Merci les filles pour vos commentaires :) Ca fait bien plaisir :D
Et Vive Tesla... Et Teslen aussi hihi

Sanctuary ne m'appartient pas... Toujours pas bouhouu

Chapitre III

Comment James avait-il pu seulement formuler la pensée de l'assassinat de Nikola à voix haute, sans un seul tremblement de voix ? Comment l'idée avait pu lui venir à l'esprit ? Helen ne le savait pas. Depuis Presque dix ans qu'elle connaissait James Watson, elle ne l'avait jamais vu si sûr de lui, ni si cruel.

Inquiète pour la vie de Nikola, elle le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision, puis s'installa devant son piano. Cela faisait presque deux semaines qu'elle n'y avait pas touché, et ses doigts commençaient tout juste à la démanger.

Elle aimait particulièrement Bach et Mozart, mais il lui arrivait aussi de jouer du Beethoven. Son premier morceau avait été La lettre à Élise, alors qu'elle avait quatre ans. Le piano la rapprochait de sa mère. Les touches d'ivoires, si souvent frôlées par Rose, lui donnaient l'impression de pouvoir tenir sa main, et ainsi créer un contact entre elle et sa mère qu'elle avait si peu connue.

xoxoxo

Miss Welsh était ennuyeuse. Cela faisait plus de deux heures qu'elle tentait d'apprendre à Helen les rudiments de la poésie Anglaise. La petite fille faisait de son mieux pour rester concentrée, droite sur sa chaise, mais l'ennui commencer à lui peser.

Elle aimait les mathématiques. Seulement Miss Welsh ne semblait pas en connaître l'existence. Elle lui avait lu tout un tas de recueils de poésie, de pièces de théâtre, en insistant tellement sur Shakespeare que la petite connaissait, à seulement quatre ans, toutes les répliques de Roméo et Juliette.

Son père lui avait expliqué qu'il ne fallait pas prendre les histoires d'amour que la préceptrice lui faisait lire trop au sérieux. En réalité, l'amour était une chose rare.

« Un jour, vous trouverez un homme qui vous aimera autant que j'aime votre mère. Mais en attendant, cultivez votre intelligence Helen, c'est ce qui vous sauvera de bien des situations ! »

C'était ce que Gregory lui avait dit un jour au coin du feu, en voyant sa fille le nez plongé dans un livre d'une des sœurs Brönte. Ce à quoi elle avait rétorqué que l'amour ne servait à rien et qu'elle préférait largement l'algèbre.

Magnus avait sourit, puis s'était mis à rire, vantant les mérites d'Helen, s'écriant en la prenant dans ses bras qu'elle était bien la fille de son père.

Elle passait la plupart de son temps dans le bureau de son père, à l'écouter parler de sciences. Ainsi, en plus de l'enseignement féminin qu'elle acquérait avec Miss Welsh, elle avait déjà de bonnes bases en calcul, ainsi que des connaissances solides en matière de sciences.

Quand Miss Welsh referma le livre à la couverture de cuir, Helen sursauta. Son esprit avait divagué, et elle ne s'attendait nullement à ce que la fin de son cours soit aussi proche.

La jeune femme soupira. Elle avait de longs cheveux noirs qu'elle nouait toujours dans un chignon parfait, et ses yeux étaient, pour Helen, un mystère de la science : L'un était bleu, l'autre vert, mais les deux ressortaient étrangement de leurs orbites, si bien qu'elle semblait toujours être épuisée. Son visage était pointu, son nez droit, et bien qu'ayant des yeux particuliers, elle paraissait, d'après ce que son élève en pensait, être une très belle femme.

« Helen, jolie Helen... Je serais curieuse de savoir vers quoi vole vos pensées… »

Celle-ci baissa les yeux, se sentant un peu coupable d'irrespect envers sa préceptrice.

Cette dernière sourit, attendrie. Sa petite élève était impressionnante. Elle ne semblait pas s'intéresser franchement à la littérature, mais elle faisait tout de même semblant de suivre avec une curiosité peu commune chez une petite fille de son âge. Et comment lui en vouloir de rêvasser ? Elle était aussi mignonne qu'un ange ! Ses anglaises, blondes comme les blés, tombaient gracieusement sur ses épaules, alors que celles qui encombraient le dessus de son crâne étaient rassemblées derrière elle, coiffées avec une barrette en argent. Ses pommettes saillantes mettaient en valeur ses yeux d'un magnifique bleu clair qui rivalisaient avec ceux de sa mère qui, elle, les avait gris. Et ses petites joues rondes, traduisant son jeune âge, se teintaient de rouge à chaque fois qu'on posait son regard sur elle.

Elle était adorable.

« Je vous demande pardon Miss Welsh… Bégaya-t-elle.

- Je vous pardonne Helen. Maintenant, allez vous reposer, vous me paraissez fatiguée. »

Le petite fille sauta de sa chaise, gratifia la jeune femme d'un grand sourire, et se dirigea vers le salon d'où une mélodie envoûtante se faisait entendre.

Helen pénétra dans le salon. La lumière déclinait dehors. La journée avait été chaude, et le soleil berçait désormais la pièce de ses lueurs orangées, faisant resplendir les reflets de feu de la chevelure de la jeune pianiste.

