Holà à vous qui (de nouveau) passez par-là !

L'OS du jour m'a posé question ou plutôt, je me suis tâtée quant à sa publication car j'suis coupée en deux à son propos : j'l'aime bien comme je trouve qu'y a beaucoup de mots pour pas grand-chose. L'idée de fond me plait mais c'est surtout la manière dont je l'ai traitée qui me triture les neurones. Faut dire aussi qu'il est écrit depuis quelques mois déjà donc p't'être qu'à force de le re-re-re-relire ça m'a un peu (vive l'euphémisme) gavé.

Avant de vous laissez lire, j'aimerais remercier tout particulièrement Ryuffine pour son fav' ! Quand je l'ai vu, j'étais toute contente et même si ça n'a l'air de rien, ça m'a fait vraiment plaisir car d'une certaine façon, ça montre que ce recueil te plaît et que la plupart de tes lectures n'ont globalement pas été trop mauvaises. Je ne sais pas ce qui t'as décidé de mettre en favoris mais en tout cas, je te remercie beaucoup pour ça ! Et aussi, je remercie tous ceux qui ont mis en suivre cette histoire et ceux qui lisent régulièrement ce recueil ; j'espère que dans l'ensemble vous passez un bon moment de lecture et que vous ne vous ennuyez pas trop.

Dernière chose importante à dire : aujourd'hui, c'est un jour spécial car les rides d'une nana s'alourdissent une fois de plus (la belle affaire !). Et j'aimerais m'arrêter une minute sur son cas pour lui souhaiter, à cette pauvre détraquée et perverse du bulbe, un JOYEUX ANNIVERSAIRE (voilà, c'est dit et crié, hé hé) ! Normalement, ma chère Achrome, le texte d'aujourd'hui était autre (un que tu as déjà lu) mais j'ai changé pour que tes mirettes, en ce jour de grâce, ne lisent que du « pas vu » — et oui, tu peux le dire, j'suis trop une merveille, mwahahahahahahaha !

Le piaillement de merde enfin terminé, je vous souhaite à tous une bonne lecture !


À lui, de jouer

« Tu bouges pas et ne touche à rien, surtout. »

C'est plutôt ça, qui l'inquiète : ces doigts, intenables et véritables fouines. Sa raison le sait, sa grotte de l'intime aura très vite fait d'être caressée et touchée dans les moindres recoins. Pourtant, l'espoir s'amarre sur ses lèvres, oralisant ce qui indubitablement ne se fera — l'agir immobile, dépouillé de quelconque pulsion voyeuriste. Qu'importe, la croyance s'entête tel l'âne buté et enroule l'ordre proféré dans un ton catégorique, presque sévère. La prune oculaire se contente donc de jeter son habituelle dureté, de quoi exprimer sans tabou l'inexorable désir à ce que rien ne bouge — aussi bien les objets que le corps invité. Oui, sa foi est grande, naïve ? Certainement mais… il n'en a cure ; celle-ci ne s'arrache à ses pensées réflexives, préférant le dorloter dans un drap fallacieux.

« J'en ai pour cinq minutes. »

Un dernier coup d'œil vite fait — pour être sûr que rien encore n'a bousculé l'espace de son mouvement — puis le voilà en marche sur son chemin traditionnel. Quelques pas, à peine, pour s'engouffrer dans le sanctuaire interdit à toute vue extérieure, en particulier pour celle dont la pupille cobalt est bien trop gourmande pour être chaste. Non, pas de cette aura féminine injectant sa toxine fanatique. Juste lui et sa froideur de mâle.

D'une pièce expansive et à la propreté exhibée, il passe à des mètres carrés radins et à une saleté exhibée : les caleçons se vautrent aux côtés de plusieurs autres cache-misère échoués par-ci (sur le lit en bordel, sur le parquet crado), échoués par-là (sur un tas de linge à l'haleine incertaine). Du côté des meubles, nombreux sont les tiroirs et placards ouvrant leurs portes aux plus curieux des yeux. Nulle pudeur à révéler l'entassement plus que négligeant de la défroque ou le fatras des affaires.

