Disclaimer : Les personnages et l'univers ne m'appartiennent pas.
Écrit pour le jeu Cap ou pas Cap de l'APDES (Association Pour la Défense d'Erwin Smith, si vous voulez en savoir plus, le lien est sur mon profil ou il suffit de m'envoyer un PM !)
Le défi était de Shiro : CAP ou PAS CAP de m'écrire un Os (aucune limite de mots, c'est toi et ton inspi' !) sur la venue du si brillant surnom "Eyebrows" donné à Erwin ? Je ne vois pas ce que je pourrai restreindre, mais je pense que c'est déjà suffisant !
Merci à Neechu, Nnem's et Shiro pour vos commentaires ! (et aussi à Hikari pour sa review au premier chapitre)
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Tout un poème
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La malchance voulut que ce fut Frau Heinz, qui ne l'avait jamais aimé et qui même s'il était un bon élève semblait presque plaisir à le prendre en défaut et à le critiquer qui trouva le poème.
Bien sûr, rien de tout cela ne serait arrivé si Erwin n'avait pas eu ledit poème dans son livre de cours mais il n'avait vraiment pas su quoi en faire lorsqu'il l'avait trouvé dans une enveloppe dans son pupitre ce matin-là et il l'avait rangé dans livre de science en se disant qu'il le mettrait plus tard en lieu sûr.
Ou qu'il le détruirait, éventuellement, même s'il devait avouer que sa vanité était un peu flattée. Ce n'était pas un très bon poème, mais c'était un poème pour lui.
En tout cas, ce qui était absolument évident, c'est que ça devait rester un secret.
Frau Heinz en décida autrement quand apercevant la feuille dépassant de son livre, elle la saisit presque avidement, ravie d'avoir un prétexte de le réprimander, et se mit à la lire. Son visage, qui n'était pas laid pourtant, sembla s'éclairer d'une joie qui la rendit effectivement laide.
« Mais, monsieur Smith ! On dirait que vous vous piquez de poésie ! »
Erwin devint écarlate, et si toute l'attention de la classe ne s'était pas tournée vers lui à ces mots, ses camarades auraient sans doute remarqué que Lydia Goldstein avait à peu près la même teinte coquelicot que lui, qui colorait son teint de lait au point qu'elle était presque aussi rouge que ses cheveux roux.
« C'est de vous ? » demanda la femme, et Erwin reconnut de la méchanceté dans cette question, et aussi de la bassesse.
Frau Heinz était leur professeur depuis deux ans et elle ne pouvait manquer de reconnaître l'écriture. Celle d'Erwin était un peu brouillonne alors que celle du poème était soignée, en bouclettes rondes qui avaient vraiment quelque chose de féminin. Pour s'il restait un doute, il y avait un L et un G en bas de la feuille. D'ailleurs, le furtif coup d'œil qu'il l'avait vue jeter vers la gauche derrière lui, où était assise Lydia, confirmait ses doutes.
Erwin pouvait dire la vérité, à savoir que non. Mais alors Frau Heinz exigerait qu'il dise de qui il était, et même si Erwin prétendait l'ignorer, il était sûr qu'elle se ferait un malin plaisir de le traiter de menteur et citerait Lydia au passage.
Et puis il pouvait ne pas dire la vérité, et dire que oui.
Son père lui avait toujours dit qu'il fallait être honnête mais de toutes manières, le mal était fait, alors autant que ça ne retombe que sur lui. Il n'était pas certain de si Lydia avait voulu se moquer de lui ou pas avec ce poème mais il ne la trahirait certainement pas.
Il planta ses yeux dans ceux presque aussi bleus que les siens de Frau Heinz et il répondit doucement : « Oui. »
Il y avait quelque chose de presque suppliant dans cette réponse douce, dite d'un ton humble et bas. Le crime n'était pas grand après tout, c'était juste une feuille entre les pages d'un livre de cours, et beaucoup de professeurs auraient passé outre, se contentant éventuellement de convoquer Erwin après le cours pour en discuter mais Frau Heinz eut un sourire qui n'avait rien de joli et recula un peu jusqu'à l'estrade, désignant un espace devant le tableau noir :
« Et bien venez donc ici et partagez votre talent avec vos camarades. »
Erwin avait huit ans et il était en train d'avoir sa première crise de panique et sans doute de vivre une des plus pénibles humiliations qu'il lui serait jamais donné de connaître.
Mais il y avait déjà l'homme derrière l'enfant, un homme que le malheur et la mort de son père n'avait pas encore brisé et reforgé, mais un homme déjà fort. Tâchant de contenir sa rougeur, même s'il sentait littéralement ses joues le brûler, il monta sur l'estrade, se plaça devant le tableau, attrapa la feuille que Frau Heinz lui tendait, et sachant qu'il ne pouvait tout simplement pas improviser, et que de toutes manières, elle le corrigerait, il lut, tâchant de garder une voix ferme et de contenir le tremblement de ses jambes :
Ce sont deux lacs glacés, bordés de cadres d'or
Je veux sans me lasser, m'y noyer dès l'aurore
Et seulement pour tes yeux danser, rire et pleurer
Car c'est pour ces puits bleus que je veux exister
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J'aime la sereine clarté de ton regard puissant
C'est comme un ciel d'été s'étendant sur les champs
L'azur du firmament et la blondeur des blés
Tu les as en dedans, et j'aime les contempler
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Comme il est ridicule, comme il est enfantin
Ce poème minuscule et aux mots bien éteints
Il faut une main plus sûre et un talent plus grand
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Pour la juste peinture de ce qui me plait tant
Tes jolis yeux bleus et tes sourcils curieux
Sont deux cadeaux des dieux dans deux coffrets précieux.
