Posté le : 10 Juin 2013. Offrande !
Réponses aux reviews anonymes :
• Milie12 : Malheureusement être "la petite amie de" ne permet pas d'entrer dans le casting officiel, mais tu le comprendras avec le chapitre 6 où tu auras davantage d'informations sur les membres qui le forment. Pour l'interview de Severus, j'ai quand même pas mal galéré à trouver le ton juste. Oh, et je suis super contente que tu apprécies les détails qui fournissent la fic (je me casse la tête à chaque fois pour fournir des explications claires et plausibles). Merci de ton soutien et à très vite !
• Anonyme : Merci de ton enthousiasme et ton vote a bien été pris en compte.
• Yukiteru : Tu n'es pas la seule à aimer Dawn, je te rassure. On le verra davantage dans le prochain chapitre, mais je n'en dirai pas plus, héhé. J'adore écrire des scènes avec lui en tout cas. C'est toujours intéressant d'avoir son point-de-vue sur des évènements à priori simples du canon original. En ce qui concerne le personnage de Luna, je pense l'approfondir plus tard. Avec cette histoire et la multiplicité d'intrigues, je ne peux pas me permettre de tout faire d'un coup, je suis obligée de doser. Là, par exemple ce chapitre sera centré sur le retour de Nyx à Sinuesa Valley puis on aura un chapitre intégralement sur Poudlard. On alternera souvent pour respecter son emploi du temps. Sinon, plein de personnes me demandent de continuer jusqu'au dernier tome, mais humainement ça demanderait trop d'effort. Donc je préfère me focaliser entièrement sur un tome et puis de le manier à ma sauce. Encore une fois, je ne peux pas en dire trop sur mes plans, niark niark niark. Oh et la chanson de répartition vient bien du T5, hein ! J'aurai jamais la folie d'écrire un truc pareil de moi-même. Pour le drarry, ça va être super délicat, c'est sûr mais je vais relever le challenge !
• Guest : Apparement, tout le monde a adoré le chapitre 5. Guh, j'ai la pression ! J'essaie toujours de donner des petits détails pour construire un vrai univers à « NYX » donc ça me fait plaisir que t'y soit très sensible. Merci à toi de continuer de me suivre avec autant d'aciduité.
• Iilaydiiz : Je fais de mon mieux pour assurer des publications très régulières mais bon, cette histoire demande un soin tout particulier pour ne pas dire d'ânerie (y'a quelques jours j'ai remarqué que j'avais confondu Dawn et Dylan dans une explication du second chapitre, donc j'ai dû updater le doc, comme quoi). Ah, Juno, on la verra dans le prochain chapitre : promis ! Pour une rencontre entre Dawn et Nyx, tu n'es pas la seule à le demander mais pour l'instant Nyx n'aura de contact qu'avec Dylan puisque c'est celui qu'elle a rencontré à la fête. Et n'oublie pas que Dawn – contrairement à son jumeau – n'est pas du genre à se mêler avec les autres adolescents simplement pour causer. Il est plus renfermé.
• Polock : Par la barbe de Merlin, je suis heureuse que tu aimes Nyx. C'est mon premier personnage féminin qui occupe une place aussi importante dans mes écrits et c'est pas simple de la gérer ou de la rendre cool (surtout que j'ai pas l'habitude d'écrire sur quelqu'un d'aussi jeune). Merci pour tous les compliments qui font super chauds au cœur, quand même, et m'aide à continuer sur cette voie.
• Ailinora : Wow, merci à toi pour tes compliments ! J'ai pas la pression, maintenant x)'. Je vais essayer de relever le défi en faisant en sorte que ce soit toujours aussi bien (mais je garantie rien, c'est super dur de tenir le rythme d'une fic... bon au moins j'ai un support de base).
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Mot du bêta – Eymeric : Salut les huluberlus ! (Ouais, fallait que ça rime en u) Comment ça va bien ? Voilà enfin ce chapitre tant attendu. Je suis passé par toute la palette d'émotions en découvrant ce texte, c'est dément, j'espère que vous en profiterez autant que moi. J'aimerais vraiment voir vos têtes quand vous allez lire tout ça ! Pour décrire la mienne, je dirais ceci : azuyhldgugdygrpâ%*/=;$efh. C'est plutôt ressemblant. Trêve de plaisanteries, bonne lecture les loulous, et merci pour vos reviews, amazing !
Musiques : 01. No Angels – Bastille. 02. Prom Song – Lana Del Rey. 03. Bring It On – Seal. 04. Fyah, Fyah – Selah Sue. 05. The Sound of Silence – Simon & Garfunkel. 06. Together – The xx. 07. Go – Indigo Girls. 08.Crazy – Gnarls Barkley. 09. Living Waters (The Truman Show) –Burkhard Dallwitz.
CHAPITRE VI
« Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes. » – Albus Dumbledore.
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Dans la Ford Anglia des Sommerhearst régnait une ambiance bien particulière. Les parents de Nyx ne cessaient de la féliciter tandis que leurs compliments semblaient rebondir sur leur fille sans même l'atteindre. Elle répondait alors du bout des lèvres qu'elle n'avait pas fait grand-chose hormis suivre à la lettre les instructions qu'on lui avait données.
– Mais il t'a remarqué, tu sais ? lança son père qui prenait la bretelle d'autoroute direction Sinuesa Valley. Il a demandé à Neville qui tu étais. (Nyx se tendit imperceptiblement sur la banquette arrière) Ta mère et moi nous savions que tu n'allais pas passer inaperçue. Je veux dire, même de nos jours y'en a pas beaucoup des gens avec les cheveux bleus ! Alors ça ma fille, si tu savais... mon portable n'arrêtait pas de sonner à l'émission d'hier. De la pure folie.
Patti Sommerhearst calma l'enthousiasme de son mari en lui tapotant gentiment la cuisse. Mortifiée, Nyx se crispa : ainsi Harry l'avait distinguée parmi la masse de figurants. D'accord, c'était à prévoir qu'elle ne passerait pas inaperçue avec sa coloration, mais de là à ce qu'il demande pour elle... Alors cela voulait dire que pendant quelques secondes, les caméras de tout le plateau ont été braquées sur elle. Elle n'était plus vraiment anonyme.
Cette simple pensée la cloua sur place, le regard dans le vague tandis que la voiture s'arrêtait sur le parking du café-restaurant du centre-ville. Mrs Sommerhearst en descendit rapidement et promit de revenir d'ici quelques minutes. Nyx n'avait presque rien entendu. Elle se contentait de réfléchir à vive allure aux conséquences de cet événement. C'était comme si un trou – de la taille d'une télévision – venait de s'ouvrir dans ses entrailles.
Se réfrénant au maximum, Nyx ne mordilla pas son ongle couvert d'une manucure psychédélique que lui avait faite Cha avant son départ pour l'école de sorcellerie. À la sortie du métro de la ligne Burst, un assistant lui avait remis son téléphone portable et quelques effets personnels dont elle avait dû se débarrasser au préalable.
En le rallumant, Nyx sentit son cœur se gonfler de joie en voyant les messages successifs de sa meilleure amie lui relatant les choses qu'elles avaient pu rater. Ce texto l'avait fait rire : « L'émission Harry Potter craint. Ça pue grave du cul. C'est juste pour toi que je regarde, sinon je serai en train de me faire des bijoux en fimo ». Elle pianota une réponse brève précisant qu'elle serait de retour aux cours de l'après-midi.
La loyauté de Cha était telle que Nyx se demandait parfois – et même souvent – si elle la méritait. Même dans ses rêves les plus fous elle n'aurait pu songer à avoir une amie aussi exceptionnelle. Leur amitié s'était forgée il y a plusieurs années de ça, autour d'un soda à la cerise.