Le rangement ne régente ce lieu : son ennemi la débauche a pris place bien avant lui et ce depuis perpète. De même il en va pour la poussière vétuste, figure de cette fainéantise à la longévité assurée. En prime de la crasse visible, les atomes se farcissent un relent de fennec — fort parfum pour lequel le nez se pince et qui, fissa, astreint le proprio de purifier la pièce ; l'air vierge de toute fragrance s'invite, s'installe et enfourche à grands coups de brise les narines. La saine odeur, enfin (re)trouvée. Avec elle s'amène la morosité lumineuse du dehors, son humidité quelque peu dispersée dans l'atmosphère. La fraîcheur familière loge donc à nouveau en cette tanière masculine mais ne séduit l'attention ni les sens ; hermétiques qu'ils sont tous.

Une chose détient toutefois l'entière égard : trouver ce putain d'objet foutu dieu sait où.

Tout ça parce qu'elle l'a usé jusqu'à la corde, avec ses inépuisables propositions. Chaque jour levant a eu droit à sa singulière suggestion et malgré les refus dogmatiques, l'aplomb n'a guère une fois déserté la prunelle ou le timbre. L'ardeur du dessein n'a pas une fois, juste une petite fois, chuté d'un iota — à croire que l'affaire jamais elle ne lâche ! Cette obstination, aussi inébranlable qu'un roc, lui a fait revêtir la parure du souffre-douleur. À force, ça devrait lui passer au-dessus du haricot, voire susciter en sa fibre caractérielle une ignorance des plus irréprochables. Au début, ouais, l'attitude a été moulée dans une totale désaffection. Ces retours à l'envoyeur ont cependant très vite fait d'être expédiés avec un agacement toujours plus farouche et croissant. Au final, ça s'est muté en une sorte de harcèlement et dès lors, il n'y a plus eu de moyens pour y échapper si ce n'est de céder au caprice passionnel — foutue obsession qui ces temps-ci harasse plus que ne complaît, faut l'avouer.

Il soupire.

Quelle chiotte, la capitulation. Le regret pointe sans tarder tandis que l'esprit se berce de « si » vénéneux, eux qui tracent une tout autre réalité : nulle inappétence polluant le fleuve sanguin, nulle nonchalance dans les cellules musculaires, nulle lassitude qui dévore, nulle prise de choux à chercher une babiole de merde pour une mission de merde ! Non, pas de ces émotions à la teneur contraignante. Et encore moins une compère, cette compère, en train de fouler le plus normalement du monde son chez-soi resté jusqu'ici inviolé par quiconque. Rien n'est inévitable, en particulier ce genre de choses quand il sait qui lui colle au train, mais il n'empêche que cette situation l'emmerde plus qu'autre chose. Ça n'aurait pas été de refus, bien au contraire, que toute cette chierie se joue dans un futur lointain, très lointain et sans elle — surtout sans elle ouais.

La savoir là, aussi proche de son cocon personnel, ça a de quoi l'asticoter ; dérangeante et inconfortable contorsion de cette distance, celle-là même qu'il a si consciencieusement maintenue entre eux. Quoique, depuis quelques temps déjà ils se rapprochent à mesure de leur contact régulier et routinier. Ça devient banal, cette carcasse à la féminité singulière rôdant à longueur de journée à ses côtés. D'ailleurs, maintenant qu'il y pense, sa propre conduite alimente leur fragile proximité ; elle prend peu à peu de la place, sur sa feuille biographique et lui la laisse faire — la laisse devenir un élément presque incontournable au tracé de son anamnèse.

Y a pas de doute, il va falloir vite fait bien fait régler cette tare ; ne plus se faire avoir ni être amadoué par cette nana à la malice avérée. Évidemment, qu'elle a calculé son coup ; le hasard ne demeure l'un de ses fils de marionnettiste. Et lui comme un bleu bite en est son presque fidèle captif. Avec un cran de retard la compréhension le darde, faiblesse du mental pour laquelle il voue un réel dédain. Heureusement que sa fervente nonchalance veille au grain, l'unique avec son affect frigorifié à lui éviter les guets-apens tendus par cette bonne femme.

