Bref... Sanctuary ne m'appartient toujours pas x)
Enjoy !
Chapitre IIQuand Nikola sortit des limbes doucereuses du sommeil, il lui fallut un bon moment pour retrouver ses repères. Sa tête le faisait souffrir comme si un maréchal-ferrant avait eu la soudaine folie de se servir de lui comme d'une enclume, privilégiant son crâne de génie. Il ne reconnaissait pas la raideur habituelle de ses draps revêches…
Quand il voulut ouvrir l'œil, la luminosité de la pièce l'aveugla, le forçant à le refermer aussitôt.
Il se concentra sur les bruits qui l'entouraient. Depuis la petite chambre qu'il louait depuis quelques années au cœur de Londres, il pouvait entendre chaque matin le bal des pigeons qui roucoulaient en dérapant sur les ardoises du toit sous lequel il dormait, et il pouvait nettement distinguer les bruits de sabots, de roues ferrées, les cris des marchands ambulants ainsi que des porteurs d'eau.
Mais il n'entendait rien de tout cela ce matin là. Il n'était pas chez lui… Au loin, un oiseau répondait à ceux qui pépiaient aux fenêtres, et une pendule fendait l'air de son tic-tac tapageur.
Un léger parfum de jasmin flottait délicieusement dans l'air, et les vêtements de nuit dans lesquels il était emballé n'étaient pas les siens. D'ailleurs, la façon hâtive avec laquelle on l'avait habillé avait laissé des marques sur la tenue, lui laissant deviner le trouble et la pudeur féminine de celui, ou plutôt celle, qui s'était attelée à la tâche.
Helen… Les évènements de la nuit lui revinrent peu à peu en mémoire. Elle l'avait remmené dans la demeure des Magnus, lui avait administré sa dose de sérum alors qu'il perdait le contrôle face à son côté vampirique… Puis s'était le vide. La dernière chose dont il puisse se souvenir était la vision détaillée de la nuque de la scientifique, dénudée, l'attirant comme une guêpe dans un chaudron à confiture.
A en juger par le fait qu'il se trouvât ce matin là dans le lit de son amie (il se repérait au parfum de jasmin qui se dégageait du traversin ainsi qu'aux quelques longs cheveux blonds qui se prenaient dans sa moustache) , vêtu d'un pyjama appartenant sans nul doute au maître des lieux, le Dr Magnus lui même, elle avait dû le dévêtir et le mettre au lit plutôt que de le faire ramener chez lui aux premiers feux du jour.
A l'idée que les chastes mains d'Helen aient pu librement parcourir son corps, mille brûlures s'éveillèrent sur sa peau, allumant le feu ardent de la passion au creux de son estomac. Car si les femmes en général n'intéressaient pas le brillant Nikola Tesla, Helen Magnus n'était pas l'une d'elles. Son nom était synonyme d'intelligence, de beauté, et de puissance.
Elle n'était pas une femme facile à conquérir. Elle était à ses yeux, comme l'électricité, un défi de taille que l'Angleterre mettait à sa disposition. Cependant, il la prenait comme un jeu, une mise à l'épreuve pour son ego, une proie à laquelle il ne se frotterait que quand il en aurait le temps. Son ascendant de Sanguine Vampiris avait changé cela en lui. Helen était passée d'une camarade d'université pour laquelle il avait une estime moyenne mais un respect inébranlable, à une proie à traquer et amadouer.
Quand ses paupières consentirent enfin à le laisser découvrir son entourage direct, son regard tomba sur la toile vert émeraude du ciel de lit.
Les lourds rideaux de velours de la fenêtre, entrouverts, laissaient entrer le soleil qui, après une lutte effroyable avec la tempête de la nuit, avait vaincu l'épaisseur colossale de nuages qui surplombaient Londres quelques heures plus tôt..
Sa montre à gousset étant restée dans la poche de son veston, il ne put avoir qu'une vague idée de l'heure. S'il se fiait à son horloge biologique, il ne devait pas être loin de dix heures. Il se leva péniblement, combattant un soudain vertige que causait l'afflux de sang dans son cerveaux, et passa ses vêtements qu'Helen avait laissé sur un fauteuil dans le coin de la pièce.
