Bride's Worst Nightmare.

12 - Les filets de l'obscurité.

Il s'avéra bien vite que Katherine n'était pas le genre de vampire à vouloir être retrouvé. Elle était plutôt de ceux qui savaient où trouver ceux qui les cherchaient avant que ceux-ci n'y parviennent. Si tant est qu'ils y parviennent un jour. Mais Edward avait un atout non négligeable, il se savait aimé par Katherine. Et comme toute femme amoureuse et possessive, les chances qu'elle soit loin de lui étaient pratiquement inexistantes.

De plus, il ne l'avait dit à personne, mais il pensait souvent à elle. Il se souvenait, victime de flash-backs et d'instants remémorés, elle hantait toujours son esprit. A une telle fréquence, qu'il aurait été impossible que cela provienne seulement de lui même. Katherine jouait avec son subconscient, et ce, beaucoup trop souvent.

De ce fait, elle ne le quittait jamais réellement, et il savait que c'était son seul moyen pour la contacter. Mais il savait aussi que s'il s'employait à la menace, elle ne viendrait jamais. Elle était bien trop futée.

Après avoir fait les cents pas dans sa chambre pendant de longues heures, il avait fini par se convaincre qu'il n'avait pas réellement le choix. Il s'allongea donc dans le grand sofa qu'il possédait et ferma les yeux, laissant son esprit partir à l'aventure.

Viens, viens à moi. Je sais que tu m'entends et que tu en meurs d'envie. Allez, ne fais pas la timide, toi et moi on sait que ce n'est pas ton genre. Viens, Katherine, viens...

Il n'eut pas besoin de l'appeler pendant longtemps. Après une ou deux minutes, il sentit sa présence. Ne sachant si elle était physique ou mentale, il garda les yeux fermés, tendant l'oreille pour percevoir des indices qui pourraient l'aider à se fixer. Mais il n'entendait rien, pas le moindre bruit entre les murs de la pièce. Rien, jusqu'à ce qu'elle se mette à parler.

" Je t'ai manqué ?"

Ouvrant précipitamment les yeux, il la distingua sur le rebord de la baie vitrée, à mi-chemin entre lui et la forêt. Il inspira un grand coup pour ne pas se laisser aller à tenter de la tuer si vite, et essaya de se concentrer sur autre chose. Il se leva, attrappa un CD qu'il glissa dans le lecteur. La mélodie emplit lentement l'espace, et il se sentit apaisé.

" Je n'ai jamais compris tes goûts musicaux."

Il aimait Debussy, elle préférait largement Muse. Deux mondes complètements à parts qui pourtant, avait, à une époque donnée, fait des étincelles.

" C'est d'un soporifique..."

Edward ne disait rien. Il s'occupait les mains avec le boitier du CD, comme si, en le lachant, quelque chose de mauvais pouvait arriver. Il tentait de ne pas se laisser distraire, de rester concentré. D'un bond habile, Katherine rejoignit le lecteur CD qu'elle débarrassa de la lente mélodie. Un quart de secondes après, les premières notes d'"Undisclosed Desires" de Muse retentissaient.

Edward se mordit la lèvre pour contenir sa colère. Il détestait qu'elle fasse ça, et pourtant, même aujourd'hui, elle continuait à s'adonner à cette manie de bouleverser ses habitudes musicales, comme si de rien n'était. ça ne peut pas durer.

Il se précipita sur elle, et constata qu'elle n'esquissait pas le moindre geste pour s'enfuir. Une main sur sa gorge, il la plaqua contre le mur. Son visage n'était plus que l'ombre de ce qu'il avait toujours laissé paraitre. Le sang froid et l'imperturbabilité n'étaient qu'un souvenir. Il était furieux, fou de rage. Et prêt à le lui montrer.

" Tu ne peux pas me tuer. Déclara-t-elle sûre d'elle.

- Ah bon, et pourquoi pas ?

- Parce que je suis plus rapide et plus forte que toi. Et qu'à l'instant même où mon âme aura quitté mon corps, la sorcière avec qui j'ai fait un pacte, réduira Forks à feu et à sang pour arracher le coeur de Bella et te le jeter à la figure."

Il se figea, la haine l'aveugla, il serra ses mains encore plus fort autour du cou de Katherine, tout en sachant qu'elle n'était pas du genre à bluffer, et qu'il n'était pas prêt à prendre le risque.

" Mon amour..."

Sa voix était rauque, son souffle saccadé, et pourtant ses lèvres sourriaient. Elle aimait qu'il la malmène, même si elle admettait que souvent, elle était obligée de le laisser gagner pour y parvenir. Il n'était pas fort, il n'était pas elle.

