Posté le : 5 Mai 2013. Sunshine !
Réponse aux reviews anonyme :
– N'hésitez pas à lire ces réponses car il se pourrait que je réponde à des questions que vous vous êtes posées dans votre lecture.
• Julie : Oh, merci merci merci ! Je suis super fière que le concept te plaise. Je ne sais pas si le concept a déjà été repris ailleurs mais je sais qu'en anglais quelqu'un a écrit un crossover là-dessus mais ça se concentre sur la fin de l'expérience et c'est totalement différent de ce que j'ai fait. J'ai adoré donner l'illusion du réel, que cette interprétation est tout à fait crédible. J'aimerai bien que d'ici un an ou deux, quand quelqu'un relira ses bouquins Harry Potter, il se dira « Non mais le pauvre Harry est filmé ». Je crois que ça serait une vraie réussite.
• Marie-Antoinette : Bizarrement, le prénom de Vector est venu tout seul. Je ne me suis pas posée une seule question ! En tout cas, il a marqué pas mal de monde et j'en ri encore. On le retrouvera dans ce chapitre-ci et sans doute les suivants. Je ne pense pas que notre monde soit plus humain que celui dans lequel évolue Nyx. C'est juste... parallèle. Je suis certaine que ce genre de télé-réalité pourrait exister. Il y a bien eu un micro-concept comme ça en Grande-Bretagne il y a quelques années où il n'y avait que des enfants dans une maison et on voyait comment ils évoluaient sans l'aide d'adultes ou encore le bébé qui est né dans le loft en Suède (je crois bien).
• Cersei : Haha, mais on est pas obligé de voter, hein. Merci de tes reviews en tout cas, elles font chaud au cœur. Si je parviens à écrire autant de choses aussi rapidement pour cette histoire c'est parce que je suis en vacances jusqu'à septembre (oh yeah), mais aussi parce qu'imaginer ce monde est réellement stimulant et je peux faire plein de choses. Ça me permet de relire le tome 5, d'imaginer des choses et c'est grisant. En ce qui concerne le jeu d'acteur entre Dawn et Dylan, tu as raison : il faut une synchronisation parfaite. En même temps, ils ont été formé pour. Cette idée m'avait vraiment percuté (autant se servir de certains clichés de la fic et en tirer profit). Pour Nyx et son arrivée à Poudlard, je ne peux strictement rien dire. Il faudra lire !
• Polock : Ah, my dear Juno. Je sais que beaucoup ont vraiment envie d'en savoir plus sur son compte et je pense que ça peut donner lieu à des scènes mémorables, héhé. Je sais que l'évolution de Nyx n'a pas été graduelle. En même temps, c'est un pris parti : dans la vie, parfois, on a des déclics qui font qu'on peut tout remettre en question. Et c'est ce qu'il s'est produit pour elle. Bon, après elle a pas fini de cogiter (je n'en dis pas plus) ! Pour le personnage de Kendall, je ne sais pas encore quoi réellement en faire mais j'imagine que ça viendra. Sinon je te remercie pour ta review et d'apprécier « le coup du lecteur CD ».
• Guest : Merci pour ta review ! Avec mon bêta on a relu le chapitre 1 et on s'est senti très honteux. Je pense que c'était dû à l'euphorie de tenir une nouvelle histoire etc. On sera plus vigilents, rassure-toi. Après bon, on est pas à l'abris d'énormes bourdes (j'en fais régulièrement), mais sache que le chapitre 1 a été updaté avec, normalement, pas de fautes. Je vais essayer de conserver une certaine qualité dans mon récit et j'espère que ça te plaira toujours autant.
• Mess : Roooh, trop de compliments. Je fonds. Le personnage de Nyx me demande énormément de travail parce que, finalement, je la découvre en même temps que les lecteurs quand l'intrigue progresse. Je travaille ses réactions, son passif, ses relations (en même temps!). Et ça a pour but de créer une véritable personnalité originale. J'ai envie qu'on s'attache à elle autant qu'elle a pu s'attacher à Harry au fur et à mesure des années. J'ai eu l'idée de cette histoire en relisant le tome 1 puis, la confirmation m'est venue en revoyant « The Truman Show ». J'avais envie d'écrire cette histoire depuis janvier environ mais je me suis calmée pour pouvoir finir mon semestre. Maintenant que je suis libre, je peux vraiment faire ce dont j'ai envie et écrire toute la journée (bon en général, j'écris excessivement vite donc ça me prend deux après-midi, grosso modo puisque je me prends une matinée pour faire mon brouillon. J'écris de plus en plus vite grâce à mes études puisqu'on doit faire des devoirs de six à huit pages en deux heures, alors bon... je pense que j'ai acquis des automatismes). Sinon on reparlera du « tableau foireux » dans ce chapitre, mais je n'en dis pas plus.
• Iilaydiiz : Ouais, je voulais que Dawn apprécie déjà Harry pour montrer que les acteurs eux-mêmes ne sont pas insensibles à son sort. Par exemple, Kendall dit bien dans le chapitre II que Harry « est sympa ». Ils ont tous un avis sur lui et Dawn doit le connaître d'une manière bien particulière vu son rôle dans la série... Et puis, ça le force à se remettre en question. Ton raisonnement sur la vérité trouvera un petit échos dans ce troisième chapitre que j'ai adoré écrire. J'espère vraiment qu'il te plaira en tout cas.
• Miliedu12 : Oui ! Tu es trop forte : le coup des ports USB dans les oreilles vient bien du manga « Chobits » que j'avais adoré découvrir quand j'étais au collège. Le sujet des relations cyborgs/humains y est très bien traité et je m'en suis grossièrement inspirée. Haha, sale gourmande : un threesome les jumeaux Draco x Harry ? Non mais, oh ! Calme tes ardeurs (bon t'es pas la seule lectrice à y avoir pensé mais, malheureusement, Dylan n'est pas de ce bord là).
Le mot du bêta – Eymeric : Salut les loulous ! J'espère que vous allez bien depuis le dernier chapitre. Cette fois vous avez le droit à un looooong texte (CMB). Je l'ai corrigé d'une traite, tellement il m'a passionné. J'ai hâte de lire vos réactions (ouais, c'est une jolie manière de quémander la review) ! Dans ce chapitre, l'univers s'installe vraiment, c'est extrêmement intéressant, je souhaite que vous preniez le même plaisir que moi. Ou carrément plus. Il faut que ça soit OR-GAS-MIQUE ! Alors on remercie la déesse D Would, on sacrifie un poil d'elfe de maison sur l'autel de la sainte fanfiction, et on scande le cri de guerre : NYX ! NYX ! NYX ! Bonne lecture les loulous !
CHAPITRE III
« Grâce à moi, [Harry] a eu la chance de vivre dans un monde [magique]. C'est votre monde, celui dans lequel vous vivez, qui est anormal. [Poudlard] c'est le monde tel qu'il devrait être. Je crois que ce qui vous chagrine en réalité, c'est qu'en fin de compte [Harry] préfère sa ''cellule'', comme vous dites. » – Christophe, in. The Truman Show.
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Nyx toqua doucement contre la porte ouverte. Elle avait la gorge nouée et ne cessait de rajuster la lanière de son sac à bandoulière. Dans la salle vide, Greg Aaron – professeur d'Histoire du collège – rangeait une maquette du Colisée.
Il se retourna et sourit à Nyx. Elle faisait partie des élèves médiocres s'asseyant au fond de la classe, à dessiner. Mr Aaron ne lui en avait jamais fait la remarque. Au début, elle pensait que le fait qu'il soit ami avec son père la protégeait, en quelque sorte. Puis avec le temps, elle s'était rendu compte que l'enseignant ne disait jamais rien de désobligeant contre qui que ce soit.
C'était la fin des cours et tout le monde se dépêchait de rentrer chez soi. Nyx trouvait que c'était l'occasion rêvée pour parler à Mr Aaron, de lui partager ce qu'elle ressentait à propos du monde de Harry Potter.
Cela faisait déjà plusieurs jours qu'elle retournait sa dernière conversation avec Kendall dans sa tête : « Ce n'est pas très bien vu de ne pas aimer le monde de Harry Potter. C'est comme ça, c'est tout. Garde-le pour toi mais ne le crie pas sur tous les toits, ne le dit pas à n'importe qui et surtout... surtout ne l'écris jamais sur Internet. » « Tu veux dire que... » « Je ne t'ai rien dit Nyx. C'est toi qui en tires les conclusions. » Nyx – par mesure de précaution – referma la porte de la salle derrière elle. Autant suivre les conseils de Kendall et ne pas laisser des oreilles qui traînent entendre cette conversation.
– Bonjour, monsieur.
– Ah, Nyx. Si tu viens pour connaître ta note avant les autres, sache qu'on m'a suffisamment harcelé à ce propos dans la journée. Ma réponse est la même. Pas avant lundi !
– Non, non, je ne viens pas pour ça. J'aurais voulu vous parler de quelque chose d'important et qui me tient très à cœur. (L'enseignant s'assit sur une des tables et Nyx s'approcha) Je veux dire... Je veux parler de Harry.
– Nyx, je ne peux pas parler de ça avec toi. Ce n'est pas de mon ressort. Pourquoi tu n'irais pas en toucher deux mots à tes parents ?
– J'ai essayé de leur en parler. Enfin, pas vraiment. Mais je sais qu'ils ne comprendront pas aussi bien que vous. Ils adorent Harry Potter. Vous savez, mon père a acheté un elfe de maison à ma mère pour son anniversaire.
