Posté le : 29 Juin 2013. Vous m'envoyez trop d'amour, c'est dingue. Chapitre posté plus tôt pour Ju' (alias x-Lilo) qui n'a pas pu nous rejoindre à la Gay Pride Paris. Je t'envoie des good vybz et j'espère que cette offrande saura t'apaiser dès que tu seras bien rentrée.


Réponses aux reviews anonymes :

Lexane : Ton vote a bien été pris en compte, et c'est vrai que ça sera intéressant de voir Dylan puiser dans ces dernières ressources pour assurer son rôle au quotidien. J'en parlerai déjà dans ce chapitre. J'espère qu'il te plaira en tout cas, D.

Legacy : Ton compliment m'a donné un méga-ultime-onana-sourire. Du coup j'ai encore PLUS la pression pour continuer cette fic en maintenant le niveau. Si tu trouves des proximités entre l'anglais et ma fic c'est que je suis littéralement immergée dans cette culture et que j'écoute plus les gens parler anglais sur Youtube/Tumblr ou autre que dans la vraie vie. Du coup, je me dis que mes études poussées sur le terrain commencent à porter leurs fruits. Dans ce chapitre et les suivants, tu en apprendras davantage sur Juno mais par petite touche, en fait. Donc il faudra patienter. En ce qui concerne Burst, beaucoup de révélations sont à prévoir dès à présent...

Milie12 : T'inquiète poulette. Apparement y'a eu un mini bug puisque tu n'es pas la seule à avoir paumé ta review en voulant m'en envoyer une. Space. Bon, en tout cas sache que j'apprécie toujours autant tes pavés. Ils me réchauffent le cœur et puis ça motive juste à bloc pour écrire la suite (« juste », quoi, lol). Donc t'arrête pas sur ta lancée si t'as envie de décortiquer le chapitre. Sinon pour la presse, tu auras ta dose avec ce chapitre avec – comme tu le sais – la suite de l'interview de Burstnouchet.

Iilaydiiz : J'avais adoré écrire la rencontre entre Nyx et Harry, mais j'étais à la fois angoissée parce que j'avais peur que ce ne soit pas à la hauteur de ce qu'on avait pu s'imaginer. Et sinon, ouais Nyx et Kendall sont trop cute ensemble, c'est à en baver des marshmallows mais ça fait du bien d'écrire sur eux ! Ça apporte une touche de fraîcheur. (Oh et ne t'inquiète pas pour le drarry, ça reste mon objectif mais je peux juste pas le foutre n'importe comment donc je dois patienter et c'est juste horrible de contenir ses idées).

Fantasio : Trop de compliments dans une seule review, j'en mouille mes panties, guh ! Merci, merci, merci. C'est vrai que Burst est un méchant ''crédible'', dans le sens où avec toute son accumulation de pouvoirs il y aurait de quoi faire tourner la tête de n'importe qui. On en saura déjà largement plus sur son compte à partir de ce chapitre, mais je ne t'en dis pas plus... J'ai vraiment eu un coup de cœur pour Burst. Pas que je sois nombriliste (sisi, en fait), mais je trouvais que dans le Truman Show le personnage de Cristoff (sic. Le producteur) n'était pas du tout approfondi et on le voyait occasionnelement alors qu'il pourrait y avoir une étude super profonde sur son cas. Même si dans Truman, le producteur a l'air quand même bienveillant et attentionné, Burst lui est une sorte d'antipode. Les sentiments il s'en carre. Si j'ai choisi le tome 5 plutôt que les autres c'est déjà parce que je ne les voulais pas trop ''jeunes'' (genre vers 12-13 ans ça m'aurait juste fait chié et je pense qu'il faut qu'ils aient les hormones en ébullion pour écrire le yaoi, quoi), ensuite j'aime pas la trame du tome 6 en général (sauf avec le Club de Slug qui me fait rire, mais la romance Harry x Ginny gâche le tout), et le tome 4 j'ai pas aimé que Ron fasse la gueule à Harry et puis je trouvais que le T5 apportait un clivage important dans la psychologie de Harry qui n'est pas négligeable. J'avais hésité entre le 5 et le 7 mais le problème du dernier (outre l'épilogue con) c'est le fait qu'ils passent trois quart de l'histoire sous une tente à rien faire. Et pour le monde de la téléréalité, c'est pas le plus palpitant, tu vois... Je vais m'arrêter là. Je dois répondre à d'autres petits adorables lecteurs !

Marie-Antoinette : Ah, ciel ! Tu as manqué trois chapitres ? Shame on you, peasant ! Je rigoule. Pour l'expression « trou de la taille d'une télévision » c'est un big gros clin d'oeil au roman à l'eau de rose que j'adorais (et que j'adore encore) « Je ne t'aime pas Paulus » et « Je ne t'aime toujours pas Paulus ». Il m'avait envoyé super loin ce livre et pourtant c'est pas le plus extraordinaire qui soit mais je l'aime beaucoup. Ça me rend juste nostalgique. Et sinon, ouais Nyx est une bitch d'être proche de Kendall. Du coup je me projette à travers elle comme une gamine, trololol.


Musiques :

01. No Angels – Bastille. 02. Save Yourself – The Colour. 03. Puppy Love – Lana Del Rey. 04. Through The Wire – Kayne West. 05. Under Stars – Tom Felton. 06. Zombie – The Cranberries. 07. Beautiful Dirty Rich – Lady Gaga. 08. Fireworks – Nicolas Hooper. 09. Dreaming of Fiji – Burkhard Dallwitz.10. Underwater Secrets – Patrick Doyle.

Un gros merci à Exogeneis pour m'avoir fait un répertoire de tous les personnages de la fic. Tu roxx !

Mot du bêta – Eymeric : Salut les loulous ! Le retour de Nyx, comme celui de Harry dans la fic, est toujours un événement important. Merci à ceux qui ont laissé un petit mot à mon intention, et je réponds particulièrement à Fantasio : la correction est en effet longue et complexe, mais c'est à chaque fois un immense plaisir. Je me suis proposé comme bêta car j'appréciais le travail de D Would en tant que lecteur. Maintenant que j'ai la chance d'être plus impliqué dans une de ses histoires, je suis comblé ! Et je le fais aussi pour vous tous, qui faites vivre cette histoire et la fanfiction en général. J'espère que vous allez apprécier ce chapitre autant que moi. Je suis sûr que les images vont déborder dans votre tête, et j'attends avec impatience vos réactions ! Bonne lecture les loulous !


CHAPITRE VIII

« def. noun. ''Potterhead'' : Amazingly cool people who are obssessed with Harry Potter. » – Urban Dictionnary.

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Le jeudi soir Mr et Mrs Sommerhearst se rendirent à la gare King's Cross pour récupérer leur fille. Elle attendait derrière une vitre en plexis avec d'autres figurants et acteurs. Celle-ci avait poussé comme par magie durant la nuit afin de protéger les travailleurs du monde de Harry Potter des agressions qu'ils pourraient subir. Inquiets au vu de l'ampleur du dispositif de sécurité, les parents de Nyx se précipitèrent vers cette dernière qui tenait fermement la main de Kendall.

Celui-ci regardait partout tandis qu'un groupe de vigiles patrouillait en crachotant à intervalles réguliers dans leur talkie-walkie. Kendall et les Sommerhearst finirent par s'éloigner jusqu'au parking en des pas précipités. Depuis que Harry s'était rendu à sa seconde retenue avec Ombrage, les tensions au sein et en dehors de la production étaient montées en flèche. Ils grimpèrent dans la Ford Anglia et démarrèrent aussitôt.

Aux portes de la gare, des antis-Burst – de plus en plus nombreux – essayaient de passer le barrage de sécurité. Nyx observa un jeune homme tenter de gravir un grillage et être rattrapé par un énorme vigile barbu. Elle lança un regard alarmé à Kendall qui serra doucement sa main en retour.

– Comment ça s'est passé ? demanda Patti en essayant de détendre l'atmosphère.

– Plutôt bien, rassura Kendall tandis qu'ils empruntaient l'autoroute.

En réalité, personne n'avait réellement envie de faire la conversation. Nyx sentait ses parents sur le qui-vive, comme s'ils s'attendaient à ce qu'un phénomène étrange se produise. En quittant les studios, un assistant l'avait apostrophée en lui remettant un courrier de la part de Samantha Runcord, la directrice du recrutement.

Apparemment, Nyx évoluait dans la hiérarchie grâce à son intervention auprès de Harry et passait du statut de figurante à celui de silhouette. Ses horaires ne changeaient pas, mais elle gagnait simplement un peu plus d'argent et des places plus avantageuses pour entrer dans l'angle de la caméra. L'enveloppe violette était enfournée au fond de son sac. Elle devrait la faire signer à ses parents avant sa reprise du travail mercredi prochain.