Betty Parker – la mère de Cha – avait invité quelques-uns de ses amis du lycée dans leur appartement. Les parents de Nyx en faisaient partie. Betty et Patti étaient toutes deux co-capitaines des cheerleaders et s'étaient voluptueusement entraînées l'une l'autre dans le cercle infernal de l'anorexie. Nyx trouvait ça glauque que cette maladie ait pu solidifier leurs liens, mais elles étaient resté en bons termes et une fois à l'âge adulte, elles étaient devenues plus complices que jamais. John Sommerhearst, lui, était extrêmement mal à l'aise parmi toutes ces personnes ayant rendu son adolescence encore un peu plus difficile chaque jour. Il considérait que c'était un véritable miracle qu'une nana comme Patti soit tombée folle amoureuse de lui.
Ce soir-là, Mr Sommerhearst s'était contenté de se fondre avec l'épais rideau encadrant les fenêtres donnant sur un balcon étroit, un verre de gin fizz à la main. Près de lui, Cha s'ennuyait ferme en entortillant ses cheveux bruns – très longs à l'époque – autour de son index. Nyx s'était doucement approchée et Cha l'avait toisé d'un air presque supérieur et dédaigneux. Elles s'étaient croisées une fois ou deux dans les couloirs du collège sans même s'adresser la parole ou savoir que leurs parents étaient plutôt en bons termes.
Cha faisait partie de ces ados un peu bizarres : telle une louve solitaire, elle arpentait la cour sans réel but précis et finissait par s'assoir contre le grillage donnant sur le terrain de basket, ses écouteurs enfoncés dans les oreilles. Et puis Cha s'habillait de façon atypique, ne parlait à presque personne et avait l'air d'être au-dessus du règlement de l'école et de sa petite organisation. Elle semblait se foutre de tout alors que Nyx, à onze ans, était du genre élève scrupuleuse à faire ses devoirs en avance et à être bien sage en classe.
Voir Cha ici, dans un cadre aussi banal qu'un appartement – le sien de surcroît –, rendait la chose assez extraordinaire. Nyx, pendant quelques secondes, eut l'impression d'observer un animal sauvage dans son milieu naturel. Avant même qu'elle ait pu ouvrir la bouche, Cha avait dit :
– Toi, tu es Verseau.
– Euh, oui, c'est vrai, répondit-elle, quoique décontenancée.
– J'ai lu ton avenir dans les cartes.
Des années plus tard, Nyx apprit que ce n'était que du bluff, que Cha faisait le coup à tout le monde et tombait par le plus grand des hasards sur le signe astrologique exact de son interlocuteur. Nyx sortit de ses pensées lorsque la portière avant se rouvrit sur sa mère. Elle tenait fermement un carton blanc qu'elle posa sur ses genoux.
– C'est bon, j'ai le dessert !
Son époux remit le contact et ils s'élancèrent. Nyx rangea son téléphone portable dans sa poche et regarda, étonnée, son père dépasser leur maison.
– Où va-t-on ? dit-elle avec une pointe d'inquiétude en le voyant prendre la rocade reliant leur quartier à la plage de Sinuesa Valley.
– Chez tes grands-parents informa son père d'une voix froide.
John Sommerhearst détestait si fort sa belle-famille, qu'il était incapable de le cacher correctement, même à sa femme.
– Ils nous ont invités à prendre un brunch avec eux. Ils voulaient te féliciter pour ton apparition à la télévision.
L'idée n'avait l'air d'enchanter personne. Même sa mère semblait étonnamment nerveuse à l'idée de se rendre chez ses propres parents. La maison de Bree et Garreth O'Weil était plantée derrière une haute dune donnant sur la mer. Les lambris bleus et le toit en ardoise étaient impeccables malgré les constantes rafales de sable. Nyx se demandait comment leur maison faisait pour être aussi propre en toute condition.
Ils finirent par se garer dans leur allée de garage et descendirent. Nyx aurait préféré rentrer chez elle pour se changer, car elle portait encore son uniforme de Poudlard sur le dos. Elle enleva rapidement sa robe de sorcière et la balança dans le coffre tandis que sa grand-mère leur faisait signe depuis la fenêtre de la cuisine.
Le temps s'était comme qui dirait arrêté dans leur maison : c'était le même papier peint depuis près de quarante ans et les objets rétro – quoique revenant à la mode d'une manière fracassante – dégageaient une infecte odeur de vieux. Bree pinça la joue à sa petite fille et lui offrit un large sourire auquel Nyx n'était pas vraiment habituée. Sur la table de la salle à manger trônaient un plateau de fromages, des œufs au plat, des saucisses, de la charcuterie, des pots de confiture, du pain frais, des bols, une carafe de jus d'orange, des crêpes et gaufres. Nyx tendit la main pour en attraper une et sa grand-mère lui infligea une petite tape.
– Lave-toi les mains, dit-elle d'une voix chantante, mais pincée.
Patti la rejoignit dans la salle de bain et lui lança une oeillade indulgente :
– Je suis désolée, mais ils ont vraiment, vraiment insisté pour qu'on vienne, chuchota-t-elle. On ne s'éternisera pas trop.
Nyx se demandait comment faire pour ne pas s'éterniser à un brunch. Elle qui s'imaginait avoir un peu de répit avant les cours de tout à l'heure. En fait, être dans la même pièce que ses grands-parents la rendait clairement mal à l'aise : la dernière fois qu'ils avaient eu une conversation tous les trois, il lui avait été dévoilé la fausse-couche de sa mère.
Nyx se sécha les mains sur une serviette très rêche et rejoignit la pièce d'à côté. Son père semblait vouloir se faire tout petit tandis que grand-père Garrett n'avait pas bougé d'un iota pour les saluer, solidement planté dans son large fauteuil. Il ne le quittait qu'en de si rares occasions que Nyx, toute petite, s'était demandé s'il n'avait pas fusionné avec.
– Alors, comment ça se passe à Poudlard ? commença d'emblée sa grand-mère.
Nyx songea qu'elle avait le chic pour mettre les pieds dans le plat. Elle tournoya sa fourchette entre ses doigts et répondit :
– C'est plutôt cool. L'élève chargée de nous encadrer est sympathique. J'ai revu un des figurants qui a fait son audition avec moi, à Londres. Il est aussi recruté pour être en quatrième année. Les gens ont l'air de bien s'entendre. Disons que c'est difficile d'arriver après pour se faire une place.
– Tu sais – enfin, tu dois t'en douter –, mais on a regardé l'émission chez tes parents l'autre soir et nos amis de la résidence de retraite nous ont répété nombre de fois qu'on avait de la chance de t'avoir comme petite-fille.
– Oh, et... et donc, je dois comprendre qu'avoir un enfant qui passe la télé est un signe de réussite ? fit remarquer Nyx. Je veux dire que maintenant qu'on a vu ma tête, j'ai une légère plus-value ? C'est génial, ça.
Elle piocha dans la pile de pancakes et les arrosa généreusement de sirop d'érable. Elle avait à peine grignoté dans la Grande Salle de Poudlard et maintenant, elle avait faim. Un silence plana après sa réponse et Nyx leva les yeux, les plongeant dans ceux de son père. Il avait l'air triste et préoccupé.
– Tu penses vraiment ça de nous, Nyx ? interrogea-t-il. Qu'on est fiers de toi juste parce que tu passes dans cette émission ? (Elle baissa la tête) Bien sûr qu'on est heureux, mais ce n'est pas pour les raisons que tu imagines. On est heureux parce que... parce que c'est une chose excellente ce qu'il t'arrive, c'est une opportunité. Je sais que pour toi c'est difficile de l'admettre ou d'en profiter pleinement, mais je pense qu'en grandissant, tu comprendras.
Personne n'ajouta quoi que ce soit et le repas fut expéditif. Sa mère – qui n'avait pas cours avec ses élèves le lundi matin à cause de leur leçon de gym – se hâta de l'emmener jusqu'à chez eux pour qu'elle se change et prenne son sac à dos. Vector avait salué son retour en s'inclinant bien bas et lui proposant des cookies que Nyx ignora soigneusement.
