Bride's Worst Nightmare.

3 - L'ombre de la vérité.

Le bruit de la voiture de luxe qui roulait largement au-dessus de la limite autorisée était le seul bruit audible dans l'océan de calme qui les environnaient. Ni l'un ni l'autre ne s'essayait à démarrer une conversation que tous les deux savaient sur le point de devenir houleuse et désagréable. De véritables autruches.

Bella regardait à travers le pare-brise les arbres défiler et les phares refléter le goudron de la nationale qui traversait Forks de parts en parts. Dans sa tête, c'était l'hécatombe, cent pensées sacrifiées au bûcher des grandes interrogations. Qui était Katherine ? Qu'est-ce qui la liait à Edward ? Pourquoi représentait-elle une si grande menace ? Et surtout pourquoi avait-elle le présentiment que quelque chose de terrible se préparait ?

Elle jeta un coup d'oeil à Edward. Les mains figées sur le volant, serrées presque au point de laisser son empreinte, il regardait la route, ou feignait de le faire, sans ciller. Les angles de sa machoire saillant sous sa peau de marbre, il était évident que la situation ne l'enchantait pas. Pas du tout même.

N'y tenant plus, Bella rompit le silence qui les enveloppait :

" Edward, j'aimerai que tu m'expliques ce qui vient de se passer."

Celui-ci n'eut pas la moindre réaction. Bella réitéra sa question plusieurs fois, il ne lui donna pas l'ombre d'une réponse. Si cette tête de mule ne se réveille pas d'ici ma prochaine question, je jure sur tout ce que j'ai de plus cher, que j'ouvre la portière, et je saute de cette voiture avant qu'il ait eut le temps de comprendre ce qui se passe !

Mais elle n'eut pas besoin d'avoir recours à de si radicales méthodes. Fatigué et soucieux, Edward frotta ses yeux un instant, et répondit presque dans un murmure :

" C'est une très longue histoire Bella.

- Eh, bien, tu n'as qu'à...qu'à lever le pied de ce maudit accélérateur et ça te laissera éventuellement le temps de tout m'expliquer avant d'arriver en Alaska. Parce que parti comme tu es, on y sera largement dans une heure. "

Jetant un coup d'oeil au compteur, alors qu'il savait pertinement à combien il roulait, Edward ralentit légèrement et attendit que Bella l'étouffe encore sous de multiples questions. Ce qui ne tarda pas vraiment.

" Qui est Katherine ?"

Edward lâcha un soupir, elle n'avait pas commencé par la question la plus aisée. Mais il lui devait la vérité, pleine et entière, et il n'avait pas le temps d'inventer le moindre mensonge.

" C'est...c'est quelqu'un de mon passé.

- Comment ça de ton passé ?"

Inspirant un grand coup de l'air qui lui était complètement inutile, il resserra ses mains autour du volant, et observa la route.

" Katherine et moi avons vécu ensemble."

Le choc se répercuta dans tout le corps de Bella, comme une cloche battant contre les parois. Ce bruit sourd et imprévu résonna dans ses oreilles, dans son esprit et se perdit dans son être en entier. Mais dans son coeur, il y avait quelque chose qui s'était déplacé, qui n'était plus à l'endroit où il aurait dû être, quelque chose qui s'était comme brisé. Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire, vivre ensemble ?

" Avant ou après ta transformation ?"

Edward prit le temps de répondre, conscient que ce qu'il allait dire ne serait pas sans répercussions. Et, sachant qu'il n'y avait aucune façon de tourner sa phrase sans qu'elle ne fasse mal, il dit simplement :

" Les deux."

La respiration de Bella se bloqua dans sa gorge. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'entendre, et ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. C'était comme si les mots passaient au travers d'elle sans la toucher, sans même l'effleurer, et pourtant, ils faisaient des ravages, de véritables cataclysmes.

Elle remarqua à peine qu'Edward ralentissait et se déportait sur la chaussée pour se garer. Elle ne réagit pas plus en l'entendant couper le moteur, et il dû la solliciter plusieurs fois pour qu'elle se rende compte qu'il voulait lui parler, et qu'elle devait se tourner. Mais elle ne bougea pas.

" Ecoute, tout ça c'est loin. Je l'ai quittée longtemps avant de te rencontrer, et j'ai cessé de l'aimer bien avant encore. Bella, elle n'a jamais été, ni ne sera jamais aussi importante que toi à mes yeux. C'est toi l'amour de ma vie. Toi, et personne d'autre."

Mais Bella n'écoutait pas. Dans son esprit, elle revoyait Katherine en robe de mariée, sa peau si parfaite, son sourire espiègle, ses sublimes cheveux bouclés. Elle ne pouvait concevoir qu'Edward puisse dire ces mots et les penser. Katherine et elle ne jouaient définitivement pas dans la même catégorie.

" Elle est magnifique. Murmura-t-elle distraitement."

