Holà à vous qui passez par-là !

Aujourd'hui, la pinaille sera brève et directe : bonne lecture à vos mirettes.


L'éden du voir

Quelle sensation délectable. Le pouls dérive de sa route habituelle et file droit vers la démesure. Le contrôle glisse doucement et délicieusement. Au diable la raison qui pourrie la flamme ! Elle n'a pas sa place, dans ce cratère affectif. N'y éclos que le vermillon bouillant du cœur, celui qui remonte à la surface pour mieux embrocher la froideur corporelle.

Tout ceci car elle voit.

Et sans le prévoir le sourire illumine la pâleur aujourd'hui radieuse. Sentiment si vivifiant, de quoi faire exploser la veine de la retenue. Ardeur qui se bombe, fière et imposante. Presque une caresse, la fièvre fignole chaque grain de peau ; la marque du fer brûlant. Ne se ressent que cette ultime tempête impérieuse. Pas de chaîne pour enfermer. Pas de conscience pour calmer. Ça n'a plus lieu d'être. Nulle envie ne s'éprouve quant à parader dans la réserve. Trop de fois la modération à jouer ses notes ennuyeuses et trop saintes. Quel intérêt de vêtir encore et toujours ce rôle de prude ? Alors que ce n'est que pur travestissement.

Dur c'est, parfois, de ne pas relâcher tout ; cette folie émotive qui pourtant noue ce ruban individuel. Dehors ne s'échappe que quelques brindilles, juste des morceaux d'un puzzle immense et coloré de frénésie. Trop forte, trop différente ; de quoi faire peur, de quoi exclure incessamment. C'est pour cela qu'au-devant de la scène se compose le rituel d'une gloutonnerie à demi décadenassée. Un peu pour rester dans une certaine norme. Un peu pour être à sa juste place.

Sauf ici.

Sauf maintenant.

Devant cette vision.

Le bouchon qui retient s'enlève enfin.

Et le corps tout entier est piqué, transpercé d'euphorie ; excitation de mille feux ! Ô combien cela pulse, frappe dans la pompe cardiaque. Il y a comme la cascade infinie de l'envie. Pas de frein moral. Pas de jugement qui cloisonne. L'agir trace ses propres et exubérantes lignes de désir. Libre de soi. Libre du Monde ; être tel quel. Jouissif moment. Précieuse sensation. Rare mais délectable. Y résonne l'éclat vif de la vie, celle croquée, dévorée, broyée par tant d'exaltation. Les couloirs d'antan et du demain n'imprègnent même pas la pensée. L'existence ne s'appose qu'autour des sens et de ce présent pétillant.

Cette chair, livrée en pâture aux iris.

Le reste a pris congé dans l'oubli temporaire. Rien d'autre ne compte plus que ce qu'il se passe, que ce qu'elle ressent avec une telle délicieuse puissance.

Juste ce qu'elle voit.

Avant cela, il y a eu le levé du rideau solaire. Pas de hâte dans les jambes ; une traversée moulée dans une lenteur chérie. Mieux ainsi s'est appréciée cette fraîcheur matinale. Ainsi l'œil a pu se perdre dans le ballet désordonné des feuillets. La saison de l'automne a exposé ses teintes. Douce a demeuré l'hémisphère planétaire, de quoi enivrer l'éther d'une humeur rayonnante. Le tracé lumineux a d'ailleurs cocouné chaque élément du paysage, son touché chaleureux galvanisant. Les battements ont tonné selon la cadence silencieuse de l'environ. Paix du corps et de l'âme. Quant aux lèvres, déjà celles-ci ont exhibé en toute bourgeoisie leur hauteur. Dès sa sortie au petit jour elle a été bien, tout simplement bien ; fleurissante journée qui pousse et qui la couve.

Puis ses pas l'ont arrimée à sa destination journalière : sa famille nouvelle, des fous du cœur qui lui ont ouvert grand les portes de sa folie à elle. Les salutations ont chuté de partout ; le sourire a grossi. La pinaille est partie à droite, à gauche. Même sa bouche s'y est prêtée quelques fois. Bien que les mots ne soient sortis en trombe de sa gorge, plaisir il y a eu à partager sans attente ou besoin. Du lien, simple mais violemment divin. Une fois la causette passée, les prunelles ont observé à la dérobée la masse quelque peu opulente sans y discerner l'objet convoité. Soupir léger qui n'a pas démonté pour autant. L'entrain a plané et ne s'en est allé de sitôt, pas en ce jour tout du moins.

Et telle la ritournelle gravée dans l'ADN, l'endroit éternellement occupé s'est chipé : elle s'est assise à cette table ; superbe aperçu de la cacophonie ambiante. Un panorama parfait pour déguster à l'œil la peau suave du nu.

À vrai dire, elle ne vient que pour ça.

Voir ça.

Chaque jour, dès que cela lui est possible.

Elle se pose à sa place, attend puis contemple.

Car il n'y a qu'ici, que cet agir lascif se fait.

Ici, dans cet antre de détraqués qui, alors se castagnant et se cajolant de mots policés, devient lieu de l'exhibition complètement jouissive de l'incarnation de l'un des huit péchés capitaux. Moment magnifique que c'est lorsque cela se joue — chose ne se faisant en l'instant.

