Voici la suite de l'expérience d'une mortalité toute neuve. je sais c'est court. Pas de panique, c'est un genre de chapitre de transition pour le suivant qui en est déjà à seize pages et que je n'ai pas fini, mais franchement, c'est bien avancé. C'est d'ailleurs tellement bien avancé qu'il y aura encore un AUTRE chapitre après parce que ce truc est en train de grossir à vue d'oeil et je perds le contrôle (MAYDAY MAYDAY !). Bref, j'espère que vous apprécierez, je me suis bien amusée à l'écrire.
Du temps qui passe et de ce qu'il nous fait
Quand Castiel déchira le manteau du monde, il exhala quelque chose comme un rugissement vainqueur. Un son titanesque, une déferlante sur l'univers, le grondement terrible d'une armée qui rentre de la guerre. Lui et ses frères revenaient des Enfers et ils avaient réussi.
Quarante ans dans la vie d'un ange, ce n'était rien. Un claquement de doigts, un battement de cils. Du moins, tant que ça avait lieu sur Terre.
Au contraire, L'Enfer et le Paradis étaient des espaces insoumis au temps. Le temps n'avait pas lieu d'être, n'avait pas d'impact sur le corps ni sur l'esprit. La matière ne vieillissait pas, la mémoire ne s'effaçait pas. Au Paradis, Castiel pouvait organiser les missions de la garnison et en même temps il pouvait presque entendre les rires juvéniles de Gabriel et Lucifer, à l'époque où les humains n'étaient qu'un projet qu'ils surveillaient. Au Paradis, les souvenirs des anges étaient vifs et scintillants comme si tout se passait en même temps.
Quarante ans en Enfer, c'était l'éternité à suffoquer. Pour Castiel, plonger au royaume de Lucifer, c'était comme y naître sous une autre forme, c'était exister sans la présence de ses semblables, sans Paradis qui rayonnait dans sa Grâce. C'était oublier qui il avait été, c'était brûler au contacte des démons, c'était avoir mal, tellement mal qu'il avait envie de croire que le seul moyen d'échapper à la douleur était de l'infliger. C'était ce que faisait l'Enfer.
Il fallait reconnaître à Lucifer le talent d'imiter son Père à la perfection. Il avait créer un monde à sa propre image, fait de haine, de peur, de rejet, de souffrance, d'émotions perverties qui se propageaient et gangrenaient ceux qui s'en approchaient trop près. D'ailleurs, on ne pouvait pas entrer dans le royaume de Satan en passant une porte. Il fallait abandonner la vie, abandonner la Grâce, la lumière, et il fallait se laisse couler, lentement, accepter la noyade.
Il y avait beaucoup d'anges qui étaient descendus, mais peu qui avaient su résister aux démons. Castiel était un des rares qui avaient continué à se battre, même sans air, même sans écho Paradis. Il faisait partit des inflexibles, qui ne s'étaient jamais arrêtés de chercher et de lutter, malgré l'épuisement, malgré l'esprit qui se teintait peu à peu de peur et de solitude.
Alors oui, quand Castiel fendit l'existence, propulsé par la joie, l'espoir et la foi; il inspira une profonde bouffée de vie, de temps qui passe, d'harmonie, il ré-ouvrit son esprit aux fréquences du Paradis et hurla.
DEAN WINCHESTER EST SAUVE
Il foudroya l'air, suivit par sa garnison, littéralement auréolé de gloire et percuta la surface d'un océan avec une joie sauvage, porté par les éclairs et le tonnerre. Son sourire crépitait d'énergie. Ils étaient Un, il était Tous et ils avaient réussit. Ils avaient remplit la mission, une âme était sauvée, un ordre de Père avait été exécuté et Il serait content. Castiel sentait l'excitation, la révérence, le pouvoir qui courait dans leurs veines, l'incroyable sensation d'être au bon endroit, à la bonne place, d'être utile, d'être important et de faire bouger la Création ensembles.
Ils étaient les anges du Seigneur.
La liesse fut brève, il n'avait pas le temps de savourer la Lumière. Les âmes humaines étaient fragiles et celle prisonnière dans son poing luisait faiblement, torturée.
ALLEZ FAIRE VOTRE RAPPORT
JE M'OCCUPE DE L'ÂME
Ses soldats lui obéirent. Il sentait leur fascination dans le lien qui les unissait tous. Il sentait leur fierté d'être sous les ordres de Castiel, il sentait leurs puissances combinées, ce goût de pouvoir au service du Tout qu'ils n'avaient plus senti depuis si longtemps.
Castiel se sentait orgueilleux, orgueilleusement fort et il aimait ça.
