Bride's Worst Nightmare.
7 - Une confiance retrouvée...
Les petits points violets dansaient sur ses paupières closes. Pendant un instant, elle tenta de suivre leur ballet étourdi et discontinu, mais ils disparaissaient, il disparaissaient toujours quand elle essayait de les fixer, il n 'y avait rien à faire, tout finissait toujours par s'effacer.
Je me suis évanouie, il semblerait.
Inspirant profondément, elle prolongea l'obscurité dans laquelle elle s'était enfermée, refusant d'ouvrir les yeux, se contentant d'écouter la vie qui grouillait dans son corps, et qui bientôt n'existerait plus. Elle sentait son coeur battre, cogner dans sa cage thoracique, et, au dessus, ses poumons se gonfler et se dégonfler comme des ballons qu'on remplit mais dont on oublie de faire le noeud. Tout s'en va, les petites lumières violettes, l'air, et bientôt la vie.
Démoralisée par cette idée, elle se focalisa sur la pièce dans laquelle elle se trouvait et où les silences étaient interrompus par les éclats d'une dispute. Ou bien étais-ce l'inverse, et la dispute subissait des répits, des silences et des non-dits. Tout ça n'avait pas la moindre importance.
Je vais mourir.
Bella Swan n'avait pas encore 1/4 de siècle qu'elle pensait avoir déjà suffisamment vécu dans sa vie, suffisamment expérimenté de choses humaines, et se sentait prête à mourir. A mourir pour revivre, pour renaitre dans un corps qui ne serait plus réellement le sien et qui lui promettait une éternité de nouvelles choses à essayer. Elle ne s'était jamais préparée en revanche à mourir et à ne pas se réveiller, à rester endormie pour toujours, à quitter la terre qu'elle avait d'innombrables fois foulées et les personnes auxquelles elle s'était attachée.
Aspirant une grand bouffée d'air, elle ouvrit les yeux et se mit à paniquer. Elle voyait trouble, elle ne savait plus où elle était, et peu lui importait. Elle se sentait incapable de supporter l'avenir qui se présentait à elle, vivante comme jamais, elle refusait l'idée même de redevenir poussière, de quitter un monde dans lequel Edward continuerait à vivre sans elle.
Edward...
Les deux grands yeux dorés qui se posèrent sur elle, et qu'elle distingua concrètement dans tout le flou qui l'entourait, eurent le don de calmer sa frayeur. Des sanglots continuaient à percer dans sa voix et son souffle avait du mal à trouver un passage à travers sa gorge. Mais il y avait Edward, et se concentrer sur ses yeux contribuèrent à la détendre quelque peu. Lentement, avec infiniment de soin, il caressa son visage et prononça son prénom. Les larmes se mirent à affluer sans qu'elle parviennent à leur imposer le moindre barrage. Dans un sursaut d'énergie, elle se jeta à son cou et s'accrocha désespéremment à lui sans prêter attention au froid mordant qui transperçait progressivement ses vêtements et sa peau.
Je ne peux pas, je ne peux pas vivre sans lui. Je ne peux même pas imaginer cette vie là, ou cette mort là. Je refuse qu'on me l'arrache, qu'on me sépare de lui. Il est tout, il est tout ce que je suis, et je ne veux, ni ne peux affronter la vie ou la mort toute seule. Parce que finalement, peu importe que je n'ai pas été son premier amour, je sais que je suis celui de sa vie, et il est celui de la mienne. Je ne devrais pas avoir besoin de plus que ça.
"Je suis désolé."
Le murmure de la voix d'Edward trouva lentement le chemin de l'oreille de Bella, qui ne put qu'aquiescer. Elle savait qu'elle avait également des excuses à présenter, mais elle avait tout le temps. Parce qu'elle refusait que Katherine joue avec les horloges et lui vole l'éternité qui lui avait été promise.
