Posté le : 14 Mai 2013. Good reading et passez une super bonne semaine !


Réponse aux reviews anonymes :

Yukiteru : Je pensais que le Truman Show était un film plus connu que ça, tiens. Je le trouve tellement génial en même temps, avec tellement de potentiel. Contente que cette idée de base te plaise en tout cas (ouais, je sais je me répète mais c'est un réel plaisir). Je me donne beaucoup de mal pour que chaque chapitre apporte une dose d'informations, de questions et d'émotions aussi (quand même !). Bon, je t'avouerai que ce n'est pas évident puisque je dois lier tout ce qui relève de l'aspect technique, et à la fois apporter ma touche personnelle en faisant une vraie histoire. Tous les lecteurs n'ont pas les mêmes attentes ou questions et j'essaie de combler les vides. Par exemple, pour ce chapitre j'ai répondu à trois de leurs questions via l'interview avec Andrew Burst (Je me suis bien cassée la tête d'ailleurs, mais je pense que le résultat est convenable). Pour la création des acteurs, ce n'est pas simple du tout puisqu'il faut leur inventer une identité propre sans reprendre celle des vrais acteurs du casting HP (c'est interdit de faire des fanfictions sur des personnes vivantes NORMALEMENT, mais bon, tout le monde ne respecte pas ça). Selon un sondage donné sur mon groupe facebook, beaucoup de personnes adorent Dawn (pourtant on le voit pas grandement, hein). Ce chapitre répondra à pas mal de tes questions en tout cas ! (et oui, Andrew Burst est un inglorious bastard... serrons-nous la pince).

Cersei : Ouais, je sais. Il n'y avait pas de jeu « télécommande » au chapitre précédent mais j'avais besoin de mettre en place pas mal de choses pour l'intrigue avant de me le permettre. Ne t'en fais pas, tu pourras taper 1 ou 2 à la fin de ce chapitre ci et au suivant (j'ai réfléchi à des dilemme à venir très très très importants pour la suite *rire sadique*). La question que tu as posé à Andrew Burst a été sélectionnée pour avoir une réponse lors d'une interview (sic. dans ce chapitre !), espèce de chanceuse. Pour l'arrivée de Luna et d'autres acteurs, je cherche encore des explications plausibles même si c'est très compliqué de rester crédible dans un monde alternatif liant imaginaire et technologie. Je n'abandonne pas pour autant. En ce qui concerne le POV de Arnold, je ne voulais pas faire de comparaison avec Harry car il est conscient de leur différence. D'abord Arnold est resté pratiquemment toute son enfance en orphelinat et il a un parcours assez atypique. Enfin, je ne sais pas comment l'expliquer mais je pense que pour Arnold, la possibilité d'être à la place de Harry ne l'a jamais vraiment effleuré. Merci pour tes reviews longues et d'être toujours au rendez-vous.

Ib : Le POV de Arnold a été apprécié par tout le monde, je pense. Donc ça m'a mis du baume au cœur parce que ce n'était pas si évident que ça à imaginer. À côté de ça, beaucoup regrettent comme toi qu'il n'y ait pas le POV de Juno. Il sera très intéressant mais je pense plutôt l'évoquer par la suite. Je ne peux quand même pas dévoiler toutes mes cartes d'un coup, héhé. Ton parc d'attraction est super original. Je le garde de côté pour la suite des aventures de Nyx et les autres parce que dans ce chapitre j'ai plutôt fait autre chose (enfin tu verras) mais il n'est pas oublié pour autant. Il faudra juste attendre que j'ai l'occasion de tous les évoquer.

Iiilaydiiz : Merci pour ta review. Ouais, Juno est horrible mais je pense la développer plus tard, quand ils seront tous à Poudlard. C'est vrai que si Harry sort du monde magique il sera dévasté et déboussolé. Je me demande comment on vit avec un poids pareil... Enfin, c'est tout le nœud de l'histoire, quand même. Et on ne peut pas mettre la charrue avant les hyppogriffes. J'ai adoré tes attractions surtout le bar du « Baiser du Détraqueur ». J'en prends bonne note pour la suite. Ça sera évoqué dans un chapitre (pas celui-ci mais un autre encore). Sinon j'ai bel et bien lu toute ta review et ça m'a bien fait sourire.

Cat240 : Je ne peux pas répondre à tes hypothèses sur le scénario de la fic parce que ça gâcherait tout. Mais l'une d'elle va avoir sa réponse dans ce chapitre, héhé. En ce qui concerne les diplomes de Harry et sa rémunération, je pense que bon, d'une part : il n'est pas payé car c'est celui qui est piégé, au final et tant qu'il n'a pas conscience de la truanderie, jamais on pourra lui verser le moindre centime. Burst le compense par son coffre à Gringotts phénoménal, mais bon ça reste des « billets de monopoly » comparé aux marges que lui se fait. Quant à son éducation, il est clair que Harry n'a aucune notion en mathématique, littérature ou histoire du monde réel. Il a un niveau primaire et je ne pense pas que les associations soient très regardantes là-dessus puisque sa condition arrange pas mal de monde. Après, tu as toujours des gens réfractaires, on peut citer le FHM mais ça, je peux pas t'en dire trop non plus.


Le mot du bêta – Eymeric : D'abord je tiens à remercier ceux qui m'ont cité dans leur review, ça me fait super plaisir ! Je vous love ! Après avoir corrigé ce chapitre, je suis complètement vidé, mais aussi euphorique. Les personnages s'étoffent, l'univers aussi, et plus on avance, plus je suis excité ! J'ai hâte d'entrer au cœur de l'action, de découvrir l'ébullition du studio Poudlard... Bref, encore un grand chapitre de notre déesse D Would. Après le sacrifice des poils d'elfe de maison, nous devons passer à l'ingestion de foies de veracrasses sur leur lit de petits légumes avec un coulis de céleri. Bon appétit bien sûr, et surtout : bonne lecture les loulous !


CHAPITRE IV

« Qu'est-ce que la vérité ? Il y a la tienne, la mienne et celles de tous les autres. Toute vérité n'est vérité de celui qui l'a dite. Il y a autant de vérité que d'individus » – E-E. Schmitt.

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Kendall fit rapidement les présentations et Nyx était certaine qu'elle oublierait leurs prénoms d'ici les prochaines secondes. Cha était déjà occupée à griller des saucisses près du feu, en discutant avec un type.

Tout au long de la soirée, Nyx se sentit particulièrement à l'écart : tout le monde était au lycée, ici, sauf elle. Et, mine de rien, un an dans la vie d'une adolescente ça changeait tout. À croire que l'univers entier était géré par castes. Lorsque la pluie commença à tomber, elle ne put s'empêcher de repenser à la lettre de Andrew Burst Production. Les autres dansaient ou riaient sans se préoccuper d'elle. Tout à coup, une bière allégée entra dans son champ de vision et Nyx sursauta.

– C'est pas bien de broyer du noir, déclara Dylan en s'asseyant à ses côtés sur l'énorme bûche.

– Merci, dit-elle en prenant la bouteille. Mmh, et pourquoi de l'allégée ?

– Parce que tu es encore un bébé, non ? Enfin, c'est ce que Kendall m'a dit.

Nyx leva les yeux et regarda Kendall appuyé contre un arbre à faire la conversation à un groupe, son bras autour des épaules de Nausikaa. Nyx fut tout à coup absorbée par les composants de sa boisson écrits sur son l'étiquette qu'elle s'amusa à décoller. Son portable sonna dans sa poche, mais elle l'ignora.

– C'est pas trop ton truc les soirées, hein ? À mon frère non plus. Je crois que ça le lasse très rapidement, en fin de compte.

– Tu viens souvent par ici ? demanda-t-elle en préférant changer de sujet.

– Environ une à deux fois par an, pas plus. En général, Kendall et moi on se voit dans les studios, mais ça fait toujours du bien de se rencontrer en-dehors.

– Les studios, répéta-t-elle avec une pointe de cynisme.

– Quelque chose ne va pas ?

Alors que la pluie redoublait et que quelques adolescents s'abritaient sous les tentes, Nyx prononça :

– J'ai reçu une lettre de la part de la prod. Ils disaient avoir besoin de nouveaux figurants.

– En temps normal, je dirais que c'est plutôt cool mais tu n'as pas l'air d'une fille... « normale ».

Elle soupira.

– Je n'ai pas envie d'y aller, résuma Nyx.

