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ENJOY !
(précision, au cas ou quelqu'un n'aurait pas encore compris : Sanctuary (cette merveille) ne m'appartient pas :'( )
Chapitre IV
Helen se laissa tomber sur son lit.
Comment son père pouvait-il penser une chose pareille ? Penser qu'elle se lierait à un homme qui serait ne serait-ce que l'ombre de vil ?
La colère la laissa pantelante, incapable de pensées cohérentes, et son esprit dériva sur les bords de la rivière des souvenirs.
Elle avait aimé un homme une fois… Montague John Druitt. Aujourd'hui, son nom résonnait funestement aux quatre coins de Londres… Jack l'éventreur. Elle était l'une des rares personnes à connaître l'identité du tueur. A la vérité, seuls les cinq et le Dr Magnus étaient au courant de la vraie nature de Druitt, et par amitié pour le pauvre homme, ils gardaient ce secret enfoui en eux comme une épine empoisonnée qui leur rappelait sans cesse que les meurtres de Whitechapel étaient en partie dus à eux.
A la fin de leur première année à Oxford, Helen et John avaient noué une amitié solide et une complicité intime qui ne trompaient personne : Leurs soirées passées dans les laboratoires, John frôlant la main d'Helen comme par accident alors qu'ils réglaient la verrerie, ou les soudains chocs l'un contre l'autre quand ils se déplaçaient à travers la pièce, avaient éveillé les soupçons de leurs amis.
En effet, quelques années plus tard, John demandait la main de la jeune Helen Magnus, autant par passion et fascination pour elle que par gratitude pour l'aide qu'elle lui avait apporté tout au long des fastes années des cinq. Aveuglée par un amour dévorant, avait accepté.
Seulement quelques semaines avant ce qui devait être le plus beau jour de leur vie, les mains de John s'étaient couvertes d'un sang humain pour la première fois.
Lui aussi s'était injecté le sang originel que les cinq avaient étudié. Et si les autres avaient été gratifié de dons à l'aspect plutôt pratique, John avait hérité de conséquences qui dépassaient la transformation vampirique de Nikola : En plus d'un don de téléportation qui s'était révélé, durant plusieurs rendez-vous galants, être une commodité enjôleuse, il était devenu fou. Pas fou dans le sens qu'il perdait la raison, non, il avait encore toute sa tête. Mais il avait des périodes pendant lesquelles le besoin de tuer devenait trop fort pour être ignoré.
Graduellement, il était passé des souris des laboratoires d'Oxford à des chats errants, pour finir, petit à petit, avec une cruauté malsaine croissante, par éventrer les prostituées de Whitechapel, l'une après l'autre, dans les nombreuses impasses sombres du quartier.
Helen l'avait aidé comme elle avait pu, l'aimant avec une foi en lui qui dépassait tout ce qu'elle avait pu imaginer être de la confiance. Ses mains sur sa peau l'avaient maintes fois faite frémir, mais ce n'était pas de la peur… Simplement ce doux besoin physique qui la réveillait parfois la nuit, la mordant de l'intérieur, la poussant à se recroqueviller contre le corps de son amant, entrelaçant leurs doigts, appuyant sa tête contre son torse. Elle s'était toujours sentie à l'abri de tout danger dans ses bras, alors que lui-même était désormais l'ennemi numéro un de Scotland Yard… Quelle ironie n'est-ce pas ?
Elle se souvenait des longues nuits passées au pied de son fauteuil sur lequel elle avait elle-même ligoté le pauvre homme, sur sa demande. Il avait souvent eu peur de la blesser, et préférait être assis là, toute la nuit durant.
Elle restait donc agenouillée à ses côtés, lui injectant des doses de morphine que n'aurait pas supporté un cheval, pour atténuer la douleur et le neutraliser.
Les premières nuits, les larmes semblaient ne pas pouvoir s'arrêter de dévaler ses joues pâles, laissant des sillons brûlants sur sa peau, alors que John, affaiblit par le traitement massif qu'elle lui administrait , gémissait en tentant de libérer les doigts qui suffiraient à assécher ses yeux, et à soulager son cœur de femme.
Puis il avait commencé à sortir le soir boire un verre au club avec Watson, discutant de choses et d'autres pendant un éternité, et il revenait dans le courant de la nuit, alors qu'Helen s'était déjà glissée entre leurs draps, et dormait d'un sommeil agité. Alors il se déshabillait, s'allongeait à ses côtés, la prenait dans ses bras et plongeait son nez entre ses boucles blondes, calmant ses instincts sanguinaires.
Ce n'est que bien plus tard, suite à une discussion avec James, que les soupçons d'Helen avaient été éveillés : Ils quittaient le club à 23h30, alors qu'elle sentait les bras de John s'enrouler autour de ses hanches aux alentours d'une heure du matin…
Les meurtres de Whitechapel étaient reliés par l'heure à laquelle ils avaient lieu : Entre minuit et une heure. Or il était facile pour John de se téléporter depuis une scène de crime jusqu'à son appartement.
Helen avait donc commencé à le filer. Elle attendait que Watson et lui sortent du club pour suivre son fiancé à travers les rues sinueuses de Londres. Et un jour, elle était arrivé au bon moment pour confirmer ses soupçons…
Les rues de Whitechapel étaient sombres, et les lampadaires se faisaient rares. L'odeur qui flottait dans l'air était répugnante, et une bande de rats coupa la route à Helen le temps de passer de l'autre côté et se faufiler dans une maison par le coin rongé d'une vieille porte en bois.
Mais la jeune femme n'était pas là pour commenter les conditions de vie des habitants du quartier. Au bout de la rue, John venait d'aborder une femme d'une vingtaine d'années en robe blanche et rouge au corsage révoltant, laissant voir la rondeur de ses seins sous une couche épaisse de crasse.