– Je sais, prononça tristement Mr Aaron. Il m'en a parlé lorsqu'on s'est croisé le soir dernier.
– C'est une vraie horreur. Plus le temps passe, plus leur fanatisme est sans limites. Je ne comprends pas pourquoi ils adorent autant Harry. Pourquoi ils... Pourquoi ils aiment pouvoir le surveiller et prendre soin de lui par procuration.
– Tes parents sont des gens bien. Ils ont juste développé une addiction sans borne pour cet univers qui les rassure, d'une certaine manière. Tu ne peux pas leur en vouloir d'aimer ce que des millions de personnes à travers le monde adorent aussi.
– Mais vous n'êtes pas d'accord avec ça, n'est-ce pas ?
– Et même dans ce cas de figure, est-ce que ça remet en cause l'amitié que je leur porte ? Ça ne les change pas tant que ça, au fond. Le monde de Harry Potter prend uniquement l'importance qu'on veut bien lui accorder.
Nyx soupira et s'assit sur une autre table, déposant son manuel de Littérature sur ses genoux.
– J'en ai parlé à ma meilleure amie. Elle dit que cette prise de conscience est très soudaine venant de ma part, puisque j'étais une de leurs énormes fans. J'ai eu une sorte d'électrochoc il y a quelques semaines, vous savez : après que vous avez donné votre avis sur l'émission, j'ai consulté pas mal de livres à la bibliothèque sur le libre arbitre, le développement de la pensée et la construction de l'individu. Je comprenais pas grand-chose à ce que je lisais, mais j'ai retenu que... qu'en gros, on se forge seulement grâce à ce qu'on connaît et une fois sorti de ce cadre, on n'est plus personne. J'ai aussi appris qu'éthiquement on ne pouvait pas acheter les droits d'un enfant. C'est contraire à la loi et tout ce qu'on essaie de nous apprendre à l'école.
– Dehors ce n'est pas l'école, Nyx, dit-il simplement. Tu ne sais pas encore réellement ce que le monde recèle comme horreurs, tu n'as que quatorze ans. J'admire vraiment ton entreprise et ta volonté de construire ta propre opinion. Malheureusement, je ne crois pas que grand monde s'en préoccupe.
– M-Mais ils doivent apprendre la vérité ! Ils doivent savoir que...
– Ils savent parfaitement ce qu'ils font. Burst, ses associés, les acteurs, tes parents... Le monde entier sait. Ils acceptent juste mieux que toi et moi les conséquences de leurs actes. Ils voient en l'emprisonnement de Harry une sorte de mal nécessaire, et encore. Est-ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire ? Ils tiennent tous à Harry. Leur amour se manifeste juste d'une manière différente et très exclusive. Tu te poses des questions, et c'est un très bon début. Pourtant, ça ne suffit pas pour refaire le monde et imposer sa façon de penser. Tu ne détiens pas plus la vérité qu'eux.
– Quoi ? Je pensais que vous étiez de mon côté ! Je pensais que vous seriez absolument d'accord avec mon point de vue, qu'on avait quelque chose en commun.
– C'est le cas. Nous avons vraiment quelque chose en commun, mais ça ne va pas plus loin.
L'adolescente ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais son professeur poursuivit :
– La vérité n'est pas une, Nyx. Il y a la tienne, la mienne, celle de Burst et des autres. Et tant que tu ne l'auras pas saisi, tu ne trouveras pas le moyen efficace de convaincre qui que ce soit du bien-fondé de ta réflexion.
– Vous auriez aimé être à sa place et que personne ne vous dise jamais rien ? questionna-t-elle, ses yeux plantés dans les siens. Vous auriez aimé que votre vie entière soit décidée par une dizaine de personnes qui scénarisent votre vie ? Vous auriez aimé que rien – vraiment rien – ne vous appartienne ? Qu'une gamine de quatorze ans sorte son téléphone portable et puisse voter pour la nana avec qui vous aurez votre premier baiser ? Parce que c'est ça le monde de Harry Potter. C'est l'envers du décor et je ne comprends pas qu'autant de monde puisse le cautionner en tout état de cause. Le plus répugnant là-dedans, c'est qu'ils auraient pu au moins faire en sorte qu'il soit tout le temps heureux... qu'il... qu'il ne manque jamais de rien, qu'ils fassent de sa vie un rêve quitte à le garder emprisonné.
Nyx regarda le bout de ses chaussures et reprit :
– Je ne sais pas trop ce qui me rend triste. Pourtant, je sais qu'un beau jour, j'arriverai à mettre un mot dessus. J'ai envie de croire que je ne suis pas trop jeune pour penser. Ça risque de briser le cœur de mes parents que je ne partage plus cette passion avec eux, mais je reste décidée. Je voulais vous parler de tout ça parce que... parce que j'imaginais que vous alliez faire que chose de spécial, comme vous révolter.
– On ne se révolte pas contre la volonté de tous.
– Si ça se trouve, on n'est pas les seuls dans le monde à le penser. Il y a sans doute des personnes qui sont comme nous et ne font que murmurer.
Brusquement, la porte de la salle s'ouvrit sur le concierge, une serpillère à la main.
– Bonjour, Greg ! Quelle journée !
– Bonjour. Bon, Nyx, je pense que tu devrais rentrer chez toi. Je suis certain que tu finiras par trouver une solution. En attendant, ne fait rien d'imprudent.
– Promis.
Elle quitta la pièce et dévala les escaliers. Le temps s'était considérablement rafraîchi sur Sinuesa Valley et la mer apportait la nuit des vents à glacer les os. Elle jeta son sac dans le panier avant de son vélo et roula à une vitesse mesurée, plongée dans ses pensées.
Nyx était très déçue de son entrevue avec Mr Aaron. Elle s'était fait toute une liste de scénarios possibles et aucun d'entre eux n'incluait un refus de coopération, même minime. Inconsciemment, elle se rendit jusqu'au café du centre-ville.
Malgré la légère bruine, une atmosphère chaleureuse s'en dégageait. Nyx entra et s'assit à une table, côté banquette. Elle sortit un des livres empruntés à la bibliothèque et reprit sa lecture. C'est vrai que ça ne faisait pas sens dans son esprit, mais de temps à autre, des phrases la marquaient comme des coups de poing et elle les griffonnait sur son bloc-notes.
Parfois, elle regrettait de ne pas voir les capacités intellectuelles de Cha. « Un critère universel de la vérité serait celui qu'on pourrait appliquer à toutes les connaissances, sans distinction de leurs objets » doit être une citation aussi limpide que du cristal, pour elle. Dans un autre bouquin, ils disaient que dans certains cas, l'illusion pouvait rendre l'homme heureux.
Peut-être que l'enquête de Nyx avait jusqu'ici été superficielle, mais aucun manuel, ouvrage de réflexion ou roman ne traitait d'une situation semblable à celle que vivait Harry aujourd'hui.
– Oh, mais en voilà un gros livre, chantonna la voix de Betty Parker, la plume de son stylo posée sur son calepin. Alors, qu'est-ce que ça sera pour toi ? Tu tombes bien, Morty vient tout juste de sortir du four une bonne tarte à la mélasse.
Nyx grimaça.
– Je prendrai autre chose.
– Je pensais que c'était ton dessert préféré...
Mrs Parker venait de mettre le doigt sur un point : Nyx n'avait pas de dessert favori. Elle avait juste ingurgité sans réfléchir les goûts et préférence de son héros.
– C'est plutôt celui de Harry. Ça sera un fraisier pour moi, s'il vous plaît.
Betty Parker s'éloigna, dubitative, tout en mâchant son chewing-gum. Quand elle revint avec sa part de fraisier, Nyx sentit son regard lui brûler la nuque pendant qu'elle étudiait une définition alambiquée de la vérité.
Son regard se perdit dans le vague tandis que le goût fruité et acidulé de la fraise roulait sur sa langue : commençons par ce qui n'était pas vrai, ça sera plus simple. Nyx prit une nouvelle feuille et nota : « 1. La magie n'existe pas ». Elle tapota son crayon contre sa serviette en papier.
– Montez le volume ! s'exclama un vieillard assis au comptoir.
Nyx leva le nez de son bouquin et constata avec effroi qu'ils rediffusaient l'audience de Harry. Elle avait débuté à dix heures ce matin et ses parents avaient tous deux posé un jour de congé pour ne pas en louper une miette.
Quelques personnes de sa classe avaient également été absentes. Nyx trouvait ça ridicule, car la nuit ils rediffusaient en boucle les évènements importants de la journée. Et quand bien même quelqu'un raterait ces séquences, ils pouvaient les avoir sur le site officiel, les blogs de fans, par DVD ou tout simplement par bouche à oreille.