C'était un réel soulagement de se dire qu'elle aurait plusieurs jours devant elle pour décompresser. Kendall caressa le dos de sa main avec son pouce et cela l'apaisa. Par la fenêtre de la voiture, les immeubles se raréfièrent pour laisser place aux maisons coquettes entourant le centre-ville de Sinuesa Valley. Ils empruntèrent directement la sortie de la rocade et déposèrent Kendall juste devant chez lui. Il attrapa son sac rempli de cadeaux que la production leur avait donné en quittant le plateau (cette semaine, ils avaient tous eu le droit à un kit de Boîte à Flemme et des Patacitrouilles) et salua les Sommerhearst.

Nyx vit clairement sa mère agripper la chemise de son mari pour qu'il ne quitte pas le véhicule et attende à l'intérieur. Avec hésitation, Nyx sortit à son tour et remonta la petite allée de la maison des Bradsprit auprès de Kendall qui lui tenait toujours la main. Ils s'arrêtèrent sous le porche aux lambris pastel. Nyx adorait déjà cette maison quand elle n'était encore que toute petite. Elle passait devant avec sa bicyclette pour se rendre à l'école primaire et s'arrêtait pour contempler la peinture vert pomme qui s'écaillait.

Grâce à la proximité du bois de Sinuesa Valley, il y avait de temps à autre une légère brise aux senteurs de pins qui soufflait derrière la maison et embaumait toute la rue, très tôt le matin. Avant que les Bradsprit n'emménagent ici, c'était une vieille dame qui habitait là et allait tous les jours sur la plage faire voler des origamis géants qu'elle fabriquait elle-même. Nyx ne se souvenait pas vraiment de son nom, mais parfois, quand elle repensait à son enfance, il lui arrivait d'y penser. En face d'elle, Kendall semblait réfléchir à quelque chose puis dit :

– Tu t'es vraiment bien débrouillée.

– Ah ?

– Je veux dire, ton improvisation. C'était très bien et tu n'as pas à avoir honte de toi ou culpabiliser.

Nyx acquiesça plus pour lui faire plaisir que parce qu'elle le pensait réellement.

– Merci.

– Ce week-end, ça tient toujours pour la plage ?

– Évidemment, se réjouit-elle avec un sourire désarmant.

Kendall avait l'air tout aussi impatient et inquiet de se retrouver seul avec elle dans un endroit isolé. Il lui rendit son sourire et dit :

– Bon, alors c'est cool. Par contre, je ne devrais pas rentrer trop tard. Je dois me rendre au lycée pour récupérer le matériel de prévention de la contraception. Enfin, c'est moi qui m'occupe de la tournée du samedi soir, et...

Nyx déposa un rapide baiser sur sa joue.

– Pas de problème. À samedi.

Elle descendit rapidement les escaliers du perron et monta dans la Ford Anglia où ses parents étaient curieusement silencieux. Nyx se pencha en avant et alluma l'autoradio pour combler ce vide. Sinuesa Valley était couvert d'une légère bruine qui faisait miroiter l'asphalte de petits éclats blancs. Un pâté de maisons plus loin, leur maison rouge resplendissante était en vue. Vector attendait sur la porte d'entrée avec un plateau de biscuits.

– Bonjour, maîtresse Nyx, coassa l'elfe de maison en s'inclinant si bas que son nez toucha le sol.

– Oui, oui, c'est ça.

– Sois un peu plus gentille avec lui, déclara sa mère en déposant sa longue veste pelucheuse sur le porte-manteau. Il s'est donné beaucoup de mal pour préparer un goûter pour ton retour. Il est lui-même allé chercher des pépites de chocolat au supermarché.

– Vous le laissez se balader tout seul en ville ? s'ulcéra Nyx en se débarrassant de ses tennis.

– Vector a un détecteur de mouvements intégrés. Il peut savoir quand quelque chose s'approche de lui et peut ainsi éviter le moindre choc avec les passants ou les voitures, expliqua Mr Sommerhearst. Et en plus de ça, Vector rend service à la communauté. Rien qu'hier, il a aidé la voisine à tailler ses roses.

– Vector est bon jardinier, clama l'elfe en sortant de ses longs doigts des ustensiles tous plus tranchants et menaçants les uns que les autres.

L'elfe agita ses doigts et commença alors à tailler la pauvre plante verte du hall d'entrée qui n'avait rien demandé. Nyx attrapa tout de même quelques biscuits et grimpa jusque dans sa chambre. Elle se laissa tomber sur son lit et pianota un message à Cha pour la prévenir de son retour. Pendant près d'une demi-heure, Nyx se demanda ce que faisaient ses camarades de classe. Ils devaient sans doute finir leur journée d'ici quelques instants avec le redoutable cours de Chimie. Elle finit par se rouler en boule et s'endormir...

– Nyx ? Nyx, ma chérie, ton amie est là, prononça sa mère en passant sa tête dans l'embrasement de la porte.

La jeune fille se frotta le visage et Cha déboula dans la pièce, les cheveux plus en bataille que jamais. Elle s'assit sur le lit après avoir déposé au sol son sac à bandoulière joliment orné de symboles anarchistes.

– Tu vas bien ?

– Oh oui, mentit Nyx d'une voix endormie. Et toi ?

– Super. Mon équipe de volley-ball a gagné le mini-tournoi cet après-midi. Le plus cool dans tout ça, c'est que c'est Nausikaa et les autres cheerleaders du bahut qui nous ont supportés. Alors, j'imagine qu'elle a vu tous les points que j'ai marqués.

Après avoir été immergée dans le monde du cinéma en devant assumer un rôle fabriqué de toutes pièces, Nyx trouvait surréaliste qu'on puisse se réjouir d'avoir gagné une partie de volley.

– Félicitations.

– T'as une petite mine, fit remarquer Cha en tirant sur la couette pour s'ensevelir dessous.

– Désolé, mais les allers-retours entre Londres et Sinuesa cette semaine m'ont juste achevé.

Et c'était vrai. Jamais de sa vie Nyx n'avait autant bougé d'un endroit à un autre. Hormis peut-être la fois où ils s'étaient rendu en Floride dans le grand parc d'attractions Harry Potter.

– Eh bien j'espère que ceci va te réveiller.

Cha sortit de son sac un magazine présentant en couverture le visage froid et légèrement émacié de Andrew Burst, la main sous le menton. Nyx se redressa et attrapa le magazine. Elle n'eut pas à feuilleter bien loin pour tomber sur l'article qui l'intéressait.

Apparemment, le portrait de Burst avait été brossé par un journaliste éminent du Time et remis à jour en fonction des récents évènements. Jusqu'ici, Nyx n'avait jamais eu la curiosité de connaître qui se cachait derrière tout ça. Elle savait vaguement que Andrew Burst avait eu l'idée de Poudlard lors d'un voyage en train, qu'il était infiniment riche et très intelligent.

Ça n'avait pas grand intérêt de savoir qui était le maître d'oeuvre de cet univers et ce qu'il pouvait bien faire de tout cet argent restait incontestablement le plus grand show télévisé que le monde n'avait jamais connu. Cha reprit le magazine d'un air sévère et formula :

– C'est moi qui suis levée très tôt le matin pour l'avoir. Je veux avoir le privilège de le lire à voix haute.

Nyx s'enfonça parmi ses très nombreux coussins et écouta.

ANDREW BURST VA-T-IL TROP LOIN ?

ARGENT, GÉNIE ET INFLUENCE : QUI SE CACHE DERRIÈRE CET HOMME SURPUISSANT

– par Allan Jorfield, journaliste au Time –

version publiée le 12 octobre 2012 et remis à jour le 11 septembre 2013

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Les majestueux conifères plantés à l'entrée de la demeure Burst évoquent sans aucun doute ceux formant la haie d'honneur de la Coupe du Monde de Quidditch du précédent opus de « Harry Potter ». La villa semble de l'extérieur tranquille, sans aucune différence notable avec ses voisines, ne laissant aucunement présager qu'un des hommes les plus puissants de la planète puisse y vivre. Grâce à quelques contacts, j'ai pu obtenir un rendez-vous tout à fait exceptionnel avec le plus grand télévisionnaire de notre époque.

Déjà dans l'avion, je me sentais pris de phases tantôt d'anxiété, tantôt d'impatience, à l'idée de le rencontrer. À plusieurs kilomètres au-dessus du sol, les passagers de ma classe et moi-même avions pu profiter du direct de la fameuse série. C'était quelques jours avant la première épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. L'excitation fébrile – identique à celle d'une veille de match – demeurait entière. De nombreux bookmakers à travers le monde prenaient des paris sur qui remporterait cette tâche et avec quel score. Au sein de la zone duty-free de l'aéroport d'Heathrow se trouvait un stand violet uniquement destiné à revendre des produits dérivés de cette télé-réalité enchanteresse et tout de même controversée.

La grande psychologue et philosophe Rita Garbo avait publié l'an passé un essai volumineux sur les conséquences que peut avoir l'émission sur le public, le personnel qui l'alimente et les acteurs. Selon elle, « Harry Potter » endigue la pensée des gens et fait passer un nombre incroyable de messages subliminaux poussant à la surconsommation. Elle s'appuie sur des données statistiques fournies par l'Institut de l'Audiovisuel de Berlin. « La médiatisation de cette série est une sorte de matraquage constant », explique-t-elle à un périodique local, « Les acteurs se dévouent corps et âme pour donner vie à ce qui n'est rien d'autre qu'un mensonge. Après quoi ils se retrouvent dans une spirale infernale, toujours rattachés à ce rôle qu'ils ont eu, jadis ».

