Bride's Worst Nightmare.
9 - Les fleurs ensorcelées.
La porte d'entrée claqua, faisant vibrer violemment les murs d'une maison jusqu'alors vide et silencieuse. Les pas dans l'entrée étaient furieux pour certains, indécis pour d'autres. Puis, dans le salon, un des deux arrivants se laissa tomber mollement dans le grand sofa. L'autre continuait à faire les cents pas, la rage au creu du ventre l'aveuglant presque.
" Comment a-t-elle osé ?! Je vais la tuer, oh oui, je vais la massacrer ! J'aurais déjà dû le faire il y a bien longtemps !"
Bella n'écoutait pas. Son coeur battait encore à toute allure et c'était le seul son sur lequel elle pouvait se focaliser. Alors comme ça la partie est lancée. Elle veut vraiment jouer. C'était bien tenté. ça aurait pu marcher même. Mais ça aurait été trop simple. C'était une tentative timide, elle doit préparer bien pire. Et rapidement, l'angoisse submergea l'analyse critique. J'étais à une bouchée de la mort. A une bouchée. Si Edward n'avait pas été là, je serais morte à l'heure qu'il est. Comment vais-je pouvoir continuer à vivre si je dois me méfier de tout et de tous ? C'est une horreur, un cauchemar. ça ne peut pas être réel. Je ne l'ai pas mérité...
Oh mais si tu l'as mérité. Tu l'as mérité à la seconde même où tes yeux se sont posés sur lui et où ton coeur ne s'est mis à battre que pour qu'il te l'envenime. Tu as mérité tout ça, et bien pire, sale petite garce. Et prépare toi, ce n'était qu'un échauffement.
Ecartant son visage des deux mains qui étaient posées sur ses tempes, Katherine eut un petit rire enthousiaste. ça a presque marché, presque. Mais qu'importe, maintenant elle va vivre dans une terreur permanente.
" Pourquoi ris tu de ton échec ?"
Katherine observa la sorcière qui lui faisait face. La même qu'elle avait comme alliée depuis des années, et qui était prédisposée à l'aider pour son prochain coup d'éclat.
" Je n'ai pas échoué complètement. Je lui ai insufflé la peur et la méfiance. Elle ne sait plus qui croire et en quoi avoir foi. Et, sans qu'elle ne s'en aperçoive, elle sera déjà bientot en train de creuser sa tombe..."
Elle avait raison, elle n'en était pas à son premier coup d'essai. Et dans les jours qui suivirent la tentative d'empoisonnement, Bella, craintive sans se l'avouer, ne parvenait plus à faire confiance en qui que ce soit, ni en elle-même. Terrifiée à l'idée que quelque chose puisse arriver, elle était terrée chez elle, et sursautait dès qu'on sonnait à la porte. Toutefois, consciente de son ridicule, elle se reprenait à temps et allait ouvrir.
C'est ainsi qu'un mardi matin, à quelques semaines de son mariage, elle ouvrit la porte à Esmée Cullen, celle qui avait été désignée pour la conduire chez le fleuriste en vu de la précommande de son bouquet. Celle-ci, en la voyant émerger en pyjama, la regarda inquiète et surprise à la fois.
" Tout va bien ? L'interrogea-t-elle".
Bella acquiesça et l'invita à entrer pendant qu'elle allait s'habiller, rassurée par la présence d'un vampire à ses cotés. Elle enfila les premiers vêtements qui lui passèrent sous la main et entrepris de descendre les escaliers à la hâte. Elle n'était pas particulièrement pressée d'aller chez le fleuriste, mais elle savait qu'elle avait besoin de respirer de l'air frais, et en présence d'Esmée, le danger n'en était que diminué.
Ayant tout planifié, c'était Alice qui avait choisi le fleuriste dont la boutique se trouvait à Portland. Pendant tout le trajet, l'inquiétude quitta à peine Bella, mais la conversation qu'elle entretint avec Esmée l'apaisa.
" Tu ne dois pas t'en faire. Murmura-t-elle. Il ne peut rien t'arriver. Le clan entier veille sur toi, et malgré toute sa force de caractère, Katherine n'a jamais put venir à bout de nous tous."
Bella acquiesça, mais ne put s'empêcher de demander :
" Je ne suis qu'une humaine, elle est un vampire de plus de 300 ans. Quelles chances ai-je ?
- Ce n'est pas une question de chance.
- Alors qu'est-ce que c'est ?"
Esmée réfléchit un moment et admis :
" Contrairement au reste du clan, je ne connais pas bien Katherine. Mais je te connais toi. Et laisse moi te dire, que tu n'es pas quelqu'un de chanceux. Alors la chance n'a rien à voir avec tout ça. Je crois qu'il s'agit d'autre chose. Je ne sais pas exactement quoi. Je sais juste que ça émane de toi, comme si, sans le savoir, tu prenais la direction des opérations, que tu menais le jeu."
Et devant son air alarmé, elle précisa :
" Bella, le danger est réel. Katherine est un monstre, c'est de notoriété publique. Mais avoir peur est un choix. Et si tu prends le parti d'être effrayée, alors c'est qu'elle a déjà gagné."
Elle ne doit pas gagner. Elle ne doit pas gagner. En aucun cas. Jamais.
Inspirant profondément, Bella acquiesça et adressa un sourire à Esmée pour la rassurer. Celle-ci le lui rendit et retourna son attention sur la route pour quelques minutes supplémentaires. Elles étaient entrée dans Portland, et roulaient à travers un dédale de rues et avenues pour trouver l'adresse qu'Alice leur avait communiqué. Une fois arrivée, Esmée manoeuvra pour garer la voiture et toutes les deux en descendirent.
La façade de la boutique était étroite et ruisselante de couleurs. Des fleurs, posées partout devant, embaumaient l'air et remirent du baume au coeur à Bella. Chaque tige portait une fleur plus belle que celle sur laquelle ses yeux s'étaient posées auparavant. C'était une symphonie de couleurs, un chatoiement de lumières, une oeuvre d'art de beauté.
S'arrachant difficilement à cette contemplation, Bella suivit Esmée qui la précédait en direction de la porte de la boutique qu'elle ouvrit et dans laquelle toutes deux pénétrèrent.
Et si elle avait été époustouflée par la magnifique devanture, ce n'était rien comparé à la splendeur de l'intérieur. Partout où ses yeux se posaient, de merveilleux bouquets se présentaient à elle, d'où émanaient une infinité de couleurs, d'odeurs et de souvenirs. C'était un champ de coquelicot un été de son enfance, c'était les bouquets dont Renée ornait la console de l'entrée, c'était les roses que Jake lui avait offert pour sa remise de diplomes. C'était une vie entière de souvenirs qui revenaient à elle et l'étourdissaient de joie au point qu'elle en avait les yeux fermés de bonheur. Toutes ses craintes s'étaient envolées, Katherine elle-même n'était plus que l'ombre d'une inquiétude passée. Tout allait bien, elle était apaisée, presque heureuse de respirer l'air fleuri qui l'entourait. Il n'y avait pas d'endroit au monde, elle en était certaine, qui aurait put lui procurer plus d'allégresse, plus de calme, plus de tendresse.
Revenant lentement sur terre, une migraine douloureuse lui vrilla les tympans subitement. Etouffant un gémissement, elle ouvrit les yeux trop vite et sa vision eut besoin de quelques instants pour se stabiliser. Quand ce fut fait, le souffle vint à lui manquer, les larmes commencèrent à couler, et Bella tomba à genoux. Dans l'échoppe, toutes les fleurs avaient fané.