– Et pourquoi s'être pré-inscrite dans ce cas-là ?

– Je n'avais que onze ans, j'étais aveuglée et... et je voulais faire plaisir à mes parents.

– Qu'est-ce qui a changé depuis ?

– Tout ! Absolument tout !

Dylan finit d'un trait sa bière, craqua les os de sa main et dit :

– Ce serait stupide de ne pas saisir cette occasion en or. Tu seras payée des montagnes pour en faire le moins possible. Tu pourras avoir un avenir assuré et bénéficier d'un certain confort. Si le cinéma t'intéresse, tu as des débouchés assurés grâce à ça...

– Je sais, coupa Nyx. Je sais parfaitement tout ça. Ils l'expliquaient très bien dans la lettre. C'est juste que j'ignore si je serai capable de faire semblant, d'assumer ce rôle.

– Si tu as des doutes, ce n'est même pas la peine, assura Dylan d'un ton catégorique. Ce n'est pas fait pour les faibles ou les gens avec la langue bien pendue. Ça peut te paraître brutal, mais le monde de la télé ça bouffe les nerfs. Surtout quand on est tout jeune. Ça va, tu ne seras ''que'' figurante, mais dans le cas de gens comme mon frère ou moi... c'est très délicat d'avoir une vie comme les autres malgré tous les avantages que cela apporte. Être figurant apporte un certain anonymat si ça peut te rassurer. C'est rare les téléspectateurs qui sont attentifs à ceux en arrière-plan. Oh tu auras peut-être deux ou trois personnes qui te reconnaîtront dans la rue sans savoir où ils t'ont réellement vue...

– Rassurant, marmonna Nyx en avalant une goulée de bière.

– Si tu es aussi certaine que ça ne te plaira pas, pourquoi en faire toute une affaire d'état ? La question devrait être réglée, non ?

– En étant honnête avec toi-même, si c'était à recommencer, tu aurais fait ce boulot ?

Dylan ne répondit pas et se leva.

– Allez, ne broie pas du noir et viens faire la fête.

Il lui prit la main et l'entraîna pour danser sous la pluie. Nyx était clairement mal à l'aise et sentait qu'elle venait d'appuyer sur une corde sensible. Elle se maudit intérieurement : en ce moment même, elle dansait avec un des garçons les plus sexy et connus de la planète, et tout ce qu'elle trouvait à faire c'était de se morfondre ? Pathétique.

Elle sourit et commença à se détendre. Le ciel était légèrement étoilé et les étincelles du feu s'y envolaient. Cha était assise sur une pierre, écoutant une nana jouer de la guitare, sa main au creux de sa paume. Il devait être trois heures du matin quand Nyx s'installa enfin à ses côtés.

– On devrait monter la tente, tu ne crois pas ? lança-t-elle avec entrain.

– Je m'en suis déjà chargée. Nausikaa m'a aidé.

Nyx lui jeta un regard alarmé.

– Elle est plutôt sympa, en fait, poursuivit Cha. Différente de ce qu'on s'imagine.

Sa meilleure amie hallucinait : ce n'était pas son genre de porter attention à une cheerleader de lycée.

Bon, OK, sa mère aussi avait été cheerleader et Nyx ne pensait pas qu'un jour elle avait été garce avec qui que ce soit (après tout, son père était quand même catégorisé dans les ''losers'' du bahut quand ils avaient commencé à sortir ensemble). Nyx se demanda sérieusement si Cha n'avait pas tout simplement subi un lavage de cerveau.

– Donc... Kendall et elle...

– Oh, non, coupa Cha. Nausikaa est lesbienne. Un peu comme moi quand je bois un peu trop de soda à la cerise, tu vois. Enfin, comme si j'avais réellement besoin de soda pour craquer sur une fille comme elle. Et puis, Nausikaa m'a dit qu'elle ne pouvait tout simplement pas sortir avec Kendall parce que c'est son cousin. Ça serait un peu dégoûtant, tu me diras.

– Et les rumeurs ?

– Ce sont des rumeurs, conclut-elle en chauffant ses mains au-dessus du feu. Juste des putains de rumeurs. Elle sait bien que Kendall te plaît, et à sa façon de parler... je crois que lui aussi le sait.

Nyx jeta un rapide coup d'oeil dans sa direction tandis que son téléphone sonnait une fois de plus dans la poche de son jean. C'est vrai que Nausikaa et lui avaient plus l'air de plutôt s'entendre comme deux frères et sœurs.

Elle ne les avait jamais vus s'embrasser ou se tenir la main plus de cinq secondes. Comment avait-elle pu se faire autant abuser par les cancans de lycéens ? Alors les fréquentes oeillades dans leur direction ce n'était pas du défi... mais tout simplement parce que...

– Cha, je crois que tu as une touche, murmura Nyx.

– Avec qui j'en ai pas, hein, dis-moi ? Allez, fais pas cette tête : entre nous deux, ça n'aurait pas fonctionné de toute manière.

Nyx leva les yeux au ciel et regarda Cha danser pour la première fois de la soirée. Étrangement, son cœur était beaucoup plus léger. Elle prit une nouvelle bière qu'on lui tendit et la savoura en appréciant quelques plaisanteries faites par des gens de la classe de Kendall.

– Salut, dit-il en s'approchant. Je peux te parler un moment ?

– Bien sûr.

Il prit la place de Cha, une bouteille de vodka bien entamée entre les mains.

– Je suis désolé pour la lettre de Burst Production. Dylan m'a tout raconté.

– C'est Charlotte qui va être malheureuse. Elle se faisait une joie de t'annoncer la nouvelle, roucoula-t-elle. Ça ne fait rien, tu sais... J'imagine que tu voulais simplement m'aider. Je pèse le pour et le contre.

– Pour ?

– Pour, je gagne du fric.

– Contre ?

– Contre... Eh bien contre, je participerai à un système que je déplore, finit-elle par dire.

– Tu sais le système, c'est tout ce qu'on a et c'est pas plus mal, formula-t-il en buvant une gorgée d'alcool. Tu t'amuses, sinon ?

– Un peu. Je suis juste préoccupée. Tu... Tu voulais simplement me parler de ça ?

– Entre autres, admit-il. J'avais juste peur que tu me fasses la gueule. Ça n'aurait pas été bon pour l'équipe de Muggle Quidditch.

– Mais oui, prononça Nyx d'une voix chantante. Juste l'équipe, tu en es sûr ?

– Pourquoi ? Toi tu vois une autre raison qui pourrait me pousser à m'excuser ?

Le visage de Kendall était proche du sien et il souriait. Nyx ignorait si la chaleur brusque qu'elle ressentait était parce qu'elle rougissait ou parce que Tommy Fairbanks venait d'ajouter du bois dans le feu. Tout à coup, quelqu'un hurla de rire au loin et brisa l'alchimie du moment. Nyx fixa ses genoux et Kendall but dans sa bouteille de vodka.

– T'en fais pas, prononça-t-il en tapotant sa cuisse. On aura tout le temps de se peloter derrière une tapisserie si tu viens à Poudlard.

Derrière eux, il y avait de l'agitation et Nyx se retourna :

– Regardez ça, dit un garçon en pointant quelque chose au sol. Vous croyez qu'il essaie de s'enfuir ?

– Première fois que j'en vois un en vrai, ajouta Tommy en s'agenouillant. C'est impressionnant comme il a l'air réaliste.

Nyx s'approcha du groupe et poussa un juron en voyant Vector au milieu d'eux. Il portait des cloggs en caoutchouc pour enfants aux pieds et un petit chapeau-parapluie. Ses yeux en forme de balle de tennis luisaient légèrement. Vector l'elfe de maison se fraya un chemin jusqu'à Nyx et s'inclina bien bas, dévoilant sa couche-culotte.

– Bonsoir, maîtresse Nyx, coassa-t-il. Vos parents m'envoient pour vous dire qu'ils s'inquiètent.

– Ils s'inquiètent ? Et pourquoi ils s'inquiéteraient ?

– Ils vous ont appelé plusieurs fois sans réponse de votre part. Alors Vector s'est proposé pour venir vous voir.

– Et comment ce machin a pu te retrouver ? baragouina Tommy.

Les bois de Sinuesa Valley faisaient plusieurs hectares.

– Réponds, Vector, intima Nyx.

