Ouah, ca commence par des mots forts en plus ^u^' Pardon, suis fatiguée...
Désolée de ne pas avoir répondu à vos reviews, manque de temps flagrant en ce moment... Mais je me rattraperai !

ENJOY !:D

Chapitre VII :

Il faisait froid, Helen avait ouvert la fenêtre, et le vent entrait à présent dans la chambre à grandes rafales, faisant voler les rideaux, battant au grès de la folie du vent londonien. L'air frais séchait les larmes de James, qui, le visage fermé, serrait toujours la main de sa femme dans les siennes.

« Je suis désolée… »

C'était la seule chose qu'Helen pouvait répéter. Cela faisait plus d'une heure que le corps inanimé d'Eva était froid comme le marbre, mais elle ne trouvait pas d'autres mots. L'intendante s'était retirée, pleurant et gémissant comme si elle venait de perdre sa seule amie. La pièce était plongée dans le noir. Le vent avait depuis longtemps soufflé les lampes à huile, et personne ne s'était décidé à allumer l'ampoule dénudée qu'avait installé Tesla l'année d'avant. Non, Helen comme James n'avaient pas envie que leurs larmes coulent sur leurs joues battues par le froid. Leur fierté et leur honneur étaient trop forts pour leur permettre de se montrer dans l'état de dépravation que l'accouchement funèbre avait mis en eux.

Helen frissonna. C'était la deuxième patiente qu'elle voyait mourir entre ses mains. La première avait été une jeune fille atteinte de mucoviscidose, quelques dix ans plus tôt. Alors que le douloureux souvenir de la petite remontait à la surface du flot de ses souvenirs, une main se posa sur son épaule, la faisant baisser les yeux vers l'origine du contact.

James était accroupi par terre aux pieds du fauteuil dans lequel elle s'était enfoncée. Elle ne pouvait pas précisément voir ses traits, mais il savait que la vision de ses yeux emplis de larmes lui aurait brisé le cœur.

Oubliant toutes les conventions que Miss Welsh lui avait enseignées, elle posa une main réconfortante sur sa joue, sentant une humidité froide sur la peau lisse de son ami.

Ce dernier s'appuya dans la paume d'Helen, reconnaissant, appréciant le toucher de sa meilleure amie.

« Merci Helen… Vous avez fait ce que vous avez pu… »

Le pouce de la trentenaire redessina les traits du médecin, et une larme coula sur la joue du pauvre homme, glissant entre les doigts d'Helen.

Elle posa doucement la tête de James sur ses genoux, et il se laissa faire, la laissant caresser ses cheveux avec la douceur d'une mère et l'amour d'une femme.

Quelque part derrière la fenêtre ouverte, il y eut un craquement sinistre qui la fit frémir.

Elle sentait un regard peser sur elle, un regard qu'elle connaissait trop bien. Elle se sentait mise à nue, soumise à une inspection scrupuleuse, et elle pouvait presque sentir deux mains froides sur elle, courant sur sa nuque et au creux de son dos… Puis il y eut un second craquement, et toute sensation désagréable disparut. Il n'y eut plus qu'elle, elle et le visage de James enfoui dans les pans de sa robe, qui n'avait apparemment rien entendu.

Elle secoua doucement la tête. Le vent devait avoir fait craquer le bois de la fenêtre, rien de plus. Et pourtant… Cette sensation d'être observée, traquée comme du gibier…

Helen sentit soudain les doigts de James s'enfoncer dans ses cuisses, et un rictus de colère se dessina sur les traits du médecin.

Celui-ci sentait renaître en lui une passion pour sa jeune amie qu'il pensait avoir enterré le jour de son mariage avec Eva. Mais maintenant qu'elle et leur enfant étaient morts, et maintenant qu'il pouvait se laisser aller à sentir la peau d'Helen séparée de la sienne par un unique drap de coton, cent feux s'allumaient en lui, consumant chaque parcelle de son être, faisant naître au plus profond de lui une colère sourde et douloureuse.

Il n'était pas censé aimer Helen plus que comme une amie, plus à présent qu'il venait de perdre sa femme. Ce n'était pas le bon moment. Il était vieux. Presque quarante ans, et elle semblait avoir évité l'impact du temps aussi bien que Tesla, par une chance qui, en réfléchissant, ne devait pas tenir du hasard autant qu'elle semblait le penser.

Il s'éloigna brusquement de la blonde, laissant la trace chaude de ses larmes sur le jupon rosi sur lequel il avait pleuré, et tourna le dos à la jeune femme.

« Vous devez rentrer chez vous Helen. »

Celle-ci baissa la tête, liant ses mains, gênée par la réaction de James. Elle comprenait toutefois son soudain éloignement. Ils avaient bien des fois été proches, mais la proximité qu'ils avaient mis dans leur consolation mutuelle était loin d'être amicale, et même si elle avait du mal à l'avouer, elle savait très bien qu'elle n'aurait pas du autant se laisser aller.

« Je suis désolée James, je ne voulais pas...

- Je SAIS que vous êtes désolée Helen. Depuis que mon fils est mort vous l'êtes ! Merci, mais je n'ai plus besoin de vous ici ! »

Watson l'avait coupée, lui faisant lever la tête avec effroi. Elle ne l'avait jamais vu en colère contre elle, et n'avait même jamais envisagé cet état d'esprit possible chez lui habituellement si calme et doux.

Elle découvrait aujourd'hui une facette de James qu'elle ne connaissait pas auparavant.