Qu'elle use de sa candeur ou de sa timidité apparente, son esbroufe comportementale ne l'y prendra plus ; il ne sera plus son détenu.

Plusieurs fouilles encore, mis en scène par l'envoie dans les airs des slips et chaussettes souillées, pour qu'enfin l'objet tant convoité soit possédé. Une fois ce dernier saisi, la rétine y jette un coup d'œil bref et conjointement infesté de mépris, avant d'être rangé dans le pant' ; regard noir miroitant. Après tout, c'est à cause de cette bricole à la con qu'il a dû se ramener séance tenante chez lui. Indéniable que tout a été manigancé ; elle savait, pertinemment, que pour réaliser à bien cette quête foireuse il lui fallait venir chercher cette satanée babiole ici, son seul lieu d'emplacement. Ça c'est imposé à lui, comme elle déambulant présentement et pour la première fois en son logis…

Sa pensée se fige ; cinq secondes trépassent.

Première fois, qu'elle mettrait les pieds dans son foyer ?

Un moment durant la réflexion surchauffe, les sourcils pliés par cette soudaine et non des moins virulente triture neuronale.

Puis l'ampoule s'illumine ; le visage grimace, hargneux.

Putain que non, ce n'est pas la première fois qu'elle s'introduit chez lui — sinon, comment aurait-elle pu savoir que cet objet pourri pouvait se trouver là ?

L'évidence le frappe de plein fouet, et c'est mauvais, très mauvais.

Son hémoglobine s'ébouillante.
Sa mâchoire se contracte.
Ses globes oculaires grésillent d'éclairs voltaïques.
Ses poings se serrent.

Il sort de sa chambre, furibard et foutrement déterminé à obtenir des explications.

Mais il se raidit, de suite.

Sclérosé dans son salon tout de gris tapissé, il la fixe.

Trop fort, trop vite ; de trop son cœur bat.

« C'est quoi ça ? »

La sévérité transpire par-delà la voix alors que le bleuet de la pupille le transperce ; frétillent les globules rouges.

Chute du courroux et bienvenu à l'impromptue agitation, celle nichant dans l'internat organique. Face extérieure, y a peau nette ; l'image du décontracté. Pas de gouttes suantes, de rictus ni de traits qui se crispent. Juste un pouls pressé dans sa rythmique. Juste un pic émotionnel. Juste ces iris d'hommasse qui dévisagent — miroir du remous interne. Et une réflexion dépiautée, livrée en pâture aux réflexes béhavioristes, ceux volontiers malavisés et infructueux.

Guère de maîtrise de la conduite mais bien la réponse impulsive :

« Rien du tout. »

À peine ces mots franchissent la barrière labiale qu'une vive envie de les ravaler le prend ; que de dires mythomanes ! Ça sonne terriblement faux, il le sait tout autant qu'elle. Du reste, le soi en prend pour son grade, les injures mentales le bectant tels des vautours ; quoi de plus normal ? Comme si ce « ça », tenu entre ces mains laiteuses, ne signifiait rien… Tous deux savent ô combien il n'en est rien mais lui, en véritable couillon, a préféré raconter des salades plutôt que jouer la carte de la vraisemblance. Pour sûr que pareille réplique miteuse ne va le tirer d'affaire, ni épargner la macrobie de son soi-disant flegme.

C'est du grand bien joué quoi.

D'ailleurs, il saisit toute la portée de son impéritie lorsque la responsable de son piètre jeu d'acteur — car oui, c'est elle, toujours elle qui fait se mettre à table ses faiblesses — rétorque une parole acérée par l'immuable fait.