– Le portable de Nyx a la technologie GPS. Et Vector connaît le numéro de Nyx. Il lui a suffi de se connecter au réseau pour la localiser. Et Vector n'est pas un ''machin'' ! Vector fait partie de la première génération d'elfe de maison cyborg. Il sait lire plus de six langues, dont le mandarin.

Cha émergea de la petite foule et envoya un regard désolé à son amie.

– Bon, eh bien, tu m'as vu, n'est-ce pas ? Dis-leur que tout va bien.

– Je peux aussi bien leur montrer.

Nyx s'apprêtait à poser une question quand les yeux de Vector devinrent brusquement noirs. Il leva sa tête vers elle et à sa plus grande stupéfaction, elle vit dans ses pupilles deux vignettes similaires des visages inquiets de ses parents.

– Wow... c'est dingue et un peu effrayant, commenta Cha. Tu savais qu'il faisait webcam ?

– Ce n'était écrit nulle part sur la notice, balbutia Nyx. Enfin, je ne crois pas.

Dès lors, les yeux de Vector reprirent leur teinte ordinaire et l'elfe s'inclina encore une fois avant de prononcer :

– Simple vérification d'usage.

Il fit demi-tour et s'en alla, laissant des empreintes dans la boue.

– Je rêve où tes parents se servent de votre elfe de maison pour te fliquer, résuma Kendall, le regard vitreux. Heureusement qu'il ne nous a pas surpris à faire un truc compromettant.

– Quoi comme truc ? demanda Cha tout à coup suspicieuse.

Nyx ne répondit rien et regarda la liste des appels manqués sur l'écran de son téléphone. Comment ses parents osaient-ils lui foutre la honte comme ça ? À leur époque, quand le téléphone portable n'existait pas – ou était réservé aux pétés de thunes – comment ils faisaient ?

Une petite partie d'elle regrettait l'illusoire liberté des temps anciens, de ce monde où l'on pouvait être libre de garder tout confidentiel, de ne pas être automatiquement fiché et trahi par la technologie. Furieuse, elle mordit dans sa saucisse grillée après avoir grignoté une poignée de chips.

L'aube se profila tranquillement à travers la clairière et les esprits commençaient tout doucement à s'engourdir. Kendall semblait ivre mort (ils en étaient arrivés à cette conclusion lorsqu'il avait voulu se déshabiller entièrement pour secouer son sexe en hurlant « Expelliarmus ! »). Cha avait trouvé ça tellement drôle, qu'elle l'avait filmé.

Depuis plusieurs heures, elle et Nyx dormaient dans leur tente ouverte où les dernières braises brûlantes du feu se consumaient. Tommy jouait de la guitare, le regard dans le vide, ses jambes étendues sur la silhouette de Yohan. Nyx regrettait de ne pas avoir autant bu que les autres, mais ça avait plutôt été une bonne soirée (si on excluait l'arrivée intempestive de Vector) : Diana leur avait appris quelques chansons paillardes, Yohan avait vomi sur les chaussures d'un type gigantesque en pleurant et Varro – le grand frère de Cha – était même passé les renflouer en bières au cours de la soirée.

– C'était plutôt cool, non ? finit par formuler Nyx en se tournant dans son sac de couchage (Cha répondit par un grognement). J'aimerais bien organiser un truc plus tard dans l'année... Tu m'aideras si je fais quelque chose ?

– Absolument pas, répondit Cha d'une voix pâteuse. Les fêtes c'est mieux quand c'est spontané. Planifier des trucs c'est le meilleur moyen d'être déçue. Maintenant, fous-moi la paix. Je veux dormir.

Leur ''nuit'' se prolongea jusqu'aux alentours de treize heures, lorsque Dylan les réveilla en fanfare pour leur dire au revoir. Il devait expressément rejoindre les studios pour sa préparation scénique. Il déposa un baiser au sommet du crâne de Nyx, bien que celui-ci ait été plus tôt aspergé de bière au cours de la soirée.

– Tu sens la blonde, dit-il. J'aime la blonde. On se reverra peut-être. Sinon... eh bah, au revoir.

– Ouais, c'est ça. Prends soin de toi.

Dylan lui fit un léger signe de la main et s'éloigna aux côtés de Kendall qui le raccompagnait à l'orée du bois en fumant une cigarette.

Nyx profita du calme relatif du campement pour aller prendre une rapide toilette près du petit lac, à quelques minutes à pieds d'ici. Elle se lava rapidement le visage et les cheveux, qu'elle trouvait horriblement collants, puis décida de retourner chez elle. Sa mère l'attendait pour se rendre chez le coiffeur en début d'après-midi.

Nyx attrapa son sac à dos, laissant tout de même à Cha de quoi manger. Elle n'en aurait pas besoin : chez elle, ses parents l'attendaient sûrement avec un repas copieux. En s'éloignant, elle croisa Kendall qui revenait de l'entrée du bois.

– Oh, salut.

– Salut, dit-il. Euh, c'était sympa, non ?

– Ouais c'était génial. Merci de m'avoir invitée avec Cha. Elle n'est pas en état de parler, mais je suis certaine que ça lui a fait plaisir. Bon, eh bien... Je vais rentrer chez moi.

– Déjà ?

– J'ai des trucs à faire.

– O.K., bah, on se verra probablement à l'entraînement de Muggle Quidditch.

– Oui, c'est ça. Bye !

En s'éloignant, Nyx constata que son cœur s'affolait dans sa poitrine. Les rues de Sinuesa Valley étaient, comme d'habitude, paisibles. Toutefois, ses jambes ne semblaient pas vouloir la supporter alors elle prit le bus. En arrivant devant chez elle, Nyx tomba sur un curieux spectacle : un camion de déménagement était garé dans l'allée. Son père semblait furieux et sa mère incroyablement tendue.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? murmura Nyx en arrivant à leur hauteur. Où est-ce qu'ils emmènent tout ça ?

– Ce n'est rien chérie, re-retourne dans ta chambre.

Nyx leur envoya un regard suspicieux et constata avec effarement que deux hommes emportaient aussi le canapé du salon. En entrant dans sa chambre, elle trouva un homme en costume, son ordinateur portable sous le bras.

– Qu'est-ce que vous faites ici ? rugit-elle.

Avoir des inconnus chez elle n'était pas plaisant. Mais en voir dans sa chambre la rendait absolument hystérique. Son père arriva, essoufflé à ses côtés, semblant se rappeler de la présence de cet homme.

– Déposez mon ordinateur !

– Non, il a été saisi par les créanciers.

– Les quoi ? répéta Nyx. Vous ne pouvez pas prendre mon ordinateur ! Il y a toutes mes affaires dedans ! Papa, dis-lui ! (Mais son père resta là, impuissant) Alors tu vas le laisser l'emporter sans rien dire ? J'y crois pas !

– Ils... Ils sont en train de saisir quelques objets pour arrondir nos comptes, prononça-t-il à contrecoeur. C'est vrai qu'on est un peu limite financièrement depuis quelque temps. Désolé de t'imposer ça.

– Un peu limite ? répéta Nyx. Et vous comptiez m'en parler quand ? Une fois à la rue !

– Nous vendrons tout ça aux enchères, informa l'homme en passant devant eux comme s'ils n'existaient pas. Si vous n'avez pas payé les prochaines traites le mois suivant, nous serons obligés de revenir.

Ses pas dans l'escalier furent étouffés par la moquette toute neuve installée il y a environ deux mois. Nyx se laissa tomber sur son lit et remarqua que d'autres objets manquaient dans sa chambre : comme ce médaillon que lui avait fabriqué Cha avec des pierres récupérées dans une brocante. Apparemment, même ça semblait avoir de la valeur. Elle n'avait pas le cœur à faire l'inventaire de tout ce qu'elle avait perdu en quelques minutes à peine.

– Ta mère a essayé de cacher un maximum de choses pour toi, poursuivit John Sommerhearst. Et, quand ça ira mieux, on te rachètera un ordinateur. On devra juste travailler un peu plus dur...

– Tu veux dire dépenser un peu moins, corrigea sa fille. J'aimerais être un peu seule, maintenant si tu veux bien.

– D'accord.

Il ferma la porte derrière lui et Nyx l'entendit clairement faire un résumé de la situation à sa mère. En rangeant ses bracelets dans son tiroir, elle vit l'enveloppe violette de Andrew Burst Production la narguer.

