Merci pour toutes vos reviews ! Je n'ai malheureusement pas eu le temps d'y répondre, Bac oblige...

Voilà le chapitre 6. Enjoy !

Chapitre VI :

Helen n'aimait pas particulièrement les soirées mondaines. Depuis qu'elle avait rompu ses fiançailles, elle avait l'impression que toute la société Londonienne observait le moindre de ses faits et gestes avec un intérêt qu'elle pensait être uniquement réservé à la reine Victoria.

Mais Helen avait beau être une femme atypique, elle n'était tout de même pas paranoïaque : Elle était réellement devenue la source la plus riche des discussions qu'entretenaient les commères de Londres jusqu'à Southampton.

Malgré cela, elle avait décidé de vaincre le sentiment de malaise qui s'installait en elle quand elle sortait de sa demeure, et avait accepté d'accompagner son père à une réception qui avait été organisée par les Sherrington.

Elle était donc là, dans le salon de la villa Sherrington, cherchant des yeux un visage connu avec qui la conversation lui serait moins ennuyeuse que celles qui parvenaient à ses oreilles.

Son père semblait parfaitement à son aise. Il passait d'un groupe à l'autre pour saluer de vieilles connaissances, présenter sa fille qui était sa plus grande fierté...

Il ne semblait pas avoir entendu les remarques sardoniques des femmes qui comméraient par groupes de cinq ici et là, riant en comparant la trentenaire à un homme : Elle était diplômée d'Oxford (la première qui plus était), et à trente-quatre ans, elle n'était toujours pas mariée, et son ventre ne semblait pas pouvoir donner la vie à quelque être que ce soit.

A la vérité, la situation sociale dans laquelle se trouvait Helen en faisait rêver plus d'une :

Elle avait réussi à trouver sa place et à se faire respecter dans un milieu d'homme. Ces derniers avaient pour elle une admiration mêlée avec une fascination et une certaine attirance qui était presque risible. Partout où Lady Magnus passait, la vie semblait s'arrêter un moment pour laisser à tout le monde le temps de l'admirer.

Et ce soir, dans sa robe pourpre au jupon clair et fané, avec sa parure de rubis très discrète, et ses cheveux relevés, elle ne faillait pas à sa réputation : Elle était belle.

Et les hommes présents l'avaient remarquée.

Une main se posa sur son épaule dénudée, la faisant sursauter. Elle s'attendait à tomber face à face avec un de ceux qui pensaient que son célibat était du à un manque de prétendant, mais quand elle se retourna, un sourire éclaira son visage, et ses yeux brillèrent de soulagement. James était là, élégant dans un costume qu'il devait avoir acheté pour l'occasion, un sourire charmeur étirant largement ses fines lèvres.

« M'accorderez vous cette danse ? » Demanda-t-il d'un air taquin, ayant remarqué la peur qu'il venait de faire à son amie.

« James ! »

Watson baisa sa main avec délicatesse, et se tourna vers deux hommes qui le suivaient, et qu'elle n'avait pas encore remarqué. Elle reconnaissait le premier comme étant Charles Scott Sherrington, célèbre diplômé de Cambridge, brillant par ses connaissances en matière de médecine. Sa spécialité était les nerfs, et Helen s'était beaucoup intéressée à ses travaux pour élaborer des traitements pour Nikola et John.

« Helen, je voudrais vous présenter... Commença James.

- Mr. Sherrington ! C'est un honneur de vous revoir. » Le coupa la scientifique en souriant. Le médecin lui sourit poliment, enchanté par la vision qui s'offrait à lui, et baisa à son tour sa main.

« Pour moi également Lady Magnus. Je me demandais justement si notre cher Gregory nous apporterait sa charmante fille.

-Il a en effet eu raison de ma détermination à passer ma soirée seule.

- Il a eu bien raison ! J'aimerais vous présenter mon hôte, M. Emile Zola. Il est en Angleterre pour deux semaines. »

Zola était un homme d'une tête de moins qu'Helen, trapu, à la moustache impressionnante, à la barbe soignée et au visage assez rond. Il portait un monocle et semblait assez gêné.

Helen avait en face d'elle un des écrivains dont elle appréciait le plus les œuvres. Parlant un français qu'elle jugeait être bien acceptable, elle décida de lancer la conversation :

« Enchantée ! J'apprécie beaucoup votre style. Appréciez-vous Londres ?

Zola sembla se détendre un peu, et sourit même au léger accent anglais qui perçait dans le français parfait de Magnus.

-Je suis arrivé il y a seulement trois jours, mais Londres est une merveille ! Je suis ravi de voir que j'ai d'aussi belles admiratrices outre-Manche. »

Les pommettes d'Helen rosirent légèrement au compliment de l'écrivain qui baisa sa main.

Elle aimait beaucoup la France qui était le pays de son parrain avec qui elle passait quelques semaines de temps à autres. La dernière lettre de Louis Pasteur qu'elle avait reçue lui rapportait sa santé déclinante, et elle avait bien peur que ses travaux ne l'aient affaibli... Elle le sentait en sursis.

Pendant près de deux heures, les trois hommes divertirent Helen par une conversation riche et plus qu'intéressante. Jusqu'à ce qu'un major d'homme vienne avertir James que sa femme s'apprêtait à accoucher et qu'elle avait besoin d'un médecin.

Watson eut un regard affolé. Sa femme, Eva, attendait leur premier enfant, et le médecin ne savait pas ce qui l'attendait de retour chez lui.

Helen posa une main rassurante sur son bras.

« Tout va bien se passer vous verrez James.

Celui-ci fronça les sourcils :

-Helen, Eva était censée accoucher le mois prochain. Ce n'est pas normal !

Helen sourit. La détresse soudaine du nouveau père la touchait. Il venait de perdre tous ses moyens.