Mrs Sommerhearst accompagna son mari devant le portail du lycée en bas de la rue, et Nyx un peu plus loin à l'entrée du collège. Après lui avoir souhaité une bonne journée, elle redémarra et fila de l'autre côté de la ville où se trouvait l'école primaire où elle travaillait. Nyx fit volte-face et marcha en direction des portes de l'établissement. Sur son passage, elle remarqua que des gens chuchotaient ou la regardaient sans même s'en cacher. Elle n'avait pas l'habitude d'être ainsi observée et se sentit effroyablement mal à l'aise. C'était comme si, d'une certaine manière, des centaines de caméras l'épiaient encore.
Elle grimpa les escaliers jusqu'au second étage où se trouvait la salle d'Histoire, le premier cours du lundi après-midi. En entrant, des exclamations de joie et des applaudissements explosèrent, l'assourdissant. Nyx resta figée sur le seuil et regarda d'un air médusé toute sa classe lui faire une haie d'honneur en criant « NYX ! NYX ! NYX ! ». Un garçon siffla et entama l'hymne de l'école avec entrain. Si Nyx n'avait pas eu pour seul exploit d'être apparue dans une télé-réalité, cette attention aurait presque pu la toucher. Mais là, elle était simplement mortifiée à l'idée que tout ce chahut lui était entièrement destiné.
En regardant à sa droite, elle constata que Mr Aaron, le professeur d'Histoire, n'applaudissait pas. Il restait assis derrière son bureau, les bras croisés, et dévisageait Nyx. Il devait sans doute penser qu'elle était une belle hypocrite. Après tout, c'était elle qui lui avait fait un discours grandiloquent sur le manque d'éthique de l'émission et maintenant, elle en faisait partie. « Ils savent parfaitement ce qu'ils font. Burst, ses associés, les acteurs, tes parents... Le monde entier sait. Ils acceptent juste mieux que toi et moi les conséquences de leurs actes. Ils voient en l'emprisonnement de Harry une sorte de mal nécessaire, et encore. Est-ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire ? Ils tiennent tous à Harry. Leur amour se manifeste juste d'une manière différente et très exclusive. Tu te poses des questions, et c'est un très bon début. Pourtant, ça ne suffit pas pour refaire le monde et imposer sa façon de penser. Tu ne détiens pas plus la vérité qu'eux », lui avait dit Mr Aaron, et il avait raison.
Du peu qu'elle avait appris sur l'émission, Nyx dut constater que les acteurs appréciaient tous Harry à leur manière. Le professeur d'Histoire mit fin aux clameurs et tout le monde retourna à sa place. Beaucoup firent des tapes dans le dos de Nyx, lui lancèrent leurs sincères félicitations ou l'invitèrent chez eux après les cours.
En s'asseyant à sa place habituelle – c'est-à-dire au fond, près du radiateur – Nyx eut un sourire sardonique : en quatre ans, jamais ils n'avaient été aussi chaleureux avec elle que maintenant. Elle sortit son manuel scolaire, sa trousse et son cahier tandis qu'autour d'elle, on continuait de la regarder comme si on attendait qu'elle dise quelque chose de drôle ou dévoile une anecdote du tournage s'étant déroulée hors caméra. Voyant qu'elle ne réagissait pas, les élèves se tournèrent progressivement vers le tableau où Mr Aaron écrivait : « COMMENT HITLER UTILISE LE CINÉMA COMME VITRINE DE SON RÉGIME ? ». Le grattement des stylos des élèves suivit et une main se tendit tout devant. Apparemment, ce n'était pas une chose évidente pour tous que le cinéma puisse exister dans les années trente.
Nyx savait qu'un des modules d'Histoire au programme concernait la Seconde Guerre mondiale, mais en général, les leçons étaient plutôt basiques et tournées vers les phases de combat, de résistance et les grandes figures. Ils ne s'occupaient pas vraiment de tout ce qu'il y avait autour (et qui était sans doute le plus important). Quand Mr Aaron eut fini de faire un petit topo sur les prémices du cinéma et de la façon dont les nazis pouvaient l'utiliser, il dit :
– Les images ont un pouvoir fou sur l'être humain. On peut faire entrer des messages dans les profondeurs du cerveau sans même faire le moindre effort. Ce que vous devez savoir, c'est que les Allemands ont dû ingurgiter un discours sous toutes les formes possibles et imaginables pendant des années...
Nyx eut l'impression que ce cours lui était entièrement destiné, que le prof faisait un effroyable parallèle avec ça et le fait qu'ils soient tous téléspectateurs. Elle préféra griffonner sur son cahier les paroles d'une chanson de Bob Dylan et les enluminer en attendant la sonnerie. Lorsque cette dernière retentit, Nyx quitta la salle et rejoignit la cour. Près du grillage la séparant du lycée, Cha semblait l'attendre. Sa meilleure amie courut vers elle, séparée par l'étroit maillage en fils de fer.
– Alors toi ça va ? demanda Cha de l'autre côté du grillage.
Nyx eut un petit sourire triste.
– Tu dois être la seule à vraiment t'en préoccuper.
– Ca c'est faux. Kendall m'a demandé pour toi, tout à l'heure. Il vient de rentrer du studio, apparemment il ne va suivre que le cours de maths en fin de journée le lundi. Enfin, comme s'il était réellement obligé d'y assister avec un B de moyenne automatique.
Le fait que Cha lui rappelle qu'il était désormais inutile pour elle de bien travailler en cours lui pinça le cœur.
– Tu as fait quoi hier soir, sinon ?
Alors Cha lui raconta la soirée qu'avaient organisée ses parents chez eux pour la rentrée à Poudlard. Nyx était contente qu'elle en parle avec autant de précision, car ça lui permettait de se plonger dans les souvenirs de quelqu'un d'autre et c'était tout ce dont elle avait besoin. Quand Cha lui confia avoir embrassé Nausikaa elle sourit véritablement pour la première fois de la journée.
– Je ne sais pas ce qui m'a pris ! se défendit Cha en se laissant tomber contre le grillage et que Nyx s'asseyait dos à elle, jouant avec son bracelet indien. Elle était là, j'étais là... ça semblait dans l'ordre des choses. J'imagine que comme Janis Ian on ne va plus m'inviter aux soirées pyjama entre filles. Malheur !
Nyx gloussa de rire et lui donna à travers le grillage un petit sachet.
– C'est de la drogue ? demanda Cha comme si de rien n'était.
– Non, des suçacides. On m'en a donné dans le Poudlard Express hier, alors je t'en ai gardé.
– Cool.
– Tu sais, les gens m'ont applaudi tout à l'heure en rentrant en classe. Quelle bande de faux-culs, tu me diras. Parce que je suis figurante – même pas actrice, hein, figurante ! – eh bien, d'un coup, on doit me porter un autre regard. J'aurais préféré qu'ils m'ignorent, tiens.
– Tu veux dormir à la maison cette nuit ? Ça te changera sans doute les idées.
Nyx acquiesça et laissa discrètement un message sur la boîte vocale de sa mère pour la prévenir. Elle n'attendait pas vraiment son consentement pour se rendre chez sa meilleure amie, de toute manière. Cha mangea le reste ses suçacides en faisant des réflexions sur ses camarades de classe jusqu'à la fin de la récréation.
À la fin des cours, elles prirent le bus scolaire ensemble et descendirent devant l'immeuble des Parker. Dans l'appartement, Varro, l'aîné, faisait quelques ajustements sono avec ses platines de DJ tandis que Andy – son petit frère scout – jouait avec deux robots. Les filles l'enjambèrent et se dirigèrent vers la chambre du fond après un bref salut.
Nyx se laissa tomber sur le lit de sa meilleure amie, les bras en croix. Une partie de ses affaires se trouvait chez Cha. Et tant mieux, maintenant qu'elle y pensait : ces choses-là, les huissiers n'avaient pas pu les prendre. Elle ouvrit la fenêtre qui donnait sur la grande avenue du centre-ville afin d'aérer un peu tandis que Cha fouillait dans sa pile de croquis. Elle avait dessiné un portrait très fidèle – quoique troublant – de Varro.
– C'est une fille de ma classe qui m'a demandé de le faire, expliqua Cha avant que Nyx ne puisse poser la moindre question. Il paraît qu'elle est folle amoureuse de mon grand frère. Elle va me donner un peu d'argent contre ça, pas mal non ?