Ooo

Le soir même, John Sommerhearst décida de brancher leur ancienne télé dans la cuisine. La nouvelle avait également été saisie par les huissiers. Le dîner fut extrêmement silencieux et Nyx ne cessait d'envoyer des regards malveillants à Vector. Celui-ci faisait partie des choses qu'avait pu sauver sa mère in extremis. Patti tapotait nerveusement la table et ne faisait que de grignoter. Elle simulait un air parfaitement détendu, aussitôt trahie par sa voix plus aiguë qu'à l'ordinaire et ses raclements de gorge incessants.

À l'écran, Mike Flickerman faisait un résumé des évènements de la journée : on vit Harry discuter avec Remus, puis de brèves images de Ron et Hermione. Nyx ne montrait plus qu'un intérêt limité à cette émission de télé-réalité et ses deux parents semblaient l'avoir enfin remarqué. Aussi ils s'étonnèrent-ils lorsqu'elle prononça après avoir généreusement arrosé ses frites de ketchup :

– Je vais le faire. Je vais accepter le contrat d'élève-figurante.

– Quoi ? Tu en es absolument sûre ? demanda son père.

– Certaine. Je pense que je pourrai en tirer de bons avantages pour mon avenir, mentit-elle.

Ses parents n'étaient pas dupes. Ils se doutaient bien que la visite des huissiers y était pour quelque chose, mais curieusement ils étaient soulagés qu'elle fasse ce ''sacrifice''.

– J'ai demandé à Cha de leur envoyer mes photos par mail, tout à l'heure. La machine est en route.

– Tu n'as pas l'air très contente, fit remarquer sa mère.

– Si, je suis ravie ! Je vais pouvoir entrer dans l'univers que j'ai toujours adoré.

Patti et John Sommerhearst n'ajoutèrent rien et Mike Flickerman demanda un tonnerre d'applaudissements. Depuis la régie lunaire, Andrew Burst attendait poliment qu'on lui accorde la parole. Ses interventions à la télé étaient devenues de plus en plus régulières depuis la treizième saison. En fait, Burst était progressivement devenu un personnage à part entière du monde qu'il avait soigneusement façonné.

Bonsoir à vous, Mr Burst.

Bonsoir.

Ce soir, je sais que vous avez de nombreuses choses à faire donc j'irai droit au but : nous avons lancé sur notre page du réseau social des questions que les potterheads meurent d'envie de voir posées depuis de nombreuses années, expliqua le présentateur. Je sais que parfois vous nous avez fourni des bribes d'informations, mais la curiosité des téléspectateurs est véritablement insatiable. Ce que nous pouvons parfaitement comprendre à la vue de cet univers complexe et fascinant dans lequel nous nous plongeons volontiers à chaque épisode... (Andrew Burst inclina légèrement la tête en signe de remerciement) Une des questions ayant reçu le plus de votes est la suivante. Regardez !

Aussitôt, leur image fut remplacée par celle d'une jeune femme brune aux cheveux courts. La qualité de la vidéo était médiocre, comparée à celle fournie par la chaîne. Elle dit :

La question que je pose à Andrew Burst est la suivante : « Qui sont les parents de Harry et comment prennent-ils le fait de voir leur fils évoluer dans un monde parallèle au nôtre sans avoir le moindre contact avec lui ? »

L'antenne fut rendue au présentateur et au producteur qui semblait, comme à l'ordinaire, pensif.

Lorsque la mère de Harry est arrivée dans notre fondation, elle n'était encore qu'adolescente. Elle est entrée dans notre programme de grossesse non désirée et nos médecins l'ont rapidement prise en main. Elle est restée dans notre centre jusqu'à son accouchement et a signé tous les papiers conformes à sa cession de droits parentaux. En ce qui concerne le père, nous avons que très peu d'éléments. Selon le dossier, il travaillait à l'époque dans un fast-food à mi-temps. Avoir un enfant aussi tôt pour eux était... une catastrophe. Ils espéraient sans doute s'assurer un avenir brillant et avec un bébé, ces plans étaient lourdement compromis, voyez-vous ? Ma fondation leur a permis de se soucier de problèmes plus actuels tout en leur garantissant que cet enfant – enfin, le leur – serait bien traité. Bien entendu, la mère de Harry était au courant que nous voulions en faire le héros d'une série télévisée. Elle touche d'ailleurs quelques royalties et je la salue, car je sais qu'il lui arrive de regarder l'émission de temps à autre... Enfin, même si au départ elle était un peu réticente elle a rapidement compris qu'il était de l'intérêt de tous de confier son bébé à des personnes plus compétentes et qui sauraient de quelle manière faire fructifier cette naissance. Harry n'était que présélectionné à ce stade-ci puisqu'il y avait d'autres jeunes mères. Rappelez-vous que les téléspectateurs avaient eu le choix, à l'origine, entre une fille et un garçon. C'est vous, derrière votre écran, qui avez fait toute la différence. En ce qui concerne la seconde partie de la question, il est vrai que j'ignore ce que doivent ressentir les parents biologiques de Harry en le voyant à la télé. En tant que père, je peux comprendre que cela leur fasse bizarre. Mais ils ne se sont jamais plaints depuis l'existence même de l'émission, au contraire. On permet d'ailleurs à la mère de Harry de tricoter elle-même les pulls qu'il a pour Noël depuis sa rentrée à Poudlard. Elle est toujours ravie de le faire.

J'ignorais tout cela et c'est très intéressant. Passons à la seconde question : « Comment avez-vous créé la cape d'invisibilité ? »

John Sommerhearst augmenta le volume de la télévision tandis que Vector rangeait soigneusement dans son ventre les vaisselles sales.

C'est une idée qui m'a traversé alors que je n'étais qu'au lycée. Notre professeur de chimie nous avait donné plusieurs exercices à faire à la maison. Je me souviens très bien qu'on travaillait sur la séquence de la lumière. Il y avait au bas de mon manuel un encadré qui stipulait que la calcite avait la propriété phénoménale de séparer la lumière en deux. Et j'étais là à me demander ce que c'était que la calcite, vous voyez. J'étais du genre élève très scrupuleux à vouloir tout savoir, un peu comme Hermione Granger. C'est typiquement le genre de personne que j'étais, fut un temps. Donc, je suis parti à la bibliothèque et j'ai découvert qu'outre cette propriété de scinder la lumière, la calcite peut la réfléchir ou même l'emmagasiner – en quelque sorte – pour avoir une autre couleur. Enfin, je schématise, en gros. Donc j'ai gardé cette idée de côté jusqu'à l'université où on a davantage approfondi ça. Ça m'a pris cinq ans de ma vie de mettre ce projet au point avec un de mes amis de la fac. On s'est servi de la calcite et on l'a transformée pour qu'elle puisse imprégner des bandelettes de tissus. Puis on a étendu le projet à la taille humaine. La plus grande difficulté à laquelle nous nous sommes heurtés c'est qu'au départ, la cape ne fonctionnait qu'en deux dimensions. Donc si quelqu'un arrivait derrière vous, il vous voyait parfaitement tendre un drap pour passer inaperçu... Du coup, on a remanié notre recette pour qu'elle puisse épouser tous les contours d'une silhouette, membres inclus. En fait, on n'est pas réellement invisible. On est en illusion. C'est quelque chose... (Andrew Burst semblait chercher ses mots, les yeux levés) comme les miroirs déformants des foires. Vous croyez ne pas vous voir, mais en réalité vous êtes bel et bien là. On trompe juste l'oeil humain. Mais des animaux, comme les chats, parviennent à percer le leurre de la cape d'invisibilité grâce à leur vision phénoménale. Nous aimerions vraiment commercialiser les capes d'invisibilités, mais pour des questions liées à la sûreté du territoire, de terrorisme et autres choses comme ça, les gouvernements nous l'ont interdit.

À l'entendre, il était évident que des choses comme le terrorisme n'étaient que de vagues préoccupations de mortels indignes de son intérêt. Nyx renversa un peu de limonade à côté de son verre tandis que Vector partait passer l'aspirateur à l'endroit où se tenait il y a quelques heures à peine leur canapé.

– Cet homme est purement brillant, nota John Sommerhearst. À croire qu'il a vécu cent vies avant d'en arriver là. Tu savais qu'il avait sauté trois classes ?

– Ca ne m'étonne pas, répondit sa femme en savourant son café. C'est une tête, quand même. Et il a combien de diplômes ?

– J'en sais rien, mais un sacré paquet faut croire.

