Merci pour vos reviews ! J'apprécies vraiment votre persévérance à lire mon pauvre récit !
ENJOY ! :D
Chapitre XVI
Helen poussa un grognement qui, depuis le salon, ressemblait étrangement au rugissement d'une des plus dangereuses créatures logeant sous le manoir Magnus, et que la 'jeune' femme avait interdiction formelle d'approcher.
Comment était-elle censée remédier à la soif inassouvie d'un vampire quand le seul matériel dont elle disposait était aussi vieux qu'Erode ? Elle tâtonnait, croyant parfois avoir une idée exploitable, se rendant vite compte que c'était loin d'atteindre la plus faible de ses espérances… Elle savait que Nikola ne tiendrait plus très longtemps, et que se laisser mourir de faim n'était absolument pas la façon de mourir qu'il choisirait…
Il s'occupait comme il pouvait, tentant parfois de l'aider dans ses recherches, mais se faisant chasser dès qu'il apportait une idée qu'Helen jugeait idiote, ou plus poliment : 'dénuée de sens'.
Lui savait que ses idées n'étaient pas complètement inexploitable, mais n'osait pas la contredire, loin d'avoir envie de retenter l'expérience d'une balle d'argent logée où que ce soit dans son corps parfait.
Le sang d'Helen l'avait rassasié pour un long moment, il le savait. Le goût de son sang sur sa langue l'avait enivré mieux que n'importe quel opium, et il était pleinement conscient de l'addiction que sa dégustation avait entraîné. La nuit, il ne dormait plus. Il voulait rester conscient de ses actes, par peur de se retrouver soudain pleinement conscient, appuyé sur le corps pâle d'Helen, les draps couverts de son sang, une plaie béante sur son cou si parfait…
Non, il ne céderait pas à la tentation. Il ne toucherait pas à son sang, et ne se permettrait son corps que si elle le lui demandait expressément.
Mais il fallait qu'il s'occupe, et qu'Helen se détende, où il ne répondait plus de ses actes, ni des siens, qui seraient d'ailleurs sûrement beaucoup plus meurtriers que ceux de Nikola à en juger par la colère qu'il sentait provenir de son sang en ébullition.
Plus que la soif de sang, c'était la soif de vengeance qui le tenait en éveil. Il voulait trouver par lui-même l'imprudent qui avait presque réussi à le tuer. Avant de lui rendre la pareille, il le remercierait peut-être de lui avoir donné l'occasion de goûter enfin au sang de la si parfaite Helen, mais cela ne changerait rien à l'issue de sa chasse à l'homme : Il tuerait son assaillant, et cela sans aucune pitié.
« Pour une fois dans la semaine, Helen, nourrissez-vous d'autre chose que de thé et de petits gâteaux. Comment voulez-vous trouver un remède au mal le plus virulent de la Terre si vous ne mangez rien ? »
Helen releva la tête de ses notes, à temps pour voir Nikola poser un plateau de nourriture sur la table.
« Bonjour Nikola. Avez-vous bien dormi ? »
Elle était descendue au sous-sol dès les premières lueurs du jour, après avoir fait une rapide toilette dans le lavoir et avoir rempli son estomac de thé. Nikola, l'entendant s'activer, était resté cloîtré dans sa chambre, à méditer à un plan pour retourner à Londres pour la nuit sans éveiller ses soupçons.
« Comme jamais je n'ai dormi. Cet endroit est si paisible qu'on en mourrait. Et vous très chère ?
Helen ferma les yeux et sourit faiblement, reconnaissante de l'inquiétude qu'elle sentait dans la voix de son ami.
- Je n'arrive pas à fermer l'œil, cette histoire me rend folle, et nous aurions déjà du avoir un signe de mon père, cela fait quatre jours que nous sommes ici ! »
Nikola haussa les épaules. Bientôt, ils pourraient rentrer à Londres, mais d'abord, il comptait bien profiter un peu de leur solitude.
« Vous avez besoin d'un peu de repos Helen, croyez-moi, vous n'arriverez à rien si vous ne vous reposez pas un peu.
Helen soupira, et consentit à s'asseoir un moment pour goûter les sandwiches qu'avait préparé Nikola.
- Que proposez-vous ?
- Une ballade en bord de mer. »
Elle leva les yeux au ciel, et croqua dans une rondelle de concombre qu'elle mâcha avec application avant de répondre :
« Sérieusement Nikola, ne pensez-vous pas que j'ai plus important à faire ici ? C'est de votre dangerosité que nous parlons. »
Il se contenta de sourire et remonta au rez-de-chaussée pour prendre leur veste.
« Reconstituez-vous, et montez, vous ne serez pas déçue du voyage ! »
xoxoxo
Il avait du descendre la chercher, et la forcer à quitter le cottage en utilisant des méthodes peu dignes d'un gentleman, mais elle était enfin à son bras, déambulant dans l'herbe verte de la prairie irlandaise.
L'air était frais, mais les nuages, fixés au-dessus du comté, ne semblaient pas décidés à ouvrir les vannes pour laisser la pluie tomber, ce dont Helen était reconnaissante. Elle ne tenait pas à être trempée contre son gré.
Elle avait accepté sous la contrainte. Nikola avait menacé de jeter ses notes au feu si elle ne sortait pas prendre l'air quelques heures, et à présent, elle n'avait d'yeux que pour la montre à gousset de Nikola, à laquelle elle n'avait pas accès. Elle marchait vite, voulant accélérer la balade le plus possible et rentrer pour se remettre au travail. Le poids du regard du vampire sur son corps la mettait mal à l'aise. Evidemment, elle avait l'habitude d'être reluquée par toutes sortes d'hommes, mais Nikola était son ami le plus proche, et n'ayant jamais remarqué le comportement de l'inventeur à son égard, elle pensait à présent qu'il n'était attiré par elle que parce que son appétit le lui imposait…
Elle était loin de se douter de ce que préparait le génie.