Lentement, Edward l'écarta et la regarda bien en face. A travers le rideau de larmes qu'elle avait tissé, elle pouvait distinguer toute la douleur qui émanait de lui, et cette volonté implacable de ne laisser rien ni personne détruire le bonheur que tous les deux avaient érigé laborieusement.
" Je suis désolé. Répéta-t-il. De ne pas avoir eut le cran de tout t'avouer, de ne pas t'avoir assez témoigné à quel point je t'aime, de ne pas t'avoir rassuré ni assez protégé. Je m'en veux Bella, je m'en veux terriblement."
Bella se mit à trembler de froid, de fatigue et de lassitude. Et alors qu'il lui disposait une couverture sur les épaules, elle se dégagea, et laissa la colère la submerger.
" Pourquoi tu ne me fais pas confiance ? Pourquoi m'obliges-tu à aller mendier les informations que tu refuses de me révêler ? Et je te déteste pour ça Edward ! Parce que je suis contrainte à demander à Carlisle de clarifier ce que tu ne daignes pas m'avouer, et une fois que je sais, que l'on me dit ce que tu tais, ce que je suis obligée de voler en secret, je me retrouve seule, terriblement seule, car tu n'es pas là pour me rassurer, me protéger ou me promettre que les chose vont s'améliorer. Et je ne supporte plus cette solitude ! Tu devrais me dire les choses, aussi pénibles et difficiles soient-elles. Parce que si tu prétends passer l'éternité à mes côtés, il va falloir que tu apprennes à me faire un peu confiance, à me traiter comme ton égale, ton alliée, et à cesser de me rabaisser comme si je n'étais qu'un coli un peu trop encombrant, et un peu trop humain à ton goût ! "
La surprise se peignit sur le visage d'Edward alors que le soulagement emplissait peu à peu l'esprit de Bella. Elle était lasse de ces prétendues "omissions de protections". Qui, dans l'obscurité d'un secret, se sent en sécurité ?
La mine défaite, Edward savait qu'elle avait raison et qu'elle méritait d'être mise au courant de la situation. Mais il lui était terriblement difficile de la regarder en face et de lui dire de but en blanc : "Oui Bella, j'ai eu une vie avant toi, et dans cette vie j'ai connu une femme que j'ai aimé, ou cru aimer. "
" Tu as raison, j'aurais dû tout t'expliquer sans me défiler. Que veux-tu savoir ? Pose moi une question, et je te répondrai.
- Je crois qu'à ce stade, je préfère ne pas savoir."
Déconfit et soulagé à la fois, Edward n'insista pas davantage, tout en se demandant ce qu'elle avait déjà bien pu apprendre de Carlisle. Ce dernier, comme lui-même et le reste du clan, ne portaient pas réellement Katherine dans leur coeur. Mais ce n'était pas pour l'image de celle-ci qu'il s'inquiétait, c'était pour la sienne. Cependant, avant qu'il ait put réagir, Bella s'était mise à le fixer intensément, et, connaissant son visage par coeur, il savait qu'elle s'apprêtait à poser une question d'une importance capitale.
" J'ai juste besoin de savoir quelque chose. L'as tu aimée ?"
Il n'hésita qu'un quart de seconde.
" Pas un centième de ce que je t'aime."
Il n'en fallait pas plus. Bella, rassurée, se redressa pour l'embrasser. En fin de compte, c'est la seule chose qui a de l'importance. Le reste est futile. Elle peut prétendre qu'il lui appartient, à sa guise, moi je sais bien qui il est réellement, et à quel port son coeur est ancré. C'est moi qu'il aime et avec qui il souhaite se marier. C'est moi qu'il a choisi pour devenir sa femme, et finalement, il aurait fallut bien plus qu'une folle furieuse possessive et jalouse pour me faire abdiquer. Je vais l'épouser, quitte à ce que ce soit la dernière chose que je fasse de mon existence. Face à moi, Katherine n'a aucune chance...