Il y eut un rire, le premier, celui de Frau Heinz, puis bientôt un autre, et encore, et encore, et enfin ce furent tous ses camarades qui se mirent à rire, même si la plupart ne savaient pas vraiment pourquoi n'ayant pas tout à fait compris le texte, simplement parce que les autres riaient, et qu'il valait toujours mieux être du côté des rieurs que de ceux desquels on rit.
Seul Lydia ne riait pas, et ses yeux marron étaient baissés. Erwin crut même voir une larme couler sur sa joue et cela le conforta dans son idée qu'il avait bien agi en ne taisant son nom.
« Je dois avouer que je vous savais vaniteux mais je ne vous aurais jamais cru capable de faire un poème à la gloire de vos sourcils, » déclara Frau Heinz entre deux rires.
Si Erwin avait été plus adulte, ou moins humilié, il aurait sans doute trouvé une répartie parfaitement respectueuse où il aurait laissé transparaître tout son mépris pour cette femme mais s'il y avait l'homme en lui, il restait encore un enfant.
Il se contenta donc de retourner à sa place, en serrant la feuille. La classe riait encore et il profita du bruit ambiant pour déchirer les initiales au bas de la page. Même si Frau Heinz réclamait le poème, au moins il serait relativement anonyme.
La seule chose qui l'empêchait de pleurer, c'était qu'il savait d'instinct que cela ferait bien trop plaisir à son professeur. Il n'avait jamais compris cette aversion qu'elle avait pour lui mais il savait que ça avait à voir avec son père qui était aussi enseignant dans cette école. Alors non, il ne donnerait certainement pas à cette femme qui se vengeait sur le fils de ce qu'avait fait le père la joie d'avoir réussi à faire couler ses larmes.
Sans surprise, à la récréation suivante, toute l'école était au courant et ses sourcils déjà trop fournis qu'il détestait et dont on riait sans beaucoup de discrétion devinrent l'objet d'une moquerie générale et il fut désormais connu par tous comme « Sourcil ».
Il le prit avec bonne grâce, bouillant intérieurement mais sachant que s'il montrait à quel point cela lui faisait mal et le blessait, les autres n'en riraient que mieux.
Il avait pourtant le cœur bien gros en rentrant chez lui ce soir-là, quand, alors qu'il passait près de la haie de mûrier, il entendit une petite voix qui l'interpellait.
Il se retourna, près cette fois-ci à attaquer, à frapper, sa patience à bout, mais c'était Lydia et ses cheveux rouges dans le soleil d'avril, et ses joues rouges de gêne, et ses yeux rouges d'avoir pleuré.
« Je suis désolée, Erwin, dit-elle. Tellement désolée ! C'est juste que… tu as toujours l'air si intelligent et plongé dans tes livres. Alors j'ai demandé à ma sœur de m'aider à écrire un poème parce que je me suis dit que ça te plairait… Et tout ça c'est de ma faute !
─ Mais non ! Et puis c'est un très joli poème, » dit Erwin, qui ne le pensait pas vraiment et qui aurait largement préféré qu'elle se dispense d'un tel présent, surtout vu les conséquences.
« Mais je le pense vraiment, tu sais… Que tu as de jolis yeux bleus. Et de jolis sourcils. »
Elle devint encore plus rouge, et Erwin devint rouge aussi mais ce n'était pas la même rougeur honteuse et pénible de l'heure de science.
C'était quelque chose de juste un peu troublant, car s'ils n'étaient que des enfants, dans ce petit garçon et cette petite fille, il y avait un bout d'homme et un bout de femme, et des souvenirs de tas d'histoires et de rumeurs. Près de la haie de mûrier, Erwin fut presque tout à fait consolé de la terrible humiliation d'un baiser maladroit.
L'année passa, la famille de Lydia déménagea, le poème fut perdu, même si le surnom resta.
La tragédie qu'on appelle vie ne tarda pas à rattraper Erwin, et bientôt, il fut orphelin, puis il entra dans l'armée, où le surnom fut peu à peu oublié car tout le monde avait appris à craindre et à respecter le cerveau derrière ces fameux sourcils blonds.
De toute cette histoire, il ne resta finalement à Erwin que le souvenir de cette humiliation cuisante qui l'aida toujours à conserver son calme face aux insultes à peine voilées des politiciens, le fantôme de la douceur de ces lèvres de petite fille contre les siennes près d'une haie de mûrier et, conservé dans une petite boîte, près de l'unique portrait qu'il possédait de son père et une mèche des cheveux blonds de sa mère, un petit morceau de papier déchiré aux initiales L et G.
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Nous savions toutes et tous, ou du moins tout ceux qui sont un jour passés par l'APDES et son topic All Hail Erwin que je perdrais l'esprit à cause des sourcils d'Erwin. J'aimerais vous dire que ça m'a coûté d'écrire ce sonnet, même s'il est vraiment mauvais. Tristement, non. Ça a été dérisoirement facile et j'ai ri tout le long. Oui, messieurs, je vous suis, après avoir enfilé cette jolie blouse blanche avec les manches qui s'attachent dans le dos...
