Et c'est reparti pour un tour, cette fois avec un autre chapitre "intermédiaire". J'avais pas spécialement prévu d'écrire cette fic de cette façon, mais finalement, ça à l'air de se faire sans me demander mon avis.
Des fois que des gens aient des doutes : le chapitre suivant est en grande partie écrit. Donc, non hein, je risque pas de laisser tomber, parce que plus j'écris, plus y'a de trucs qui s'ajoutent, c'est une malédiction. Ceci dit, vu que je pense pas écrire pléthore de fics sur cet univers autant mettre TOUT ce qui me fait plaisir dans celle là uh ?
Voyons voyons qu'est ce que je pourrais ajouter ? J'avais promis du Benny et du Meg, y'en a. J'avais promis du Kevin et du Ruby, c'est pas dans ce chapitre là mais c'est toujours prévu. Le destiel reviendra d'ici le chapitre prochain et Sam/Gadreel et Crowley avec, ou dans le suivant selon comment ça se goupille.
Pas de panique, y'a un plan, une check-list, je sais ou je vais. Pour cette fois. Aller bisous à tous, je vous aime, soyez sages, amusez vous bien !
De celle pour qui la Peur est une vieille rivière asséchée
Ça commença avec une femme qui apparut au croisement de deux chemins, là où fleurissent les achillées jaunes. Elle se pencha pour cueillir quelques fleurs et les glissa dans sa couronne de cheveux tressés. Ensuite elle lissa sa jupe du plat de la main, choisit une route et commença à marcher, sûre de sa destination.
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Ça commença un peu après avec une femme qui apparut au milieu d'une forêt, là où la lumière était blanche et dure, et où le ciel était sans soleil. L'air y était humide et très pur, alourdi par un parfum de terre et de végétation décomposée. Il n'y avait que le murmure d'une rivière pour faire oublier le silence pesant des mondes sans vie. Elle regarda autour d'elle, puis le milieu de sa poitrine sans trace de la lame qui l'avait transpercé. Elle fronça les sourcils et commença à remonter le cours d'eau, cherchant la sortie.
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Ça commença encore plus tard avec une femme qui apparut au milieu d'un salon, dans une boue de sang et de cendres, entre les corps des gens qu'elle aimait. Ses mains tremblaient, ses jambes étaient faibles et de grosses larmes striaient ses joues. Elle s'accroupit près des visages figés, ferma leurs yeux et s'accorda un temps pour pleurer les siens. Elle finit par ouvrir en grand la porte d'entrée de la maison, puis recula et se fondit dans l'ombre pour attendre.
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On avait, a tort, taxé le Purgatoire de monde-poubelle où on se débarrassait des monstres. Les rares créatures qui y étaient allées et en étaient revenues y avaient vu un lieu où ils tournaient en rond et se chassaient entre eux sans but. Par conséquent, on pensait que le Purgatoire n'était pas du tout ce qu'on décrivait dans les livres et qu'il n'avait rien d'un lieu expiatoire où vos actions finissaient par vous mener soit en Enfer, soit au Paradis.
De l'avis de Meg, on était très con.
Évidemment, le Purgatoire était exactement ce que les livres disaient qu'il était.
Bon, pas tout à fait. Dans les livres, le Purgatoire était une flamme purificatrice à travers laquelle l'âme passait avant d'être rafraîchie et envoyée au ciel. Dans la réalité le Purgatoire était un lieu sans directions, sans règles définies, où il fallait survivre. Il fallait s'y créer ses propres lois, et s'y tenir coûte que coûte si on voulait changer de crèmerie. Les monstres ne cherchaient pas l'absolution. Ils ne se mettaient pas de règles, pas de limites et ils vivaient au jour le jour. Forcément, cet endroit n'avait rien de purificateur pour eux.
Meg n'était pas très au fait des aléas bureaucratiques des Enfers et du Paradis, mais elle était quasiment certaine que les démons ne déboulaient pas au Purgatoire après leur mort. Selon les rumeurs qui couraient en Enfer, au mieux ils disparaissaient, au pire, ils repartaient se faire torturer pour de bon.