– Pour le décor du Ministère de la Magie, disait la voix horriblement familière d'Andrew Burst, cela nous a pris pas moins de deux ans et demi pour le construire. Il est situé à plusieurs dizaines de mètres sous terre et constitue le plus grand complexe cinéma souterrain jamais conçu. Pour le rentabiliser, nous l'avons utilisé comme plateau de répétition et de conception des ateliers costumes. Un véritable travail de titans qui s'avère payant aujourd'hui. Je me suis vraiment amusé à imaginer la structure bureaucratique de cet endroit, des uniformes, de la subdivision des Départements, l'architecture... Si vous saviez le nombre de personnes ayant contribué au projet, vous en auriez immédiatement le vertige. Je suis très content que ce matin Harry ait été attentif à de nombreux détails malgré son haut niveau de stress pour l'audience. Grâce à cela, nos caméras ont pu insister sur quelques éléments. D'ailleurs, dès à présent vous retrouverez dans notre catalogue officiel la tenue des membres du Magenmagot, une réplique taille humaine de la fontaine centrale et quelques autres gadgets tous plus amusants les uns que les autres (Afin d'illustrer les propos du producteur, de brèves images apparaissaient en fondu enchaîné). Nos laboratoires travaillent aussi sur une manière de fabriquer à haut rendement des notes volantes. Vous en avez vu quelques-unes ce matin, mais disons qu'on nourrit le projet ambitieux de les rendre internationales. Oh, bien sûr, les notes ne seront efficaces que sur des courtes distances. Même si elles sont moins rapides que les mails, les notes volantes pourront sans doute satisfaire les fans de la série et ajouter un peu d'authenticité à la correspondance. Vous savez, les gens sont terriblement nostalgiques de la machine à écrire, du flacon d'encre et de toutes ces choses-là. Je veux rendre ses lettres de noblesse au vintage et c'est pourquoi le monde magique n'évolue quasiment pas, comparé à celui moldu. Je ne voulais pas d'un décor futuriste avec des câbles partout, de grosses explosions et des machins qui débordent. Non, je voulais un cadre simple et crédible. Je garde un souvenir très vif de mon enfance et de mon adolescence et je voulais retranscrire cette époque qui me tient tant à cœur dans mon œuvre. C'est pourquoi Harry croit toujours être en 1995. C'était une très belle année, cette 1995.
Furieuse, Nyx referma brusquement son livre et enveloppa le reste de son fraisier dans sa serviette. Elle quitta le café en déposant brutalement ce qu'elle devait sur le comptoir et s'en alla en de grandes enjambées. La pluie commençait à tomber un peu plus fort et Nyx rabattit sa capuche sur sa tête. Elle pédala rapidement jusqu'à chez elle et s'essuya les pieds sur le paillasson. Dès qu'elle entra, elle se retrouva compressée dans les bras de sa mère.
– Nyx, te voilà enfin ! Tu as reçu un courrier de la part de Andrew Burst Production.
– Q-Quoi ? Qu'est-ce qu'ils veulent ?
Nyx prit peur. Et s'ils savaient déjà tout à propos de sa façon de voir leur satanée émission ? Elle fut si inquiète qu'elle ne vit même pas Vector l'elfe de maison lui tendre une tasse de thé fumante. Son père semblait avoir la bougeotte et fixait avec insistance une enveloppe violette cachetée d'un sceau doré. Nyx se laissa assoir entre ses parents, une curieuse appréhension lui tordant désagréablement le ventre.
Elle repoussa une nouvelle fois la tasse que lui mettait Vector juste sous le nez et prit l'enveloppe tandis que le gargouillement incessant de la télévision continuait de diffuser la longue interview de Burst à propos du Ministère de la Magie. « Pour la poudre de Cheminette ? Nous préférons garder notre secret de fabrication, mais dites-vous que nous avons mis au point cette nouvelle technologie en travaillant étroitement avec la Nasa ! »
Les ongles couverts de glitters de Nyx arrachèrent le coin de l'enveloppe et elle en sortit une lettre imitation parchemin. Ce Burst poussait le vice jusqu'au bout, il fallait croire. À ses côtés, ses parents semblaient tendus et à la fois incroyablement excités de parcourir de leurs yeux avides cette missive épaisse.
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Le 17 septembre
Mrs Runford
Directrice de la coordination au recrutement
Chère Miss Nyx Sommerhearst,
Il y a trois ans de cela, vous avez postulé pour être figurante dans le fabuleux univers de Harry Potter. Malheureusement et comme vous le savez, votre prestation n'a pas convaincu notre jury. Ce dernier a bien noté des efforts dans la récitation de vos répliques et a apprécié votre habillement qui se rapproche de l'excentricité du monde magique. Nous savons de source sûre que votre famille et vous tenez en grande estime les travaux de Andrew Burst et toute l'énergie qu'il met afin de nourrir l'imagination de millions de personnes à travers le monde.
Cette année, la quinzième saison de notre apprenti sorcier préféré connaît une révolution sans précédent aussi bien dans le script, les lieux ou les personnages. Nous nous doutons bien que vous suivez avec assiduité nos actualités et que vous restez incollable sur la magie à la vue de vos résultats au test d'aptitude écrit. Dernièrement, nous avons revisionné des enregistrements de candidats précédents pour incarner le rôle d'élèves-figurants dans le château.
Avec le recul, l'équipe de recrutement a jugé que vous étiez sans doute trop sous pression et que – peut-être – vous serez davantage à l'aise avec une petite improvisation. Étant donné que nous manquons encore à l'heure actuelle de neuf nouveaux figurants, nous serions très intéressés par une reprise de contact dans les plus brefs délais. Puisque depuis vos onze ans vous avez grandi, nous vous demanderons cinq photos de vous par mail (deux en plan rapproché de face et de profil, deux où l'on voit votre silhouette de face et de profil et une autre de votre choix où l'on vous voit en situation). Nous vous prions donc de répondre au plus vite à nos sollicitations si jamais vous êtes toujours intéressée par ce recrutement.
Si après la réception de vos photos, votre profil nous convient toujours, nous entrerons directement en contact avec vous la semaine suivante. Considérez une absence de réponse comme un refus étant donné que nous devons gérer de nombreux cas à la fois et nous nous excusons d'avance. Dans le cas où nos recruteurs seraient séduits par votre candidature, nous tiendrons une vidéoconférence d'une demi-heure puis, si vous répondez à nos critères, nous conviendrons d'une date de rendez-vous dans un de nos centres d'audition.
Là, nous discuterons précisément de votre rôle, de la tenue et du comportement que vous devrez avoir au sein du château. Bien évidemment, le tout sera accompagné d'une formation d'une semaine concernant les situations types auxquelles vous serez confrontées (Comment faire pour se repérer dans le château ? Que répondre si Harry m'adresse un jour la parole pour un renseignement ? Le déroulement des cours ? Etc.) Après cette formation, vous serez validée par une encadrante supérieure qui vous remettra après signature du contrat votre costume, votre baguette magique et tous les effets personnels dont vous aurez besoin.
Nous sommes conscients que cette aventure requiert un investissement personnel sans faille. Pour cela, nous sommes à dispositions des figurants et des acteurs de nuit comme de jour par le biais de conseillers, d'assistants et d'une cellule psychologique. De par votre jeune âge, il est clair qu'il est hors de question pour vous d'abandonner l'école. Pour cela, Andrew Burst met à disposition un complexe éducatif allant du collège au lycée se trouvant sous le plateau.
Tous les enfants peuvent y étudier dans des conditions normales et par roulement. Vous serez notés comme des élèves ordinaires et vos résultats seront communiqués à votre école d'origine. Vous pourrez rejoindre celle-ci plusieurs jours dans la semaine (nombre à définir) via le réseau de métros souterrains reliant le plateau au monde extérieur. La production étant très soucieuse du bien-être et du confort de ses agents, elle leur permet d'obtenir la note moyenne de « B » à chacun de leurs examens sans avoir à les subir. Ceci octroie donc davantage de temps aux acteurs formant la population estudiantine de se consacrer principalement au monde de Harry Potter, même si, bien sûr, leurs études passent avant tout. En plus de ça, le contrat – que vous aurez préalablement signé avec vos parents – vous permettra de toucher une bourse d'étude pour les établissements les plus prestigieux au monde, dont la fameuse université Andrew Burst.
La production offre également un voyage par an pour quatre personnes à la destination de votre choix, une tablette tactile trois dimensions et technologie hologramme intégrée, une carte à la consommation s'élevant à un montant de cinq cents dollars, un abonnement télévisé à plus de cent chaînes, un accès privilégié aux parcs d'attractions ou encore des produits dérivés de la série. Votre salaire d'élève-figurante s'élèvera à, environ, trois mille sept cents dollars par mois. Vous pourrez toucher des bénéfices selon le taux d'audimat et des dividendes particuliers liés aux primes (Harry Day, fêtes de Noël, Nouvel An, Pâques et autres jours fériés). En contrepartie, vous dormirez dans votre salle commune (à l'heure actuelle, nous ne pouvons pas vous dire dans quelle maison vous serez répartie) et partagerez votre quotidien avec les autres supposés élèves.
Une fois dans le château, il vous est strictement interdit d'importuner de quelque manière que ce soit les membres de l'équipe officielle en les côtoyant. Pensez bien qu'ils ont autre chose à faire que de répondre au harcèlement de jeunes fans particulièrement intrépides. Le monde de Harry Potter peut-être une expérience puissante de par l'humanité et le partage qui s'en dégagent. Nous comprenons parfaitement l'excitation que vous ressentirez si vous avez l'occasion de rejoindre notre équipe. Nous espérons que cette nouvelle vous enchante et que nous aurons rapidement de vos nouvelles.
Cordialement,
L'équipe tout entière.
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Patti Sommerhearst poussa un véritablement glapissement de joie qui fit sursauter sa fille. Nyx n'en croyait pas ses yeux. Elle était si stupéfaite, qu'elle ne réagit même pas quand Vector tapota sa tempe de sa tasse de thé devenant tiède. Nyx resta là, les bras ballants, relisant des morceaux de la lettre sans pouvoir former un raisonnement cohérent.