Son regard parcourut les lieux l'espace de quelques instants : La chambre était meublée avec goût, à la mode de l'époque, tout en bois brut.
Une tapisserie verte décorait les murs, s'accordant avec les velours émeraudes du lit à baldaquins et des rideaux qui pendaient aux larges fenêtres qui donnaient sur Queen Anne Street et l'animation qui y régnait.
A droite de la porte qui menait au reste des appartements d'Helen, trônait une coiffeuse en acajou sur laquelle se trouvaient une brosse et des peignes en argent ainsi que des barrettes et multiples accessoires et produits de beauté. Pas un brin de poussière ne recouvrait les meubles, et le cadre entre les deux fenêtres semblait avoir été lustré peu de temps avant.
Un portrait était exposé dans ce même cadre… Nikola s'en approcha. Il s'agissait d'un portrait qu'on aurait aisément pu prendre pour celui de la fille Magnus. Pourtant, la date, 1855, ne trompait pas : A cette époque, Helen avait 4 ans… La femme du tableau était donc sûrement sa mère. La seule chose qui différenciait les deux jeunes femmes était que Rose, la mère d'Helen, avait des cheveux bruns, et des yeux gris.
Tesla avait vaguement cru comprendre que Rose Magnus était décédée alors que sa fille se dirigeait droit sur ses 6ans. A ce qui se disait, elle était morte dans des conditions étranges, et pas mal de rumeurs courraient, répandant le bruit qu'elle aurait été victime d'un coup de folie de son mari. Ce qui, évidemment, n'était pas fondé.
Le médecin légiste qui avait dressé le certificat de décès avait conclu à un arrêt cardiaque. Le brave homme étant un ami de longue date du scientifique, les personnes mises dans la confidence des activités de Gregory, liées à son réseaux de Sanctuaires, avaient toutes compris que le terrible accident était du à un 'phénomène'.
En effet, a quelques mètres sous les pieds du génie, un escalier dérobé menait à des souterrains dans lesquelles toutes sortes de monstres vivaient reclus, protégés de la folie des hommes par le Dr Magnus qui les étudiait, et passait la plupart de son temps avec eux… Seulement il ne permettait pas que l'on affuble ses protégés du qualificatif 'Monstrueux'. Non, c'était des 'phénomènes'. Cela dit, le nom qu'il leur donnait ne changeait pas grand chose à leur nature.
Quelque part dans la maison, la pendule sonna les dix heures. Nikola redonna forme à sa moustache dans le miroir de la coiffeuse, ajusta sa tenue et quitta les appartements de son amie pour regagner le salon.
« Son ego est surdimensionné, et il me semble que plus les années passe, plus cet appendice grossit. Je ne pensais pas cela possible. »
Un rire discret que Nikola attribua à Helen retentit, suivi d'un bruit de porcelaine et de thé que l'on versait dans des tasses. Il s'arrêta sur la dernière marche de l'escalier en entendant la voix de James Watson. Avant d'entrer dans le salon, il devait s'assurer qu'il n'interrompait pas une discussion qui ne le regardait pas. Et de plus, James et lui n'avait jamais été très proche, et c'était peu de le dire.
« Soyons réalistes James ! Nikola ne serait pas Nikola s'il n'était pas égocentrique ! »
Les yeux de l'égocentrique cité s'écarquillèrent, et il dut s'appuyer sur la rambarde de l'escalier pour ne pas tomber de haut. C'était bien de lui qu'on parlait, et bien qu'Helen usât d'un ton discrètement affectueux, les propos de ses aînés n'étaient pas des plus tendres.
« Helen, très chère Helen ! Ouvrez les yeux ! Un jour Tesla voudra faire valoir son talent, et se faire reconnaître comme ce qu'il est… Un génie. Ce jour-là, il ne sera plus seulement une mondanité dans les faubourgs de cette ville, mais une mondanité du grand monde ! Et notre secret ne sera plus aussi bien gardé. Nous risquons d'être démasqué parce que le monde entier s'intéressera à notre ami Tesla ! Son désir de gloire le poussera à révéler sa 'particularité' »
Il y eut un court silence pendant lequel le principal intéressé put entendre un bruit d'argenterie, uns cuillère tournant dans une tasse, déduit-il, l'oreille aux aguets.
