Merciiiiii Pour vos reviews ! Ca me touche énormément de savoir que je suis suivies dans mon délire, et j'avoue aussi que je ris beaucoup en lisant vos suppositions :P
ENJOY !
Chapitre X
Helen passa sa main sur les deux cicatrices qu'avaient laissé les crocs de Nikola au creux de son épaule. Les deux points avaient bien cicatrisé malgré la profondeur de la blessure, et étaient rugueux au toucher.
Après quelques heures de sommeil, elle se maudissait d'avoir accepté la requête de son ami. Sa colère n'avait rien à voir avec la cicatrice qu'elle aurait sûrement pour quelques temps, mais le fait qu'elle lui ait permis de la toucher, d'établir un contact plus qu'amical… Sa main se referma autour de son peigne, faisant douloureusement entrer les dents de l'accessoire dans sa paume.
Elle n'osait pas s'avouer ce que signifiait réellement les événements de la nuit pour leur relation. Et pourtant, elle avait apprécié la proximité qu'ils avaient mis dans ce moment particulier. Nikola s'était montré agréablement doux, et la scientifique savait qu'il avait du prendre sur lui pour maîtriser sa véritable nature et la préserver. Il ne lui avait pas pris beaucoup de sang, et elle se sentait bien, malgré la fatigue accumulée ces derniers jours.
Ses nerfs étaient à vifs, et quand la soudaine pensée de James et son deuil vint lui rappeler qu'elle avait laissé deux êtres mourir la nuit passée, sa main eut un geste instinctif : le peigne en argent alla frapper le miroir de sa coiffeuse en acajou, et brisa le verre en mille morceaux dans un vacarme assourdissant.
Elle s'était conduite comme une catin, offrant ses bras à James alors que sa femme venait de mourir en couche, puis offrant son cou et son sang à un vampire assoiffé de possession, humaine autant que matérielle et morale.
Il fut un temps, un peu avant les cinq, auquel elle aurait décidé qu'elle devait se trouver un homme pour se laisser aller dans un jeu de séduction qui l'éloignerait, sentimentalement parlant, de ses meilleurs amis.
Mais elle était réaliste : elle baignait dans un monde encore inconnu du grand public, et pour protéger les réseau de sanctuaire, autant que pour protéger les hommes qu'elle serait amenée à fréquenter, elle ne pouvait se permettre d'être courtisée.
En vérité, la grande Helen Magnus se sentait responsable. Elle avait créé les cinq, et s'était sur son impulsion que ses amis s'étaient livrés aux expériences faites sur le sang originel. Ainsi, c'était elle qui était à blâmer pour la dérive psychologique de John, ainsi que pour la mort de toutes ses victimes, et c'était encore de sa faute que Tesla était devenu, en plus d'arrogant, égocentrique et brillant, dangereux.
Elle se leva brusquement, et sans prendre la peine de remettre sa coiffeuse en ordre, quitta sa chambre en attrapant un châle en soie posé sur son fauteuil. Elle prit soin d'entourer ses épaules dans le tissus pour dissimuler les marques laissées par Nikola avant de descendre dans le salon.
« L'idée serait de transmettre des messages vocaux, ou même de la musique grâce à ses ondes.
- M. Tesla, je dois admettre que j'ai bien du mal à imaginer une machine capable d'un tel miracle !
- Je ne vous en demande pas tant Dr. Magnus, imaginer cette machine est mon travail. J'ai l'éternité devant moi, je pense qu'une telle invention pourrait aussi un jour retransmettre des images. Une aubaine pour le réseau de sanctuaire. Vous pourriez avoir des nouvelles de Bombay en simultané, avec seulement quelques minutes de décalage. »
Quand Helen pénétra dans le salon, elle eut l'impression de venir clore la discussion des deux scientifiques. Elle aurait voulu pourvoir simplement s'asseoir dans son fauteuil et siroter le thé qui était, d'après l'odeur qui enchantait ses narines, déjà posé sur la table basse, en écoutant les idées lumineuses de Nikola. Mais le Dr. Magnus ne semblait pas l'entendre de la même oreille. Quand il vit sa fille, élégamment vêtue, son visage fatigué s'éclaira, et il se leva de son fauteuil pour l'embrasser sur les deux joues.