« Un bout de tissu n'est pas rien du tout, en particulier celui-ci. »

Traduction : il a fait chou blanc et considérant ce regard inflexible infusé en sa rétine de faux jeton, il n'a pas intérêt à plus la rouler dans la farine. La bonne poire n'est ici, à moins que ce ne soit lui le naïf dans l'histoire — à penser qu'elle ne verrait ou ne comprendrait les déplorables subterfuges de son ego. Mieux vaut dores et déjà la poser comme son entière égale, en matière d'acharnement car d'aucune façon que ce soit elle ne se retirera sous sa tente ; pas grave, du tout. Lui aussi est une sacrée tête de mule, notamment quand il s'agit de sauver les apparences du je-m'en-foutisme. Un expert du froid sous tous les plans, surtout en ce qui concerne le domaine affectif — intempestifs et reprouvés affects se réveillant à mesure de leurs interactions.

Mains dans les poches, l'allure de l'impassible il reprend, une crème au fort parfum d'ennui badigeonnée sur son visage.

La matière grise ne brûle plus comme du charbon ; un pittoresque mais certain moment il a fallu à la réflexion pour de nouveau advenir. Du balai, l'émoi ! Son caractère soudain et irrépressible s'émiette ; le tempéré redevient la norme, tout comme cette authentique indifférence moulant le présent agir.

« Ouais et après ? C'n'est qu'un bout de tissu. »

L'affirmation est lancée avec un détachement royal. Et pour parfaire un peu plus sa sculpture de glace et l'insignifiance de ce « ça » — prisonnier assidu de l'inquisitrice —, le corps se meut avec nonchalance jusqu'à la cuisine ; il glisse au devant de ces orbes indigo sans qu'une goutte d'attention ne soit versée.

Dos à sa convive — restée debout près du sofa en cuir noir —, il s'immobilise et plonge ses mains dans les placards ; une mort du son étonnamment narcotique picore la fibre cellulaire. Ne s'étend que les bruits des gestes caractéristiques d'un frigo ouvert et d'un liquide versé dans un récipient.

« T'as soif ? propose-t-il en une politesse machinale.

— Qu'est-ce qu'il fait ici ? »

Malgré l'intonation spartiate, le zèle ne se bloque ni ne se freine ; scrupuleuse lenteur dont il s'orne, pour mieux s'ériger en ce mâle imperturbable. Ainsi l'orangeade fait maison avive la trachée de son suc réfrigéré et juste dosé en fructose. Un goût divinement fruité, tel est le message sensoriel envoyé au cerveau.

Le délice de la liqueur une fois ingurgitée en sa totalité, il se tourne le verre vide en main vers l'hôte et la considère, cette rutilance las dans ses globes oculaires.

« Normal que ce qui m'appartient se trouve chez moi, non ? »

Guère une interrogation : une ridicule vérité qui, de sa formulation un brin pédante, notifie la futilité de la précédente question.

« Et depuis quand c'est de l'ordre de l'appartenance ? se poursuit la curiosité insoumise, une touche de stupeur emmitonnée dans le timbre.

— Depuis qu'on me l'a offert et que j'ai décidé de le garder. »

Dans le blanc des yeux il la regarde, comme pour appuyer la signifiance tacite de la phrase.

L'effet attendu se produit : les prunelles turquin se plient, laissant à penser que la caboche carbure pour décoder le message. Une réaction qui ma foi le satisfait ; il en serait presque à dérouler son sourire suffisant, celui de sortie lors de ses rares mais maniérées victoires sur ce casse burne de Natsu.

Dire sans véritablement dire, chose frustrante pour elle en quête de lumières — ô que non il ne les lui donnera, pas tant que ce manège le divertira. Juste lui rendre la monnaie de sa pièce, à cette magouilleuse de première ; à son tour d'être le chef d'orchestre. Rien de mieux donc que de la faire mariner ; appâter tout en restant cet inconditionnel grippe-sou d'éros.

« J'l'ai refusée la première fois ; à quoi bon s'encombrer d'un truc aussi accessoire et rasoir ? Puis finalement, j'l'ai prise, cette fringue.

