard…
« Oui Sara, c'est moi. » Il me répond dans un sourire. Sa voix est toujours aussi douce.
Je m'approche de lui, hésitante, luttant toujours contre le tournis dans mon crane. Plus je suis près et plus je dois me rendre à l'évidence. Il est bien là… devant moi !
« David… je n'arrive pas à y croire… C'est vraiment toi ? … Mais tu es… mort » Le dernier mot reste presque coincé dans ma gorge.
« Oui… »
« Alors je suis devenue totalement dingue ! »
Dans ma bouche, c'est plus une affirmation qu'une question. J'ai forcément un fusible qui a lâché… je suis en train de parler à mon frère mort depuis plus de 20 ans !
Je dois me concentrer pour garder le fil de mes pensées. Il fait toujours aussi chaud. Je sens mon t-shirt collé à ma peau, trempé de sueur.
Si mon équilibre général n'est pas brillant et au bord de me jeter par terre, mon équilibre mental est en train de suivre au grand galop !
« Tu m'as appelé, je suis venu te chercher. »
« Me chercher ? … Je ne comprends pas… »
« Oui te chercher… tu voulais venir me rejoindre non ? Alors me voilà ! »
Ma respiration est difficile…
Mes yeux me brûlent à cause de la sueur qui coule sur mon visage. Je me sens bizarre, faible, désorientée… en résumé perdue… je suis perdue !
David est là, tellement jeune, tellement souriant… son regard doux me rassure. Il a toujours su me rassurer quand nous étions enfant, rien qu'en me parlant doucement, en me prenant dans ses bras. Je garde un souvenir très net du sentiment de sécurité que je ressentais dans ses bras ! J'avais l'impression que rien ne pouvait m'arriver quand il me serrait contre lui, que notre père ne pouvait plus nous atteindre, que notre vie était autre, normale.
Qu'est ce que je me suis trompée, la vie s'est chargée de bien me montrer qu'on ne peut pas être en sécurité avec des hommes du genre de mon père.
Tout comme on ne peut plus l'être avec moi.
« Où tu veux m'emmener David ? Qu'est ce que tu veux dire ? » je lui demande ça d'une voie éteinte.
Je suis fatiguée, j'ai envie de dormir… je ne réalise pas ce qui se passe. Je parle à un mort… ce n'est pas possible, je dois halluciner.
« Je viens te délivrer Sara, t'emmener loin de tout ça. Là où on sera tous les deux en sécurité. Plus de violence, plus de cauchemars, plus de haine… rien que toi et moi ! »
« Rien que toi et moi ?! » Je répète comme un automate. Les mots ne veulent rien dire, il me faut une éternité pour en comprendre le vrai sens.
S'il n'y a que lui et moi… qu'en est-il de …
« Elle ne peut pas venir avec nous » Il me répond comme s'il avait lu dans mes pensées. « C'est bien ce que tu voulais, non ? Ne plus lui faire de mal, ne plus vouloir la blesser, tu veux la protéger ? … Rappelle toi ce qui s'est passé hier. »
Je me prends ces mots comme une gifle en pleine figure. Il m'a pris au dépourvu, mais même si mon esprit est embrumé, je me souviens très bien de la journée d'hier, trop bien même. Je me souviens comment j'ai frappé Catherine dans mon sommeil et pire encore comment je l'ai maltraitée volontairement pour lui prouver que je pouvais tout à fait le faire. Je crois que c'est ça le pire, que volontairement j'ai été capable de lui faire mal physiquement. Je me revois la projeter contre le mur, 5 fois, 10 fois, 20 fois… juste pour lui montrer que j'en suis capable !
Mais combien de temps est ce que ça va me prendre avant que je la frappe pour de bon, sous l'effet de la colère, par plaisir ou simplement parce que j'en aurais envie ?
Combien de temps avant qu'elle se mette à me détester ?
Combien de temps avant que je lui abîme son beau visage encore plus que je ne l'ai fait hier ?
Combien de temps avant que je ne fasse comme mon père ?
Combien de temps avant que je la tue ?
Combien de temps ?...
Ma tête me fait tellement souffrir à trop réfléchir que la nausée revient au grand galop. Je me penche en avant et la prends entre mes mains.
« Ce que je voulais… »
« Oui, partir… tu voulais partir… »
« Arrête… arrête… je sais que tu as raison, je sais bien ce que je dois faire… »
« Tu as le droit d'avoir changé d'avis, tu as le droit de rester avec elle ! Tu dois bien y penser, Sara, si tu crois qu'elle peut être bien avec toi et que tu peux la rendre heureuse, tu dois foncer… mais si tu as un doute… »
Rester avec Catherine, l'option est tentante mais je ne dois pas penser qu'à moi, je dois avant tout penser à elle, à sa sécurité.