Tout ce qui lui revenait en tête était ce bout de phrase : « Nous savons de source sûre que votre famille et vous tenez en grande estime les travaux de Andrew Burst ». Nous savons de source sûre... Comment avaient-ils pu le savoir ? Surveillaient-ils les virements bancaires de toutes les personnes qui achetaient dans leur boutique ? Avaient-ils repérés que ses parents achetaient de manière systématique et disproportionnée si l'on considérait leurs ressources ? Nyx voulait parler à Cha. Elle, elle saurait quoi faire exactement.
– C'est fantastique, ma puce ! s'écria Mr Sommerhearst. Ton rêve – enfin notre rêve à tous les trois ! – va enfin devenir réalité. Quand ils te verront, c'est sûr qu'ils te recruteront. J'en ai vraiment l'intime conviction. Je suis si fière de toi !
– Ne lui porte pas malheur, John. Elle doit passer tout un tas d'étapes avant ça... Oh, il faut que je t'emmène chez le coiffeur pour tes photos. Je suis certaine que si on t'en faisait la moitié avec les cheveux lisses et l'autre avec les cheveux bouclés ils se feraient une idée un peu plus précise de ton potentiel capillaire, prononça Patti en étudiant ses mèches violettes. Je t'emmènerai aussi chez l'esthéticienne et on prendra des photos avec un vrai pro, hein. J'aime bien ce que Cha fait mais, sans vouloir la vexer, on a besoin d'une vraie pointure pour cette affaire.
Nyx était tellement atomisée qu'elle ne savait même pas quoi répondre. « Soudain, tout était devenu froid. Comme si tout le bonheur avait quitté ce monde », murmurait Mrs Figgy à la télé encore allumée rediffusant le contenu de l'audience disciplinaire. Et c'était ça, exactement ça, tout était froid autour d'elle. Même l'étreinte chaleureuse de ses parents ne parvenait pas à lui rendre le sourire.
– On est si fiers de toi, Nyx, soufflait sa mère d'une voix émue. Si fiers... Je vais appeler tes grands-parents pour partager la bonne nouvelle. Et ce soir, on mangera ce que tu veux, d'accord ?
Nyx acquiesça lentement et sortit du living-room avec sa lettre, Vector sur les talons. Il se hissait sur la pointe des pieds pour qu'elle daigne enfin porter attention à sa tasse de thé. Toutefois, quand elle monta lentement les escaliers, il abandonna l'idée de la poursuivre et repartit vers la cuisine. Une fois dans sa chambre, Nyx se recroquevilla dans son fauteuil favori en reniflant.
Cette situation était affreuse : soit elle se rendait à Poudlard allant contre ses propres convictions juste pour faire plaisir à ses parents, soit elle refusait de s'y rendre et prenait le risque de les décevoir et de les blesser. Entre le discours plein de verve qu'elle donnait à Mr Aaron tout à l'heure et maintenant, il semblait s'être écoulé une année-lumière. C'est tellement difficile de tenir parole malgré toute la bonne volonté du monde. Nyx saisit son téléphone portable et appuya sur la touche numéro 1 qui la mettrait en contact avec Cha. Cela sonna plusieurs fois avant qu'elle ne décroche :
– Ouais ?
– Salut, dit Nyx d'une toute petite voix.
– Toi, tu couves un truc. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Alors Nyx lui raconta tout en détail : de son entrevue avec son professeur d'Histoire à la réception du courrier et son contenu. Pas une seule fois Cha ne l'interrompit si ce n'est pour dire « Mmh » ou « Et ensuite ? ». Quand elle eut fini, Nyx demanda :
– Alors tu crois qu'ils nous surveillent ? Qu'ils ont entendu dire que j'étais devenue réfractaire à leurs idées et que c'est pour cette raison qu'ils relancent ma candidature ?
– Non, je ne pense vraiment pas. Ça doit être dû au hasard, juste un sale timing. Quelqu'un du tournage s'est désisté et ils ont fouillé dans leurs anciens recrutements parce qu'ils n'avaient sans doute pas le temps d'en faire de nouveau d'ici la rentrée pour Poudlard. Varro a été machiniste sur un studio de court-métrage, il m'en a déjà touché quelques mots de ce genre de déconvenues. Ce n'est pas parce qu'une lettre arrive pile au moment où tu te poses des questions que ça veut forcément dire qu'ils nous surveillent. Ce n'est pas une preuve tangible. C'est juste... de la paranoïa. Je crois que tu transposes les psychoses que pourrait développer Harry sur les tiennes.
– Mais tu as entendu comme moi lorsqu'ils ont dit... (Elle balaya du regard le début de la lettre) « Nous savons de source sûre que votre famille et vous... »
– Oui, j'ai très bien entendu. Réfléchis un peu, Nyx. Quelle personne que tu connais est en contact direct avec la production, mmh ? Qui aurait pu leur parler de toi ? Kendall ! Il était tellement persuadé que tu voulais devenir élève qu'il leur en a sûrement touché quelques mots. Il t'a pistonné, en quelque sorte. Je pense qu'il devait juste pas s'attendre à ce que ça soit aussi efficace et que tu changes du jour au lendemain de position. Et là tu dois sûrement te dire « Oh, que c'est romantique ! » mais crois-moi que ça ne l'est pas. Ça sera drôle quand il l'apprendra. Dis, tu me laisseras le lui annoncer ?
Nyx ne dit rien pendant un moment, songeuse. Elle repensa à ce que lui avait dit Kendall, le soir où il avait reçu un cognard en pleine figure. C'était la nuit du lancement de la quinzième saison, dans la voiture de ses parents :
« Tu penses retenter d'être figurante cette année ? » « Je croyais que le casting était clos. » « C'est vrai mais il y en a toujours qui tombent malades, doivent s'absenter une petite semaine pour leur vraie vie... Du coup, parfois ils font des appels à candidature. » « J'ai complètement foiré mon entretien. » « Et alors, tu peux toujours retenter ! Allez, ça sera cool. Il se passera plein de trucs cette année d'après ce qu'on raconte. Et puis on se verra là-bas. »
Kendall avait vraiment eu cette attention envers elle ? Quand avait-il parlé de sa candidature à la production ?
– Mes parents sont fous de joie à l'idée que je puisse rejoindre le casting en tant que figurante.
– J'imagine bien, ouais. Y'a de quoi. Tu es une sorte de poule aux œufs d'or maintenant. Tu pourras me payer en clopes.
Nyx n'avait pas encore songé à l'aspect financier de la chose. Trois mille sept cents dollars par mois, hors avantages.
– Ce n'est pas une décision à prendre à la légère.
– Je n'ai jamais dit le contraire.
Ooo
La quinzième saison de Harry Potter se présentait sous de très bons auspices et Arnold le ressentait. Peu avant l'arrivée de Harry au 12 Square Grimmaurd, il avait donné une longue interview à une revue cinématographique coréenne. Beaucoup se demandaient comment un acteur aussi jeune pouvait assumer un rôle aussi complexe et intense au quotidien.
Jouer Ronald Weasley lui avait certes ouvert de nombreuses opportunités, mais cela demeurait un métier très dangereux pour son propre équilibre psychologique. Il était difficile pour d'autres acteurs de cerner leur véritable personnalité alors même qu'ils en simulaient une autre à longueur de journée. Arnold avait préféré garder une distance professionnelle avec cet univers afin de se forger et faire fructifier sa carrière à l'extérieur.
Dernièrement, il avait été nominé aux Oscars en tant que meilleur acteur dans un biopic relatant la vie de Billy The Kid. Arnold avait adoré se plonger dans ce rôle, si bien qu'il avait vagabondé dans les déserts du Nouveau-Mexique. En lisant le script, il avait été absolument conquis. Andrew Burst – qui l'avait adopté pour les biens de la télé-réalité – était farouchement opposé à ce projet et cela avait été un point régulier de discorde entre eux.
Arnold ne se sentait pas particulièrement proche de son tuteur légal. Il était rare qu'ils entretiennent une longue conversation ou discutent d'autre chose que de la série. Arnold, en tant que fils adoptif, passait quelques semaines de ses vacances d'été chez la famille Burst. Paradoxalement, celle-ci détestait être sous les feux de la rampe et rares étaient ceux connaissant le visage de leurs deux enfants. Même les paparazzis n'avaient pu les approcher et n'avaient réussi à capturer que le sommet de leur crâne tandis qu'ils s'ennuyaient ferme sur un terrain de golf. Les enfants de Andrew Burst et sa femme étaient colériques, impulsifs et gâtés. Pourtant, Arnold savait que cela reflétait un profond mal-être dû à l'absence de leur père.
Lorsqu'il fut adopté à l'âge de huit ans, Arnold s'était demandé « Pourquoi moi ? ». À l'orphelinat de la fondation Andrew Burst il y avait des centaines d'enfants ''éligibles'', des plus drôles, des plus beaux, des plus doués sans aucun doute. Pourtant, le choix du télé-visionnaire s'était porté sur Arnold, encore chétif à l'époque. Ses intentions avaient été très claires : « Je veux que tu deviennes le meilleur ami de Harry ». Arnold s'était appliqué à la tâche, suivant scrupuleusement les conseils de ses coachs d'expression scénique, afin de satisfaire son père adoptif.
