Une nouvelle fois, je me disputais avec Arlong. C'était devenu si régulier depuis trois ans, que plus personne ne faisait attention à nos chamailleries mis à part Koala.
- Vieux poisson pourri !
- Viande froide !
- Nageoire atrophiée !
- Bulot !
- Bulot ?, demandais-je incrédule.
- Parce que t'es inférieure !
- Crétin sans cervelle !
Jinbei soupira avant de nous boxer tous les deux.
- Mais pourquoi t'as fait ça ?!, demandons-nous en chœur, Arlong et moi.
Koala observait, derrière le mât. Elle avait encore un peu peur, bien que tous l'ai acceptée. Je soufflais sur Arlong qui me dévisagea puis je fis signe à Koala de venir. Je passai beaucoup de temps avec elle. A force, elle m'appelait grande-sœur. Je laissai Arlong et Jinbei discuter de la bêtise du premier. Bientôt trente ans (oui oui, dans deux années), et pas raisonnable pour un sou. Moi, je n'ai que quinze ans et pourtant je gère mieux que lui.
- Tu viens nee-san ?, lança Koala depuis la cabine communautaire.
Je la rejoignis et me mis au travail. S'il y a bien un truc que mes années d'esclavage m'ont appris, c'est la couture ! J'avais donc récupérer du tissu lors de notre dernière escale, afin de faire une nouvelle robe à Koala. Et enfin, je la terminais après plusieurs semaines de travail.
- Change-toi et on ira leur montrer après !, dis-je en souriant.
Tandis que Koala se déshabillait, je prenais du fil noir et posai un grand pan de tissu assorti sur mes genoux. Ça faisait quelques jours que Tiger n'avait pas montré le bout de ses nageoires, et je commençais à m'inquiéter. Il ne sortait que pour manger. Les attaques se faisaient rares…
- Je suis prête !, me déclara Koala avec un sourire sincère.
- Allons-y alors !
Je sortis la première, et me postais de manière triomphale devant les rambardes.
- Messieurs, je vous prie d'accueillir la magnifique Miss Pirate, Koala !
Tandis que je la soulevais et la posait sur les rambardes en faisant attention à bien la tenir, les pirates se mirent à siffler et applaudir.
- Tu es très élégante Koala !, dit Aladin.
- Nyu, c'est bien vrai !, renchérit Hachi.
- C'est moche, trancha Arlong qui ne tarda pas à déguster mon poing.
- Crétin de poisson pourri ! J'ai mis trois semaines à faire cette robe ! Toi t'es même pas capable de raccommoder un torchon alors ferme-la !
Jinbei gronda Arlong, pendant que Koala rejoignait les autres pirates pour jouer aux cartes. Je profitai de l'agitation pour aller terminer ce raccord que j'avais commencé pendant que Koala se changeait.
Lorsque j'eus terminé, je pris le manteau noir et allai toquer à la cabine de Tiger.
- Entrez.
Je poussai lentement la porte, comme si je risquais quelque chose et passa la tête dans l'embrasure.
- C'est moi…
- Qu'est-ce que tu veux Raven ?
J'observais mon père. Il semblait chercher quelque chose, mais quoi…
- Je te ramène ton manteau…
Il s'immobilisa et me fixa. Bon, l'objet de ses recherches semblait être son manteau noir.
- Il était déchiré, alors je te l'ai raccommodé…
Je lui tendis alors son manteau que j'avais soigneusement plié. J'eus presque l'impression qu'il hésitait à m'approcher, mais il prit tout de même son manteau.
- Pourquoi tu ne sors plus ?
- Je ne me sens pas bien, répondit Tiger très rapidement.
- T'es allé voir Aladin ?
Je n'eus aucune réponse. Alors qu'il refermait son armoire, je pris le poignet de mon père qui se tourna alors vers moi. Il plongea ses yeux sombres dans mon regard améthyste. Je détournai rapidement le regard et le lâchait avant de me diriger vers la porte.
- Raven.
Je m'immobilisais, attendant.
- Ne t'inquiète pas.
Je sortis alors, sans un mot. Ne pas m'inquiéter ? C'est mon père, comment veux-t-il que je ne m'inquiète pas pour lui ? Je rejoins mes compagnons pour une partie de carte, laissant derrière moi mes pensées sombres.
Nous nous étions enfin procuré un Eternal Pose qui nous mènerait jusqu'à l'île natale de Koala. Lors de la précédente escale, nous étions tous aller acheter de vrais vêtements à la petite (oui, disons que j'ai encore quelques trucs à apprendre en couture pour que les vêtements ne ressemble pas à des sacs). Toute gênée, Koala se mit à frotter le sol avec un torchon.
- Je ferais mieux de nettoyer !, dit-elle.
- Nyu !, protesta Hachi. Faut vraiment que tu arrêtes de travailler quand tu ne sais pas quoi faire !
- Laisse-la faire, dit Aladin assis sur un tonneau. Un traumatisme pareil ne s'efface pas si facilement…
Assise au sol, près de notre médecin de bord, je taillais mes pointes de flèches. Arlong se joignit à nous, lui qui d'ordinaire s'isolait (malgré nos disputes).
- Tu la comprends vraiment bien Aladin, mon frère. Parce que tu as été un esclave toi aussi. Mais tu ne préfèrerais pas la tuer maintenant ?
Je tressaillis aux paroles du requin. Même Koala réagit, arrêtant de frotter le sol.
- C'est une humaine, comme tous ceux qui nous ont pris comme esclave !
- Ferme-la Arlong !, crachais-je.
- Allez, dis-nous la vérité !, fit Arlong en posant sa main sur la tête de Koala. Qu'est-ce que ta mère t'as dit sur nous ?
- Arlong laisse-la !
- Tes parents regardaient les hommes-poissons de haut, pas vrai ?, disait-il sans prêter attention à moi.
Je pouvais sentir la peur de Koala, qui se remit à frotter énergiquement le sol pendant qu'Arlong se mit à rire.
- C'est ainsi qu'est la société humaine !, dit-il. Ils se pensent supérieurs à toutes les espèces de ce monde, et leurs enfants sont influencés donc suivent l'exemple. Je ne m'arrêterai pas tant que personne ne les aura exterminés !
Je m'étais levé, et j'étais prête à aller coller mon poing dans la gueule de ce requin. Or, Aladin me tenait au poignet, très fermement.
- Je suppose que vous avez tous remarqué comment ils se comportaient pendant ces trois dernières années, leur regard méprisant lorsqu'ils nous voyaient.
Et personne n'osait répondre, car il avait raison.
- Je n'imagine même pas ce que vous leur auriez fait si le boss n'avait pas été là.
Assez de conneries ! Mes pas résonnèrent sur le plancher, j'allais frapper Arlong.
- Nee-san !, s'écria Koala.
Je m'immobilisai alors, le poing en arrière.
- Ce n'était qu'un petit nombre d'entre eux, dit Jinbei.
Hachi détendit l'atmosphère en proposant un jeu à Koala : trouve la perle dans ma main. Bon, pas facile de trouver dans quelle main se trouvait la perle lorsqu'on a une pieuvre en face de soi. Ce n'était pas plus mal, un petit jeu…