Et ça, estima-t-elle en regardant autour d'elle, ça ne pouvait être que le Purgatoire.
Donc, elle était au Purgatoire. Elle était un démon mort et elle était dans le Purgatoire, ergo, un truc avait merdé dans la hiérarchie divine. La question était de savoir à quel point c'était grave. Si elle avait été modeste, elle se serait dit qu'elle était une petite démone sans importance et que par conséquent, on se tamponnait pas mal qu'elle arrive en Enfer ou au Purgatoire parce que de toute façon elle allait y rester pour toujours.
Mais Meg n'était pas un démon très modeste et mieux encore, elle n'était pas stupide.
Un démon qui protège des humains n'était pas sans importance. Un démon qui protège des chasseurs encore moins. Un démon qui prend part à la lutte contre l'Enfer et le Paradis au côté des mortels et un démon qui tombe amoureux d'un ange rebelle, c'était même très important. Parce que si ce démon là arrivait au Purgatoire, alors ça voulait dire qu'il avait quelque chose à expier, donc une chance de se racheter et de quitter cet endroit. Et un démon à qui on donne une chance de se racheter, ça c'est fondamental. Parce que par définition, un démon c'est une âme damnée pour l'éternité.
Mais après tout, les Winchester étaient des professionnels dans l'art de contrarier les prophéties et briser les règles, ça n'était pas si étonnant qu'à force de traîner dans leurs -longues, très longues- jambes, elle se retrouve dans cette situation.
La question maintenant était de savoir ce qu'elle allait faire. Il était évidemment hors de question de rester ici. Pour avoir discuté avec les Winchester et surtout pour avoir survécu autant d'années qu'elle, elle savait qu'où que vous soyez et qui que vous soyez, il y avait toujours un moyen de sortir. C'était un genre de sécurité cosmique à grande échelle, où tout le monde parlait de sentence éternelle, tout en se débrouillant pour avoir un cinquième as dans sa manche. C'était logique d'ailleurs, cet univers était basé sur le changement. Si les prisons étaient vraiment impénétrables et si les mondes étaient vraiment imperméables, alors tout finirait par tomber dans l'immobilité et mourir.
« Dieu est miséricorde », comme ils disent. Par nature, il y avait toujours une chance de se racheter. Toujours une chance de changer.
S'il y avait une sortie pour les hommes, il y en avait une pour les monstres. CQFD.
Elle n'avait pas la moindre idée d'où aller, aussi décida-t-elle de se rendre à la source de la rivière. Elle avait dans l'idée qu'un univers créé pour expier ses fautes devait avoir une construction symbolique. Remonter jusqu'à la source du cours d'eau était une idée aussi valable que les autres et ressemblait suffisamment à un parcours spirituel pour qu'elle y trouve quelque chose d'intéressant à la fin.
Entre nous, Meg était un démon particulièrement intelligent.
Elle savait qu'elle devait avoir une odeur bien différente des créatures d'ici. Une odeur de souffrance, de chair calcinée et de perdition. Les démons puaient, ça n'était pas une nouveauté. Ils étaient des prédateurs censés vous rendre malade de terreur, des créatures de cauchemars qui ébranlaient jusqu'aux fondements de votre âme. Meg était là pour foutre les chocottes, pas pour séduire.
Les monstres sentaient la sauvagerie et la violence, mais il n'y avait rien de mystique dans leur odeur, rien que de l'animalité à un niveau un peu plus élevé que celui des bêtes. Les humains n'avaient quasiment aucune sensibilité au surnaturel, raison pour laquelle il était si facile de les perdre, mais les monstres, eux, savaient reconnaître quelque chose de plus dangereux qu'eux à la seconde près.
Ce qui ne voulait pas dire qu'ils n'attaqueraient pas. Juste qu'ils attendraient d'être plus nombreux.
Elle fit un rapide check up de son état. Clairement, elle avait perdu beaucoup de ses pouvoirs. Elle ne pouvait plus se téléporter, sa magie était réduite au niveau le plus bas. Elle était bien plus faible que ce à quoi elle était habituée, même si elle pouvait encore prendre n'importe quel humain au corps à corps et gagner. Au moins, elle ne ressentait ni froid ni faim. Elle pouvait encore voir dans le noir et savait déjà qu'elle guérirait de beaucoup de chose, mais c'était à peut près tout.
