Posté le : 25 Mai 2013. Free like a bird.


Réponses aux reviews anonymes :

Nyannach : Oui, cette fic c'est aussi pour dénoncer ce que nous on peut regarder à la télévision et le matraquage médiatique dont on peut être victime au quotidien. L'année prochaine, je pense me diriger vers des études tournées vers l'audiovisuel (mise en relation avec l'Histoire) et je pense que ça va m'apporter des choses, un esprit plus critique des émissions etc. J'aime beaucoup le personnage de Cha car elle aborde toujours les choses d'un air à peu près neutre, en ayant une certaine distance. C'est très agréable de la faire intervenir. En tout cas, j'espère que la suite t'aura tout autant plue.

Yukiteru : C'est vrai que Dawn dégage un certain charisme et une vulnérabilité qui le rend attachant, d'une certaine manière. Dylan, lui, est plus fort, plus enclin à accepter son sort. Il se débat moins que son jumeau, on va dire. En tout cas, j'espère que le cinquième chapitre te plaira toujours autant. Il y aura quelques nouveaux personnages (oui, encore, mais bon, je ne peux pas faire autrement pour donner du relief à cette histoire). On reparlera sans doute de Noah et les autres Serpentard du casting officiel dans le chapitre six ou sept, mais pas maintenant. Oh, et pas de Vector non plus dans ce chapitre !

Iilaydiiz : J'ai pris un vrai plaisir à écrire la fête du chapitre quatre, même si au départ, je ne savais pas trop comment m'y prendre. Je me demandais bien ce que j'allais pouvoir raconter. Finalement, ça n'a pas été très sorcier. Sinon, tu as bel et bien remarqué mon petit clin d'oeil à Hunger Games avec le styliste qui ressemble à Cinna (soupire).

Nizi : J'avais vraiment envie d'arrêter le monde de la fic à un moment donné, mais je crois que j'y suis trop attachée pour une coupure brutale. Il faut que je trouve une astuce pour me défaire de son emprise, lol. Bon, en tout cas, il n'empêche que j'adore écrire (que ça soit pour cette histoire ou une autre) et ça c'est un fait. J'espère que tu continueras d'apprécier les aventures de Nyx, Harry et les autres !

Cersei : Wow, c'est vrai que tes idées sont très tordues. Mais tu ne penses pas qu'en commercialisant des bébés Harry, le « vrai » Harry perdrait de son intérêt aux yeux du public puisque tout le monde pourrait s'en procurer un ? Il faut bien qu'il reste unique pour que tout l'aspect commercial autour continue de fonctionner, sinon ce n'est pas intéressant. En ce qui concerne la place de Nyx dans Poudlard, il faudra attendre un peu pour comprendre vraiment. En tout cas c'était stimulant d'écrire le chapitre V.

Coukie : En même temps, c'est le but de faire de Nyx une adolescente un peu « naïve » comme tu dis. Personnellement, je ne la trouve pas du tout naïve, comme tu dis. Je pense plutôt qu'elle est du genre utopique, pleine de fougue et d'idéaux. Ça ne fait pas d'elle quelqu'un de naïf (je la trouve d'ailleurs très censée à bien des moments), mais c'est vrai que parfois elle est en décalage avec ce qu'elle pense et ce qui est potentiellement réalisable. Et je valide : Andrew Burst est un trou du cul.

Mot du bêta – Eymeric : Salut les loulous ! J'ai l'impression d'avoir été piétiné par un hippogriffe déchaîné après lecture/correction de ce chapitre. Plus ça avance, plus j'ai envie de me démener pour que notre déesse D Would nous concocte encore et toujours des chapitres de cette qualité. Merci à vous tous pour vos reviews, vous roxxez grave. In this chapter... du rêve, du rêve et encore du rêve ! Le moment qu'on attendait tous. Notre sacrifice de poil d'elfe de maison a fonctionné ! Mouahahahaha ! Mais maintenant il faudra jouer plus gros, alors j'attends vos reviews mais aussi vos mains de la gloire bien dégoûtantes à plonger dans l'extrait de Scroutt en scandant le nom de notre déesse. Bonne lecture, j'vous love !

Musiques : 01. Just Because I Do – Selah Sue. 02. Fiction – The xx. 03. The A Team – Birdy. 04. Kill and Run – Sia. 05. Decode – Paramore. 06. A Video Love – Lana Del Rey ft Bob Marley. 07. Reunion (The Truman Show) – Burkhard Dallwitz. 08. Carry you Home – James Blunt.

Bonne lecture !


CHAPITRE V

« L'illusion est trompeuse mais la réalité l'est bien davantage » F. Dard.

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Nyx venait de rejoindre les autres figurants dans un wagon. Elle était censée se fondre dans un groupe de Serpentard de quatrième année particulièrement snob. Étant celle avec le moins d'expérience dans l'émission, Nyx suivit docilement la tête de file : une nana aux cheveux tirés en arrière et aux yeux proéminents.

Ils s'installèrent dans le compartiment qui leur était réservé en en échangeant des banalités (« Et toi ton été, ça a été comment ? » « Plutôt pas mal, si on exclut le mariage de ma sœur. Elle s'est conduite comme un vrai tyran »). Le garçon du groupe – qui avait passé son audition avec elle à Londres – l'aida à mettre sa malle dans le filet à bagages.

– Ne vous inquiétez pas, finit par chuchoter la fille chargée de la gestion du groupe, tout se passera bien. Je fais ça depuis que j'ai onze ans. Je sais que la rentrée à Poudlard peut être impressionnante, mais vous vous sentirez tout de suite très à l'aise.

– Harry ne s'est jamais douté que les élèves changeaient de temps à autre ? demanda Nyx, sceptique.

– Même en lui mettant les choses sous le nez, il ne remarque pratiquement rien, de toute manière... J'ai hâte que le chariot de friandises arrive. J'imagine que vous n'avez pas d'argent encore ? C'est tout à fait normal. Seuls les élèves ayant un peu d'ancienneté et quelques autres triés sur le volet ont des jetons (la fille sortit de sa poche quelques mornilles et commença à les compter). Par contre, je ne sais pas si ça sera suffisant pour nous tous. Tu prendras quoi, toi ?

– Je m'appelle Nyx. Eh bien, j'ai toujours rêvé de manger des suçacides.

– C'est vrai qu'elles ne sont commercialisées encore nulle part, répondit la fille. Au fait, moi c'est Sunny. Si vous avez la moindre question, vous devez vous adresser à moi. Je fais le lien avec la prod et je suis chargée du bon déroulement des opérations.

Le train commença à s'ébranler et ce fut le signal pour entièrement entrer dans leur rôle. Sunny fouilla dans ce qui semblait lui servir de sac à main et en sortit un paquet de cartes explosives.

– Le trajet risque d'être long. N'oubliez pas ce que vous devez faire si Har-...

Elle ne put terminer sa phrase que Harry apparut devant leur porte vitrée, tenant la cage de Hedwige dans une main et sa malle dans l'autre. Sunny se ressaisit aussitôt et fit semblant de chuchoter quelque chose à l'oreille de sa voisine.

Nyx avait eu l'instruction de chuchoter sur son passage ou de le pointer du doigt, mais elle ne put se résoudre à le faire et se contenta de baisser les yeux, le cœur battant. Les autres ricanèrent en le désignant tandis qu'il s'éloignait, suivi de près par l'actrice interprétant le rôle de Ginny. Par la fenêtre, les maisons devenaient de plus en plus petites puis se raréfièrent.

– C'en était moins une, dit Sunny en se penchant pour vérifier que Harry était loin désormais. N'oubliez pas qu'on doit toujours être méprisant avec lui, qu'on est censé croire ce qu'a raconté La Gazette du Sorcier sur lui tout l'été, que ce n'est qu'un fou fabulateur.

Des élèves passèrent dans le couloir, se dirigeant dans des compartiments voisins rendre visite à des amis. En y regardant de plus près, Nyx se rendit compte que les figurants ne faisaient pas vraiment semblant de s'amuser. Ils avaient l'air heureux d'être ici, de retrouver des personnes qu'ils n'auraient sans doute jamais rencontrées dans un autre contexte.

