Jinbei avait insisté pour que je l'accompagne au palais Ryûgu. Il avait à parler avec le roi, à propos de sa décision concernant son ascension au rang de Grand Corsaire.

- De cette manière, les hommes-poissons pourront se rapprocher du gouvernement, expliquait-il. Pour le bien de la reine à qui nous avons causé tant de problèmes...

Le roi Neptune remercia mon oncle qui était assis. Je sais que c'est l'usage, mais moi et les bonnes manières, ça fait mille. Je jetai un bref coup d'œil aux gardes sur les côtés. L'un d'eux me paraissait étrange, je ne saurais dire pourquoi.

- Et puis, cela rendrait possible l'ultime rêve de Tiger, poursuivit Jinbei.

- Libération et liberté des hommes-poissons !, lançais-je avec une véhémence folle.

Jinbei se tourna vers moi, surpris, et le roi me fixa avec des yeux ronds.

- Veuillez m'excusez, c'est sorti tout seul…, dis-je doucement.

Jinbei sourit, avant de reprendre son explication.

- Tu aurais dû le laisser croupir à Impel Down !, crachais-je à mon capitaine.

- Allons, Raven…

- Il a tué des humains !, coupais-je en tapant le bureau du plat de la main.

Jinbei me fixait, calme et impassible. Hachi entra dans la pièce.

- Nous sommes arrivés capitaine !

L'équipage débarqua sur le quai de la prison, et attendit qu'on relâche Arlong. Jinbei avait demandé sa libération, et il l'avait obtenu. Lorsque la grille se leva et qu'il commença à avancer, tous l'appelèrent joyeusement. Sauf Jinbei qui restait impassible, et moi qui bouillait. De tous, je crois que j'étais celle qui tenait le plus au principe laissé par mon père. Arlong monta sur le navire sans un mot, tandis que Jinbei perdait son impassibilité.

La tension entre mes oncles était palpable. Elle était si insoutenable, et si visible, que lors d'une escale ils rivalisèrent. Arlong ne voulait pas suivre Jinbei s'il devenait un chien du gouvernement. Alors il décida de redirigé l'équipage des Pirates d'Arlong, prenant ses anciens hommes avec lui. Dont Hachi qui transpirait à grosses gouttes.

- Si tu veux m'arrêter, dit Arlong, tu ferais mieux de me tuer tout de suite !

Jinbei restait impassible, quand soudain je logeais mon poing dans le nez d'Arlong. Le requin décolla et alla se cogner violemment contre un arbre. Aladin s'empressa de m'attraper et de me faire reculer.

- Comment tu peux dire une chose pareille Arlong !, crachais-je tandis que mon oncle se relevait.

Il me fixa, impassible. Ma rage éclatais. Je l'adorais et en même temps je le détestais. Je l'aimais, car après tout il est mon oncle, l'une des rares personnes à qui j'ai pu accordé ma confiance dès mon plus jeune âge. Je le détestais pour avoir trahis Tiger et ses principes en tuant ces soldats. Je me débattais comme un diable pour me libérer d'Aladin, tandis qu'un combat s'engageait entre mes oncles. Ou en tout cas, mon oncle Jinbei et ce traitre d'Arlong qui se prenait une sacrée raclée.

A partir de ce jour, l'équipage se divisa en trois pour suivre des chemins différents. Macro partit de son côté avec ses copains, Arlong et ses compagnons suivirent le chemin de la violence. Quant à Aladin, Jinbei, les autres et moi-même, nous allions retourner sur notre île.

Une nuit, sans sommeil une fois de plus, je m'étais assise sur la proue du navire. Comme si les ténèbres de la nuit étaient un écran, je voyais défiler devant moi la plupart des souvenirs que j'avais d'Arlong, et de mon père. Et en même temps, je réfléchissais. J'étais orpheline à présent. Je ne pouvais pas retourner à Noah sans Arlong, en bref je n'avais nulle part où aller. Je ne pouvais pas compter sur mon capitaine, je ne savais pas ce qu'il allait faire. Je devrais donc me débrouiller seule.
Et si... C'était ça la solution ? Les pas de Jinbei ne me firent même pas bouger.

- Oncle Jinbei ? Dis-moi… Qu'est-ce qui attends les pirates qui n'ont rien sur notre île ?

- Je ne sais pas, répondit mon capitaine après un silence.

- Et tu crois que je pourrais… Voler de mes propres ailes ?

Je me retournai vers Jinbei dont le visage était éclairé par une lampe à huile. Il me fixait avec des yeux ronds et embués.

- T'es triste ?

- Non, juste… J'imagine que ton père serait très fier de toi maintenant.

