Posté le : 30 Avril 2013. Merci pour toutes vos fantastiques reviews !
Réponses aux reviews anonymes :
• ARnoFool : Ouais, la proposition numéro deux est tentante parce qu'avoir le recul de quelqu'un est toujours appréciable, surtout dans ce genre de récit. J'hésitais vraiment entre les deux choix et c'est pour ça que j'ai laissé les lecteurs départager. Sinon, l'histoire ne sera pas uniquement basée sur le point de vue de Nyx Sommerhearst. En fait, j'ai commencé par le sien parce que cela semblait être le plus logique. Même si elle a une place centrale, on aura aussi la vision d'autres personnages (au chapitre 1 on a eu un bref aperçu de Andrew Burst et Harry). D'autres viendront s'ajouter au fur et à mesure, disons. Ils viendront au moment propice. Tu découvriras un autre POV dans ce chapitre en tout cas.
• Cersei : Merci de tes compliments ! Tu auras sans doute bientôt l'occasion d'avoir un POV d'un des acteurs jouant les « proches » de Harry. Mais je n'en dis pas plus. Il faudra que tu le découvres par toi-même. C'est vrai que d'avoir leur avis ajouterait du relief à la trame générale et j'y ai longuement songé. J'essaie de faire en sorte que les délais d'attente soit très brefs malgré mes autres histoires à achever.
• Marie-Antoinette : Oui, oui, je suis parfaitement ordinaire comme personne. Je ne suis ni un mythe ni une légende. Je carbure juste au Coca (mais je suis flattée que tu ai pu le penser pendant un court moment x)'). Je vois que tu n'es pas restée insensible au pairing Nyx/Kendall-Blais *soupire*. Moi aussi j'aimerai être à sa place. Bon, tu les reverras dans ce chapitre et j'espère que tu apprécieras leur petit échange. Je t'envoie aussi du love, D.
• Karoll-in : C'est super cool que t'ai reconnu la source d'inspiration principale de cette histoire juste en lisant le résumé. Dans cette histoire j'ai inséré pas mal de petits délires persos et référence à d'autres trucs donc c'est nice que quelqu'un ait l'oeil pour ce genre de choses. Pour l'instant, tout le monde apprécie Nyx (cris de la victoire). Oui, parce que bon, je suis moins douée avec les personnages féminins que masculins donc j'essaie de faire très attention à ce que je fais pour pas la rendre pathétique, caricatural ou hystérique. J'espère que tu continueras de l'aimer tout au long de l'histoire !
• Guest : Je suis heureuse que ma transcription du « Truman Show » te plaise à ce point et j'espère ne pas te décevoir avec la suite. Le résultat du précédent vote sera donné à la fin du chapitre.
• Iilaydiiz : D'abord, je tenais à te dire merci pour tes reviews. Même si elle ne s'affiche pas les jours suivants sa publication, tu n'as pas à envoyer une autre. Elle est juste en attente de validation (et vu que je ne le fais pas tous les jours ça prend du temps avant qu'elle n'apparaîsse). Pour mes histoires originales, je les garde perso pour l'instant. Il n'y a que très peu de personnes qui les ont lu, et encore moins en entier. Alors bon. Ça mérite « juste » d'être retravaillé mais je pense que c'est en bonne voie. En ce qui concerne cette histoire, je suis super fière que le personnage de Nyx te plaise parce que j'ai vraiment essayé de lui faire une personnalité à peu près crédible.
• Miliedu12 : Yo, Milie, ça fait super longtemps (j'ai pensé à toi en mettant les boucles d'oreille réglisse : une tuerie). Ne t'excuse pas de l'absence de reviews, c'est un bonus ! En tout cas, je vois que tu repères vite mes sous-entendus graveleux, niark niark ! Suis les actus sur le Baba, tu auras des votes exclusifs aux membres concernant la fic. Je te fais de gros bisoux.
• Polock : Je te remercie pour tes compliments concernant le nom de Nyx mais ils vont à WoR, c'était son idée. Quant à l'histoire, je suis flattée que la trame générale te plaise. Du coup, j'ai peur de décevoir avec le chapitre deux qui est toujours très crucial pour se faire une idée du potentiel d'une fic. Bref, je l'ai soigné autant que possible et on verra bien ce qui en ressortira.
Le mot du bêta – Eymeric : Voilà un beau chapitre, bourré d'émotions, qui fait rire, pleurer, réfléchir... J'ai pris un pied immense à le lire, j'espère que ce sera pareil pour vous ! N'oubliez surtout pas de laisser une review, ça fera plaisir à notre D Would vénérée, et à moi aussi (18 pages Word my friends, c'est de l'extase, mais aussi du boulot !). Je vous love, les lecteurs, et je vous souhaite de passer un bon moment.
CHAPITRE II
« Chacun de nous accepte la réalité du monde auquel il est confronté », – Christophe in. The Truman Show.
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Dawn Manford – qui jouait le rôle de Draco Malfoy – était contrarié. Un des assistants de Andrew Burst était passé aux alentours de midi pour lui transmettre des documents confidentiels : le scénario de la prochaine saison de Harry Potter.
Il n'avait que rapidement feuilleté les chapitres à partir de la rentrée de Poudlard et ses répliques étaient toutes plus détestables les unes que les autres. Il n'aurait pas dû s'en étonner, après tout il était censé jouer un véritable « petit con arrogant ». Mais il ne pouvait s'empêcher de soupirer et de détester davantage son métier d'acteur. À croire que la production faisait tout pour le pousser à bout. Seul Dylan parvenait à rester de bonne humeur à la lecture du script.
Dylan était son frère jumeau. Ils se relayaient sur le tournage afin de pouvoir prétendre à un semblant de vie « normale ». Pourtant, le fait qu'ils échangent leur place plaisait de moins en moins à Dawn. Les quelques fois où son frère profitait d'échanges houleux avec Harry, Dawn ne pouvait s'empêcher de ressentir une bête gronder dans son ventre. C'était comme si... comme si son jumeau lui spoliait – là aussi – un morceau des bonnes choses de son existence. Et Harry en faisait clairement partie.
Même si ce dernier « le » détestait (ou plutôt son personnage), Dawn trouvait ça légitime. À sa place, lui aussi se serait détesté. Les scénaristes de Andrew Burst mettaient beaucoup d'énergie à élargir le fossé entre eux deux. Mais Dawn se trouvait avec les années de nombreux points communs avec Harry : le fait qu'ils portent tous deux en haute estime l'amitié, par exemple.
Dawn trouvait ça répugnant de mentir sur ça. Qu'on mente sur le monde qui l'entoure, le fait que la magie n'existe pas, était une chose minime comparée au fait que ni « Ron » ni « Hermione » n'apprécient réellement Harry. Ils auraient pu... concilier l'illusion de la vérité, et devenir de vrais amis. Mais non, ils avaient préféré « garder une distance professionnelle », comme ils l'avaient dit dans leur dernière interview.
Dawn soupira : à la base, ils avaient auditionné pour être le meilleur ami de Harry. Il aurait tant voulu obtenir ce rôle ! Mais la nature avait voulu que la teinture rousse lui donne une tête affreuse. Dawn et Dylan étaient strictement identiques, de la texture de leurs cheveux, les traits de leur visage, la teinte que pouvaient prendre leurs yeux aux inclinations du soleil jusqu'à leur silhouette.
Toutefois, Dylan était un fervent adorateur des sports de glisse. La production lui avait interdit de trop en pratiquer pour éviter la moindre blessure ou de développer une musculature trop évidente par rapport à son jumeau. Dylan était la vraie star du tournage : tout le monde l'adorait. De nature très sociable et enjouée, il restait l'acteur le plus apprécié du plateau.
Il était d'ailleurs très ami avec quelques protagonistes tel Kendall Bradsprit, jouant Blaise Zabini. Kendall avait passé quelques jours de vacances chez eux pour peaufiner leur jeu en Quidditch. Dawn n'avait aucun atome crochu avec Kendall. Il le trouvait trop... parfait ? Dawn avait du mal à mettre un mot dessus. Kendall était l'archétype même du mec bien foutu, très drôle, sympathique et qui était invité partout. Malgré son rôle quasi-fantôme, tout le monde le trouvait charmeur et charismatique. Dawn ne serait pas surpris si son personnage prenait progressivement en importance.
– Donc, si j'ai bien compris, prononça Dylan, on va être préfet et chef de la brigade inquisitoriale ?
