J'entendis crier mon nom. C'était Arlong, et je crois qu'il n'a pas dû apprécier ma petite blague. J'avais échanger ses vêtements standards contre d'autres un peu plus ridicule... C'est en sortant de sa cabine que je pu admirer mon œuvre. Le requin était habillé d'un short rose à fleur bleue, ainsi que d'un minuscule t-shirt blanc avec écrit dessus « j'aime les bisous ». Je m'écroulais de rire avec l'équipage tout entier, qui en pleurait.
- Viens là sale gosse que j'te règle ton compte !, rugit Arlong.
- Il suffit !, s'écria Tiger. Venez, j'ai à vous parler.
Tandis qu'Hachi restait à la vigie, nous allâmes tous écouter mon père dans sa cabine. Assise dans un coin, je terminais de tailler le bout de bois que j'avais trouvé pour me faire un arc. Je ne prêtais donc guère attention à ce que disais Tiger, jusqu'à ce qu'Hachi rentre en catastrophe.
- Chef il y a un bateau ennemi en vue !, s'écriait la pieuvre. C'est la crise !
Je levais la tête pour voir cet ahuri qui venait d'entrer en panique.
- Ferme-la, Hachi, ordonna Arlong.
- Pourquoi ne te calmerais-tu pas ?, dit Jinbei posément.
Tout le monde était calme, sauf Hachi.
- Comme c'est inquiétant, fit Tiger. C'est la marine ?
- Nyu ! J'ai vu leur bannière oui !
- Qu'est-ce qu'on fait chef ?, lançais-je alors que Tiger tapait du poing sur la table.
Nous admirions le vaisseau de la justice nous canarder depuis le pont. Arlong en rigolait, debout sur la rambarde. Ils plongèrent tous et se mirent à nager vers le vaisseau ennemi. Moi ? Je soupirais, avant de me jeter à l'eau moi aussi. Je voyais les balles des fusils plongées dans l'eau, sans pour autant toucher mes compagnons qui sautèrent sur le pont. Certains trouaient la coque du bateau en venant par-dessous, d'autre attaquaient de front sur le pont… Quant à moi j'observai, assise sur un des mâts.
- Bah alors Raven, t'as peur de te salir les mains !, lança Arlong en riant.
- Arrête de faire ton crâneur, tu m'épuises.
Je balayais le champ de bataille des yeux, jusqu'à voir Jinbei isolé face à un humain tremblant. Rien qu'à sa mine sombre, je su que l'humain avait dit quelque chose que mon oncle avait mal prit. Et voilà que mon père s'emmêle… Et une brochette d'humain ! Quand je dis brochette, c'est juste un coup qui fait voler plusieurs soldats. Et quatre autres à l'eau, et deux écrasés contre un mur. Et maintenant il broie un canon à main nue ! Décidément, Tiger est en forme ! Je ne m'attarderais pas sur le speech du capitaine, et de mon père comme quoi nous cachions d'anciens esclaves. Personne n'avait la marque des Dragons Célestes sur le corps, les soldats pouvaient vérifier. Une fois l'équipage hors d'état de nuire, Tiger nous ordonna de prendre argent, marchandise et nourriture puis de retourner sur le bateau. Arlong, sous les yeux de mon père, exécuta un humain.
Dans la cabine de mon père, mes oncles se faisaient sermonner. Arlong tout particulièrement, qui se faisait boxer.
- Et quoi, alors ! Ce n'est rien de se débarrasser de deux ou trois de ces êtres inférieurs !, s'expliquait le requin.
- Nous ne sommes pas des tueurs, dit Tiger. Alors arrêtez de vous comporter comme des fous !
- Mais grand-frère, je veux dire chef !, corrigea Jinbei, ils essaient tous de te tuer !
Je frissonnai. Pourquoi vouloir tuer mon père ? Il n'a fait que rendre justice !
- Si c'est ce qu'ils veulent, continua Jinbei, nous devrions aller plus loin ! Ça nous rend malades !
De là, Tiger s'emporte quelque peu, mais se maitrisa. Il conclut, comme quoi nous ne tuerons jamais personne. Et là, Arlong se lança dans un speech pour démontrer que tuer les humains était mieux pour nous affirmer. Une fois de plus, il se fit boxer. Mais cette fois-ci par oncle Jinbei.
Lors du repas, personne ne parvint à faire décrocher un mot à Tiger. Je m'inquiétais un peu, lui qui d'habitude parle toujours. Arlong déblatérait des âneries sur les humains, et certains rigolaient quand oncle Jinbei lui tapait la tête. La nuit tomba ensuite, et dans la cabine communautaire ça chahutait. On riait, on chantait, on gueulait et on se battait pour s'amuser. Lorsque je me sentis oppressée, je décidai de sortir prendre l'air. J'entendis le bruit des tongs de Jinbei sur le plancher, et décidait d'aller le voir car j'avais bien envie de discuter avec lui à propos de mon père. Lorsque je vis Tiger, dos tourné et appuyé sur la rambarde avec une bouteille de saké, je décidai de rester cacher contre le mur.
- Jinbei ?, dit Tiger sans se retourner.
- Arlong est toujours ardent et ennuyant, n'est-ce pas ?, fit Jinbei.
- Je ne le blâme pas, répondit la dorade après avoir avalé la bouteille cul-sec. En fait, je n'ai pas le droit de dire une telle chose.
- Grand-frère…
- Jinbei, ce que la reine Otohime essaie de faire est une bonne chose. Pour elle, il n'existe pas de différence entre Arlong et moi.
Je sursautai lorsque la bouteille vola en éclat entre les doigts de mon père.
- Ce qui m'effraie, dit-il, c'est le démon caché au plus profond de mon âme.
J'entendis ensuite Hachi m'appeler, et je ne pus suivre la conversation davantage. Néanmoins, lorsque tous dormait, je ne parvins pas à trouver le sommeil. Qu'est-ce que voulait dire Tiger ?