Pour autant, les restes mnésiques ont défilé en boucle car sont devenus les racines du souvenir. Mieux : les sensations, électriques et propres à la volupté, ont niché depuis lors dans la mémoire sensorielle. À chaque fois que ce festival où se porte le costume d'Adam s'est déroulé, ces mêmes stimuli de chairs et de cœur ont voltigé ; trident qui empale de plein fouet. Pure délectation. La contemplation devient alors une sorte de bain d'érotisme pour les yeux tant l'effervescence bout, dans la pulpe humaine. Cela en est presque intenable d'être si calme en dehors tandis que l'intérieur mijote l'ébullition.

Mais comme maintenant, n'a eu de place qu'à l'attente ; seulement moisir et tenir en laisse l'appétence fanatique. Dans ces moments le sablier coule beaucoup trop précautionneusement ; la soif a subsisté dans cet infini détestable. La frustration bientôt accourra et mordra les premiers bouts de la patience. N'a plus que demeuré cette rétine avide, lâchée et guettant la moindre perspective ; véritable prédatrice en chasse.

Puis il entre.
Cœur pilonnant.

Puis il s'avance.
Orbes miroitant.

Puis il salue.
Souffle harassant.

Puis il discute.
Sang pétulant.

Puis il s'emporte.
Chair s'enflammant.

Puis ça commence.

La respiration s'arrête ; temps glacé. Ce moment arrive. L'être entier se fige ; l'extase peu à peu grimpe. Un volcan intérieur ; l'hémoglobine frétille d'une lave lubrique alors que l'O2 inonde.

Les cris fuient.
Les rires tombent.
La verve gèle.
Les coups se brisent.

L'environ disparaît.

Il n'y a plus que lui.

Plus que ça, qu'elle voit.

Lui qui se lorgne ; sa nudité tant désirée. Tel un aimant, la pupille ne fixe que ça, cette carne si souveraine de délice. Le corps vibre déjà dans la coque émotive. La vue à elle seule dessine un sillon d'ivresse sensorielle. Tout est relié à ce port des sens, l'unique maître d'orchestre ; celui qui fait jaillir ce pic charnel et qui habille l'imaginaire d'images impures.

Son pouls tambourine.

Enlève-le, vas-y !

Ses yeux fument.

Affiche ce cul sexy !

Sa peau transpire.

Déchire ces vêtements inutiles !

Ses veines fermentent.

Exhibe-toi, corps de tous mes vices !

Son cœur flambe.

À poil, Grey-sama !

Le haut s'arrache ; miroite alors le suintement des muscles bombés. Comment deux bosses, à l'origine graisseuses, peuvent à ce point calciner l'âme ? Et cet arôme… animal ; senteur de mâle. L'effluve qui empoisonne. Sa teneur virile envahie ses fibres nasales, l'humectant elle et son épiderme.

La chemise opaline, ennemie jurée de sa fringale impudique, flotte dans cet air bestiale. Vol bref et misérable. Qu'elle chute, s'écroule loin sans plus jamais envelopper de son infâme tissu cette carne aphrodisiaque. Il reprend alors sa danse du rustre ; son buste bouge avec lui. Fascinée ; elle suit chacun de ces mouvements à l'élan luxuriant.

La chaleur enfle, dévore de partout !

Elle voit.

À présent parade en toute vanité ce dos que la pupille lèche du regard. Outrageant ! D'être à ce point appétissant ; ce n'est que l'échine. Juste une ligne, cette arête pour laquelle les doigts — les lippes — ont tant imaginé et souhaité longer ; goûter la viande de ses mille et un coruscants fantasmes. Dans la bouche la salive mouille ; elle a terriblement faim. Avide qu'est cette dernière à vouloir limer de sa langue cette peau de braise, vestige de sa soif sexuelle. Diabolique plaisir, car cette faim elle ne peut assouvir. Le touché reste confiné, prisonnier du mental. Elle sait les limites, la barrière à ne pas franchir. N'a de place et de droit qu'au spectacle.

Mais c'est déjà immodérément excitant, pour elle.

Feu de braise, danse de la fournaise.

Elle voit.

Douce violence qu'elle s'inflige pour ne pas libérer son désir abusif d'érotisme : retenir ce cri de la libido ; pincer les lèvres. Résister à cette démangeaison de palper ; comprimer les poings. Museler cette irrépressible envie de se jeter tout entière sur lui ; rester assise.

Elle ne fait que ça : s'enchaîner et s'exalter.

Et voir, encore et encore.

Seulement le contempler.

Lui et seulement lui.

Qui se retourne, d'un coup et subitement.
Qui l'accroche, elle et son regard brillant.
Qui l'aperçoit, elle et sa flamme démesurée.
Qui la sent, elle et son obsession.
Qui sait, son désir et sa fièvre.
Qui lui sourit, enjôleur et railleur.
Qui se détache, d'elle et de sa lueur amoureuse.
Qui enfin se dévêt, fesses et descente de reins dévoilées.

Juste reluquer ; et désirer.

Juste être là ; et s'embraser.

Comme tous ces jours.

Elle ne bouge pas.

Elle voit.

Et succombe.

Passionnée et éprise.

De ce Grey Fullbuster nu comme un ver.

Son éden habituel.


Le prochain écrit sera posté début août.

À la prochaine !