– Exactement, confirma l'assistant. Vous serez un peu plus présents à l'écran et aurez vraiment le rôle du persécuteur, on va dire... Il faudra mettre davantage de passion dans chacune de vos répliques et paraître omniprésent. Il faut que Harry craigne de se faire prendre.
– Prendre par quoi ? demanda Dawn, suspicieux.
– Nous avons prévu que Harry soit à la tête d'une organisation de défense secrète.
– Oh, et comment vous comptez vous y prendre pour qu'il ait cette ingénieuse idée ?
Dylan et lui échangèrent un regard éloquent : les décisions de Harry étaient écrites sur le papier des mois avant leur apparition à l'écran. Les jumeaux savaient bien qu'Andrew Burst pouvait tout faire (et absolument tout), pourtant Dawn adorait remettre en question son pouvoir suprême.
– Disons que les évènements feront en sorte que...
– Les évènements ? Vous comptez encore le torturer psychologiquement ! s'emporta Dawn. Le coup des Détraqueurs sur Magnolia Crescent n'était pas suffisant ?
– Calme-toi, Dawn, grogna son frère. Il nous explique juste le projet.
– J'en ai marre que Burst nous envoie sans cesse ses pigeons voyageurs. On est pas un sous personnage comme Kendall. On est en droit d'attendre les explications de ce qu'il attend de lui-même.
– Mr Burst, reprit l'assistant, est un homme très occupé et son temps précieux est pleinement consacré à faire vivre le monde de Harry Potter. Maintenant que son protégé a découvert le Square Grimmaurd, l'attention des téléspectateurs est à son comble... Votre nouveau script vous guidera pour cette prochaine saison. Vous êtes tenus de le garder secret, bien évidemment. Burst veut éviter toute fuite avant la réalisation des évènements. Et, n'oubliez pas de mettre régulièrement à jour vos actualités sur vos réseaux sociaux.
Une clause dans leur contrat prévoyait que Dawn et Dylan se devaient d'informer leurs fans de ce qu'ils faisaient avec des petites notifications amusantes concernant les anecdotes du tournage, photo à l'appui. Dylan s'exécuta : il sortit de la poche de son jean son téléphone et photographia la couverture du script épais. Le portable de son frère vibra, car également connecté aux actualités de Dylan.
– Ça y est. J'ai marqué « Réception du scénario de la saison. Moins d'un mois pour tout préparer. Dawn et moi avons hâte de retourner sur le plateau ! »
Ce n'était pas tout à fait vrai : Dawn n'avait pas « hâte » de retourner à Poudlard et de se confronter à l'oeil scrutateur de la caméra. Il se lassait de cette grossière supercherie. Et, puisqu'ils incarnaient un des personnages principaux, Dylan et lui faisaient partie de ceux restant cloîtrés au château une bonne partie de l'année. Le décor de l'école de sorcellerie était tout bonnement saisissant, la première fois qu'il y avait mis les pieds, il était resté scotché. C'était deux jours après la rentrée, car Dylan avait tourné pour la cérémonie de répartition et les premiers cours. Cette année, ils s'étaient mis d'accord sur le fait que Dawn jouerait les lundi, mardi et vendredi et que lui s'occuperait du reste, sachant que le dimanche était un jour de congé pour eux.
Sur le plateau de Harry Potter, tout le monde n'avait pas ses congés le même jour afin de donner l'illusion de ce perpétuel mouvement entre les murs de l'établissement. Par exemple, l'acteur jouant Dumbledore – d'après ce qui avait été divulgué par la production – ne travaillerait que les dimanche et lundi. Tout le monde avait son propre emploi du temps dans la série et suivait à la lettre cette partition millimétrée. Le dimanche, généralement, Dawn retournait chez ses parents par le métro souterrain qui reliait le château aux autres pôles du plateau. Dylan – quant à lui – n'était pas du tout dérangé à l'idée de rester là-bas. Il faisait même des heures supplémentaires, se pavanant avec son balai sur le terrain de Quidditch.
La maison des Manford était tout le contraire du château. C'était un petit cottage anglais flanqué près de la forêt de Dean. Mr et Mrs Manford y tenaient un haras de chevaux depuis près de quinze ans. Ils étaient tous d'eux d'anciens traders ayant brusquement démissionné pour retourner « à l'air pur et aux valeurs traditionnelles ». Leurs économies avaient très vite fondu et Mrs Manford s'était inquiétée pour l'avenir financier de ses jumeaux.
Une amie de Londres l'avait contactée un matin pour lui faire part d'une occasion en or : ils cherchaient un petit garçon pour obtenir un rôle très important dans Harry Potter. Avoir de vrais jumeaux était toujours un plus dans l'univers du cinéma. Mr et Mrs Manford avaient d'abord été très réticents, connaissant la folle pression médiatique pesant sur cette affaire. D'ailleurs, ils détestaient la télévision, n'en ayant même pas chez eux. Les seuls échos de la série leur parvenaient à l'époque aux détours de conversations avec leurs voisins. Ils avaient emmené leurs jumeaux à Londres pour un « essai », attirés par les sommes mirobolantes.
Non pas qu'ils furent des gens vénaux, mais ils espéraient ainsi assurer un avenir financier solide à leurs deux enfants. Aujourd'hui, en voyant cet homme véreux expliquer les termes du nouveau contrat, les parents des jumeaux regrettaient leur décision.
– Ils sont encore jeunes... Je pense qu'il leur faudrait une journée de repos supplémentaire où on pourrait les voir tous les deux. En même temps, plaida Mrs Manford. Quand Dylan est sur le plateau, on voit Dawn et vice versa. Vous savez qu'on ne voit nos fils uniquement durant les vacances d'été ?
– Comme la plupart des parents ayant des enfants à Poudlard, fit remarquer l'assistant.
– Poudlard n'existe pas, rugit Mr Manford. Je refuse que mes gosses restent terrés dans vos sous-sols dans des conditions aussi... déplorables !
– Ils ont un jacuzzi, plaida l'assistant en fermant sa mallette.
– Mais ils ne peuvent pas voir la lumière du jour tant que leur frère n'est pas revenu du plateau ! Vous imaginez ce que c'est pour eux de vivre dans vos entrepôts pendant trois longues journées sans la possibilité de sortir ? Vous les enfermez dans une cage !
L'assistant regarda les Manford avant de lentement se diriger vers la porte.
– Lisez le script et si vous avez la moindre question, appelez-moi.
Dylan tapa l'épaule de son frère et rejoignit sa chambre à l'étage. En passant devant sa porte, Dawn l'entendit échanger quelques mots avec Kendall au téléphone.
oooooo
Kendall Bradsprit avait mis le haut-parleur sur son téléphone portable. La voix de son ami emplissait sa chambre tandis qu'il hésitait entre deux tee-shirts. Le barbecue des Sommerhearst était pour dans une heure et il ne savait toujours pas quoi mettre. Il essaya de se souvenir la dernière fois qu'il avait porté le haut bleu avant de le rejeter et de s'assoir sur son lit.
– Tu fais quoi cette après-midi, toi ?
– Je vais aller faire une balade à cheval avec ma mère, je pense, répondit la voix de Dylan. Elle est toujours un peu triste lorsque le tournage reprend. Ça doit changer de l'ambiance des gens chez qui tu vas aller... Ils sont toujours aussi hystériques à chaque saison ?
– Bah, depuis que je connais les Sommerhearst ils trouvent toujours des occasions pour célébrer un truc par rapport au monde de Harry Potter. Je crois que ce sont les plus gros fans de la série que j'aie jamais rencontrés, mec. Nyx m'a dit que sa mère préparait un gâteau en forme de Vif d'or géant.
– Nyx ?
– C'est... C'est leur fille unique.
– Et elle est comment ?
– Mmh, c'est Nyx, quoi.
– C'est très explicite dis-moi.
– Elle n'a que quatorze ans.
– Et alors, ce n'est qu'un an de moins que nous, je te ferais dire, souligna Dylan. Moi j'ai rencontré une gonzesse très sympa pendant les vacances mais elle ne plaît pas du tout à Dawn. Il dit qu'elle n'est intéressée que par ma célébrité... Il peut être vraiment con quand il s'y met.
Kendall reprit son tee-shirt bleu et décida finalement de le mettre. Ça ne sera pas trop mal en fait. Les garçons discutèrent des prochaines semaines avant la rentrée à Poudlard pendant qu'il faisait un peu de rangement dans sa chambre. Si sa mère revenait du travail en découvrant son foutoir, elle partirait dans un nouveau monologue enragé contre la saleté. Travailler à l'hôpital l'avait rendue maniaque.