La fillette s'avança jusqu'à s'arrêter aux côtés de sa mère qui était concentrée sur le clavier du piano. La partition qu'elle suivait avait était écrite de sa propre main, avec de l'encre de chine. Elle était une compositrice et pianiste hors-pair, qui passait beaucoup de temps sur son tabouret, à faire sonner des accords qui sonnaient aux oreilles d'Helen comme des sons droit descendus du paradis.

Les longs doigts de Rose étaient rapides et agiles, s'arrêtant peu, se déplaçant avec aisance sur les touches d'ivoires, mêlant les notes avec une sensibilité accrue.

Quand enfin elle eut fait sonner la dernière note de sa partition, ses grands yeux gris se posèrent sur Helen.

« Miss Welsh t'a enfin relâchée ? Demanda-t-elle avec un sourire. La petite sourit et hocha la tête.

- Bien, je vais demander à Virginia de nous préparer du thé. »

Rose était la seule à l'avoir jamais tutoyé. Était-ce à cause de ses origines modeste, ou bien parce que les liens du sang les rapprochaient ? Elle n'en avait jamais rien su.

Alors que sa mère quittait la pièce dans un froissement de tissus, la fillette prit place sur le tabouret, et tenta de jouer un petit air, qui s'approcherait quelques peu de ce que sa mère venait d'improviser. Mais elle eut beau essayer d'accorder ses deux mains, le son qui sortait du géant de bois ressemblait à la cacophonie qui régnait le jour du Barnet Fair, grande foire qui avait lieu à Londres une fois par an.

Alors qu'elle s'échinait à vouloir faire sortir un son agréable à entendre, les mains douces et blanches comme le lait de sa mère se posèrent sur les siennes.

« Laisse toi faire »

Leurs mains se déplacèrent sur le clavier, se posant sur certains morceaux d'ivoire, en évitant d'autres, faisant entendre une mélodie qu'Helen connaissait bien : Twinkle, sa berceuse.

« Je veux apprendre mère ! » S'était-elle écriée avec joie une fois qu'elles eurent fini leur morceau.

xoxoxo

A présent, elle connaissait par cœur chaque mélodies que Rose avait composé, et elle laissait ses doigts courir en fermant les yeux, sentant les vibrations des cordes sous ses doigts fins, les mêmes doigts que ceux qui l'avaient aidé à faire ses premiers pas dans le monde de la musique.

Quand elle eu atteint la dernière note du morceau, appuyant du bout de sa chaussure sur la pédale qui permettait de faire durer la note, deux mains se posèrent sur ses épaules, et elle retint sa respiration.

« C'est ce qui me manque le plus à présent que Rose est partie… La musique et la joie qui se dégageait de la maison toute la journée… L'écho des notes la nuit, au coin de la cheminée… Mais grâce à vous Helen, ce piano revit. »

Elle sourit tristement. Et se tourna vers son père. Le Dr Magnus était un homme de taille moyenne, à la carrure athlétique, et aux cheveux grisonnant. Ses yeux noirs ne laissaient passer presque aucune émotion, mais brillaient parfois de lueurs vives, comme à cet instant où ils brillaient avec le feu de la fierté.

« Vous devriez être au lit père.

Celui-ci fronça les sourcils et envoya le conseil de sa fille d'un revers de main.

- Et puis quoi encore ? Ma petite fille est inquiète, et je devrais la laisser dans l'embarras, seule au salon ? »

C'était une chose qu'elle avait appris à apprécier avec le temps : Il lisait toujours sur son visage ce qu'elle ressentait. Et bien qu'étant discrète avec ses sentiments, il ne se trompait jamais.

« James veut faire taire Nikola » Lâcha-t-elle, comme si le poids des mots qu'elle venait de prononcer s'était envolé.

Les deux Magnus s'assirent dans leur fauteuil respectif, l'un en face de l'autre. La discussion qui allait suivre s'annonçait riche en contradictions, mais Helen n'avait pas pour habitude de vivre dans le secret avec son père.

« Quel euphémisme...

- Cela n'a pas l'air de vous surprendre. Remarqua-t-elle en se mordant la lèvre.

- Je devrais l'être ? Tesla n'a jamais été apprécié à sa juste valeur parmi son entourage. Il a un énorme potentiel qui rivalise avec son égo.

Helen approuva d'un signe de tête, le regard absent.

- Qu'en pensez vous ? Je veux dire, de l'idée de James. N'est elle pas un peu brutale ?

- Je pense que le taux de criminalité de cette ville atteint un seuil record en ce moment. Écoutez Helen. Vous savez que je ne veux pas donner votre main à un homme qui vous déplairait, et je vous laisse le choix de votre parti. Mais pour l'amour de Dieu, ne choisissez jamais d'épouser un de ces maudits 'scientifiques'. Ils sont peut-être brillants, mais n'ont aucun sens moral ! »

A ces mots, les yeux d'Helen se remplirent de larmes, et elle dut se lever, et quitter la pièce à la va-vite, s'excusant rapidement auprès de Gregory.

Elle avait déjà fait une première erreur, son père serait bien idiot de penser qu'elle retomberait dans le piège d'un amour passionnel.