Nyx reporta son attention sur le téléviseur où Mike Flickerman posa sa toute dernière question :

– … « Avez-vous l'intention de faire naître des enfants de Harry, si c'est le cas, que deviendraient-ils par la suite ? »

Il est bien trop tôt pour parler de ça maintenant. L'avenir de la série s'écrit au fur et à mesure. Pour l'instant, Harry n'a que quinze ans et n'a toujours pas eu son premier baiser. Il est difficile à l'heure actuelle de se projeter aussi loin. Bien sûr, j'y ai vaguement pensé, mais cela dépendra de nombreux facteurs. Si Harry parvient à trouver la femme qui lui correspond et que leur relation se stabilise au point d'avoir un enfant, ça sera sans doute le premier bébé né sur un plateau de télé-réalité. Pour ça, il faudrait qu'une actrice soit consentante à l'idée de porter son enfant et de céder ses droits à la production tout en jouant le rôle de mère sans l'être dans les faits. C'est quelque chose de vraiment délicat et je préfère balayer ce genre de questionnement tant qu'on n'y est pas.

Merci de nous avoir répondu et nous nous reverrons sûrement demain pour faire un nouveau point sur les évènements de la journée.

Le nouveau jingle de l'émission « Fireworks » de Nicholas Hooper résonna à travers la cuisine. Patti se permit de dodeliner de la tête en voyant la liste extraordinairement longue des acteurs et collaborateurs.

En haut à droite, une petite vignette dévoilait les images de la soirée : Harry débarrassant son assiette dans l'évier, Ginny regardant Tonks changer de couleur de cheveux, Kreattur astiquant le portrait de Mrs Black et bien d'autres choses encore. Ce qui interpella Nyx fut la série de logos de partenaires allant de l'alimentation, aux vêtements jusqu'à l'informatique. Elle devrait sans doute regarder ça de plus près, un jour.

– Alors, tu es vraiment décidée à le faire ? demanda sa mère. Je veux dire... devenir actrice ?

– Plus que résolue.

Ooo

La semaine suivante, Nyx se réveilla aux alentours de cinq heures du matin. Elle devait se préparer pour son audition devant les jurys de Harry Potter. Elle avait reçu un mail très enthousiaste de la part de la production qui n'attendait que leur prochaine rencontre. À leur plus grand regret, ses parents ne purent l'emmener à Londres à cause de leurs cours de la journée.

Patti Sommerhearst prépara son déjeuner et rangea une mèche de ses cheveux en lui souhaitant bon courage. Nyx la voyait faire de grands signes de la main, toujours enveloppée dans sa robe de chambre, quand la voiture de ses grands-parents s'éloigna avec elle. Une certaine angoisse monta tandis qu'elle bouclait sa ceinture et que sa maison ne fut plus visible à travers le pare-brise arrière.

Londres serait sans doute gigantesque. Nyx aurait aimé que Cha l'accompagne, mais elle avait plusieurs interrogations dans la journée. Sur ses genoux, son portable la narguait. Elle mourait d'envie de partager son angoisse avec quelqu'un, mais tout le monde dormait.

À cause de sa jambe en acier, son grand-père ne pouvait pas conduire. Il sifflotait à l'avant, côté passager, en regardant son épouse tenir fermement le volant. Bree O'Weil ne semblait pas très à l'aise à ce poste mais s'abstenait de tout commentaire. Apparemment – et si Nyx avait bien compris – ses grands-parents espéraient qu'elle obtienne ce travail afin de pouvoir s'en vanter parmi leurs connaissances et amis de la résidence de retraités.

L'autoroute était quasiment vide à cette heure-ci, mais une fois aux abords de la périphérie de la capitale, ce fut une tout autre affaire. Le chassé-croisé des cadres et employés se rendant sur leur lieu de travail donna le vertige à Nyx tandis que les hautes tours de la City ombrageaient la route.

– Tu as ton curriculum vitae ?

– Ils l'ont déjà depuis ma première audition, répondit Nyx à sa grand-mère. Je l'ai juste mis à jour sur leur site.

– N'oublie pas d'être souriante, d'accord ? Ils te poseront certainement des questions désagréables pour te tester et voir les limites de ta motivation. Et ne te laisse pas impressionner par les autres candidats... Oh, et mets-moi un col roulé. Ta tenue est absolument indécente.

Nyx regarda son pull coupé au niveau du nombril que lui avait maladroitement tricoté Cha, ainsi que son short en jean et ses tennis.

– Bah quoi ? Maman trouve ça bien.

– Ta mère n'a strictement aucun goût. Y'a qu'à voir avec qui elle est mariée...

Si elle n'était pas en ce moment même en train de conduire, Nyx aurait probablement essayé de l'étrangler. En fait, c'était grâce à son look que les recruteurs l'avaient recontactée. Nyx prit un certain plaisir à mettre en place son énorme boucle d'oreille en or longeant tout le long de son oreille pour en recouvrir le lobe. Dans le rétroviseur, ses grands-parents lui jetaient des regards mauvais.

Ils finirent par se garer dans un parking souterrain et Nyx attrapa sa minuscule valise rouge dans le coffre : les figurants sélectionnés devaient passer une nuit dans un dortoir commun pour voir s'ils s'entendaient bien entre eux. Bree et Garrett O'Weil dormiraient, eux, à l'hôtel, préalablement réservé par la production. Dans l'ascenseur, Nyx mit son portable en mode silencieux et se tritura les doigts de nervosité. Une fois au quinzième étage, ils avancèrent tous les trois prudemment jusqu'à l'accueil.

– B-Bonjour, dit Nyx. On est venu là pour...

– L'audition ? devina la secrétaire. Viens par là. C'est juste ici. Ce sont tes grands-parents ?

– Oui.

– Enchantée. Votre petite-fille est entre de très bonnes mains. Et si vous vous rendiez dans notre restaurant à l'étage juste en dessous histoire de prendre un délicieux petit-déjeuner ?

– Eh bien, ça ne serait pas de refus, gloussa Mrs O'Weil. Viens, Garrett.

En les voyant s'éloigner, Nyx ne fut pas rassurée, mais on ne lui laissait pas le choix. Dans la salle d'attente, il y avait déjà cinq autres adolescents, leurs sacs ou valises sous leur siège ou devant eux. Ils se regardèrent tous en chiens de faïence alors que la secrétaire refermait juste derrière elle.

Nyx attrapa une revue en jetant de fréquents coups d'oeil aux autres ''concurrents'' : il y avait des jumeaux aux traits asiatiques qui écoutaient de la musique depuis le même baladeur, une fille gigantesque dont les jambes atteignaient la table basse, une autre incroyablement belle et bien formée et un garçon qui aurait pu faire quelques couvertures de magazines.

Elle ignorait ce qu'on lui demanderait précisément pour cette audition. La première fois, elle avait dû apprendre quatre répliques types (« Je me demande quel exercice on va faire aujourd'hui en sortilèges ? », « Tu crois que c'est un temps pour aller dehors ? », « On raconte que les Tornades de Tushtill sont les mieux placées pour remporter le prochain tournoi ! », « Je crois les avoir vus partir par ici... ») et les lancer d'un air convaincant. Cette fois, aucune fiche de conduite n'avait été distribuée. Ce n'est que dix minutes après son arrivée qu'une femme entra avec une liste. Elle avait de longs cheveux d'un roux flamboyant et une peau incroyablement pâle, contrastant avec son tailleur noir.

– Rory Benchill ?

Elle les regarda tous d'un air impérieux et le garçon très séduisant se leva. Les autres candidats quittèrent la pièce chacun à leur tour et ce n'est qu'aux alentours de dix heures moins le quart que la femme revint pour elle.

– Nyx Sommerhearst ? Enchantée, dit-elle en lui serrant la main. C'est par là.

Elles traversèrent un long corridor apparemment vide. La femme ouvrit une nouvelle porte et la laissa entrer. En face d'elle, et sans aucune surprise, Nyx trouva une table à laquelle étaient assis neuf juges.

– Au fait, je suis Samantha Runford, se présenta-t-elle en s'installant au milieu de ses collègues. C'est moi qui t'ai écrit le courrier. Bien, place-toi sur la croix juste devant (Nyx avança d'un pas). Donc, nous te rappelons que tu es filmée tout au long de ton audition. Avant de venir te chercher nous avons consulté ton curriculum vitae. Tu as fait une pub pour des céréales quand tu avais neuf ans, c'est bien ça ?