Nyx rigola légèrement et tourna la minuscule télé de sa chambre vers le lit. Elle prit un coussin sous son bras et appuya sur le bouton « 1 » de la télécommande. Elle tomba directement sur la chaîne de Harry Potter. Les élèves se trouvaient en ce moment dans la salle réservée au cours de Défense Contre les Forces du Mal. Nyx ne comprenait pas... Cha ne regardait pas ce genre d'idiotie, d'habitude.
– Je voulais juste savoir si tout se passait bien pour toi, dit-elle rapidement en s'allumant nerveusement une cigarette. J'ai juste checké la caméra ce matin, avant d'aller en cours.
Les yeux de Nyx s'agrandirent d'horreur : c'était comme si Cha venait d'être contaminée par un virus hautement mortel qui la transformerait en zombie juste sous son nez. Elle avait imaginé Cha bien au-dessus de tout ça, même si son intention n'était pas mauvaise. Tout à coup, la voix de Harry s'éleva dans la chambre aux murs tapissés de dessins :
– Et à quoi nous servira la théorie dans le monde réel ?
Son cœur chavira et Nyx crut voir le professeur Ombrage tressaillir aussi. Harry esquissa un sourire suffisant, comme s'il venait de marquer un échec au roi. Mais Nyx, l'enseignante, les acteurs, les figurants, Cha et le reste du monde qui regardait en ce moment la télé, connaissaient la raison de ce malaise. Jamais dans Harry Potter on n'avait évoqué « le monde réel ». C'était comme si une brèche venait de s'ouvrir. Quelques secondes auparavant, Nyx aurait rapidement changé de chaîne, mais elle était curieuse de voir comment Ombrage allait rebondir face à cette remarque.
– Ici, nous sommes dans une école, Mr Potter, pas dans le monde réel, répondit-elle avec douceur.
– Alors, nous n'allons pas nous préparer à ce qui nous attend dehors ? insista-t-il.
– Rien ne vous attend dehors, Mr Potter.
Cette conversation à plusieurs sens donnait la migraine à Nyx : d'un côté il y avait Harry qui définissait le « monde réel » par la communauté magique, de l'autre, la planète tout entière qui savait de quoi il en ressortait. Ce jeu de dupe devenait de plus en plus sordide.
– Ah, vraiment ? répliqua harry.
– A votre avis, qui aurait l'idée d'attaquer des enfants comme vous ? interrogea le professeur Ombrage d'une horrible voix mielleuse.
La caméra glissa sur le visage de Harry qui semblait être tordu par la rage.
– Mmh, voyons, dit-il en faisant mine de réfléchir. Peut-être, disons... Lord Voldemort ?
– Vous aurez une retenue, Mr Potter ! cria-t-elle en ignorant la vague glacée qu'avait produit le nom du mage noir sur la salle de classe. Demain soir, cinq heures. Dans mon bureau. Je le répète, il s'agit d'un mensonge...
– Alors, selon vous, Cédric Diggory est mort de son plein gré ?
– Il n'est pas mort crétin, persifla Cha. Il se dore la pilule à Malibu pour son nouveau tournage.
– Tu n'étais pas obligée de dire ça, fit remarquer Nyx en éteignant brusquement la télévision.
– C'était de l'humour.
– Je... Désolé. Ce truc me rend à fleur de peau.
– Y'a de quoi, admit sa meilleure amie. Viens là, dit-elle en tapotant le matelas à ses côtés. Dis-moi exactement ce que t'as sur le cœur.
Nyx prit une grande inspiration :
– C'est comme si le monde entier attendait quelque chose de moi et que je ne pouvais pas me permettre de les décevoir. J'ai l'impression de... prostituer ma conscience et de devoir faire semblant que tout va bien. Mais les choses ne vont pas bien ! Et puis il y a mes parents qui me regardent comme si j'étais le Messie, et ces hypocrites du collège, sans parler de Kendall. Je ressens des choses pour un mec qui contribue sans remords à un système que je déplore. Je ne devrais pas avoir des sentiments pour un gars comme lui, mais je me sens comme... attaché à lui et que je ne peux rien faire pour y remédier. D'un autre côté je me dis que je suis hypocrite de le condamner pour ça parce moi aussi je suis agglutinée dans ce système. J'ai pas à le juger pour un truc que je fais moi aussi. Et j'ai pas à me croire supérieure à lui parce que je me pose toutes ces questions. Cette émission remet en question les quelques certitudes que j'avais dans ma vie. Regarde, je n'ai même plus besoin de faire d'effort pour réussir alors que mes parents m'ont toujours répété de travailler pour y arriver. Je me prends une claque magistrale sur comment fonctionne le monde et je crois... je crois que je n'étais pas préparée à ça.
Quelques larmes roulèrent sur ses joues.
– Et je me déteste pour avoir envie de pleurer toutes les cinq minutes. Tu sais, hoqueta-t-elle, sur le studio Harry est un monstre de foire. C'est comme aller au zoo et voir les singes en se disant que de toute façon, ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive. Pourtant ils comprennent très bien.
– Ouais, comme ce singe qu'on a vu parler en langage des signes à la télé, murmura Cha en lui tapotant maladroitement l'épaule.
– Tu ferais quoi à ma place ?
– Oh, j'aimerais ne jamais être à ta place, honey. Je veux dire, c'est glauque ce qu'il t'arrive, mais... je continue de penser que tu as pris la bonne décision. Grâce à toi, tes parents pourront payer le restant de leur dette. La famille ça passe avant tout. (Elle marqua une pause) Diantre, je deviens vieille à ma façon de parler !
Nyx eut un léger rire et se moucha.
– T'as pas à penser à ça. Tu fais un an à Poudlard et après t'arrêtes, d'accord ? Ça sera mieux pour ton équilibre mental. Enfin, même si traîner avec moi l'endommage déjà sérieusement. (Nyx plongea dans ses bras) Hey ! Le viol par câlin n'est pas cautionné, rigola-t-elle. Tu verras, d'ici quelques semaines tout ira mieux. Tu accepteras un peu mieux ton « job », faute d'un autre terme. Je pense que dormir tôt te fera sans doute énormément de bien.
Elles commandèrent une pizza et se douchèrent à tour de rôle. Cha et Nyx discutèrent de tout et de rien en coloriant un gigantesque mandala étalé par terre et finirent par s'endormir très rapidement.
Ooo
Le lendemain matin, Nyx se sentit bien plus en forme que la veille. Le soleil était très haut dans le ciel. Elle alluma la radio de Cha qui crachotait une mélodie jazzy et suave. Nyx attrapa son téléphone portable et laissa un message sur celui de son père pour lui dire qu'elle rentrerait bien ce soir, après les cours.
En arrivant devant le complexe collège-lycée, les deux amies se séparèrent à regret pour rejoindre chacune leur établissement. Être séparée d'un an seulement avait de gros inconvénients pour elles. Nyx avait hâte de rejoindre le niveau supérieur l'année prochaine et ainsi être avec Cha pour de bon. Elle préférait éviter de penser à ce qu'il arriverait quand Cha irait à l'université et qu'elle resterait coincée à Sinuesa Valley au milieu de sa masse d'adolescents décérébrés.
– Je ferai exprès de redoubler, bien sûr ! avait dit Cha sur le ton de la conversation. Comme ça on sera en Terminale ensemble.
Cet élan de solidarité avait gonflé le cœur de Nyx et l'avait aidé à mieux supporter le collège. Encore aujourd'hui, on la dévisagea dans les couloirs et la professeure de Littérature parla un très long moment d'un livre Harry Potter qui regrouperait toutes les phases de scénario en un bouquin bien ficelé.
Nyx aurait préféré se boucher les oreilles une bonne partie de l'heure et pianota sous sa table des messages à Cha qui disait avoir ramené de la peinture en classe. Cha était si brillante que toutes ses excentricités étaient acceptées du corps professoral. Un jour, elle s'était assise par terre tout le cours de biologie et l'enseignant n'avait rien trouvé à redire et l'enjambait dès qu'il devait distribuer des photocopies. Cha était vraiment respectée au lycée parce qu'elle restait authentique même si ça ne plaisait pas à tout le monde. À la pause de midi, elles se rejoignirent et mangèrent leurs sandwichs dos à dos contre le grillage.