Nous pensons notamment à l'acteur interprétant le rôle de Charlie Weasley – éleveur de dragons – qui aurait été effrayé par la popularité fracassante dont jouissait sa famille fictive à l'écran. « Andrew Burst m'avait promis d'avoir une importance accrue au fil des saisons. Je devais même devenir professeur de Soin aux Créatures Magiques au cours de la quatrième année de Harry. Mais j'ai refusé. Je me voyais mal endosser cette nouvelle responsabilité ». Depuis, le jeune comédien ne fait que de brèves apparitions à l'écran et est mentionné en des rares occasions.

Il n'est toutefois pas le seul à avoir brutalement interrompu son contrat en plein tournage : Howard Jonas – qui jouait le professeur Quirrel – a lui aussi décidé de mettre un terme à sa collaboration. « C'était énormément de pression, a-t-il confié à Canal Fork il y a trois ans de cela, les gens me reconnaissaient dans la rue et me demandaient de hurler ma fameuse réplique à tout bout de champ (ndrl. ''Un troll ! Un troll dans les cachots !''). C'était insupportable. Il n'y avait pas un seul endroit où je pouvais faire les courses tranquillement avec ma femme. Un jour, j'ai eu le malheur de sortir avec une serviette sur la tête pour prendre le journal devant chez moi et les tabloïds se sont emparés de cette image en se demandant si j'avais vraiment Voldemort derrière le crâne ! Je ne devais pas partir, à la base. Je devais ''simplement'' être dépossédé de Voldemort puis continuer ma carrière d'enseignant à Poudlard. »

Mais la chargée du bureau relationnel de la production rétorque : « Mr Jonas avait fait son temps avec nous. Il était temps pour lui de partir pour laisser place à de nouvelles intrigues. » Qui croire ? Ces petites divergences de versions sont chose récurrente avec le monde de « Harry Potter » et j'étais bien décidé à percer un certain nombre de mystères dès mon arrivée à Londres. Une berline m'attendait spécialement à la sortie de l'aéroport. Le confort suintant ne faisait que commencer et ce n'était qu'un amuse-bouche comparé au faste dans lequel semble être plongée la famille Burst.

DANS L'INTIMITÉ DU CRÉATEUR

Talia Burst – mannequin d'origine indienne – a épousé Andrew il y a près de dix-huit ans sans se douter de ce qu'il deviendrait par la suite. Évidemment, la grande intelligence de son mari laissait présager un avenir parsemé de lauriers, mais rien – absolument rien – ne le destinait à la place qu'il occupe aujourd'hui. Mrs Burst nous accueille avec chaleur, suivie par un majordome, et nous fait attendre dans un patio donnant une vue imprenable sur un verger des plus délicats.

Elle demande à ce que l'on prépare du thé en attendant l'arrivée imminente de son mari. J'ai eu – pendant quelques secondes – l'impression d'être une groupie à l'entrée d'un concert attendant une légende vivante du rock. Jouant de la réputation de son conjoint, Talia Burst évoque d'un air faussement étourdi l'Éclair de Feu, qui se vend à une vitesse aussi ahurissante que celle que peut atteindre le balai de course sans présence de vents arrière. Je bois une gorgée de thé et l'écoute me parler de son récent voyage à l'ancienne perle de la couronne britannique.

Une fondation a été placée à Calcutta afin de subvenir aux besoins de la population. Talia Burst s'illustre par ses dons philanthropiques et sa présence dans de nombreux organismes. « Je ne supporte pas que les gens puissent s'imaginer que je mens », dit-elle d'un air vaguement ennuyé, « Vous voyez, je n'attends rien en retour. Je fais ça simplement parce que ça me tient à coeur ». Je songe brièvement aux très jeunes actrices interprétant les sœurs Parvati et Padma Patil, elles-mêmes issus des faubourgs de Calcutta.

Je prends une nouvelle gorgée de thé et la conversation embraye sur la prochaine fashion week. Je profite du fait qu'elle mentionne un créateur pour enfants afin de parler des siens. Surprise, Talia Burst se redresse et attend de plus amples explications. Il est rare que Andrew Burst ou sa femme donne des informations sur leur progéniture. Contrairement à Arnold – qui est ultramédiatisé en occupant le rôle du meilleur ami du Survivant – les deux enfants biologiques de Burst disposent, eux, d'une sécurité et d'un secret frôlant l'opacité d'une omerta. Talia finit par me confier que sa fille Hermione – âgée de seize ans – a pour projet de faire ses études supérieures en France...

– Hermione ? s'offusqua Nyx en jetant au sol sa peluche en forme de panda ainsi qu'une bonne partie des bibelots bordant son lit. Ils ont vraiment appelé leur fille Hermione ?

– Apparemment, concéda Cha en balayant rapidement l'article du regard. Ça craint. Oh attend, ils expliquent.

[...] a pour projet de faire ses études supérieures en France. Hermione a été, indirectement, une des sources d'inspiration de Mr Burst pour sa série et a donc décidé de nommer un des personnages principaux en son honneur.

En effet, il confie à un magazine il y a dix ans que l'idée de créer une série basée sur la vie d'un individu lui est venue le jour suivant la naissance de sa fille. « Je me souviendrai toujours des nombreux coups de téléphone que nous avons reçu Talia et moi pour nous féliciter. Les gens nous demandaient combien elle pesait, à qui elle ressemblait et nous envoyait tout un tas de cadeaux. Je me suis aperçu que les gens – et même les plus réfractaires – pouvaient passer des heures entières à contempler un bébé. Ça a été un véritable déclic et c'est comme ça que j'ai eu l'idée de filmer un bébé vingt-quatre heures sur vingt-quatre que le public aurait préalablement sélectionné. Le téléspectateur deviendrait, en quelque sorte, un membre de la famille de cet enfant et pourrait garder un œil sur lui, peu importe ce qui lui arrive ».

C'est au moment précis où cette anecdote me traverse l'esprit que Andrew Burst finit par rejoindre sa femme et moi dans le patio. Il me salue avec une franche poignée de main et regarde son épouse s'éloigner tandis qu'il prend sa place. Andrew Burst respire l'intelligence et un petit air de fourberie qui lui donnent l'allure d'un renard.

Ses yeux perçants me fixent et il attend que je prenne la parole en premier. J'ai la fugace impression d'être un débutant devant faire le premier coup d'échec face à un maître du jeu. Je me présente et parle rapidement de la ligne éditoriale du Time. Burst m'écoute sans ciller, comme si ça ne lui procurait pas un plus grand plaisir que de m'écouter babiller mon curriculum vitae. Je lui demande enfin si ça le dérange que j'enregistre notre entretien et il me répond calmement que non. Je pose le magnétophone sur la table et voici ce qui suit.

L'HISTOIRE D'UN ENFANT PRODIGUE

« Je viens de Parlm Streek, informe Andrew Burst. C'est un peu plus à l'est de Londres, tout près de la Mer du Nord...

– Ce n'est pas loin de Sinuesa, fit remarquer Cha en tournant la page du magazine. Varro m'a dit que cette ville craignait. Il a fait un stage, là-bas. Il a dit que les gens n'étaient que des crève-la-faim.

Cha se racla la gorge et reprend :

[…] C'est un peu plus à l'est de Londres, tout près de la Mer du Nord. » Né d'un fils de carreleur et d'une mère couturière en usine, Andrew Burst est un enfant d'une nature plutôt discrète. Jusqu'à l'âge de sept ans, ses professeurs ne conservent pas un souvenir particulièrement marquant de lui et le décrivent plutôt comme un élève « légèrement en retrait, mais courtois ». Le frère aîné de Andrew Burst – Allen Burst – était davantage sous les feux de la rampe. « Allen était quelqu'un d'ouvert, de compréhensif et de très drôle », dit Andrew avec une pointe d'émotion dans la voix. « Mais il était aussi très énervé par ce qu'il nous arrivait. Mon père était devenu paraplégique. Le voir là, tous les jours, immobile devant la télévision, avait quelque chose de déprimant. Il ne trouvait d'ailleurs rien d'intéressant à regarder (rire). Allen voulait changer les choses. Il a pris un petit boulot – du genre que vous ne déclarez pas aux impôts. Ça nous a aidés pendant quelque temps, à payer les soins, les factures puis ça a mal tourné. Allen a commencé à consommer de la drogue et est mort d'une overdose deux ans plus tard. Depuis, plus rien n'a été pareil ».

Allen Burst était un jeune athlète prometteur repéré au cours de compétitions régionales. Il n'a néanmoins pas eu une performance méritant l'attribution d'une bourse sportive. « À Parlm Streek, les perspectives d'avenir sont très réduites. On peut travailler à l'usine ou partir », explique le nouveau maire de la commune, « Les réductions budgétaires ont conduit une foule de jeunes gens à se débrouiller d'eux-mêmes » Allen Burst n'est que le sommet de l'iceberg de cette jeunesse désenchantée partant à la dérive.