« Vous vous rendez compte du temps que l'on perd avec vos facéties Nikola ? »
Celui-ci eut un sourire en coin tout à fait charmant qui mit Helen sur ses gardes. Ce sourire là, elle le connaissait bien, il avait quelque chose en tête.
Il s'arrêta et se tourna vers elle, lâchant son bras pour poser son coude dans sa main dans un geste qui annonçait qu'il allait se lancer dans un sermon qui allait encore l'ennuyer d'une façon ou d'une autre.
« Voyons Helen ! Mon avenir est entièrement entre vos mains non ? Pensez-vous réellement que je vous éloignerais de votre but si je pensais que vous aérer l'esprit était une perte de temps ?
Elle pencha la tête sur le côté, tentant de lire la vérité sur le visage du vampire dans un rictus qui n'appartenait qu'à elle.
« Je suis affamé ! » Se défendit Nikola, qui n'avait pas besoin de paroles pour savoir qu'elle pesait silencieusement les avantages et les inconvénients qu'il avait à l'entraîner loin du cottage.
Elle plissa les lèvres et redressa la tête.
« Vous avez gagné. »
Devant l'air victorieux de Nikola, elle le maudit intérieurement, et se remit à marcher à ses côtés.
Le génie ne faisait jamais rien sans une raison purement égoïste… Il fallait se faire à l'idée qu'il avait raison, prendre l'air lui permettrait peut-être d'avoir les idées claires pour continuer ses recherches… Plus vite elle aurait trouvé un remède, plus vite il pourrait se nourrir de nourriture consistante, et plus vite ils pourraient retrouver Londres et elle le confort du manoir.
Ils arrivèrent bientôt au bord de la mer, sur une plage de galets où les vagues de la Mer du Nord se brisaient violemment. Nikola prit la main d'Helen sans hésiter une seconde et hâta le pas pour arriver au pied d'une falaise.
La jeune femme fut ébahie par la vue qui s'offrait à elle : La falaise était constituée d'une pierre noire tout à fait exceptionnelle qui donnait l'impression que le promontoire avait été construit par la main d'un géant, par empilement de pierres de formes octogonales. Helen posa sa main sur l'une des pierres, qui, au toucher était rugueuse et humide.
« C'est incroyable ! On dirait…
Nikola la coupa :
- Des pierres volcaniques. C'en est.
Helen se retourna. Ses yeux pétillaient et son sourire illuminait la journée plutôt maussade de Nikola. Elle secoua la tête, faisant voler ses boucles blondes.
- Absolument pas !
A la voir, on aurait dit une petite fille devant l'arbre de Noël.
- Nikola, vous avez devant vous l'œuvre d'un golem ! »
L'inventeur fronça les sourcils. Premièrement, il avait emmené Helen ici pour la détendre, et voilà qu'elle se mettait à débiter une nouvelle théorie sur ce qui semblait réellement être l'œuvre d'une éruption volcanique vieille de plusieurs millénaires. Deuxièmement, pour lui, un golem était un automate que seuls les rabbins avaient le pouvoir d'animer. Il n'était pas plus juif qu'orthodoxe, mais il avait encore quelques connaissances en matière de théologie…
« Quel rapport y a t-il entre une vieille légende juive et une activité volcanique en Irlande ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
Helen prit une grande inspiration et commença :
- Il existe plusieurs types de golem. Ceux des légendes juives sont les golem des sables, leur race s'est malheureusement éteinte il y a plusieurs siècles pendant les croisades. Mais il existe aussi des golems de pierre, qui se sont répandus un peu partout. Ils sont très rares. Leur fonctionnement est complexe. Ce sont des phénomènes qui ne recherchent pas la guerre, ils sont essentiellement composés de pierres volcaniques et ne se nourrissent pas. Mon père en a trouvé un en Ecosses il y a de cela quelques décennies déjà, il était mourrant, et il a fallut l'enfouir dans la mer d'Irlande, car s'il était mort sur terre, il aurait fait trembler l'Ecosse entière. C'était le dernier golem d'Europe, et j'ai de bonnes raisons de penser que celui qui a fait cette falaise est de la même famille que celui qui était en Ecosse. »
Nikola souriait, amusé par l'engouement d'Helen pour sa découverte. Il n'aurait jamais imaginé que la falaise était la création d'un anormal, mais il était véritablement ravi qu'il en fût ainsi ! Si Helen se lançait dans une chasse au golem, son plan avait toutes les chances de fonctionner.
« Pensez vous que le golem soit toujours ici quelque part ?
Helen fit la moue et tourna rapidement la tête vers le haut de la falaise.
- Je n'en ai véritablement aucune idée. Mais s'il y a un golem ici, il est en sommeil depuis quelques temps déjà.
- Comment pouvez-vous en être sûre ?
Helen eut un léger rire.
- Si était réveillé, il y aurait une activité sismique continuelle qui secouerait la moitié de l'île !
- Mieux vaut qu'il ne se réveille pas dans ce cas…
Elle hocha la tête.
- Je ne peux pas repartir sans avoir exploré le secteur ! »
Elle courut vers l'endroit le moins escarpé et entreprit l'ascension de la falaise en courant sur l'herbe du chemin qui menait au sommet.
Nikola sourit en voyant son corps fin déambuler entre les pierres, ses longues boucles blondes volant derrière elle, rappelant une nymphe attirant un homme dans ses filets.
Bien, très bien, cette sortie serait peut-être plus à son avantages encore que ce qu'il ne l'avait pensé !