– J'ai entraînement de Muggle Quidditch ce soir, finit par dire Nyx en croquant dans sa pomme verte.
– Avec Kendall..., susurra sa meilleure amie après un léger ricanement.
– Oui, avec lui. Et je sens que je vais encore une fois me comporter comme une parfaite idiote...
Cha ne semblait plus écouter et Nyx la sentait se crisper dans son dos. Derrière le grillage approchait Nausikaa dans son uniforme de cheerleader. Cha se leva aussitôt et balbutia :
– S-Salut.
– Salut, répondit Nausikaa embarrassée.
– Bon, eh bien, à demain, dit précipitamment Nyx en s'éloignant de la clôture.
Elle les laissa là et se permit un sourire en retournant vers sa classe peu avant la sonnerie.
Une fois chez elle aux alentours de quinze heures, elle déposa directement son sac dans sa chambre et retrouva Vector dans le couloir, occupé à passer l'aspirateur beaucoup plus grand et beaucoup plus lourd que lui. Depuis que l'elfe était dans la maison, celle-ci était un véritable modèle de propreté, hormis la chambre de Nyx qu'elle lui avait interdit d'approcher.
– Bonjour, maîtresse ! s'empressa de prononcer Vector. Voulez-vous un jus d'orange ? Vector en a préparé spécialement maison.
Nyx avait la bouche sèche et un rafraichissement serait le bienvenu. Peut-être que Vector était un cyborg programmé pour être gentil, qu'il ne les attaquerait pas comme le font tous les robots à la fin des films de science-fiction. Si elle lui donnait une chance, sans doute finirait-elle par l'apprécier .
– C'est d'accord. Je prendrai bien un verre.
Vector battit des oreilles de joie et eut un sourire ravi. Ils descendirent les escaliers et l'elfe de maison attrapa un verre pendant que Nyx s'asseyait à table et mordit dans un cookie.
– Vous allez voir ! C'est un ravissement pour les papilles !
Nyx ne voyait aucune carafe dans le secteur : elle trouvait ça amusant qu'il le prépare juste devant elle. Au moins, elle saurait ce qu'elle boirait. Vector attrapa une orange dans la corbeille de fruits et l'éplucha en sortant du bout de son index un économe.
Clairement impressionnée, Nyx eut un mouvement de recul puis l'elfe – à sa plus grande stupéfaction – avala tout rond l'orange et commença à la mâcher bruyamment. Dégoutée, Nyx commença à avoir un haut-le-cœur, mais ce ne fut rien comparé à la suite : Vector mis le verre juste sous son menton, appuya sur sa narine gauche, et du jus d'orange s'en échappa. Il le récolta jusqu'à la dernière goutte et le tendit à Nyx.
– Bonne dégustation ! s'écria-t-il.
– JÉSUS-CHRIST ! hurla Nyx en quittant la cuisine.
– Miss Nyx ! Votre verre !
Nyx jeta par-dessus sa tête des objets sur son passage et ouvrit grand la porte d'entrée. Elle commença à courir dans l'allée, l'elfe sur les talons. Le verre se vidait de son jus d'orange au fil de leur course-poursuite. Nyx finit par le devancer et courut comme jamais jusqu'au terrain de Muggle Quidditch. Elle s'arrêta devant l'entrée, le souffle court.
– Wow, t'en fais une tête, lança la voix familière de Kendall à ses côtés.
– Mon elfe... est... démoniaque, formula-t-elle entre deux lourdes respirations. Plus jamais je ne lui fais confiance.
– C'est si grave que ça ? demanda Kendall en avançant, un balai sur l'épaule.
– Je croyais que le matériel était dans la remise et que j'étais la seule à avoir la clef, formula Nyx, tout à coup sceptique en voyant l'appareil. Ne me dis pas que tu l'as forcée.
– Non, qu'est-ce que tu crois ! Ça, c'est un vrai balai magique. Je l'ai reçu hier après-midi de la part de la production. C'est un cadeau de Andrew Burst pour mes primes de rentrée... je crois qu'il tente de se faire pardonner de ne pas m'avoir nommé préfet des Serpentard. Ce qui est débile parce que je ne l'ai pas du tout mal pris. Enfin, c'est quand même cool. Demain, j'irai en cours en venant dessus. Les gens seront verts !
Nyx n'imaginait pas une telle scène : Kendall arrivant devant son lycée en volant. Il faudrait qu'elle songe à mettre son réveil très tôt pour ne pas manquer ça.
– Enfin, ce n'est qu'un Nimbus 2001 et il est un peu démodé par rapport à ce qu'ils sortent en ce moment, mais ça reste un très beau cadeau. Je pourrai faire plein de trucs avec.
Elle était partagée entre sa curiosité et sa méfiance vis-à-vis des gadgets de la production. Kendall ne la laissa pas se poser plus de questions qu'il enfourcha son balai, donna un coup de pied au sol et s'envola à quinze mètres de hauteur. Il traça des cercles, fit des vols en piqué et quelques roulades du paresseux avant que Tommy, Yohan, Diana et les autres membres de l'équipe arrivent en sifflant d'admiration. Nyx savait bien que Kendall était un frimeur de premier ordre, mais là, c'était le pompon. Il vola à hauteur d'homme et fit quelques zigzags parmi eux en riant. Certains avaient l'air clairement impressionné, d'autres un peu jaloux, mais son spectacle ne laissa personne indifférent. Quand Mr Sommerhearst arriva sur la pelouse du terrain de Muggle Quidditch il émit un sifflement appréciateur en voyant le Nimbus 2001.
Ému, il demanda à Kendall s'il pouvait également l'essayer. C'est avec une certaine crainte que Nyx regarda son père s'envoler, puis tous les membres de l'équipe à tour de rôle. Une fois que l'euphorie de la découverte se fut un peu ternie, ils se concentrèrent quelque peu sur la séance d'entraînement. De temps à autre, Nyx voyait Kendall jeter des oeillades à l'endroit où il avait déposé son balai, comme si son simple contact lui manquait déjà.
Pendant que l'équipe faisait ses étirements, Nyx installa les trois grands anneaux à chaque bout du terrain qui se plantaient dans la terre à l'aide de piquets. Si les Comètes d'Orion remportaient le championnat régional, la mairie de Sinuesa Valley envisagerait de construire de vrais grands anneaux à la place des cages de football (sport qui était devenu quelque peu impopulaire depuis cinq ans, le jour où le monde entier avait découvert le Quidditch à travers les lunettes rondes de Harry). Diana, Tommy et Kendall se mirent en position pour se lancer la balle en parfaite synchronisation. Le Souaffle avait été acheté sur Internet lorsque Andrew Burst mit en ligne une gamme de produits réservés au Quidditch.
Là, ils avaient également pu commander leurs propres tenues d'équipe personnalisées (Il avait suffi pour cela d'entrer le nom de leur équipe, des joueurs, leur numéro, les couleurs qu'ils voulaient pour le tissu et leur logo puis – trois semaines plus tard environ – le complexe sportif recevait les cartons. Diana avait pleuré à chaudes larmes en extirpant sa tenue de Poursuiveuse). Pour éviter les accidents dus à la proximité des joueurs, les battes étaient recouvertes d'une protection en mousse. Nyx les tendit aux Batteurs après avoir solidement attaché les protections.
– Bien, dit Mr Sommerhearst après avoir touché une dernière fois le bout de ses baskets. Nyx, tu t'occuperas de faire le Vif d'Or.
Ici, à Sinuesa Valley, ils n'avaient pas de Vif. D'une part, la véritable minuscule balle dorée coûtait une vraie fortune, de l'autre il aurait fallu qu'ils aient tous d'authentiques balais pour pouvoir suivre le rythme. De fait, ils se contentaient pour l'instant de la version moldue en attendant un futur plus glorieux. Le Vif d'Or d'une équipe était une personne – souvent vêtue de jaune – qui portait une balle attachée au niveau de la hanche. Nyx s'occupait souvent de ce rôle, car elle était rapide et particulièrement agile.
