Un court chapitre pour vous préparer au prochains... Pardon pardon, plus que cinq semaines avant la fin du semestre, c'est l'effervescence universitaire la plus totale!
Comme toujours, merci de me rester fidèles...
Prendre un bain au milieu d'une cuisine était rudimentaire, c'était un fait. Mais Helen n'en avait que faire. Elle appréciait son bain. L'eau qu'elle avait fait bouillir mordillait sa peau, la délassant entièrement. Elle appuya sa nuque contre le bord du bac en ferraille et déglutit, tentant d'ordonner ses pensées. Elle allait devoir travailler vite, et bien, avec la présence d'un Nikola de plus en plus instable. Et son appétit n'était visiblement pas seulement limité à sa soif de sang. La jeune femme soupira. C'était sans compter sur les dernières découvertes du vampire... Elle ne pouvait pas réellement lui en vouloir. Il était évident qu'il avait besoin de se concentrer sur autre chose que sur l'odeur de son sang... Son odeur, en général. Et si elle était complètement honnête, il n'y avait pas grand chose à faire autour du cottage, à part lire les carnets laissés là quelques quarante ans plus tôt. Elle était sûre d'en entendre parler jusqu'à sa mort... Ou celle de Nikola si elle trouvait un jour le moyen de le tuer.
Ses pensées naviguaient ainsi entre la situation dans laquelle elle se trouvait et le travail qui l'attendait pour élaborer un nouveau régime alimentaire viable pour son ami quand elle remarqua enfin consciemment le contenu des étagères fixées au mur face à elle. Derrière une large boîte métallique qui contenait certainement du thé, elle remarqua deux fioles couvertes de poussière, qu'elle n'avait encore jamais vues là. Son sang se glaça. L'une des fioles était un simple flacon médicinal. L'autre était une véritable œuvre d'art, une sorte de petite carafe dont le verre épais était marqué de volutes rappelant des vapeurs étrangement menaçantes... Elle n'eut aucun mal à reconnaître le liquide verdâtre qui stagnait dans cette fiole là : de l'Absinthe. Vraisemblablement, le flacon d'à côté contenait du laudanum.
Sentant une boule de colère naître au plus profond d'elle, Helen se leva brusquement, et, se fichant pas mal de l'eau qu'elle entraînait avec elle, sortit de son bac pour aller examiner les fioles de plus près.
Toutes deux étaient couvertes de poussière, prouvant qu'elles étaient là depuis de longues années. Cependant, la poussière avait été remplacée par des traces de doigts à certains endroits... La scientifique inspira profondément. Soudain, sa 'vision' s'expliquait de la manière la plus rationnelle qui soit. Elle scanna la pièce des yeux, cherchant la tasse dont Nikola s'était servi la veille pour son thé, mais la trouva lavée et essuyée de toute preuve incriminante, et rangée sur une étagère. Sa mâchoire se contracta douloureusement et elle dut serrer les poings pour empêcher ses mains de trembler. Elle aurait dû se douter que Nikola suivrait ses propres plans égoïstes. La question était : Quel était ce plan ?
Depuis qu'elle le connaissait, elle avait développé la faculté de se creuser la tête de plus en plus longtemps sans souffrir de migraine. La propension de Nikola à cacher ses as dans les manches de sa veste le rendait détestable en même temps qu'elle lui conférait un aspect fascinant. C'était comme jouer aux échecs en trois dimensions.
L'espace de quelques secondes, nue comme un vers au milieu d'une cuisine froide, recouverte d'une pellicule de savon, elle se sentit vulnérable. Si Nikola l'avait réellement droguée, et elle n'en doutait pas une seconde, elle s'était trouvée à sa merci... Il aurait aisément pu abuser de son corps et de son sang. Il lui aurait suffit de forcer la porte de sa chambre. Un frisson parcourut son échine, et elle se décida à se rhabiller, pensant qu'elle attraperait la mort si elle ne se séchait pas rapidement.
Une fois convenablement vêtue, Helen s'empara du coutelas qu'elle glissait toujours dans sa botte. Elle allait confronter Nikola, qui aurait très exactement dix secondes pour s'expliquer, sans quoi, ami ou pas, elle le ferait atrocement souffrir. Avant d'ouvrir la porte, elle prit un moment pour reprendre contenance, sinon quoi, elle n'aurait pu respecter la marge de dix secondes qu'elle comptait accorder à Nikola.
Elle ouvrit ensuite la porte de manière plus brutale qu'elle n'en avait eu l'intention, et fit une entrée remarquable dans le salon... Salon étrangement vide.
« Nikola ! »
Remarquant le silence pesant qui l'entourait, Helen s'arrêta net sur le pas de la porte, et scanna la pièce. Nikola n'était pas là, et pas un bruit ne trahissait sa présence. Serrant la poignée du couteau, elle alla jusqu'à la porte de la chambre qu'occupait le vampire l'ouvrit à la volée, sans se soucier de la politesse qui aurait préféré qu'elle frappe avant d'entrer.
La chambre était vide, le lit était fait... Nikola n'était pas là non plus. A vrai dire, rien ne semblait indiquer que la chambre était occupée. Nikola n'avait pas emporté de bagages autres que les quelques vêtements que Gregory lui avait gracieusement donné pour qu'il puisse se changer. Quoi qu'il fasse de ses nuits, Nikola ne les passait visiblement pas dans la chambre qu'il s'était alloué.