Je me redresse doucement et regarde David dans les yeux. Il faut que je le dise. Il faut que je le prononce à voix haute pour m'en convaincre ou je n'aurai jamais assez de courage pour trouver la force en moi de le faire.
« Je viens avec toi. »
Je sais que c'est la seule chose logique, je ne peux attendre de faire suffisamment de mal à Catherine et aux gens que j'aime pour me rendre compte que je suis dangereuse.
Je le suis déjà, je suis un monstre.
Même si lorsque Catherine m'a embrassée passionnément hier, je me suis surprise à croire qu'elle pourrait me guérir, qu'on pourrait avoir un avenir ensemble, je sais bien au fond de moi que c'est impossible. On ne peut pas lutter contre ce qu'on est au plus profond de soi même, on ne peut lutter contre ses gènes. Je souris presque en pensant au cocktail des miens, alcoolisme et violence… on ne peut faire mieux… je suis une vraie bombe à retardement !
Mais je l'aime et je dois la sauver… la sauver de moi-même…
Toute ma colère, toute ma haine vont m'être nécessaire pour assumer et faire ce pas, le dernier pas… je ne dois plus repenser au contact de Catherine, à ses mains sur moi… seuls doivent rester à mon esprit les marques sur son visage, les coups que je lui ai porté, la souffrance dans son regard, ses cris de douleur…
Je me raccroche désespérément à mon dégoût de moi-même. Ce poison qui m'a contaminé aussi sûrement que ma capacité de me contrôler a disparu !
Je suis tellement plongée dans mon monde que tout autour de moi est en suspens. Mon sang se fige quand je sens une main douce se poser sur mon bras.
Je me retourne brusquement vers Catherine qui me regarde avec de l'inquiétude plein le regard.
« Sara, mais à qui tu parles. Est-ce que ca va ? »
La voix de Catherine me jette un poids sur la poitrine. Je sais que je vais la perdre. Je ressens la même sensation qu'à la mort de David, un chagrin qui m'écrasait le cœur, qui m'oppressait les poumons. Je sais maintenant que je l'ai déjà presque perdue. Si elle ne mérite pas ça, toute ma rage se retourne contre elle. Je suis en colère contre elle parce qu'elle m'a sauvée… parce qu'elle ne veut pas me laisser partir. Je suis en colère contre elle de m'avoir dit qu'elle m'aimait insinuant le doute en moi sur ce que je dois désormais faire.
Je suis en colère contre elle… contre moi… contre le monde entier !
La chaleur que je sens en moi depuis que je suis levée me monte directement au cerveau et je perds tout sens de la mesure en un clin d'œil.
« Laisse-moi, je pars avec David »
Alors que je hurle, je plaque mon bras contre sa poitrine et d'un violent mouvement, je la repousse aussi fort que je peux. J'ai juste le temps de voir la surprise dans ses yeux avant qu'elle ne tombe et ne glisse sur le sol jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée brutalement pas la table basse du salon.
Je ne veux pas regarder si elle va bien, si je fais ça, je craquerais et n'aurais plus la force de faire ce qui est juste. Je dois seulement me concentrer sur mon désir de fuite ou le courage va me manquer.
« On y va David, tout de suite ! »
Chapitre 54 : Catherine
Oh non, ne me dites pas que c'est déjà l'heure de se lever !
J'ai l'impression d'avoir dormi cinq minutes quand j'entends une voix qui me tire difficilement des bras de Morphée.
Je prends conscience que je suis seule dans le lit quand un frisson me parcourt des pieds à la tête. Je me souviens parfaitement m'être couchée près de Sara et avoir profité de la chaleur de son corps, chaleur d'autant plus intensifiée par sa forte fièvre.
Mais là, je suis seule et j'ai froid… tout simplement parce qu'elle m'a privée de son corps. Encore une fois, elle est partie loin de moi, sans rien me dire. C'est une habitude qu'il va falloir qu'elle perde ! Depuis le début de ce foutu stage, je me suis habituée à l'avoir près de moi, d'autant plus quand je m'endors… enfin parfois ! Alors me réveiller sans elle est une véritable torture.
Je me rends compte que je suis devenue complètement accro et qu'être séparée d'elle ne serait ce que pour quelques minutes m'est devenu impossible !
