Chapitre 2

«Lucas, ne sois pas bête. Remets ce costume où tu l'as pris.

-Nan, il est à moi ! Sanglotait le plus jeune, au désespoir, agrippé de toutes ses forces au kigurumi.»

Thomas inspira longtemps et compta jusqu'à dix pour se calmer. Il lui fallut négocier.

«Bon, dans ce cas, mets le dans ton armoire. Et tu pourras aller sur Internet après l'école, demain.»

L'enfant renifla, juga que c'était réglo, et rangea sagement le déguisement dans son placard, avec la tête du type qui vient de faire une bonne affaire. Il fallut encore une demie-heure pour faire son sac pour le lendemain et le coucher. Quand ce fut fait, Thomas s'assit sur le canapé, pris d'une lassitude soudaine. C'était difficile à admettre, mais revoir son gamin ressortir toutes ses affaires lui avait fait prendre conscience de quelque chose de très désagréable : son ancien job lui manquait.

Il adorait sa boîte, et son métier de producteur. Il n'avait pas non plus complètement lâché Internet, puisqu'il produisait de plus en plus de jeunes web-vidéastes. C'était étrange, de se dire que c'était un peu grâce à lui, même de manière infime, si Internet était enfin pris au sérieux après s'être fait démolir par les médias «classiques» pendant des années et des années. A l'époque, quand les fans lui demandaient où il se voyait dans dix ans, il s'imaginait tel qu'il était aujourd'hui. Père, avec un bon boulot, en lien avec Internet et le cinéma, et le plus loin que possible de la télé. Mais voilà, la caméra lui manquait, peu importe de quel côté il se trouvait.

Il ne pouvait décemment pas se permettre de reprendre là où il avait arrêté, et d'ailleurs il n'en avait aucune envie. Sa chaîne était à l'abandon depuis des années, il s'était contenté de fermer la section commentaires. Qui se souvenait de lui ? Plus de public, plus l'âge, plus la même maturité...impossible aussi de tout reprendre à zéro. Mais...merde, ça lui manquait. Et il ne voyait qu'une façon de combler ce manque. Reprendre contact avec un certain nombre de personnes sans qui il n'aurait rien pu être.

Il remonta au grenier et s'assit à même le sol, à côté du grand carton, pensif. Il avait un secret, qu'il avait caché au monde entier. A ses milliers de fans, ses copains, ses collègues d'Internet (même Roger, celui dont l'émission était à la fois si proche et si différente de la sienne. Même lui putain.) sa femme, son fils, un secret gigantesque et incroyable.

Il saisit le carton et le tourna brusquement, renversant l'intégralité de son contenu sur le sol. Du bout des doigts, il écarta ses chapeaux, ses perruques, et trouva enfin ce qu'il cherchait : son cahier. C'était un cahier d'un aspect très banal, contrairement à son contenu. Il l'ouvrit, balayant la poussière du dos de la main. Par chance, il était encore en bon état. En première page,des coupures de journaux, des faire parts de décès qu'il avait photocopié puis collé. «Mr Hapogé qui nous a quitté le 23 septembre 1968...»; «Mr...décédé le 23 septembre 2008...».

Ce cahier, c'était des années de recherches, de fouilles d'archives, de passé retourné à mains nues et d'articles de presse. C'était l'essence de son ancienne émission. C'était le récit de la vie de six hommes à travers les âges, et c'est six hommes avaient un seul point commun : Thomas.

Il avait toujours fait croire que les personnalités étaient ses propres créations, un produit de son esprit. Il en avait joué, se faisant passer pour schizophrène, à l'hilarité de son cher public (et à la grande joie des auteurs de fanfics). Il était le seul à savoir que c'était l'inverse. Que c'étaient en fait elles qui l'avaient créé. Il tourna les pages du cahier et reconnut son écriture.

«8 janvier. Suis en train de devenir fou. Pendant quelques semaines, les antidépresseurs les avaient fait disparaître, et voilà que ces voix reviennent me hanter la nuit...»

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Hola. A la demande de Déponia (merci à elle !) voici une suite à ce qui ne devait être qu'une histoire courte. Il s'agit en fait d'une fic que j'hésitais à faire depuis quelque temps...et me voilà lancée :D

Phi