– Comment tu es devenue figurante ? demanda Nyx.

– Ma mère travaillait dans les studios comme ingénieure, expliqua Sunny en abattant son joker sur la pile de cartes. Elle a eu l'opportunité de me présenter au jury bien avant l'ouverture des castings, voilà tout.

– Vous êtes certaines qu'on peut parler là ? demanda Rory (Oui, voilà, son prénom était Rory. Nyx s'en souvenait maintenant).

– Oui, t'inquiète pas, assura Sunny. Les caméras sont braquées sur le compartiment de Harry. Nous on sert simplement de décor. Alors on peut faire ce qu'on veut toute la durée du trajet du moins qu'on ne dérange pas le casting officiel.

Nyx était clairement soulagée de savoir que l'attention du monde entier était dirigée vers le fond du train. Elle attacha ses cheveux en un chignon précaire et Rory prononça :

– C'est bizarre qu'ils ne t'aient pas reteint chez les cheveux ou mis une perruque. Je veux dire... Tu sors du lot pour une figurante.

– Ils voulaient des choses atypiques cette année, pour montrer qu'on devenait de vrais adolescents, répondit-elle simplement en faisant le tri dans ses cartes qui semblaient se donner un mal fou pour lui sauter des mains. Vous travaillez quels jours, vous ?

– Tous les jours sauf le mercredi et le dimanche, répondit automatiquement Sunny.

– Le dimanche et lundi, informa Rory. Ils voulaient m'ajouter le samedi, mais ce jour-là j'ai compétition de judo. Et toi, Nyx ?

– Le mercredi et jeudi. J'imagine qu'on ne se verra jamais sur le studio, alors.

– T'en fais pas, rassura Sunny, y'a plein d'autres gens sympas. Et puis, quand il y a les matchs de Quidditch, ils s'arrangent pour réunir tout le monde. Et puis vu qu'ils les casent d'habitude le dimanche, tu es payée le double juste pour assister à un spectacle fabuleux. Bon, j'avoue c'est moins cool quand il pleut par contre.

Sunny déposa un valet de pique sur la pile de cartes et celles-ci se mirent à crépiter dangereusement comme du pop-corn. Brusquement, la porte de leur compartiment coulissa sur Kendall.

– Salut, dit-il avec un immense sourire. Vous allez bien ?

– Bonjour, monsieur Zabini, cingla Sunny.

– Oh, je t'en prie. Pas de minauderie avec moi...

Il referma derrière lui et s'assit aux côtés de Nyx. Sans même s'en rendre compte, Nyx eut légèrement plus chaud. Elle détourna la tête et regarda par la fenêtre le train traverser les champs d'un vert éclatant.

– Je vous présente Kendall, dit Sunny d'une voix chantante. Il était censé être notre préfet, cette année. J'imagine qu'ils vont tenter de se rattraper en le nommant Poursuiveur de l'équipe Serpentard.

Nyx eut un sourire amusé et tendit la main à Kendall :

– Enchantée, dit-elle innocemment.

– Moi de même, répondit Kendall en arborant un sourire en coin.

– Tu veux jouer avec nous ? proposa Sunny. On fait une partie de cartes explosives.

– Je jouerai avec elle, si tu le permets.

Apparemment, Sunny n'en avait rien à faire que Kendall et Nyx partagent leur jeu. Nyx pouvait presque sentir sa joue contre la sienne tandis qu'elle écartait ses cartes en éventail. Kendall tira une reine de trèfle et la jeta sur la banquette d'en face. Dès lors, le tas se mit à propager un grondement sourd puis explosa tel un pétard. Nyx cria et les autres éclatèrent de rire.

– Ça fait toujours ça la première fois, déclara Kendall d'un petit ton supérieur.

Nyx lui envoya un coup de coude dans les côtes et Sunny rassembla les cartes.

– Tu n'as pas de préparation de scène ? interrogea la chef d'équipe.

– Non, mon personnage n'intervient qu'à la reprise des cours de potions, donc demain, quoi. Tu restes demain, Nyx ?

– Non, je repars par métro dès le matin, après le petit-déjeuner. Je suis juste là exceptionnellement pour la rentrée et je travaille le mercredi et jeudi. Je crois que c'est notre seul jour commun.

– Vous... Vous vous connaissez ? demanda Rory en déposant sur ses genoux un plateau d'échec version sorcier.

– On vit dans la même ville, répondit Nyx, évasive.

– Et on est dans la même équipe de Muggle Quidditch.

Kendall étala son bras sur la banquette, ses doigts effleurant l'épaule de Nyx.

Leur discussion était toujours centrée – d'une manière ou d'une autre – sur le monde potterien quand Dawn Manford passa devant leur compartiment après s'être ébouriffé les cheveux, flanqué de Crabbe et Goyle. Draco Malefoy entrait en scène. Sur son passage, quelques figurants le regardèrent ou lui lancèrent des sourires encourageants (Peut-être s'imaginaient-ils que c'était Dylan. C'était le plus sympa des deux et on avait tendance à les confondre).

Dawn prit une profonde respiration et finit par arriver devant la porte vitrée de la voiture de Harry. Il y avait tout le monde : Juno, Arnold, Maggy – qui jouait Luna et entrait ainsi dans le casting officiel – Tom et Cathy. Harry leva la tête tandis que Dawn commençait à ricaner bruyamment.

– Qu'est-ce que tu veux ? lança Harry d'un ton agressif avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche.

– Poli, Potter, sinon je serai obligé de te donner une retenue, dit-il de sa voix traînante.

Harry avait incontestablement grandi durant ses grandes vacances : c'était plus flagrant ici qu'à l'écran. Sans pouvoir se l'avouer, Dawn se rendait compte que ça lui faisait plaisir de le revoir, alors il esquissa un sourire en coin.

– Tu vois, reprit-il, contrairement à toi, j'ai été nommé préfet, ce qui signifie que contrairement à toi, j'ai le pouvoir de distribuer des punitions.

Dawn détestait cette réplique, mais il y mettait tout le mordant du monde (si cela était possible).

– C'est ça, répliqua Harry, mais toi, contrairement à moi, tu es un crétin alors sors d'ici et fiche-nous la paix.

Les autres éclatèrent de rire et Dawn ne put s'empêcher d'être blessé, pinçant les lèvres.

– Dis-moi, Potter, quel effet ça fait de se retrouver deuxième derrière Weasley ? demanda-t-il.

Dawn distingua clairement une légère once de douleur passer dans les yeux de son supposé rival. Les scénaristes de Andrew Burst savaient appuyer là où ça faisait mal, définitivement. Harry baissa la tête en serrant légèrement trop fort la chocogrenouille qu'il avait dans la main.

C'était toujours le même air, la même envie de se donner des gifles quand il voyait Harry dans cet état. Il avait beau faire semblant que ses répliques ne l'atteignaient pas, pourtant c'était souvent tout le contraire. Depuis leur première année, c'était la même histoire et ce n'était pas prêt de finir. Si seulement les téléspectateurs avaient voté 2 il y a quatre ans de cela, s'ils avaient eu l'audace de l'envoyer à Serpentard, Harry et lui seraient sans doute les meilleurs amis du monde.

– Ferme-la, Malefoy, répondit Juno d'un ton sec.

– Tiens, on dirait que j'ai touché un point sensible, commenta-t-il avec un sourire qui se voulait narquois. En tout cas, fais attention à toi, Potter, parce que je vais te suivre à la trace, comme un chien, et si jamais tu fais un pas de travers...

– Fiche-le camp ! ordonna Juno en se levant, cette fois-ci.

Toujours en ricanant, Dawn lança un dernier regard venimeux à Harry et s'en alla, suivi de Crabbe et Goyle. Quand la porte du compartiment claqua, Dawn était certain d'avoir parfaitement rempli sa mission. Burst avait bien insisté pour faire une allusion à l'Animagus de Sirius Black. Il l'avait fait, alors...

– Beau travail, commenta Peter (jouant Goyle) en lui infligeant une légère tape dans le dos. Nous on va aller voir ce qu'il se trame du côté des septième années. On a prévu une petite fête ce soir. Tu viens avec nous ?

