Disclaimer : Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas.
Écrit pour le jeu Cap ou pas Cap de l'APDES (Association Pour la Défense d'Erwin Smith, si vous voulez en savoir plus, le lien est sur mon profil ou il suffit de m'envoyer un PM !)
Merci à Nnem's pour sa petite correction.
Le défi était de Shiro : Un passage sur l'enfance des frères Ackerman parce qu'ils le valent bien.
SPOILER CHAPITRE 69
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Conte de fées
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« Je ne peux pas jouer, dit l'aîné, toujours un peu trop sérieux. Demain, je dois rendre un devoir. »
Et le cadet de rire, parce que leur école est tout simplement trop petite pour qu'il y ait plusieurs classes donc lui aussi il a ce devoir à faire, et vraiment qui s'en soucie ?
« On s'en fiche, déclare-t-il, jouer c'est plus amusant. »
Un froncement de sourcils et deux regards qui s'affrontent. Ils sont frères mais ils se ressemblent si peu. Ce n'est pas l'aspect physique, même si l'aîné a des cheveux clairs et des yeux d'or vieilli et le cadet une tignasse presque noire et un regard d'acier car il y a quelques traits, le front, le pli de la lèvre inférieure, qui leur donnent une subtile ressemblance, c'est surtout une différence morale.
L'ainé est sérieux et dévoué, le cadet bien plus nonchalant et souvent indifférent sous une apparente bonhomie.
Frères, mais pas amis, pas même complices. Rivaux, et s'aimant d'un amour compliqué teinté de part et d'autre d'envie et d'un peu de mépris. Ils croient s'aimer de force parce qu'ils ont grandi ensemble et parce qu'ils ont pris cette habitude. Il y a peut-être un peu de ça, parce que la vérité, c'est qu'ils sont étrangers. Que les liens du sang ne font pas tout.
Pourtant, au milieu de toutes ces différences qui sont avant tout de l'incompréhension, il y a bien un élément qui les unit, avec force et obstination et c'est un sourire.
Un sourire édenté, la benjamine a perdu deux dents de lait récemment, et pourtant plus lumineux que le soleil lui-même. Avec quatre ans de moins que l'aîné et trois que le cadet, elle manipule ses deux frères avec une facilité déconcertante dont elle n'a même pas conscience, tellement l'amour qu'ils lui portent est à ses yeux évident et inconditionnel.
« Dis oui, s'il te plaît, dis oui, on joue à la princesse, et au dragon et au chevalier ! Pas longtemps, juste un peu ! »
Elle a cette manière de prononcer les j avec un léger zozotement et l'ainé cède, il cède toujours face à ces yeux gris qui, chez le cadet ont la brutalité d'une lame mais chez elle la douceur d'argent d'une ombre de lune. Il aime bien l'idée, d'avoir les yeux d'or et elle des yeux d'argent. Il efface par habitude le cadet de l'équation, tout comme le cadet efface son aîné quand il songe que lui et sa petite sœur partagent ce même regard gris.
« D'accord, soupire l'aîné, mais pas longtemps, compris ? Je dois vraiment faire ce devoir. Et toi, ajoute-t-il en s'adressant à son cadet, tu devrais le faire aussi. »
Un haussement d'épaules du cadet, vraiment, mais il se prend pour qui ? Ils n'ont qu'un an de différence ! Et ce n'est pas non plus comme si ce stupide devoir comptait ! Quand il sera grand, le cadet fera fortune et il ira vivre à Sina, et il l'emmènera elle dans cette grande ville où tout le monde vit heureux, mais certainement pas lui, alors un devoir, quelle importance ? Il aura le temps de réfléchir plus tard.
« Je suis la princesse, » gazouille la petite fille avec toujours ce léger défaut de prononciation, et bien sûr, aucun de ses deux frères ne lui contestent ce titre. Elle exhibe une couronne de fleurs qu'elle a grossièrement tressée cet après-midi et qui n'est pas très réussie mais dont elle semble particulièrement fière. Puis, avec toute la dignité requise, elle la pose solennellement sur sa tête.
« Une vraie princesse, » confirme l'aîné en saisissant une mèche de ses cheveux noirs et fins et en les portant galamment à sa bouche en une parodie qui enchante la petite fille. « Me laisserez-vous être votre prince ?
─ Tout à fait, messire, » prononce-t-elle en levant le menton avec une petite moue pincée, l'attitude sans doute noble qu'on les princesses.
« Alors, je suis le dragon qui te gardera, » dit le cadet, et d'une pichenette, il redresse la couronne de fleurs qui n'a pas vraiment besoin de l'être, mais juste pour le plaisir de la toucher lui aussi. Juste un frôlement parce qu'il n'est pas dit que le prince pourra avoir quelque chose que le dragon n'aura pas eu. Que l'aîné gagnera sur le cadet.
La princesse des fleurs hoche la tête, elle accepte le dragon tout comme elle a accepté le prince, et elle va s'asseoir un peu plus loin, sur le fauteuil où d'habitude ils n'ont pas le droit de s'asseoir et qui sert de trône lorsqu'ils jouent.