Nyx acquiesça. Elle en gardait un souvenir très vague mais se souvenait s'être amusée comme une folle.

– Et depuis, tu n'as rien fait comme passage à la télé ou dans une sitcom... ?

– Euh, non. Mais j'ai fait figurante dans des émissions. Enfin, vous voyez les personnes qui applaudissent et sourient derrière.

Samatha Runford traça une croix sur un formulaire en marmonnant un « mmh » peu engageant.

– Est-ce que tu as une idée d'en quoi consiste ton métier de figurante et quelles sont les qualités requises ? ou devrais-je dire ''silhouette'' puisque tu seras amenée à prendre discrètement la parole pour donner de la vie à ce cadre.

– Eh bien, je devrai être discrète, patiente et efficace. Je devrai suivre la planification des épisodes à la lettre ainsi que les instructions de mes supérieurs et connaître sur le bout des doigts le monde de Harry Potter.

La réponse sembla convenir à Miss Runford qui lui tendit un papier.

– Voici un emploi du temps type d'un étudiant à Poudlard de quatrième année. Regarde-le et je vais te poser quelques questions, comme si moi aussi j'étais dans ta classe, d'accord ? Tu devras rester naturelle et me donner ton avis sur chacune des matières. C'est parti (Elle se gratta la gorge). Oh non, on a Potion dès le lundi matin !

– Mais regarde, on commence à neuf heures tous les jours, rétorqua Nyx d'un ton enjoué. C'est quand même mieux que l'an dernier, tu ne trouves pas ?

– Ouais, peut-être, minauda Samantha, mais on a quand même deux fois Histoire de la Magie. Est-ce que c'est si important de savoir où vivent les trolls ?

– Je suppose. Ils pourraient nous poser cette question aux examens. Sans oublier que d'après ce qu'on raconte, il y en a eu un dans les cachots... Tu te rends compte ? Un troll à Poudlard !

Nyx fut passablement écoeurée de l'aisance avec laquelle elle débitait ce tas d'âneries, pourtant, elle continua sur sa lancée en pensant très fort à ses parents :

– Tu crois qu'on aura qui comme professeur de Défense Contre les Forces du Mal cette année ? demanda Samantha Runford.

– Je n'en sais absolument rien, avoua Nyx, défaitiste. J'espère juste qu'il ou elle sera moins tarée que l'auror qu'on a eu l'an passé (Un léger rire s'éleva du côté du jury). Son œil me donnait des haut-le-coeur et dès qu'il se posait sur moi, j'en avais des frissons partout.

– Ca suffit pour cet exercice, Nyx, dit la recruteuse. On va passer à un autre.

Ils évoquèrent ensemble les manières de se repérer dans le château ou des façons de se conduire en cours (même si seuls les figurants de l'année de Harry étaient concernés).

– Passons aux réponses types que tu devras fournir à Harry s'il te demande un renseignement, prononça Samatha. En général, il ne demande rien aux autres élèves et les observe à peine mais nous devons nous parer à toute éventualité. Donc si Harry te demande l'heure où l'endroit où peut bien se trouver un professeur, tu réponds sans aucune hésitation. Le tout c'est de rester calme et naturelle.

Nyx se prêta au jeu qui se termina au bout d'une dizaine de minutes quand on en vint à une partie beaucoup plus complexe : la magie. D'après ce que lui avait dit Sam, chaque figurant possédait sa propre baguette magique, mais d'une technologie moindre que celles qu'avaient les acteurs du casting officiel.

Par exemple, la baguette magique de Nyx – sycomore, crin de licorne, 26 centimètres et étonnamment sifflante – ne pouvait réaliser que les sorts de « Lumos », « Wingardium Leviosa », « Accio », « Reparo » et produire des étincelles vertes. Elle fonctionnait par reconnaissance vocale en mémorisant la voix du premier ''sorcier'' qu'elle entendrait. Il suffisait pour cela de la programmer dès sa sortie de l'emballage. En tenant sa baguette, Nyx dû s'avouer impressionnée.

– Eh bien, faites le geste, s'impatienta un homme au crâne dégarni une fois que sa baguette fut configurée.

– Oh, euh, Lumos !

Aussitôt, un rai bleuâtre sortit de sa baguette et inonda de lumière la salle d'audition. Nyx ne put s'empêcher d'être stupéfaite pendant quelques secondes. Elle était très tentée de demander comment ils faisaient pour réaliser ces sortilèges et les incorporer dans un si petit objet.

– Nous synchronisons les baguettes une fois par mois, éluda Samantha en froissant avec énergie le papier d'emballage, histoire de vérifier qu'aucune ne présente un dysfonctionnement. Parfois, en certaines occasions, nous y ajoutons un sort. Par exemple, les journées spéciales Saint-Valentin, vous pourrez invoquer des pétales de roses (Nyx avait déjà vu ça à la télévision). Je pense que cette audition a été plutôt concluante, non ? (Ses associés hochèrent tous de la tête) Et si vous passiez dans la salle d'à côté pour qu'on prenne vos mesures ?

– Mes mesures ?

– Oui, pour votre uniforme de Poudlard et vos vêtements de tous les jours.

– Quoi ? Je ne porterai pas mes vêtements, s'étonna-t-elle.

– Malheureusement, Harry pense être en 1995 et votre tenue vestimentaire est très loin de ce qu'il connaît. Bien sûr, nos stylistes essaieront de conserver votre personnalité, mais vous porterez leurs créations... celles de la collection automne/hiver de Harry Potter.

Plusieurs fois par an, la production sortait une gamme de vêtements que portaient les figurants à l'écran. C'était un bon moyen de vendre leurs produits en les présentant sous leurs meilleurs jours. Nyx aurait dû s'en souvenir. Elle passa dans la pièce voisine où l'attendaient un homme et deux assistantes qui riaient tous ensemble. L'homme était grand et avait la peau sombre. C'était le styliste officiel de l'émission et Nyx avait son nom sur le bout de la langue.

– Grimpe, lui dit-il en désignant le podium circulaire.

Il l'évalua rapidement du regard et ordonna à son assistante d'un vague geste de la main de prendre ses mesures.

– C'est toi qui t'es fait ça ? Ta teinture, ajouta-t-il en désignant ses cheveux – un dégradé allant du bleu-vert au violet – d'un coup de menton.

– Non, c'est ma meilleure amie.

– J'aime beaucoup.

Il lui fit enfiler une robe de sorcière par-dessus ses vêtements, des épingles coincées entre ses dents. Nyx remarqua que l'intérieur de ses ourlets était de couleur émeraude.

– Est-ce que ça signifie que je serai à Serpentard ?

– Je crois bien, admit-il. En tout cas, on m'a demandé de travailler sur cet uniforme pour toi. Donc tout laisse à supposer que tu iras chez les vert et argent. Tourne-toi lentement.

Cela semblait durer une éternité durant laquelle Nyx se posa tout un tas de questions. Est-ce que cela signifie qu'elle verrait plus souvent Kendall ? Qu'ils trouveraient du temps pour « se peloter derrière une tapisserie » ? Une fois l'étape costume terminée, Nyx put enfin rejoindre ses grands-parents à l'étage d'en dessous.

– Mais c'est une très bonne nouvelle ! s'exclama Bree O'Weil après qu'elle ait eu le récit détaillé de l'audition. Ils vont sûrement te faire signer le contrat d'ici les prochains jours.

– Fantastique, grommela Garrett sans une once de bonne humeur.

Nyx s'assit à leur table et partagea son déjeuner.

– Je vais envoyer un message à Papa et Maman, même s'ils doivent tous les deux être en classe en ce moment. Ça leur fera sûrement plaisir.

– C'est sûr que pour eux ça doit être la consécration, ajouta sournoisement sa grand-mère.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Eh bien... depuis qu'ils attendent ça, quoi. Enfin, tu sais moi, je ne suis pas très secret de famille.