Lorsqu'il fut treize heures moins le quart, Kendall mit fin à leur petite conversation et enfila ses tennis. La maison des Sommerhearst était à dix minutes à pieds et Kendall avait la flemme de sortir son vélo du garage. Sur la route, il croisa Betty Parker – la serveuse du café restaurant du centre-ville. Betty Parker était une très vieille amie de Mrs Sommerhearst. Quand il n'était encore qu'au primaire, elle s'occupait toujours du stand barbe à papa lors des kermesses et sa fille grognon restait sur le côté.
Charlotte Parker avait été dans sa classe pendant tout le cours préparatoire et pourtant, Kendall ne savait pas grand-chose à son sujet. Charlotte se faisait surnommer « Cha » en l'honneur de la planète vagabonde. Kendall trouvait que ça lui allait d'ailleurs assez bien puisque Cha était continuellement en train de zoner dans les rues de Sinuesa Valley et ses environs. Si elle n'avait pas été exclue jusqu'ici, c'est parce que Cha est une élève géniale. Pas brillante. Géniale.
Kendall l'appréciait parce qu'elle l'avait laissé copier sur elle pendant plusieurs mois. Lorsqu'ils se croisèrent, il lui fit un bref hochement de tête auquel elle répondit. Mais il ne sut pas trop si ce geste lui était destiné ou si c'était elle qui secouait la tête au rythme endiablé du son rock dégoulinant de son casque audio. Cha déambulait d'un pas tranquille auprès de sa mère qui était légèrement boudinée dans sa robe bleu pastel.
Mrs Parker marchait en canard sur ses petits escarpins mais dégageait une aura d'aisance passée. Pour un garçon ravagé d'hormones tel Kendall, il était difficile d'imaginer que cette mère de famille fut auparavant une des nanas les plus canon de la ville et cheerleader. En fait, il avait cru que c'était une légende urbaine jusqu'au jour où il vit sa photo dans la vitrine du grand mémorial de Sinuesa Valley. Un truc qui n'avait pas changé : son énorme poitrine.
Cha n'avait pas vraiment hérité de l'ancien physique ravageur de sa mère. Elle était une fille ordinaire aux longs cheveux noirs rasés sur le côté et attachés en un chignon désordonné en hauteur. Cha n'était amie avec personne, hormis Nyx Sommerhearst. Toutes les deux passaient énormément de temps ensemble et Kendall les avait surpris plus d'une fois en train de fumer ou boire près du terrain de football.
La maison des Sommerhearst était désormais en vue : elle était grande et aux lambris rouge cerise. Le jardin impeccable était tenu par la mère de Nyx se croyant dans un vieux film rétro. Sur la pelouse étaient entreposées des répliques en carton-pâte de centaures, d'élèves de Poudlard et de citrouilles. Ils ressortaient les mêmes décorations pour Halloween.
La chambre de Nyx se trouvait juste au-dessus du garage. Alors qu'elle sirotait une bouteille de Bièreaubeurre accoudée à sa fenêtre ouverte, on pouvait entendre le rythme soutenu d'une chanson ska. Elle s'écria :
– Nyx vous regarde !
Cha ôta son casque audio.
– T'as dit quoi ?
– Nyx vous regarde.
– Et alors ? J'suis censée changer de comportement parce que t'es une sale voyeuse ? Je t'en prie, fais comme chez toi. De toute façon, tout le monde sait que t'es complètement frappée dans le coin.
– Ah, je pensais plutôt que c'était toi, rétorqua Nyx avec un large sourire. Salut, Kendall. Bonjour madame Parker.
– Je suis contente de te voir Nyx. Pourquoi tu ne descends pas venir m'embrasser ?
– Ouais, Nyx... Et si tu sortais de ta forteresse de solitude pour venir te sociabiliser, plaisanta Cha. Tu sais, ce truc que font les êtres humains quand ils en ont assez de se pâmer devant leur ego.
Les lèvres de Nyx se tordirent et elle s'éloigna de l'encadrement de la fenêtre. Dès lors, Mrs Sommerhearst ouvrit grand la porte, un sourire rayonnant.
– Betty !
– Patti chérie, comment vas-tu ? Tu t'es encore surpassée pour cette petite fête, j'imagine.
– Je te le fais pas dire. J'étais dans un état tout à l'heure. Entre, je vais te montrer ce que j'ai préparé.
La présence de Betty avait tout simplement éclipsé celles de sa fille et Kendall. Ils leur emboîtèrent le pas et arrivèrent dans le jardin de derrière où une bonne cinquantaine de personnes discutaient joyeusement en tenant des verres de jus de fruit et de soda. Nyx finit par arriver avec sa bouteille de Bièreaubeurre, à bonne distance toutefois du monde.
– Bonjour le monde réel, prononça-t-elle en se dirigeant vers eux.
– Oh, toi t'as passé ta nuit sur internet à...
– Même pas. J'ai réfléchi.
Cha fronça des sourcils. Nyx n'était pas du genre à se poser des questions pendant des heures.
– Je ne savais pas que réfléchir était devenu nocif pour la santé. Tu le savais, toi, Ken ?
Kendall détestait ce surnom. Ça l'avait poursuivi tout le primaire.
– Non, Charlotte. Je ne le savais pas.
– J'vous sens à cran. Et si on allait dans ta piaule se détendre avec un peu d'herbe...
– Je vous suis mesdemoiselles, sourit Kendall.
Ils se faufilèrent discrètement jusqu'à l'escalier et grimpèrent au premier. La chambre de Nyx était spacieuse mais faisait tout de même fouillis. Ce qu'aimait le plus Cha était ce mélange hétéroclite d'objets insensés que son amie bricolait.
– Tu as enlevé tous tes posters ? fit-elle remarquer en entrant.
Cela faisait des années que les visages des acteurs du casting de Harry Potter en tapissaient les murs. Même si ce n'était pas du goût de Cha, elle s'était habituée à leurs regards. Ce vide la déstabilisait. En guise de réponse, Nyx haussa des épaules. Celle-ci s'assit sur la balançoire suspendue au plafond tandis que Kendall s'installait sur un fauteuil baroque en velours violet. Cha s'assit en tailleur sur le bureau, dos à la fenêtre, et commença à rouler un joint.
– T'as pas l'air en forme, constata Kendall. Qu'est-ce qu'il se passe ?
– Il se passe que... que la production est en ce moment même en train de torturer Harry et que nous on célèbre ça.
– Je trouve tout de même ça plus glamour que de célébrer la mort de sorcières sur le bûcher, fit remarquer Cha en léchant le papier. Non, mais je suis réaliste ! Nyx, ce gamin a été adopté par la chaîne, ils ont le droit d'en faire strictement ce qu'ils veulent. Et crois-moi que d'être un peu bousculé par des Mangemorts est nettement plus plaisant que de voir sa mère se faire battre jour après jour par son salopard de père.
Ici, tout le monde savait que Mr Parker était très violent. Un soir, il y a peut-être six ans, Betty était arrivée en pleurs chez eux. Elle tremblait comme une feuille en serrant très fort Cha contre sa poitrine. Cha en parlait toujours d'un ton très détaché comme si ça ne l'atteignait pas. Mais Nyx, à force de la côtoyer, savait que c'était loin d'être le cas. Cha pouvait parler d'un attentat en rigolant à moitié, tout en trouvant ça absolument atroce.
– Le cas de Harry et le tien ne sont pas comparables. Au moins, toi tu sais la vérité sur ta famille. Lui il... Il ne sait même pas d'où il vient. Il ne sait même pas qu'à l'extérieur ses vrais parents ont envie de le revoir.
– Ses vrais parents l'ont abandonné à la naissance. Ils n'ont plus aucun droit sur lui. Ils sont juste attirés par l'appât du gain. Des purs salopards qui ne valent pas mieux que mon père ou... ou ce crétin juste à côté de toi qui gagne du fric en mentant.
– Wow, tu parles de moi, là ? se révolta Kendall. Je t'ai rien fait, je te signale. Et je gagne cet argent honnêtement, en travaillant.
