Au milieu d'une semaine assez dingue, voici le chapitre 20, enfin fini! Fiou. Mention spéciale à Anne2014, fidèle lectrice! Et à une amie qui a absolument voulu que j'inclue un lapin dans ce chapitre... Chose faite! Si vous aussi vous souhaitez voir un mot apparaître au détour d'une ligne, ou une idée à soumettre... Défoulez vous, j'aime ce genre de challenges :)
Sa robe pourpre flottait de manière surnaturelle autour d'elle, l'air était doux, léger, et le soleil était aussi chaud qu'en plein mois de Juillet. Son chapeau de paille protégeait ses yeux clairs des rayons orangés de la fin d'après-midi. Sa main frôla un épi de blé qu'elle arracha machinalement. Des cigales crissaient avec bonheur quelque part au loin, et Helen se sentait incroyablement vivante.
Soudain, les blés murmurèrent et une bête la chargea. Frappée de plein fouet par un éclair blanc immaculé, elle tomba à la renverse, lâchant un petit cri de surprise. Elle ferma les yeux, attendant le moment où elle toucherait le sol dans un grand fracas causé par sa crinoline... Comment se relèverait-elle ? Eut-elle le temps de se demander.
Elle tournoya longtemps dans l'air estival, semblant voler, sans pour autant voir ce qui l'entourait. Puis, alors qu'elle commençait à penser que ses pieds ne toucheraient plus jamais la terre ferme, elle atterrit gracieusement sur un sol en pierre. Par réflexe, elle tapota d'un geste énergique sa robe, comme pour en extraire de la poussière, puis la lissa pour paraître présentable. Seulement quand elle eût fait cela remarqua-t-elle la présence d'un gros lapin blanc assit face à elle, l'observant avec un sourire. Quand elle croisa son regard albinos, celui-ci fit un bond en arrière et se mit à galoper sur le chemin pavé. Helen se savait pas pourquoi, mais son intuition lui soufflait qu'il était absolument nécessaire qu'elle le suive. Alors elle se mit à courir. Elle courut aussi vite qu'elle le put, sautant les pierres qui lui faisaient obstacle, traversant un bois dans lequel le tissus de ses jupons se prit dans des ronces, les déchirants dans sa course folle. Elle ne s'arrêta qu'au sommet d'une colline, lorsque le lapin disparut à l'intérieur d'un immense bâtiment blanc, soutenu par de lourdes colonnes... Un temple grec.
Soulevant ce qui lui restait de robe pour ne pas trébucher, elle poursuivit sa course, jusqu'à pénétrer dans le temple, pas même essoufflée par sa longue course. L'intérieur du temple était lugubre, mais quand elle se trouva devant l'autel, des centaines de bougies s'allumèrent dans un chuintement de mèches. Elle s'agenouilla devant une immense statue à l'effigie d'Artémis, et se mit à prier, emplissant le bâtiment de chuchotis. Bientôt, les chuchotis devinrent une mélodie indistincte, un chant harmonieux sans pour autant pouvoir être compris. Mais Helen savait ce qu'elle faisait, son instinct lui dictait sa conduite.
Elle n'arrêta de chanter que lorsqu'elle entendit des pas à quelques mètres derrière elle. Lentement, elle ouvrit les yeux, et se redressa pour faire face au nouvel arrivant, prenant soin de ne pas l'effrayer. Artémis était là, elle le sentait au plus profond d'elle. Pourtant, elle se trouva nez à nez avec Nikola Tesla. Elle sourit.
« Bonjour Helen. Ta voix est un délice mon enfant. ».
Le sourire de la scientifique s'élargit. Nikola s'exprimait avec la même voix qu'à son habitude, seulement ce n'était pas lui qui parlait. L'esprit d'Artémis l'habitait.
« Je sais ce que tu veux savoir. Tu auras mon aide. »
Helen s'inclina.
« Votre apparence... C'est prodigieux... » Souffla-t-elle.
A cela, Artémis lui décrocha le sourire en coin dont seul Nikola avait le secret, confirmant ses propos.
« Un vampire a besoin de sang. Pourquoi ne pas tout simplement lui en donner ? »
Helen fronça les sourcils.
« J'ai créé un monstre. Je ne peux pas le laisser tuer des innocents dès qu'il lui prend l'envie de se restaurer.
- Les innocents ne sont pas les seuls êtres possédant du sang Helen.
- Du sang animal ? »
Nikola ou plutôt Artémis hocha la tête doucement. L'esprit d'Helen était tout à fait dégagé, et elle voyait maintenant ce qu'elle devait faire. Tout lui apparaissait de manière beaucoup plus claire. Elle sentait la science couler dans ses veines.
« Les besoins nutritionnels de Nikola ne peuvent êtres comblés que par un seul animal...