Il était évident qu'elle mourrait d'envie de tout raconter. Nyx posa sa fourchette et Bree poursuivit à voix basse :

– Tu ne t'es jamais demandé pourquoi tes parents agissaient aussi bizarrement avec Harry ? Pourquoi ils avaient toujours des réactions disproportionnées en ce qui le concernait ? Et cette... cette addictologie à ce monde ? (La gorge de Nyx se noua) C'était avant ta naissance. Tes parents tentaient désespérément d'avoir un enfant, sans succès. Patti n'arrivait pas à tomber enceinte. Tu me diras, elle n'arrive pas à faire grand-chose... Enfin bref, quelques mois avant le lancement de la série, elle était tombée enceinte (Nyx faillit défaillir : alors ils avaient eu un bébé avant elle ?) mais ça ne s'était pas très bien passé. Il y a eu tout un tas de complications. Vers les six mois de grossesse, on leur a annoncé que leur petit garçon ne survivrait pas. À la suite de ça, Patti est tombée dans une affreuse dépression. On a dû la ramasser à la petite cuillère ton grand-père et moi... Vraiment une terrible période. Elle n'arrêtait pas de pleurer toute la journée et s'en voulait d'avoir perdu ce bébé (Nyx avait la bouche extrêmement sèche et retenait des sanglots). Quelques mois après ça, l'émission de Harry Potter a commencé et je suis à peu près certaine qu'elle a pu avoir un fils par procuration à travers Harry. Et ton père aussi, tu vois. Le fantôme de ce bébé les hante même jusqu'à aujourd'hui bien qu'ils refusent de se l'admettre. Puis tu es arrivée.

Nyx contempla son assiette, la vue brouillée par les larmes.

– Alors... Alors j'aurais dû avoir un grand frère, c'est ça ?

– Ouais, répondit Bree en avalant une cuillerée de gelée à la fraise. Il aurait été en deuxième année de lycée, si je calcule bien.

– Si ton père adore se dépenser dans son association de Muggle Quidditch avec tous ces p'tits gars, ajouta son grand-père, c'est parce qu'il doit sûrement se dire qu'il aurait pu le faire avec son fiston, tu vois ?

Si le moral de Nyx était déjà au plus bas en arrivant ce matin, elle ne se doutait pas qu'il aurait pu atteindre des profondeurs aussi abyssales.

– Tu ne manges pas tes frites ? demanda Bree en les trempant dans du vinaigre. Et ne t'en fais pas pour tes parents, ils n'en portent presque plus la cicatrice...

Oooo

La cicatrice de Harry lui faisait un mal de chien. Dumbledore lui avait bien expliqué que cela était dû aux humeurs de Lord Voldemort, mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Il ne disait rien à Hermione et Ron de crainte de les alarmer et, surtout, de mettre des mots sur ses propres psychoses. Pourtant, de temps à autre sa cicatrice se manifestait de manière sournoise et douloureuse en pleine conversation.

À l'approche de la rentrée de Poudlard, les membres de l'Ordre du Phénix étaient de plus en plus fébriles et passaient de longues heures enfermées dans la salle à manger, servant de lieu de réunion. Le sortilège d'Impassibilité de Mrs Weasley était toujours aussi efficace et les Oreilles à Rallonge de Fred et George montraient les premiers signes de faiblesse. Apparemment, ce genre de farce et attrape avait pour principal inconvénient d'avoir une très courte durée de vie.

Harry aurait aimé en savoir plus sur les avancées de l'Ordre. Est-ce que l'« arme » dont avait parlé Sirius était en sûreté ? Que fabriquait Dumbledore ? Est-ce que tous les Mangemorts étaient dorénavant retournés auprès de leur maître ? Sans aucun signe avant-coureur, la cicatrice de son front devint alors très douloureuse et il sentit son estomac se soulever horriblement.

– Ca suffit, toi, dit-il d'une voix ferme en frottant sa cicatrice dont la douleur diminua très vite.

– Premier signe de folie, parler à sa propre tête, répondit une voix malicieuse qui provenait de la toile vide accrochée dans la chambre qu'il partageait avec Ron.

Harry se crispa et fixa la toile en espérant y voir quelque chose. Mais le sujet ne se manifesta pas ni les minutes qui suivirent, ni au cours de la soirée. Ron était enfermé dans la salle de bain depuis maintenant une bonne vingtaine de minutes.

Harry était certain qu'il s'essayait à de nouvelles coupes de cheveux pour se donner un air plus ''cool'' et à la fois ''autoritaire'' pour son statut de préfet. Désormais, il se trouvait idiot d'avoir eu une réaction aussi méprisante et puérile pour la nomination de son meilleur ami à ce poste. Quand Ron revint de la salle de bain dans son pyjama violet trop court, Harry remarqua qu'il avait l'air soucieux.

– Quelque chose ne va pas ?

Ron s'allongea sous sa couverture qu'il remonta jusqu'au menton et soupira d'aise. Si Harry ne le connaissait pas, il aurait juré que son meilleur ami ne cherchait qu'à gagner du temps.

– Non, rien, répondit-il d'un air apparemment détendu.

– Dis-moi, insista Harry.

– Je pensais juste à la rentrée. Les gens risquent d'être pénibles avec toi après tous les bobards qu'a racontés La Gazette du Sorcier. Tu penses que tu pourras surmonter tout ça ? Je veux dire, ils vont sûrement avoir une attitude très conne.

Au même moment où il terminait sa phrase, Hermione fit son apparition dans la pièce. Elle portait un peignoir par-dessus sa robe de chambre et jeta un rapide coup d'oeil au couloir avant de refermer la porte. Mrs Weasley avait exigé d'eux qu'ils dorment tôt pour leur prochaine rentrée à Poudlard.

– Ginny ne dort pas encore, mais elle m'a promis qu'elle ne dirait rien si votre mère passe dans notre chambre, chuchota-t-elle en grimpant sur le lit de Harry. Alors, comment tu te sens ? Pas trop anxieux pour Poudlard ?

Harry ne comprenait pas pourquoi tout le monde semblait s'inquiéter pour lui ces derniers temps.

– Non, je devrais ?

– C'est juste que... (Hermione semblait chercher ses mots) qu'avec ce qu'il s'est passé à la fin du Tournoi des Trois Sorciers, les gens sont encore un peu fébriles et secoués. J'ai peur que tu te sentes dépassé par les évènements, tu vois.

– J'aurai deux préfets pour veiller sur moi, plaisanta-t-il.

Ron remua dans son lit, se plaçant sur le côté pour mieux les voir dans la semi-pénombre.

– Tu sais, j'ignore si c'était une bonne idée de m'avoir nommé préfet, finit par murmurer son meilleur ami. Je veux dire... Ca aurait dû être toi.

– Ne raconte pas n'importe quoi ! Tu es un très bon sorcier, Ron. En plus, je ne vois pas pourquoi j'aurais été nommé à ta place. Je n'ai pas de meilleures notes que toi en cours... et n'oublie pas que c'est là-dessus qu'on est choisi, entre autres (Harry ne mentionna pas le fait que Dean était certainement plus brillant qu'eux). Tu as entendu ce qu'a dit Lupin au dîner de toute manière ? Seuls les élèves fiables ont accès à ce statut.

Ron arbora un large sourire et Harry sut que son cœur était désormais plus léger.

– Je suis content que vous soyez là pour m'épauler, confia le Survivant après un moment de silence. Vous êtes de vrais amis et je vous en serai toujours redevable. Alors... Alors même si je m'énerve sans raison, même si je deviens insupportable, j'espère que vous ne serez jamais fâchés contre moi très longtemps.

– Comment on pourrait t'en vouloir Harry ? demanda Hermione. Tu as vécu quelque chose de très dur... c'est normal d'être autant bouleversé.

– Tu aurais fait la même pour nous, vieux, assura Ron.

Ooo

Dawn avait un goût affreux dans la bouche.

L'hypocrisie de Juno et Arnold était stupéfiante. Il était toujours étonné de la manière très convaincante dont ils prononçaient chacune de leurs répliques. Même si c'était leur métier, Dawn devait s'admettre qu'ils étaient tous très doués. Leur appartement à Londres était loué par la production. Dylan dormait déjà paisiblement dans la chambre d'à côté. Il allait profiter de ces derniers jours de liberté dans la capitale pour aller à des concerts et participer au mondial des jeux vidéos.

Cette année, quelques acteurs assuraient la promotion du jeu « Harry Potter » sur console trois dimensions. C'est pourquoi Dawn jouerait exceptionnellement le personnage de Draco demain. Le voyage en Poudlard Express se déroulerait dimanche et il travaillerait jusqu'à mardi soir sans pause. Son frère prendrait le relai les mercredi, vendredi et samedi.

