Note de l'auteur : j'ai donc fait une petite suite à mon one-shot. Il y a encore une fois la possibilité de faire une suite de ma suite de one-shot. Je vous laisse encore une fois en décider. Je suis vraiment contente des différents avis que j'ai reçu. J'espère vraiment ne pas vous décevoir avec ce chapitre. Merci à tous encore une fois. Lasolitaire.


Consumée

Je savais que le karma était quelque chose de puissant mais je ne pensais pas être autant terrorisée par celui-ci. Je ne savais pas si je devais m'enfuir en courant ou continuer de sourire. Mon père avait finalement arrangé une rencontre avec ma future épouse. J'étais donc là, à l'entrée du salon, faisant face à une femme aux cheveux noirs et aux yeux verts émeraudes. Mais ils n'appartenaient pas à la personne que je souhaitais. Non, ce n'était pas Natsuki Kuga. Je sentis une prise ferme sur mon épaule. Mon père murmura doucement à mon oreille une requête. Mais était-elle pour lui ou pour moi? Je ne le savais pas.

- Essayez de l'aimer Shizuru.

Ma mère me sourit tendrement mais je savais qu'elle partageait le sentiment de mon père. Ils avaient peur. Peut-être à cause de mes multiples cauchemars me faisant hurler la nuit. Ou de mon amaigrissement ou même de mon changement de look de ses trois dernières années. Je ne sais pas exactement ce qui les effrayait. Peut-être qu'ils avaient simplement peur de moi. L'ombre de leur fille chérie. Mon père referma la porte me laissant seule avec ce que je ne pourrais jamais appeler mon amour. Elle s'installa sur l'un des canapés et semblait attendre ma venue. Ne voulant pas paraître désagréable, je me suis placée en face d'elle. Elle me fixa alors pendant plusieurs secondes avant de prendre doucement la parole. J'aurais aimé entendre une voix rauque mais celle-ci était douce et claire.

- Je vous remercie de bien vouloir me rencontrer Shizuru-san.

- Il n'est pas nécessaire de me remercier Okada-han.

La vérité c'est que je ne voulais pas la rencontrer. A la fin de cette réunion, je devrais signaler ou non l'acceptation de notre union. L'acceptation de ma défaite. De ma descente aux enfers. De ma mort. Je ne m'attendais pas qu'elle se positionne près de moi et me prenne délicatement les mains entre les siennes. Chaleur et douceur. L'opposé de ce que m'avait apporté mon véritable amour, ma princesse de glace. Natsuki était froide et dure. Elle l'est toujours d'ailleurs ...

- Je ne veux que votre bien Shizuru-san.

Mon bien ? J'avais envie de rire. Non de pleurer. Peut-être même les deux. Mon bien alors que je n'étais qu'un monstre. Je ne pouvais pas mériter du bien. Je ne voulais pas de son bien. Car au final, son bien ne me fera que du mal.

- Je sais que vous ne m'aimez pas. Cela se lit sur votre visage.

Je fixais alors mon homologue qui sourit tristement. Suis-je devenue si facile à lire? Même cela tu me l'a pris Natsuki. Elle renforça sa prise sur mes mains et murmura une nouvelle fois. Essayait-elle de m'apaiser? Probablement.

- Je ne vous forcerais pas Shizuru-san à accepter notre union. Mais sachez que si vous me permettez, je vous offrirais une vie. Sans souffrances, sans douleurs et sans peur.

Alors mes parents lui avaient raconté ... Elle possède de belles paroles mais ma vie s'est arrêtée nette suite à un événement dont elle n'a même pas connaissance. Je ne pouvais m'empêcher de répondre avec un certain malaise.

- ça n'existe pas.

- Plaît-il?

Je la regardais alors droit dans les yeux tout en retirant ses mains des miennes.

- La vie que vous souhaitiez m'offrir.

Elle resta un instant sans répondre puis se releva.

- Très bien. Mais sachez une chose Shizuru-san. Cette femme qui vous a détruit ne mérite pas que vous continuez à vous laisser dépérir. Vous méritez quelqu'un qui vous aime et qui souhaite un avenir avec vous. Je n'ai pas la prétention de vous dicter votre conduite mais je maintiens mes propos. Vous êtes une femme d'une beauté exceptionnelle. Malgré que vos cheveux longs et châtains me manquent ainsi que vos yeux d'une couleur si pure, je suis prête à vous aimer et à vous respecter comme vous le méritez Shizuru-san. Je vous laisse décider de notre union.

Sa tirade me rappela les actions de mes parents. Depuis plus de trois ans, ils essayaient de me faire rencontrer cette femme. Elle connaissait pratiquement tout de moi mais je n'avais jamais voulu la voir ou même lui parler. Pour toi, Natsuki. Par espoir que tu me regardes. Elle ne mérite pas la coquille vide que je suis devenue. Je me relevais et m'approcha d'elle.

- Vous méritez mieux Okada-han.