Toutefois, ça ne lui plaisait pas d'être violemment plaquée au sol une fois que l'Attrapeur – Will Rodger – lui mettait la main dessus. Will avait la fâcheuse manie de profiter du fait qu'elle soit par terre pour la tripoter à la dérobée. Elle se contenta néanmoins d'acquiescer et enfila son tee-shirt jaune. Au coup de sifflet, ils coururent dans tous les sens, chacun remplissant son propre rôle. Très distraite depuis quelque temps, Nyx se fit attraper deux fois successives par Will avant de se ressaisir.
À l'issue de la séance d'entraînement, tout le monde paraissait essoufflé. Les filles prirent leur douche en premier et rejoignirent le vestiaire. Nyx ne pouvait pas vraiment dire qu'elle connaissait Diana même si cela faisait des années qu'elles étaient dans la même équipe. Elles ne se parlaient que dans l'absolu nécessaire.
En fait, Nyx était pratiquement certaine que si Diana ne lui adressait pas la parole c'est parce qu'une fois Cha et elle s'étaient amusées à déposer une grenouille sur sa chaise à la cantine et qu'elle s'était assise dessus, écrabouillant la pauvre bête sous ses fesses. Ça remontait à si loin que pour Nyx, il était impossible qu'elle ait une dent contre elle juste pour ça. Quand elles eurent fini, les garçons entrèrent dans les vestiaires à leur tour et Nyx s'occupa de ranger le matériel dans la remise pendant que Diana quittait le stade à pied. Tandis qu'elle rangeait finalement les balles dans la malle prévue à cet effet, Kendall s'approcha, son Nimbus 2001 sur l'épaule.
– Ca te dirait qu'on aille boire un verre tous les deux ? dit-il d'emblée.
– B-Boire un verre ? répéta Nyx stupidement.
– Oui, tu sais ce que font parfois les humains, se retrouver autour d'un verre, quoi. Enfin, si tu en as envie... mais quelque chose me dit que tu en meurs d'envie.
Elle lui envoya son poing sur l'épaule et ils éclatèrent de rire. Kendall l'aida à transporter la malle dans la remise.
– Alors ?
– C'est d'accord, finit-elle par prononcer. On fait ça quand ?
– Mmh, pourquoi pas ce soir ?
L'idée de se retrouver dans un endroit seule avec Kendall les cheveux encore broussailleux et humides ne l'enchantait guère, mais elle ne devait pas laisser filer sa chance. Quand Kendall eut fini de convaincre Mr Sommerhearst qu'il ne ramènerait pas sa fille trop tard, ils se dirigèrent tous les deux et sans un mot vers le centre-ville. Le silence n'était pas embarrassant, mais plutôt apaisant. Entendre les membres de l'équipe hurler des instructions pendant deux heures avait fini par l'achever. La Ford Anglia les dépassa en klaxonnant et Kendall dit :
– Tes parents ont pu garder leur voiture ?
C'était la première fois que quelqu'un évoquait leurs problèmes financiers. Nyx hésita avant de répondre du bout des lèvres :
– Apparemment. Mais on est reparti sur de bons rails. Ils ont promis de moins dépenser et avec mon job de figurante, ça mettra du beurre dans les épinards.
– Oui, c'est vraiment une bonne chose de travailler et de mettre de côté. Enfin, je veux dire... on ne sait pas ce qui peut nous tomber dessus dans quelques années. Peut-être que Burst va faire mourir mon personnage ou j'en sais rien. Alors j'en profite.
Pour l'instant, cela semblait peu probable que la production décide de faire disparaître Blaise Zabini, mais la simple mention de ce fait semblait terroriser Kendall au plus haut point.
– Dis, sans vouloir être indiscrète, combien tu gagnes, toi ?
– Eh bien, disons que les élèves étant de la même année que Harry, c'est-à-dire ceux qui ont des cours en commun, gagnent mille dollars d'office. Ensuite il y a les primes liées aux fêtes et évènements spéciaux, les jours fériés et le reste... Mais pour un mois ordinaire, comme celui de novembre, je gagne sept mille trois cents dollars. Enfin, c'est ce que j'ai touché l'an dernier.
Les yeux de Nyx s'agrandirent. Sept mille trois cents dollars. C'était une véritable fortune ! Elle ne connaissait personne d'autre qui gagnait autant que lui.
– Et les acteurs du casting officiel ? Enfin, je veux dire que toi tu fais partie du casting officiel, mais comme rôle très secondaire. Alors qu'est-ce que peut gagner un gars comme Seamus ou... Draco.
Kendall s'arrêta net alors qu'ils venaient d'arriver devant la porte du café-restaurant du centre-ville. Il l'invita à l'intérieur et de nombreuses personnes le saluèrent chaleureusement et le complimentèrent pour son balai magique.
Ils s'assirent au fond, sur la banquette bleu-vert confortable et Betty Parker leur tendit la carte en mâchant bruyamment son chewing-gum. Ils demandèrent deux hot-dogs et deux grands verres de milk-shake. Une fois que la mère de Cha s'était éloignée en cuisine pour transmettre le bon de commande, Kendall sortit de la poche intérieure de sa veste un stylo noir et attrapa sa serviette en papier.
– Au total, nous sommes environ près de dix mille à être acteurs pour le monde de Harry Potter, informa-t-il en dessinant un rond.
Kendall traça un trait vertical au milieu du cercle et expliqua :
– Dans les studios Harry Potter, les acteurs sont répartis par caste. Il y a ceux qui, comme toi, ne sont que figurants et sont tout en bas de l'échelle. Ensuite il y a les silhouettes. Ce sont des figurants qui ont un peu plus d'importance, car parfois, on les entend discuter de temps à autre. Par exemple, Théodore Nott est une silhouette. Après il y a les acteurs prétexte, dit-il en appuyant son stylo un grade juste au-dessus du précédent. Ils sont généralement connus de Harry et du public sans avoir une importance monstre. Ils servent juste à remplir les vides et donner des alibis pour justifier des absences. Le professeur Vector, lui, est acteur prétexte. C'est grâce à lui que Juno peut prétexter partir en cours d'Arithmancie, alors qu'en réalité elle a ses pauses deux fois par semaine. Puis viennent les acteurs par intérim. Eux, vont et viennent dans le château et apparaissent à l'écran de manière ponctuelle. (Kendall leva le nez de sa serviette en papier et regarda un moment ailleurs) Tu as Ernie MacMillan, en fait. On le voit parfois parce qu'il est préfet des Poufsouffle mais il n'a aucune influence dans la vie de Harry. Puis il y a le casting officiel : dedans il y a les élèves de la même année que Harry, toutes maisons confondues, les enseignants, les Dursley, les membres de l'Ordre du Phénix, Voldemort et quelques Mangemorts. Et dans le casting officiel il y a des sous-groupes. Moi, tu vois, je suis un membre du casting officiel acteur intérim. Ceux qui sont tout en haut se comptent sur le doigt de la main : Hermione, Ron, Neville, Draco, Dumbledore et Voldemort. D'autres vont prendre en importance au cours de l'année, comme Luna, tu vois...
Kendall s'arrêta brusquement de parler tandis que Betty Parker déposait leurs assiettes et leurs verres sur la table. Il but une gorgée de milk-shake et reprit :
– Dylan m'a dit gagner autant qu'un joueur de football au top de sa carrière. On n'a pas vraiment parlé chiffre. Il y a comme un secret qui entoure l'argent qu'engrange l'entreprise (Nyx ne sourcilla pas lorsqu'il prononça le mot « entreprise » alors que la vie d'un être humain s'en retrouvait concernée). Mais je crois qu'on peut parler de plusieurs centaines de milliers de dollars par mois, dans son cas. En tout cas, lui et son frère sont multimillionnaires depuis un bon paquet de temps ! J'ose à peine imaginer ce que doit gagner Juno. Ça doit être une somme astronomique. En tout cas, que cela soit les figurants sorciers (Il déposa son stylo sur un bout du cercle), les figurants moldus ou le casting officiel, tout le monde a sa place dans l'organisation (Il enferma le cercle et le trait dans un triangle et Nyx contempla un long moment le symbole griffonné sur la serviette en papier).