En un battement d'ailes, il se rendit sur la tombe de Dean Winchester. Il fallait faire vite avant que l'âme ne s'étiole. Une âme par nature, n'est pas faite pour rester sur terre sans prise physique et il fallait que Castiel crispe le poing de toutes ses forces, de toute sa grâce pour qu'elle ne se délite pas. Son séjour en enfer l'avait abîmée, elle était trop faible pour survivre seule.
Castiel s'agenouilla et commença à brosser délicatement la haine incrustée dans la petite lumière vacillante. Il l'enroba dans sa Grâce, la berçant d'amour et de foi, la rassurant sur le monde qui était toujours là, sur l'air qui attendait d'être respiré, sur sa place dans l'équilibre qui était toujours vacante. Il l'abreuva de lumière, de caresses, de douceur, il lui promis qu'il était là pour veiller sur elle. Il lui promit de prendre soin d'elle, d'être son Gardien. Il lui raconta comment il l'avait cherché pendant si longtemps, comment il s'était battu pour la sauver. Il lui dit qu'à partir d'aujourd'hui, il l'avait gagné, qu'elle était à lui et qu'il était à elle jusqu'à ce qu'elle aille au Paradis. Il lui dit qu'elle n'était plus toute seule et qu'elle ne le serait plus jamais.
Plus l'âme se renforçait, plus elle brillait fort, plus elle se rappelait qui était Dean Winchester. Dean pleurait sur ses souvenirs torturés et pleurait déjà sur le poids qui l'attendait s'il revenait à la vie. Il pleurait pour son petit frère abandonné, pour ses parents disparus, ses amis arrachés, ses amours battus. Castiel se retrouvait dans cette fidélité. Il avait mal lui aussi, il était encore roussit, brûlé par l'acide ambiant des Enfers, mais ses liens n'étaient pas rompus et il entendait chanter les siens. Il se gorgeait de leur présence, de sa victoire, de leur unité et il avait pitié de Dean Winchester.
L'âme se lova contre lui, épuisée. Il était plus que temps de la rendre à son corps. Elle se sentait tellement seule. Castiel aurait aimé que Dean soit un ange, pour qu'il puisse se nourrir de la connexion qu'ils avaient tous. S'il l'avait été, si Dean avait été doté d'une Grâce plutôt que d'une Âme, qui sait. Il aurait sans doute été le plus puissant d'entre tous. Il aurait sans doute été plus fort que Michael. Le temps lui manquait pour soigner toutes les terreurs de Dean et il en était désolé. Il aurait fallu qu'il le garde encore un peu, caché dans sa Grâce, peut-être l'emmener avec lui pour qu'il entende le chant du Paradis. Mais il n'avait pas le temps. Les ordres étaient de récupérer l'âme de Dean Winchester et de le réintégrer dans son corps immédiatement.
Castiel se demanda brièvement si les anges qui quittaient l'immuabilité du Ciel commençait à changer. A vieillir. Peut-être. Peut-être aussi qu'après avoir côtoyé des humains et les avoir vu se faire torturer pendant que lui même souffrait, peut-être qu'il se sentait... proche d'eux. Peut-être qu'il avait pitié, eux qui n'avaient pas de Paradis. Peut-être qu'il les aimait juste, comme Père l'avait demandé.
Quoiqu'il en soit, il tordit un peu les règles et insuffla à l'âme de Dean Winchester une ombre de pouvoir. Pour faire face, pour lui donner du courage, une petite marque, un secret entre eux, comme preuve qu'un ange veillait sur lui. Puisqu'il ne pouvait pas effacer ses peurs, il lui donnerait juste de quoi se sentir suffisamment fort pour les affronter.
L'âme s'ébroua, comme un chiot et se mit à briller plus fort, ragaillardie. Elle avait toujours peur, elle avait toujours mal, mais elle avait reprit pied.
Dean Winchester se lova un peu dans la main de Castiel et frémit, prêt à repartir au combat. Convaincu qu'il n'y partirait pas sans rien.
C'était triste, songea Castiel en plongeant la main dans la terre. C'était triste de se sentir si seul avec soit même.
Peut-être que Père avait ordonné aux anges d'aimer les hommes plus qu'ils ne l'aimaient lui pour cette raison. Parce que les humains étaient seuls, même quand ils étaient ensemble.
Il sonda la tombe pour y trouver ce qu'il cherchait. Un petit nœud de peau, minuscule, presque plus tangible. Il défit le nœud et le resserra immédiatement sur l'âme, reformant solidement le nombril. Ensuite, il fallait des poumons, pour que l'âme inspire, comme lui-même l'avait fait en revenant sur Terre. Castiel se dépêcha, précis et concentré. Il ne devait pas se tromper, pas après tout ce temps à le chercher.