Durant son enfance, Andrew Burst dévoile un goût très prononcé pour le bricolage et les mécanismes. À l'école primaire de Parlm Streek, cette matière était encore enseignée aux jeunes petits garçons le jeudi matin afin de les destiner aux métiers industriels. « C'était mon cours préféré », me dévoile le producteur avec un sourire en coin, « J'adorais imaginer de nouvelles choses, leur donner vie... Il y avait une atmosphère troublante dans l'atelier, quelque chose qui se dégageait des murs en tôle et des outils. C'était comme si tout prenait vie sous mes doigts. J'avais l'impression que construire me donnait du pouvoir. Un pouvoir que je n'avais pas et que je n'ai jamais eu la prétention d'avoir, étant gamin ». Très vite, il devient le meilleur élève de sa classe et parvient à s'illustrer en menuiserie.

Quand leur enseignant leur introduit, une année plus tard, les technologies électronique et électrique, ce fut le coup de foudre. Burst réussit, en quelques mois seulement à comprendre le fonctionnement de tous les objets à circuit, mais également à se les approprier pour créer de nouvelles choses. « Je n'avais encore jamais vu ça ! », s'exclame Mr Young, le professeur de mécanique. « Et pourtant j'en ai vu des élèves doués. Mais Andrew... Cet Andrew-là, il dépassait tous les records. Il réfléchissait comme une fusée et abattait du travail comme s'ils étaient trente. Il réparait les choses, les disséquait, les démontait pour enfin les réassembler. Tout ça sous mon nez ! J'étais juste médusé et, je dois l'avouer, dépassé ».

Ce qui reste paradoxal avec le cas de Andrew Burst, c'est que son bulletin scolaire reste médiocre malgré ses quelques exploits. Refusant de croire en son génie, ses professeurs allèrent même jusqu'à le soumettre à des tests médicaux. La plupart d'entre eux étaient d'ailleurs convaincus que Burst était atteint d'une forme d'autisme qui lui prodiguerait tous ses talents pour la mécanique. « Je crois qu'ils essayaient juste de comprendre l'impossible », dit sagement Mr Young en caressant sa moustache. « Pour eux, c'était dur à croire qu'un p'tit gars comme Andrew puisse être simplement talentueux. Ils étaient tellement habitués à la normalité et à tout le reste qu'ils avaient oublié que l'extraordinaire pouvait se produire, même à Parlm Streek ».

Mr Young a été pendant de très longues années l'enseignant favori de Andrew Burst qui lui demandait souvent conseil, même si parfois, il n'en avait pas réellement besoin. C'est aussi Mr Young qui l'a inscrit à son premier concours de jeunes talents où il gagna le premier prix en inventant une pompe à autopropulsion, capable d'assurer des amortissements plus souples et confortables. Burst, en petit garçon avisé et ayant le sens des affaires, avait acheté un brevet avec ses économies de seulement neuf livres. Un grand fabricant de motos avait racheté le prototype pour s'en inspirer pour sa nouvelle gamme de moto-cross.

« Recevoir son premier chèque d'inventeur est quelque chose de très émouvant », reprend Burst en fouillant dans sa mémoire. « Je me souviens que Maman avait tellement pleuré de joie ce jour-là, qu'elle en était pratiquement tombée à la renverse (rire). Papa ne pouvait pas bouger, mais je voyais bien dans ses yeux qu'il était content, qu'il savait que j'étais destiné à faire de grandes choses. » Avec l'argent, la famille Burst put partir pour la première fois en vacances. « Nous sommes allés en Écosse. C'est Allen qui avait choisi la destination. C'était un grand moment et sans doute le plus heureux de toute mon enfance... Je pense que c'est pour cette raison que j'ai choisi cette région pour y bâtir Poudlard. »

Pour ses neuf ans, une équipe spécialisée décide de faire une enquête sur Andrew. Ils découvrent alors que son intelligence n'est pas seulement supérieure à la moyenne, mais frôle un pic encore jamais atteint pour un enfant de son âge. L'avenir de Andrew Burst était pavé de succès.

BURST : LE TÉLÉVISIONNAIRE

Andrew Burst m'avoue n'avoir jamais été intéressé par la réussite scolaire. Il s'attachait plutôt à la libre entreprise. « Je suis convaincu que l'école n'offre pas un bon cadre d'accomplissement aux enfants. Et je déplore que ma fille aînée ait choisi de se rendre à l'université. Je pense sincèrement que l'école est un frein à l'épanouissement personnel. Prenons l'exemple de l'école de Parlm Streek : il est évident que si on naît au mauvais endroit, au mauvais moment, l'école ne pourra rien faire pour nous sauver si ce n'est retarder l'hémorragie. Bien sûr, on apprend des choses utiles pour la vie de tous les jours, mais rien de crucial, rien qui puisse sauver qui que ce soit ». J'ai alors en tête l'article d'une revue spécialisée sur l'éducation où l'on y avait noté toutes ces personnes célèbres ayant fait le choix d'enseigner à leurs enfants à la maison. « Avec ma femme, nous nous sommes nous-mêmes chargés de faire l'école à Hermione et Polux. Et ils s'en sortent très bien comme ça, je crois (rire). »

Polux, âgé de dix ans, est le fils de Talia et Andrew Burst. Celui-ci, ressemblant d'une manière troublante à son père, est déjà champion d'escrime d'Europe et maîtrise déjà l'usage du Chinois en plus du Français et de l'Hindi. J'ai pu l'observer de loin depuis le patio et le voir utiliser son balai de course tout autour du jardin. « Polux [couramment surnommé « Paul »] est un enfant qui aime à peu près tout dans la vie. Il ne se plaint jamais et rit tout le temps », se réjouit son père. « Je suis même assez surpris de ne pas avoir engendré un petit monstre (rire). Il est... unique en son genre et me rappelle souvent Allen. C'est Polux qui m'a d'ailleurs inspiré les personnages de Fred et George ! »

Nous en revenons à ce pour quoi je suis venu jusqu'ici : le monde de Harry Potter. Les débuts de la série ont été ardus. Personne ne croyait plus en Andrew Burst, à l'époque. Pour comprendre cela il faut revenir vingt ans en arrière : Andrew Burst, qui avait entrepris un voyage en Asie, était revenu en Angleterre bouillonnant d'idées. Il avait interpellé de nombreux investisseurs locaux et étrangers.

Malgré ses connaissances et l'argent de ses divers brevets cumulé au fil des années, Burst ne pouvait pas garantir une somme suffisamment conséquente pour lancer sa première émission qui fut un flop total. « Ça a été l'échec le plus cuisant de toute ma vie », explose de rire Burst, « Je ne sais pas ce que j'avais en tête lorsque j'ai monté cette émission de télé-achat. Je pensais pouvoir m'en sortir avec quelques notions en publicité et en marketing. Mais je n'avais pas encore compris que ce n'était pas le savoir qui importait, mais la méthode ». J'arque un sourcil et lui demande d'expliciter. Burst réfléchit un court laps de temps et prononce : « À la télévision, quand on veut vendre un produit, on le met en scène. On est bien d'accord là-dessus. Mais ça n'aura pas le même impact si on est sur les ondes à midi qu'à quinze heures, vous voyez le genre ? Je n'avais pas pris en compte de nombreux paramètres et on a dû rapidement abandonner le projet. Après réflexion, j'ai beaucoup plus appris avec cette expérience qu'en fréquentant l'institut d'audiovisuel où j'ai travaillé ».

La côte de popularité de Andrew Burst frôlait des profondeurs abyssales au début des années 90, mais ce dernier ne désespérait pas. Il était convaincu que son avenir se ferait dans ce milieu. Au cours de son voyage en Asie, Burst s'était aperçu que partout où il se rendait, la télévision avait une place omniprésente. « Il y avait comme une sorte de fétichisme pour la télé. À mes yeux, ce n'était qu'une stupide boîte qui émettait des bruits, des images, et ça s'arrêtait là. Je n'avais jamais été intéressé par la télévision jusque-là. Puis j'ai saisi – j'ai vraiment saisi le poids que ça pouvait avoir – lorsque j'ai vu des enfants des bidonvilles rêver d'un ailleurs à travers la télé. La télé est une source de promotion sociale bien plus rapide et efficace que ne le sera sans doute jamais l'école. À quoi bon apprendre des choses si on pouvait slalomer entre elles et très bien vivre sans ? ». En tant qu'ancien enseignant à l'université et directeur de recherche en Histoire Contemporaine, j'ai eu envie de rétorquer une réplique bien sentie. Pourtant il y avait un arrière-goût de vérité là-dedans qui me déplaisait et avait du mal à partir malgré le savoureux thé.