-Ce sont des choses qui arrivent.

-Helen, j'ai un mauvais pressentiment. Consentez-vous à m'aider à mettre au monde mon enfant ? »

Elle resta bouche-bée. Ce n'était pas quelques chose à prendre à la légère, mais elle pensait avoir suffisamment de courage et de connaissances pour faire accoucher une femme.

Elle accepta d'un signe de tête, alla rapidement faire part de la bonne nouvelle à son père, et James et elle prirent congés de l'assemblée.

La demeure des Watson n'était qu'à deux rues de celle des Sherrington. N'ayant pas de temps à perdre à attendre qu'une voiture veuille bien s'arrêter, Helen et James se hâtèrent, la trentenaire suivant tant bien que mal le médecin à l'allure olympique, devant relever les pans de sa robe pour ne pas trébucher.

Elle se prit à espérer que l'enfant qu'ils s'apprêtaient à mettre au monde serait le premier et le dernier. Sans cela, James mourrait d'angoisse avant d'atteindre ses quarante ans.

La vue qui les attendait en arrivant en face de la façade imposante ne rassura pas le nouveau père : Son major d'homme faisait les cent pas devant la porte, triturant ses mains, tête baissée.

James gravit les marches en courant, l'angoisse grandissante dans sa poitrine.

« Où est-elle ? Aboya-t-il quand il arriva à la hauteur du major d'homme.

- Dans la chambre à coucher. »

Le médecin passa devant le vieil homme qui leur tenait la porte, et agrippant l'avant bras d'Helen, l'entraîna à sa suite dans l'escalier de chêne brut, ne lui laissant pas le temps de se débarrasser de son pardessus.

La scientifique le suivit sans dire mot, commençant à sentir la panique l'envahir. La grippe de James sur son bras lui faisait mal, mais il ne semblait pas s'en rendre compte. Il la menait à présent à travers un long couloir qui sentait la cire. Et c'est là, dans ce couloir lambrissé, que son sang, pour la première fois, se glaça au son d'un gémissement.

Le visage de James pâlit, et il poussa la porte de la chambre dans laquelle l'intendante de la maison s'affairait autour du lit qui avait été recouvert d'un drap de lin blanc.

Eva était allongée, en tenue de nuit, les jambes écartées. La sueur perlait sur son front à grosses gouttes, et ses traits tirés par la douleur se relaxèrent quelques peu quand ses yeux verts vinrent se poser sur son mari.

Eva Jeanne Watson était une femme âgée de tout juste trente ans. Ses longs cheveux roux et ses yeux verts trahissaient ses origines irlandaises. Helen ne la connaissait pas plus que cela. Elle n'avait pas noué d'amitié avec elle. Elle était gentille, mais manquait cruellement d'esprit, et l'amour né de la rencontre du couple restait un mystère aux yeux de la fille Magnus.

Il régnait dans la chambre une atmosphère lourde qui fit se serrer la poitrine d'Helen. Le travail avait déjà bien commencé, et à en juger par le volume de sang qui s'était déversé sur le drap, l'accouchement se passait mal...

Elle enleva son veston à la va-vite, et donna un coup de coude à son ami qui, debout au milieu de la pièce, semblait à deux doigts de défaillir, la main devant la bouche.

Il parut revenir à la vie au contact du coude d'Helen dans son épaule, et s'approcha de sa femme pour prendre sa main.

« Eva ! Tiens bon s'il te plaît. Je suis là. Helen est compétente, tu vas voir, tout va bien se passer. »

La jeune femme se contenta d'acquiescer faiblement.

« Écoutez-moi Eva, vous allez vous concentrer sur votre respiration, et suivre mes indications. Ne pensez à rien d'accord ? »

La jeune femme parut se détendre en entendant la voix douce et calme d'Helen. Sa respiration se fit plus régulière, et James appliqua un chiffon humide sur le front de sa femme, qu'il attrapa dans une bassine en ferraille que l'intendante venait d'apporter.

Helen fit de son mieux pour rester calme. Elle allait effectuer son second accouchement, mais la quantité de sang que la jeune mère avait déjà perdu n'était pas bon signe du tout. Il faudrait que l'accouchement aille très vite pour qu'elle ne perde pas beaucoup plus. Eva serait sûrement très faible pendant ce qui seraient d'affreuses semaines après cela.

« Bien, inspirez à fond.

Eva obéit comme elle le put, rassemblant ce qu'il lui restait de force, et prenant autant de réconfort qu'elle pouvait en trouver dans la main de son mari.

- Très bien. A présent, relâchez rapidement par petits coups. »

A cela, elle sembla se décontracter, et la sage-femme improvisée put voir le sommet du crâne du nouveau né.

Elles effectuèrent toutes deux l'opération plusieurs fois de suite, et Eva put pousser une première fois.

Et quand Helen put voir apparaître le crâne du bébé, elle sut immédiatement que James n'aurait pas de descendance cette nuit là... Le nouveau né avait une teinte violacée qu'elle n'avait encore jamais vue, et qui lui laissait à penser qu'il n'avait plus d'oxygène.

Elle jeta un regard alarmé vers James qui ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes.

La suite fut sans paroles. Eva, motivée par l'efficacité de son aînée, réussit à accoucher, perdant encore beaucoup de sang, et quand Helen sortit le nouveau né des entrailles de sa mère, elle vit tout de suite ce qui s'était passé : La pauvre âme s'était étranglée avec le cordon ombilical, qu'elle coupa avec rage, retenant ses larmes.

Elle nettoya le corps du mort-né dans la bassine, et secoua la tête à l'attention de ses parents. Elle ne savait pas quoi dire. Ils étaient arrivés trop tard. Maintenant, il fallait sauver la mère.