Première étape, prendre de la hauteur. La nuit commençait à tomber, ça ne servait a rien de se déplacer dans un milieu qu'elle ne connaissait pas maintenant. Mieux valait se mettre à l'abri et prendre le temps de réfléchir. Heureusement que son vaisseau était souple et agile, c'était bien plus facile pour grimper aux arbres. Surtout qu'elle n'était pas grande. Elle retira sa veste en cuir et l'enroula autour d'une grosse pierre avant de s'attacher les manches autour de la taille. Sait-on jamais. Une fois suffisamment haut dans les feuillages pour voir sans être vue, elle s'installa confortablement, la pierre sur les genoux, et attendit.
Ça n'y manqua pas. Une meute de loup-garous s'approcha de l'arbre en reniflant. Ils levèrent la tête vers elle en grognant. Elle n'était pas sûre s'ils l'avaient vraiment aperçue, mais ils devaient se douter qu'elle était toujours là. Au moins ceux-ci n'étaient pas assez stupides pour essayer de l'attraper. Elle perçu brièvement le scintillement de leurs yeux dans le noir et les observa tourner les talons et disparaître. La chair de démon, surtout quand ils portaient leur victime depuis aussi longtemps qu'elle, n'avait pas grand intérêt.
La suivante, une goule, fut beaucoup moins maligne. Meg soupira, un sourcil levé pendant qu'elle entamait sa progression sur le tronc de l'arbre. Elle roula des yeux, attendit d'avoir un bon angle de tire, puis brandit la pierre et la jeta de toutes ses forces (et même avec des pouvoirs réduits, ça faisait fort) sur sa tête.
La goule s'écrasa sans grâce au sol avec un bruit mat. Meg attendit un moment pour être certaine qu'elle n'avait pas de copine qui attendait dans les ombres, puis descendit de l'arbre. Le canif dans sa poche ne valait pas grand chose mais c'était toujours mieux que rien. Le manteau en revanche... Couverte de l'odeur d'une goule, elle passerait plus facilement incognito. Ça ne trompait pas longtemps, mais même si on ne la sous-estimait que quelques secondes, c'était toujours un avantage quand la population locale était versée dans le démembrement.
Meg remonta dans l'arbre et attendit le lever du jour.
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Elle essaya de suivre la rivière autant que possible, tout en restant à quelques mètres du bord de l'eau, entre les arbres. Les créatures du Purgatoire avaient forcément besoin de boire à un moment ou à un autre et il était bien trop facile de tomber sur un tueur sanguinaire par accident dans le coin.
L'avantage de sentir comme une goule, c'était que personne n'était surpris de croiser un charognard là où traînaient les prédateurs. Et personne n'avait envie de la bouffer parce qu'une goule, ça pue. Meg pouvait passer à peut près partout sans qu'on s'intéresse de trop près à elle. Et si d'aventure, une autre créature se montrait un peu trop curieuse à son égard eh bien... On ne survivait pas aussi longtemps qu'elle sans apprendre quelques trucs.
Alors pour être tout à fait honnête, elle ne sétait pas attendue à ça.
Elle avait déjà repéré le petit sifflement agaçant une première fois, mais de loin. Elle avait aperçu une grande silhouette massive éliminer méthodiquement tous ses assaillants, mais elle ne s'était pas attardée. Elle n'était pas là pour chercher la bagarre, elle cherchait la sortie de secours. Elle avait rangé l'événement dans un coin de son esprit, fait un détour et pensé à autre chose.
La seconde fois, l'autre était plus près d'elle mais encore une fois sérieusement occupé à découper du vampire en rondelles. Meg s'était tapie derrière un arbre et l'avait scruté attentivement. Il était bien mieux entraîné que n'importe quelle autre créature ici. Il tuait avec des mouvements économes, efficaces et ordonnés, avec la souplesse et l'élégance de quelqu'un qui faisait ça depuis très longtemps. Les gestes étaient automatiques et précis, et ce type était dangereux parce que pour lui le meurtre était moins une question de survie qu'une question d'habitude.