HARRY POTTER : UNE VIE, UNE OEUVRE

« Après le flop du télé-achat, j'étais bien décidé à trouver de nouveaux concepts télévision. Je suis passé par une sitcom mettant en scène des inventeurs fous, mais ça n'a pas fonctionné. La science ? Les gens s'en fichaient. Ils voulaient du vrai. Quand j'ai eu l'idée de Harry Potter, je crois que je suis arrivé dans une période propice. Mon idée n'était pas parfaite ni excellente, mais ça restait un produit authentique. Je pense, sans trop me tromper, que si j'ai eu autant de succès, c'est parce qu'il n'y avait à cette période que très peu de concurrence sérieuse. » Malgré les échecs répétés, Burst parvient à mettre de côté suffisamment d'économie pour autoproduire son nouveau projet. Il se lance avec une équipe minimaliste après avoir fait signer des contrats à deux adolescentes enceintes sans l'avoir désiré. L'une d'entre elles est la mère de Harry.

Les premières images de Harry Potter arrivent sur les ondes l'après-midi du 31 juillet 1998. Deux poupons naissent le même jour : un garçon et une fille. Le principe était simple : choisir entre l'un des deux en appelant le numéro de l'émission. « Le standard a explosé », nous raconte Andrew Burst avec euphorie, « Les gens n'arrêtaient pas d'appeler partout à travers le pays pour nous dire qu'ils voulaient voir grandir la petite fille ou le petit garçon. C'était insensé. Je n'y croyais pas moi même. » Plus les jours sont passés et plus le succès a contaminé le pays, puis le continent pour enfin s'étendre au monde.

Le phénomène Harry Potter a été viral. Je me souviens qu'on ne pouvait se balader dans la rue sans entendre les gens en parler ou faire de petites allusions au show à la déontologie bancale. « On m'avait demandé pas mal d'interviews à cette période. Les caméras continuaient de tourner non-stop dans le berceau de Harry et les gens pouvaient visiter la nurserie en achetant un ticket. Avec l'argent on pouvait agrandir le studio, lui acheter des jeux et étendre le dispositif. Avec mon équipe de base – nous n'étions que sept – eh bien, on était pris dans une course effrénée d'amélioration. C'était à qui aurait l'idée la plus brillante, ferait la proposition la plus indécente, etc. On entrait dans une véritable dynamique créative qui n'a pas cessé depuis. »

En parallèle de Harry Potter, se développe une véritable industrie de la télé-réalité qui est alors en plein boom. Mais aucun des programmes proposés (souvent enfermant une quinzaine d'individus dans une maison), n'avait eu le charme et l'impact que celui de Burst. « Ce que les autres producteurs n'ont pas saisi, c'est qu'ils ont rendu la nudité et la sexualité inintéressante. Quand quelqu'un se dévoile de cette manière face à la caméra, il n'y a presque plus rien d'intéressant à en tirer, sauf s'il s'agit d'un acteur ou d'une actrice très douée. Mais quel intérêt de voir monsieur tout le monde se toucher dans un jacuzzi ? Ce que Harry Potter proposait c'était... un semblant d'innocence qu'on tentait à tout prix de protéger ».

Harry Potter a été la première émission de télé-réalité se basant sur la vie d'un enfant. Cela a entraîné de graves problèmes d'éthique donnant lieu à des procès faramineux, tous remportés par le cortège d'avocats de Andrew Burst. « Je suis le père de cet enfant », martèle-t-il, « Je suis conscient de ce qu'encourt Harry et pas un seul jour je ne pense à lui ». Je lui demande alors quels sont ses sentiments vis-à-vis de l'apprenti sorcier qu'il a adopté dès ses premiers battements de cœur. « J'aime Harry. Il n'y a aucun doute là-dessus. Je ne veux que son bien. »

Apparemment, le fait que son fils soit mis à l'écart du monde réel ne pose aucun problème à Andrew Burst. La contrariété se lit sur ses traits. « Vous avez des enfants, vous ? Pour ma part, j'en ai quatre et je n'ai pas la même relation avec Polux, Arnold, Hermione ou Harry. Ils occupent tous une place différente à mes yeux. Mais une chose est sûre : je les protège et veille à ce que rien ne tourne jamais mal. Je suis persuadé d'être un bon père, parce que je veille sur eux comme personne n'a jamais veillé sur moi. » Je lui pose la question suivante : est-ce que, justement, cela ne pose pas problème qu'un père puisse tout voir de son enfant, y compris son jardin secret ? Ne serait-ce pas comme une violation d'un journal intime ? L'intimité de Harry est la moelle épinière du problème. Comment un individu ayant progressé inconsciemment sous les feux des projecteurs peut nourrir des secrets pour qui que ce soit ?

Ooo

Ce jour-là, il tombait une pluie brumeuse qui rendait floues les silhouettes des élèves réfugiés en groupes serrés autour de la cour. Des flaques d'eau se formaient sur les pavés irréguliers et Harry contemplait le bout trempé de ses chaussures. Il était assis sur un banc à l'écart des autres qui ne s'étaient toujours pas lassés de murmurer d'horribles choses sur son passage.

Hermione et Ron continuaient de se disputer à propos du prochain devoir de Sortilèges à rendre et Harry savait bien que ce n'était qu'un prétexte. Depuis quelque temps, ses deux amis avaient pris l'habitude de se lancer des remarques désagréables, comme s'ils étaient en quelque sorte en compétition. Il était en train de soupirer de lassitude quand quelqu'un arriva vers eux. C'était Cho Chang.

– Salut, dit-elle avec un petit sourire gêné.

Contrairement à l'année dernière, elle n'était plus accompagnée de sa horde de pouffes gloussantes et Harry ne pouvait que féliciter ce choix. Il se souvenait du mal qu'il avait eu à essayer de l'inviter au bal de Noël pour qu'elle finisse par lui dire s'y rendre déjà avec Cédric. Tous ses efforts réduits à néant.

Inviter une fille au bal avait semblé normal pour les autres garçons de Poudlard. Dean n'avait eu qu'à pointer le bout de son nez dans la Salle Commune pour se retrouver enseveli sous les demandes. Mais Harry, lui, n'avait jamais attiré personne. Être le Survivant ne l'avait aidé en rien. Peut-être que des gens comme Rogue s'imaginaient qu'il jouait de son titre pour obtenir des faveurs, il n'en était rien. C'était plus un handicap qu'autre chose.

Parfois, il lui arrivait de songer à comment pourrait être sa vie s'il n'y avait jamais eu Voldemort ou si ses parents étaient encore en vie... Mais ça ne servait à rien. Ça lui faisait plus du mal qu'autre chose. Il n'aurait pas été plus à l'aise avec les filles de toute façon. Si cela semblait quelque chose de naturel pour les autres, pour Harry c'était une autre affaire. Il n'y avait qu'avec Hermione qu'il parvenait à rester lui-même. Harry avait autrefois mis ça sur le compte du stress, mais il comprit au fil des années que c'était quelque chose d'autre et de bien plus profond qu'il ne voulait se l'admettre.

– Salut, répondit-il. Alors, tu as passé de bonnes vacances ?

Dès l'instant où ces mots franchirent sa bouche, il les regretta. Cédric avait été le petit-ami de Cho et devoir faire son deuil durant l'été l'avait sans doute tout autant affecté que Harry qui l'avait vu mourir dans ce cimetière.

En fait, Harry ne connaissait Cédric que depuis peu de temps, mais une chose était sûre : il avait vraiment apprécié être à son contact. Quand il les avait accompagnés à la Coupe du Monde de Quidditch, Harry avait tout de suite su que c'était quelqu'un de bien à qui il pouvait faire confiance. En le voyant se rendre au bal avec Cho, Harry avait ressenti une pointe de jalousie qu'il avait mal interprétée. Il s'en fichait de Cho, finalement. Il avait voulu l'inviter à la soirée pour se prouver qu'il pouvait faire les choses de manière ordinaire. Et quoi de mieux qu'un bal pour prouver à tout le monde qu'on était quelqu'un de parfaitement « normal » ?

– Oui, très bien, répondit-elle, quoique les traits du visage crispé.

Harry avait eu la même expression lorsque son cousin Dudley lui avait lancé d'un air goguenard : « Ne faites pas de mal à Cédric ! Qui c'est Cédric ? Ton petit-ami ? » Ses propos l'avaient dérangé bien plus qu'il ne l'avait voulu et Harry s'était énervé, dégainant sa baguette. Harry était habitué à ce que les Dursley souillent la mémoire des morts (Ils ne s'en privaient d'ailleurs pas lorsqu'il s'agissait de ses propres parents). Il s'était senti prêt à se battre, car sa fierté masculine avait été mise sur le tapis. Il n'aimait pas ce genre d'insinuation graveleuse. Sans doute parce que Dudley avait mis, sans le savoir, son gros doigt boudiné sur une corde sensible.

– C'est un badge des Tornades de Tutshill que tu as là ? demanda soudain Ron en désignant le badge bleu ciel accroché à la robe de Cho. Tu n'es quand même pas une de leur fan ?

– Si.

– Depuis toujours ou simplement parce qu'ils ont gagné le championnat ?