– Et Harry, il gagne quoi dans le lot ?
Kendall cessa de tremper une fritte dans du ketchup et la regarda avec de gros yeux. Pour lui, apparemment, cela semblait aberrant que Harry puisse toucher quoi que ce soit.
– Non mais, je crois que t'as pas bien saisi... Harry n'est pas acteur.
– Je sais bien. Mais il n'empêche qu'on gagne tous un paquet de fric sur son dos.
– Du moment qu'il ne s'en rend pas compte ça ne change pas grand-chose. Et puis, Burst a mis à son profit un coffre rempli d'or à Gringotts pour qu'il puisse s'acheter tout ce qu'il veut dans le monde magique.
– Kendall, non, mais tu t'entends ? Tu aimerais, toi, être payé avec des billets de Monopoly et des médailles en chocolat pour prostituer ta vie à la télé ?
– Il ne sait même pas qu'il est à la télé !
Quelques personnes autour d'eux se retournèrent et Kendall semblait prier les dieux pour conserver son calme.
– Je commence à en avoir assez, lâcha-t-il en arrosant de moutarde son hot-dog. Dès que je suis avec toi, tu me parles de Harry. On ne pourrait pas avoir un autre sujet de conversation ? Non, parce que tu fais une fixette dessus, c'est maladif ! Par exemple, quand on était sur la plage tous les deux je voulais juste te dire que tu me plaisais vraiment et t'as... t'as tout gâché en te lamentant sur son sort.
Nyx ouvrit la bouche pour répondre, mais Kendall ne lui laissa pas le temps :
– OK, c'est ignoble ce qui lui arrive et tout le reste, mais c'est comme ça, on n'y peut rien ! Moi j'aimerais bien oublier de temps en temps, être avec une fille ordinaire ayant des préoccupations ordinaires. Et à cause de ça, à cause de Harry entre nous deux, je peux pas en placer une pour te dire que je meurs d'envie de t'embrasser ou... ou quoi. Non, c'est Harry Potter du matin au soir !
Nyx se sentait vraiment mal tout à coup. Maintenant qu'elle y pensait, Kendall avait raison : que cela soit dans la voiture de son père, au barbecue du Harry Day, sur la plage ou encore à la fête dans les bois, elle n'avait fait que de parler de Harry et dire à quel point cet univers était horrible. Il était temps de changer de disque. Elle s'ébouriffa nerveusement les cheveux et soupira :
– Désolé, je me rends vraiment pas compte que j'ai pu être agaçante et... et te freiner alors que tu voulais juste m'aborder. Et je trouve ça vraiment con parce que... parce qu'à moi aussi tu me plais. Du genre, beaucoup, tu vois ?
Kendall eut un bref sourire en coin et continua à manger en silence.
– Je ne veux pas que tu croies que Harry compte plus que toi, formula-t-elle un peu plus bas. C'est juste que de le voir là, emprisonné dans son cocon, ça a rendu la situation concrète. Je sais que j'ai déconné avec toi et j'ai pas envie que tu te dises que je suis une fille chiante, centrée sur ses propres préoccupations parce que je ne suis pas du tout comme ça, en fait.
– Dans un sens, ça me soulage que tu trouves l'émission horrible, admit Kendall. Au moins, ça me prouve que tu as du cœur.
Nyx joua maladroitement avec ses couverts et dit :
– Alors, tu as toujours envie de m'embrasser ?
– Tu perds pas le nord.
Pour la première fois, ils discutèrent comme deux adolescents ordinaires de leurs cours, partagèrent des anecdotes amusantes et, une fois leur repas payé, ils quittèrent le centre-ville côte à côte. Quand Kendall lui prit la main, Nyx avait bien cru s'évanouir sur le champ, mais force était de constater que son corps était un peu plus solide que son cerveau. Elle avait l'impression d'être raide, trahissant son embarras.
Kendall sifflotait, tenant son Nimbus 2001 dans son autre main. Ils passèrent devant la pharmacie où travaillait le père de Kendall et il lui fit un léger signe de la main au travers la vitrine. Un peu plus loin, Nyx vit Varro fumer par la fenêtre de sa chambre le nez perdu dans les étoiles. Ils devancèrent un magasin de télévisions où le visage de Andrew Burst remuait sur des dizaines d'écrans plats.
– Ca fait du bien de se balader un peu, non ?
Nyx acquiesça puis s'arrêta net. À quelques mètres de la fontaine de Sinuesa, se trouvaient cinq personnes brandissant quelques pancartes au signe « F.H.M. ». Le Free Harry Movement. Kendall la tira légèrement en arrière tandis que le groupe de protestants cessa de scander des slogans pour les observer. Nyx se sentit affreusement mal à l'aise et ils finirent par s'éloigner.
– C'est la première fois que tu les vois ? interrogea-t-il alors qu'ils montaient dans le bus.
– Oui. Pourquoi ils font ça la nuit ?
– Oh, tu imagines bien que ça n'arrange pas la production de les entendre, mais d'un autre côté ils ne peuvent pas les réduire au silence, car cela serait nuire à la liberté d'expression. Alors ils ont passé un pacte avec les mairies du monde entier : leur interdire de manifester en plein jour, comme ça, ils sont sûrs que moins de gens les verront.
– Et... Et ils sont souvent ici ?
Kendall la regarda intensément.
– Ne pense même pas à leur adresser la parole.
– Ah, et pourquoi ça ?
– Parce que de un ils ne voudraient pas de toi parce que tu es désormais dans l'émission. Et de deux, il y a des caméras de surveillance tout autour de l'hôtel de ville. Si tu vas leur parler, la production le saura et tu risques de perdre ton job.
Le bus ralentit quelques minutes plus tard. Ils descendirent et la maison des Sommerhearst était déjà visible, de l'autre côté de la rue. Kendall insista pour l'accompagner juste devant sa porte.
– Bon eh bien, à demain, dit-il.
– Euh, demain je retourne à Poudlard.
– Oh, ah oui c'est vrai. Donc à jeudi ? Jeudi je travaille toute la journée.
– Cool.
En fait, ce n'était pas cool du tout. Ça représentait une nouvelle source d'angoisse : quand ils se reverront dans quelques jours, devra-t-elle faire semblant de ne pas le connaître ? Pourra-t-elle lui adresser la parole même s'il fait partie du casting officiel ? Ils restèrent un très long moment gênés puis Nyx finit par ouvrir la porte d'entrée.
– Passe une bonne soirée et merci pour... enfin, la sortie, quoi.
– Le plaisir était pour moi, répondit-il en lui lançant un sourire charmeur.
Il enfourcha son balai et finit par s'envoler en lui faisant un dernier signe par-dessus son épaule. Nyx le regarda s'éloigner jusqu'à disparaître derrière le toit d'une maison voisine. En rentrant, elle enleva sa veste et ses chaussures et se dirigea vers le living-room où sa mère regardait la télévision.
– Oh, tu es déjà rentrée ? s'étonna Mrs Sommerhearst.
– Pourquoi ? Tu t'attendais à ce que je passe la nuit avec Kendall ?
Sa mère ne répondit pas et se contenta de sourire.
– Je sais, je ne suis pas censée t'encourager sur cette voie. Je dois faire la mère offusquée, mais je n'y arrive tout simplement pas. Raconte-moi comment ça s'est passé ?
Nyx s'assit sur le fauteuil et remarqua que Vector tenait une boîte de biscuits au-dessus de sa tête, immobile. Tout à coup, les publicités s'achevèrent et le jingle de l'émission Harry Potter retentit.
– Bonsoir et rebienvenue dans la quotidienne de Harry Potter, déclara Mike Flickerman. Il est bientôt vingt-trois heures et notre cher apprenti sorcier – au lieu de se retrouver bien tranquillement dans la tour Gryffondor avec ses camarades – est en ce moment en retenue avec Dolores Ombrage, nouvellement professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Cette punition est due au fait que Harry se soit rebellé dans le cour d'hier après-midi en déclarant que Vous-Savez-Qui est revenu. Sans plus attendre, retour au direct !
