Pourquoi ?

Je ne suis pas un meurtrier, mais pourtant j'ai déjà tué.

Mes actes, aussi sanglants qu'ils puissent être, ne sont pas cruels ou passionnels.

Ils sont froids, calculés et nécessaires.

C'est curieux n'est-ce pas ? Nous passons des heures et des heures de notre vie à réfléchir à quel type de personne nous souhaiterions devenir.

Nous nous rêvons en héro insoupçonné, qui, lorsque les circonstances seront favorables, sauvera des dizaines de personnes par son courage et son altruisme.

Petit, je souhaitais devenir un astronaute, un pompier comme tant de garçons de mon âge. Puis, grandissant je devins plus rationnel et souhaita pendant de longues années devenir un professeur de sociologie, de français…Qu'importe la matière, je voulais transmettre mon savoir.

Hélas…La vie a fait son œuvre, et me voilà à réfléchir à ma vie tout en contemplant mes mains venant d'avoir pris une vie et encore tachées du sang de ma victime.

Personne ne sait de quelle manière nous sommes venus aux jours. «Nous » ne savons d'ailleurs même pas comment nous qualifier. « Anges de la mort », « faucheurs », « démons »… Les plus anciens d'entre nous prétendent que nous ne sommes sur cette terre qu'uniquement pour remplir notre devoir et que si nous ne possédons de nom c'est car nous venons d'une ère où nul ne parlait.

« Prendre la vie lorsque celle-ci ne peut plus rien donner en retour. »

Encore et toujours le même refrain…Un quotidien fait de pleurs, de peur et un être instaurant la terreur dans les yeux de mes témoins…Voilà ma vie.

Et puis….Un jour tout changea. Occupé à poursuivre une de mes prochaines victimes, je les croisai… Deux individus en apparence banales et pourtant…Toute mon attention était dirigée vers leurs moindres faits et gestes. Je n'avais jamais ressenti une chose pareille par le passé…Me voilà alors transpercé de toute part d'une irrépressible envie de…Envie de quoi ? De les tuer ? Non, certainement pas ! Au contraire, une partie de moi savait déjà qu'il me fallait les protéger, coute que coute.

Cette rencontre c'était déroulée il y a de cela 3 ans et depuis, le Fossoyeur, car tel était le nom de cet individu étrange, ne s'était plus éloigné des personnes qu'il considérait désormais comme des protégés et, avant tout, comme des amis.

Ainsi, afin de se rapprocher de ses charges, il fit ce qu'il dont il n'avait plus eu le désir depuis de nombreuses décennies : il adopta forme humaine. Puis, il se créa de toute pièce une nouvelle identité et désireux d'effectuer au mieux son travail, s'installa en tant que voisin près d'un de ses protégés, adopta le nom de François pour s'intégrer au plus vite parmi les humains.

Et pendant un temps, tout alla pour le mieux. Il apprenait à connaitre ces charges, qui se nommaient Antoine et Mathieu et tissa méticuleusement un lieu d'amitié avec ces derniers. Il partagea ainsi une amitié florissante avec des humains pour la première fois depuis tant d'années.

Pendant quelques années, il apprit alors à se familiariser à la réconfortante chaleur qui envahissait son âme lorsqu'il était en compagnie d'Antoine et de Mathieu. Il s'accommoda lentement à l'irrésistible envie de rire lorsqu'il entendait les nombreuses histoires hilarantes que ses amis lui comptaient.

Il finit ainsi par s'attendrir et s'amouracher de la vie simple et paisible qu'il commençait à mener.

Pourtant, le Fossoyeur demeurait aux aguets. Il n'aurait su dire pourquoi, mais il savait.

Il savait qu'un jour, il devrait user de ses pouvoirs pour protéger l'un d'entre eux et s'il ne savait contre quelles formes de menaces il allait devoir le faire, il s'y préparait déjà.

C'est ainsi que, craignant les pires des créatures, il se prépara inlassablement à contrer les attaques de démons, d'harpies, de goules ou encore de spectres.

Hélas, dans sa paranoïa, le Fossoyeur oublia de se méfier de la plus inoffensive et faible des entités peuplant cette terre : les humains.

Comment aurait-il pu se douter que son efficacité en tant que gardien allait être remise en question par de simples, minuscules et pathétiques humains avides de violences ?

Comment, après tant d'années d'expériences, avait-il pu oublier que la plus grande menace pesant sur les humains est l'humanité toute entière ?

Pourquoi ? Pourquoi causer tant des tords à ses deux protégés ? Eux qui n'avaient jamais rien demandé d'autre à la vie que de la passer ensemble ? Pourquoi répandre tant de haine sur leur passage ?

Non, je ne suis pas un meurtrier. Je suis un vengeur et tant pis pour vous, je vous tuerai, vous et toute votre famille, jusqu'au dernier.