Holà mister et miss de la lecture !
Voici pour ceux qui passerez par-là le troisième récit : une song-fic à la musicalité pour le moins mélancolique et envoûtante, dans mon cas.
Concernant l'OS, c'est un écrit qui me tient particulièrement à cœur ; le sujet traité me plaît beaucoup, surtout que je trouve qu'il va comme un gant au personnage de Jubia. De tous les textes écrits sur ce recueil, c'est l'un de mes préférés. Aussi, c'est l'un de mes premiers OS « dramatique » — si on peut appeler ça ainsi — que j'écris et j'en suis complètement satisfaite. J'espère que vous allez apprécier car pour ma part, je ne me lasse jamais de le lire et ce même au bout de la vingtième lecture.
Quant au morceau utilisé, il s'intitule « Dans La Chambre Des Toujours », composé par l'artiste Babet dont voici le lien : https (deux points)/www(point)youtube(point)com/watch?v=zTDGv62nutk. Cette vidéo est bloquée dans certains pays, notamment la France donc pour ceux habitant dans ce cher pays qui est le mien, vous pouvez soit vous rendre sur le site Deezer (via ce lien http(deux points)/www(point)deezer(point)com/search/babet), soit vous faites abstraction du morceau mais dans ce cas, je vous conseille fortement de vous écoutez une musique triste car le fond n'est pas joyeux donc autant rester dans l'ambiance.
J'ai fini de piailler et n'ai plus qu'à vous souhaitez une bien plaisante lecture !
Mon éclat, écorché par ma chimère
Un plafond, à la couleur froide. Des murs, sans teintes perçues. La pupille cloue son orbe sur ce haut intouché. Voir juste dans le geste. L'œil en réalité se perd ; il fixe les fantômes des multiples branches du temps. Le son ne vit pas ; il dort dans l'inexistence. La respiration se porte comme l'emblème de l'unique mouvement.
L'espace quant à lui prend un air de statue, cantonné au présent et figé dans l'ailleurs, celui qui revient.
Dans la chambre des toujours
Je n'ai pas fait l'amour
Comme de normal, le pouls bat à la régulière.
Tout est calme, comme à chaque disparition de la boule solaire. Le soir cependant ne veille pas à la douceur ; il frappe. Coup brut et sec. Son écho bourdonne au creux de l'ouïe. L'onde entre, serpente puis détonne ; mal du cœur. Son rythme ne connaît pas la fatigue ; pulsation à cent à l'heure. Partout sa musique pourrie se diffuse. Nulle hâte à éclater ; lenteur insidieuse. Plaisir malsain qui bichonne. Avec soin l'épine assure sa plantation dans la croûte souterraine de l'être. Ses gouttes inodores chutent dans la flaque sanguine ; et me contaminent. Allongée, les yeux enfouis dans le fond du vide alentour, j'attends puis ressens ce poison déborder. Subir ; l'éternel recommencement. L'infini refrain, celui de la blessure coulant encore, encore et sans fin. Je me pose ici, vieille fille comme toutes ces nuits. Tout fonctionne pour le métabolisme. Or le noyau affectif se brise ; glissent les larmes invisibles.
Je ne m'arrête pas.
Mais j'y ai pensé
Seule dans mon grand lit défait
Je ne fais que rejouer.
Rien ne se transforme : les années fuient puis se finissent avec un arrière goût d'éraflée. L'époque change mais le scénario écrit les mêmes lignes de fin. Par cœur je connais l'épilogue. Hier, aujourd'hui ou demain ; qu'importe. Ça renaît, tel le phénix trouant ma coque salvatrice. Ritournelle journalière. Combien de fois vais-je ainsi siéger ? Sur ce matelas dont la chaleur a expié avant même son éclosion. Combien de dards vais-je assidûment m'enfoncer ? Sans jamais cesser, toujours répéter. À travers l'écharpe de ma solitude l'usé déroule à nouveau la scène. Dévale la pente du souvenir ; mieux sera l'étranglement du sentiment. L'esprit s'entoure de ce drap fallacieux, imprégnant ainsi la pensée d'un parfum corsé de souffrance. Et alors l'image d'antan gambade et fourche.
Un ballet d'écorchure s'anime.
Sous une voûte argentée
Les roses de l'été
Ni les pétales du partage ne fleurissent.
