Je signe mon grand retour grace à un commentaire qui m'a beaucoup touchée ! J'ai perdu tous mes documents suite à une panne d'ordinateur l'an dernier, et je ne sais plus trop où je veux aller avec cette histoire, mais maintenant que j'ai un peu de temps devant moi, je me remets un peu à écrire... Merci à ceux/celles qui me lisent toujours après tant de temps, vous êtes géniaux (ok, nuançons, pas autant que Nikola :3)!
Enfoncée dans un fauteuil, Helen regardait les flammes danser dans la cheminée. Après tout, la petite escapade imposée par Nikola lui avait fait du bien, et elle se sentait désormais plus apte à travailler, non sans une bonne nuit de sommeil auparavant. Le vampire lui avait bien fait comprendre qu'il ne la laisserait pas redescendre au laboratoire avant le lever du soleil. A vrai dire, l'excitation d'avoir découvert l'existence d'un golem de pierre, mêlé au mauvais traitement alimentaire qu'elle s'était infligé les jours passés étaient venus à bout de ses forces, et elle sentait son corps peser.
Depuis la porte de la cuisine, Nikola l'observait, un plateau à la main. Son plan allait fonctionner à merveille, il le voyait à la silhouette fatiguée et silencieuse de son amie, mais il ne voulait pas le mettre à exécution trop vite, il voulait profiter du moment, du temps qu'ils partageaient tous les deux, rien que tous les deux. Ces moments étaient bien trop rares à son goût, interrompus par James, Nigel, le Dr. Magnus, voire même pire, une aiguille qui venait lui assurer une semaine de satiété. A cette simple pensée, il sentit ses dents et ses ongles se tendre douloureusement. Il secoua la tête et entra dans la pièce. Helen tourna la tête en entendant le plateau toucher le guéridon accolé à son fauteuil et Nikola sourit en voyant le petit corps de Josika roulé en boule sur les genoux de son amie.
« Voyez comme ces jeunes demoiselles ont su surmonter la terreur des premiers instants ! » S'exclama-t-il d'un air satisfait.
Helen gratta d'un doigt le derrière d'une des oreilles du félin et sourit à son tour, attendrie.
« Elle est adorable, vous aviez raison.
A peine avait-elle prononcé ces paroles qu'elle se mordit la lèvre, sachant pertinemment quels mots allaient sortir de la bouche du génie.
- J'ai toujours raison. »
Elle n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir que Nikola faisait encore cette tête, celle qu'il faisait toujours lorsqu'il gagnait une joute verbale, avec ce sourire de voyou qui l'exaspérait profondément.
Sans mot dire, il versa du thé, fraîchement préparé par ses soin, selon une recette toute particulière, dans la tasse d'Helen, et la lui tendit avant de prendre place dans le siège qui faisait face à cette dernière.
« Merci Nikola, pour tout. Parfois je me dis que je ne saurais pas prendre soin de moi si d'aventure je me retrouvais seule. Le remercia-t-elle.
La lueur des flammes remplissait ses yeux glacés de chaleur, et quelques tisons s'envolèrent au fond de ses pupilles. Mais cette vue charmante ne désarma pas le physicien.
- J'ai bien peur que votre faculté à préparer des litres et des litres de thé ne serve en effet pas à vous maintenir en vie très longtemps. »
Elle acquiesça en silence. Elle n'était pas du genre sentimentale, ce qui allait tout à fait à Nikola qui n'aurait écrit d'éloge que pour sa petite personne.
Il la regarda donc siroter son thé en silence, observant ses lèvres s'imprégner du liquide. Il lui faudrait être patient... Il ferma les yeux un instant, profitant de l'entourage sonore si différent de celui qu'il connaissait à Londres. On entendait la mer, le crépitement du feu, les ronronnements de Josika, le vent... Un hibou aussi. Rien de comparable aux sabots et aux roues des carrioles qui frappaient continuellement les pavés, aux harangues des petits vendeurs des journaux qui criaient constamment les gros titres du Star, du Times, et autres quotidiens. Rien de comparable aux ordres aboyés par les contremaîtres, aux rires des enfants et des jeunes filles en fleur, aux saluts sonores des gentlemen qui allaient gaiement manger au Savoy... Le cadre du cottage était reposant.
« Nouis te cantabo chordis,
O nouelletum quod ludis
In solitudine cordis.* » Récita-t-il calmement.
Helen le dévisagea. Il semblait contrôler le moindre de ses muscles, si bien que son visage était dépourvu de toute expression. Elle lisait tout de même son agonie à la pâleur épouvantable de ses joues creuses. Et pour oublier sa faim face à son amie qui dégustait sa collation du soir, il récitait des poèmes de Baudelaire, la tête appuyée contre le fauteuil.
« Esto sertis implicata,
O femina delicata
Per quam soluuntur peccata ! »
Elle comprenait aussi bien le latin que le français et l'anglais, ainsi que bien d'autres langues qu'elle apprenait au fil de ses voyages, et elle connaissait les poèmes de Baudelaire sur le bout des doigts. Ainsi, elle se laissa porter par la mélodie des mots.
« Sicut beneficum Lethe,
Hauriam oscula de te,
Quae imbuta es magnete. »
Un petit sourire amusé se dessina sur ses lèvres. Nikola prononçait le latin avec un petit accent tout droit venu de son pays natal, qui ajoutait au dépaysement d'un poème français écrit en latin.