Comme à chaque supposée rentrée, Dawn avait le ventre noué. Cette année, il devrait jouer de son rôle de préfet et ça ne lui plaisait pas du tout. Le script qu'avaient rédigé les scénaristes et Andrew Burst lui-même le faisait passer pour un vrai salopard de première. Dawn regarda Harry à la télévision adresser un sourire chaleureux aux personnes qu'il pensait être ses amis... Il n'y avait rien de plus horrible que ça.

Dawn, lui, avait eu un petit aperçu de l'hypocrisie dans son cercle d'amis. Des gens qui n'étaient intéressés que par sa célébrité ou son nom. Ça avait été dur à encaisser, mais ce n'était rien de comparable avec ce que vivait Harry sans même le savoir. Il le regarda souhaiter bonne nuit à ses ''amis'' et s'engouffrer sous sa couverture puis éteignit la télé. Dawn regarda par la baie vitrée du salon Londres s'étaler sous ses yeux. De là où il était, on pouvait clairement distinguer les contours de la gare King's Cross plongée dans la pénombre...

Le lendemain matin, Dawn dut se lever à huit heures car quelqu'un tambourinait contre la porte de leur appartement. Dylan lui grogna d'aller ouvrir, mais leur agent se hâta de le faire à leur place. Il boutonnait sa chemise quand Andrew Burst en personne débarqua, flanqué de son habituel garde du corps et de son assistante. Dawn n'était pas très surpris de le voir ici puisque c'était devenu une sorte de rituel de pré-rentrée.

– Bonjour, dit-il d'un ton très détaché. Où est Dawn ?

– C'est moi.

– Ah oui, je pensais que c'était ton frère... Tu es prêt pour la rentrée à Poudlard ?

– Oui. J'attendais juste les dernières instructions.

L'assistante de Mr Burst lui tendit un bipeur-vibreur dernier cri. Cela permettait à quelques personnes du casting officiel d'être contactées autrement que par oreillette si la situation l'exigeait.

– Ca risque d'être une année très chargée pour toi, Dylan.

– Dawn, rectifia-t-il.

– Mmh, peu importe. Tu connais bien tes répliques ?

– Oui, je les connais toutes. J'ai étudié le plan avec mon professeur de comédie à plusieurs reprises. Je suis certain que tout se passera parfaitement bien.

– Il y aura beaucoup de téléspectateurs devant leurs écrans tout à l'heure, rappela Andrew Burst. Ne nous déçois pas.

– Je sais, monsieur.

Andrew Burst lui jeta un regard perçant puis finit par quitter aussi rapidement leur appartement, se dirigeant sûrement dans un autre où se trouvaient d'autres acteurs. L'immeuble entier appartenait à la production et c'était le point de ralliement du casting pour prendre le train.

Une équipe de préparation vint s'occuper de la coiffure de Dawn – ses cheveux ayant été teints en blond platine il y a deux jours –, de son habillement et des derniers ajustements des micros. Pendant ce temps, deux personnes s'occupaient de remplir soigneusement sa malle de vêtements de prêt-à-porter de la dernière collection des studios.

Chaque acteur avait le droit à un échantillon de produits bien spécifiques. Une couturière vérifia que son insigne de préfet était bien en place tandis que son coiffeur ébouriffait légèrement ses cheveux afin de lui donner un air plus décontracté que les années précédentes. Il prit son petit-déjeuner sur le pouce tandis que son jumeau fut réveillé par le vacarme. Dylan sortit de sa chambre en se frottant les yeux.

– Bonne chance, dit-il en le regardant sur le point de partir. À mercredi.

Le mercredi matin, ils devaient changer de place. Ils ne se verraient que quelques secondes, le temps de se croiser dans le couloir souterrain menant aux coulisses du plateau.

– Prends soin de toi, lança Dawn en passant la porte.

– Ouais ! T'inquiète pas.

Dawn, son coiffeur, son habilleuse, un garde du corps, son agent et deux assistants prirent le large ascenseur de l'immeuble. Celui-ci pouvait contenir jusqu'à trente personnes. Lorsque ce dernier s'arrêta à leur étage, il contenait déjà Kendall – accompagné de son assistante, Loyd et Peter jouant Crabbe et Goyle. Heather – ou plutôt, Pansy Parkinson – ne les rejoignit qu'une fois au septième étage.

– Alors les garçons, vous avez passé un super été ? dit-elle avec engouement. Je suis tellement contente d'avoir été choisie pour être préfète. Eh, Kendall, tu as reçu mon message ?

– Non, désolé, j'ai rendu mon téléphone portable hier soir.

La production confisquait tout objet électronique la veille de l'entrée sur le tournage et ne les rendait que lors de leurs jours de repos. Heather avait toujours tendance à l'oublier. Au rez-de-chaussée, c'était la cacophonie. Chaque groupe d'étudiants était géré par des assistants déguisés en sorciers d'âge mûr se faisant passer pour leurs parents. Ils avaient tous une heure de pointage bien spécifique pour arriver sur la voie 9 ¾.

Noah – qui avait le rôle de Théodore Nott – leur faisait de grands signes de la main. Noah était tout le contraire de son personnage à l'écran : exubérant et drôle. Le noyau des irréductibles Serpentard se forma et attendit que « Lucius Malfoy » et d'autres supposés parents viennent les escorter à leur tour. Chaque groupe avait un numéro auquel il était affilié donnant l'ordre de leur entrée sur scène. Ils étaient le numéro 37 avec quelques autres élèves.

Grâce à un tunnel, l'hôtel était directement connecté à un passe-muraille donnant accès au quai du Poudlard Express. Il suffisait de marcher cinq petites minutes (le plus pénible étant de pousser leur malle). Sur le moniteur à l'écran, on pouvait surveiller en temps réel la progression de Harry qui était encore au 12, Square Grimmaurd.

Il fallait que la grande majorité des acteurs et figurants soient sur le plateau avant même que le héros de l'émission n'arrive et ne s'aperçoive du petit manège. Heather et Noah mouraient d'envie de retourner à Poudlard car pour eux, c'était comme une gigantesque colonie de vacances. Dawn marchait en tête et, en arrivant au bout du tunnel, s'imprégna totalement du personnage de Draco Malfoy. Ils arrivaient dans le monde magique.

La locomotive rouge et rutilante propageait des panaches de fumée et Heather poussa un petit cri hystérique. Pour elle, c'était un véritable enchantement de retourner à l'école de magie. Un groupe de figurants passa devant eux, s'installant dans la première voiture.

Dawn vit Kendall faire un discret signe de la main à l'une d'entre eux, aux cheveux teints allant du bleu au violet. Il ignorait parfaitement où se trouvaient les caméras mais Dawn était certain qu'elles étaient déjà toutes en route. Chaque compartiment avait été réservé à des élèves en particulier et le leur était à la voiture numéro cinq, au milieu du train. Kendall aida Heather à grimper la première, et tandis que Dawn hissait sa propre malle en simulant des adieux avec son père, il entrevit la chevelure noire et emmêlée de Harry...

Un gros chien noir – censé être la forme de Sirius Black sous Animagus – avait été dressé pour japper tout le long du trajet en remuant la queue. Beaucoup de figurants faisaient semblant de rire, de le pointer du doigt ou de caresser ses longs poings épais. Sans pouvoir s'en empêcher, Dawn se permit un discret sourire avant de monter à son tour.

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Finalement, les parcs d'attractions ne seront pas mentionnés de suite mais ils étaient tous super et j'ai pris plaisir à les découvrir. Je pense en parler un peu plus tard, donc ne vous inquiétez pas. J'espère que ceux ayant eu les questions sélectionnées pour Andrew Burst seront satisfaits ! Comme promis, j'en ai choisi que trois. Il y en a qui étaient un peu disqualifiées d'office car elles en révèleraient trop sur la possible suite de cette fic ou étaient un peu trop dures à trouver une réponse technique. Merci de m'avoir lu et de prendre le temps de laisser un petit commentaire. Sachez que je bosse activement sur la suite – ça passe par la relecture du Tome 5 – et j'espère que vous avez apprécié ce chapitre !


Par review :

TAPEZ 1 : Pour une interview de l'acteur faisant Sirius Black.

TAPEZ 2 : Pour une interview de l'acteur faisant Severus Rogue.

nda: Merci pour les ajouts en alert ou favoris ! Je vous garantis que ça fait toujours très plaisir. N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley »pour y suivre l'avancée de mes projets. Vous y trouverez un emploi du temps des Gryffondor pour la cinquième année avec les jours de pointage des acteurs dans la semaine (pratique pour se repérer, me direz-vous).