La vérité, elle ne fera rien d'autre qu'attendre, que regarder ses deux frères se battre, tapant dans ses mains et encourageant tour à tour le dragon ou le prince, selon celui qui ce jour-là a sa préférence, quelque chose de totalement arbitraire et qu'elle décide souvent sur l'impulsion du moment.
Ce n'est peut-être pas un jeu au sens propre mais c'est la manière la plus drôle qu'elle connaisse de s'amuser que d'avoir ses deux frères, les deux hommes de sa vie, qui se battent pour la posséder, l'un pour la garder, l'autre pour la sauver.
Elle se sent tellement précieuse, alors.
Ils ont des parents, bien sûr, un père qui travaille à l'usine, elle ne sait pas ce que c'est que l'usine, mais ça le fatigue beaucoup, et souvent, il rentre tard et il crie, et il dit qu'il n'en voulait pas de cette vie, de ces trois bouches inutiles à nourrir, et alors sa mère, sa mère qui fait des ménages, mais pas juste à la maison, chez les autres aussi, pleure et il y a des cris et parfois des coups, et ça fait peur à la benjamine.
La princesse elle a un papa roi et une maman reine qui l'embrassent tout le temps et qui lui donnent plein de cadeaux, des bonbons et des joujoux encore plus beaux que ceux de la fille du bourgmestre, et en plus elle a un prince prêt à mourir pour la sauver, un dragon prêt à mourir pour la garder. C'est un jeu merveilleux, son jeu préféré même si elle ne fait que rester assise et regarder. Si elle était plus grande, elle saurait que c'est parce qu'ils l'aiment mais elle est trop petite pour connaître un mot comme amour, elle est trop petite pour le comprendre, elle ne sait même pas d'ailleurs que ce sentiment a un nom, que c'est quelque chose qui n'existe pas que pour elle, elle sait juste qu'être précieuse ça met quelque chose dans son cœur de très doux et de très bon.
Le prince et le dragon se sont un peu éloignés, ils sont sur le tapis éliminé devant le poêle de fonte et ils échangent un regard où il y a largement autant d'animosité qu'on pourrait en attendre de deux ennemis mortels d'un conte de fées. Pour l'instant, c'est pour la princesse qu'ils combattent, pour son sourire et sa couronne de fleurs un peu défraîchies d'avoir été tellement manipulées, pour le baiser humide qu'elle accordera solennellement au vainqueur, mais derrière il y a l'aîné et le cadet et deux visions de la vie qui s'opposent déjà malgré leurs jeunes âges.
Celui qui travaillera avec acharnement, dur à la peine, une vie honnête et digne et qu'on qualifiera d'homme de bien. D'homme juste.
Celui qui traînera ci et là, dur au cœur, avec une vie désordonnée et pas vraiment honnête, et qu'on qualifiera d'homme mauvais. D'homme de peu.
Oui, ce sont le prince et le dragon qui se battent, mais ce sont aussi deux frères qui croient ne pas s'aimer, ils ne le sauront jamais d'ailleurs, qu'ils s'aimaient en fait, et qui échangent avec des coups toute une frustration et une rivalité sous le regard émerveillé d'une petite fille dans un trône qui ressemble à un vieux fauteuil.
Ils sont trois, dans cette maison pauvre, à jouer à un jeu qui n'en est pas tout à fait un.
Ils ignorent beaucoup de choses sur le futur, qui d'ailleurs ne les intéresse pas, tellement le futur est une chose lointaine et intangible. Ils ont des rêves, ça oui, et ils rêvent aussi bien éveillés qu'endormis mais c'est pour dans longtemps. Pour quand ils seront grands.
Quand il sera grand, un jour, le prince mourra sans rien pouvoir faire, abattu comme un chien sous les yeux de ses deux princesses à qui il n'aura pu offrir qu'une petite maison de bois.
Quand il sera grand, un jour, le dragon mourra pour un roi devant qui il se sera incliné, ayant vécu en tuant les autres, pour un rêve idéal plus grand que lui dont au fond il se moquait.
Quand elle sera grande (mais pas tellement, elle n'aura pas vingt ans), un jour, la princesse mourra consommée par une maladie donnée par un homme sans visage, un de ceux qui sont passés dans son lit et qui n'ont jamais rien vu de précieux en elle.
Mais pour l'instant Kushel crie et rit, et les pétales des marguerites sont presque trop blancs sur sa chevelure noire, Kenny et Klaus échangent des coups de poings et des insultes, et parfois même l'ombre d'un sourire quand le coup porte parce qu'au moins, ils peuvent reconnaître ça à l'autre, qu'il sait se battre ; et puis demain, il y a école et un devoir à rendre.
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On ne connait pas le nom du père de Mikasa, mais bon entre Kushel et Kenny, je me suis dit, on va jouer la carte du "K". Donc Klaus.