– J'ai envie de rester un peu seul.

Dawn entra dans le compartiment qui lui était réservé et tira le rideau avant de s'affaler sur la banquette. Finalement, il aurait préféré que ce soit Dylan qui s'occupe de la rentrée...

ooo

Les Sommerhearst étaient devant leur télévision à observer les débuts de leur fille sur le petit écran.

Pour l'occasion, ils avaient invité pas mal de personnes du voisinage qui s'exaltaient de retourner à Poudlard par procuration. Dès que la caméra filait rapidement dans le compartiment qu'occupait Nyx, son père bondissait de son fauteuil et criait inutilement « Elle est là ! » en écrasant son doigt sur le téléviseur. Il finissait par se rassoir, ému, et enfournait des petits-fours dans sa bouche.

Il était dans un état de bonheur si fort, qu'il ne prêta même pas attention au bras de Kendall posé sur les épaules de son enfant. Patti Sommerhearst, elle, n'était pas aveugle. Elle poussa un soupir ému en voyant sa fille tomber amoureuse en direct.

La chaîne de Andrew Burst – autrefois câblée – était désormais retransmise sur la chaîne nationale qu'elle avait rachetée quelques jours plus tôt pour une bouchée de pain. Ainsi, il était inutile d'acheter le moindre abonnement pour suivre les aventures du plus aimé des apprentis sorciers. En ouvrant le monde de Harry Potter à la gratuité, Andrew Burst s'assurait un public beaucoup plus modeste qui pourrait suivre les épisodes en temps réel sans passer par leur site officiel.

Il compensait cette perte de revenus par de nombreux contrats publicitaires. La chaîne câblée servait notamment de passerelle bonus, dont des morceaux coupés au montage. Les parents pouvaient entrer avec leur télécommande le nom de leurs enfants et voir un peu ce qu'il avait fait dans la journée ou suivre Harry dans les couloirs en changeant rapidement de caméra.

– Nous avons dû nous séparer de la chaîne câblée, informa Patti en servant de la liqueur bon marché à la mère de Kendall. Avec tous les soucis qu'on a par-dessus la tête, vous savez.

– J'imagine que ça va vous manquer.

– Oui, surtout au moment où Nyx entre dans l'équipe. C'est tellement dommage.

– Ne vous en faites pas, ça se passera très bien pour elle, assura Mrs Bradsprit. Vous savez, quand Kendall était entré à Poudlard à ses onze ans, la chaîne câblée n'existait même pas. On devait se fier à la production et notre instinct de parents. Mais je savais que tout se passerait parfaitement bien. Et puis, je trouve ça ridicule de surveiller nos gamins sous prétexte qu'ils passent à la télé. Mmh, pourrais-je avoir un de ces biscuits ?

– Euh, oui, bien sûr, répondit Patti, quoiqu'un peu décontenancée.

Elle s'assit sur une chaise à côté de son invitée et poursuivit :

– Alors, si j'ai bien compris, depuis que Kendall est acteur à Poudlard, vous ne l'avez pas regardé une seule fois à la télé pour savoir ce qu'il faisait ?

– Non, il n'y travaille que deux jours dans la semaine. Il revient à la maison et il m'en parle lui-même dès qu'on en a le temps. C'est un peu comme s'il était en pensionnat, quoi. Je veux faire une distinction bien nette entre son lieu de travail et notre maison. Je ne pense pas que cela soit sain pour lui de brouiller les limites. C'est quelqu'un de très indépendant et qui a une certaine fierté, comme son père d'ailleurs. Je sais qu'il le prendrait mal que je l'observe quand il est là-bas. Même s'il est exposé au nez de milliers de caméras, Poudlard reste un peu son jardin secret.

Patti réfléchissait en grignotant.

– De toute manière, vous n'avez pas trop le temps de regarder l'émission, non ? Je veux dire, avec votre travail d'infirmière et vos nuits de garde.

Mrs Bradsprit haussa des épaules.

– Vous savez, les vrais passionnés trouvent toujours le temps et ce n'est pas mon cas. Quand je rentre, je prends un bon livre et je me mets au lit ! Oh, vous ne connaissez sans doute pas ma nièce, Nausikaa.

Elle saisit le poignet d'une jeune fille ayant un léger air des Bradsprit avec de longues tresses.

– Bonjour, madame.

– Enchantée, répondit Patti. Je ne savais pas que tu étais la cousine de Kendall !

– Très peu de gens le savent dans le coin, j'ai l'impression...

Nausikaa s'éloigna en leur adressant un dernier sourire poli. Elle quitta le living-room rempli d'invités assis sur des chaises pliantes (personne ne songea à souligner la curieuse absence de mobilier). Nausikaa se servait un verre de punch dans la cuisine quand elle entendit une voix :

– Oh, euh, t'es là, balbutia Cha en regardant par-dessus son épaule.

La porte-battante de la cuisine se referma derrière elle en grinçant légèrement.

– Oui, je... Je suis ici, dit Nausikaa, mal à l'aise en jouant avec son gobelet rouge. Quoi de neuf ? Je veux dire depuis... enfin, tu sais quoi.

Après la fête de Kendall, elles avaient fait le chemin retour ensemble et avaient beaucoup discuté. Maladroitement, Cha l'avait embrassé avant de prendre ses jambes à son cou vers une direction opposée à la sienne. Nausikaa avait été trop surprise pour l'interpeller. Au fond, elle regrettait de ne pas l'avoir fait. Ça aurait sans doute évité ce genre de situation.

– Ça fait vraiment tout drôle, finit par souffler Cha en fixant ses tennis. Et je tiens à souligner que c'est pas mon genre d'être embarrassée pour ce genre de connerie mais... tu m'impressionnes.

– Moi ? T'impressionner ?

Nausikaa eut un petit rire.

– Je ne pensais pas que quiconque puisse impressionner la grande Charlotte Parker.

– Eh bah si, tu vois.

Cha regarda partout autour d'elle avant de soupirer :

– Ça fait tout drôle de ne pas voir Nyx. Je sais qu'elle reviendra d'ici demain mais bon, je peux pas m'empêcher de... de trouver que c'est bizarre de ne pas recevoir de messages d'elle, de ne pas pouvoir discuter ou traîner derrière le lycée. J'ai l'impression qu'on la force à entrer dans le monde des adultes. Comment Kendall fait pour supporter ça ?

– J'imagine qu'on s'y fait au bout d'un moment, rétorqua Nausikaa.

– Quand j'ai dit au revoir à Nyx pour la rentrée, elle avait l'air incroyablement tendue. Je me fais un peu de souci pour elle. Je n'ai pas envie que cette émission la détraque. Les statistiques des enfants foutrés par le showbiz sont ahurissantes. J'ai pas envie qu'elle devienne un de ces monstres de foire déjà héroïnomanes à seize ans et en désintox à vingt. Elle mérite une vie normale, avec les embrouilles qui vont avec... pas ça.

Elle fit un vague geste de la main et son bras retomba lourdement le long de son corps.

– C'est parce que tu tiens à elle, éclaircit Nausikaa tandis qu'on augmentait le volume de la télévision dans le living-room.

– Ils viennent d'arriver à Poudlard ! s'écria Mr Sommerhearst.

Nausikaa et Cha échangèrent un regard éloquent avant de les rejoindre dans la pièce d'à côté. Sur l'écran, les caméras activées étaient celles se trouvant juste au-dessus du quai de Pré-au-Lard, filmant l'arrivée en douceur de la locomotive rouge.

Enfin, le train commença à ralentir et ils entendirent le tumulte habituel des élèves qui se précipitaient pour rassembler leurs bagages et leurs animaux, prêts à descendre. On changea d'angle : désormais, ils avaient une vue sur la portière au numéro 15 doré qui s'ouvrit sur le visage heureux de Harry. Il resta un long moment ainsi, à admirer le château qui surplombait une partie de la région, tel un bijou surmontant un écrin.