« Vous avez bien peu de confiance en notre cher Nikola…
- Ma confiance a un prix. De plus, je ne me risquerais pas à l'accorder à une créature aussi peu fiable qu'un vampire. »
Un bruit de pas et le changement d'intensité de la voix du médecin indiquèrent à Nikola qu'il venait de tourner le dos à Helen, et regardait maintenant le panorama que lui offrait la fenêtre sur Mansfield Street.
« Quand bien même cela s'avèrerait à prévoir… que comptez vous faire ? L'escorter tous les jours depuis l'aube jusqu'au crépuscule et veiller sur sa porte d'entrée la nuit depuis l'autre côté de la rue ? Cela serait ridicule, et vous n'y gagneriez que quelques pages de plus dans le Times entre les gros titres de John et les nouvelles fantaisies d'Oscar Wilde… »
Caché dans l'escalier, Nikola ne put s'empêcher de sourire à l'idée de la comparaison. Ces temps-ci, l'écrivain irlandais était accusé de tenir des propos tendancieux, et l'idée que James Watson puisse être tenu pour homosexuel le faisait presque rire.
« Dieu m'en préserve ! Helen, vous blessez mon honneur ! Je suis un homme marié, et futur père qui plus est !
- Ce serait d'autant plus regrettable d'attiser les flammes de possibles débats… Remarqua malicieusement la trentenaire. A quoi pensez vous donc ?
Watson s'éclaircit la voix, et le pauvre Nikola l'imagina se tournant pour faire face à son interlocutrice.
- Je pensais à une solution plus… Radicale… »
Il y eut un brusque froissement de tissu que l'inventeur attribua à la robe d'Helen qui avait présument sauté sur ses pieds, et une soudaine angoisse paralysa les membres du serbe.
« Vous n'y pensez pas sérieusement !
- Bien sûr que si, et cela dans notre intérêt à tous : Vous, moi, votre père, Arthur, et le réseau entier de sanctuaire. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser Tesla nous compromettre.
- Ne vous avisez pas de tenter quoi que ce soit James ! Nikola est l'un des nôtres. Les cinq sont des scientifiques, pas des tueurs sanguinaires. Un meurtrier est déjà assez vous m'entendez ? »
La voix de Magnus était passée de la surprise la plus complète à agressive. Elle sifflait presque comme une vipère prête à mordre. Depuis sa cachette, Nikola lui en fût reconnaissant. Elle était la seule à lui faire confiance, et par conséquent, était la seule à mériter la sienne.
« Mais Helen !
- Pas de 'mais' ! Vous êtes tout aussi dangereux que lui.
- Et en quoi je vous pries ?
- Qui me dit qu'un jour, vous n'abandonnerez pas la rubrique série du Times et les récits de Sherlock Holmes pour vous pencher sur la publication de vos mémoires ? »
Des pas feutrés se firent entendre sur le palier au dessus de Tesla, et ne voulant pas être découvert à écouter aux portes comme un voleur, celui-ci profita du changement de sujet pour faire son entrée dans le salon, salué par le canari qui sautillait dans sa cage dorée, derrière les grandes portes de verre.
« Notre bon vieux Watson prévoit d'écrire ses mémoires ? »
Il avait fait en sorte de paraître tout à fait détendu, comme juste arrivé, comme s'il n'avait absolument rien entendu de la conversation qui avait pris place avant son arrivée. Ses deux amis furent moins discrets, s'éloignant l'un de l'autre comme pris sur le fait en train de flirter, et le médecin baissa même les yeux, mal à l'aise face à celui qu'il prévoyait quelques secondes avant de faire taire par des méthodes peu dignes d'un gentleman.
Tesla dut faire un gros effort sur lui même pour ne pas paraître remarquer le malaise qui s'était naturellement imposé dans la pièce. Heureusement, il fut bientôt aidé par Helen qui tourna la tête vers lui, rayonnante, un sourire bienveillant aux lèvres, une lueur satisfaite éclairant ses beaux yeux.