– Tu... Tu crois vraiment que c'est honnête de lui faire ça ? balbutia Nyx. Je ne veux pas te juger Kendall. Je sais que tu es quelqu'un de bien et tout ce qui va avec... (Cha leva les yeux au ciel en sortant son Zippo) C'est juste que je ne trouve pas ça correct de mentir sur les fondements mêmes de l'existence d'autrui. On est en train d'instrumentaliser sa vie pour en faire un vrai cirque. Tu vois, j'adore mes parents mais je déteste de plus en plus l'idée de... de s'amuser là-dessus. Harry souffre.
– Si ça se trouve il s'appelle même pas Harry, en fait, marmonna Cha.
– Très juste ! s'écria Nyx en la pointant du doigt. Il ne sait même pas comment il s'appelle. Et nous non plus. On... On l'a baisé dès la naissance et là... là on le gave comme un porc pour l'abattoir.
– Et donc tu m'accuses d'affuter les couteaux pour l'égorger, c'est ça ? finit par prononcer Kendall en saisissant le joint allumé. Je sais que cette émission peut-être critiquable en bien des points. Mais regarde tout le bonheur qu'on apporte aux gens. Ça les rend heureux de croire en la magie.
En guise de réponse, des rires s'élevèrent depuis le jardin.
– Je pensais que tu aimais Harry Potter, poursuivit le jeune homme, toujours affalé dans le fauteuil. Quand tu étais toute gamine tu disais que ton plus grand rêve c'était...
– De rentrer à Poudlard, ouais, j'sais. Ça arrive de dire des conneries quand on est tout gamin, non ?
– Amen, soupira Cha en reprenant le joint pour fumer un peu. Tu sais, Nyx... Y'a un gars qui disait que ce n'est pas nous qui fixons les règles du jeu. On ne décide pas ce qui est bien de ce qui est mal. C'est la société qui nous l'apprend. Et parfois, malgré tous les discours grandiloquents du monde, on peut te faire passer quelque chose de mal pour bien, juste parce que ça arrange les comptes de tout le monde. Est-ce que ça reste un acte abject ? J'en sais rien, mais Ken d'amour marque un point : cette supercherie rend des millions de personnes heureuses. Harry est devenu le Jésus-Christ des temps modernes se sacrifiant pour l'amour de l'humanité... Me regarde pas comme ça, Nyx, tu sais que c'est la vérité (Elle lui passa le joint). Moi je dis qu'on doit le laisser dans sa bulle et ne jamais interférer. Parce que si un putain de débile lui disait la vérité, Harry pourrait très mal réagir. Déjà qu'il n'est pas très stable cette année, d'après ce qu'on raconte... Il pourrait, j'en sais rien moi... faire une grosse connerie. Dans le genre irréversible.
– Tu crois qu'il pourrait vraiment se foutre en l'air en apprenant la vérité ? demanda Kendall, affolé.
– J'en sais rien, répondit Cha. On a beau avoir des caméras sur lui, on ne sera jamais dans sa tête... à moins que Andrew Burst nous surprenne avec une de ses nouvelles inventions.
– Même s'il le pouvait, Burst n'entrera jamais dans la tête de Harry, rétorqua Nyx en passant le joint à Kendall. Il est du genre sadique à bander sur la souffrance des autres. Il dit aimer Harry comme son propre fils... Tu parles : il voit juste en lui un investissement à long terme.
– Je ris d'avance lorsqu'ils filmeront sa première fois, prononça Cha, cynique. Bah quoi ? Vous croyez vraiment qu'ils vont nous faire louper une chose pareille ? Ils sont bien trop vicieux.
– J'ai lu dans un article sur Internet que bientôt on pourrait voter pour... pour choisir sa future petite amie. Ils vont publier la liste d'ici deux ou trois semaines, dit Nyx d'une voix triste. On va même décider de ça pour lui, Cha.
– Pourquoi tu t'en préoccupes autant ? Tu ne le connais même pas ce mec. Si ça se trouve c'est un connard.
– Il a l'air sympa.
– Il est sympa, confirma Kendall en rendant le joint à Cha. Je peux comprendre tes états d'âme et le fait que tu puisses trouver ça atroce. J'entends vraiment ton point de vue. Mais même si je pensais comme toi, je n'abandonnerai pas mon job. Grâce à ça, on a pu payer les dernières traites de la maison et s'en offrir une de vacances... Et puis, je pourrais même m'inscrire dans une super université !
– Est-ce que la vérité a un prix, Kendall, mmh ? Est-ce que jouer avec la vie d'autrui pour son propre confort est quelque chose de noble ou de censé ?
– C'est le système qui veut ça, répondit-il, féroce.
– Eh bien je le baise le système ! rugit Nyx. Je le baise, tu entends ! Tu veux pas comprendre ce qu'il peut vivre... Tu fais semblant de ne rien saisir pour te donner bonne conscience. Mais tu veux que je te dise, Kendall ? Tu es dans les rangs des gens cons et méchants qui le brutalisent. Tu n'es pas mieux que Andrew Burst, ses associés ou cette salope qui joue Granger !
– Tu ne peux pas me reprocher une décision prise avec mes parents alors que je n'avais que onze ans ! Et je te trouve bien hypocrite parce que la semaine passée, toi aussi tu voulais entrer dans le casting. Je pense que t'es juste jalouse d'avoir été laissée sur la touche et là, tu veux te trouver une nouvelle lubie pour paraître intéressante.
Nyx ouvrit la bouche comme si Kendall venait de la frapper. Cha termina le joint et l'écrasa contre la semelle de sa chaussure écoutant leur joute verbale avec intérêt.
– Je pensais que tu étais différent, tu vois, dit Nyx d'une toute petite voix. Que tu voyais autre chose que tes propres intérêts.
Des pas se firent entendre dans les escaliers et Mrs Sommerhearst toqua à plusieurs reprises avant d'entrer :
– Eh bah alors ? Pourquoi ces mines affreuses ? Dehors c'est la fête ! Ton père a sorti une pinata en forme de Détraqueur. Allez, venez ! Je suis certaine que vous allez adorer mon repas spécial...
– On emmerde ton repas, Maman, gronda Nyx en attrapant sa veste.
Les sourcils de Mrs Sommerhearst se levèrent bien haut et elle papillonna des paupières.
– Nyx, j'étais prête à faire l'impasse sur ta chambre puant la weed mais là, tu vas trop loin. Tu vas me faire le plaisir de descendre et de dire bonjour à nos invités. Je... Je ne comprends pas ce qu'il t'arrive depuis quelques jours. Ce n'est pas comme si nous n'étions pas les parents les plus cools de la terre, n'est-ce pas Cha ?
– Nope, pas de doute là-dessus Madame.
– Bon, alors je te prie de te calmer, Nyx et de me rejoindre en bas pour fêter le Harry Day comme il se doit.
– Je ne veux pas te suivre. Pas là-dedans. Plus cette fois.
– Nyx, ne m'oblige pas à être désagréable, OK ?
Mrs Sommerhearst descendit les escaliers et Cha admira son calme. À sa place, sa mère l'aurait giflée depuis longtemps. Ça doit sans doute faire partie des rares atouts d'être enfant unique. Intouchable, ou presque.
– Ta mère a raison, plaida Cha. Tu devrais... te calmer.
– Je... Je suis désolée. Je me suis emportée, avoua Nyx. Cette histoire me rend à cran et plus j'y pense, plus ça devient glauque et révoltant.
– On ne peut rien faire, poupée, répondit son amie. On est que des putains de gosses. Tu sais, ces animaux qui se tiennent sur leurs pattes arrières et ne jurent que par leur libido ?
– Je vois le genre, ouais. Je m'excuse Kendall. Je ne voulais vraiment pas te faire de peine. Je peux vraiment agir stupidement parfois. Tu n'y es pour rien. Je sais que je t'ai rendu mal à l'aise et que je viens de ruiner toute chance de... Enfin bref, désolée.
– Excuses acceptées, dit simplement Kendall même s'il semblait tout de même crispé. Je peux comprendre que tu tiennes suffisamment à Harry pour avoir envie de le défendre. Mais tu ne devrais pas le faire en écrasant les autres. Je n'ai pas aimé la façon dont tu as parlé à ta mère. Elle est vraiment sympa avec toi. Ton père aussi. Tu devrais tenter de leur expliquer ce qui te rend aussi nerveuse sans... sans leur sauter au cou.
– Bien dit, monsieur Ken, résuma Cha en s'allumant une clope. Mais je valide le fond de ta pensée, ma vieille. Le monde craint. Il est même périmé jusqu'à la moelle et nous, pauvres humains, on en ronge l'os. Mmh, j'imaginais cette fête plus réjouissante. Où sont passées les pouffes que tu as invitées ?