Le bruissement discret des pins, les coups de sifflet autorisant la descente des figurants et acteurs, les hululements des chouettes, tout ceci faisait partie d'une complexe partition que composait Andrew Burst derrière son moniteur de commande. Sur le visage du producteur se jouait un sourire sinistre et il comptait mentalement les secondes avant que Harry ne s'aperçoive d'un point crucial :

– Les première année en rang par deux, s'il vous plaît ! Toutes les première année, en rang devant moi ! ordonna la voix tranchée du professeur Gobe-Blanche.

– Où est Hagrid ? demanda Harry, incrédule, comme Mr Burst s'en était douté.

– Je ne sais pas, répondit Cathy (jouant le rôle de « Ginny Weasley »). Mais on ferait bien de bouger, on bloque la portière du wagon.

Harry sauta du marchepied en remarquant que derrière lui, une bonne dizaine de Poufsouffle n'osaient le bousculer ou même l'interrompre. Peut-être le croyaient-ils cinglé et contagieux. La caméra continuait de suivre Harry à la trace parmi cette foule compacte d'élèves. Il progressait vers les calèches quand Juno émergea à ses côtés, l'air essoufflé.

– Malefoy a été odieux avec un première année, récita-t-elle d'un air un peu trop désintéressé. Je te jure que je vais le signaler, ça fait à peine trois minutes qu'il a son insigne et il en profite déjà pour brutaliser les autres encore plus que d'habitude...

Arnold lui lança un regard interrogatif : cela se sentait qu'elle ne croyait pas un traître mot de ce qu'elle racontait. Juno avait l'air de prendre ça trop à la légère. Mais heureusement que Harry était trop absorbé par un spectacle morbide pour y prêter la moindre attention. Cette année – afin de lui rappeler douloureusement la mort de Cédric – Andrew Burst avait décidé de mettre en place un stratagème en dévoilant de nouvelles créatures magiques.

– À ton avis, c'est quoi ces choses ? interrogea Harry en les montrant d'un signe de tête.

À la place du vide habituel des diligences se tenaient des chevaux monstrueux, à l'allure reptilienne. On aurait dit qu'ils étaient dépourvus de toute chair, leur pelage noir collant à leur squelette. Leurs yeux laiteux et vides s'enfonçaient dans leur tête qui ressemblait fortement à celle de dragons. S'ajoutait à cela, une paire d'ailes gigantesques qui auraient pu appartenir à des chauves-souris géantes. Les chevaux restaient immobiles, silencieux, comme s'ils espéraient passer inaperçus aux yeux des centaines d'étudiants.

– Quelles choses ? demanda Arnold.

– Ces chevaux...

Tous froncèrent des sourcils, regardant autour d'eux tandis que les élèves continuaient d'affluer depuis la sortie de la gare.

– Quelles espèces de chevaux ? répéta Arnold, feintant le scepticisme.

– Ceux qui tirent les diligences ! s'impatienta Harry.

– Mais, de quoi tu parles ? dit-il, perplexe.

Harry saisit fermement le bras de Arnold et le plaça à même pas cinquante centimètres du cheval monstrueux. Il resta là, de longues secondes, espérant ne pas se trahir. Arnold ne se sentait pas très à l'aise avec cette partie du scénario, car cela leur demanderait des prouesses de comédien que de feindre l'aveuglement.

C'était la même chose en deuxième année quand Harry disait entendre lui seul le Basilic et que tout le monde – malgré les grondements de la sono – devait faire semblant de ne rien avoir entendu. C'était un peu comme si on lui mettait un panneau bleu devant la figure et qu'il devait brailler « Rouge ! », allant à l'encontre de toute logique. Bien sûr qu'il voyait ces sortes de mutations génétiques, pourtant tel le grand comédien qu'il était, il se redressa en grattant sa joue et ajouta :

– Et qu'est-ce qu'il faut que je voie ?

– Le... Là, entre les brancards ! Attelé à la diligence ! Devant ton nez...

Les propos de Harry semblaient de plus en plus confus alors que la mine de Arnold se décomposait. Il lui lança un regard alarmé, comme s'il venait d'attraper une forte fièvre due à un virus tropical et murmura :

– Tu es sûr que tu te sens bien, Harry ?

Déconfit, Harry se mit à bredouiller que oui tandis que son meilleur ami montait dans la diligence, apparemment inquiet. Le rouge aux joues, Harry donna un coup de pied dans une pierre alors que, un peu plus loin, Draco Malfoy, suivi d'une petite bande de Serpentard, écartait de son chemin des deuxième année à l'air timide pour que ses amis et lui puissent disposer d'une diligence à eux tous seuls.

– Ne t'en fais pas, dit une voix rêveuse à côté de Harry. Tu n'es pas en train de devenir fou, moi aussi je les vois.

– C'est vrai ? s'étonna-t-il en se tournant vers Luna.

– Oh, oui. Je les ai vus dès le premier jour où je suis venue ici. Ce sont toujours eux qui tirent les diligences. Ne t'inquiète pas, tu es aussi sain d'esprit que moi.

Quand la calèche s'élança, Arnold préféra regarder par la fenêtre afin de soigneusement éviter le regard de Juno. Ils s'étaient disputés hors caméra sur le plateau du 12 Square Grimmaurd à propos de l'évolution de leurs personnages.

Arnold aurait préféré ne pas être préfet avec elle et leurs impressions étaient réciproques. Juno avait voulu que cela soit Dean ou un acteur inconnu qui prenne ce rôle plutôt que lui. Elle disait que c'était tout de même invraisemblable que les deux seuls véritables amis de Harry soient tous deux nommés préfets, par le plus grand des hasards. Elle était même jusqu'à aller demander un entretien téléphonique avec Andrew Burst pour qu'il envoie une lettre disant que l'insigne revenait finalement à Harry à cause d'une grossière erreur de l'administration.

Cependant, le producteur était resté ferme : Juno et Arnold seraient préfets des Gryffondor. Dans un sens, c'était plutôt bénéfique, car durant leur supposée ronde, ils pourraient s'octroyer une pause hors caméra et faire pendant une heure ou deux ce que bon leur semblerait.

Lorsque les diligences s'arrêtèrent dans un cliquetis métallique devant les énormes marches en pierre du château, Harry fut le premier à descendre. Quelques Poufsouffle disciplinés entrèrent par rang de deux ou de trois tandis que les Serpentard faisaient régner le chahut en poussant des camarades. Une fille aux cheveux teints passa devant lui en soulevant sa robe de sorcière pour ne pas la traîner dans la boue. Harry donna un bref coup de coude à Neville :

– Tu l'as déjà vu elle ? dit-il en pointant Nyx sans le savoir.

– Euh, elle ? Je ne sais pas. J'imagine qu'elle est en quatrième ou troisième année.

Neville s'éloigna et rejoignit le hall d'entrée tandis que Hermione s'approchait.

– Tu crois que c'est une Métamorphomage ? continua Harry en voyant la fille disparaître parmi le flot d'élèves. Je veux dire, Tonks nous a dit que la plupart l'étaient de naissance, mais que pour d'autres, ça se déclenchait vers l'adolescence. Je crois que c'est la première fois que j'en vois à Poudlard, ajouta-t-il en hissant le cou comme s'il espérait qu'elle fasse brutalement demi-tour. C'est un pouvoir absolument fabuleux...

Juno n'ajouta rien, le laissant dans son délire et avança vers les portes de la Grande Salle. Sur les quatre longues tables se tenaient les assiettes, les gobelets et couverts d'or aux armoiries de l'école.

Le Plafond Magique était sans étoiles, laissant apparaître un ciel noir d'encre comme la robe de sorcier que portait Severus Rogue, assis à la droite de Filius Flitwick. Il avait ses coudes posés sur la table, les mains jointes devant son nez crochu. Ses yeux perçants sondaient la foule d'élèves comme s'il espérait y voir quelqu'un. Pendant un moment, Harry et lui se dévisagèrent avant qu'il ne s'asseye lentement au milieu de la table des Gryffondor, ignorant les chuchotis sur son passage.

