Après deux jours passés dans mon lit, n'ayant droit qu'à la présence de ma mère, je ressortais enfin de l'infirmerie. Ma blessure était parfaitement soignée, suturée et n'était plus à surveiller (à part aux infections). Je pouvais donc enfin sortir et retrouver l'agitation du monde. Le monde ne m'avait jamais paru si lumineux, si vivant et mystérieux auparavant. La main dans mon dos m'encourageait à avancer. Je regardais ma mère qui me sourit.
- Tu les verras tous, ne t'inquiète pas.
Je hochais la tête puis repris notre marche. Je ne savais pas vraiment où nous allions, mais je me laissais guider par ma mère. Elle m'amena jusqu'à la salle de réception, où les Mugiwaras faisaient n'importe quoi. Luffy dansait avec des baguettes dans le nez, imité par Usopp et Chopper, Zoro et Sanji se disputaient encore, Franky prenait sa « super » pose, Robin lisait pendant que Nami engueulait tout ce petit monde. Brook ? Il essayait toujours d'obtenir la vue des sous-vêtements de la princesse Shirahoshi qui était présente. Elle remarqua la porte ouverte, et posa ses yeux vers nous. Un grand sourire illumina son visage, elle s'écria :
- Raven-chaaan !
Le monde semblait se figer, et tous me fixèrent en silence. Assez mal à l'aise… Moi, mal à l'aise ?! Non mais je régresse ou bien ?!
- Hé, y'a pas d'aliens que je sache. Alors, me regardez pas comme si j'en étais un !, m'écriais-je.
- Raveeeeen !
Luffy me sauta dessus avec Chopper.
- Tu vas mieux ! C'est génial ! Youpi !
Je soupirais en levant les yeux au ciel avant de sourire.
- Adieu, repos et tranquilité…
- Mais laissez-la tranquille bon sang !, cria Nami en boxant les deux pirates.
Sanji s'approcha, les yeux en cœur et tourbillonnant sur lui-même.
- Raven adorée ! Tu vas mieux, comme je suis heureux !
- C'est suuuuper !, s'exclama Franky en prenant THE pose.
Une espèce de chaleur envahit ma poitrine. J'étais si heureuse de les voir, plus que je ne l'aurais imaginé. Je m'installais avec Nami et Robin, quand Brook vint nous voir.
- Maintenant que tu es plus en forme Raven, accepterais-tu… De me montrer tes sous-vêtements ?
- Non mais déga- !
- A vrai dire, je n'en ai pas !, déclarais-je en coupant Nami.
La mâchoire de Brook tomba, et j'éclatais de rire avec la rousse et Robin. Je restais un long moment avec mes amis et la princesse, puis m'éclipsais discrètement. J'avais juste envie de prendre l'air, et décidais de le faire dans le jardin.
J'observais chaque plante, chaque coraux, tout en avançant. Je m'assis sur un des bancs en pierre présent, profitant du calme et du silence qui régnaient dans ce lieu.
- Raven ?
Je me tournais vers la voix, qui n'était autre que Fukaboshi.
- Tu es guérie ?
- Non, tu vois je suis morte et je suis actuellement un fantôme…, soupirais-je.
Mon ami se rendit compte de sa stupidité, puis s'assit avec moi. Ni l'un ni l'autre ne pipa mot, profitant simplement du silence et du calme. Finalement, c'est Fuka-baka qui brisa le silence.
- « Moi aussi », c'est bien ce que tu as dis avant de fermer les yeux. Mais sais-tu vraiment ce que je voulais te dire ?
- Je te connais trop pour ne pas savoir.
Mes yeux améthyste se posèrent sur l'homme qui se tenait à côté de moi.
- Mais tu sais que ce n'est pas possible.
- En es-tu certaine ?
Je me levais et me plantais devant Fukaboshi, me tenant les côtes.
- Oui j'en suis certaine. Tu es un membre de la famille royale, et je suis…
- Une fille du peuple ?, coupa le bleu.
- Une pirate ! C'est bien pire, et encore plus contraignant.
- Parce qu'on te cherche ?
- Parce que je suis nomade.
Fukaboshi me regardait. Même lui assis et moi debout, il était plus grand que moi.
- Je ne pourrais jamais vivre une vie de sédentaire. La liberté, c'est en mer que je la trouve, et nulle part ailleurs.
Je baissais la tête et la détournais. J'avais juste oublié que Fukaboshi était quelqu'un de têtu quand il le voulait. Il me releva la tête, sans forcer.
- Je comprends. Et je ne te retiendrais pas.
Mes yeux se fixèrent dans ceux de mon ami. Je restais interdite, et silencieuse.
- Je ne te demanderais pas de revenir sur ta décision. Tu as décidé de partir, soit. Si c'est en parcourant les mers que tu es heureuse, alors je n'ai d'autre choix que de te laisser partir.
- Bien que tu souhaites qu'il en soit autrement ?
- Oui. J'aurais vraiment aimé que tu restes sur l'île. Mais quel ami je serais si je te demandais de rester pour moi ?
Je souris en coin.
- Un ami coincé dans la friend zone ?
Fukaboshi se mit à rire.
- Et après tu me reproches de ne pas garder mon sérieux lorsqu'on parle ?, dis-je, amusée. Tu rigoles à la première occasion !
- C'est toi qui es drôle, comment veux-tu que je résiste ?
Je souris avant de baisser les yeux. Tant de souvenirs remontaient soudainement. Les mots étaient désormais inutiles, nous nous étions tout dis. Je tournais les talons et quittais le jardin, sentant le regard de Fukaboshi me suivre jusqu'à ce que je disparaisse derrière la porte. Seule dans le couloir, je m'appuyais contre un mur et levais les yeux au ciel. Ma respiration était courte, haletante. Mes yeux me brûlaient, mais je refusais de verser ne serait-ce qu'une demi-larme. Je pouvais prétendre ce que je voulais, dire que j'étais sans cœur et que je me foutais du monde, il n'y en avait qu'un pour savoir que je mentais. Enfin, il n'y en avait qu'un vivant que je ne pouvais pas duper. Et si, comme Seth le disait, j'avais si peur d'être aimée, c'était pour ne pas aimer en retour.
L'amour, ça vous tue.