Dès lors, la caméra s'effaça et on eut l'image haute définition de Harry assis derrière une table, écrivant des lignes. Malgré son air imperturbable, Nyx voyait bien que quelque chose allait de travers. On zooma sur son morceau de parchemin et la phrase « Je ne dois pas dire de mensonges » luisait légèrement sous l'éclat des chandelles.
– Depuis quand ils commercialisent de l'encre rouge ? demanda Nyx, les sourcils froncés.
– Ce n'est pas de l'encre, répondit sa mère d'une voix suraiguë et révoltée. Cette horrible bonne femme ! Cette satanée gargouille ! Je te jure que si je tombais sur elle dans la rue...
Elle se tut brusquement. Nyx n'osa pas lui dire que cette femme n'était qu'une actrice appliquant un scénario rédigé depuis des mois déjà. Elle n'était pas plus coupable que le restant du monde des malheurs de Harry.
– Venez ici, dit enfin Ombrage.
Harry se leva et Nyx vit pendant un bref instant sa main avoir des traces sanguinolentes. « Je ne dois pas dire de mensonges » s'étalait sur sa peau. Elle écarquilla les yeux d'horreur tandis qu'Ombrage étudiait la coupure de Harry.
– Mmh, il me semble que je n'ai pas encore réussi à faire grande impression. Eh bien, nous n'aurons qu'à recommencer demain soir, n'est-ce pas ?
Harry quitta le bureau sans dire un mot. L'école était déserte et plongée dans la pénombre. Il parcourut lentement le couloir puis, après avoir tourné à l'angle et s'être assuré qu'elle ne l'entendrait pas, il se mit à courir à toutes jambes.
Il s'en fichait que sa main continue de saigner et salisse sa robe de sorcier. En fait, Harry ne savait pas trop bien ce qu'il ressentait, mais cela ne présageait rien de bon. Il avait la sensation d'être seul au monde, que personne – même pas Ron et Hermione – ne comprendrait le poids immense pesant sur ses épaules. Il continua de courir, traversa un couloir étroit débouchant sur le Département de Métamorphose et rentra brusquement dans quelqu'un.
Harry était terrorisé à l'idée de tomber sur Rusard et d'écoper injustement d'une nouvelle retenue, mais en levant les yeux il vit Malfoy. Pendant de très longues secondes ils s'observèrent, incrédules. Harry s'apprêtait à lui demander ce qu'il faisait ici quand son regard tomba sur l'insigne de préfet vert et argent brodé sur son élégante robe de sorcier. Dès lors, les torches accrochées au mur s'allumèrent et Malfoy sursauta, comme s'il s'était senti observé. Son air décontenancé s'effaça progressivement pour laisser place à son habituel masque arrogant.
– Alors, on a prévu une petite sortie nocturne, Potter ? lança-t-il de son habituelle voix traînante.
– Pousse-toi de là !
– Pas si vite, un peu de politesse, tu veux ?
Harry était épuisé. Il avait juste envie de retourner dans sa Salle Commune au plus vite et d'oublier ce qu'il venait de se produire dans le bureau d'Ombrage. Nerveusement, il toucha sa main et tenta de boucher la plaie avec un pan de sa robe.
– T-Tu t'es fait ça comment ?
Le ton inquiet et le changement de voix surprirent tellement Harry qu'il n'était pas certain que ce soit Malfoy qui avait d'abord parlé. Il aurait été à peine étonné si un autre garçon de leur âge avait jailli entre eux. Toutefois, c'était bien Malfoy qui venait d'ouvrir la bouche et regardait sa plaie avec d'énormes yeux, comme s'il n'avait jamais vu Harry blessé au cours de son existence.
– C'est rien. Maintenant laisse-moi passer.
– Tu devrais aller à l'infirmerie, Potter, prononça Draco en reprenant peu à peu contenance. Je veux dire, les infâmes Sang-Mêlés comme toi n'ont pas un métabolisme en acier comme moi. Ça pourrait te nuire pour la prochaine Coupe de Quidditch.
– Si tu n'as pas d'autres arguments bidons, je t'en prie enlève-moi des points parce que là, je me tire.
Ne lui laissant pas le temps de répondre, Harry lui infligea un brutal coup d'épaule et le dépassa. En arrivant devant le portrait de la Grosse Dame, cette dernière sembla tout à fait réveillée et pivota sans même qu'il lui demande le mot de passe. Après avoir fait deux pas dans la Salle Commune, Harry s'arrêta : c'était la première fois qu'elle le laissait entrer aussi facilement.
Il s'apprêtait à rejoindre son dortoir lorsqu'il trouva Ron, dans son pyjama violet trop court sous un peignoir duveteux. Il semblait somnoler près de la grande cheminée, son manuel d'Enchantement ouvert sur les genoux à la page des sortilèges de Disparition. Harry attrapa au hasard un mouchoir propre dans sa boîte et enveloppa sa main dedans. A sa grande stupéfaction la plaie avait arrêté de saigner ne laissant qu'une horrible marque rouge. Ron se réveilla doucement et le regarda un moment avant de dire :
– Oh, je t'attendais pour faire quelques devoirs avant de nous coucher.
– Désolé, ça a été plus long que prévu, marmonna Harry.
– T'as l'air bizarre, fit remarquer Ron. Quelque chose ne va pas ?
– Non, ça va, t'inquiète pas.
Un silence s'étira entre les deux garçons avant que Ron dise :
– Au fait, la retenue avec Ombrage, c'était comment ? Qu'est-ce qu'elle t'a donné comme punition ?
Harry hésita une fraction de seconde, puis répondit simplement :
– Des lignes.
Ron semblait attendre quelque chose d'autre, car il fixa Harry de ses grands yeux bleus. Pourtant, il secoua la tête et eut un large sourire.
– Ce n'est pas trop grave alors !
Harry serra son mouchoir sur sa main et sourit à son tour pour le rassurer. Il ne voulait donner à Ombrage, ni à qui que ce soit d'autre, le plaisir d'entendre qu'il se plaignait auprès de ses amis.
.
D'abord, merci pour toutes vos reviews en rafale ! C'était hallucinant de voir autant de personnes se sentant transportées par cette fic et impliquées (avec tous vos votes, toussa toussa). Pour le dernier sondage, le « oui » a emporté un gros plébiscite. Donc, bien évidemment, Nyx et Harry se rencontreront et se parleront dans un futur très proche. J'espère que vous apprécierez cette scène... Pour en revenir à ce chapitre ci, j'ai beaucoup aimé l'écrire et ce retour à Sinuesa Valley m'a fait autant de bien qu'à Nyx, il faut dire. Son histoire avec Kendall progresse tout doucement et c'est un vrai plaisir de revenir à ce genre de relations toute innocente encore, qu'on a à quatorze ans (gosh, je me fais âgée). Moi qui, au collège, adorait les histoires fleurs bleues (Je m'en cache pas ! Je trouvais ça adorable x)') ça me fait du bien de rédiger un truc pareil pour mon plaisir personnel. Bon après j'essaie de donner un peu de relief à tout ça pour que ça reste intéressant. Donc merci infiniment pour votre soutien hypra régulier. Je sais qu'à ce stade de l'aventure vous vous demandez combien il y aura de chapitres et si Harry finira par découvrir un jour la vérité. Pour les deux questions je ne peux pas vous répondre mais sachez juste que je sais où je vais.
• Par review :
Voulez-vous une discussion entre Kendall et :
TAPEZ 1 : pour Heather (aka Pansy Parkinson)
TAPEZ 2 : pour Noah (aka Théodore Nott)
Mini-jeu : Trouvez des slogans du Free Harry Movement (Ils seront mentionnés dans les chapitres à venir).
N'oubliez pas que vous pouvez rejoindre mon groupe Facebook « The Baba O'Riley » pour y suivre l'avancée de mes projets. Déjà trois cent membres, youhou !