– Je ne les ai pas invitées. Disons que quand elles ont su que Kendall venait...
Le concerné arbora un large sourire.
– Je suis un aimant à vagins, dit-il.
– Je me demandais combien de temps ça allait prendre avant qu'il nous sorte une de ses plaisanteries vaseuses. Bah ça a été plus long que les dernières fois, fit remarquer Cha en jetant un rapide coup d'oeil à sa montre. Toutes mes sincères félicitations.
– Bon, on devrait descendre, rappela Kendall.
Nyx se sentait mal à l'aise d'avoir été odieuse avec sa mère alors dès qu'elle l'aperçut, elle déposa un bref baiser sur sa joue en murmurant un simple « Désolé ». Mrs Sommerhearst n'était pas rancunière, et encore moins avec sa fille. Elle se souvenait avec précision de son caractère imbuvable à son âge et elle lui pardonnait avec rapidité ce pour quoi ses parents auraient pu sévèrement la punir autrefois.
Elle ne voulait pas que Nyx se sente bridée dans son propre univers, mais d'un autre côté sa revue psychologique posée sur la table basse la regardait d'un œil sévère : « L'adolescent a besoin d'un cadre. Il n'est pas bon pour son développement de lui pardonner trop rapidement ses erreurs ». Mrs Sommerhearst soupira. Au diable les conseils pour ménagère moyenne. Les membres de l'équipe des Comètes d'Orion s'étaient éparpillés dans le jardin en riant bruyamment tandis que Betty prenait des nouvelles de tout le monde.
Curieusement, Cha avait laissé Nyx seule et avait trouvé un vif intérêt à la nouvelle paire de baskets de Yohan Peyfer. L'après-midi se déroula parfaitement et ils improvisèrent même un Muggle Quidditch sur la pelouse parfaitement entretenue du jardin. Même en jupe et escarpins, Mrs Sommerhearst s'était prêtée au jeu, bondissant d'un point à l'autre du terrain pour éviter les Cognards (en réalité des ballons de baudruches noirs).
Une fois la nuit tombée, la mère de Kendall rejoignit la fête en sortant du travail. Elle portait toujours sa blouse d'infirmière, jurant avec la tenue décontractée de Cha. John Sommerhearst brancha le téléprojecteur sur le mur du jardin et tous les invités se rassemblèrent devant tandis que le visage distinct de Harry les fixait sans même s'en rendre compte. Nyx se renfrogna. Ces derniers jours, elle n'avait pas très bien suivi ce qu'il s'était passé dans la série, alors elle fut contente que Kendall le lui résume brièvement.
– Ils l'ont emmené dans la réplique du vieux Londres avec une garde rapprochée. Et là, ils s'apprêtent à lui dire en quoi consiste l'Ordre.
– Une brochette de viande ? chuchota Patti Sommerhearst en surgissant à leur côté.
Kendall en prit deux et mordit dedans tout en regardant la scène diffusée :
– OK, Harry... Qu'est-ce que tu veux savoir ? demanda Sirius avec calme.
Harry respira profondément et posa la question qui l'avait obsédé un mois durant.
– Où est Voldemort ? Que fait-il ? J'ai essayé de regarder les informations des Moldus mais on n'a encore rien annoncé qui porte sa marque, pas de morts étranges, rien.
– C'est parce qu'il n'y a pas de morts étranges pour l'instant, répondit Sirius. Autant que nous puissions le savoir en tout cas... et nous en savons beaucoup.
– Plus qu'il ne le pense, ajouta Lupin.
– Comment se fait-il qu'il n'ait plus tué personne ?
– Parce qu'il ne veut pas attirer l'attention sur lui. Ce serait dangereux. Son retour ne s'est pas déroulé exactement comme il l'aurait voulu. Il l'a raté.
Le silence était total dans le jardin des Sommerhearst. Même John qui buvait ordinairement très bruyamment faisait attention à se faire minuscule. Les questions de Harry étaient généralement pertinentes et l'improvisation des acteurs prouvait – une fois de plus – leur talent incontestable. Ainsi, selon les termes de Sirius et Remus, l'Ordre du Phénix avait pour objectif de contrer les moindres attaques Mangemorts en dénichant le maximum d'information.
Le Quartier Général était incartable et, grâce à ça, seuls les membres pouvaient aller et venir entre ses murs. Harry était donc en sécurité. Nyx trouvait qu'il acceptait trop « bien » la nouvelle, qu'il ne s'énervait pas contre celui qui était censé tirer les ficelles. Pas une seule fois Harry n'a maudit le nom de Dumbledore alors qu'il en avait eu l'occasion.
Mais le problème était tout autre : ils allaient torturer Harry psychologiquement, annihiler tout ce qu'il trouvait bon dans le monde magique pour renforcer son sentiment de solitude et d'insécurité. Ils allaient faire passer Harry pour ce qu'il n'était pas : un menteur.
– Comment peut-il penser cela ? s'indigna Harry. Comment peut-il penser que Dumbledore aurait tout inventé – que j'aurais tout inventé ?
– Parce que accepter le fait que Voldemort soit de retour signifie devoir affronter des problèmes que le ministère n'a plus jamais connus depuis près de quatorze ans, expliqua Sirius, amer. Et Fudge ne peut s'y résoudre. Il est tellement plus confortable à ses yeux de se convaincre que Dumbledore ment dans le seul but de le mettre en difficulté...
– On se demande qui est le dupe, alors, persifla Cha qui était arrivée aux côtés de Nyx et Kendall. Au moins, l'acteur qui joue Sirius est mignon, non ?
– Il n'empêche que c'est un enfoiré, grinça son amie.
La discussion sur les supposés atouts de Voldemort se prolongea un quart d'heure supplémentaire avant que Molly Weasley ne coupe la conversation alors que Sirius lâchait une information cruciale à propos d'une « arme ». Nyx compta mentalement les secondes avant qu'ils ne lancent la pub. Andrew Burst raffolait des cliffhangers.
– La suite dès demain avec Harry Potter et l'Ordre du Phénix ! Tout à l'heure, les interviews exclusives des acteurs incarnant Ron Weasley et Hermione Granger.
Une publicité surgit sur l'écran et une voix féminine et enjouée déclara :
– Allergique à la poussière ? Marre des tâches ménagères ? Voici un produit inédit du monde Harry Potter ! La première gamme de cyborgs elfes de maisons ! Répliques identiques à ceux du tournage, vous aurez le choix entre Dobby, Winky et Kreattur (On présenta une réplique de Dobby, les yeux roulants dans leurs orbites). Votre elfe de maison passe l'aspirateur, lustre le sol ou peut sortir la poubelle. Placez dans le tiroir au niveau de son abdomen vos vaisselles sales et au bout de vingt minutes, elle ressortira resplendissante (La mannequin sortit des coupes en verre de l'imitation lave-vaisselle au niveau du ventre de « Dobby » et Nyx eut un haut-le-cœur). Votre elfe de maison sert également de borne WiFi et dans ses oreilles vous trouverez une prise électrique et plusieurs ports USB. Reconnaissance vocale, GPS et bien d'autres fonctions y sont incluses ! N'oubliez pas de commander votre elfe de maison aux 003 640...
– Tu as raison, grimaça Kendall alors que des invités sortaient leurs téléphones. Il faudrait vraiment faire quelque chose...
ooooooo
Dawn Manford était aussi devant sa télévision lorsque les interviews de Juno et Arnold débutèrent
Juno – qui jouait Hermione – était une vraie peste tyrannique sur le plateau, croyant que tout lui était dû. Elle travaillait tous les jours mais à mi-temps, chose expliquée par son emploi du temps surchargé au collège Poudlard ou ses vacances scolaires chez ses parents moldus. « Je veux dire, pour moi il n'y a aucune différence entre ma vie privée et ma vie publique. Je n'ai qu'une vie. Je n'en ai pas d'autre... celle de Harry Potter. Harry Potter c'est... c'est à la fois une sorte d'hymne à la vie et mmh... C'est une célébration de la vie », expliquait Juno à la caméra avec un petit sourire hypocrite. Baliverne. Dawn était tenté de changer de chaîne télévisée.