L'absence de Hagrid lui étreignit le cœur et il en parla rapidement avec ses deux meilleurs amis avant que le silence ne revienne dans la salle. Minerva McGonagall entrait avec une file bien nette de première année minuscule et aux airs apeurés et Harry se souvint nostalgiquement de ses débuts au collège Poudlard. La professeure de Métamorphose fit apparaître du bout de sa baguette magique un tabouret grossièrement taillé et y plaça un vieux chapeau aux allures miteuses.

– Qui c'est ça ? demanda brusquement Hermione en montrant le milieu de la table.

Horrifié, Harry constata que c'était cette bonne femme du Ministère ayant assisté à son audience disciplinaire le 12 août. C'était une sorcière aux mines de vieille tante célibataire, trapue, les cheveux courts et bouclés dans lesquels elle avait glissé un immonde nœud rose.

– C'est cette bonne femme, Dolores Ombrage ! s'exclama Harry en un murmure. Elle travaille pour Fudge.

Dès lors, une déchirure apparut au milieu du Choixpeau, lui servant de bouche. Et sa chanson éclata clairement à travers toute la Grande Salle :

Aux temps anciens lorsque j'étais tout neuf
Et que Poudlard sortait à pein' de l'oeuf
Les fondateurs de notre noble école
De l'unité avaient fait leur symbole
[...]
Sans jamais se douter qu'un jour viendrait
Où la destinée les séparerait.
Toujours amis à la vie à la mort
Tels étaient Serpentard et Gryffondor
Toujours amies jusqu'à leur dernier souffle
Tell's étaient aussi Serdaigle et Poufsouffle.
Comment alors peut-on imaginer
Que pareille amitié vienne à sombrer ?
J'en fus témoin et je peux de mémoire
Vous raconter la très pénible histoire.
[...]
Lorsqu' apparur'nt ces quelques divergences
Elles n'eurent d'abord aucune conséquence
Car chacun ayant sa propre maison
Pouvait enseigner à sa propre façon
[...]
Poudlard vécut alors en harmonie
De longues années libres de soucis.
Mais parmi nous la discorde grandit
Nourrie de nos peurs et de nos folies.
Les maisons qui comme quatre piliers
Soutenaient notre école et ses alliés
S'opposèrent bientôt à grand fracas
Chacune voulant imposer sa loi.
[...]
Si bien qu'un matin le vieux Serpentard
estima venue l'heur' de son départ.
Et bien que l'on vit cesser les combats
Il laissait nos coeurs en grand désarroi.
Et depuis que les quatre fondateurs
Furent réduits à trois pour leur malheur
[...]
Maintenant le Choixpeau magique est là
Et vous connaissez tous le résultat :
[...]
Bien que condamné à vous séparer
Je ne peux pas m'empêcher de douter
Il me faut accomplir ma destinée
Qui est de vous répartir chaque année
[...]
La répartition maintenant commence.

Pendant toute la durée de la chanson, Harry n'accorda qu'une attention très basse au Choixpeau. En face de la table des Gryffondor, Dolores Ombrage semblait aux anges. Que faisait-elle ici ? Pourquoi le Ministère l'envoyait-il là ? Il comptabilisa les fauteuils occupés à la table des professeurs et comprit avec horreur qu'elle serait sans doute la nouvelle enseignante de Défense Contre les Forces du Mal.

Lorsque le Choixpeau finit sa chanson sur une note anormalement longue, les élèves prirent du temps à applaudir.

– Il a un peu débordé du sujet, cette année, nota Arnold.

– Ça, c'est vrai.

Est-ce que le Choixpeau sous-entendait vraiment que les maisons devaient se rapprocher ? De quel danger immédiat parlait-il ? Savait-il pour le retour de Lord Voldemort ? Serait-il possible qu'un jour Gryffondor et Serpentard s'entendent à merveille comme leurs fondateurs respectifs ? Harry jeta un coup d'oeil à la maison rivale où Draco semblait tenir salon, parlant d'un ton péremptoire et pompeux à propos de sa nomination en tant que préfet. Il pouvait toujours rêver.

Le discours de Dolores Ombrage, pour sa part, ne fut pas aussi limpide que celui du Choixpeau. Harry avait beau tenter de s'accrocher pour en comprendre des bribes, il n'en saisissait toujours pas le sens (« Les quelques dons que vous avez pu recevoir à votre naissance ne se révéleraient pas d'une très grande utilité si une instruction attentive ne se chargeait de les cultiver et de les affiner », « Mais le progrès pour le progrès ne doit pas être encouragé pour autant », « Aussi, n'hésitons pas à entrer dans une ère nouvelle d'ouverture, d'efficacité, de responsabilité »).

– Qu'est-ce que veut dire ce charabia ? pensa Harry.

Il fut immensément soulagé lorsque Dumbledore reprit la parole pour énoncer les habituelles règles de vie commune. Hermione se précipita pour leur faire la traduction simplifiée des propos d'Ombrage et les inquiétudes de Harry se concrétisèrent.

– Le Ministère a décidé d'intervenir dans les affaires de Poudlard, résuma-t-elle, amère.

Le premier repas au château ne se déroula pas dans une ambiance aussi festive que Harry s'était attendu. Il piqua dans plusieurs pommes de terre frites, sans grande conviction.

Ooo

À des kilomètres de là, une femme d'une trentaine d'années regardait Harry à la télévision.

Ses yeux verts et en amande détaillaient le jeune sorcier qui décortiquait son plat tandis que devant elle, son plateau-repas refroidissait. Il avait l'air songeur, le regard perdu dans le vague tandis que Fred attrapait la cruche de jus de citrouille juste sous son nez. Mary Fuller rangea une mèche de cheveux d'un blond soyeux et foncé derrière son oreille afin de mieux l'apercevoir.

Elle aimait bien les rentrées à Poudlard car toutes les caméras étaient rivées sur son fils. Oh, bien sûr, elle faisait en sorte de ne pas trop visionner l'émission car cela lui tordait l'estomac, mais inévitablement, Mary le regardait.

La période de l'année qu'elle appréciait davantage était celle de Noël car Harry portait le pull qu'elle avait tricoté elle-même. Savoir que son fils portait quelque chose qu'elle avait touché lui procurait une sensation de bien-être incroyable. Jamais elle ne se sentait aussi proche de lui qu'à ces moments-là.

Depuis qu'elle suivait la psychologue payée par la production, ça allait légèrement mieux. Mary se sentait plus libre, moins poursuivie par son passé. Personne au monde ne pouvait comprendre ce qu'elle ressentait. Pas même ces mères qui, sous le poids de la contrainte, abandonnaient leurs enfants à l'orphelinat. Elles vivaient des douleurs différentes. Mary savait ce que devenait son fils, entendait les gens en parler sans cesse, voyait sa figure un peu partout dans les publicités sans jamais pouvoir l'approcher. Est-ce que cela aurait été préférable qu'Harry devienne un parfait inconnu parmi tant d'autres ?

Oui, incontestablement. Oui pour sa santé mentale, pour les moments de torture que lui infligeaient les médias et sa culpabilité. À cause d'elle, son fils vivrait à tout jamais prisonnier d'une illusion. Accepter les royalties de la production pouvait être interprété comme du pur opportunisme mais en réalité, en spoliant ces sommes dérisoires d'argent, Mary espérait secrètement mettre de côté pour le retour de Harry dans le monde réel.

Quand le repas dans la Grande Salle s'acheva, les caméras suivirent Harry qui se dirigeait vers la tour Gryffondor d'un pas décidé. Mary laissa la télé allumée et commença à faire le ménage. Dans des moments d'angoisse, elle nettoyait fébrilement des objets.

Cette nuit, c'était les cadres photo fixés sur le mur du living-room. Parmi elles, il y en avait une d'elle, adolescente dans une robe d'hôpital tenant un minuscule bébé brun et endormi. C'était la seule chose de Harry que la production lui avait autorisé à garder.

Salut, lança la voix de Harry dans son dos tandis que Mary se crispait, des larmes dévalant ses joues.

Salut, Harry, répondit Dean. Passé de bonnes vacances ?

Pas mal, oui. Et toi ?

Oui, oui, ça c'est bien passé. Mieux que pour Seamus, en tout cas. Il était en train de me raconter.