Très vite, il s'était aperçu que seuls les efforts profitables à la production étaient salués et que jamais Andrew Burst ne s'intéressait vraiment à lui. Il ne savait pas que Arnold adorait la couleur bleue, que son groupe favori était les Smashing Pumpkins ou encore que son véritable meilleur ami était Dylan Manford.
Dylan et Arnold s'étaient rencontrés quelques jours avant la fameuse scène du Poudlard Express et répétaient avec acharnement leurs répliques. Un professeur de théâtre les avait fait se présenter et, aussi rapidement qu'un Éclair de Feu en plein vol, ils avaient sympathisé. Aujourd'hui, il était devenu difficile pour eux de conserver leur sérieux lorsqu'ils devaient tourner ensemble.
Alors, ils avaient mis en place une petite astuce : ne jamais croiser le regard de l'autre afin d'éviter d'éclater de rire. Ce n'était pas aussi aisé qu'on pût l'imaginer. Les yeux de Dylan – contrairement à ceux de son personnage – étaient malicieux et on pouvait en un coup d'oeil savoir qu'il voulait lancer une blague. Au tout début, Arnold s'en voulait de devoir dire du mal de lui afin de conserver les faux-semblants vis-à-vis de Harry. Pourtant, Dylan l'avait rassuré : ce n'était que du cinéma, après tout. Maintenant, c'était devenu une sorte de plaisanterie régulière et ils s'insultaient copieusement dès qu'ils se voyaient en dehors du plateau.
Il regrettait simplement de ne pas le voir davantage sur le tournage et de devoir supporter la continuelle présence de Juno. Plus les années passaient, plus il en avait marre d'elle. Il espérait juste du fond de son cœur que la production abandonne l'idée de le mettre en couple avec elle d'ici un ou deux ans. Arnold était certain qu'il pourrait en vomir rien qu'à l'idée de devoir l'embrasser. Il savait que d'ici une minute ou l'autre, elle devait débarquer pour faire son entrée en scène.
Ron expira et entra un peu plus dans la peau de son personnage. Ils venaient de recevoir la liste des fournitures de Poudlard et dans quelques instants, Harry apprendrait que c'était lui – son supposé meilleur ami – le préfet de Gryffondor. Fred et George venaient de transplaner dans la pièce (prouesse en partie due à une ceinture de dématérialisation) et Arnold sut que c'était le signal pour se mettre en place. Il resta là, une expression médusée placardée sur la figure et son insigne de préfet dans la main tandis que dans son dos, les autres tenaient une conversation animée à propos du prochain enseignant de Défense Contre les Forces du Mal.
– Qu'est-ce qu'il se passe ? s'impatienta Fred.
Arnold ne répondit pas. Harry se tourna vers lui. Lorsqu'il s'approcha de lui pour lire le parchemin Fred simula un choc passager, ouvrant légèrement la bouche à son tour.
– Préfet ? finit-il par dire en contemplant la lettre d'un air incrédule. Préfet ?
George fit un bond, arracha l'enveloppe que Arnold tenait de l'autre main et la retourna. Harry vit un objet rouge et or tomber dans sa paume.
– Pas possible, dit George d'une voix étouffée.
– Il y a eu une erreur, ajouta Fred en levant la lettre contre la lumière comme s'il cherchait un filigrane. Aucune personne saine d'esprit n'aurait l'idée de nommer Ron préfet.
Les jumeaux tournèrent d'une manière théâtrale leur tête vers Harry pour le regarder.
– On pensait que ça serait toi à coup sûr ! s'écria Fred. Que Dumbledore serait forcé de te choisir après avoir remporté le Tournoi des Trois Sorciers et tout ça !
Harry arborait une grimace étrange, comme si on venait de le forcer à boire une cuillère à soupe de vinaigre. Quand Mrs Weasley apprit la nouvelle, elle explosa de joie :
– Je n'arrive pas à le croire ! Je n'arrive pas à le croire ! Oh, Ron, c'est tellement merveilleux ! Un préfet ! Tout le monde l'a été dans la famille !
– Et Fred et moi, on est qui ? Des voisins de pallier ? s'indigna George.
Arnold avait failli s'étouffer de rire même si c'était au moins la sixième fois qu'il entendait cette réplique. Elle était toujours aussi drôle à entendre, en fin de compte. Les acteurs formant la famille Weasley étaient tous devenus très proches avec le temps. Et Arnold avait ainsi pu se construire une famille par procuration.
Avec eux, il arrivait presque à oublier qu'il était en réalité orphelin. Ils se voyaient même de temps à autre en dehors du plateau. Malgré la joie de Mrs Weasley et l'incrédulité des jumeaux, Harry ne parvenait que très difficilement à masquer ses humeurs.
Ooo
– C'est vrai que j'ai senti Harry pour le moins... déçu, en apprenant la nouvelle, avouait Andrew Burst à une énième interview en direct depuis sa salle de commande.
Patti et John Sommerhearst gobaient chacun de ses mots en faisant de même avec leur gratin de macaronis au fromage. Ils étaient si absorbés par la télévision qu'ils ne prêtèrent pas une très grande attention à leur fille qui semblait broyer du noir.
– Pourquoi ne pas avoir fait de Harry le préfet de la maison Gryffondor, dans ce cas ? demanda Mike Flikerman, le présentateur officiel de la série.
– Pour la simple et bonne raison que cela aurait été bien trop facile. Harry commençait à se prendre bien trop « au sérieux » pour citer mon fils adoptif. Arnold a toujours été l'une des personnes le connaissant le mieux sur cette bonne vieille terre. Il est mes yeux et ma volonté au sein du plateau. Même s'il allait mal, il devait toujours simuler une éternelle bonne humeur et trouver des mots réconfortants afin d'épauler Harry. On ne s'en rend pas bien compte, mais Arnold fait du travail formidable dans la série. Après les évènements de la Coupe de Feu, je voulais redonner une certaine dynamique à son personnage en le dévoilant cette fois-ci responsable et garant de l'autorité. Ça sera assez drôle, je pense, puisque personne ne semble prendre Ron très au sérieux. Et puis, ça va permettre d'écrire des scènes très cocasses ou délicates. Harry pourra ainsi prendre conscience qu'il n'est pas seul à avoir des... des responsabilités, à être un membre actif de la communauté, même si pour cela je dois susciter son amertume et sa jalousie. Il faut aussi voir la signification que peut avoir une telle promotion pour le personnage de Ron. Depuis des années, celui-ci a été en retrait, effacé par la gloire de son meilleur ami et de sa fratrie. Là, nous donnons une belle occasion à Ron de briller.
– Pour les autres maisons, vous avez déjà d'autres préfets en tête ?
Vector apportait de la cuisine des petits pains encore chauds tout en produisant un gargouillis provenant de son ventre. Apparemment, Patti Sommerhearst avait lancé le lave-vaisselle.
– Mmh, nous ne sommes pas encore fixés sur une liste définitive. Nous avons commencé par la maison Gryffondor puisque chronologiquement, il fallait que Ron et Hermione soient au courant de leur nouveau statut. Nous pressentons déjà quelques noms pour les Poufsouffle, c'est vrai. Pour les Serdaigle cela reste un petit peu plus flou, mais il y a eu un vrai débat avec mes collaborateurs en ce qui concerne la maison Serpentard. Quelques personnes pensaient qu'il aurait été judicieux d'élever à ce rang un personnage encore méconnu comme Théodore Nott. D'autres auraient préféré que cela soit Blaise Zabini. J'ai eu le dernier mot en nommant Draco, enfin, Dylan et Dawn. La distribution des insignes des préfets a donné lieu à une réunion assez épique, je dois dire.
– Blasons que l'on peut d'ores et déjà trouver dans vos boutiques officielles et votre catalogue en ligne, souligna le présentateur.
– Tout à fait, Mike. Nous avons mis à disposition de nouvelles gammes de robes de sorciers avec insignes de préfet, une collection de prêt-à-porter pour la saison automne/hiver qui sera porté par les figurants d'ici les prochaines semaines. Tout ce qui est à l'écran dans Harry Potter est achetable que cela soit la vaisselle, les chaussures ou les fournitures de bureau. Les stocks sont assez souvent renouvelés et je suis assez fier de pouvoir trouver chaque année de nouveaux concepts.
Nyx jouait avec son gratin de macaronis du bout de sa fourchette, écoutant l'émission malgré elle. Au début, elle avait vaguement pensé à boycotter Harry Potter. Mais il valait mieux en savoir davantage sur ce monde obscur pour s'en faire un avis plus tranché.
– Vos cyborgs elfe de maison ont connu un succès retentissant, je dois dire. Ils ont été aussi vendus que les tout premiers aspirateurs! Une très belle réussite pour votre société.
– Oui, vraiment. Nous craignions qu'à cause du prix plutôt conséquent cela fasse fuir notre clientèle habituelle qui est la classe moyenne. Mais contre toute attente, nous avons explosé les chiffres et nos listes de commandes s'échelonnent jusqu'à Noël. Mes enfants sont vraiment ravis d'avoir pu tester en avant-première un elfe de maison.
– Vous en avez un chez vous ?
– Deux, pour être exact. Un pour ma femme, et un pour mes deux... enfin trois enfants. Les robots elfes ont également permis de mettre au point une gamme de produits liés à la S.A.L.E. tels des badges. Nous ne sommes pas encore très certains de la tournure que va prendre cette organisation. Pourtant, nous avons bon espoir de développer un projet séduisant. Nous avons aussi de nouveaux costumes comme celui de Kingsley Shacklebolt, la perruque à mutation thermique de Tonks et le poster de la première photo de l'Ordre du Phénix. Elle est très bien réalisée et on peut faire bouger les personnages en tapotant son doigt dessus. Oh, et les Oreilles à Rallonge aussi. Pour répondre au flux de commandes, nous avons ouvert la semaine passée six nouvelles boutiques à travers le monde.