Il se demandait pourquoi il s'infligeait autant de mal à les écouter. « Il n'y a rien de faux », martelait Arnold. « Tout est réel. Tout a lieu en vrai. Rien n'est truqué. Il n'y a pas de truquage, seulement un contrôle ». Arnold, quant à lui, provenait du même endroit que Harry : la fondation Andrew Burst. Également orphelin, la production l'avait « acheté » (du moins, adopté) vers ses huit ans pour le former au métier d'acteur. Son existence entière était basée sur le fait qu'il devait devenir un jour le meilleur ami du petit garçon le plus célèbre du monde.
Tout le monde se souvenait avec émotion de leur première rencontre dans le Poudlard Express. D'ailleurs son « Eh bah ça alors ! » était devenu une citation déposée chez copyright et rapportait chaque année quelques dizaines de milliers de dollars.
– Qu'est-ce que tu regardes ? finit par demander la voix de Dylan dans son dos. Le travail te manque ?
– Pas du tout, grogna Dawn en changeant brusquement de chaîne.
– Tu as fini de lire le script ?
– Je l'ai à peine touché depuis tout à l'heure, avoua son jumeau d'un ton morne.
– Il est pas mal, pourtant. Pourquoi tu n'es pas venu te balader avec Maman et moi tout à l'heure ? Ça me manque de ne plus partager de temps avec mon frère préféré.
– Je suis ton seul frère..., fit remarquer Dawn.
Dylan soupira.
– Dis-moi ce qu'il se passe.
– Ça ne te dérange pas de mentir à Harry, de ne pas voir qu'on le manipule.
– Je ne suis pas là pour compatir. C'est notre métier d'acteurs de rendre ce qui est faux absolument vrai.
– Mais Harry ne joue pas, lui ! Il ressent vraiment les choses et... Tu sais que je l'apprécie.
– Tu ne devrais pas. Garde la tête froide. Bon, je vais dormir. Et éteins-moi cette télé.
Dylan finit par quitter le salon et Dawn, à regret, lui obéit.
Oooooo
Le lendemain matin, Molly Weasley ordonna à tout le monde de faire le ménage dans le living-room afin de rendre le prestige d'antan à la très noble et ancienne maison des Black. Ils devaient porter un masque afin de répandre le doxycide sur les rideaux épais et infestés.
Cela fut une longue tâche lassante et Harry trouvait ça rageant d'aider sous cette forme l'Ordre du Phénix. Ron et lui avaient beaucoup discuté cette nuit de ce que le Ministère pouvait bien faire contre lui. C'était lassant de voir qu'autant d'énergie était usée en vain alors que Voldemort se baladait sûrement tranquillement dans l'Angleterre.
Harry jeta un doxy – ressemblant à un gros cafard juteux – dans le seau et poursuivit sa tâche, le ventre noué. Le jour de l'audience approchait et il ne se sentait pas serein. Lorsque les rideaux furent à peu près propres, ils finirent par s'attaquer aux meubles. Harry lustra un vieux chandelier, une console, un petit coffret, puis s'attaqua au cadre d'un tableau.
Le sujet commença à parler avec Harry d'une anecdote à propos de Sang-Mêlés décapités. Harry n'y prêta qu'une très vague attention quand le tableau émit un crépitement étrange puis la toile devint aussitôt noire d'encre, faisant disparaître son sujet.
Harry resta un long moment incrédule puis déposa son doigt sur la texture de la toile. On sentait les coups de pinceau mais... c'était comme si ce n'était pas un vrai tableau. Il pouvait entrevoir les contours de son visage et c'était très déstabilisant.
– Qu'est-ce qu'il y a Harry ? demanda Ron en jetant un vieux médaillon dans la poubelle.
– Je... Le tableau. Il me parlait et puis tout d'un coup il a disparu.
– C'est tout à fait normal, répondit Hermione. Les sujets n'ont pas que ça à faire de rester toute la journée dans la même toile. Ils ont des visites à faire.
– Oui mais là, c'était différent. En général, quand ils partent ils... ils s'approchent du bord du cadre. Là il discutait et puis bam! c'était tout noir. Et puis regarde, Hermione. Regarde bien. On se voit un peu au travers... comme une sorte de miroir.
– Je... Je suppose, Harry, hésita-t-elle.
– On dirait une sorte de... d'écran de télévision, appuya-t-il.
– J'en sais rien, vieux, rétorqua Ron. Je ne sais pas à quoi ça ressemble. Moi je pense qu'on est entouré d'objets de magie noire et que ce truc doit en faire sûrement partie. Cette baraque est ensorcelée. On devrait demander à Maugrey de jeter un œil à ce truc quand il reviendra.
– Excellente idée. Il vaut mieux être très prudent avec ce qu'on manipule ici, dit Hermione. Viens Harry, on va aller aider à faire des sandwiches dans la cuisine.
Harry jeta un coup d'oeil au tableau, sceptique, puis finit par la suivre après avoir enlevé son masque et ses gants.
Ooooooo
– Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque ! cria Andrew Burst à l'adresse de son équipe technique. Je pensais que tout était au point ? Personne n'a vérifié l'état des tableaux avant le lancement ?
– Si, répondit un ingénieur. Même trois fois. Ils étaient tous en très bon état. Ce dysfonctionnement doit être interne. Nous ne sommes pas encore certains de l'origine du problème mais on suppose que...
– IL FAUDRA BIEN PLUS QUE DES SUPPOSITIONS ! vociféra Burst en l'empoignant brusquement par le col. Ce genre de déconvenue peut exacerber ses doutes et mettre en place un questionnement que nous voulons tous ici éviter.
Hors de lui, il le repoussa contre le mur et saisit le micro de commande. Andrew Burst appuya sur un bouton orange et prononça :
– Dites à... à ce mec-là, qui joue Alastor Maugrey d'entrer sur le plateau en prétextant une pause déjeuner bien méritée. Qu'il aille inspecter le tableau et le foute hors du plateau, c'est compris ?
La régie s'activait dans tous les sens tandis que Andrew Burst se laissait tomber dans son énorme fauteuil, se massant les tempes. À croire qu'il n'était entouré que d'incapables... Il jongla entre les caméras et regarda ce qu'il se passait dans les cuisines du 12, Square Grimmaurd.
Harry coupait les croûtes de pain de mie en écoutant Mrs Weasley. Il n'avait pas l'air de poser davantage de questions... Au fond, Burst était terrifié que celles-ci ne surgissent à un autre moment sous une forme insolite.
Ce soir, il brieferait lui même Juno et Arnold. Les décorateurs avaient aménagé un passe-muraille dans une des salles de bain de la maison pour que les membres de l'équipe du maquillage, du son ou des coachs puissent entrer au contact des acteurs sans qu'ils ne s'absentent. C'était un stratagème qu'ils utilisaient depuis des années dans d'autres endroits et qui fonctionnait merveilleusement bien. Et puis, ça pouvait leur permettre de sortir décompresser un quart d'heure à vingt minutes hors du studio, consulter leurs adresses mail ou leurs réseaux sociaux.
Burst avait un sens aigu du détail et cette panne de tableau lui revenait dans la figure comme un échec qu'il aurait pu éviter. Il espérait juste que l'alibi du tableau ensorcelé serait suffisamment convaincant pour faire taire les suspicions de Harry.
Ooooo
En sortant des cours, Nyx se souvint que c'était l'anniversaire de sa mère.
Elle ne prit pas le bus et fila vers le centre-ville et pria pour que sa carte de retrait crache un petit billet. Nyx se frappa la tête en se souvenant avoir utilisé son crédit en achetant le vinyle d'un groupe qu'elle adorait tant. Elle fila sur la grande avenue et débarqua dans l'étroit appartement qu'occupaient les Parker. Varro – le grand frère de Cha – lui ouvrit.
Il portait un de ses énormes tee-shirts dégueulasses et était mal rasé. Varro était accro aux jeux en ligne et passait le plus clair de son temps les doigts agrippés à son clavier. Il était du genre gentil et très protecteur. Mais il impressionnait beaucoup Nyx de par sa carrure, contrastant avec ses cheveux en fil d'or.
Varro lui grogna un bref « Salut » avant de la laisser entrer. Il retourna sur le sofa, pris son ordinateur portable sur ses genoux et ne lui accorda pas le moindre regard. Le petit frère de Cha – Andy – était blotti contre Varro en suçant son pouce, obnubilé par le direct de Harry Potter. Il n'avait même pas entendu Nyx arriver. Elle toqua à la porte de la chambre de Cha et attendit sa permission d'entrer.