« Quum uitiorum tempestas
Turbabat omnes semitas,
Apparuisti, Deitas, »
Son père lui avait enseigné les lettres latines, d'Ovide à Horace, en passant par Catulle, Sénèque ainsi que Tite-Live. Ils avaient passé des heures ensemble dans le salon, elle récitant ses déclinaisons, ces choses barbares qui lui semblaient si monstrueuses au départ... Une vraie torture, nécessaire pour ensuite se délecter de la sensualité de certains poèmes...
« Velut stella salutaris
In naufragiis amaris...
– Suspendam cor tuis aris ! »
Nikola avait également appris le latin grâce à son père, dans des circonstances néanmoins beaucoup moins plaisantes. Il était destiné à reprendre l'église de son père, où les messes se disaient en latin. Il avait détesté cela, par pur esprit de contradiction, et avait ensuite découvert que le latin pouvait être un plaisir. Il l'avait découvert grâce à la science, et à la philosophie.
« Piscina plena uirtutis,
Fons aeternae iuuentutis,
Labris uocem redde mutis ! »
Il connaissait ces vers par cœur. Il les avait souvent récités de mémoire quand il était convié à des soirées littéraires auxquelles l'entraînaient Nigel et Helen.
« Quod erat spurcum, cremasti
Quod rudius, exaequasti
Quod debile, confirmasti. »
Helen frémit. Ces mots prenaient un tout autre sens au fil des années, et dans la bouche d'un vampire assoiffé, il était inutile de préciser qu'elle voyait le poème baudelairien sous un tout autre jour...
« In fame mea taberna,
In nocte mea lucerna,
Recte me semper guberna. »
Les yeux fermés, Nikola pouvait sentir le trouble grandissant de la scientifique. L'air était empli de l'odeur de son sang, et il pouvait presque l'entendre battre dans ses veines, dans un bouillon d'hormones.
« Adde nunc uires uiribus,
Dulce balneum suauibus
Unguentatum odoribus ! »
Elle sentit ses joues se teinter de rose, elle avait soudainement chaud. Était-ce la proximité de la cheminée ? Ses paupières étaient lourdes, mais la sensation d'engourdissement de ses muscles était agréable. Son corps se détendit complètement.
« Meos circa lumbos mica,
O castitatis lorica,
Aqua tincta seraphica »
Relâcher sa garde alors que Nikola lui récitait un poème d'une sensualité à toute épreuve n'était pas une bonne idée, elle le savait, et son esprit lui envoyait déjà l'image de son ami, complètement métamorphosés, ses crocs plantées dans une de ses veines, se délectant de l'élixir de vie... Mais elle ne pouvait pas lutter. Ses muscles refusaient de répondre...
« Patera gemmis corusca,
Panis salsus, mollis esca,
Diuinum uinum, Helena ! »
Helena ? Non, les mots de Baudelaire étaient 'Diuinum uinum Francisca'... Le changement de prénom agit sur Helen comme un électrochoc. La situation échappait à son contrôle, ce n'était pas bon signe, et il fallait qu'elle mette fin à ce moment inconfortable. D'un bon, elle se leva, faisant feuler Josika qui bondit et alla se réfugier dans la petite cuisine attenante au salon. Sa vision se troubla, et elle dut s'appuyer sur le manteau de la cheminée.
« Helen ? »
Celle-ci fit signe au vampire de ne pas bouger. Elle s'était levée trop vite, rien de plus. Elle attendit quelques secondes que son vertige passe, puis reprit contenance.
« Je me sens lasse, je vais dormir. Du travail m'attend demain. Bonne nuit Nikola. »
Sa voix n'était pas plus qu'un soupir, et c'est avec peine qu'elle parvint à se traîner jusqu'à la porte de sa chambre sous l'œil attentif de son ami.
« Bonne nuit, douce amie. »
Helen ferma la porte derrière elle, fit tourner la clef dans la serrure et s'effondra sur son lit. Elle ne savait pas ce qui lui arrivait, elle ne s'était jamais sentie aussi terrassée par la fatigue. Quelques secondes plus tard, elle était perdue dans un sommeil lourd et sans rêve, encore entièrement habillée.
Dans le salon, Nikola se frotta les mains d'un air satisfait. Son plan avait fonctionné, il pouvait désormais passer aux choses sérieuses.
Telle une ombre, il se glissa dans sa chambre sans un bruit.
*Le titre du poème est Franciscae Meae Laudes, envoici la traduction :
Mes cordes neuves te loueront, Ô ma puce qui te folâtres Dans la réclusion de mon cœur.
Sois enveloppée de couronnes, Ô créature délicieuse Par qui les péchés sont remis !
Comme d'un bienfaisant Léthé, Je boirai des baisers de toi Qui d'aimant es désaltérée.
Lorsque la tempête des vices Tourmentait tous les sentiers, Tu m'es apparue, Déité,
Telle une étoile salutaire Dans l'amertume des naufrages... – Mon cœur sera pour tes autels !
Piscine pleine de vertu, Source de jouvence éternelle, Rends la voix aux lèvres muettes !
Ce qui était vil, tu brûlas ; Le plus rude, tu l'aplanis ; Le débile, tu l'affermis.
Dans l'avidité mon auberge, Dans le sommeil ma luciole, Guide-moi toujours comme il faut.
Revigore à présent mes forces, Onctueux bain par de suaves Fragrances aromatisé !
Ondule à l'entour de mes reins, Ô ceinture de chasteté, Mouillée par une eau séraphique ;
Coupe étincelante de gemmes, Pain salé, douce nourriture, Vin divin, ma tendre Françoise !
Une petite review ? Histoire de me dire ce que vous avez pensé de ce court chapitre ? :)