Pourquoi ? s'étonna Harry, sincère. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Ma mère ne voulait pas que je revienne à Poudlard.

Mary fit volte-face, intriguée par la tournure du scénario.

Mais... pourquoi ?

Eh bien, j'imagine que c'est... à cause de toi. Enfin, ce n'est pas seulement à cause de toi, c'est aussi Dumbledore...

Elle croit ce qui a écrit dans La Gazette du Sorcier, c'est ça ? devina Harry.

Quelque chose dans ce goût-là.

Un silence de plomb régnait dans le dortoir. Mary ne comprenait pas pourquoi Andrew Burst lui rappelait sa différence même au travers de ses plus fidèles camarades. Était-ce vraiment nécessaire cette friction avec Seamus ?

Écoute, reprit Seamus, qu'est-ce qu'il s'est passé dans le labyrinthe qu-...

Pourquoi me demander ça ? trancha Harry, hors de lui. Tu n'as qu'à lire La Gazette du Sorcier, comme ta mère.

Ne t'en prends pas à ma mère ! vociféra son camarade tandis que Neville Londubat se cramponnait à son Mimbulus Mimbletonia.

Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda Ron, qui venait apparemment de revenir de sa première escorte de préfet.

Dean lui résuma brièvement la situation et Ron ne fut pas très loquace. La production avait bien prévenu Arnold que les choses tourneraient ainsi. Il le déplorait, car le dortoir avait toujours été un des endroits qu'il appréciait le plus à Poudlard.

C'était un endroit où ils pouvaient rire, jouer, se détendre sans qu'aucun scénario soit dicté. Arnold continua d'échanger une joute verbale particulièrement venimeuse avec Seamus. Finalement c'est Tom – jouant Neville – qui eut le dernier mot lorsque la dispute s'acheva :

Ma grand-mère a toujours dit que Tu-Sais-Qui reviendrait un jour. Et elle dit que si Dumbledore annonce qu'il est revenu, c'est qu'il est revenu.

Harry finit par se glisser tristement dans son lit et Mary s'agenouilla devant sa télévision. Elle regarda son fils être songeur, un bras calé derrière son oreiller tandis que la caméra infrarouge prenait le relais quand Ron éteignit la dernière chandelle du dortoir.

Délicatement, une musique douce au piano accompagna les images et Mary redessina les contours du visage de Harry. C'est vrai, ils avaient tous les deux les mêmes yeux. Tendrement, elle déposa un baiser sur sa cicatrice espérant ainsi lui prendre un peu de sa douleur.

Ooo

Harry a l'air de souffrir du regard des autres, déclara le présentateur de l'émission tandis que le visage de l'adolescent ne devint qu'une petite vignette en haut à droite, remplacé par celui resplendissant de Mike Flickerman. Ce retour à Poudlard ne s'est pas exactement passé comme il l'avait prévu.

Oui, répondit Andrew Burst en jetant un coup d'oeil à un écran d'où l'on voyait son protégé s'endormir. Je voulais prendre le scénario à contrepied. Après tout, le Tournoi des Trois Sorciers aurait dû lui apporter la gloire. Là, Harry se sent plus seul que jamais et l'endroit qu'il chérit plus que tout au monde se retourne progressivement contre lui. Je pense que la solitude va nous permettre d'appréhender au mieux un pan de sa personnalité qui est encore obscur pour moi. Harry ne nous a certainement pas encore livré tous ses secrets. C'est une année où l'on mettra davantage l'accent sur la psychologie, sur la manière dont un héros se construit. Le processus se met doucement en place et on essaie de le faire par des phases classiques : le sentiment de persécution et d'incompréhension générale, puis la perte d'un être cher, ce dévouement pour la communauté, etc. Tous les superhéros passent par ces différents caps.

L'interview se déroulait dans l'antichambre de la Grande Salle, là où Harry et les trois autres champions avaient patienté lorsqu'ils avaient été choisis pour le concours l'année dernière. Cette pièce n'était que très rarement exploitée pour le bien du tournage alors Andrew Burst s'en servait souvent de lieu où il recevait les chaînes de télévision pour des interviews.

C'était aussi un moyen pour les acteurs de prendre la parole sans avoir à se déplacer. C'était une salle au plafond haut – sans pour autant atteindre celle d'à côté – qui était entrelacée de voûtes et de grands tubes argentés affichant des données complexes aux symboles de constellations.

Doit-on comprendre que Harry est un superhéros ?

En quelque sorte, oui. Il sauve des gens à sa manière. De nombreuses personnes à travers le monde trouvent du réconfort dans cet univers magique et totalement délirant. Je veux dire, il y a les sportifs extrêmes qui organisent en ce moment même la première véritable Coupe du Monde de Quidditch dans le stade où nous avons tourné le match Irlande – Bulgarie l'an passé.

Évènement qui sera retranscrit sur notre chaîne en direct tous les dimanches à partir de la semaine prochaine. Notons que le match d'ouverture sera donné par les Enchanteurs de Tchmpa du Togo contre les Bombardiers de Bigonville du Luxembourg ! (Un rouleau promotionnel s'étala en bas de l'écran) Il ne reste d'ailleurs plus aucun billet. Tout a été vendu en moins de trente minutes. En même temps, quelle personne saine d'esprit raterait un événement pareil, hein ? Comment ferez-vous pour également assurer les diffusions de Harry Potter ?

Les dimanches de septembre et octobre seront ennuyeux pour Harry puisqu'il devra entièrement les consacrer à ses devoirs. Donc nous mettons à profit ce temps mort pour y faire les matchs. Bien entendu, il y aura toujours une petite vignette consultable de ce que fait Harry en temps réel et une bonne moitié de la pause publicitaire sera consacrée à des images de lui. Si le match se prolonge au-delà de la journée de dimanche – ce qui est tout à fait probable dans le cas où aucun des Attrapeurs n'aurait saisi le Vif – nous relayerons la fin du match sur notre chaîne câblée.

Je pense que ces petites précisions satisferont nos téléspectateurs ! J'ai deux autres questions pour vous, Mr Burst, que nous pouvons regrouper en une seule : Pourquoi Hagrid est-il absent tandis qu'apparaît cette Dolores Ombrage en tant que professeur de Défense Contre les Forces du Mal ?

Andrew Burst prit une gorgée dans son verre d'eau et prononça :

Nous voulions casser la routine de Poudlard le plus possible. Et, sans aucun doute, ce qui symbolisait le plus l'esprit de l'école aux yeux de Harry était le garde-chasse. Après tout, c'est Hagrid qui lui a dévoilé sa nature de sorcier, qui l'a accueilli ici et l'informait sur tous les petits – ou très gros – secrets du château. C'est un personnage généralement apprécié de nos fans alors... je pense que de chambouler un peu les repères après quatre saisons bien remplies à Poudlard ne peut pas faire de mal (Il but une autre gorgée). Quant à cette nouvelle enseignante en DFCM, il faudra rester coller à vos écrans dès demain vers quinze heures, environ. Nous nous sommes vraiment amusés à écrire la scène que vous découvrirez mais je ne peux pas en dire plus.

Dans ce cas, je vous libère. J'imagine que vous avez besoin d'une bonne nuit de sommeil après nous avoir offert un si merveilleux spectacle de rentrée.

Je vous remercie. Bonne soirée à vous.

Andrew Burst se leva de son fauteuil et accorda un signe de tête poli au présentateur avant de quitter le plateau.

Sans plus tarder, reprit Mike Flickerman d'une voix tonitruante, voici notre second invité, le professeur le plus redouté et à la fois apprécié de Poudlard... j'ai nommé Severus Rogue, interprété par Oliver Nightingal !

Un homme grand, le visage aimable et intelligent, arriva dans le cadre encore vêtu de sa robe de sorcier boutonnée jusqu'au cou. Oliver Nightingal dégageait un charisme fou et il serra vigoureusement la main du présentateur.

Bonsoir, Oliver.

Bonsoir, Mike.

Quelle belle soirée, n'est-ce pas ?

Fabuleuse, répondit Mr Nightingal avec un sourire radieux. C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver mes collègues et cet univers.