Furieuse, Helen descendit au sous-sol, sans plus de résultats. Nikola s'était simplement volatilisé. La rage bouillonnait en elle, rappelant le chaudron des sœurs fatales de Shakespeare. Elle remonta au salon, serra les points, souffla pour tenter de se débarrasser de l'amertume qui l'envahissait, et eut soudain l'idée de vérifier que l'outil de téléportation était toujours dans son sac. Helen courut donc jusqu'à sa chambre, et trouva son sac de voyage, posé sur un fauteuil dans le coin de la pièce. Elle glissa sa main dans la poche de devant, pour en sortir le petit instrument, exactement là où elle l'avait rangé après leur arrivée au cottage.
Elle allait désespérer, pensant que son ami était parti roder en quête de nourriture, quand elle entendit la porte d'entrée grincer. La jeune femme bondit jusqu'au salon, et sans introduction, elle projeta son couteau qui s'enfonça dans l'épaule du vampire qui se figea, fixa l'arme plantée sous sa clavicule, avant de l'arracher pour la jeter à terre.
« Un tir sans sommation ? Helen, où sont donc passé vos manières ? » Demanda-t-il en s'appuyant contre la porte, pressant sa main sur la plaie qui saignait abondamment.
Le jeune homme semblait désormais plus pâle qu'avant, comme si la mort l'avait déjà saisi. Les yeux d'Helen s'arrondirent. La blessure qu'elle avait infligée à son ami aurait déjà dû cicatriser. En temps normal, Nikola aurait fini sa phrase avec un sourire en coin, en essuyant sa main sur son mouchoir de poche. Or il n'avait pas l'air d'être amusé par la situation. Il respirait de manière laborieuse, se maintenant tant bien que mal debout grâce à la porte sur laquelle il avait trouvé appui.
« Nikola ? Que se passe-t-il ?! » S'étouffa-t-elle, cédant presque à la panique que la situation créait au fond d'elle.
Il la fixa de ses yeux désormais vides, et déglutit.
« A votre avis ? Je n'ai rien mangé depuis la veille de notre départ... Souffla-t-il en grimaçant de douleur.
- Vous n'avez pas assez de force pour vous soigner... »
Helen était horrifiée. Il avait bel et bien tenu sa promesse de ne pas se nourrir d'êtres humain, et elle n'avait pas réfléchi une seule seconde avant de se passer les nerfs sur lui. Voyant qu'il allait glisser, elle se précipita a son secours, passant le bras du vampire sur ses épaules pour le traîner jusqu'au fauteuil le plus proche.
« Helen, je crains que vous ne choisissiez mal votre moment pour me choisir comme cible. » Grogna Nikola en jouant avec le sang qui formait des filaments lorsqu'il écartait ses doigts.
« Je sais Nikola, vous m'en voyez désolée. Nous allons trouver une solution. Tenez bon. Que faisiez-vous dehors, nom d'un chien ?! »
Le blessé appuya sa tête contre le dossier du fauteuil et, d'un léger signe de tête, montra ce qu'il tenait dans la main qui pendait, inerte, le long du bras immobilisé par la lame qui avait dû trancher un nerf, ou un muscle.
Helen fronça les sourcils, et débloqua le journal d'entre les doigts crispés de son souffre-douleur.
« Le Belfast News-Letter ? Lut-elle, incrédule.
- J'avais besoin de lire. Voyez plutôt la une. »
Levant les yeux au ciel, Helen maudit Tesla et la manie qu'il avait de toujours rendre la moindre de ses aventures la plus dramatique possible. Elle obéit cependant, et ses lèvres s'arrondirent.
« Et merde ! S'écria-t-elle en froissant le journal de rage.
- Surveillez votre langage Helen, c'est de notre bon premier ministre que nous parlons... »
Premier ministre ou non, Gladstone venait inconsciemment de compliquer un peu plus leur tâche en présentant son nouveau projet de Home Rule devant le parlement... Dieu seul savait comment les irlandais réagiraient, et le fait de se trouver en plein territoire déchiré par les luttes entre protestants unionistes et catholiques n'était pas pour rassurer Helen. Le temps allait virer à l'orage, il leur faudrait trouver un endroit plus sûr.
note historique: en 1893 (date à laquelle se déroule cette histoire), l'Irlande fait toujours partie du Royaume Uni. Cela dit, la situation ne plait pas à tout le monde, car il faut le dire, le gouvernement anglais a tout de même pas mal abusé (jusqu'en 1829, par exemple, les catholiques, grandement majoritaires en Irlande, étaient soumis à des lois qui leur interdisaient euh... En résumé absolument tout ce qui pouvait leur faire gagner du pouvoir. Interdiction de pratiquer leur religion, d'aller dans une école catholique, de se marier avec un/e prostant/e, de léguer leurs terres à leur fils aîné à moins que celui-ci ne se convertisse, de posséder un cheval... J'en passe). En 1885, Gladstone, le premier minister de l'époque, tente une première fois de faire voter une loi pour donner à l'Irlande un parlement autonome tout en restant sous la tutelle de la reine. Le projet est rejeté une première fois. Le 13 février 1893, il retente une nouvelle fois, et le projet est une seconde fois rejeté. En réalité, il finira par passer juste au début de la première guerre mondiale, avec comme condition que le nouveau parlement serait constitué après la fin de la guerre... Pour tout vous dire, l'Irlande a obtenu son indépendance à la place de son parlement, à condition de la couper en deux, ce qui créa une guerre civile. Mais c'est une autre histoire...
Voilà pour le chapitre 21, je vous laisse en intense suspens... Comment Nikola va-t-il s'en sortir?
N'hésitez pas à laisser un petit commentaire surtout :)