– Il est vrai que cette saison de Harry Potter a rapidement conquis le cœur du public. Votre attaché de presse a confirmé que d'ici quelques semaines, dès que Harry et ses amis seront retournés à Poudlard, il sera alors possible de visiter le 12, Square Grimmaurd.
– Tout à fait, Mike. Le Square Grimmaurd entre dans nos lieux visitables pour nos parcs d'attractions au même titre que le Ministère de la Magie. Les fans pourront s'y rendre tout au long de l'année avec ou sans guide. Les lieux des tournages seront fermés au public à quelques dates exceptionnelles pour le bien de la série.
John Sommerhearst poussa un juron, signe de son excellente humeur. Il adorait visiter les décors du studio. Nyx ne serait pas étonnée si dès demain il commandait des places sur leur site officiel.
– Comme chaque jeudi, nous avons quelques questions des internautes à vous soumettre si vous le voulez bien, dit-il en sortant quelques fiches. La première est : « Comment faites-vous pour que la cicatrice de Harry soit douloureuse ? »
Andrew Burst croisa ses mains et sembla réfléchir quelques secondes avant de répondre :
– Eh bien, contrairement à ce qu'on imagine, ça a été plutôt simple. L'histoire de la cicatrice de Harry date d'il y a plus de dix ans. Si vous vous souvenez bien, quand Harry est apparu sur les écrans il n'en avait pas. Nous lui avons ensuite fait un tatouage semi-permanent à l'âge de ses un an pour que son personnage soit tout de même crédible avec toute cette histoire tournant autour du souvenir de Lily et James. Puis, une fois que son crâne a été totalement formé... vers ses trois ans, je crois, on lui a fait subir une petite opération chirurgicale au niveau du front. Nous lui avons implanté une sorte de diode à pulsations qui s'est avérée très utile. Celle-ci devient légèrement rouge de temps à autre pour faire comme si la cicatrice se rouvrait et grâce à un émetteur, on peut envoyer de légères décharges électriques à Harry tout en stimulant ses aires visuelles pour qu'il ait ces visions. J'essaie de schématiser ça au mieux pour que tous nos téléspectateurs puissent en saisir le fonctionnement. Mais ça s'est fait sans aucune douleur pour lui, bien évidemment.
Nyx n'en croyait pas un traître mot. Alors, après avoir quitté la table, elle fouilla une des étagères du living-room et balaya des yeux la conséquente collection DVD de Harry Potter. Ses parents les avaient rangés soigneusement dans leur ordre d'apparition à l'écran et elle prit le coffret de la saison trois.
En retournant dans sa chambre, Nyx regarda la couverture : on y voyait un Harry minuscule en salopette fixant avec intensité l'objectif. Il avait sa cicatrice. Elle passa près d'une heure à fouiller le passage exact où il revenait de la clinique. Mais à sa grande horreur, son opération chirurgicale entière avait été filmée.
Sur son laptop, elle regarda avec des yeux écarquillés le chirurgien tracer avec son scalpel un éclair sur le front de ce tout petit garçon. Nyx se mordit le dos de la main en les voyant enfoncer une minuscule diode de la taille d'une tête d'épingle et recoudre la plaie.
Des larmes roulaient sur ses joues et elle appuya sur avance rapide jusqu'au moment où les Dursley le ramenaient chez eux. « Tu n'aurais pas dû essayer de grimper sur ce toboggan, Harry », grondait Pétunia Dursley en le tirant par la main. « Tu te rends compte que l'école nous a appelés en catastrophe pour nous dire que tu étais à l'hôpital ! ». Nyx avait envie de vomir : il était évident que la chute de Harry n'était pas accidentelle. Quelqu'un avait fait exprès qu'il tombe. Le pire fut sans doute de voir que quelques heures plus tard, Harry se plaignait d'atroces migraines dans l'indifférence générale.
– Tu regardes quoi, chérie ?
La voix de sa mère la fit sursauter. Nyx jeta un regard alarmé à son écran où le tout petit Harry se recroquevillait dans son placard sous l'escalier, les mains sur le front.
– Oh, les premières années de Harry. C'était si émouvant, prononça-t-elle en jetant un regard tendre et ému à la couverture du coffret. Il n'y avait pas un jour que je ratais pour pouvoir le regarder. Ton père et moi nous étions si fous de lui. Enfin, nous sommes toujours fous de Harry ! C'est un si gentil garçon.
– Ouais. Il semblerait.
Patti Sommerhearst s'assit sur un tabouret près de son bureau.
– La lettre te perturbe, n'est-ce pas ? C'est vrai que ton père et moi nous nous sommes vraiment emballés tout à l'heure et... et la décision te revient entièrement. Je ne veux pas t'influencer, quoi que tu choisisses, c'est d'accord ? Je veux juste que tu sois épanouie. Bonne nuit.
– Merci. Bonne nuit à toi aussi.
Sa mère n'avait sans doute aucune idée d'à quel point ces mots pouvaient la réconforter. Nyx finit par éteindre son ordinateur et la lumière de sa chambre.
Ooo
Le lendemain soir, les grands-parents de Nyx furent invités pour le dîner. Ils vivaient depuis toujours – ou presque – du côté de la plage de Sinuesa Valley. C'est là qu'avait grandi Patti qui détestait depuis le sable et la manie que celui-ci avait de s'infiltrer partout.
Ses parents, Garrett et Bree, étaient deux retraités farouchement opposés au « progrès pour le progrès » et n'aimaient de Harry Potter que quelques personnages triés sur le volet. Bree O'Weil arborait fièrement ses cheveux blancs soufflés en une choucroute en hauteur tandis que son mari avait constamment les épaules voûtées.
Nyx ne pouvait pas vraiment dire que c'étaient des grands-parents amusants ou attendrissants. Les quelques après-midi qu'elle avait passés chez eux avaient été d'un ennui sans précédent. Bree ne voulait pas qu'elle aille jouer dans le jardin, qu'elle regarde la télévision ou mange un de ses biscuits de crainte qu'une miette n'atterrisse sur le sol. Parfois, en y repensant vaguement, Nyx se demandait comment sa mère avait fait pour survivre avec des parents pareils.
– Maman ! s'écria Patti en la voyant descendre de sa voiture.
– Patti, tu n'aurais pas encore maigri ? Je t'avais pourtant dit d'arrêter de te faire vomir.
– Je ne le fais plus depuis que j'ai quitté les cheerleaders, tu devrais le savoir, non ? Bonjour, Papa. Je suis très contente de te voir.
– Tu ne dirais pas ça si tu nous invitais un peu plus souvent, grogna-t-il en vérifiant deux fois que les portes de son véhicule étaient bien verrouillées.
Nyx adoptait la même stratégie que son père : le repli. Ils étaient tous les deux plantés près du seuil de la porte. John Sommerhearst détestait cordialement ses beaux-parents mais faisait preuve d'une diplomatie sans pareille pour éviter de les froisser les rares fois où il les croisait.
Lorsqu'elle fit la bise à sa grand-mère, Nyx trouva ses joues incroyablement froides et molles. Ils entrèrent tous les cinq à l'intérieur et Vector les attendait sagement dans le living-room avec un plateau de biscuits secs et du thé.
– C'est l'elfe dont tu m'as parlé ? demanda Bree O'Weil en s'asseyant dans le fauteuil le plus confortable. Il vous a coûté combien ?
– Je ne peux pas le dire, prononça Mr Sommerhearst. C'est un cadeau pour ma femme.
– Arrêtez les balivernes, John ! Elle trouvera le prix en ouvrant le moindre catalogue, dit-elle en inspectant les ports USB se trouvant dans les oreilles de l'elfe. Sa durée de vie et de combien d'années ?
– D'après la notice, si nous l'entretenons correctement, il peut durer jusqu'à quinze ans. Depuis qu'il est là, il s'est avéré très utile, expliqua Patti. C'est un robot pratique et intelligent !
– Et comment s'appelle cette chose ? baragouina Garrett.
– Vector s'appelle Vector, monsieur, prononça l'elfe en s'inclinant si bas qu'on aperçut sa couche-culotte pour bébé (Un des effets indésirables de la fonction lave-vaisselle était les légères fuites d'eau).
Nyx leva les yeux au ciel. Régulièrement, l'elfe disait des choses invraisemblables ou des phrases tout à fait décousues, dévoilant les failles de son programme de configuration. Le soir où Nyx l'avait traité de sale bête, Vector s'était mis dans tous ses états lorsque ses parents revenaient du restaurant. Il avait hurlé : « Maîtresse Nyx a insulté Vector d'animal ! Vector est aussi propre qu'un poupon ! ». Nyx s'était retenue de lui faire remarquer qu'il ne ressemblait en rien à un nouveau-né si ce n'est la progéniture d'un alien. Elle envoya un regard féroce à l'elfe qui se contenta de sourire béatement quand Patti tapota le haut de son crâne.
– Vector apprend très vite. Et si tu nous mettais un peu de musique ?
L'elfe de maison avala un CD et un morceau de jazz entraînant emplit le living-room.