Alors, professeur Rogue, quelle nouvelle stratégie allez-vous mettre en place pour mettre hors de lui notre cher Harry ?

Oh, que des choses habituelles, répondit l'acteur. Rien d'extraordinaire. Je le verrai demain matin, en tout cas, pour le premier cours de potion de l'année. Tout ce que je peux vous dévoiler jusqu'à présent, c'est que les exigences du corps professoral iront crescendo étant donné qu'ils sont en année de B.U.S.E.

Pour les téléspectateurs qui auraient raté les explications de la semaine passée, sachez que B.U.S.E. correspond à Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire. Ce sera le diplôme que toute la promotion de Harry devra passer pour prétendre à un bon avenir dans le monde sorcier, expliqua Mike en se tournant vers la caméra. Est-ce que votre personnage évoluera au cours de la saison ?

D'après ce que m'a confié Andrew Burst cet été, on me verra un peu plus régulièrement à l'écran à partir de cet hiver. Encore une fois, je ne peux pas en dévoiler davantage sur les intentions de la production, mais il est vrai que du contenu sera délivré concernant les directeurs de maison. Comme par exemple, la courte biographie du professeur McGonagall qui a été mise en ligne sur le site officiel. J'ai vraiment hâte de tourner certaines scènes donc ça me démange de ne pas pouvoir en parler.

Finira-t-on par savoir pourquoi Rogue déteste autant Harry ?

Mmh, en partie, répondit l'acteur. Le reste, ce sera au téléspectateur de le déduire à partir du peu d'éléments qu'il a en mains. Je pense qu'on appréhendera une nouvelle facette de la personnalité de cet enseignant si haïssable.

Votre récompense aux Emmy Awards il y a quelques mois vous donne peut-être un peu plus d'assurance pour aborder cette nouvelle année. Il y a eu quelques rumeurs selon lesquelles vous auriez eu pour idée de quitter le casting officiel pour vous focaliser sur votre carrière au théâtre, notamment.

Mes premières amours sont pour le théâtre et c'est vrai que ça me manquait. Je trouvais que l'émission... même si elle était pleine d'aventures et de tout ce que vous voulez, manquait un peu de vérité. C'est vrai que mes horaires d'enseignants ne m'empêchent pas de faire autre chose en parallèle. Pourtant, un travail comme celui-ci demande des efforts de tous les jours et je crois qu'on ne s'en rend pas bien compte en regardant simplement. Il faut voir de l'intérieur pour comprendre la lourde pression qui pèse sur chacun de nous pour assurer un show d'une telle ampleur quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C'est ça la magie de Harry Potter. La vraie.

Quelle est la difficulté de votre personnage par rapport aux autres ?

Oh, il n'y a pas à réfléchir très longtemps : la plus grande difficulté c'est de se faire profondément détester par quelqu'un qu'on apprécie. Bon, d'accord, je ne suis pas le seul dans ce cas de figure, mais c'est vraiment compliqué à gérer d'un point de vue émotionnel.

J'imagine qu'une bonne nuit de sommeil vous aiderait à être plus en forme demain matin. Je vous remercie de nous avoir accordé de votre précieux temps, déclara Mike Flickerman.

Oliver Nightingal sourit doucement et attendit la fin du petit générique pour se lever de son fauteuil. Il quitta l'antichambre et traversa la Grande Salle tandis qu'une dizaine de cyborgs elfes de maison nettoyaient tranquillement le sol, les cinq tables et les bancs. Il emprunta l'escalier menant aux cachots et passa devant la Salle Commune des Serpentard, plus bruyante que jamais.

Ooo

Le vacarme dans lequel était plongée la pièce donna le tournis à Nyx. Des sphères d'un vert émeraude semblaient flotter dans les airs mais, en y regardant de plus près, de légers fils les suspendaient. Dans la majestueuse cheminée en marbre ronflait un feu tandis que les figurants s'amusaient à faire voler des caisses de Bièreaubeurre parmi la foule à l'aide de leur baguette ''magique''.

– Alors, tu ne trouves pas ça cool ? dit Sunny en lui servant une pinte.

– Si, admit Nyx en plongeant ses lèvres dans la mousse épaisse. Vous faites souvent ces petites fêtes ?

– On a le droit juste à deux petites heures de détente avant d'attaquer le lendemain...

Dawn passa devant elle en dénouant sa cravate. Il monta rapidement les marches menant au dortoir.

– … même si certains préfèrent de loin le calme avant d'aborder une semaine bien chargée, termina Sunny. Je ne vais pas non plus tarder à aller me coucher. Je dois être dans les premiers à la Grande Salle, demain matin.

– Il y a un ordre d'arrivée pour les repas ?

– Oui, tu ne le savais pas ? Oh, quelle idiote je fais ! J'ai oublié de vous donner à Rory et à toi votre bipeur-vibreur ! (Elle sortit de son sac à main un minuscule objet de la taille d'un cadran de montre) C'est ce qui nous sert à savoir où on doit être et à quelle heure. Il s'accroche un peu partout que cela soit sur les vêtements, l'intérieur des sacs ou même sur la peau. Bien sûr, il faudra le garder caché et ne le montrer sous aucun prétexte à Harry. Dans tous les cas, par exemple tu vois sur le cadran du mien « 23H – coucher ». Ça nous indique notre couvre-feu à ne pas dépasser. Il sonne seulement le matin, lorsque tu seras dans ton dortoir afin de t'indiquer à quelle heure tu dois te lever. Le reste du temps, il se contente de faire deux rapides vibrations pour te rappeler un événement. Demain matin, tu verras que ton vibreur sonnera à différents créneaux : une première fois pour t'indiquer ton réveil, et une seconde pour te dire que tu dois te rendre dans la Grande Salle. En général, les heures de réveil sont aléatoires pour ne pas habituer Harry à une certaine routine et voir les mêmes élèves aux aurores (et aussi parce que certains se sont plaints d'être toujours les premiers debout quand j'étais en première année). Quand tu auras fini ton petit-déjeuner, tu resteras dans les retardataires du repas pour pouvoir emprunter le métro afin de rentrer chez toi. Mais les autres jours, ton bipeur t'indiquera à quel étage et dans quelle salle tu dois te rendre. Là, un assistant déguisé en sorcier vous transmettra vos cahiers et manuels scolaires et vous fera un cours soit de mathématique, de langues ou de géographie ou surveillera vos devoirs. C'est un peu comme de la permanence.

– Et les devoirs qu'on est censé rendre aux professeurs de Poudlard ?

– Tu crois vraiment que Harry prête attention à ça ? On fait nos vrais devoirs dans un faux contexte. Pour ceux de son année, c'est différent. Ils font semblant de les rédiger, mais en général, c'est un bureau de stagiaire qui les rédige et les leur donnent avant le petit-déjeuner. Il y a juste Arnold et Juno qui doivent vraiment faire l'effort d'écrire un truc sur leur parchemin. Je les plains.

– Et toi, comment tu fais pour réussir à l'école tout en étant figurante ici pratiquement toute la semaine ? demanda Nyx.

– Je suis les cours là, comme le prévoit le programme. Je n'ai pas besoin d'être brillante : tout le monde a la note générale de B, ici, même en étant un parfait crétin. Toi aussi tu auras B de moyenne dans ton bahut. En fait, B c'est la note minimale qu'on peut avoir. Si tu rends un ou deux devoirs dans chaque matière par trimestre, c'est compté comme un bonus et donc tu grappilles des points. Tu vois le gars, là-bas, il a A+ de moyenne.

Nyx regarda Kendall. Alors c'est comme ça qu'il pouvait être aussi investi dans sa candidature de Président des élèves de son lycée tout en étant capitaine de l'équipe de Muggle Quidditch ? Il trichait, en quelque sorte. Ce n'était peut-être même pas le très bon élève qu'on dépeignait puisqu'il n'avait aucun effort à fournir. Triste monde tragique.

– Tu n'as aucun problème avec ça ? dit Nyx. Je veux dire, dans ton ancien bahut il y a des personnes qui se donnent vraiment les moyens de réussir et là, on leur vole l'espoir de briller un peu, non ?