Quand elle entendit la petite chanson obsédante pour la troisième fois une dizaine de mètres derrière elle, elle sentit une frisson faire se dresser les cheveux sur sa nuque. Il était rare qu'elle se sente dans le rôle de la proie mais il fallait reconnaître que celui-ci savait ménager ses effets dramatiques. Il la suivit pendant quelques jours sans essayer de l'attraper. Quand le soir elle s'éclipsait en haut d'un arbre, il attendait au pied d'un autre un peu plus loin. Jamais ouvertement visible, mais jamais invisible non plus. Elle savait qu'il était là, il savait qu'elle savait et ainsi de suite jusqu'au mal de crâne.
Ça n'était pas totalement désagréable et Meg n'était pas spécialement effrayée. Taxez-la de prétentieuse si vous voulez, mais elle était aussi puissante -sinon plus- que n'importe qui ici, nettement plus maligne, et elle savait reconnaître un test quand elle en voyait un. Si l'autre essayait juste de la chasser, il serait passé à l'attaque bien avant. Mais il n'avait pas l'air particulièrement belliqueux et il se contentait d'observer son comportement de la même manière qu'elle avait surveillé le sien.
C'était un peu comme deux prédateurs qui s'entre-apercevaient par dessus les herbes hautes. Dans le Purgatoire, les monstres couraient dans tous les sens en abattant quiconque se mettait sur leur chemin. Ou quiconque pouvait faire un sandwich décent. Ils étaient les deux seuls à savoir précisément ce qu'ils faisaient et pourquoi ils le faisaient. Tout ça n'était une phase d'observation pour déterminer si l'autre devait être éliminé ou ignoré.
Il attendit deux jours de plus. Jusqu'à ce que Meg, qui continuait toujours son chemin, commence à grimper à une arbre.
« A ta place, j'éviterais. »
Il avait une voix un peu rauque, grave, abîmée et un accent à couper au couteau.
« Pourquoi ça ? »
« Y'a des trucs pas joli qui squattent les arbres de cette région. »
« Quel genre de trucs pas joli ? »
« Un genre de zombie créé par les Leviathans. Sur Terre, ça glandouille dans les arbres et ça becte les campeurs pendant la nuit. Ici, ça glandouille dans les arbres et ça becte ce qui n'est pas assez attentif. »
« … Okay. Et qu'est-ce qui me prouve que tu ne vas pas essayer de me becter ? »
« J'suis plus gibier frais, » répondit-il en laissant apparaître les crocs de son sourire. « Toi, tu pues le pourri. »
« Trop aimable. Enfin," soupira-t-elle tranquillement "c'est pas parce que tu vas pas me bouffer que tu vas pas me tuer. »
« Depuis le temps que j'te suis, j'devrais au moins le bénéfice du doute, nan ? »
« C'est vrai que de me faire pister pendant plusieurs jours me donne totalement envie de te faire confiance. »
« Tu sais très bien que si j'avais voulu t'abattre, j'aurais attaqué depuis longtemps. De toute façon je suis pas assez fêlé pour me faire un démon. »
Meg dodelina de la tête avant de lui adresser un sourire en coin.
« Sage idée. Alors qu'est-ce que tu veux, sweetie ? »
« Savoir à qui j'ai affaire. Et si ça vaudrait le coup de faire chemin ensemble. »
« Voyez-vous ça. Et pourquoi voudrais-je faire chemin avec toi ? »
« Parce que depuis que tu es arrivée ici, tu marches comme si tu cherchais quelque chose. Comme si tu cherchais la sortie. »
« Et ? »
« Et moi, je suis déjà sortis d'ici une fois. Je veux recommencer. »
Elle prit un moment pour l'étudier de la tête aux pieds et mûrir sa réponse.