– Cha, je suis dans la merde. C'est l'anniversaire de ma mère et j'ai pas une thune, commença-t-elle. Tu pourrais pas m'en prêter un peu ? Je te rendrai le double, promis.
Depuis qu'elles se connaissaient, elles se rendaient toujours le double de quelque chose. Ça pouvait être un paquet de cigarettes, de l'argent ou une paire de claques bien méritée.
– Donne-moi une bonne raison de t'aider, rétorqua Cha en levant le nez de son magazine grunge. Je veux dire, autre chose « Maman est cool » et « Je suis ta seule vraie amie ».
– Mmh, je te le rendrai en nature ? tenta Nyx.
– Fais gaffe, tu pourrais exacerber des désirs enfouis.
– Oh, allez Cha. S'il te plaît. Et je prêterai mon pull que tu adores. Tu sais celui en cachemire.
– Le cachemire c'est pour les snobes.
– Eh bien figure-toi que je suis snobe. Et ça ne t'a pas tué de me serrer dans tes bras quand je l'avais.
– Je ne t'ai pas serré dans mes bras, tu m'es littéralement tombée dessus en chialant comme une morveuse parce que Yohan Peyfer avait...
– Ouais bon ça va. Tu as de l'argent alors ?
– Je suis fauchée comme les blés et tu l'aurais su en passant un simple coup de fil. T'as qu'à dire à ta mère que tu avais commandé son cadeau sur Internet et qu'il n'est pas encore arrivé.
– T'as raison, soupira Nyx. Bon, je vais rentrer chez moi, alors. On se reparle tout à l'heure, hein ?
– Pas de souci ! Et dis à Varro de baisser le volume de cette satanée télévision en sortant.
Le chemin jusqu'à chez elle en bus fut relativement court. Nyx ne pouvait s'empêcher de tordre ses mains d'appréhension à l'idée de rentrer les mains vides. Pourtant, ça ne serait pas la première fois : elle oubliait pratiquement chaque année l'anniversaire de sa mère. La Ford Anglia brillait légèrement, signe que son père l'avait nettoyé pour emmener sa mère diner quelque part.
En rentrant, Nyx fut tout de suite interpellée par les petits cris de joie provenant du salon. Elle s'approcha et ouvrit les yeux ronds. Au milieu du monticule de cartons et de papier bulle se tenait une réplique exacte de Dobby. Patti Sommerhearst était agenouillée devant lui et tapotait son crâne en riant tandis que son époux disait :
– Alors, il te plaît ? Tu en es sûre ?
– Il est parfait, John ! répondit-elle d'une voix émue. Comme je me l'imaginais. Je ne pensais pas que tu m'en commanderais un. Ça a dû te coûter une vraie fortune !
– Oh, tu sais, l'argent c'est fait pour être dépensé. Surtout quand on a une aussi jolie p'tite femme. Allez, allume-le.
– J'ai les mains qui tremblent.
Son index trouva son nombril et aussitôt, l'elfe de maison ouvrit ses gros yeux vert en forme de balle de tennis et dit de sa petite voix fluette :
– Bonjour Maître, bonjour maîtresse. Comment vous appelez-vous ?
– Nous sommes la famille Sommerhearst. Moi c'est Patti, lui à côté c'est mon mari John. Et derrière notre fille Nyx.
– Ne m'inclus pas dans cette horreur, maugréa sa fille, encore abasourdie.
– Je suis enchanté de vous servir, famille Summerhurst.
– Et voilà qu'il écorche notre nom, grommela-t-elle en balançant son sac à dos au sol.
– Oh, on ne va pas lui en vouloir pour ça, non ?
– Comment voulez-vous m'appeler ? demanda le petit elfe.
– J'ai une idée ! Tu t'appelleras Vector.
– Très bien, madame. Mon nom est Vector. Si cela ne vous convient pas vous pourrez le changer depuis le panneau de configuration. Que puis-je faire pour vous servir ?
Nyx était catastrophée. Ils allaient vraiment avoir un elfe de maison ?
– Chérie, regarde la notice ! s'exclama Mr Sommerhearst. Il peut faire de la musique. Tiens, donne-moi un CD.
Sa femme en prit un au hasard et John Sommerhearst le sortit de son étui. Vector l'elfe ouvrit grand la bouche et avala le CD. Quelques secondes plus tard, un tube disco résonnait dans le salon et Mrs Sommerhearst semblait conquise. Nyx hésitait entre le rire nerveux et l'envie irrépressible de vomir.
Les prouesses techniques de l'elfe de maison avaient complètement fait passer Nyx au second plan et ses parents ne lui demandèrent même pas si elle avait passé une bonne journée. Elle rejoignit sa chambre et ressentit le besoin de parler à quelqu'un qui la comprendrait vraiment, et cette personne ne semblait pas se montrer pour l'instant.
Après avoir rapidement fait ses devoirs, Nyx prit tous ses posters enroulés en tube dans un coin de la pièce et descendit avec jusqu'au garage. Ses parents – trop extasiés de faire la conversation à leur elfe – ne l'entendirent pas prendre son vélo.
Elle se dirigea vers la plage de Sinuesa Valley, ses posters dans son panier. Nyx ne savait pas trop ce qu'elle faisait et pourquoi elle agissait ainsi exactement. Elle avait juste l'impression que son monde, ses certitudes et tout ce qu'elle aimait auparavant prenaient un goût amer. Une fois son vélo attaché à l'entrée de la plage, Nyx attrapa ses posters et entreprit de gravir une dune. Elle rassembla quelques pierres et dessina un cercle au sol et mis au centre les images.
– Bon, eh bien... J'imagine que c'est un adieu, dit-elle, la flammèche de son Zippo juste au-dessus. Je fais ça pour Harry. Parce qu'il mérite mieux que... que le mensonge. Et pour moi aussi. Ouais, je l'avoue. J'ai envie de me donner bonne conscience, de me dire que je ne suis pas pourrie moi aussi.
La flamme embrasa le poster de Dawn Manford qui se consuma en quelques secondes. Une fumée âcre s'en échappa et Nyx se sentit soulagée et emplie de fierté personnelle tandis que la nuit commençait à tomber. Elle regarda un long moment l'onde calme et lisse de l'océan.
« Tu sais, Nyx... Y'a un gars qui disait que ce n'est pas nous qui fixons les règles du jeu. On ne décide pas ce qui est bien de ce qui est mal. C'est la société qui nous l'apprend. Et parfois, malgré tous les discours grandiloquents du monde, on peut te faire passer quelque chose de mal pour bien, juste parce que ça arrange les comptes de tout le monde. Est-ce que ça reste un acte abject ? J'en sais rien, mais Ken d'amour marque un point : cette supercherie rend des millions de personnes heureuses. », avait dit Cha le jour du barbecue.
Était-ce vraiment ça, alors ? Est-ce qu'il fallait fermer les yeux sur tout ça tout simplement parce que Harry était un générateur de revenus ? Sans lui, il n'y aurait peut-être pas eu aussi tôt la technologie trois dimensions pour le cinéma, des images mouvantes sur le papier, l'internet sans fil, les hologrammes téléguidés qui donnaient des informations, les micropuces intelligentes, les neurotransmetteurs qui ont pu guérir des cancers, des parcs d'attractions aussi géniaux, l'invention du balai volant, le Quidditch ne serait jamais entré comme sport dans les Jeux Olympiques, des personnes handicapées n'auraient pas pu bénéficier d'un aussi grand confort grâce aux télécommandes de lévitation...
Oui, force était de constater que le monde de Harry Potter avait fait de grandes choses. Sans cet univers, les parents de Kendall auraient toujours autant de problèmes financiers, ses parents à elle n'auraient sans doute pas de passion commune et Nyx n'aurait certainement jamais adressé la parole à Cha il y a quelques années. Nyx pesait le pour et le contre : est-ce que ça en valait le coup ?
– Hey, qu'est-ce que tu fais là ?
Nyx sursauta en entendant la voix de Kendall.
– Oh, salut... Tu n'es pas à l'entraînement de Muggle Quidditch ?
– Il y en a pas ce soir. Ton père ne fait jamais de séance quand c'est l'anniversaire d'un des membres de sa famille. Pourquoi tu n'es pas avec eux ?
– J-Je profitais de la mer. Et puis ils doivent certainement s'amuser comme des fous.
– Mmh, je ne suis pas certain de vouloir avoir cette conversation.