- C'est un problème qu'il va te falloir contrer. Et ton temps est compté. Helen... Réveilles-toi. »
Quand Helen retrouva ses esprits, le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle voulut se redresser, mais dans sa précipitation, sa tête heurta un mur invisible... Quelque chose n'allait pas. En premier lieu, elle ne dormait jamais une fois le soleil sorti des ténèbres, elle en était depuis toujours incapable. Le fait qu'elle était toujours engoncée dans son corset et qu'elle portait toujours ses bottes était un second signe, et enfin, cette migraine ressemblait fort à celle qui accompagnait généralement une gueule de bois... Phénomène qu'elle n'avait plus expérimenté depuis ses années à Oxford, en de très rares occasions. Malgré le cauchemar qui avait secoué son sommeil, elle se sentait reposée, bien que nauséeuse.
Elle porta ses doigts au creux entre son épaule et la naissance de son cou, caressant les deux petites marques qu'avaient laissés les canines de Nikola. La cicatrice était rugueuse au toucher, mais elle n'était plus douloureuse.
Son rêve était nébuleux, mais il avait cependant aidé ses recherches. Elle s'était tellement concentrée sur sa recherche d'un traitement qui permettrait à Nikola de se remettre à manger des aliments solides qu'elle n'avait pas une seule seconde pensé qu'elle pouvait en effet élaborer un régime alimentaire sain à base de sang animal. Elle avait perdu de précieux jours. Elle n'avait pas le temps de s'attarder sur sa migraine, elle devait faire sa toilette, se changer et se remettre au travail aussi vite que possible.
Elle se releva doucement, tentant de vaincre sa migraine, et quitta sa chambre sans même prendre le temps de défroisser sa robe.
La scène qui s'offrit à elle quand elle passa au salon lui glaça les sangs pour deux raisons : Nikola était pâle comme la mort elle-même, affaissé dans un fauteuil. Josika avait dû remarquer que quelque chose n'allait pas chez son maître, car elle était recluse dans un coin de la pièce, dos au mur de chaux, le jaugeant d'un air méfiant. Quand elle vit Helen sortir de sa chambre, elle trotta vers elle et se frotta contre ses jambes en ronronnant.
Ce qui complétait l'horrible tableau était les carnets que Nikola était en train de feuilleter d'un air mauvais.
La jeune femme savait exactement ce qui était contenu dans ces carnets, qu'elle avait elle-même découverts pendant son adolescence. Elle en avait été horrifiée, et avait honte que qui que ce soit découvre ce qui coulait dans ses veines.
Nikola ne sembla remarquer sa présence que lorsqu'elle lui arracha le carnet qu'il était en train de lire, tentant d'oublier la faim qui le tenaillait depuis des jours qui lui paraissaient traîner dans le sillon de l'éternité. Cette éternité qu'il allait apprendre à connaître en tant que dernier de sa race.
« Helen... Je commençais à m'inquiéter. Le manque de sommeil vous a donc finalement rattrapée. » La salua-t-il sans commenter l'empressement que son amie avait montré à lui retirer sa lecture d'entre les doigts. Avait-elle déjà réalisé qu'il avait ajouté une goutte d'absinthe à son thé la veille au soir ? Il était bien sûr préparé à affronter sa colère, mais il aurait préféré tout bonnement l'éviter.
« J'aurais visiblement dû m'abstenir. Ces écrits sont personnels Nikola. Vous n'avez aucun droit de les parcourir sans ma permission. »
Le génie leva les yeux vers son amie qui frissonna. Il sombrait. Si elle n'agissait pas au plus vite pour l'aider, il perdrait toute notion d'humanité. Elle déglutit, sentant soudain à quel point sa gorge était sèche.
« Me demandez vous de me tenir tranquille dans un coin de cette cabane sans aucun moyen d'occuper mon esprit afin d'oublier mon état ? »
Helen ne sût que répondre. Elle était faible, et le besoin de thé commençait à se faire sentir dans un coin de son cerveau. Elle abandonna le sujet.
« Peu importe. J'ai trouvé comment régler votre problème. »
Nikola sembla surpris. Il s'était attendu à perdre quelques précieuses heures au profit de la santé d'Helen, lui permettant ainsi de s'échapper l'espace d'une nuit pour se concerter avec Watson quant à leur quête désormais commune... En droguant son amie, il avait consciemment accepté de souffrir encore quelques temps. Il ne s'était en aucun cas attendu à ce qu'Helen trouve un remède durant son sommeil. Il aurait dû. Venant de la grande Helen Magnus, première admise à Oxford, rien n'était impossible.
« Une bonne nuit de sommeil et vous voilà à élaborer des traitements dès le réveil ? Est-il nécessaire de vous faire remarquer que j'avais raison ? »
Il voulut sourire, mais il préféra s'en empêcher : Il ne contrôlait déjà plus ses canines de prédateur qui refusaient de se rétracter. Mettre un peu plus de pression sur les épaules d'Helen ne servirait à rien. Il pouvait sentir son angoisse, qui voilait légèrement son odeur habituelle. Pour une raison qu'il ne comprenait pas, cette odeur d'adrénaline qui flottait dans l'air l'excitait. Il se surprit à penser que la frustration le tuerait peut-être plus vite que la faim... Il était coincé au milieu de nulle part avec la seule personne qui pourrait assouvir sa soif ainsi que son désir... Seulement il était trop attaché à elle pour risquer de la tuer dans un excès de passion. Un jour, il en était sûr, elle le tuerait, volontairement ou pas.