– En tout cas, Nyx, nous sommes très contents que tu aies été contactée par Andrew Burst Production, dit son grand-père. J'ai commencé à travailler exactement à ton âge. Et puis, ça mettra du beurre dans les épinards dans les affaires de tes parents, hein. C'était pile ce dont ils avaient besoin.
Nyx jeta un regard circonspect à son père qui semblait lutter avec lui-même pour ne pas écraser sa tasse de thé sur le sommet du crâne du vieil homme.
– Bah quoi ? Je ne dis que la pure vérité.
– Papa, nous n'avons pas envie d'aborder ce genre de sujet, grinça Patti Sommerhearst. Et ça ne concerne absolument pas Nyx, d'accord ?
– Comment ça, ça ne la concerne pas ? reprit Bree. C'est son avenir, après tout, si vous la laissez couverte de dettes !
– De dettes ? répéta Nyx.
– Oui, de dettes, confirma sa grand-mère en hochant vigoureusement la tête. Tes parents se sont rués dans leur petit monde bien confortable de... de sorcellerie et ça m'étonne qu'ils ne soient pas encore interdits bancaire. Non mais regarde-moi ça ! Regarde ! L'opulence, Garrett. L'opulence sous toutes ses formes. Est-ce qu'un elfe de maison était vraiment nécessaire ? Est-ce que le pull en cachemire acheté à Nyx était nécessaire ? Est-ce que...
– Ce qu'on fait de notre argent ne te regarde pas, s'énerva Patti.
– Votre argent ? Votre argent ? Laisse-moi rire, chérie, gloussa sa mère. L'argent que vous dépensez vous ne l'avez pas. Les produits d'entretien pour ton jardin et l'intérieur, tes vêtements hors de prix et ceux de ta fille, vos gadgets, cette télévision flambant neuve, la Ford Anglia, votre mixeur triple hélice, l'elfe de maison, les collections DVD, vos voyages dans les parcs d'attractions... Et la liste est longue, finit-elle en désignant la large vitrine de produits dérivés de l'émission. Vous êtes devenus des boulimiques de ce monde. Une vraie maladie.
– Arrête ! cria Patti. Ça suffit ! John et moi nous faisons ce que Papa et toi vous n'avez jamais eu le courage de faire : vivre à fond. Si ça ne vous plaît pas, grand bien vous fasse mais nous n'allons tout simplement pas changer de style de vie pour vous convenir.
– Oh, peut-être. Mais moi je dors sur mes deux oreilles chaque fin de mois, tu sais ! Et compte pas sur nous pour qu'on te prête de l'argent.
– On ne vous a jamais rien demandé, explosa Mr Sommerhearst.
Nyx se demandait si l'état de leur finance était si catastrophique que le prétendaient ses grands-parents. C'est sûr que Vector devait être très cher, pourtant elle n'avait jamais eu la curiosité de savoir combien son père avait bien pu le payer.
– Si vous imaginez que vous allez pouvoir oublier ce qu'il s'est passé en achetant, vous vous enfoncez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude, maugréa Garrett O'Weil.
– Passer quoi, grand-père ?
Le CD de Vector s'était terminé et le silence s'abattit brutalement dans le living-room.
– Rien. Absolument rien, dit Patti d'une voix suraiguë. Maintenant prends tes biscuits et monte dans ta chambre.
Nyx ne songea même pas à désobéir et grimpa à l'étage. Sur son lit était ouvert son sac à dos pour la nuit prochaine. Kendall lui avait envoyé un message en précisant qu'ils se rejoindraient tous devant chez lui à vingt-et-une heure, mais que la fête aurait lieu dans les bois de Sinuesa Valley.
On prévoyait un peu de pluie pour demain, pourtant ça n'avait pas l'air de le décourager. Nyx enfourna son k-way vert kaki dans son sac ainsi que deux paires épaisses de chaussettes et des sous-vêtements propres. Cha – qui était aussi invitée – se chargerait de ramener une bouteille d'eau et la tente. C'était celle de son petit frère Andy qui était scout.
Nyx appréhendait un peu cette soirée : ce serait la première fois qu'elle rencontrerait les amis de Kendall, hormis ceux de l'équipe de Muggle Quidditch et qu'elle passerait la nuit littéralement dehors. Son père avait été très réticent en l'apprenant mais sa mère avait obtenu de lui son accord, du moment que son téléphone portable restait allumé.
Ooo
Comme à son habitude, Patti Sommerhearst laissa son ordinateur portable allumé toute la nuit. Elle le déposait sur sa table de chevet et pouvait ainsi surveiller son jeune protégé.
Harry était étendu dans son lit grinçant du 12, Square Grimmaurd, les mains derrière la nuque. Il ne semblait pas dormir, mais plutôt préoccupé. Patti le voyait à ses légers froncements de sourcils et sa respiration irrégulière. La caméra accrochée au lustre à pampille zooma sur son visage et les yeux verts étincelants de Harry brillèrent légèrement.
Patti effleura son écran du bout des doigts tandis qu'à ses côtés, son mari ronflait depuis une bonne heure. Pour sa part, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Les mots de ses parents résonnaient dans sa tête : « Vous êtes devenus des boulimiques de ce monde. Une vraie maladie. » ou encore « Si vous imaginez que vous allez pouvoir oublier ce qu'il s'est passé en achetant, vous vous enfoncez le doigt dans l'oeil jusqu'au coude »
Dans la semi-pénombre de la chambre à coucher, Patti était triste. Elle avait bien essayé d'acheter moins ou de ne plus regarder la série, pourtant tout la ramenait à Harry, jusqu'à ses souvenirs. Lui aussi avait l'air de penser à pas mal de choses et elle se demandait quoi.
De son côté, Harry non plus n'arrivait pas à fermer l'oeil. Il repensait au déroulement de la petite soirée qu'ils avaient fait afin de fêter la « promotion » de Ron et Hermione. Préfets, pensa-t-il. Ils vont être préfets. Harry n'avait jamais eu la curiosité de se renseigner en quoi consistait exactement cette nouvelle fonction. Le seul préfet qu'il n'avait jamais connu était le grand frère de Ron, Percy.
Il n'en gardait pas un souvenir particulièrement vivace. Harry savait juste que les préfets faisaient des rondes le soir, pouvaient enlever ou accorder des points et étaient chargés de faire régner la discipline dans leur salle commune.
Harry était vexé que Dumbledore ne lui ait pas attribué cette fonction. Il s'en voulait d'avoir été aussi cynique avec Ron, de n'avoir su apprécier cette nouvelle. Pourtant, une petite voix dans sa tête ne cessait de répéter qu'il aurait été bien plus légitime de le nommer préfet plutôt que Ron. « Aucune personne saine d'esprit n'aurait l'idée de nommer Ron préfet. » : cette phrase faisait écho dans sa tête depuis déjà de longues minutes.
Aucune personne saine d'esprit... Fallait-il en déduire que Dumbledore avait perdu la boule ? Ça ne serait pas étonnant. Il avait bien intégré Rogue comme membre de l'Ordre du Phénix. Les quelques fois où Harry l'avait aperçu en entrant en salle de réunion du Quartier Général, il avait lutté contre ses pulsions pour ne pas le frapper.
En venant ici, il s'était imaginé être au cœur de l'action, que des choses palpitantes et étranges se produiraient tous les jours. Mais le seul événement insolite résidait en ce tableau du living-room qui était brusquement devenu noir. Maugrey l'avait rapidement inspecté, détectant une forte présence de magie noire, puis emporté quelque part.
Harry regrettait de ne pas l'avoir étudié de plus près : les moments où il avait voulu s'aventurer seul dans la pièce s'étaient tous soldés par des échecs. Soit Ron, Hermione ou les jumeaux l'interpellaient depuis les escaliers ou entamaient une conversation censée être importante en l'y éloignant. Ce n'était pas la seule chose bizarre dans cette maison. Harry ignorait si c'était dû au fait qu'elle ait été si longtemps habitée par de mauvais sorciers, mais il s'y sentait oppressé et surveillé.
Au-dessus du manteau de la cheminée se trouvait un cadre d'où provenait une respiration sifflante. Au début, il avait pensé que c'était celle de Ron, profondément endormi dans le lit d'à côté. Mais en étant bien attentif, il sut qu'il s'agissait du tableau. En général, on entendait les sujets respirer seulement lorsqu'ils étaient présents. Alors pourquoi cette toile noire était-elle différente des autres ?
Harry se redressa légèrement, l'oreille aux aguets, et fixa avec intensité l'origine du bruit. Qu'est-ce qu'ils avaient donc tous les tableaux de cette maison ? Il souleva sa couverture et s'apprêta à se lever quand la voix pâteuse de Ron s'éleva :
– Tu ne dors pas ?
Harry faillit louper un battement.
– Non... Je... J'y arrive pas.
– Moi non plus, mentit Ron.
Harry était certain que son meilleur ami dormait profondément il n'y a même pas une minute et qu'il s'était réveillé en sursaut.
– J'arrête pas de penser à l'épouvantard de ma mère, poursuivit-il.
En effet, quelques heures plus tôt Mrs Weasley avait voulu s'en débarrasser seule avant d'aller se coucher. Harry l'avait découverte en larmes parmi des répliques fidèles de son mari et ses enfants dégoulinants de sang. Il avait été tout de même très choqué et bizarrement ému de voir son propre cadavre dans ce massacre. Mrs Weasley tenait-elle donc tant à lui ?