Rappel si clair de cet avant putride. Je les revois, eux et leur visage, laid de rejet. Les détails brillent — ils lacèrent. Soleil absent, n'appliquant guère son cachet de lumière. Déluge, cette eau des maux ; ce pourquoi l'Amour me refuse. Leur voix masculine chante à la morosité que j'inflige au Monde ; cette grisaille que j'enfante sous l'émoi tailladé. Ma clameur sort, celle de l'impuissance — rage sourde qui perfore. Justifier, faiblir, persuader, tomber ; rien n'y fait. Leur écoute galope vers l'incompréhension, des œillères en guise de sabot. À l'inverse déferlent les mots d'exclusion ; l'hymne à la giboulée méprisée. L'homme abandonne, s'éloigne, éjecte ; fissure. Or l'acharnement me piège. Je continue — à donner, à essayer, à saigner. Et les gouttes gagnent en volume. Fane l'espoir. S'abreuve l'humidité de l'âme.
Une douleur, à l'état brut. Une fatalité, gangréneuse.
Ont parfumé ma nuit
Dans la chambre des toujours
Il n'y a que moi, et mes chimères qui jamais ne gèlent.
Elles s'incrustent jusque dans la fibre cellulaire ; jalon dont le corps ne peut se dessaisir. Si je le pouvais cette peau calcinée j'arracherais. Trop de marques ; sertie de coups. L'encre ? L'hémorragie de l'émotion. Le dessin, bien qu'inapparent à la surface, trace pourtant les contours de l'éros crevé. L'extérieur n'hume guère cet effluve de la blessure. Son odeur, fétide, ne parade qu'ici, dans cette cage où gît comme unique enfermée ma croix ; mon mal. Trébucher autre part ne s'envisage pas, jamais. Il n'y a que dans cet antre de l'absolue isolée que je m'écroule. Personne ne doit savoir, ni voir. Ceci n'est réservé qu'à moi ; ma prison. Y défile à la chaîne chaque détenteur d'aiguilles, celles qui tout entière ont empalé mon être.
Et au final ne s'enracine qu'un seul et même portrait.
Ton visage flotté
Dans mes rêves d'été
S'étend la plaie, abreuvant la pièce et la pulpe émotionnelle de son nectar venimeux.
Les larmes redoublent, je les sens descendre — elles m'incisent. Un sillon d'amertume ; empreinte pourrissante. Leur fraîcheur brûle. Ces gouttes salées ne cautérisent pas mais nourrissent la lèpre nommée détresse. Le perçois-tu ? Sais-tu que seul toi, mage au miroir de glace, demeure l'unique à me ciseler de toute part ? Non. Tes prunelles n'injectent que le reflet du froid, celui qui ne fond pas. L'insensible, tel un roc dont aucune brèche ne fore la pierre ; comme si, en fin de compte, le désir de vivre par ce deux langoureux passait sur toi sans jamais te toucher ou t'effleurer.
Qu'embrasses-tu ? Si ce n'est l'ignorance ; ton venin.
A parcouru mon corps
Et ma nuit esseulée
Est un puits sans fond qui me dévore.
Par ton existence ; ton indifférence, celle responsable de ce cri que nul autre que moi ne supporte. Ça résonne, déchire le tissu corporel. As-tu la moindre idée d'à quel point cela saigne, dans mon enveloppe d'âme solitaire ? La passion épinglée à ton individualité demeure un gouffre dans lequel je me noie. Un jour je ne m'y relèverai pas. Car je te donne tout, tout ce que je fais, tout ce que je suis ; à toi, et rien qu'à toi — le coupable de ma folie amoureuse, celle-là même qui est en train d'aspirer ma vie, mon énergie. Moi tout entière qui se vide. Et à chaque fois que s'affaisse le manteau vespéral s'amène ma perfidie : celle de vouloir te bannir.
Pour la paix et mon repos affectif.
J'ai cru un peu te toucher
Dans mon sommeil isolé
Je m'asphyxie.
