Ne pouvant trouver le sommeil, j'avais décidé de prendre l'air. Koala et les autres membres de l'équipage dormaient paisiblement, bien au chaud sous leur couette. L'hiver s'était installé sur Grand Line, et m'avait forcé à sortir couverte. Appuyée sur les rambardes près de la proue, je regardais l'horizon noir.
- J'aimerais te demander quelque chose, fit la voix de Koala dans mon dos.
- Tu devrais dormir…
- S'il te plait, nee-san.
Je regardais la petite fille que je distinguais peu dans le noir, puis j'hochai la tête.
- Pourquoi Arlong ne m'aime pas, et toi si ?
- C'est parce que je ne suis humaine que d'apparence, répondis-je après un silence surpris.
- Comment ça se fait ?
- Ma maman était une sirène. Et mon géniteur était un humain.
Koala s'assit, et me demanda de lui raconter comment j'avais vécu jusque-là.
- Ma mère et moi vivions à Coral Hills, sur l'île des hommes-poissons. Quand je suis née, les amis de ma mère l'ont abandonnée, ne voulant pas être lié à une monstruosité comme moi. La reine Otohime a pourtant tout fait pour que nous soyons acceptées, ma mère et moi. En vain. C'est peu avant mon premier anniversaire qu'on a déménagé à Noah.
- C'est quoi Noah ?
- Un orphelinat, devenu un quartier de racaille où personne n'osait mettre les pieds. Bien sûr, ma mère n'avait pas eu le choix à cause de la pression qu'elle subissait sur l'île des hommes-poissons. C'est par nécessité qu'on a déménagé, donc. Ma mère connaissait Tiger depuis longtemps, et dans une lettre elle lui avait raconté sa mésaventure qui s'était soldé par ma naissance. Tiger et ma mère s'aimaient à la folie, et c'est pour ça qu'il ne nous a pas abandonné. Comme tout le monde aimait beaucoup Tiger, certains hommes-poissons ont adhérer à sa vision des humains. Et comme j'ai les mêmes capacités qu'eux, ils m'ont très vite tous adoptés. Arlong le premier.
- Vraiment ?!
- Oui, à la demande de Tiger et ma mère. Il était mon oncle, avec Jinbei, et lorsque j'avais des ennuis je pouvais aller les voir tous les deux. J'avais souvent des ennuis, car les enfants de Noah ne m'acceptaient pas trop. Et Tiger n'a pas toujours été présent, alors je comptais sur mes oncles. Je me souviens encore… Des jours où je ne trouvais personne pour m'aider et que je rentrais blessée chez moi. Lorsque ma mère m'emmenait à son travail, je n'avais pas le droit de quitter l'arrière-boutique. J'étais donc très seule dans ces moments, aussi. Je repensais souvent à ces enfants qui criaient « t'as pas intérêt à m'embêter sinon mon papa va te casser la figure ». Et je me disais toujours… Quelle chance ils ont ! Tiger n'était que très peu là, je n'avais pas la chance de pouvoir compter sur lui. Alors je pleurais en serrant la peluche que j'avais pour ne pas être trop seule non plus. Je pensais toujours aussi, ou en tout cas je rêvais, aux rares jours où Tiger rentrait de ses voyages. Je me sentais bien, et fermais les yeux en voyant la scène comme si c'était un film…
Je posai mes yeux sur Koala qui me fixait, et reprit.
- Si je suis pirate, ce n'est pas uniquement car je suis avec mon père. C'est parce que j'ai l'impression d'être à ma place. On ne me chasse pas, on ne me traite pas de monstre ou d'erreur de la nature. Je ne suis pas blessée. Et je suis heureuse.
Je pris Koala contre moi lorsqu'elle se mit à pleurer.
- C'est triste ton histoire…
- Pourtant, elle ne l'est pas, puisque je ne suis pas malheureuse. Allez, sèche tes larmes de crocodile p'tite crevette…
Je souris à cette petite fille, puis la porta jusqu'à sa couchette. Le sommeil ne me gagna point, mais je sentais un poids se soulever de mon cœur.
Les beaux jours étaient de retour, et nous débarquions à Fullshout. L'île natale de Koala. Je ne vous cacherais pas que les adieux furent pleins d'émotions pour l'équipage. Sauf Arlong, évidemment. Tiger avait décidé de raccompagner Koala jusqu'à l'entrée de son village, et elle le suivit jusqu'en bas de la passerelle avant de se retourner.
- Nee-san !
Je regardais Koala en essuyant mes larmes.
- J'veux que tu viennes aussi ! S'il te plait !
Mes compagnons me poussèrent, et je rejoignis mon père et Koala. Pendant notre marche, Koala s'entêta à prendre la main de Tiger qui finit par céder après moult tentatives de rejet. Ça m'avait fait bien rire, ce qui m'avait valu le regard foudroyant de mon capitaine. L'autre main libre de Koala tenait la mienne.
Lorsque nous arrivions enfin au village, mon père encouragea la petite fille à rejoindre sa mère qui s'avançait vers nous. C'était de bien émouvantes retrouvailles. Les larmes fusaient des yeux de la mère et de la fille qui se serraient mutuellement. Je souris, heureuse pour Koala, tandis que nous observions la scène avec Tiger. J'aperçus les regards méprisants que lançaient les villageois à mon capitaine.
- Retournons au navire.
Je suivis donc Tiger, lorsque Koala nous appela et nous remercia d'avoir tenu la promesse qu'on lui avait faite. Nous l'avions ramené chez elle, et enfin elle serait heureuse. Pour la première fois depuis longtemps, je vis un sourire étirer les lèvres de la dorade.
Ce n'est que maintenant que je me rends compte, que ce n'est que de temps en temps que j'appelle Tiger par notre lien. Et ce n'est que maintenant que j'osais faire accepter à mon esprit ce que mon cœur savait déjà. Jamais Tiger et moi n'aurons une vraie relation père-fille normale.
- J'ai envie de croire, que quand Koala grandira… Les humains et les hommes-poissons seront…
Des bruits d'armes qu'on recharge se firent entendre, et immédiatement j'encochai une flèche sur mon arc. Des soldats de la marine, nous encerclant, et arme en joue ! Le chef se présenta, mais je ne captai pas tout. Seulement la partie où ils parlaient des villageois qui approuvaient l'arrestation à problème à condition qu'on leur laisse Koala.
- Fisher Tiger, capitaine des pirates du soleil, vous êtes accusés de deux chefs d'accusations. Mais vous le savez déjà. Assaut, et évasion.
Le dernier terme résonna dans mon esprit.
- Evasion ?, répétais-je.
Tiger m'attrapa soudainement et me lança hors du cercle de soldats quand j'entendis les coups de feu. Lorsque je me relevais, il était criblé de balles.
- Papa !
Un cri du cœur que je n'ai pas pu retenir, désolée. Le commandant (ou vice-amiral) Strawberry se retourna vers moi. J'eus le temps de décocher mes flèches, d'en récupérer quelques-unes et de tirer à nouveau. J'entendis nos compagnons arriver, quand Tiger s'écroula au sol.
- NON !
