Holà !

Avant de partir (car oui, je taille la route jusqu'à la rentrée, hé hé), je vous livre un petit ficlet que j'aime beaucoup — c'est un de mes préférés.

Je ne m'éternise pas (ça fait du bien hein ?) et je vous laisse parcourir tranquille ces quelques lettres qui seront je l'espère agréables.

Bonne lecture à vous !


La cuisine des sentiments

L'aplatir ? Sans ménagement. Le carboniser ? Telle la crème trop surchauffée par l'ardeur du chalumeau. Ou le désosser ? Comme une vulgaire volaille morte. Non, en faire du hachis, de ce coup de foudre trop brûlant et incomestible ; la découpe acérée, celle par laquelle l'entier de l'affect s'écartèle. Quelques cisailles en plus, rien d'anormal par rapport au vécu d'avant. En fin de compte, ce n'est que la pratique coutumière de la râpe des émotions, les émiettant. Des sortes d'épluchures que ça devient, salies par les désillusions toujours plus épicées.

La liqueur glacée coulant dans les veines a pourtant très vite fait de s'évaporer, au contact fumant de cette pulsion d'éros… Première fois que le cœur a été à ce point dépiauté de sa teneur acide. Un jambon de braise ! Ô oui que ça a frétillé de toutes ces bulles dans cette huile intempestive ; les beignets de joie et d'espoir ont frit en un rien de temps. Un bouillon de senteurs, plus enivrantes et délicieuses les unes que les autres car enfin humées, léchées, dégustées. Quelle sensation de tous les fumets ! Jamais autant de piquant, de juteux, de régal dans la bouche ; un bonbon fondant dont les traces gustatives ont pulvérisé les barrières olfactives. Le goût trop fade du vivre a passé dans l'entonnoir pour que n'en résulte que le meilleur, que le suc entêtant du bonheur. Un tourbillon de regain portant le nom du béguin.

Un festin de roi et de fanatisme, qui n'a pourtant pas duré.

Le parfum fourré d'aromates a tourné ; du lait écaillé, nauséeux et pouacre. À force de trancher, de faire mijoter, de laminer, de piquer, de labourer, la barbaque perd tout son jus ; ça saigne et non plus ne rougie de touffeur. L'entrain si appétissant passe au moulin à légume ; purée des sentiments ! Non plus beurrée d'énergie passionnelle mais recouverte d'une sauce amère ; quelle odeur fétide que le spleen mouillé… Les gouttes salées à nouveau assaisonnent les restes du dévouement scalpé. Se répand alors cette pestilence souffreteuse jusque dans les poumons, enfumant la gorge et les narines ; ça suffoque, c'est irrespirable !

Or ça ne part pas, voire ça s'entretient — la toxine s'égoutte de plus en plus ; macère le pot-au-feu aux ingrédients de papillons noirs. Comme autrefois, l'eau verse son litre infectée tandis que le bol amoureux repart dans la cellule de refroidissement ; en résidus ou en chiffonnade finira-t-il ? Peut-être qu'il finira à jamais congelé, figé et seul. La coquille est en réalité trouée, dévorée par cette ardeur empoisonnée — l'attente en fin de compte demeure le couteau à dents, celui qui de ses pointes sataniques déchiquette feuille par feuille le choux sentimental.

Et alors la pourriture se propage.

Non plus seulement la chair dodue et saignante.

Mais tout de l'âme qui se décompose.

Ce n'est qu'infection alimentaire.

Véritable gangrène.

Qu'il faut dénoyauter, charcuter, tronçonner !

Car il n'y a plus cet appétit de la vie.
Juste ce fruit gâté.
Sa carcasse, rongée par les vers en déboire.
Moisie par la rance des sentiments.
Ce n'est plus qu'une compote avariée.

Et pour qu'enfin se retrouve ce goût d'être et d'aimer…

… cet amour doit crever.


Ouais, c'est pas hyper gaie je le reconnais mais ça change un peu, non ? J'ai déjà traité si on peut dire ce thème sauf qu'ici, j'ai voulu le faire autrement en me centrant sur le champ lexical de la cuisine et ma foi, c'est pas trop mal quand même, vous ne trouvez pas ? Moi en tout cas j'aime et j'espère que ça a été le cas pour vous, au moins un peu.

Le 8ème écrit sera posté soit fin août ou soit à la rentrée vers le 6-7 septembre.

Merci de votre lecture et j'vous dis à très bientôt sur le prochain postage !

Bonne fin de vacances, profitez-en bien et surtout, bonne lecture et écriture à vous !