À repeindre ces moments, ceux où la réalité inscrit de ses lettres indigestes cette vérité maladive : mon exil du cœur émotif. Le passé s'éternise et s'amuse à écraser les grains rêveurs. Cette foi qui de plus en plus creuse sa tombe de terre. Éprouver la relation de couple, ce féminin et ce masculin en un ; uni, pénétré, dégusté, partagé. Amour à deux, la réciprocité ; chose inconnue, pour moi. Pourtant, c'est d'un désir fou et insatiable que je m'acharne à l'éprouver, pour ne plus vêtir le rôle de l'écartée.
Pour enfin goûter à cette flamme si passionnée.
J'ai même entendu un accordéon perdu
Temps à perdre dans la nuit
Pour un fantasme.
Illusion puérile qui poursuit son œuvre infâme de faire croire : que le possible est pour tout, même pour l'eau. Ne plus s'égoutter. Ne plus s'ensevelir ; mais cavaler au grand jour, le rayon bienfaisant du petit jour sur les joues. Et croquer, la peur et le refus distordus, à l'échange humain. Nulle douleur, juste plaisance avec l'Autre — ce sexe contraire. J'ai cru y avoir droit ; la Pluie coupant l'abreuvoir. Pourquoi en rester l'exclusive dépouillée ? Quiconque y baigne sa pulpe individuelle. La différence n'est pas si grande, entre eux et moi ; un bourgeon d'espérance, à travers la toile du spleen mouillé. Un tel bien-être paraît transpercer dans cette union de paire. Comment la mépriser lorsque l'enfance n'a cessé d'être griffonnée par la mine grisâtre de la solitude ?
Ce n'est qu'attente du lien amoureux.
Le matin blanc
Attendre que l'on se perde éblouis
Par la crevasse de l'espoir.
Un temps, non senti ou calculé, la pensée dérive dans ce champ des possibles. Un instant seulement. Car ici il n'y a de place que pour la cassure ; violent réveil. Le conte des mille et une perspectives disparaît en une poussière lointaine. Retour au réel, l'éclat opaque : la raison, dont la venue griffe la conscience de faits. Prisonnière de la génétique, les flots j'expulse et endure. Y échapper ? Foutaise. Baliverne. Imaginaire. Qui donc a déjà vu l'averse irradier de couleurs ? Ne resplendie que l'unité du gris, l'incolore qui jouit du côté des maudits. Qui donc aimerait trôner près d'une telle morosité ? N'est-ce pas pour parer à l'accablante marée que Dame Nature abreuve la Terre de son jet ensoleillé ? C'est dans l'ordre des choses.
Elle ne fait qu'appliquer la règle de vie.
Et suivre les rivages d'antan
Du temps à perdre la nuit
Pour seulement enlever ce masque mensonger.
Dehors, je fais l'autruche. L'attitude se maquille en joie, en vitalité, en bien-être vrai. À moitié l'habit du travesti j'enfile. Le mal est cadenassé et pourtant une part du sentiment y trouve son compte. La comédie insuffle un quart de plénitude ; je me détache, voire abolie cette fracture. Cela ne dure pas mais sur le moment il y a comme une saine respiration du cœur. Mais les forces s'épuisent, dans les coulisses. Au devant luit cette obstination démentielle ; ce n'est que du vent. Paillette, artifice du paraître. Ainsi l'étiquette de l'incassable s'appose. Ainsi pendant un instant j'y crois et oublie. Tromperie. Car je ternie ; et me détruis. Peu à peu, doucement et dans le plus impalpable des silences.
Ça casse.
Dans la chambre des toujours
Je n'ai pas fait l'amour
Mais j'y ai pensé
Seule dans mon grand lit défait
Je m'écorche.
Sous une voûte argentée
Les roses de l'été
Ont parfumé ma nuit
Dans la chambre des toujours
Je n'en reviens qu'à toi.
Ton visage flotté
Dans mes rêves d'été
A parcouru mon corps
Et ma nuit esseulée
M'inonde de faiblesse ; tristesse des larmes qui enchâsse mon âme.
J'ai cru un peu te toucher
Dans mon sommeil isolé
J'ai même entendu un accordéon perdu
Temps à perdre dans la nuit
Du rêve ou de la réalité, il n'y a guère de choix ; une déchirure, seulement.
Le matin blanc
Attendre que l'on se perde éblouis
Et suivre les rivages d'antan
Du temps à perdre la nuit
Pour juste t'y voir et t'y maudire.