Elle caressa doucement mon visage. Le contact était hésitant mais doux. Pourquoi tremblait-elle de cette manière? Avait-elle peur de moi? Ou de me faire mal? Elle redessina avec son pouce mes lèvres et s'avança doucement vers moi. Je savais ce qu'il allait se passer. Elle allait m'embrasser. Je ne pouvais pas bouger. Alors j'ai fermé les yeux. Le baiser était chaste et de courte durée.

- Je ne crois pas pouvoir souhaiter mieux que vous.


Je redoutais cette nuit. La nuit de mon mariage. Et cette sensation sur mon annulaire gauche. Je devais m'y habituer car j'avais accepté de l'épouser. Mais le plus difficile allait être ce soir. Je savais qu'il était de coutume de se réserver pour la nuit de noces. Elle sortit de la salle de bain avec un simple peignoir. Je savais qu'elle ne portait rien en dessous. Moi? J'étais vêtue de mon kimono. Je ne voulais pas aller me doucher en sa présence mais il le fallait. Je me sentais sale. Tellement sale. Et seule. J'avais espéré qu'elle change d'avis. Mais non, elle m'aimait. Je pouvais le voir dans ses yeux. Elle avait accepté d'attendre plusieurs mois avant la célébration de notre mariage. Pour moi. Pour que je m'habitue à l'idée. Pour que je l'accepte. Durant ses mois, nous n'avions eu que de simples rapports. Pas d'intimité ni d'autres baisers. Elle essayait à tout prix de me faire sa reine. Mais je n'étais que la reine des damnés. Me perdant de plus en plus dans mes pensées. Dans mes rêves. Où je t'imaginais Natsuki à la place de ma femme. Où je te désirais encore plus. Mais à chaque réveil, je m'effondrais face à cela. Une émotion encore plus sombre prit en otage mon esprit. La culpabilité. Je trompais ma femme de manière involontaire.

- Tu ne vas pas te rafraîchir Shizuru?

Je me dirigeais sans un mot vers la salle de bain. Je me fixais encore une fois dans le miroir. Mes cheveux avaient repoussé et repris leur couleur d'origine. J'avais laissé mes lentilles de côté pour porter des lunettes. L'eau chaude sur ma peau me paraissait gelé. Je ne méritais pas autant de gentillesse. Je n'en voulais pas. Je voulais Natsuki. Là, maintenant. Mais c'était terminé. Je ne l'avais pas revu depuis notre dernière entrevue. Je n'aurais pas dû la rejeter. J'aurais dû prendre le risque. Même si je n'aurais eu que son amour quelques jours, j'aurais eu ce moment d'apaisement, réchauffant mon cœur. Quitte à mourir de son abandon par la suite. Quitte à me suicider. Au final, je suis morte alors j'aurais dû dire oui. Ma Natsuki. Je me séchais tout en sachant qu'une fois passée la porte, une fois dans notre lit, elle voudrait de l'intimité. J'avançais donc vers mon destin. Elle m'attendait tout en fixant l'extérieur. La nuit était déjà tombée depuis quelques heures. Elle s'avança vers moi et me sourit légèrement. Je ne pouvais pas faire cela.

- Puis-je?

Non. Alors pourquoi hochais-je la tête face à sa requête? Elle me prit la main et m'amena sur notre lit. Elle m'embrassa doucement comme pour ne pas m'effrayer. Pour me mettre à l'aise. La vérité c'est que j'étais résignée. Une fois satisfaite, elle s'endormirait et je pourrais rester avec mes cauchemars. Je frissonnais légèrement lorsque je sentis le froid sur ma poitrine. Elle avait retiré ma nuisette sans même que je ne m'en rende compte. Elle m'allongea doucement et continua à partir à la découverte de mon corps. Ce toucher. Ces baiser. Dieu comme j'aurais aimé qu'ils t'appartiennent Natsuki. Une caresse sur ma joue me fit regarder mon homologue.

- Où es-tu mon amour?

Pourquoi rendait-elle les choses aussi difficiles? Il lui suffisait de me baiser et de dormir une fois son affaire faite. De le faire rapidement pour assouvir son besoin et de me laisser sur le côté. Alors pourquoi était-elle aussi concernée?

- Ici.

Je veux surtout en finir. Contre toute attente, elle se retira et renfila son peignoir. Elle s'assied sur le rebord du lit.

- Rhabilles-toi.

Pourquoi? Peut-être avait-elle entendu ma demande silencieuse.

- Je ne compte pas abuser de toi Shizuru. Si tu ne veux pas aujourd'hui, j'attendrais que tu le veuilles avec moi. Et pas avec ... Elle.

Elle se releva et tenta de sortir de la chambre. Je ne sais pas pourquoi je l'ai retenu. Pourquoi j'ai commencé à pleurer. Et surtout pourquoi je lui ai demandé de continuer. Mais elle a respecté ma requête. Je la sentais s'immiscer en moi, me faire sienne. Mais je ne ressentais aucun plaisir. Aucun apaisement. Malgré qu'elle me tienne fermement contre elle, je ne ressentais pas sa chaleur. Ni son amour. Je m'étais définitivement perdue.


