Bonsoir,
j'espere que vous avez passé un bon week-end
voici un nouveau chapitre pour le clôturer
3 août 2015
Mac s'était réveillée de bonne heure, Harriet n'avait pas tardé à la rejoindre et toutes deux préparaient le petit déjeuné.
_ Alors bien dormie ?
_ Pas vraiment non, je crois que les ennuis vont commencer.
_ Que se passe-t-il ?
_ Hier soir Enya est venue en pleurant dans notre tente et Harm est partit dormir avec AJ.
_ Que s'est-il passé ?
Mac raconta à Harriet le peu qu'elle en savait et son désir d'emmener Enya pour la journée afin de discuter avec elle.
_ Comment tu vas t'y prendre pour lui expliquer ?
_ Je ne sais pas encore pour tout dire.
_ Je vais t'aider à préparer des sandwiches pour votre petite ballade.
_ Merci. Je pense qu'on va louer un canoë et partir en ballade sur le lac. Après on s'arrêtera à un endroit calme et on verra.
_ C'est une bonne idée.
_ Oui et ça nous fera du bien de se retrouver que toutes les deux comme avant. Je ne suis plus aussi présente depuis mon mariage et maintenant je me rends compte que je n'ai pas su voir ce qui allait arriver.
_ Eh vous n'y êtes pour rien ! Harm s'occupe d'elle aussi et ça lui fait du bien d'avoir cette présence masculine.
_ Oui c'est vrai.
_ Bonjour tante Mac !
_ Bonjour AJ !
_ Enya va bien ?
_ Elle dort encore.
_ Je m'excuse pour hier soir, je…
_ Ce n'est pas de ta faute AJ.
_ Tu crois qu'elle me pardonnera un jour ce que je suis ?
_ AJ tu n'as rien à te faire pardonner, mais c'est Enya qui va devoir se faire à l'idée de ce que sont les hommes.
_ J'aimerais tant l'aider.
_ Je sais mais il faudra être patient.
_ Oui, tonton pense que ce serait mieux si Nicky dormait avec Enya.
_ Je le pense aussi.
_ Très bien on échangera nos places tout à l'heure.
_ Mon poussin, va prendre ton petit déjeuner maintenant et ne t'inquiète pas trop.
_ Oui maman.
Une heure plus tard, Mac et Enya embarquaient à bord d'un canoë pour une journée mère-fille. Enya était aux anges d'avoir sa maman pour elle toute seule. Elles parcoururent le lac pendant une heure avant de s'arrêter sur une petite plage. Elles jouèrent aux raquettes pendant un moment et s'arrêtèrent lorsque le bruit de leurs deux estomacs leur indiqua l'heure de manger. Mac savait qu'elle devait parler à sa fille mais elle ne savait pas comment s'y prendre et pour la première fois le courage lui manquait.
Après le bon repas préparé par Harriet elles s'octroyèrent une petite sieste. Enya s'allongea perpendiculairement à sa mère reposant sa tête sur son ventre. Sarah savait que c'était maintenant qu'elles devaient avoir cette conversation.
_ Enya, ma puce !
_ Oui maman.
_ J'aimerais qu'on discute un peu toutes les deux.
_ Oh oui ! De quoi tu veux parler ?
_ Enya, je voudrais qu'on parle de ce qui s'est passé hier soir.
_ Moi je ne veux pas !
_ Enya, je veux savoir comment tu vas, ce que tu ressens, les questions que tu te poses.
_ Maman ! Est-ce que AJ est méchant comme le vilain monsieur qui m'a fait du mal ?
_ Non ma puce. Mais AJ est un garçon.
_ Pourquoi, tous les garçons ont cette chose affreuse entre les jambes ?
_ Oui mon ange.
_ Papa aussi ?
_ Oui, c'est ce qui différencie les hommes des femmes. C'est normal que tu trouves ça affreux et que tu en aies peur.
_ Mais à quoi ça leur sert ?
_ Euh, ben en fait, à plusieurs choses.
_ Ah bon ?
_ Oui à faire pipi,…
_ Mais nous on fait pipi et on n'a pas ça !