« Helen, ma très chère fille ! Vous avez brillamment sauvé l'inventeur qui fera sans aucun doute du XXème siècle une période de constante évolution technique fulgurante ! »
Un peu mal à l'aise, Helen confia à son visage un sourire mal assuré, et jeta un œil inquiet à Nikola, espérant qu'il n'avait pas raconté à son père qu'elle s'était laissée mordre sans protester, et encore moins qu'elle avait pris un certain plaisir à cela… Mais son esprit fut soulagé quand Magnus reprit :
« Votre décision était dangereuse, je ne comprends d'ailleurs pas comment le sang originel qui coule dans vos veines n'a pas occasionné de mutation en redonnant vie à notre génie.
Il ne savait rien, son honneur était sauf. Elle osa un trait d'humour en ajoutant :
- Ce n'est certainement pas moi qui vais me plaindre de l'absence de réaction vampirique, se retrouver seule face à un Nikola assoiffé, non merci. Mais j'aimerais beaucoup connaître le nom du couard qui n'a pas fini son travail !
Nikola ne put réprimer un sourire en sentant la rage qui coulait en Helen. Ainsi, elle aurait pleuré sa mort ? Ses sentiments n'étaient donc pas que purement amicaux…
- Je n'ai aucune idée de qui a pu porter ce coup. Mais je ne prendrais pas grand risque à parier sur Watson je présume. »
En réalité, il n'aurait pas joué un seul sou sur quel pari que ce soit. Il avait eu beaucoup de problèmes d'addictions aux jeux d'argent quand il était encore lycéen à Prague, et sa mère avait eu beaucoup de mal à l'aider à décrocher de ses mauvais vices. Vices ? A côté de son envie de sang frais, les jeux d'argents semblaient moins important. Seulement quand on était issu d'une famille nombreuse et pieuse, l'argent avait une certaine importance si on ne voulait pas mourir de faim.
Helen baissa les yeux, s'asseyant de concert avec les deux hommes, et réprima un rictus douloureux.
« James veut peut-être votre mort, mais il est au fait de votre immortalité…
Sa voix hésitante, dans laquelle perçait un léger tremblement, attira l'attention de Gregory :
- Y-a-t-il quelque chose que vous ne nous dites pas Helen ?
Elle prit une grande inspiration, et resserra l'étoffe qui réchauffait ses épaules :
- James est veuf depuis cette nuit… Eva est morte en donnant naissance un magnifique petit garçon.
Nikola posa une main se voulant rassurante sur l'épaule de la jeune femme, faisant brusquement brûler la cicatrice qu'elle cachait aux yeux de son père.
- Le bébé s'est étouffé avec le cordon ombilical, je n'ai rien pu faire… »
Un silence s'imposa de lui même dans la pièce, brisée seulement par l'horloge de l'entrée et le pépiement du canari qui se balançait en rythme avec le pendule sur son perchoir.
Le cœur de Nikola se serra en sentant la peine de son amie emplir son système sanguin en même temps que son visage, et il lui servit une tasse de thé encore chaud, que la cuisinière avait préparé en prévision du réveil de la jeune femme.
« Ne culpabilisez pas Helen, ces choses là arrivent. James n'était peut-être pas destiné à passer sa vie avec Eva. »
La scientifique accepta la tasse de thé avec un faible sourire reconnaissant alors que son père observait le comportement des jeunes gens.
Nikola n'avait jamais cru au destin, et en s'entendant rassurer Helen, il eut comme l'impression de servir à des fidèles les sermons de la Bible.
Plus jeune, il avait assisté à la messe que donnait son père tous les dimanches, assis aux côtés de sa mère, à l'opposé de ses frères et sœurs qui buvaient les saintes paroles. Lui avait souvent la mauvaise habitudes de contredire tout ce qui sortait de la bouche de , avec des preuves scientifiques à l'appui. A l'âge de quinze ans, quand il avait expliqué à son père qu'il voulait poursuivre ses études pour devenir inventeur, le prêtre avait résisté à son fils par obligation parentale. Mais il s'était depuis longtemps fait à l'idée que Nikola, son petit Nikola, ne reprendrait jamais les rênes de la paroisse.