Elle jouait avec une de ses mèches blondes et grasses en se tortillant d'un air aguicheur.
Un instant, Helen eut peur que son fiancé ne passe ses soirées dans les bras de prostituées, préférant leur vulgarité à la docilité dont elle faisait preuve dans leur intimité. D'immondes images de John chevauché par une de ses filles de petite vertu alors qu'elle dormait paisiblement dans son lit envahirent son esprit, et elle déglutit en comprenant que quoi que son fiancé fasse dans cette partie de la ville, leur histoire était sur le point de trouver son point final…
Elle s'empara de son colt en voyant John prendre la jeune femme par le poignet, et elle sortit de l'ombre qui l'avait jusque là abritée des regards.
« Ne bouges plus John ! »
Alors qu'elle pointait son arme à feu sur lui, un sourire cruel s'empara du visage de son fiancé qui hocha presque imperceptiblement la tête en voyant qu'elle avait été assez maligne pour trouver une réponse au mystère qui planait au dessus de lui : L'alcool qu'il ingérait au club avec Watson, tout en riant des dernières mésaventures du médecin, avait pour effet de libérer ses pulsions meurtrières… Et il était là désormais, en face de celle qui le rendait fou. Il avait bien des fois eu peur de la perdre, et il revenait toujours chez lui après avoir tué, il la trouvait toujours dans son lit, paisible et belle, et le remord le prenait aux tripes, le punissant de son crime. Il se sentait toujours obligé de la serrer contre lui, se promettant à lui même de ne jamais lui faire aucun mal. Ce soir, il savait que rien ne se passerait comme cela. Il ne rentrerait pas là où il avait l'habitude de faire l'amour à Helen. Il ne retrouverait plus son petit appartement du premier étage, si rassurant par la touche féminine qu'y avait apporté sa fiancée… Ce soir, Helen repartirait s'effondrer dans les bras de son père avec une piètre opinion de lui. Elle ne retomberait pas sous son charme, elle ne s'offrirait plus à lui, elle ne lui permettrait plus de s'asseoir derrière elle et de la contempler alors qu'elle s'abandonnait à la mélancolie que lui apportait le piano…
Non, désormais, c'était tuer ou être tué… Soit il tuait cette fille, Mary Jane, et s'éclipsait, laissant à Helen une blessure que le temps refermerait, soit il laissait partir la jeune femme et s'abandonnait à la douceur d'Helen qui tenterait pour le reste de ses jours de trouver un traitement efficace contre son état. Dans ce cas, il ne se sentirait plus jamais qu'un misérable meurtrier qui n'est même pas capable de prendre soin de sa femme et de la protéger…
Il aurait tellement voulu la prendre dans ses bras, poser un baiser sur son front…
Son sang bouillonna, il devait tuer, maintenant.
« Mary, je vous présente Helen Magnus, ma fiancée…
Un sourire accompagna ses paroles alors que celui de la prostituée, plutôt aguicheur, disparut aussi vite qu'il était apparut.
- Oh, je vais vous laisser Mr. Druitt… »
La petite blonde eut un geste de recul, et s'apprêtait à se retourner pour passer son chemin, mais la main de John l'en empêcha. Son pouls s'accéléra. La trentenaire qui lui faisait face à quelques mètres de là ne semblait pas apprécier de voir l'homme qui lui était promis en sa compagnie. Pas du tout même… Sous son large chapeau noir ne cachait pas la lueur désespérée qui flottait dans ses yeux. Elle était réellement prête à tirer, et ses mains étaient agrippées à la crosse du revolver. Une chose était sûre : Elle n'aimait pas ça, elle voulait partir au plus vite, et trouver un client plus engageant.
« Non voyons, restez, vous ne dérangez point. »
Les bras de Druitt l'entourèrent, et elle eu un petit cri étouffé quand elle sentit l'une de ses mains lui couvrir la bouche alors qu'une lame de scalpel venait de refroidir sa gorge.
« Ne fais pas de bêtise John, lâche là.
Tout alla très vite : John s'inclina légèrement, sa queue de cheval retombant sur son épaule.
- Si c'est ce que tu souhaite. »
D'un coup sec, il trancha la gorge de la prostituée. Helen tira, mais il était trop tard : John s 'était éclipsé.
Suite à cette nuit là, elle avait regagné sa chambre sur Manchester St. Sans même prendre la peine d'aller récupérer les quelques affaires qu'elle avait laissé chez John. Elle avait pleuré pendant cinq jours dans sa chambre, sans laisser personne entrer, refusant toute compagnie, ne soufflant mot à Georges qui gentiment lui portait le thé trois fois par jours.
Elle n'avait rien dit à personne, elle n'en avait pas eu la force. Elle avait emballé sa bague de fiançailles dans une étoffe de velours qu'elle avait rangé dans sa table de nuit, et, sur les conseils de son père qui s'inquiétait pour sa santé, avait pris le premier train pour Brighton. Elle y avait passé quelques mois, à l'écart de l'odeur nauséabonde de Londres, à l'écart des meurtres de Whitechapel qui firent rage jusqu'à son retour : En Novembre 1888, alors qu'un jeune homme l'aidait à descendre de son wagon à la gare de Waterloo, un vendeur de journal à la huée passa devant elle en brandissant le journal et criant les gros titres : 'Montague J. Druitt, retrouvé mort dans la Tamise, la fin des meurtres de Whitechapel ?'
Il était mort désormais. Et les larmes coulaient à nouveau sur les joues d'Helen… Il ne lui restait qu'une chose de lui : Un fœtus… Congelé dans le laboratoire qu'avait mis son père à sa disposition, un futur enfant de leur union attendait que sa mère prenne une décision quant à son existence.