— Pourquoi ? »

Suspendue à ses mots, elle l'est. Cette question brûle ses lèvres et à n'en pas douter sa chair, son sang ; son cœur. La ferveur souille les cordes vocales dont les lettres ont été expulsées avec une certaine pétulance. Il peut distinctement le percevoir, dans ses orbes avides, cet éclat pétillant et fiévreux qui s'est embrasé en un coup de craquement d'allumette.

Une insonorité traîne, l'atmosphère truffée de sa teneur impavide et fagotée malgré tout d'une palpable fébrilité.

Le nœud des yeux se brise.

L'hommasse attrape à sa droite le pichet abandonné sur l'établie ; coule le jus melliflu des oranges pressées. La chopine pleine, à nouveau la perle réglisse s'étend sur celle klein et impatiente de l'invitée.

L'ombre d'un sourire prospère, au coin des lippes masculines.

« Qui sait… Peut-être parce qu'au fond, j'la voulais. »

À cet alphabet encastré, corsé d'une saveur inhabituelle dans la bouche, se joint un regard tout aussi insaisissable ; mixte d'une sincérité manifeste et d'une incertitude baladeuse.

Se dévoile à nue son intention à semer quelques graines, certes infimes mais juste assez pour l'échauffer tout de go sans quelconque recours pour apaiser ce brusque brasier ; la laisser sur sa faim et avec une trituration phénoménale des méninges. À elle de se prendre la tête pour comprendre son attitude déroutante, voire étourdissante, d'homme espiègle.

Cul sec la boisson est bue ; la même sensation de régal inonde la gorge abreuvée. D'un geste d'essuie-main — reluqué sans loucher par cet azur rétinien —, le reste de gouttes se barre prestissimo des lèvres alors que le verre siège illico sur le meuble. Les doigts s'emparent alors de la cruche à l'élixir artisanal pour le ranger. Ne s'offre dès lors plus qu'un dos charnellement dégarni, aux mirettes excitées.

Derrière lui en revanche gît une mage ayant toute la peine du monde à ne pas expulser sa récrimination ; grondante et terrible frustration qu'il sent la ronger de l'intérieur.

Puis il se retourne.

Et voit ce supplice, dans cet œil amoureux, quant au besoin de disposer de plus amples informations.

Impossible de s'en tenir là, à ça — ces si pauvres révélations.

Juste développer, éclaircir un peu plus.

Dommage pour elle.

Car aucun autre os à ronger il n'y aura.

Il le lui fait d'ailleurs très bien comprendre en se dirigeant comme de normal vers l'entrée de sa bicoque.

Ignorance magistrale ! Celle qui ne passe pas.

« Qu'est-ce que ça veut dire !? », s'écrie-t-elle quasiment dans une ultime (mais vaine) tentative à étancher sa fringale maladive.

La doléance stoppe la marche ; agacement titillé ? Ou plutôt de retour de son exil fugace ? Planté à l'embrassure de la porte — demeurée ouverte depuis le début —, il lui jette un regard traduisant sans ambiguïté son franc déplaisir à ainsi être tarabusté.

« Que cet interrogatoire est clos et que si tu veux que je fasse cette mission barbante avec toi, t'as intérêt à ne plus me saouler avec tes questions. »

Des paroles à l'emporte-pièce, dont le ton sec ne laisse de place à quelconque discussion ou tergiversation.

« D'accord. »

Le sourcil se lève, signe de sa surprise quant à cette résignation si… directe et sans chichi.

Une étrange tranquillité enveloppe la voix, de même pour l'expression du visage où nulle trace de désolation ne prolifère. Ça en deviendrait presque méfiant ; il n'a pas souvenir de l'avoir vue abdiquer aussi vite ni avec une telle docilité. Serait-ce possible qu'elle ait enfin saisi toute la portée emmerdante et stérile de sa conduite ? Il l'espère foutûment en tout cas.