Voilà, les poumons étaient là, commençaient déjà à fonctionner. Maintenant il fallait des veines, du sang et oh, le cœur évidemment. Il fallait faire vivre tout ça. Il reconstruit la colonne vertébrale et la cage thoracique pour pouvoir tout y ranger soigneusement.
Il finit le squelette pour pouvoir insérer le nez et la bouche dans la mâchoire et le crâne, et les raccorder au poumons. Puis il déroula le système veineux sur les organes qu'il créait au fur et à mesure, raccordant chaque vaisseau, chaque capillaire avec attention. Il s'appliqua sur les os des mains et leurs muscles, avec ce pouce opposable qui avait fait toute la différence.
Le corps devenait de plus en plus autonomes, pompant le sang plus fort, activant ses cellules pour suivre les ordres de l'ange. Castiel aimait comme ce corps là se pliait sous ses ordres, de la même façon que sa garnison lui obéissait. Avec confiance, avec passion, pour pouvoir vivre, pour pouvoir se battre. Il déroula la peau, logea le cerveau, construisit les tympans et les yeux. Avec délicatesse, il matérialisa les cils sur les paupières fermées, le duvet léger sur l'épiderme, les poils, les ongles. Il fouilla dans la mémoire de l'âme pour s'assurer qu'il ne s'était pas tromper sur la couleur des cheveux, sur la solidité des avant-bras, sur les lignes de ses mains. Une par une, il peignit les tâches de rousseurs sur ses joues et ses épaules, sur ses yeux fermés et l'angle de sa mâchoire.
Il s'attarda longtemps sur les détails, flânant tranquillement dans les souvenirs pour recréer parfaitement le corps de Dean Winchester. Il fallait qu'il le reconnaisse. Il fallait qu'il l'accepte, qu'il ne revienne pas à la vie avec le sentiment de voler une enveloppe qui n'était pas la sienne. Ce serait désastreux. Castiel était une créature minutieuse, il aimait le travail bien fait.
Avec un soupire de satisfaction, il recréa les vêtements et les passa sur le corps. Il ne restait plus que la partie douloureuse, celle où il raccordait le nombril à l'organisme et où il faisait pousser le système nerveux le long des muscles et des os. Il inspira une fois puis poussa Dean dans son corps.
L'air explosa tout autour de lui, fracassant les arbres dans un bruit de tempête terrible et Castiel se senti traversé par une onde de choc au goût de pouvoir, de plaisir, de chair et de vie. L'âme pulsa, effrayée, et émit une plainte.
Vivre faisait mal.
Dean Winchester battis des paupières, s'agitant, tentant de reprendre pied et de comprendre ce qui lui arrivait. Castiel caressa son épaule pour le rassurer. Le corps de Dean comprit qu'il était touché par quelque chose de trop puissant pour lui et brûla, laissant une cicatrice boursouflée. Castiel observa avec intérêt la forme d'une main humain qu'il laissa sur son bras. Peu importe. Même sans cette marque, l'ange était déjà lié à son âme. Ça ne le dérangeait pas. Il avait gagné son titre de Gardien haut la main dans son combat contre l'Enfer. Tout le monde savait déjà que Dean Winchester était sous sa garde et qu'il lui appartenait.
Satisfait de son travail, Castiel, effaça quelques souvenirs de la mémoire de Dean et reposa son corps dans la tombe. L'esprit était une chose fragile et il se souvenait avoir été réduit en pièce autant qu'il se souvenait des quarante dernières années. C'était déjà quelque chose de très lourd à assimilé, sans compter son retour à la vie, son corps intact et les quatre mois qui avaient passé sur Terre. Castiel avait effacé l'existence des anges pour ne pas le submerger d'informations et risquer de le rendre fou. Dean n'était pas croyant, n'avait foi en rien à part peut-être en son frère et en Robert Singer. Il n'était pas prêt à appartenir à un ange et il n'était certainement pas prêt à en posséder un.
Mieux valait qu'il oubli, pour l'instant. Il allait bientôt redécouvrir les anges, Castiel y veillerait personnellement.
l'ange referma la tombe, se redressa, tourna son visage vers le soleil pour en savourer la chaleur, et profiter une seconde de l'atmosphère paisible. Il étendit les ailes et disparut.
...
-et ré-atterrit en catastrophe, creusant la tombe pour récupérer le corps avant qu'il ne soit trop tard.
Il avait comme le vague sentiment que Dean Winchester n'apprécierait pas beaucoup de se réveiller sans organes génitaux.
A suivre.
(Entre nous, l'idée de Castiel qui fait un virage en épingle et retourne rattraper sa boulette avec un 'shitshitshitshit oh my Dad' me fait juste mourir de rire.)