« Ah ! Bonjour Nikola ! Comment vous sentez-vous ?
Il écarta les bras, s'inclina tel un pianiste applaudi à la fin de son concerto, et s'approcha des jeunes gens pour baiser la main de la maîtresse de maison, et serrer celle de James.
- Je ne me suis jamais senti aussi bien… Quoique un peu gêné quant à mon comportement de cette nuit, et par le fait que vous m'ayez hébergé… Vous-ais-je causé quelconque soucis ?
Le sourire d'Helen s'élargit, et elle secoua énergiquement la tête.
- Absolument aucun. Vous êtes un patient très docile mon cher.
- Vous m'en voyez soulagé. Watson, quel plaisir de vous voir ! Comment va le Dr. Magnus ? »
James se racla la gorge, déglutit, encore gêné par la brusque entrée qu'avait fait le physicien. Il réussit à afficher un sourire digne de la pire grimace de douleur.
« Notre amie s'inquiète beaucoup trop pour ce vieux baroudeur. Il s'est seulement surmené, comme à son habitude, il sera sur pied dans quelques jours, il a juste besoin d'un peu de repos. Je ne m'inquiètes pas pour lui, il a une santé de fer. Maintenant, veuillez m'excuser, mais je dois rentrer, j'ai des affaires urgentes à régler.
Helen approuva d'un signe de tête, alors que Nikola, à présent parfaitement à l'aise, prit plaisir à afficher une moue de déception alors qu'il retendait la main au médecin :
- Notre entrevue aura été d'une très courte durée. Nous devrions dîner tous ensemble dans un avenir proche, pour fêter la naissance d'un nouveau Watson, qui, je suis sûr, sera aussi brillant que son père !
- Passez à la maison un de ces jours, vous nous conterez vos dernières trouvailles. »
Rengorgé par les flatteries de Tesla, Watson avait retrouvé le sourire. Il saisit sa mallette posée dans l'entrée, remit la veste que lui tendait Georges, et sortit.
« Je n'y manquerais pas ! » Lança Nikola avant que la porte d'entrée ne se ferme.
La porte se ferma, et Georges alla débarrasser la table basse du plateau à thé qui s'y trouvait.
« Vous n'étiez pas obligé d'en faire autant »
Le regard d'Helen, amusée par l'inconfort de James, s'était re concentré sur Nikola, avec un sourire malicieux.
« Voyons ! James est un bon ami, un ami d'université qui plus est ! Je me dois de faire preuve de mon affection envers lui ! »
L'air choqué du génie fit éclater de rire Helen dont les boucles blondes, laissées flotter derrière ses épaules, rassemblées par une barrette sur le derrière de son crâne, brillèrent sous les rayons du soleil qui tombaient dans la pièce de temps à autre.
« Dois-je faire préparer un petit déjeuner pour Mr. Tesla ? »
Arrêté dans l'encadrement de la porte, le plateau d'argent dans les mains, Georges regardait la scène, méfiant quant au comportement pas complètement désintéressé de leur invité, invité qui maudit le major d'homme qui interrompait un si agréable moment.
Helen retrouva son calme, et lança à son ami un regard interrogateur, la tête légèrement inclinée sur la gauche.
« Vous resterez bien déjeuner avec nous Nikola, n'est-ce pas ?
- Je crains d'avoir déjà fortement abusé de votre hospitalité. Je vous remercies pour votre invitation, mais le devoir m'appelle, j'ai encore beaucoup à faire, et je me suis déjà bien mis en retard. »
La jeune femme haussa les épaules et lança un regard entendu à Georges qui disparut dans le couloir.
« Comme vous voudrez… Faites juste attention. Londres n'est plus aussi sûre qu'avant … »
Nikola acquiesça gravement, conscient de toute l'importance du sous-entendu qu'Helen tentait de lui faire gentiment comprendre.
Il reprit possession de sa veste, fit sauter le couvercle de sa montre à gousset qu'il referma en voyant qu'il était un peu plus de dix heures et quart, et quitta la maison de Magnus sous le regard protecteur de son amie qu'il sentit peser sur lui jusqu'à avoir atteint le coin de Chamdos St. .