Si tu revenais un jour
Dans la chambre des toujours
Tu n'y resplendis plus.
Ton image n'exhume plus la fleur du bonheur. S'y répand plutôt une teneur amer, celle qu'on regrette d'avoir goûtée. Car une fois qu'on la subit, on ne peut plus s'en débarrasser. Véritable obsession ; le parasite qui s'installe et m'étrangle. La volonté n'y change rien, l'emprise demeure beaucoup trop profonde et ancrée dans la chair. Ton être me possède ; tu m'enchaînes dans cette maladie des sentiments. Moi qui y saigne. Toi qui t'en dédaigne. Et pourtant douloureusement ça se préserve. Je m'accroche à m'en lacérer l'émoi, comme si abattre cette attache causerait ma mort. Alors que la graine du mal pousse encore et toujours à cause de cet amour, fou et absolu. Amour vénéneux qui n'offre que séquestration pour l'émotion.
Ainsi c'est.
Un mot sur le lit défait
T'indiqueras où me chercher
Moi qui à tes yeux me fagote de l'invisible.
Or tout est fait, hurlé pour que l'attention s'agrippe, te chipe. Certains appellent ça l'exubérance ou l'extravagance. Ce n'est en réalité que cri du ressenti, un appel destiné à t'éveiller — te retourner. Me regarder, moi et ma flamme passionnée. Tant et tant l'ardeur a jailli sans qu'une fois cette dernière ne s'arrime sur l'apathie de tes traits. Ta peau paraît intouchable, hermétique à l'affect. Je ne suis qu'une masochiste, poursuivant son œuvre d'automutilation — je n'ai plus que ça.
Et ce désenchantement, toujours plus présent à chaque nuit et ici.
Sur la table de chevet
Tu trouveras ton portait
Dans cette pièce où s'exécute le crève-cœur.
S'exhibe dans une coruscante danse fantaisie et discernement. Le mirage, orné de diamants malfaisants. Y miroitent mes désirs les plus excentriques, ceux dont la nudité ne se découvre qu'en travers de l'intime. S'y mêle le plus simple et le plus fort de tous mes souhaits : celui de te voir m'aimer. Seulement une fois, un jour, dans un ultime regard. Juste pouvoir y discerner cette même ivresse dévorante, celle qui m'anime et me mutile ; goûter à tout de ta peau si tentatrice, si porteuse d'érotisme. Puis s'invite et s'imbrique le tortueux du réel : tes rejets, ta dureté, ton insensibilité ; ma transparence. Lutte acharnée, entre ces deux moitiés. Parfois la bataille ne se couronne de fin, s'étend jusqu'au matin, draine à chaque fois plus de perles humides. Mais en réalité, j'abdique.
Les soirs chacun leur tour s'assemblent et esquissent d'un cruel contour le conquérant.
Un peu grisé par la poussière
Des traces de mes doigts sur le verre
Désignant la victorienne ; ma désillusion.
Tu ne me vois pas.
Ni ne me souris.
Ni ne m'entends.
Tu ne goûtes à rien de moi.
Alors je reste là.
La fêlure au cœur.
Sans plus espérer ou attendre.
Juste à me consumer.
Dans cette vérité vêtue de nuit.
Juste à tomber.
Comme cela se doit.
Je suis seule.
Et sans amour.
Dans la chambre des toujours.
Que c'est un poil cruel, non ? De la laisser là, seule, pleurant à chaudes larmes dans sa chambre et ses draps froids… Moi j'dis : enfoiré de Grey !
Sinon, c'était comment ? Bon un peu ? Bon beaucoup ? Bon passionnément ? Bon à la folie ? Bon pas du tout ? Et celui qui me répond bon pas du tout, je le castre, ok ?
Enfin bref, j'espère qu'à défaut d'avoir du bon beaucoup et/ou du bon passionnément et/ou du bon à la folie (oui oui, on peut considérer les trois à la fois — dans le rêve bleu), vous aurez au moins passé un agréable moment de lecture.
Le quatrième bout de texte arrivera début juillet — je donne pas de date précise car ai la flemme de calculer (on se refait pas).
Merci en tout cas à vous d'être (encore) passé(e) et j'vous dis p't'être à la revoyure sur le prochain postage !
Bonne écriture et lecture à vous, en passant.
