Après une très, très longue absence et la mort de mon premier pc portable (causant la perte de toutes mes recherches et de mes précieuses cartes), poussée par des lectrices qui se reconnaitront... Me revoilà. C'est un sacré défi de continuer cette fanfiction car j'ai quitté la France pour m'installer en Irlande, et...Comment dire? J'ai perdu mon français, ainsi que beaucoup de temps. J'ai commencéà écrire cette histoire au lycée, où j'avais pour habitude de griffoner mes brouillons tout en copiant mes leçons et en suivant les cours; ce qui n'est plus vraiment possible en fac... Mais... Challenge accepted! Mes cours de ce semestre étant en rapport avec l'ère victorienne, je devrais pouvoir trouver pas mal d'inspiration.

Enfermé derrières les lourdes portes du Sanctuaire, dans les entrailles du manoir Magnus, James se sentait presque en sécurité. Par ultime précaution, et afin de ne pas céder à la paranoïa qu'il sentait grandir dans un coin de son esprit, il avait descendu avec lui la cage de Bach, le canari d'Helen, pensant qu'il serait plus à même que lui de détecter une quelconque présence de manière moins nerveuse que lui-même, qui sursautait au moindre grattement provenant des cellules qui l'entouraient.
Son plongeon dans la Tamise l'avait affaibli, et il souffrait d'une fièvre encore jamais égalée. Il avait repris connaissance ce matin là au beau milieu d'un entrepôt dans lequel une poignée d'employés, la plupart certainement âgés de moins de quinze ans, éventraient les poissons pêchés au large pour les vider avant de les envoyer sur les multiples marchés londoniens. L'odeur était fétide, et son costume trempé avait absorbé les pires effluves qui se dégageaient de la Tamise. Grelottant, sans un sou en poche (sa mallette avait sombré au fond du fleuve), et effrayé, il avait dû regagner le manoir à l'avant d'une carriole de poisson, conduite par un poissonnier catholique qui lui conseilla d'aller à la confesse la prochaine fois qu'il remâchait des idées noires... Trop faible, James n'avait pas démenti la tentative de suicide à laquelle son bienfaiteur pensait, et s'était contenté de le remercier d'une voix sombre avant de frapper à la porte en espérant que Georges lui ouvrirait le plus vite possible.

Tentant à présent de garder la tête hors de l'eau après tant de remous, il était plongé dans ses réflexions, tentant d'assembler toutes les pièces du puzzle des événements pour y voir plus clair. Ces jours passés avaient été horribles, mais il devait pouvoir trouver une explication rationnelle à cet enchaînement macabre.
Quand le canari s'agita soudain, pépiant à s'en arracher les cordes vocales, le médecin sursauta, et un sifflement battit ses tempes avec violence. La peur le saisit, et son sang quitta ses doigts pour affluer dans ses jambes, le préparant à courir. Même affaibli par la fièvre, ses instincts restaient en éveil. Il lutta cependant contre son instinct de survie qui lui dictait de fuir. Le Sanctuaire n'avait, à sa connaissance, qu'une seule entrée, et celle-ci était verrouillée. Un quelconque intrus ne pouvait entrer autrement que par téléportation... Ce qui réduisait très largement ses chances d'être assassiné. Cette conclusion ne suffit néanmoins pas à rassurer le médecin.
Le bruit d'un bouchon de liège sortant du goulot d'une bouteille le fit se tourner brusquement, pour trouver une figure élancée dissimulée dans la pénombre, visiblement absorbée dans l'observation d'une bouteille de vin de grand cru.
Un seul homme était assez gonflé pour s'introduire dans la cave à vin du manoir le plus précieusement gardé du monde pour voler un vin rarissime. Et James fronça les sourcils, à moitié rassuré.
« Tesla ? »
Ce dernier leva les yeux de sa précieuse bouteille de cabernet et sourit, fier de la peur qu'il avait senti affluer dans les veines de Watson. Il avança dans la lumière et de sa démarche de dandy vint déposer deux verres à vin sur la table de travail à laquelle était installé son camarade d'Oxford.
« Vous attendiez peut-être quelqu'un d'autre ? »