Cho semblait vexée par la remarque de Ron. Elle répliqua avec froideur qu'elle faisait partie de leurs supporters depuis l'âge de six ans et avait assisté à la plupart de leurs matchs avant de s'éloigner à grands pas. Hermione soupira et hocha la tête d'un air navré.

– C'est fou comme tu manques de tact, fit-elle remarquée.

Ron s'offusqua et tandis qu'ils recommençaient à se chamailler, Harry ne put s'empêcher d'être soulagé que Cho se soit éloignée. Elle lui rappelait bien trop Cédric.

Ooo

Dans la cuisine des Sommerhearst, Patti mettait la table tandis que son époux faisait mijoter une délicieuse soupe dont il avait le secret. La mini-télé était allumée et débitait le flux ininterrompu du Harry Potter show. Les filles descendirent les escaliers en chuchotant précipitamment.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda la mère de Nyx en les voyant en plein conciliabule.

– Euh, rien, répondit sa fille en prenant sa place habituelle alors que Vector déposait avec révérence une serviette à carreaux sur les genoux de Cha. On parlait juste d'un truc, tu vois.

– D'un truc ? répéta Mr Sommerhearst avec scepticisme en s'installant à son tour.

– Vous n'aimeriez pas entendre parler de ça en plein repas, Monsieur John, affirma Cha d'un air très sérieux. Merci de m'avoir invitée.

– Oh, ce n'est rien Charlotte, répondit Patti en congédiant l'elfe de maison. Tu peux même dormir à la maison ce soir si tu en as envie.

– Peux pas. Demain matin je dois me rendre avec mon équipe de volley au stade de Bristol pour une compétition interlycée.

Patti augmenta le volume de la télévision tandis qu'on annonçait une coupure publicitaire pendant que Harry, Ron et Hermione traversaient Poudlard pour se rendre à leur dernier cours : celui d'Astronomie.

La vignette de leurs faits et gestes était encore disponible en haut à droite même si la quasi-totalité de l'écran était occupée par l'image d'un sorcier très séduisant censé représenter un des Poursuiveur des Tornades de Tutshill : « Dès à présent disponible dans vos magasins de l'univers Harry Potter, la tenue de Quidditch des Tornades ! Capes, gants, genouillères et badges. Le tout décliné en plusieurs nuances de bleu. Appelez au numéro s'affichant au bas de votre écran pour avoir une réduction de quinze pour cent. Offre spéciale d'aujourd'hui : votre écharpe des Tornades de Tutshill gratuite pour votre premier achat ! » Une autre publicité concernant des bonnets en laine pour elfes suivit et Nyx prit la parole :

– Au fait, j'ai eu une promotion.

– Mais c'est formidable ça ! glapit Mrs Sommerhearst d'un air radieux.

– Ouais, on peut dire ça comme ça... Je passe au statut de silhouette. Je gagnerai un peu plus d'argent. Ils m'ont déjà donné les papiers à signer et à rendre mercredi.

– Ah, répondit simplement son père en tournoyant sa cuillère dans son bol. Et... Et tu es sûre de vouloir faire ça ?

Nyx aurait voulu rétorquer que maintenant, elle n'avait pas trop le choix.

– Je n'aurais pas à travailler davantage que je le fais maintenant, répéta-t-elle.

Cha but sa soupe bruyamment, un œil sur la télévision qui reprenait le direct de Harry Potter. Tout à coup, elle s'exclama :

– Si tu es silhouette, tu dois sûrement te rendre à la grande convention des Pottermaniac de demain.

Les yeux de Nyx s'agrandirent d'horreur. Cette convention se déroulait une fois par trimestre à Londres avec quelques membres du casting officiel de l'émission qui se déplaçaient exceptionnellement pour l'occasion.

La famille Sommerhearst s'y était déjà rendue une fois, quand elle n'avait que huit ans. À l'époque, Harry Potter ne comptait pas autant d'acteurs que maintenant : ils avaient pu voir les Dursley (qui avait confié le petit Harry à Mrs Figgy en prétextant rendre visite à la tante Marge) et quelques scénaristes qui parlaient avec excitation du nouveau projet confidentiel déjà en route.

Maintenant, la convention Pottermaniac avait atteint un standing de prestige et les places s'y arrachaient comme des petits pains. En général, il fallait les réserver pratiquement un an et demi à l'avance. Dans les vidéos que l'on trouvait sur Internet, on voyait une foule compacte de potterhead déchaînés qui criaient dès qu'un acteur prenait la parole. L'idée de se retrouver dans cette cage aux lions angoissa Nyx à un point inimaginable.

– Non, ça serait idiot. Ils ne m'ont pas invité, dit-elle plus pour se rassurer.

– Tu en es absolument sûre, ma chérie ? demanda sa mère.

Une pointe d'inquiétude s'insinua en elle et Nyx quitta brusquement la table pour se rendre dans sa chambre. Elle revint quelques instants plus tard avec l'enveloppe violette de son contrat de silhouette à signer. Le mot « Urgent » était incrusté dans le sceau en cire dorée. Nyx ouvrit et balaya rapidement le contrat des yeux. Elle gagnait désormais sept cents dollars supplémentaires.

En ouvrant le formulaire d'acceptation de promotion, un badge blanc recouvert d'une coque en plastique. Lorsqu'on l'approchait d'un faisceau de lumière, les mots « Pass Convention Pottermaniac » apparurent. Nyx trembla et Cha lui envoya un regard désolé.

– Bon, euh, tu... tu verras ça ne durera pas longtemps, tenta son père. Fais voir ce qu'il y a marqué sur cette feuille. Mmh, apparemment ça commence à dix-huit heures trente à Londres. Ils te donnent un plan pour atteindre l'entrée des artistes.

– Est-ce que tu sais si Kendall y va, lui aussi ? demanda Patti.

À la mention de Kendall, son époux se tendit imperceptiblement.

– J-Je ne sais pas. Je lui demanderai par téléphone, ce soir.

Abattue, Nyx termina sa soupe. Sa mère enfila un cardigan pour raccompagner Cha jusqu'à chez elle en voiture. Quand elle se retrouva seule avec son père, ce dernier l'observait par-dessus ses mains posées sous son menton.

– Tu n'as plus faim ? devina-t-il. C'est cette histoire de Convention Pottermaniac, c'est ça ?

Voyant que Nyx ne répondait pas, il poursuivit :

– Je voulais te parler d'un truc, à propos de tes nouvelles... fréquentations (Cette fois, il avait réussi à obtenir toute son attention). Je trouve ça, euh, très bien que tu t'entendes avec Kendall. C'est un bon garçon et... et il a l'air de vraiment s'intéresser à toi. Enfin, je sais comment ça se passe dans la tête d'un adolescent, pour en avoir été un moi-même. Quand j'étais au lycée et que ta mère et moi on a commencé à sortir ensemble, c'était... c'était très étrange, mais à la fois agréable. Ce que je veux dire, c'est de ne pas brûler les étapes avec lui ou sinon je serai dans l'obligation de trouver un nouveau capitaine de Muggle Quidditch parce que je l'aurai tué.

Nyx ne savait pas trop si elle devait rire pour détendre l'atmosphère ou prendre cette menace très au sérieux.

– Il ne s'est encore rien passé avec Kendall, rassura Nyx.

– Pour l'instant, fit remarquer son père en rangeant la vaisselle sale dans le ventre de Vector qui se curait le nez d'un air distrait. Ça va aller très vite et je pense que c'est un peu tôt pour toi, tu vois.

Nyx roula des yeux et voulut lui envoyer une remarque bien sentie sur la moyenne du premier rapport sexuel en Angleterre, mais s'en abstint, de peur de mettre le feu aux poudres.

– Et puis peut-être que Kendall a, euh, plus d'expérience que toi...

– Qu'est-ce que t'en sais, de toute manière ? Tu crois que je te raconte tout ce que je fais ? s'énerva Nyx.

Mauvaise idée. Les yeux de son père se plissèrent de suspicion et Nyx décida de s'en aller avant que cela ne dégénère. Elle entendit depuis sa chambre sa mère rentrer et discuter tout bas.

Ooo

Le lendemain matin, il apparut que ses parents la regardèrent bizarrement tout le long du petit-déjeuner. Kendall était venu faire le chemin jusqu'au collège avec elle. Ils s'y rendirent à vélo et roulèrent côte à côte un bon moment sans rien dire avant qu'elle ne prononce :

– Tu n'as pas pris ton Nimbus ?

– Non, je dois le recharger.

Les balais de course fonctionnaient principalement à l'énergie solaire et les batteries devaient être rechargées de temps à autre lorsqu'on l'utilisait trop. Le temps d'accumulation d'énergie ne durait qu'une trentaine de minutes lorsque les batteries étaient à plat, mais ça pouvait suffire pour se mettre en retard.

– Tu n'as pas répondu au message que je t'ai envoyé hier, dit-il.

– Oh, je n'ai pas regardé mon portable. J'étais en train de penser à cette histoire de convention Pottermaniac.

