Chapitre XIII

Quand Nikola descendit au sous sol, il fut surpris par l'éclairage tamisé que fournissait une bonne trentaine de bougies disposées dans toute la pièce, qui faisait la même superficie que le rez-de-chaussée du cottage.
L'ombre d'Helen dansait sur tous les murs, alors que l'originale passait d'un tube à essai à un Erlenmayer et inversement, s'arrêtant quelques instants au dessus de son bureau pour jeter un œil à ses notes et repartir en hochant la tête presque imperceptiblement.

Il posa le plateau qu'il avait trouvé en cuisine sur la table, faisant s'arrêter la scientifique qui se retourna pour lui faire face, surprise du fait de son silence, moins que par les victuailles qui couvraient le plateau.

« Où avez-vous trouvé tout cela ? » Demanda-t-elle en posant une petite fiole pleine d'un liquide verdâtre dont Nikola ne voulait même pas connaître le nom à côté d'un montage complexe de verrerie.
Le vampire sourit, satisfait de son effet.

« Le village le plus proche n'abrite pas vingt habitants, mais il y a tout de même une épicerie sur une ravissante petite place.
Il désigna la théière en porcelaine bleue et continua :

- Earl Grey. J'ose espérer qu'il sera assez chaud, j'ai du le faire chauffer sur des bougies…
- Ca ira merci Nikola. »
Helen souriait. Voir Nikola Tesla, l'inventeur du courant alternatif, faire bouillir de l'eau sur des bougies était surréaliste, et elle commençait à croire qu'il était plus débrouillard qu'il n'en avait l'air.
Ils s'assirent tout deux dans le sofa qui était accolé à l'escalier, et galamment, le génie servit une tasse de thé à son amie.

« Vos recherches avancent-elles ? Je vous vois en pleine créativité.
Helen prit la tasse qu'il lui tendait, et secoua la tête.
- Non… Je vous demande pardon.
Nikola leva un sourcil interrogateur, plus sur de parler de la même chose.
- Ne vous inquiétez pas, j'ai confiance en vous, vous allez trouver un moyen d'étancher ma soif.
Helen releva la tête, et son regard croisa le sien.
- Non, je voulais parler de toute à l'heure… Elle se mordit la langue alors que Nikola souriait, taquin.
- Oh ! Vous voulais parler de m'avoir cruellement tiré une balle dans l'estomac avec un revolver ? C'est oublié. Je n'aurais pas du vous provoquer. Et puis je n'aurais pas de cicatrice, alors si vous avez besoin d'une cible…
Le sourire d'Helen s'élargit, et ses yeux se mirent à briller.
- Ce ne sera pas nécessaire, merci. »

Un ange passa, bientôt suivi d'un deuxième, alors qu'Helen sirotait son thé, fixée par Nikola qui se laissait doucement envoûter par les mouvements des lèvres de la jeune femme ainsi que par sa gorge qui s'étirait à chaque gorgée de liquide qu'elle avalait.
Alors que le serbe sentait la soif le presser à goûter une nouvelle fois au sang exquis de Magnus, et que ses canines s'allongeaient en s'enfonçant douloureusement dans sa langue, dans un premier signe de transformation, un miaulement se fit entendre, les figeant tout deux dans leurs réflexions, et un chaton rayé, famélique et au pelage effilé bondit entre eux sur la banquette.
Les yeux d'Helen s'arrondirent de surprise, alors que Nikola, gêné par l'apparition de l'animal autant que soulagé de ne pas avoir succombé à sa faim, rattrapait l'animal pour le poser sur ses genoux.

« Nikola ? Vous avez une explication rationnelle qui pourrait me faire comprendre ce que fait un chat dans mon laboratoire ? » demanda Helen en reposant sa tasse sur la table, les sourcils délicatement froncés, les lèvres serrées dans un rictus que l'inventeur trouvait totalement adorable.
Celui-ci prit une large inspiration avant de répondre.

« Voyez-vous, Josika m'a suivi sur le chemin du retour, et je n'ai pas pu résister à l'envie de le prendre comme compagnon. J'ai pensé que comme je ne vous verrai sûrement pas souvent jusqu'à ce que vous trouviez un traitement adéquat à mon état, et que vous passeriez la plupart de votre temps ici au sous-sol, me laissant seul à faire les cent pas en m'inquiétant pour votre santé, et surtout pour la mienne, je pouvais bien me permettre de tromper ma solitude avec Josika.
Les sourcils d'Helen firent un bon en entendant le surnom que Nikola avait donné au chat.

- Josika ?
Nikola sourit :
- Un écrivain hongrois qui a écrit des contes qui m'ont beaucoup aidé quand j'étais enfant à prendre confiance en moi. »
Helen retint un rire au fond de sa gorge. Il lui était difficile d'imaginer le grand Nikola Tesla manquant de confiance en lui… Mais s'il disait vrai, alors c'était à ce Josika qu'elle et le reste de l'humanité devait l'égocentrisme et le narcissisme du génie.
Et pourquoi pas le courant alternatif aussi…

Elle tendit la main vers le chat qui siffla en voyant ses doigts approcher dangereusement de sa fourrure.

« J'allais dire que ce chat avait peut-être un maître quelque part, mais vu son caractère, j'en doute.

D'un geste protecteur, Nikola approcha le chaton contre son torse, le caressant pour le calmer.
- Josika est un chat très intelligent. Il a tout de suite senti que vous risquiez de le cribler de balles. »
Helen haussa les épaules et se releva, prête à se remettre au travail.

Effrayé par le geste brusque de la jeune femme, le dit Josika sauta des bras de son nouveau maître et détalla dans l'escalier, laissant le temps à Helen de remarquer l'erreur de son ami.

« Josika est en fait une fille… Déclara-t-elle en riant.

- Oh… Répondit pensivement le jeune homme. Je ne peux tout de même pas l'appeler 'Helen', vous vous méprendriez à chaque fois que je l'appelle.
Un léger sourire étira les lèvres de la scientifique.
- Je suis sûre qu'elle adore Josika. » Lança-t-elle en chantonnant.

Nikola suivit le chemin qu'avait prit son nouvel animal de compagnie en souriant. Ces petites vacances sur l'île d'Emeraude seraient peut-être amusantes après tout…