L'entendre murmurer ses deux mots le bouleversa. Dans sa tête, c'était toute une vie de souvenirs qu'elle déversa. Rappelles toi...Rappelles toi la nuit où je t'ai veillé alors que tu mourais...Rappelles toi mes crocs envenimés dans ton cou pour te ramener d'entre les morts...Rappelles toi toutes ces paroles que j'ai pensé, que j'ai soufflé, la force avec laquelle, aujourd'hui encore, je continue de t'aimer...Rappelles toi quand je t'ai appris à chasser, à écouter les pensées, à devenir fort et intrépide...Rappelles toi de l'Alaska, d'Oslo et de Panama...Rappelles toi de toutes ces nuits où j'ai fait de toi un homme, encore et encore...Rappelles toi des larmes que j'ai essuyé, des toutes les douleurs que je ressentais quand l'envie de mourir te prenait...Rappelles toi Edward, rappelles toi ton premier et unique amour...Rappelles toi de ta vie avec moi.

Lentement, comme si chaque mot était un coup porté à son coeur inexistant, Edward s'écarta, titubant, la vision brouillée et l'esprit embrumé. Katherine posait délicatement les deux mains sur son visage et soufflait :

" J'ai souffert sans toi mon amour, et je continue à souffrir. Je ne peux pas continuer à vivre sans toi, j'ai essayé, je n'y parviens pas, c'est trop dur. Je t'aime. Je t'aime tellement, je t'aime énormément.

- Ne me dis pas ça...

- Alors je vais me taire..."

Joignant le geste à la parole, elle se tût et posa ses lèvres sur celles d'Edward. Elle tenta de lui faire comprendre tout ce qu'il ne voulait plus entendre, essayant de rattrapper les décennies qui leur avaient été volés, tout l'amour qu'ils n'avaient put partager. Elle le sentit ployer sous son baiser, gémir, abandonner. Il murmura plusieurs fois son prénom, comme une supplique, mais elle ne comptait pas abdiquer, elle voulait qu'il lui revienne, elle voulait se l'approprier, le posséder.

Avec délicatesse et obstination, elle parvint à le faire reculer jusqu'au sofa sur lequel il s'affaissa. Elle s'assit sur lui et continua de l'embrasser, tentant de le soumettre, de le dominer. Ses mains glissaient dans ses cheveux, ses pensées et souvenirs avaient envahi son esprit. Elle n'était plus seulement elle, elle était aussi lui.

" Ne fais pas ça... La supplia-t-il encore.

- Je veux juste que tu comprennes Edward. Te souviens tu de la dernière fois où tu as pu embrasser quelqu'un aussi ardemment ? Te souviens tu de la dernière fois où tu as sentit la passion te consummer comme ça ? Te souviens tu la dernière fois, la dernière fois depuis moi ?"

Il mit longtemps à admettre, douloureusement, les yeux fermés :

" Non...

- Alors reviens moi. Tu le sais non ? Tu le sais que je n'abdiquerai jamais ? Tu le sais que je ferai tout pour toi ? Tu le sais que personne au monde ne t'aimerai avec la fougue et l'ardeur que j'ai pour toi ?

- Je ne peux pas...

- Si tu le peux. Et je sais que quelque part au fond de toi, tu le veux aussi. Cède Edward, c'est si facile. Reviens moi mon amour, reviens moi..."

Katherine était bien consciente, que dans un coin de son esprit, l'image de Bella était encore présente, l'enjoignant à lutter dans une guerre où il avait déjà perdu.

" Ne penses pas à elle. Elle n'est rien comparée à moi. Choisis moi, tu seras heureux, je peux faire de toi un homme comblé. Reviens moi, et je n'aurai pas besoin de la tuer.

- Tu mens. Tu adores tuer.

- Disons que si je t'avais auprès de moi, je serai suffisamment distraite pour l'épargner. Pars avec moi, je sais que tu en meurs d'envie. On ne cesse jamais d'aimer la femme qui nous a ramené à la vie.

- Je veux que tu l'épargnes...

- Tu connais ma condition."

Quelque part dans la forêt, un oiseau se mit à chanter. Le lecteur CD, arrivé au bout de la chanson, se tût. Dans la pièce, le seul son audible était le souffle de Katherine qui caressait la peau de marbre d'Edward. Sur l'étagère, un sablier égrenait quelques secondes. Je suis désolé Bella...

- Et je m'y soumet."

Alors, s'abandonnant tout entier, Edward lui rendit son baiser.