– Ah, tu es invitée toi aussi ?

Nyx hocha doucement la tête tandis qu'une voiture les dépassait.

– Tout se passera bien. Je serai avec toi, d'accord ?

Il lui envoya un sourire auquel elle répondit. Une fine bruine tombait sur Sinuesa Valley et Nyx se demanda si leur sortie de demain à la plage ne serait pas compromise. Kendall sifflotait un air de rap passant sur les ondes.

– Au fait, comment ça se passe ta campagne électorale pour devenir président des élèves ?

– Pas trop mal, admit Kendall. Mais je crois que j'ai fait une bourde avec le club de sciences en leur disant que le laboratoire deviendrait un centre d'accueil pour la prévention des MST et des grossesses adolescentes une fois par semaine.

Kendall avait une sensibilité bien particulière pour le monde de la médecine avec ses deux parents dans le milieu. Il faisait de temps à autre des missions à la clinique de désintoxication se trouvant à Parlm Streek avec ses parents.

Maintenant que Nyx savait qu'il s'agissait de la ville d'origine d'Andrew Burst, cela prenait une tout autre dimension... « Allen voulait changer les choses. Il a pris un petit boulot – du genre que vous ne déclarez pas aux impôts. Ça nous a aidés pendant quelque temps, à payer les soins, les factures puis ça a mal tourné. Allen a commencé à consommer de la drogue et est mort d'une overdose deux ans plus tard. Depuis, plus rien n'a été pareil ». Elle se demanda alors si la clinique avait toujours été là, si ce n'était pas le fait du milliardaire.

Ils empruntèrent le rond-point et Kendall finit par s'arrêter devant une maison de briques où semblait l'attendre une des plus anciennes résidentes de Sinuesa. Malgré la pluie, elle devait être là depuis de très longues minutes, car elle esquissa un sourire ravi en le voyant arriver. Nyx fronça des sourcils et freina. La grand-mère fit une bise à Kendall qui ôta la capuche de son sweat-shirt et la remercia quand elle lui tendit un tupperware.

– Passe une bonne journée mon petit.

– Oui, à vous aussi. Au revoir.

Il redémarra et continua de pédaler sans tenir le guidon de son vélo. Il ouvrit la boîte et en sortit d'épaisses tranches de cake à la cerise.

– T'en veux ?

– Euh, non, ça va, merci. Dis-moi, elle te donne souvent des trucs à manger ?

– Tous les matins depuis deux ans, avoua Kendall en mordant dans son gâteau. Elle sait que mes parents rentrent très tard du boulot et qu'ils ne se lèvent qu'aux alentours de onze heures, quand je suis déjà parti. Parfois, je prends le petit-déjeuner avec elle, le jeudi. Alors, elle a décidé de me faire des trucs à manger. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être parce que je suis le seul à venir la voir tous les jours... C'est vraiment une gentille dame.

– J'ai surtout l'impression que c'est ta plus grande fan.

Kendall aboya de rire et rangea sa boîte de gâteau dans son sac à dos.

– Ne me dis pas que t'es jalouse...

– Absolument pas. Je peux faire de meilleurs gâteaux que ça, tu sais.

– Je demande à voir, nargua-t-il.

– Très bien. Alors quand on ira à la plage je te préparerai moi aussi quelque chose et tu verras.

– Pense à concocter un antidote des poisons courants alors, se moqua-t-il en ralentissant légèrement. Bon, t'es arrivée.

Nyx était déçue de voir les murs de son collège. Elle aurait préféré que le chemin soit un peu plus long, malgré la pluie. Kendall s'approcha et déposa un baiser sur son front avant de repartir de l'autre côté, pour son lycée. Nyx attacha sa bicyclette dans le garage à vélo et arriva tout juste devant sa salle à la sonnerie. Le professeur de math ramassa ses devoirs qu'elle avait faits au studio et, sans même regarder ce qu'il en était, traça un « B » avec son stylo rouge.

– V-Vous ne corrigez pas ? s'étonna Nyx.

Son professeur leva vers elle un regard ennuyé et dit :

– Je dois corriger des tas de copies, Miss Sommerhearst. Et là, le gouvernement me laisse l'occasion de me délester du fardeau d'une. Vous croyez vraiment que je vais perdre mon temps à faire un travail pour lequel je ne suis même pas payé ? (Nyx ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose) Vous devriez être satisfaite de votre note. Les autres ont vraiment raté leur contrôle et vous vous retrouvez, comme par magie, seconde ! Votre moyenne a fait un bond spectaculaire. Toutes mes félicitations pour ces très gros efforts.

Nyx avala sa salive et reprit sa copie. Elle n'avait jamais eu aussi honte d'avoir une bonne note à l'école. Est-ce que, comme Kendall, elle finirait par s'y faire ? Rien n'était moins sûr. Le restant de la journée se déroula comme si l'on venait d'appuyer sur avance rapide et l'angoisse de se rendre à la Convention Pottermaniac en début de soirée commençait à la rendre horriblement nerveuse.

ooo

De son côté, Harry était déjà en cours de Sortilège. C'était sans doute le meilleur endroit à Poudlard pour parler sans être entendu vu le capharnaüm et le brouhaha dans lequel ils étaient plongés. Hermione avait insisté pour qu'il lui raconte précisément le déroulement de sa dernière retenue avec Ombrage. Elle était ensuite restée songeuse de longues minutes avant de dire :

– Tu devrais aller voir Dumbledore, Harry. C'est la meilleure chose à faire.

– C'est ce que j'avais dit ! s'emporta Ron d'un air triomphant.

Mais, coupa-t-elle, tu devras faire attention à ce qu'elle ne l'apprenne pas. Je suis convaincue que ça t'apportera bien plus d'ennuis qu'autre chose.

Harry réfléchissait : est-ce que Dumbledore pourrait vraiment faire quelque chose pour lui ? Certainement, après tout il était le directeur de Poudlard. Pourtant, Harry avait la nette impression que cette histoire de douloureuse retenue était une affaire entre Dolores Ombrage et lui-même, comme un combat de volonté, un insidieux rapport de force.

Il se massa les tempes. Il espérait juste que Sirius répondrait vite à son courrier. Il n'en avait pas encore parlé à ses deux amis de peur de les alarmer davantage. Ombrage exerçait sur Poudlard une surveillance accrue et sans borne. Harry ignorait ce qu'elle avait pu promettre à Rusard pour le mettre dans sa poche – et ainsi s'en faire un redoutable allié –, mais cela devait être quelque chose de très gros pour que le concierge parle d'elle avec autant d'émotion et de respect dans la voix.

Poudlard avait changé et il avait le pressentiment que ce n'était que le début. Tout ce qu'il avait pu trouver agréable en arrivant ici (les visites chez Hagrid, les balades autour du parc et bien d'autres choses), était soit anéanti par cette horrible professeure ou par la menace imminente des B.U.S.E.

Aujourd'hui, Flitwick leur avait appris les bases du sortilège de Mutisme sur des grenouilles et des corbeaux. L'oiseau de Hermione ouvrait et fermait son bec sans qu'aucun son n'en sorte depuis de très longues minutes déjà. Si le sortilège « Silencio » était une chose aisée pour elle, ce n'était pas le cas de Ron qui agitait sa baguette au-dessus de sa grenouille qui se mit à enfler. Harry, pour sa part, tenait la sienne dans son poing, regardant un peu plus bas.

Trois rangs en dessous dans le mini-amphithéâtre, Draco avait la tête appuyée contre son Livre des Sorts et Enchantements, les paupières closes. Depuis quelque temps, Malfoy semblait épuisé. Il ne disait plus grand-chose et, chose inhabituelle, se faisait à peine remarquer en cours. Toutefois, personne ne semblait s'étonner de cette brusque perte d'énergie : le professeur Flitwick passa même deux fois devant l'élève endormi sans faire la moindre réflexion. Au contraire, les élèves tout autour de lui semblaient faire des efforts pour le ménager et parlaient à voix basse.

– Vous ne trouvez pas ça curieux ? demanda Harry, les yeux rivés vers Malfoy qui était littéralement tombé de sommeil.

– De quoi ? demanda Ron en échangeant sa grenouille contre le corbeau de Hermione.

– Malfoy n'arrête pas de dormir en cours, dit-il.

– Euh, ça doit sans doute être ses fonctions de préfet, expliqua-t-il.

– Vous aussi vous êtes préfets, fit remarquer Harry. Et vous n'êtes pas autant fatigués, non ?

Hermione et Ron se lancèrent un petit regard.

– J'imagine que Malfoy doit avoir une petite vie trépidante chez les Serpentard. Il doit sans doute savoir que, contrairement à d'autres professeurs, Flitwick ne lui en voudra pas de rattraper sa nuit ici, éluda Hermione.