– Cette maison craint, ajouta Ron tandis que Harry restait silencieux. J'ai vraiment hâte de retourner à Poudlard.
– Oui, moi aussi.
C'était vrai. Il avait envie plus que tout au monde de retourner à la tour Gryffondor et de pouvoir admirer depuis les fenêtres la majestueuse – et terrifiante – Forêt Interdite.
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La perspective de se rendre dans les bois n'avait pas effrayé Nyx, au départ. Mais il fallait dire que maintenant, en les voyant depuis la pelouse de la maison des Bradsprit, ils semblaient inquiétants.
Kendall était assis sur un pack de bières et discutait joyeusement avec Tommy Fairbanks, l'attrapeur de l'équipe de Muggle Quidditch. Celui-ci semblait crapoter une cigarette et fit un léger signe de main à Nyx et Cha lorsqu'elles furent visibles à la lueur d'un des lampadaires. Elles portaient toutes les deux un sweat-shirt – violet pour Cha, et gris pour Nyx – leur capuche rabattue sur leur tête.
Nyx ignorait comment Cha pouvait porter un simple short en jean avec des collants tandis qu'elle, elle mourait de froid. Les bottes en caoutchouc de Cha claquaient sur le bitume, signe qu'elles étaient neuves. Il était rare que Cha ait des choses nouvelles, alors quand c'était le cas, elle paradait avec.
– Salut, lança Nyx.
– B'soir, répondit Tommy. Vous allez bien toutes les deux ?
– Parfaitement bien, dit Cha.
Tommy ne la connaissait pas et ne lui avait jusqu'alors jamais adressé la parole. Pourtant, il l'avait saluée avec tellement de naturel et d'aisance que Nyx se demanda si un jour elle arriverait à être comme ça. Kendall leur fit un bref hochement de tête, une cigarette coincée entre les lèvres et tira sa lampe de poche. Il l'alluma puis l'éteignit aussitôt et répéta rapidement l'opération. La lumière heurtait une des fenêtres des maisons.
Le ventre de Nyx se tordit lorsque Nausikaa en sortit. Elle descendit lentement par le treillis de jardin en bois et fit un bref saut à moins d'un mètre de hauteur. Nausikaa marcha à quatre pattes sur la pelouse afin que les lumières de détection de mouvements ne s'actionnent pas puis fila à toute allure de l'autre côté de la rue rejoindre la propriété des Bradsprit. À la vue de son aisance et à la précision de ses mouvements, Nyx était prête à jurer que ce n'était pas la première fois que Nausikaa quittait sa chambre en pleine nuit pour rejoindre Kendall.
Tous les deux sortaient ensemble il y a encore sept mois de cela. Dans les toilettes des filles, Nyx avait entendu une de ses amies dire que Kendall avait été son premier. Secrètement, Nyx avait toujours jalousé Nausikaa, non pas à cause de sa popularité ou de son physique avantageux, mais tout simplement parce qu'elle avait été très proche du garçon sur lequel elle craquait.
– Bon, on devrait y aller, souffla Kendall. Les autres nous rejoindront directement là-bas.
Tandis qu'il disait ça, la porte de sa propre maison s'ouvrit sur Dylan Manford, refermant sa braguette. Au début, Nyx n'en crut d'abord pas ses yeux, mais il suffit pour ça de jeter un rapide coup d'oeil à Cha pour être certaine qu'elle n'hallucinait pas. En dehors de Kendall, c'était la première fois de sa vie qu'elle voyait un des acteurs de Harry Potter d'aussi près.
Elle savait que Dylan et lui étaient très amis, pourtant c'était un fait demeurant abstrait jusqu'à ce soir. Dylan était grand – peut-être aussi grand que Kendall – et semblait plus beau en vrai qu'à l'écran, si cela était possible. Toutefois, il n'avait pas encore teint ses cheveux en blond platine pour les biens du tournage. Dylan s'étira et dit :
– Ils ne sont pas encore tous là ?
– Si c'est bon, enfin pour l'instant. Dépêchons-nous.
Nyx ne pouvait s'empêcher de fixer de ses yeux ronds Dylan. Il marchait en avant, les mains dans les poches, apparemment décontracté. Kendall ne l'avait pas prévenue qu'il viendrait. Curieusement, elle se sentit mise de côté, comme s'il ne la jugeait pas digne de confiance pour partager un secret pareil. Peut-être s'imaginait-il qu'elle balancerait l'info sur son blog avec la date et le lieu de rendez-vous. Nyx se demandait si son frère était aussi dans les parages. Comme s'il lisait dans ses pensées, Dylan éluda le mystère en grognant :
– Dawn est de plus en plus renfermé sur lui-même. On aurait pu faire la fête avant la reprise du boulot, mais non... monsieur préfère rester à la maison à lire.
Il prononça le verbe « lire » avec tellement de mépris que Nyx retrouva ce petit air hautain caractérisant Draco Malfoy. Le petit groupe remonta la grande avenue menant au-delà du terrain de football. Cha avait un de ses écouteurs enfoncé dans l'oreille et ne prêtait qu'une attention superficielle aux autres. Elle aurait très bien pu marcher seule qu'elle n'aurait pas remarqué la moindre différence.
Le sac à dos de Nausikaa semblait lourd et Kendall proposa de le porter à sa place, ce qu'elle accepta volontiers. Nyx se mordit l'intérieur des joues tandis que les longues tresses de Nausikaa virevoltaient sous les brèves rafales de vent. Dans le noir, l'écran du téléphone portable de Dylan faisait tache. En y jetant un bref coup d'oeil, elle vit qu'il consultait la page de son réseau social en arborant un délicieux sourire. Il se précipita vers son ami afin de lui lire une ou deux actualités quand Nyx glissa à Cha :
– Tu crois que Nausikaa et Kendall vont se remettre ensemble ?
– Mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?
– Eh bien, rien, c'est vrai.
Cha lui lança un regard torve et ajouta :
– Honnêtement, je ne sais pas. Mais je pourrai les surveiller dans la soirée, si tu veux.
L'ombre des arbres s'étalait sur le toit des maisons qui se raréfiaient. Cha alluma sa lampe torche tout comme Kendall et Tommy. L'entrée du bois était un sentier sinueux recouvert de gravier. En temps normal, la zone était quadrillée par un garde-chasse, mais on le savait parti pour une ville voisine depuis plusieurs jours pour des raisons familiales.
– Tu as eu une super idée, mon pote, congratula Dylan en s'éclairant de son téléphone. C'est tout droit ?
– Ouais.
Ils ouvrirent la marche, les autres sur les talons. Le moindre craquement ou bruissement mettait les sens de Nyx en alerte. Pour l'apaiser, Cha lui prit la main et lui adressa un sourire en coin. Ses yeux luisaient, moqueurs, comme s'ils disaient « Ne me dis pas que t'as peur... J'suis sûre que tu vas bientôt te pisser dessus ».
Pourtant, Nyx était reconnaissante de ce geste et se serra contre son amie. Tommy, Dylan et Nausikaa firent la conversation mais semblaient les seuls à être parfaitement détendus. Kendall devait sans doute redouter de se faire prendre par la brigade de police ou – pire – ses parents.
– On est bientôt arrivé, dit-il alors qu'un bruit de pulsation retentissait.
C'était comme entendre le cœur d'un animal, mais en étant attentive, Nyx reconnut les pulsations d'un morceau qu'elle adorait. Quelques mètres plus loin se tenait la majorité des invités, regroupés autour d'un large feu accueillant. Deux tentes avaient déjà été plantées et Dylan semblait aux anges.
– Je sens que cette soirée va être terrible, dit-il.
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Pour le dileme précédent vous avez majoritairement voté pour le POV de Arnold (alias « Ron Weasley »), même si Juno le talonnait de peu. Je sais que j'avais dit que le chapitre 4 sera consacré au Poudlard Express, mais finalement je préfère bien détailler la préparation des acteurs avant l'entrée dans le studio Poudlard et toute l'organisation nécessaire. Je vous remercie pour toutes vos reviews super encourageantes et c'est pour cette raison que je m'acharne à écrire avec autant de régularité. N'hésitez pas à me dire quelle passage de ce chapitre vous avez le plus ou le moins apprécié. J'en prendrai bonne note pour faire évoluer la suite. Je sais que certains d'entre vous ont envie de plus avoir de « Drarry » mais il faut que les choses prennent le temps pour s'enraciner et que ça soit tout de même crédible ! En tout cas, je mets beaucoup d'énergie à faire en sorte que cette fanfiction vous plaise.
• Par review :
– vous pouvez participer aux deux jeux !
JEUX 1 : Comme dans ce chapitre, vous aurez l'occasion de poser directement une question à Andrew Burst concernant la réalisation de la série, son parcours, ses acteurs et la technologie utilisée. Vous commencerez par « La question que je pose à Burst est : ... ». Trois de vos questions seront tirées au sort et trouveront une réponse dans le prochain chapitre (Une question par personne).
JEUX 2 : Inventez un parc à thème Harry Potter avec quelques attractions (il faudra les décrire un minimum). Le parc le plus original sera mentionné dans le prochain chapitre ! N'oubliez pas de lui donner un nom (le vôtre peut-être ?), une petite histoire et dire où il se trouve dans le monde.
– nda : Merci pour les ajouts en alert ou favoris. N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley » pour y suivre l'avancée de mes projets. Pour ceux suivant mes autres histoires, sachez que j'avance tout doucement aussi la suite de ''Gaslight'' et ''Matrioshki''.