« Ton nom ? »
« Benny. Le tien ? »
« Meg. Dis moi, t'as quelque chose d'urgent à faire là ? »
« Non. »
« Bien. Aide moi à ramasser du bois. »
« Pourquoi faire ? »
« Un feu, évidemment. »
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« C'est stupide, » grogna Benny, un petit fagot de branches tassé sous le bras. « On ne craint pas le froid, ni l'obscurité et on ne mange pas. Et les flammes vont juste attirer les autres. »
Meg ne répondit pas mais continua à délimiter soigneusement les contours du foyer avec des pierres. Il n'était qu'un jeune vampire après tout, il ne pouvait pas savoir pourquoi le feu était essentiel. Elle attendit que les fagots soient entassés proprement et que les flammes prennent pendant que Benny guettait les alentours.
La nuit était tombée quand les flammes furent suffisamment hautes à son goût. La forêt était sombre autour d'eux et les bruissements étaient lointains et étouffés.
« Allez viens, » appela-t-elle.
L'immense carcasse de Benny entra prudemment dans le périmètre lumineux et s'assit de l'autre côté du feu, décontenancé par le comportement de la démone. Elle fit glisser l'épais manteau puant de goule de ses épaules pour la première fois depuis qu'elle l'avait enfilé, et inspira. Ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas construit un feu. Elle s'autorisa un demi sourire un peu apaisé et prit le temps de s'habituer à la chaleur et à la lumière des flammes. Elle avait eu un doute pour être honnête. Elle n'était pas certaine qu'on pouvait allumer un feu au Purgatoire, pas un comme celui-ci. Mais visiblement, cela faisait partie des Règles, celles qu'on avait à établir soit même pour survivre ici.
« Pourquoi est-ce que c'est si important ? » demanda lentement Benny, méfiant.
Elle leva les yeux vers lui et se laissa glisser sur le flanc, appuyée sur un coude. Ça faisait longtemps qu'elle avait cessé de se fier aux apparences, mais ça l'amusait toujours, ces grands costaux violents et dangereux qui, mis à côté d'elle et de son expérience, n'étaient juste que des grands bébés. Elle n'avait jamais vraiment réussi à prendre Les Winchester au sérieux à cause de ça. Oh oui ils étaient très efficaces avec une machette ou un flingue, mais ils étaient surtout un gros tas d'angoisses et de traumatismes enroulés autour d'enfants abandonnés. Benny ne valait pas mieux, et c'était presque drôle.
Peut être que c'était aussi pour ça qu'elle aimait Cas. Parce que même avec un pète au casque, il était immense et éternel et qu'elle se sentait un peu plus jeune avec lui. Pas jeune dans le sens coquet du terme, plutôt jeune dans le sens frais et léger. Confortablement jeune. "Familialement" jeune. Comme quelqu'un sur qui on veille et pas quelqu'un qui veille sur vous.
Pas quelle soit vraiment du genre à veiller de toute façon, mais si les démons avaient une particularité, c'était bien le sentiment de solitude profonde à la place du coeur. Castiel, dans son infini vieillesse, lui rappelait ce que c'était que d'être l'enfant dans la pièce, surveillé et protégé. C'était rafraîchissant.
« Tu as quel âge ? »
« Je sais pas. 80 ans, quelque chose comme ça, » répondit-il lentement en haussant les épaules. « Et toi ? »
Elle le fixa avec une ombre de sourire.
« J'étais sumérienne. »
Comme attendu, il lui adressa un regard vide, preuve qu'il n'avait pas la moindre idée de ce que ça voulait dire.
« Je suis née vers 3600 avant Jésus Christ. Mieux ? » soupira-t-elle en roulant des yeux.
Il y eu un autre moment de blanc pendant lequel il l'a dévisagea.
« Et ce n'est que maintenant que tu arrives ici ? »
Meg éclata de rire.
« Suffit de savoir jouer les bonnes cartes. »
« Et qu'est-ce que ça change pour le feu ? » insista Benny qui n'était pas du genre à perdre le nord.
« A Sumer on disait qu'un bon pacte ne pouvait s'écrire qu'au dessus des flammes d'un foyer. Je connais les magies qui se tissent dans les braises et si tu t'imagines que je vais passer un pacte sans magie tu te mets un doigts dans l'oeil. »
« Donc on va faire un pacte ? »
« Seulement si ça en vaut la peine. »
« Mouais. Ça va quand même attirer les prédateurs. »
Meg leva un sourcil et le fixa avec un regard dubitatif.