Je ne comprenais pas vraiment. Parce que je voulais devenir mon propre capitaine, mon père serait davantage fier que si je restais à la solde de Jinbei ? Deux ans étaient passés depuis la mort de Tiger. Du haut de mes dix-sept ans, je pouvais encore rêvé du jour où j'aurais mon propre équipage. La nostalgie m'enveloppa d'un seul coup, puis fut remplacée par ma tristesse.

- J'aimerais qu'il soit là…, murmurais-je.

Jinbei me tendit la main pour m'aider à revenir sur le pont, et me regarda dans les yeux.

- Tant qu'on se souvient de lui, Tiger sera toujours là.

Je souris légèrement, et serrais Jinbei dans mes bras.

- Même si tu deviens indépendante, tu pourras toujours compter sur moi Raven…

Le retour sur l'île des hommes-poissons fut mouvementé, mais voir le bonheur des membres de l'équipage retrouvant leur famille n'avait pas de prix. J'étais désormais seule sur le navire avec mon capitaine. Jinbei me poussa gentiment et me suivit sur le quai. Là, il m'amena au palais Ryûgu et attendit avec moi l'arrivée de la reine et de ses quatre enfants. Le roi n'attendait qu'eux pour commencer l'audience. Pendant notre voyage, Jinbei avait commencé à me parler davantage de la reine Otohime, de ce qu'elle faisait et en quoi mon père trouvait ça bien. J'étais loin de me douter que j'allais finir le cœur brisé plus tard...

- Bon retour parmi nous Jinbei !, lança joyeusement la reine.

- Merci votre altesse. Majestés, j'aimerais vous présenter la pirate la plus importante pour Tiger.

Jinbei se tourna vers moi.

- Sa fille, Raven.

Je m'agenouillais, contrairement à la dernière fois où je n'avais pas bouger. Aussi, on ne m'avait pas reconnue comme la fille de Tiger auparavant. La première et la seule fois où je suis venue ici de manière officielle, je ne faisais que tapisserie (les fois où Jinbei me gardait pendant son service militaire ne comptant pas). Je m'étais défini comme la simple accompagnatrice de mon capitaine.

- C'est un honneur, de me présenter à vous comme la fille de mon père…, dis-je la tête baissée.

Je sentis une main sur mon épaule, ce qui me fit lever la tête. Je vis le visage doux et rond de la reine Otohime, puis je m'empressai de baisser la tête à nouveau.

- Raven n'a nulle part où aller, dit Jinbei. Et elle veut devenir son propre chef, je ne peux donc pas la prendre dans mon équipage.

- Tu es l'hybride, née d'une sirène et d'un père humain n'est-ce pas ?, me demanda la reine.

- Oui, altesse.

- Toi qui as pu vivre à la surface, as-tu déjà vécu parmi les humains ?

- Leur folie est sans limites.

La reine se recula et je me levai avant de lui tourner le dos.

- Même envers leurs semblables, ils sont cruels et violents !, dis-je en retirant mon haut. La marque de l'équipage de mon père a masqué cette folie, mais elle n'efface pas ce que j'ai vécu à Marie-joie.

Jinbei serra les poings sur son kimono qui se froissa alors.

- Comme ce soleil, ce que les humains m'ont fait enduré reste graver en moi comme une marque au fer rouge.

Je remis mon haut, sentant les regards pesants sur moi.

- Je sais ce que vous faite altesse. Alors, n'arrêtez pas vos efforts !, déclarais-je avec force sans hausser le ton. Il doit bien y avoir des gens comme Koala, l'enfant que nous avons ramené chez elle. Des humains bons !

Je me retournai et vis la reine qui pleurais. Je faisais un effort pour que ma haine envers les hommes ne prenne pas le dessus sur ma volonté et mes paroles.

- Et avant de partir en tant que pirate indépendante, je souhaiterais vous aider dans votre tâche de ralliement des humains à notre espèce. Si vous l'acceptez…

Chose qui me surprit, la reine me sauta au cou en pleurant et hurlant. J'étais plus petite qu'elle et sentais ses larmes tremper mes épaules. Sympa, la reconnaissance…

Quelques mois passèrent, et après chaque campagne quotidienne, la reine Otohime m'amenait au palais pour que nous discutions des méthodes de persuasion que nous pourrions utiliser. Ses trois fils nous aidaient lorsqu'ils n'étaient pas avec la princesse. J'avais rapidement sympathisé avec l'aîné, Fukaboshi. Du haut de ma taille humaine, je me sentais ridiculement petite face à lui. Un jour, alors que les gens affluaient pour déposer leur signature sur la place de la Thoncorde, la campagne vira au cauchemar. Les caisses de pétitions prirent feu, et la reine fut assassinée… Par un humain.

Je quittais mon île natale quelque temps plus tard, et devenait mon propre chef. Parfois, je sentais mon père proche de moi, et qui me murmurait des conseils. Encore aujourd'hui, je l'entends…