Son ton mielleux et son sourire en coin auraient habituellement mis les nerfs de James à rude épreuve. Pourtant, dans les circonstances dans lesquelles il se trouvait, le comportement de l'ingénieur lui mettait presque du baume au cœur.
Avant qu'il ne puisse répondre, le serbe avait déjà servi deux verres, et en portait déjà un à ses lèvres, se contentant dans un premier temps de sentir le breuvage qui, s'il y croyait assez, le rassasierait peut-être momentanément.
« Je vous pensais en vacances. Comment êtes vous entré ? Helen sait-elle que vous êtes ici ? »

Nikola avala une gorgée de son précieux élixir avant de répondre au flot de questions de James.
« Je tenais à vous présenter mes condoléances. »
Il n'avait jamais compris ce qui avait attiré Watson dans les bras d'Eva, qui certes était agréable, mais manquait cruellement d'intelligence. Cela ne l'empêchait pourtant pas d'éprouver un brin de compassion pour le pauvre homme qui avait perdu la seule famille qui lui restait au monde.

« Quant à Helen, je n'ai pas voulu la déranger. Elle dort profondément. »
Le sourire malsain que le scientifique arborait en disait long, et James s'étouffa presque.
« Vous l'avez droguée ?!
- Elle manquait de sommeil, ce qui la rendait inapte à toute réflexion. Je ne lui ai fait aucun mal. Et si vous me permettez une remarque désobligeante, votre sang a une odeur nauséabonde. Je ne me prétend pas médecin, mais il me semble que vous couvez une malheureuse grippe. »

James abandonna l'idée d'affubler Nikola de tous les noms d'oiseaux qu'il connaissait pour la manière dont il s'était débarrassé de la surveillance de leur amie. Les Magnus avaient une sévère propension à se malmener, jusqu'à frôler l'épuisement. Tesla savait ce qu'il faisait, et Watson ne pensait pas qu'il ait pu lui causer du tort.
« Quelle est, à votre 'humble' avis, la température de l'eau de la Tamise en Février ? D'après ma mésaventure de la nuit dernière, je dirais... » Il porta son verre de vin à ses lèvres et en avala une gorgée, espérant que l'alcool le réchaufferait. « Glacée. ».
Nikola se coula dans le fauteuil qui faisait face à celui de James.

« Quelle idée bien singulière que de décider d'aller faire des longueurs dans la Tamise... Sans même parler de votre choix de saison... ».

Un sourire crispé apparut au coin des lèvres du médecin. Quoiqu'il arrive, Nikola ne manquait pas une seule opportunité de le taquiner plus ou moins méchamment.

« Ce n'était pas réellement mon idée. On m'a poussé Tesla. »
Ainsi, les soupçons de l'inventeur se confirmaient, et quelque part, il aurait préféré avoir tort sur toute la ligne.

« Je penserais à une mauvaise farce d'un admirateur de Conan Doyle...
Contre toute bienséance, James lui coupa la parole :
- Si la même personne n'avait pas tenté de vous réduire au silence.

- Élémentaire mon cher Watson. »
Les deux hommes finirent leur verre en silence, et James acquiesça quand Nikola lui proposa de le resservir.
« Premier Décembre 1888... Vous pensez qu'il y aurait un lien avec nos tentatives d'assassinat ? » Demanda le vampire.
James joint ses mains devant ses lèvres, et pesa une nouvelle fois ses conclusions. Fermant les yeux, il hocha de la tête, de manière presque imperceptible.
Nikola sentit un frisson parcourir son échine, le même frisson qui sembla secouer son ami d'université.
« J'ai bien peur que nous ne soyons en sécurité nulle part Tesla. »