_ Oui c'est vrai, comment t'expliquer simplement.
_ Maman, nous on a une lune, mais eux ils n'en ont pas ?
_ Alors la lune, on l'appelle aussi le vagin, c'est l'organe des femmes qui sert à mettre les bébés au monde. C'est pour cela que seules les femmes ont des bébés.
_ Les hommes n'ont pas de bébé parce qu'ils n'ont pas de vagin. Mais pourquoi ils ont cette chose à la place ?
_ Cette chose c'est le pénis. Et c'est vrai que certains s'en servent pour faire du mal aux autres mais en fait il sert au papa pour faire le bébé à la maman.
_ Ah bon ?!
_ Oui, car c'est par là que sortent les petits têtards, qui vont aller dans l'œuf que la maman a dans son ventre. Et c'est les deux ensembles qui vont faire un bébé.
_ Et le têtard, il rentre dans la maman de la même façon que le monsieur m'a fait du mal ?
_ Oui mon ange. Mais là ça ne fait pas mal, car la maman veut bien.
_ C'est comme ça que j'ai été faite ?
_ Oui, comme tous les êtres humains.
_ Mais pourquoi je n'ai pas eu de bébé moi ?
_ Parce que tu étais trop jeune ma chérie, tu…
_ Je n'avais pas d'œuf dans mon ventre.
_ Oui c'est ça. Mais bientôt tu auras tes premières règles et…
_ C'est quoi les règles ?
_ C'est un peu de sang qui va sortir de ton vagin pendant quelques jours tous les mois.
_ Je ne veux pas moi !
_ Tu n'as pas le choix mon ange, c'est comme ça que tu seras une femme et après tu pourras avoir des bébés.
_ Et c'est bientôt ?
_ Cela dépend des filles, c'est entre 8 et 14 ans en général.
_ Je vais les avoir bientôt peut-être alors.
_ Peut-être, tu risques d'avoir un peu mal au ventre et à la tête, alors surtout ce jour-là vient me voir et si je ne suis pas là va voir Harm. D'accord ?
_ D'accord, mais je préfère que ce soit toi ! Mais maman, je ne veux pas dormir avec AJ ce soir. Même si maintenant je sais qu'il est normal, ça me fait peur.
_ Très bien, tu dormiras avec Nicky.
_ C'est vrai ? J'aime bien Nicky.
_ Bon si on rentrait maintenant, on a une heure de canoë avant de rejoindre les autres.
_ Oui en route ! Maman, merci !
Elles rentrèrent tranquillement et passèrent la soirée en compagnie de leurs amis. Mac était soulagée, car la conversation avec Enya s'était bien déroulée, mais elle savait que sa fille mettrait du temps à accepter cette différence.
Trois jours s'étaient écoulés depuis l'incident. Enya passait beaucoup de temps à jouer avec Nicky et prenait soin d'éviter AJ au maximum. Elle s'en voulait de le tenir ainsi à l'écart de sa vie pour le moment, mais c'était plus fort qu'elle, chaque fois qu'elle croisait son regard, son corps se mettait à trembler inconsciemment.
AJ de son côté s'isolait beaucoup, il avait fait du mal sans le vouloir à cette petite fille si fragile, celle-là même qu'il avait promis de protéger. A ses yeux aujourd'hui, il était devenu la menace, alors il préférait rester seul. Il partait parfois une journée entière, avec pour seule compagne sa guitare. Il aimait passer des heures à jouer, ça l'apaisait. Il avait grandi et sûrement oublié cette différence d'âge entre Enya et lui. Il était bon élève à l'école et apprenait le français. Ainsi il jouait souvent des airs de ce pays. Il n'avait rien dit encore à personne mais s'était inscrit à un programme d'échange pour la rentrée scolaire, sa mère allait hurler, mais c'était son choix et sa vie.
Il se trouvait là assis sur un rocher, à regarder le ciel, il ne le savait pas mais une jeune fille l'observait, elle était là, cachée derrière un arbre et écoutait le doux son de sa voix. C'est la tête dans les nuages, qu'il commença à gratter sa guitare et à fredonner une chanson française qui lui faisait penser à Enya.