« Comme si les pires prédateurs de cette forêt n'étaient pas déjà là. »
Benny ronchonna mais posa enfin sa hache à côté de lui, avant d'appuyer les coudes sur ses genoux.
« J'en ai croisé des gens bizarres, mais toi tu fais parti du top 5. D'un autre côté, tu es le premier démon à qui je parle. »
« Si ça peut te rassurer, j'évite de traiter avec des créatures de ton genre, en général. Je préfère les trucs qui ont une âme à marchander. »
« Uh. Okay. Et maintenant qu'on à ton feu, qu'est-ce que fais ? »
« Tu veux sortir d'ici, mh ? »
« Oui. La dernière fois, j'ai réussi parce que je me suis associé à un humain qui était arrivé ici par accident. Je croyais que c'était le seul moyen de quitter cet endroit, mais tu as l'air convaincue que tu peux partir et tu n'es plus humaine depuis très longtemps. Donc il y a une autre solution. »
« Mh... » fit-elle pensivement. « Donc c'est toi le nouveau petit copain de Dean Winchester. J'ai entendu parler de toi.»
Elle le vit se tendre et serrer les dents.
« Ne te mets pas dans cet état. Tu es chanceux, je dois être le seul démon pour qui le nom de Winchester ne signifie pas une mort imminente. Pour moi ou pour leurs alliés. Sam m'a parlé de toi, Benny-qui-s'est-sacrifié-pour-qu'il-puisse-sortir-du-Purgatoire. Mais il lui avait semblé que tu voulais rester ici. Que la Terre, ça n'était pas pour toi. Est-ce qu'il s'est trompé ? »
« Non. Mais les choses ont changé. »
« Quoi donc ? »
« Des rumeurs. Dean commencerait à..."
Ils haussa les épaules, agita vaguement les doigts et la tête dans un geste qui voulait tout dire en fuyant son regard.
"... onduler de la toiture. »
« Ça, ça fait longtemps. »
« Pire. Les nouveaux ici, y disent qu'il a viré sérial killer. Qu'il en a plus grand chose a cirer que tu sois un monstre ou un humain et encore moins que tu sois innocent ou pas. »
« Et tu veux sortir parce que... ? »
« Parce que je veux le voir de mes propres yeux. »
« Et le sauver ? »
« Si je peux. »
« Si tu peux. »
Ah, ces Winchester. Avec ce drôle de pouvoir d'être aimé jusqu'à la dévotion.
« Et toi ? » demanda Benny en oubliant de regarder vers l'obscurité.
« Tu veux savoir pourquoi je veux sortir ? »
« Nah. T'es un démon et rien que pour ça, je suis sûr que t'as tout un tas de raisons de partir. Ordres, mission ou juste parce que t'as autre chose a foutre. »
« Alors qu'est-ce que tu veux savoir ? »
« Comment t'es arrivée là, pourquoi, ce qu'tu sais de c't'endroit et c'que tu comptes faire. »
« Et tu penses que ce je vais te dire tout ça parce que … ? »
« Parce que moi aussi, j'ai entendu parler de toi. »
« Ah vraiment ? »
« Mh. Dean et Castiel. Dean m'a raconté que tu es restée avec Cas quand il a perdu la tête. »
« Et qu'est-ce que Clarence à dit ? »
Il pencha la tête sur le côté et ça réveilla quelque chose d'étrangement pénible et familier en elle.
« Il a presque rien dit. »
« Mais un peu quand même. »
« Il a dit que tu as veillé sur lui. Et que tu l'as protégé. Et j'ai toujours du mal à y croire. »
« J'avais besoin d'alliés. J'ai fais ce qu'il fallait pour en avoir. »
« Et maintenant, est-ce que tu as besoin d'alliés ? »
A court terme, non. Elle n'avait pas besoin de Benny pour quitter cet endroit. Elle connaissait déjà la sortie dont il parlait et elle était effectivement réservée aux êtres humains avec une âme. Elle pouvait se défendre toute seule contre n'importe quel créature du Purgatoire, même avec des pouvoirs réduits.
