- Lâche-moi immédiatement espèce de sale requin qui pue !, criais-je en m'agitant.

- Tes désirs sont des ordres princesse !

Arlong me lâcha au moment où j'entendais la voix de mon père protester. Je remontai à la surface en crachant de l'eau, sous les regards amusés et les rires des hommes-poissons. A part Arlong, je ne reconnus personne jusqu'à ce que mon père vienne à la rambarde. Je fronçai les sourcils et fit la moue mécontente qui me caractérisait et qui… Faisait toujours autant rire apparemment.

- T'as assommé Jinbei !, s'écria Arlong.

Oups… Tiens, tant que j'y pense, vous devez vous demander pourquoi Arlong rigole de bon cœur ? C'est parce que je suis la seule humaine que l'île des hommes-poissons a su accepter. Et aussi parce que j'ai un caractère qui lui plait, et que je suis la fille de Tiger.

- Remonte crevette !, lança mon père.

- Je n'suis PAS UNE CREVETTE !, m'énervais-je avant de plonger.

Je pris mon élan et remontai à la surface, avant d'atterrir sur le pont du bateau. Je regardais le flambeau dans lequel brûlaient des barres de fer, chauffés à blanc.

- Raven ?

Je me retournai vers les adultes et les fixais. Puis, je me mis à tourner lentement sur moi-même afin de détailler le bateau. Un drapeau noir, avec un soleil rouge au milieu… Drapeau noir ?!

- J'peux te parler deux minutes papa ?, demandais-je avant de poser mes yeux sur l'intéressé.

Il hocha la tête et commença à partir à l'arrière du bateau. Je le suivis, puis il s'assit.

- Depuis combien de temps étais-tu à Marijoie ?, demanda mon père.

- Je ne sais plus… Mais maman est morte en voulant me protéger des kidnappeurs.

J'avais prononcé ces mots avec tant de détachement que Tiger en fut choqué. Il me fixait, les yeux ronds.

- Je m'y suis fait, dis-je simplement. Et qu'est-ce que tu faisais à Marijoie ?

- Je délivrais les esclaves…

- Papa, si tu deviens un pirate je veux en être.

Une nouvelle fois, la surprise se lu sur le visage de mon père. Il se leva et vint se mettre à ma hauteur. Oui, je suis humaine d'apparence et petite par rapport à cette dorade qui toisait facilement les deux mètres…

- Tu es bien trop jeune pour ça !

- Mais j'ai rien qui m'attends nulle part, j'vois pas quoi faire d'autre !, m'écriais-je.

Je croisai les bras et tapa mes pieds sur le plancher, comme pour m'ancrer dedans avant de lever la tête et soutenir le regard de Tiger qui se leva.

- Et puis j'en ai marre, moi, de toujours attendre pour te voir ou quoi ! Tu veux déjà plus me voir, c'est ça ?

Oui, je rageais. Je rage très facilement aussi.

- Si t'es pas capable d'assurer ton rôle, t'avais qu'à pas me dire que je pouvais te considérer comme mon père !

Aïe la baffe… J'l'ai mérité on dirait. Vu comme ça a claqué, et les bruits de stupeur que j'ai entendu venant du pont, ça devait être logique que je souffre.

- Si je te dis que tu es trop jeune, c'est parce que c'est le cas. Tu n'as pas le mental suffisant pour supporter ce genre de vie. Je préfère t'épargner des souffrances inutiles, tu en as reçu suffisamment en étant esclave !

Je gardais la tête tournée. Il aurait pu me décrocher la tête en me giflant comme ça, heureusement que j'ai le crâne dur. Mes cheveux noirs cachaient en partie mon visage.

- J'en ai rien à foutre.

Mon calme et ma froideur étonnèrent une fois de plus Tiger qui en lâcha un soupir stupéfait. Je tournai la tête vers lui, et soutins à nouveau son regard.

- J'ai assez souffert tu dis ? D'accord, si ça te fais plaisir. Mais je préfère être pirate avec toi, plutôt que vivre seule sans toi. Ça, ça me tuerais.

Tiger me regarda, et malgré moi, une larme roula le long de ma joue.

- Raven…

Mon père me prit doucement la main, sans me quitter des yeux.

- Je veux juste te protéger…

- Et moi j'veux juste rester avec toi…

Ma voix se brisa et de nombreuses larmes fusèrent.

- J'ai trop souffert sans toi pour te regarder partir encore p'pa… !

Il me prit alors dans ses bras, où je mis un long moment avant de me calmer. La nuit arriva vite, ensuite. Je déconnais avec Arlong et Jinbei, mes deux oncles avec qui j'avais beaucoup partagé quand j'étais plus petite. Que c'était bon de les revoir, de rire et de plaisanter avec eux ! Quand tous allèrent se coucher, moi je restais sur le pont à regarder les étoiles. Oui, je me souvenais des moments passés auprès d'Arlong dans Noah, le district des hommes-poissons. Je me souvenais des moments passés avec Jinbei, lorsque je le suivais avec la garde du royaume Ryûgu. Je me souvenais aussi des rares fois où il m'emmenait au palais pour que je ne sois pas seule lorsque ma mère travaillait. Un nom me vint alors à l'esprit, et résonnait dans ma tête tandis que je le murmurais.