Helen rougit en se rendant compte de l'emprise qu'elle avait sur le vampire et se racla la gorge, détournant le regard.
« En réalité, j'ai eu une sorte de... Vision... » Elle secoua la tête et se dirigea vers la cuisine, pensant qu'un brin de toilette lui ferait du bien, et laisserait à Nikola le temps de retrouver ses esprits. « Je sais, c'est insensé... Mais j'ai maintenant la certitude de pouvoir trouver une solution à votre... Problème. »
Nikola hocha la tête, les yeux fixés sur Josika, toujours aux pieds de sa nouvelle maîtresse.
« Une vision... Helen, ce n'est pas insensé. Vous savez que je suis un habitué de ce genre de phénomène depuis mon plus jeune âge. »
Il était soudain intrigué. Il se leva d'un bond, et s'approcha rapidement d'Helen qui eut un mouvement de recul incontrôlé, la plaquant presque contre le mur. Le regard prédateur de son ami et patient fit monter en elle une peur qu'elle avait déjà éprouvée face à John. Elle releva le menton, refusant de se soumettre encore une fois à l'emprise d'un homme.
Cependant, Nikola sembla se contenir en sentant sa réaction. Ses traits s'adoucirent et il caressa avec une douceur infinie la marque qu'il avait laissé en se délectant de son sang. Il sentit les battements du cœur de la scientifique s'accélérer sous ses longs doigts. La peur emplit ses narines... Il luttait contre sa nature vampirique autant qu'il le pouvait. Ses doigts, toujours posés sur les deux points, glissèrent doucement le long du cou d'Helen jusqu'à ce que la paume de sa main se plaque avec la plus grande tendresse contre la peau qu'il y trouva, le long d'une artère.
« Helen... Ce n'est peut-être pas une coïncidence... » Souffla-t-il, émerveillé par sa nouvelle découverte.
La jeune femme sortit de sa transe, et sembla se relaxer quelque peu en remarquant que l'attitude de Nikola avait changé.
« Vous voulez dire que le fait de vous nourrir de mon sang aurait créé un lien ? »
Elle semblait perplexe. Nikola sourit, posa un chaste baiser sur sa joue, puis recula d'un pas, lui laissant assez de marge pour échapper à ses doigts.
« Réfléchissez... Une femme enceinte est reliée à son fœtus par le placenta, qui assure la bonne nutrition de l'enfant à naître. Le sang de la mère apporte ce dont le fœtus a besoin, et le fœtus renvoie ses déchets dans le sang de la mère...
Helen fronça les sourcils :
- Vous voulez dire qu'en vous nourrissant de mon sang, vous m'auriez 'infectée' ? D'où ma vision ?
- Exactement. C'est certainement temporaire, mais n'est-ce pas prodigieux ? Oh Helen, ensemble, nous avons un potentiel absolument sans limites. »
Si ce qu'il disait était vrai, alors oui, Helen était persuadée qu'ils étaient un sujet de recherche passionnant. Seulement elle n'avait aucune envie d'être le dessert préféré de Nikola, ni son sujet d'expérimentation personnel. Elle sourit poliment avant de s'éclipser en cuisine.
« Je crois que vous essayez seulement de vous attribuer les mérites de votre nouveau traitement... » Répondit-elle d'une voix amusée qui ne laissait pas trahir son malaise.
Quand elle ferma la porte de la cuisine, Nikola ferma les yeux et soupira profondément. Il avait l'éternité devant lui, et Helen semblait tout aussi condamnée que lui... Combien de temps pourrait-il résister à la furieuse envie de faire voler en éclat cette tension plus que palpable qui flottait dans l'air dès qu'ils se trouvaient dans la même pièce ?
Il allait se retirer dans sa chambre pour tenter de regagner un semblant de contenance quand une pensée parasita son esprit... Un large sourire vint découvrir ses longues dents effilées : Helen n'avait pas (encore) compris qu'il l'avait droguée...
Il réajusta les pans de sa veste et se mit à chantonner. Le soleil s'était levé sur une très bonne journée.
Je me suis un peu emportée là... Le petit moment Teslen n'était pas prévu... Frustration de l'auteur...
Oui, je sais, ce chapitre laisse des portes ouvertes: Quand Helen réalisera-t-elle qu'elle a été droguée? Quels secrets contient le carnet que Nikola a découvert? Pourquoi Helen s'est elle emportée en voyant qu'il l'avait trouvé?
Si vous pensez avoir une réponse à ces questions... Laissez moi un petit commentaire :)