Alors que j'essaie de me réveiller et de faire surface, j'entends de nouveau cette voix qui m'a tirée de mon sommeil il y a quelques instants.
C'est la voix de Sara.
Elle est debout au milieu de la pièce… Elle est seule mais elle parle. Pas le genre de conversation que l'on a avec soit même parfois… non… elle parle avec quelqu'un … mais il n'y a personne !
J'ai brusquement la chair de poule….
Je me revois hier devant la porte de la salle de bain quand Sara semblait parler à quelqu'un d'invisible ! Quelqu'un dans sa tête. Je me rappelle avoir remis en question son équilibre mental. Et bien là, en cet instant précis, je suis dans le même état d'esprit. Je me demande si elle n'est pas en train de devenir folle.
Je vois bien qu'elle semble avoir une discussion structurée avec une personne invisible. J'ai vu suffisamment d'individus dérangés dans mon travail pour retrouver en elle des signes inquiétants. J'ai l'impression qu'elle est prise d'une bouffée délirante. Elle a des hallucinations et voit quelque chose qui n'existe pas. Sa perception de la réalité est totalement déformée… mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est qu'elle semble avoir une vraie conversation avec une personne absente… preuve qu'elle apporte toute crédibilité à son hallucination.
J'ai peur, je sais très bien que les délires sensoriels sont les prémices à la schizophrénie. Je ne peux pas croire que tout ce qui lui est arrivé ait fait de Sara une schizophrène…
Non ce n'est pas possible… je ne veux pas l'admettre… pourtant cela expliquerait bon nombre de ses réactions de ces dernières heures.
Terrifiée, je me raccroche à l'idée que c'est peut être tout simplement sa fièvre qui la fait délirer… mais au fond de moi, j'ai du mal à m'en convaincre. Hésitante, je descends du lit et me dirige vers elle aussi vite que me le permet ma cheville blessée.
Une fois que je suis près d'elle, j'hésite à lui parler… j'ai peur de sa réaction quand elle va prendre conscience que je suis là… si je la sors de son délire peut être va t'elle réagir violemment. Je m'en veux de penser ça alors que cette nuit encore je criais à Sara que jamais je n'aurais peur d'elle. Je dois lui prouver et me prouver que c'est vrai, je n'ai pas et je n'aurais jamais peur qu'elle me fasse du mal.
Je pose ma main sur son bras et lui demande si elle va bien.
Je n'ai pas le temps de comprendre ce qui m'arrive. Après m'avoir dit qu'elle part avec David, elle me pousse violemment et m'envoie valser sur le sol. Elle y a été tellement fort que je glisse par terre jusqu'à ce que ma tête heure la table basse du salon. Le choc est si violent que j'ai la sensation qu'on vient de me fendre le crane à coup de hache. Un moment, je crois que je vais sombrer dans l'inconscience mais après quelques secondes, j'arrive à rouvrir les yeux et à maîtriser le vacarme dans ma tête. Une douleur lancinante me vrille le crane là où ma tête a heurté le meuble comme si encore et encore le même choc avait lieu. Je porte ma main là où je sens la douleur et constate la naissance prochaine d'une bosse.
Tout ça a été très rapide, je ne comprends pas encore bien ce qui vient de se passer… Sara part avec qui ? Avec David ? Je n'arrive pas à me concentrer sur cette information et à réaliser ce que sa signifie.
Je suis encore à me battre entre mon désir de comprendre et la douleur qui me vrille la tête quand j'aperçois Sara qui se précipite hors du chalet. Je réalise qu'elle n'est quasiment pas vêtue. Elle porte seulement ce que je lui ai laissé sur le dos quand je l'ai couchée hier : un t-shirt et ses sous-vêtements… elle ne porte rien d'autre et est pieds nus. Mais elle ne semble absolument pas s'en soucier.
Atterrée, il me faut toute ma volonté pour me redresser et me traîner difficilement jusqu'à la porte.
J'ai juste le temps d'apercevoir Sara qui s'enfuit en courant vers la forêt.
« Sara… reviens ! »
La peur me saisit les entrailles quand même la faible lueur de la lune ne me permet plus de la distinguer… Là c'est sûr c'est moi qui vais devenir dingue… Elle a disparu… je ne sais pas où elle va… je ne sais même pas si elle est consciente de ce qu'elle fait…
Je l'ai perdue… mon dieu… je l'ai perdue !
« SARA…. »
« SARA ! »
Elle est partie… seul le silence répond à mes hurlements….
A suivre….