Deux ans s'étaient écoulé depuis notre mariage. Asumi n'était que peu présente. Elle avait sa société et moi j'avais mon entrée dans la vie active. Je pense qu'elle savait que je ne pourrais jamais l'aimer ou même la désirer. Mais elle ne disait rien. Elle vivait avec. Nous n'avions que très peu de relations sexuelles. Je ne pouvais pas car ce n'était pas avec elle que j'étais. Elle le savait. Mais elle restait avec moi. Nous étions plus amies qu'en couple. Personne ne semblait le remarquer. Je m'étais ouverte à elle. Bien qu'une partie de moi restait mon jardin secret. Un jardin qu'une seule personne aurait la clé. Le karma est dur. Je ne cessais de me le rappeler. Asumi me l'avait rappelé aujourd'hui en m'annonçant tout en prenant notre déjeuner.

- Je veux un enfant Shizuru.

Kami n'avait donc pas entendu mes prières sur ce sujet. Je ne pouvais pas avoir un enfant. Je ne voulais pas. Asumi me prit dans ses bras et murmura doucement à mon oreille.

- Je suis partie à l'orphelinat de Kyoto et ... Tu la verrais tu serais aussi sous le charme. Elle est si belle. Viens la voir avec moi.

Pourquoi un orphelin ? Pourquoi un enfant me rappelant la détresse de Natsuki. Encore et toujours Natsuki ... Je vais devenir folle. Même toi Asumi, tu me ramènes en arrière.

- Dis oui Shizuru.

- Bien.

Elle m'embrassa avec empressement. Je pouvais après tout lui offrir cela. Elle s'en occupera. Je n'aurais pas trop de choses à faire. Je n'ai pas le droit de réduire à néant l'ensemble de ses désirs. Pas à cause de mon obscurité.


Combien de fois devrais-je le répéter? Le karma est impitoyable. Surtout avec moi. Je revois la soeur nous apporter notre fille d'un an et nous dire avec joie une phrase qui me glaça.

- Regardes tes nouveaux parents Natsuki.

J'avais craqué et pleuré. Je pense que la soeur croyait à des larmes de bonheur mais il n'en était rien. Je n'arriverais jamais à t'oublier Natsuki. Surtout pas maintenant que je vais t'appeler tous les jours pour te consoler, te faire prendre ton bain ou même te donner ton biberon. Asumi semblait résignée par mes humeurs. Elle se contenta de prendre notre fille et de m'intimer de la rejoindre dans la voiture.


- Tu ne veux pas la prendre?

Depuis plus de dix minutes, je fixais l'enfant dans les bras de ma femme. Depuis maintenant quatre mois, elle était là. Asumi avait pris un congé. Elle était une bonne mère. Pas comme moi. Je ne pouvais pas regarder cette enfant. Elle avait la même couleur de cheveux que moi mais ses yeux. Voilà pourquoi Asumi m'avait dit qu'elle nous ressemblait. La vérité c'est que ses yeux verts étaient plus foncés que ceux de Atsumi. Ils étaient comme les tiens Natsuki. L'enfant n'y est pour rien je le sais mais j'ai peur de lui faire du mal suite à ma folie. Je sens une chose douce dans mes mains. Atsumi m'a confié notre fille. J'essaie de la tenir correctement. Peut-être est-ce l'instinct maternel ou peut-être que Kami m'a éclairée de sa lumière. Mais je me sens bien. Pour la première fois depuis plus de cinq ans, je me sens bien. A ma place.


Cela ne s'arrêtera jamais. Voilà la pensée qui me traverse tout en refermant la porte de ma maison. Ma fille de cinq ans tire sur ma longue robe noire. Je m'abaisse et la serre contre moi.

- Maman me manque.

Je n'arrive même pas à pleurer face à ses propos. Je frotte la tête de ma fille et l'embrasse sur le front.

- Moi aussi mon bébé.

- Shizuru-Mama ?

- Hum?

Ma fille montre du doigt le ciel.

- Moi aussi j'irais au paradis avec Maman?

Je souris difficilement. Asumi ... Pourquoi as-tu pris ta voiture alors qu'il était fortement déconseillé de rouler? Pourquoi as-tu voulu à tout pris rentrer pour l'anniversaire de notre fille? Pourquoi as-tu freiné sur cette plaque de verglas ? Pourquoi n'as-tu pas accepté la réanimation?

- Oui mon ange.

Ma fille ira sûrement au Paradis. Mais Kanin na de ne pas pouvoir y trouver ma place. La douleur de mes jeunes années avaient disparu. Asumi ... J'avais enfin réussi à me sentir bien avec elle. Depuis l'arrivée de notre fille. Et aujourd'hui, je me retrouve seule, veuve à l'âge de vingt-neuf ans. Proie de nouveau à l'obscurité.