Gregory voyait clair dans le jeu de Tesla. Oh évidemment, l'air contrit et désolé que le visage du génie laissait entrevoir était bien réel, mais il était bien moins désolé par la mort d'Eva Watson que par le fait que le nouveau veuf était de nouveau dans la course pour conquérir le cœur de sa fille…
Le vieil homme assistait à ce petit jeu depuis bien trop longtemps pour laisser tout ces hommes faire la cour à sa fille unique sans qu'il n'intervienne quelque peu dans les affaires de séductions des hommes qui la courtisaient… Ainsi, il préférait encore donner un petit coup de pouce à Nikola pour conquérir Helen que de laisser James tenter sa chance. Laisser un veuf s'approcher d'un peu trop près de la scientifique signifiait que l'adjectif 'volage' collerait à la peau de la trentenaire dans les soirées mondaines de la société victorienne… Et la fille de Gregory Magnus valait beaucoup mieux que cela.
« Allons mes enfants. Ce qui arrive au Dr Watson est terrible, mais le temps presse. Nikola, celui ou celle qui a tenté de vous assassiner cette nuit pense que vous êtes mort à l'heure qu'il est. Il est important qu'il n'apprenne pas que vous êtes vivant. Cela pourrait compromettre votre véritable identité, ainsi que le réseau entier de Sanctuaires… »
Les jeunes gens levèrent les yeux vers le directeur du réseau, appréhendant la suite du discours.
Ne pas ébruiter le fait que Tesla avait survécu voulait dire disparaître, se cacher comme un lâche jusqu'à ce que le coupable soit démasqué, et traité en conséquence. L'idée ne plaisait pas au principal concerné. Cela signifiait quitter Londres, et peut-être même l'Angleterre, en laissant Helen derrière lui, aux mains de son dernier concurrent : James.
Il pouvait aussi dire au revoir à ses rêves de domination intellectuelle du monde…
Quant à Helen… Eh bien Helen n'était tout simplement pas en état de penser à autre chose que le trouble qu'elle ressentait à être là, dans le salon, en face de son père qui, pensait-elle, la croyait toujours vierge et innocente, et aux côtés de son meilleur ami, ou ce qu'elle avait de plus proche d'un meilleur ami, le dernier des Sanguine Vampris, inventeur du courant alternatif, qui l'avait mordue quelques six heures avant d'après la pendule, créant dans son corps et son esprit des réactions qu'elle n'aurait jamais pensé être possibles venant de lui.
Étant de quatre ans son aîné, elle ne supportait pas l'idée que quiconque puisse tenter de lui faire du mal. Mais était-ce vraiment un amour fraternel qu'elle ressentait ? Son organisme lui avait démontré la possibilité d'une attirance plus qu'amicale quand il avait été aussi doux qu'un amant en mordant son épaule…
La voix de Nikola la ramena à la réalité, la sortant brutalement des souvenirs inconfortables de la nuit.
« Que proposez-vous ?
Gregory sourit, content de voir qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes.
- Je propose que vous quittiez Londres pour quelques temps.
- Je ne voudrais pas paraître impoli, ni même avare, mais je n'ai plus un sou en poche, je ne vois pas où je pourrais aller.
- Voyons mon garçon ! Je ne vous expulse pas de la ville. Je vous offre quelques semaines de vacances. D'ailleurs Helen, vous devriez accompagner notre cher Nikola, vous me semblez à deux doigts de la dépression. Vous avez autant besoin de repos que moi, et la campagne vous fera du bien.
Helen sursauta. Si elle s'attendait à devoir éloigner Nikola de la ville, elle ne s'était pas imaginée devoir le suivre, et la distance lui aurait permit de remettre ses idées en place.
- Père ! Mon absence ne risque-t-elle pas d'éveiller les soupçons ?
- Si tel est le cas, je dirais que je vous ai alitée à cause d'une mauvaise fièvre. »
Nikola suivait l'échange avec amusement. Il avait toujours trouvé une certaine ressemblance entre le père et la fille, et la conversation prouvait que le dicton 'Tel père telle fille' était véritablement fondé. Les Magnus étaient aussi têtus l'un que l'autre.