Le médecin, toujours dos à elle, regretta soudain ses propos en voyant le visage affolé de la jeune femme dans le miroir de la coiffeuse.

Il baissa la tête, se maudissant de la brutalité dont il faisait preuve envers celle qui l'avait toujours aidé dans les moments difficiles, et qui, encore cette nuit, l'accompagnait dans son deuil.

Il se retourna lentement, et revint vers Helen, à présent debout, droite comme un I, le menton dressé, le regard fier.

Il l'avait blessée… Et il s'en voulait encore plus. Il prit sa main et l'embrassa tendrement, caressant l'intérieur de sa paume.

« Je vous pries de m'excuser ma chère Helen. Je ne voulais pas vous blesser. J'ai juste besoin d'un moment pour… Sa voix se brisa, et Helen posa sa main sur son avant bras, compréhensive :

- Je comprends, je vais rentrer, père doit attendre des nouvelles… J'ai peur que ça ne lui fasse un choc… »

Elle tourna les talons, quittant lentement la pièce, se retournant seulement pour voir son ami se pencher sur le corps d'Eva, et embrasser chastement son front.

L'air frais battant ses tempes quand elle quitta la demeure Watson lui fit du bien. Son cœur était lourd, et elle avait envie de marcher, rentrer chez elle en courant et s'enfermer dans son cabinet pour travailler pour le reste de la nuit.

Elle succomba à son envie, laissant ses boucles blondes voler sur ses flancs alors que son corps défiait la force du vent. Elle laissa quelques larmes couler sur ses joues blanches, immédiatement séchées par l'air froid qui glaçait son sang.

Alors qu'elle s'engageait dans Chamdos Street, un jeune homme à l'apparence enfantine pila devant elle. Il enleva prestement sa casquette, et esquissa une rapide révérence.

Helen s'arrêta, faisant de son mieux pour cacher ses yeux rougis par la tristesse. Elle laissa le jeune homme baiser sa main, et fronça les sourcils.

« Bonsoir… Souffla-t-elle surprise de croiser quelqu'un en pleine nuit.

- Lady Magnus, c'est vous n'est-ce pas ?

Le pauvre était essoufflé, et sa chemise mal mise prouvait qu'il s'était habillé en vitesse. Il avait été envoyé pour la trouver…

- Oui, c'est moi. Que se passe-t-il ?

- C'est mon père, Georges qui m'envoie. Mr. Tesla est chez vous, il est blessé, il a besoin de vous en urgence milady. »

Le cœur de Magnus fit un bond dans sa poitrine, coupant son souffle pendant ce qui lui parût une longue éternité. Ses yeux s'emplirent d'inquiétude.

Nikola l'avait quittée le matin même, dans une forme qui paraissait être annonciatrice d'une journée fort productive sur un point intellectuel. Que pouvait-il s'être passé ?

L'idée s'insinua rapidement en elle que Nikola, avide de l'attention qu'elle lui portait, avait peut-être fait exprès de se blesser pour passer la nuit au manoir… Non, ce n'était pas possible, Georges n'aurait jamais laissé entrer le jeune homme sans qu'un des Magnus ne lui ait fermement demandé… Nikola était réellement en danger…

Son analyse rapide est logique l'affola. Ce n'était pas une petite plaisanterie destinée à s'attirer les faveurs de la scientifique… C'était réellement un cas d'extrême urgence, sinon le major d'homme n'aurait jamais envoyé son fils.

Voyant tout un panel d'émotions se bousculer dans les beaux yeux de la lady, le jeune garçon s'empara de son bras, et l'entraîna à petit trot dans Queen Anne's street, dans la lumière jaunâtre des lampadaires.

Elle se laissa faire, trop abattue pour objecter aux manières brusques de l'enfant qui tirait sa manche d'une manière qu'elle aurait trouvée révoltante en temps normal.

Mais les temps normaux n'étaient pas d'actualité. Les Watson venaient de subir ce qui lui paraissait être le pire drame familial de l'année (après les faiblesses de Mrs. Doyle), il était sûrement près de trois heures du matin, et elle tombait de fatigue.

Arrivée devant la porte, le jeune homme lui lâcha la manche, et resta fixé devant elle, planté comme attendant quelque chose. Ne le remarquant pas, Helen frappa la porte d'une série de petits coups rapides avec le heurtoir, puis son regard retomba sur le coursier.

Ses sourcils se levèrent, et elle allait lui demander ce qu'il attendait quand elle se rendit compte que la moindre des choses était de lui donner un salaire pour son service.

Elle sortit donc quelques piécettes de cuivre de sa bourse qu'elle lui tendit avec une esquisse de sourire plutôt ratée. Le coursier sourit, refit une révérence, et avec un rapide 'merci', s'en alla en courant, sans demander son reste.

La porte de la maison s'ouvrit bientôt sur Georges. Celui-ci paraissait mort de fatigue.

« Oh Helen, entrez mon enfant, votre père vous attend en bas avec Mr. Tesla… »

Elle le remercia d'un signe de tête, lui donna sa veste dont elle se débarrassa avec une agilité féline, et partit d'un pas pressé en direction de l'escalier dérobé qui menait au sanctuaire, lançant par dessus son épaule qu'elle avait besoin de thé… De beaucoup, de thé.

Secouant la tête face au surmenage de la jeune lady, Georges se glissa dans l'ombre jusqu'à la cuisine pour exhausser le désir de la scientifique. Du Earl Grey ne serait sûrement pas de trop.