– T'en fais pas. Tu t'y feras très vite à ce nouveau confort... Allez, je te laisse. Je suis épuisée avec ce voyage en train. Oh, et n'oublie pas que tu dois porter sous ta robe de sorcière la collection automne de prêt-à-porter. C'est très important.

– Bonne nuit.

– 'Nuit !

Nyx resta là un moment, observant Kendall rire avec quelques autres élèves. Tout à coup, la musique s'éteignit brusquement et une femme de la régie s'avança.

– Il est vingt-trois heures moins dix ! cria-t-elle pour se faire entendre par-dessus le brouhaha. Regagnez tranquillement vos dortoirs respectifs. Les filles à ma gauche et les garçons à ma droite. Les élèves qui ne sont pas à Serpentard, vous vous ferez escorter jusqu'à vos dortoirs. Quelqu'un viendra vous chercher dans deux minutes.

Sans émettre la moindre opposition, les figurants et acteurs se dirent à demain. Nyx s'étira et alla rejoindre son dortoir. Là, il y avait cinq lits s'articulant autour – non pas d'un poêle, comme chez les Gryffondor – mais d'un tube d'aquarium. Les poissons allaient et venaient en tourbillonnant et Nyx se dirigea vers celui le plus à droite où sa malle avait été soigneusement déposée. Ses doigts touchèrent l'inscription « N.S. » et elle ouvrit le petit loquet.

À l'intérieur, plusieurs piles bien nettes de vêtements neufs (La production avait au préalable enlevé les étiquettes pour les figurants étourdis). Nyx fut frappée par une chose : des intercalaires violets séparaient les tenues avec les mentions « Dimanche », « Lundi », « Mercredi » « Jeudi ».

Ainsi, les stylistes choisissaient même les jours où ils devaient porter leurs créations. Elle sortit un pyjama bleu ciel aux motifs de gargouilles placées juste au-dessus de « Dimanche ». Sunny dormait déjà dans le lit d'à côté, les rideaux tirés. Nyx se doucha rapidement puis s'installa dans le sien avec une énorme boule au ventre. Et si, comme pour le lit de Harry, il y avait une caméra quasiment invisible juste au-dessus de sa tête ?

Ooo

Comme l'avait dit Sunny, le bipeur de Nyx vibra aux alentours de sept heures vingt. Elle prit rapidement sa douche, enfila son uniforme et attendit patiemment qu'on l'appelle une seconde fois. Rory semblait attendre le signal dans la Salle Commune avec deux premières années et un gars de septième.

– Tu as passé une bonne nuit ? demanda-t-il.

– On peut dire ça comme ça. Et toi ?

– Ça m'a fait un peu bizarre, quand même. Ce matin, je ne savais même plus où j'étais.

Ils finirent par arriver dans la Grande Salle où Harry et ses amis étaient déjà installés à leur table alors que les premiers hiboux du matin arrivaient. On leur distribua leur emploi du temps et Nyx attendit que la salle se vide après la première sonnerie.

Les grandes doubles portes se fermèrent lentement sur la poignée d'élèves restants et l'actrice jouant le professeur Chourave leur fit un signe de main afin qu'ils rejoignent l'antichambre se trouvant derrière la table des enseignants. Elle cocha leur nom sur une liste, puis s'assura que la voie était libre et ils descendirent tous ensemble.

– Vous procéderez comme ça à toutes les évacuations. Chaque jour ce sont des professeurs différents qui s'en occupent en fonction des cours que Harry suit dans la matinée. Bien, voici le portail.

Elle sortit d'autour de son cou un collier comportant une sorte de badge au bout et elle le passa entre deux pierres, formant une fente. Le mur se poussa sur le côté, laissant place à une passerelle en acier trempé et en verre. Il y avait d'abord un petit escalier de cinq marches de là où l'on voyait deux larges voies de métros électriques. Le professeur Chourave leur pria d'emprunter le quai de gauche et ils descendirent grâce à un ascenseur vitré.

Là les attendaient quatre assistants portant les tee-shirts violets de la production. Le premier vérifiait une seconde fois leur identité et la conformité de leur emploi du temps, le second leur ôtait leur micro, le troisième leur distribuait leur chèque de prime de rentrée, tandis que le dernier leur donnait un sac contenant divers produits dérivés et des places pour un parc d'attractions potterien ouvert cet été à Londres.

Selon le prospectus, il reproduisait les diverses épreuves du Tournoi des Trois Sorciers : un gigantesque labyrinthe comportant des Acromantules mécaniques ou un Sphinx gigantesque. Il y avait également un parc à licornes qu'on pouvait nourrir et caresser, des acteurs déguisés en centaures. L'actrice jouant Trelawney y faisait parfois des prédictions dans son stand de diseuse de bonne aventure et plein d'autres choses... Ses parents adoreraient sûrement y aller.

– Installez-vous plutôt vers le fond, indiqua un des assistants. Mettez vos ceintures. Le voyage durera environ trente minutes. Si vous avez besoin d'aller aux toilettes, attendez d'avoir l'autorisation du chef de convoi. Vous trouverez sous vos sièges des friandises, des gâteaux et aussi des tablettes électroniques pour vous faire patienter lors du trajet. Le code du WiFi est « Harry ». Je vous souhaite un bon retour à Londres !

Les portes électriques du métro se refermèrent après une courte sonnerie et, dès lors, la machine s'élança à une vitesse incroyable. Les autres figurants avaient déjà sorti les tablettes tactiles ou les bonbons et semblaient pour la plupart épuisés. Nyx, ayant passé une très mauvaise nuit, commença tout doucement à s'endormir...

– Vous êtes désormais arrivés à Londres. La ligne de métro Burst vous souhaite une agréable journée et à la prochaine, déclara une voix froide et impersonnelle ressemblant à s'y méprendre à celle du Ministère de la Magie.

Nyx et les autres se levèrent de leurs sièges et quittèrent le quai souterrain pour rejoindre l'extérieur. À sa grande stupéfaction, elle remarqua qu'ils étaient à King's Cross. Ses parents l'attendaient là, lui faisant de larges signes de la main derrière un épais cordon violet. Et en voyant leur sourire resplendissant, Nyx sut qu'elle devrait mentir.

– Alors ma chérie, comment c'était cette première journée ? demanda sa mère avec les yeux pétillants.

– À tomber par terre. Ils nous ont donné plein de trucs ! Regardez ! dit-elle en brandissant son sac de produits dérivés contenant également son chèque de prime. On rentre à la maison ?

– Oui, bien sûr, prononça son père. Tu n'as pas de bagage avec toi ?

– Non, ils nous donnent tout là-bas et ça doit y rester. Enfin, sauf mon uniforme...

Quelques personnes se retournèrent sur leur passage tandis que les Sommerhearst marchaient d'un pas tranquille hors de la gare. Pour la première fois depuis très longtemps, Nyx n'avait jamais eu aussi hâte de retourner à Sinuesa Valley.

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Et ouais, une interview de Severus, mon cher ! Je dois dire que vous avez fiévreusement voté au dernier chapitre. Ça m'a trop fait plaisir. Bon ça a été assez fastidieux à imaginer puis rédiger. Je décortique toujours autant le tome 5 pour avoir une bonne base, donc peut-être que vous reconnaîtrez au fur et à mesure quelques répliques (même si j'y insère les miennes avec des réflexions propres à l'histoire). BREF, j'espère vraiment que ce chapitre vous a transporté de bout en bout parce que je me donne vla du mal. Je vous embrasse mes agneaux et à très bientôt, si vous êtes sages, D Would.

Par review :

Voulez-vous provoquer une brève rencontre entre Harry et Nyx ?

TAPEZ 1 : Pour « Oui ».

TAPEZ 2 : Pour « Non ».

nda: Merci pour les ajouts en alert ou favoris ! Je vous garantisque ça fait toujours très plaisir. N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley »pour y suivre l'avancée de mes projets. Vous y trouverez un emploi du temps des Gryffondor pour la cinquième année avec les jours de pointage des acteurs dans la semaine (pratique pour se repérer, me direz-vous) et bientôt d'autres contenus.