Edward soupira, las et agacé. Attrappant le visage de Bella, il l'obligea à le regarder et dit calmement, avec un ton empreint de toute la tendresse du monde :

" Bella, mon amour...On ne tombe pas amoureux d'une fille parce qu'elle est magnifique. On ne tombe pas amoureux de ce que tout le monde peut constater. On aime une fille pour les détails que personne n'a jamais remarqué, et parce qu'il émane d'elle une musique qu'on est le seul à entendre et à pouvoir apprécier..."

De tout son coeur, Bella voulait croire en ces paroles. Elle voulait les laisser glisser en elle, rebondir, enfler et la convaincre en entier. Mais ses pensées ne s'y abandonnaient pas, et quand elle clignait des yeux, le visage narquois de Katherine l'observait, lui murmurait : Ton fiancé était mien bien avant que tu sois née. Il m'a convoitée comme toi, il m'a possédée, comme toi, et il m'a aimé, un million de fois plus fort que toi...

Dégageant son visage de l'étreinte d'Edward, Bella sa tourna vers la forêt qu'elle se mit à observer pour tenter de refouler les larmes qui menaçaient de couler. Quelque chose en elle, probablement sa foi en leur amour, s'était brisé, en mille morceaux fissurés.

"Redémarre. Lui ordonna-t-elle mécaniquement.

- Bella...

- Je veux rentrer chez moi."

Un nouveau soupir de déception se fit entendre. Bella se contrefichais pas mal qu'il soit blessé, vexé ou même énervé. Elle avait besoin de temps pour accepter de recoller une nouvelle image sur leur couple. Parce que si pour elle, il avait été l'unique amour de sa vie, apprendre que ce n'était pas identique pour lui, nécessitait un certain temps d'acceptation.

Edward redémarra le véhicule et s'engageat lentement sur la route. Il murmura lentement, tout en ne lui laissant pas l'ombre d'un choix :

" Je ne vais pas te laisser seule ce soir. Surtout pas sachant qu'elle est en ville."

Bella ne répondit pas et se contenta de sortir son téléphone portable de sa poche. Pianotant distraitement dessus, elle composa un numéro qu'elle appela.

" Qu'est-ce que tu fais ? L'interrogea-t-il surpris.

- J'appelle Emmett. Je ne veux pas de ta présence. Si quelqu'un doit assurer ma sécurité, je préfère que ça soit lui."

La stupéfaction faillit prendre le dessus et les envoyer dans le fossé. Edward était incapable de croire ce qu'il venait d'entendre, mais la douleur de la déception tendait à rendre réelles les paroles prononcées. Il tenta tant bien que mal de la dissuader, mais elle était déjà occupée à parlementer avec Emmett qui semblait accepter la proposition. Il attendit qu'elle ait raccroché.

" Bella, ne fais pas ça..

- Pas ça quoi ? M'octroyer du temps pour réajuster la vision que j'avais de nous deux ? Pour inclure Katherine dans le paysage ? "

Laissant échapper un grognement, Edward frappa le volant du plat de la main, énervé.

" Elle est déjà en train de gagner. Maugréa-t-il. - Ne vois-tu pas ce qu'elle est en train de faire ? Elle se pointe et tout part de travers ! Bon sang, que j'aimerai n'avoir jamais croisé sa route..."

Bella ne dit rien, elle écoutait à peine. Son esprit vagabondait, emporté par un courant de colère et de déception. Elle n'arrivait plus à regarder Edward, elle n'arrivait plus à voir en lui l'homme merveilleux dont elle était tombée amoureuse. Devant son visage, un voile noir s'était abaissé, l'empêchant de percevoir les choses comme elle le faisait à l'accoutumée. C'était comme si Katherine dansait devant elle, détournant son attention de tout le reste, l'obligeant à la contempler, à observer tous les détails de perfection dont elle s'était parée. C'était comme si elle murmurait dans sa tête : Regarde moi, je suis unique, je suis magnifique. Ne vois tu pas, tout ce que j'ai et que tu n'as pas ? Ne vois tu pas à quel point je suis exceptionnelle, à quel point lui et moi pourrions être extraordinaires si tu n'étais pas là. Parce que tu sais bien, tu sais bien que tu ne le mérites pas, tu n'es qu'une humaine, qu'une fourmi, que mon escarpin écrasera en un rien de temps. Parce que tu sais bien, tu sais bien pourquoi je suis ici. Je suis venue gâcher ta vie...

Les larmes se mirent à couler sur ses joues, dans la pénombre de la voiture. Elle ne les essuya pas, consciente qu'elle serait les premières d'une longue série. Parce qu'elle se savait repartie pour un nouveau calvaire, un calvaire qu'elle avait déjà vécu, quand il l'avait quittée. Mais cette fois-ci, c'était différent, c'était elle qui faisait le choix de s'éloigner. Ce n'était même plus une décision, c'était devenu une nécessité. Et dans son esprit, une seule question persistait et se répétait : Etait-elle encore sûre de vouloir devenir la prochaine Mme Cullen ?