« Mais y a une dernière demande. », s'annonce en total dictateur la volonté, indéfectible.

Faut croire que non ; du pur chiqué ouais qu'est l'espoir. En revanche elle bien entendu ne déroge à l'essence de fana ambulante dont s'orne son être — il est immanquablement maudit.

Il soupire, passablement lassé et harassé, qu'on se le dise, de cette nana à l'opiniâtreté inébranlable ; pas croyable d'être à ce point bornée ! À ce stade, on appelle ça une psychose… M'enfin, chacun son vice et de toute façon il ne peut s'en arracher donc autant éviter de s'échiner tel le pro du râle qu'il est.

« Vas-y, balance. »

À voir avec quel désintérêt le verbal résonne, à coup sûr qu'il n'y a nul enchantement à l'écouter répandre son ultime requête. À vrai dire, lui-même ne sait trop le « quoi » le poussant à tendre l'oreille — une oreille désintéressée certes mais une oreille quand même. De toute façon, sa barrière labiale pourra composer toutes sortes de laïus, elle n'obtiendra pas plus de lui que ce qu'elle a eu jusqu'à présent, à savoir des miettes — si on peut considérer cela en tant que telle…

Elle s'avance de peu, le vêtement compressé à perpétuité par sa main gauche, puis enfonce l'ardeur de son iris dans l'ébène de son coquillard.

« Est-ce que Grey-sama pense à Jubia, quand il la met ? »

Il ne l'attendait pas celle-là, pas plus que cet éclat mirobolant de concupiscence, tout juste éclos sur le minois.

Une paix sonore folâtre durant un fluet moment ; un ange passe.

Chacun reste planté et s'avise, le ruisseau sanguin fermentant.

Mais lui, contrairement à elle, s'en cache puis s'en détache.

« Je ne répondrais pas à ça. »

Parade ainsi le péan du conquérant ; ces gammes, aux sons trop péremptoires, qui sifflent le non accouchement de quelques notes sentimentales.

À la place il la scrute ; regard profond et tout à la fois laconique qu'il lâche sur cette donzelle éprise.

Pour finalement s'échapper : il sort et la délaisse aux côtés de son orageuse insatisfaction.

Or le décret à renoncer elle blackboule.

« Grey-sama ! »

Pour l'esclandre, elle opte.

Formellement déterminée à lui tirer les vers du nez.
Formellement disposée à l'arrêter.
Formellement engagée à le faire s'expliquer.

Elle s'élance, furibonde, à sa suite.

Grand bien lui fasse ; car lui poursuit sa route, l'air de rien.

Chose qui ne plaît pas.
Chose qui ne s'accepte pas.
Chose qui ne calme pas.

Non, ça enrage.

« GREY-SAMA ! »

Tempête de la révolte, et de l'intolérance au lâcher prise.

Plus vite, plus fort ; plus en effervescence elle court.

Tout comme lui, qui est ravi.
Tout comme lui, qui jubile.
Tout comme lui, qui sourit.

Car aujourd'hui il est le gagnant.

Et elle, la perdante.

Au final, ça s'est révélé être beaucoup plus intéressant et fructueux que prévu…
Au final, ça lui a servi à bien d'autres choses…
Au final, ça n'a pas fait que le réchauffer…

Oui, à cet instant, Grey se dit que ça valait foutrement le coup de revenir sur ces pas et de la ramasser, cette fichue écharpe tricotée main.


Le prochain écrit sera posté soit à la fin de la semaine prochaine, soit vers le 23-24 août (je me tâte).

J'espère que malgré que je sois mitigée sur cet écrit, ce dernier ait été dans l'ensemble pas trop nul ou médiocre à votre goût – et si c'est le cas, ben que voulez-vous ? C'est la vie ! Ou comment sortir des justifications pourries :)

Merci en tout cas à vous pour votre lecture et j'vous dis à dans plusieurs jours sur le 7ème écrit (déjà) !

Dorez-vous bien la couenne sous le soleil de chez vous et surtout bonnes lectures à vous !