– Ils ne s'amusent pas comme ça mais ils... Mon père a acheté un elfe de maison pour l'anniversaire de ma mère. Et pour tout te dire, je suis répugnée. Sinon, qu'est-ce que tu fais ici ?
– En tant que candidat à la présidence de mon lycée, je dois me montrer utile. Je fais de la prévention pour la contraception et les maladies sexuellement transmissibles. Une fois par semaine je vais sur la plage ou près de la butte pour distribuer des préservatifs aux gens, expliqua-t-il en s'asseyant à ses côtés.
– La pêche a été bonne ?
– Plutôt, ouais, avoua-t-il en sortant de ses poches une poignée de capotes de tailles et de couleurs différentes.
– Je suis curieuse de savoir ce que tu leur dis.
– Amusez-vous bien et sortez couverts. Pas plus. C'est pas le moment. Il vaut mieux laisser faire les choses et leur laisser le libre arbitre. Ils sont assez grands pour savoir ce qu'il y a de bien pour eux.
– Comme Harry.
Kendall soupira.
– Ouais, comme ce bon vieux Harry.
– Je m'excuse de te saouler avec cette histoire, prononça Nyx en jouant avec des poignées de sable.
– Tu ne me gaves pas, non... C'est juste que je m'inquiète pour toi.
Elle fronça des sourcils.
– Ce n'est pas très bien vu de ne pas aimer le monde de Harry Potter, dit-il après avoir rapidement regardé autour de lui. C'est comme ça, c'est tout. Garde-le pour toi mais ne le crie pas sur tous les toits, ne le dit pas à n'importe qui et surtout... surtout ne l'écris jamais sur Internet.
– Tu veux dire que...
– Je ne t'ai rien dit Nyx. C'est toi qui en tires les conclusions.
– Alors c'est vrai ? Ils nous surveillent.
Kendall ne répondit rien.
– Je ne sais pas. Je sais juste qu'ils ont suffisamment de moyens pour faire taire quelqu'un. Tu te souviens du premier acteur qui jouait Dumbledore et qui avait glissé à Harry un sous-entendu comme quoi le monde magique n'était pas réel ?
Nyx n'avait que dix ans à l'époque. Mais elle s'en souvenait parfaitement parce que ses parents avaient la collection DVD de chaque année scolaire passée à Poudlard. « La vérité, avait dit le premier Dumbledore, elle est toujours belle et terrible, c'est pourquoi il faut l'aborder avec beaucoup de précautions. »
– Eh bien, après son renvoi de l'émission on raconte qu'il se serait isolé en Nouvelle-Zélande et qu'il fuit autant que possible les caméras.
– Mais, ils ne l'ont jamais renvoyé de la série !
– Je sais. Ils ont dit qu'il allait se consacrer à une retraite bien méritée... Mais il est clair que ce n'est pas comme ça que les choses se sont passées. Andrew Burst a le bras affreusement long. Tant que tu fais exactement ce qu'il te dit et que tu as une attitude exemplaire, tout ira bien dans le meilleur des mondes.
– Et dans le cas contraire ?
– Eh bien, prépare-toi à un petit exil forcé à l'autre bout du monde. Il y a bien des groupes anti-Harry Potter qui existent comme le FHM : le Free Harry Movement.
– Je n'en ai jamais entendu parler, murmura Nyx, interloquée.
– Exactement. Très peu de gens savent qu'ils sont là. Burst ne veut pas qu'ils puissent prendre la parole et dire ce qu'ils peuvent penser sur le sujet. Il est propriétaire de deux-tiers des chaînes télévisées les plus vues au monde et est ami avec la plupart des PDG des autres. Il contrôle également la presse écrite et Hollywood est à ses pieds. C'est un mec vraiment à part et plein de ressources. À côté, les FHM sont des électrons libres qu'il peut écraser avec un seul coup de téléphone.
– Pourquoi est-ce qu'il ne le fait pas ?
– Parce qu'il... Parce qu'il doit se dire qu'en faisant ça, ça ne serait pas subtil. Les FHM diraient sans doute qu'on tente de les faire taire. Ça leur octroierait une sorte de légitimité et ils en seraient bien contents. Burst veut éviter ça autant que possible alors il les décrédibilise en les faisant passer pour des illuminés qui ne savent pas vivre avec l'ère du temps.
Nyx eut un rire dépourvu d'humour.
– Il fait la même chose avec les FHM que le Ministère de la Magie avec Harry cette année.
– On peut dire ça comme ça... Ce que j'essaie de te dire c'est que rien dans cette histoire n'est évident et qu'on est désormais allé trop loin pour aller en arrière. Si les FHM obtiennent un jour raison, Harry se retrouvera dans une grande détresse. Tout ce qu'il est, tout ce qu'il fait est bâti autour de la certitude qu'il est un sorcier. Si on lui enlève ça, qu'est-ce qu'il lui restera ? Si tu aimes Harry autant que tu le dis... tu devrais laisser ça de côté, le laisser croire ce qu'on lui montre. Allez, viens. Éteins ton feu et je te raccompagne chez toi.
Nyx se leva et jeta des poignées de sable sur les flammes qui s'étouffèrent. Kendall et elle descendirent la dune et elle alla récupérer son vélo. Ils marchèrent côte à côte dans les rues quasi désertes de Sinuesa Valley. Nyx avait du sable dans ses chaussures et voulait les enlever.
La sensation était particulièrement désagréable mais elle luttait pour paraître tout de même classe auprès de Kendall. Il portait un sweat rouge avec un logo du sidaction devant. Il semblait tout à coup songeur et Nyx ne trouvait pas comment relancer la conversation. Elle aimerait bien en savoir plus sur sa vie dans son lycée et les filles qui lui tournaient constamment autour. Sa maison était désormais en vue mais la voiture de ses parents n'était pas là.
– Je crois qu'ils sont partis au restaurant, dit-elle. Tu veux manger un morceau ?
Nyx savait que les parents de Kendall n'étaient pas chez eux. Sa mère étant infirmière et son père pharmacien, ils étaient tous les deux de garde cette nuit-là. Elle l'avait entendu le dire il y a deux mois dans le car menant au dernier tournoi de Muggle Quidditch.
– Je suis désolé. J'ai plein de trucs à faire pour demain. Mais... Le week-end prochain, je fais une petite fête chez moi. Tu n'as qu'à venir avec Cha. Elle est cool.
– D'accord. Bon, eh bien au revoir.
– Salut, Nyx.
En le regardant partir, Nyx fut affreusement déçue. Elle se demandait si Kendall l'invitait pour elle ou parce qu'il trouvait Cha intéressante. En refermant la porte d'entrée derrière elle, Nyx fit un bond en arrière en voyant l'elfe de maison la fixer avec ses gros yeux.
– Vector a apporté ses chaussons à mademoiselle la Maîtresse.
– Ne me touche pas, sale bête ! beugla-t-elle en grimpant les escaliers à toute allure.
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Au précédent dileme, vous avez voté massivement pour la motion numéro 1, favorable à ce que Nyx Sommerhearst devienne figurante dans le monde de Harry Potter (21 voix pour – 8 voix contre – le reste sans avis, je crois bien). Le prochain chapitre se recentrera davantage sur la découverte du Ministère de la Magie et l'audience. Puis à partir du 4 ça sera le Poudlard Express ! Je sais que vous avez hâte de découvrir l'école de magie et ses coulisses (et moi aussi). Il faudra juste attendre pour que Nyx y soit recrutée. Voici un nouveau choix que je vous propose. Prenez la bonne décision ! (Et surtout, n'oubliez pas de me donner votre avis sur le chapitre en soit quand même... Faire de longs trucs c'est toujours compliqué, mine de rien). Je vous embrasse et merci de m'avoir lu, D. Would.
• Par review :
TAPEZ 1 : Si vous voulez le point-de-vue de Juno (alias « Hermione Granger »)
TAPEZ 2 : Si vous voulez le point-de-vue de Arnold (alias « Ron Weasley »)
– nda : Si vous votez assez rapidement, il est fort possible que le POV de l'un ou de l'autre soit disponible dès le chapitre 3 ! Pour en savoir plus sur l'avancée de mes fanfictions, vous pouvez rejoindre mon groupe facebook « The Baba O'Riley » ! Là-bas vous pourrez trouver des images liées à l'univers de cette fic et aussi participer à d'autres choix. Cette semaine, vous y avez un sondage en ligne pour savoir dans quelle maison sera Nyx Sommerhearst ! See ya.