« Petite fille de novembre
Si blanche dans la nuit de cendre
Trouble adolescente en sursis
Comme un phare en mon amnésie
D'autres désirs et d'autres lois
Une confiance en je ne sais quoi
Philosophie, "prêt à porter"
Vite consommée, puis jetée »
Il chantait en pensant à ces années passées auprès d'Enya, cette petite fille perdue qui s'était accrochée à lui, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Il se demandait si c'était le destin, son destin d'avoir rencontré Enya. Mais aujourd'hui, plus rien de cet amour existait, il n'était qu'une vision d'horreur à ses yeux.
« Petite fille, à quoi tu rêves
Devant ton siècle qui se lève
Même s'il te reste un peu d'amour
Ça risque de pas peser lourd
Petite fille, à quoi tu penses
Entre un flash et deux pas de danse
Tous les flambeaux manquent de feu
Leurs flammes réchauffent si peu »
La jeune qui l'observait s'était approchée tout doucement, elle voyait ce beau jeune homme avec ce regard si triste, à quoi pouvait-il penser, quel poids avait-il sur ses épaules ? Elle s'était assise sur un rocher un peu en retrait et l'écoutait chanter. Elle était française, et trouvait curieux que ce garçon chante dans sa langue. Était-il français lui aussi ?
« Y a pas de suicide au Sahel
Pas de psychiatre en plein désert
Pas d'overdose à Kinshasa
Réponses ou questions ? Je sais pas
Pour bâtir, il fallait des mains
Des bras, des muscles masculins
Pour l'amour et l'imaginaire
C'est peut-être affaire de mères »
Une mère, Enya en avait eu une depuis toujours, une mère qui la remplissait d'amour. Mais cet amour n'avait pas su la protéger. Son petit cœur s'était ouvert à lui, faisant passer les mots par le regard. Cette petite fille si fragile, ne pouvant exprimer sa colère, sa douleur par la voix, cette petite fille l'avait séduit. Il avait appris sa langue, avait appris à la connaître, mais avait omis de se faire connaître lui.
« Petite fille, à quoi tu rêves
Y a tant de baudruches qui crèvent
Y a tant d'idées vieilles et froissées
C'est le moment d'imaginer
Petite fille, à quoi tu penses
Entre un plaisir et deux romances
Va puiser d'autres solutions
J'ai besoin d'une transfusion »
La voix du jeune homme devenait plus hésitante, comme si un nœud se nouait dans sa gorge. La jeune fille s'approcha un peu plus, jusqu'à se trouver juste derrière lui, elle ne voulait pas le déranger, elle voulait le laisser finir. Cette chanson, était bien plus que cela, c'était un cri de douleur qui allait se perdre dans l'immensité du ciel.
« Petite fille, à quoi tu rêves
Un siècle étrange se réveille
Même s'il te reste un peu d'amour
Ça risque de pas peser lourd
Petite fille, à quoi tu penses
Entre un flash et deux pas de danse
Tous les flambeaux manquent de feu
Leurs flammes réchauffent si peu »
Cette fois l'émotion commençait à le submerger, une larme coulait le long de sa joue, pourquoi la vie était-elle si injuste, pourquoi Dieu avait-il infligé une telle épreuve à une petite fille que le destin avait déjà puni en lui enlevant la parole. Il ne comprenait pas dans quel monde il vivait.
« Petite fille inconséquence
Entre deux tempos qui balancent
Est-ce une présence, une absence ?
Est-ce blessure, est-ce naissance ?
Petite fille malentendu
Petite fille ambigüe
Même si t'as perdu la mémoire
Garde nous juste un peu d'espoir »
(Petite fille, Paroles et Musique: Jean-Jacques Goldman)
Il avait fini de chanter, et les dernières notes allèrent se perdre dans les airs. La jeune fille s'était approché et avait retenu ses larmes d'un geste de la main. Elle le regardait, les larmes aux yeux elle aussi, troublée par ce jeune homme si beau et si sensible. Elle caressait son visage de sa main, et sans comprendre vraiment ce qui se passait, il laissa sa tête tomber sur les genoux de cette inconnue et se laissa aller au chagrin.