Mais à long terme... quand elle sera dehors, il faudra qu'elle retrouve les Wincherster. Et même si ça, ce n'était pas compliqué, il faudra aussi les convaincre qu'elle n'est pas une ennemie, et elle n'avait aucune idée de comment le faire. Si elle ramenait à Dean son amoureux, peut-être qu'elle avait une chance.
« Un seul devrait suffire. »
Ils s'observèrent par dessus les flammes, longtemps.
Il avait faim d'amis. Elle pouvait le lire dans toute sa posture, dans toute sa façon de la regarder. Il désespérait d'un compagnon d'arme et de voyage. Il s'était tellement bien habitué à la solitude pendant toutes ces années et il avait fallu quelques mois d'un Winchester pour qu'il ne supporte plus d'être ici sans lui.
Ce devait être ça, la malédiction des deux crétins.
Malgré toutes les embrouilles qui leur tombaient dessus, il arrivait toujours un moment où quelqu'un se mettait à les aimer et où ils l'aimaient aussi. Et leur pauvre victime s'accrochait, en rêvant de plus, de faire partit de la fratrie d'une façon ou d'une autre. Ça marchait, un temps, parce que Dean et Sam essayaient vraiment d'être un peu moins co-dépendants des fois. Et puis systématiquement, il se passait quelque chose qui faisait vibrer cette dévotion nauséeuse qu'il y avait entre eux et c'était un revival de Thelma et Louise à chaque fois. Plein gaz du haut de la falaise en se tenant la main, sauf qu'en général, ils survivaient tous les deux et vous, vous n'aviez plus qu'a vous crasher en bas.
Benny était de ceux qui avaient goûté à la dévotion de Dean. Il avait quitté une fois le Purgatoire avec lui et leurs chemins s'étaient séparés trop vite et trop fort. Benny était en manque et c'était pour ça qu'il avait accepté d'aller chercher Sam. En restant, il avait espéré que le Purgatoire lui viderait la tête de ce compagnonnage.
Ça n'avait pas marché, évidemment. Et si maintenant il prenait le risque de faire un pacte avec un démon, c'était seulement parce que le Purgatoire, sans Dean et sans sa quête, n'avait plus rien de pur. Benny était juste accro.
« Alors qu'est-ce qu'on fait ? »
« On attend le lever du jour, et on remonte la rivière. »
« Pourquoi faire ? »
« Parce que le Purgatoire est une épreuve. Un chemin spirituel et physique qu'on s'impose soit même. Remonter la rivière, comme on remonte ses souvenirs en analysant où sont nos erreurs, quelles sont nos faiblesses et ce que nous devons en faire. Pour sortir du Purgatoire, il faut s'imposer nos propre règles, nos propres lois et ne pas les briser jusqu'à ce qu'on ai atteint la source. Et la source, je suppose qu'elle nous apparaîtra quand nous aurons tellement bien appris nos propres règles, qu'il nous sera naturel de les suivre. »
Il hocha la tête et ne lui demanda pas quelles règles elle s'était imposées. D'une part parce que cela ne regardait qu'elle, d'autre part parce qu'il savait déjà qu'elle ne lui répondrait pas. C'était le genre de sujet qu'on abordait au cours du voyage, pas avant de commencer.
Il se contenta de s'installer confortablement contre un arbre, les yeux tournés vers la nuit et d'ajouter :
« Je prends le premier tour de garde. Je te réveille dans trois heures. »
Qu'est ce que je peux dire ? J'adorais Meg et j'adorais Benny. Je ne me suis toujours pas remise de leur disparition. C'était juste pas possible de les laisser de côté.
Sinon, je préfère l'annoncer de suite : je sais que je parle beaucoup d'amour et d'amoureux en parlant des relations de Meg et Castiel ou de Benny et Dean. C'est totalement vrai mais je ne parle pas nécessairement d'amour au sens traditionel du terme. Meg tout particulièrement, sait déjà qu'il y a des tas de façon d'aimer. Donc non, il n'y aura pas de drama ou Castiel et Dean devront choisir entre l'ancien ou le nouvel amoureux ou je ne sais quoi du genre. C'pas mon trip.
Bisous !