Flitwick était – juste derrière Rogue – l'enseignant favori de Malfoy. Une fois, alors qu'ils étaient en troisième année, il avait même vu le Serpentard rire doucement à une de ses plaisanteries. Il ne prenait pas ce ton hautain et suffisant avec Flitwick, comme s'il n'avait pas besoin de se donner un genre pour être apprécié à sa juste valeur. En retour, l'enseignant d'Enchantements n'avait pas l'air de tenir rigueur de la réputation de Draco et le traitait avec la même attention qu'Harry.

– Silencio ! essaya Ron en faisant un nouveau mouvement brusque de sa baguette.

D'un air vainqueur, le corbeau fit un bond sur le côté, atterissant au sommet d'une pile de livres, et coassa encore plus fort. Ron le mitrailla de sortilèges de mutisme qui ratèrent tous leur cible. Voyant ce spectacle navrant, Flitwick attribua des devoirs supplémentaires à Ron mais aussi à Harry (qui n'était parvenu qu'à transformer sa grenouille en énormes paires de ciseaux sans savoir comment il s'y était pris).

Lorsque la sonnerie retentit, Nott secoua doucement l'épaule de Malfoy qui prit de très longues secondes à immerger. Harry rassembla ses affaires en gardant un œil sur lui. En tournant la tête, il fut presque certain d'avoir vu Flitwick glisser à Draco une fiole remplie de vitamines...

– Allons-y ! s'exclama Ron.

Ils avaient tous les trois prévu de retourner à la Tour Gryffondor et profiter du fait qu'ils n'avaient pas d'autres cours dans la matinée pour avancer dans leurs devoirs à faire. Harry avait l'impression que les professeurs étaient entrés en compétition pour savoir qui donnerait l'exercice le plus difficile et long à faire (à ce jeu-ci, Rogue et MacGonagall étaient au coude à coude). Ron, Hermione et Harry s'arrêtèrent devant une fenêtre et regardèrent au travers : Hagrid n'était toujours pas revenu.

Ooo

Dylan, escorté par plusieurs gardes du corps et assistants, finit par atterrir dans le Magicobus. Ce dernier servait à escorter les membres du casting officiel assistant à la Convention Pottermaniac de la gare King's Cross au Palatz. Le Palatz était un gigantesque complexe d'un hectare racheté par Andrew Burst à l'issue des Jeux de Londres.

Il l'avait transformé en une sorte de musée dédié à l'émission. La piscine olympique avait été transformée en une réplique du lac de Poudlard et des artistes spécialisés dans la maîtrise de l'apnée faisaient des spectacles de sirènes. Les spectateurs arrivaient sous la piscine et pouvaient admirer le show en levant la tête ou leur faire des saluts auxquels sirènes et ondins répondaient joyeusement.

Il y avait sept grandes salles au Palatz : celle de conférence réservée aux artistes et personnels de l'émission, celle des exposants venant des quatre coins du monde pour présenter leurs produits et trouvailles, quatre répliques de plateau (Privet Drive, Poudlard, le Terrier et le Square Grimmaurd, nouveauté de cette année), et enfin la grande salle de convention. La mission des acteurs et silhouettes était d'abord se rendre à la grande salle pour être soumis aux questions du public, puis se rendre auprès des fans et exposants prendre quelques photos et partager une bonne humeur communicative.

Dylan ne se sentait pas prêt à devoir subir ça toute la soirée. Il avait déjà dû assumer un événement public avec la sortie du jeu vidéo HP le jour de la rentrée. Dans le Magicobus, les acteurs avaient le droit à un brieffing de dernière minute. Ils atteignirent l'entrée des artistes où des centaines de fans étaient déjà pressés contre les grilles, espérant apercevoir leur idole. Dylan entendit le nom de son jumeau être hurlé et sourit. Tout le monde les confondait.

Il entra juste derrière Juno qui avait prétexté se coucher tôt à Poudlard pour emprunter le métro et venir jusqu'ici. Juno, Heather et Maggy se rendirent dans les loges réservées aux filles tandis que lui allait sur l'aile gauche réservée aux garçons avec Noah. Kendall était déjà là, dans un superbe costume bleu marine.

L'équipe de préparation était en pleine effervescence et maquillait, peignait, rafistolait dans une chorégraphie millimétrée. Une assistante se chargea de masquer ses cernes tandis que quelqu'un s'occupait de s'assurer de la parfaite brillance de sa couleur blonde.

– Tu tiens le coup ? demanda Kendall à sa droite.

– Je fais comme je peux, répondit Dylan d'une voix fatiguée.

Noah fut le premier à sauter sur ses jambes, apparemment prêt. Quelqu'un lui avait noué un très joli foulard émeraude, lui donnant un air de dandy des années trente. Il s'admira dans le miroir tandis que Oliver Nightingal – interprétant le professeur Rogue – se débarrassait de sa blouse juste derrière eux.

– Bon courage les garçons, dit-il en s'éloignant.

– Tout le monde sur scène dans sept minutes ! cria un chargé de la régie en sortant aussi précipitamment des loges qu'il y était arrivé.

Noah serra la main de Roy, qui avait joué le personnage de Cédric Diggory et avait été exceptionnellement invité à la Convention. Roy se regarda un moment dans le miroir, replaçant une de ses mèches de cheveux. Tous les hommes présents finirent par se lever et se placèrent exactement où une assistante le leur indiqua. C'était un podium de trois marches longues d'environ une dizaine de mètres.

Dylan était placé au centre, juste à côté de Juno qui portait une sublime robe rouge qui s'arrêtait à la hauteur du genou. Il déplorait que Arnold n'ait pas pu venir à la Convention. Étant donné qu'il partageait le même dortoir que Harry, cela aurait été impossible qu'il s'absente pour venir ici en catimini. Arnold était un de ses meilleurs amis et il n'avait toujours pas pu lui adresser la parole depuis des mois.

Dylan soupira : il se sentait affreusement seul. Kendall était placé juste derrière lui et lui tapota l'épaule en guise de réconfort. Dylan tourna la tête et entrevit Nyx, installée tout au fond à droite. Elle portait une longue robe noire et ses cheveux avaient été nattés sur le côté.

– Je vous demande de faire un tonnerre d'applaudissements pour les merveilleux acteurs du monde de Harry Potter ! hurla la voix de Mike Flickerman de l'autre côté du rideau.

La musique « Fireworks » de l'émission s'éleva, suivit de près par des hurlements et des tambourinements qui firent sursauter Dylan. Le rideau se leva et la lumière du projecteur lui agressa un moment les yeux. Reprenant contenance, il leva les bras et adressa un sourire resplendissant au public et adressa des saluts à des personnes qu'il ne pouvait pas voir.

Ils avancèrent tous d'un pas et les acteurs se placèrent en demi-cercle et saluèrent le public après des saluts répétitifs. Les jumeaux Weasley – Conrad et Stan – faisaient une petite démonstration de Feuxboum devant des groupies qui semblaient ne plus pouvoir se sentir. La musique n'avait pas fini que déjà, un garde du corps dut soulever de la fosse une adolescente qui s'était littéralement évanouie alors que Dylan lui effleurait la main. Les applaudissements prirent plusieurs minutes à s'arrêter tant l'effervescence était à son comble.

Dans la foule, des personnes soulevaient des pancartes (« FAIS-MOI DES BÉBÉS, OLIVER », « MA BAGUETTE EST TIENNE, HERMIONE », « MANGEMORTS UN JOUR, MANGEMORT TOUJOURS », « ALLEZ A SERPENTARD : NOUS AVONS BLAISE ») et criaient le nom d'acteurs afin d'attirer leur attention quelques secondes. Cela donna brièvement le tournis à Dylan et Juno murmura à son oreille :

– Tu crois que ton frère va se pointer ?

– Oh, non, il doit être bien tranquillement à la maison.

Elle s'avança en continuant de sourire à s'en décrocher la mâchoire et le présentateur de l'émission lui attrapa la main pour l'aider à se déplacer jusqu'au micro. Juno attendit que le silence se fasse et tout le monde semblait suspendu à ses lèvres.

– Je suis heureuse de vous voir ce soir, déclara-t-elle (ce fut suivi de sifflements et d'applaudissements). Je ne pensais pas, il y a plusieurs années, pouvoir intégrer cette émission tout simplement magique et avoir des fans aussi dévoués. Vous êtes magiques.

Dylan vit clairement un jeune homme fondre en larmes sur l'épaule d'une amie.

– Je voudrais vous adresser de la part de l'équipe tout entière nos remerciements. Sans vous, tout cela n'aurait pas été possible. Je vous garantis que cette quinzième saison sera la plus belle d'entre toutes. Pour certains vous venez de très loin pour nous voir (des drapeaux Argentins, Polonais et Kenyans s'agitèrent tandis qu'un groupe compact de jeunes filles déguisées en élèves de l'Académie Beauxbâtons poussaient des soupirs imitant ceux des vélanes), et votre dévotion n'a pas de prix. Cette nouvelle convention apportera son lot de surprises, mais aussi de révélations ! Vous pourrez retrouver quelques-uns des professeurs comme Flitwick dans la réplique de Poudlard, les Dursley seront dans la réplique de Privet Drive et j'ai l'immense privilège de vous annoncer que Tony Swart est avec nous !

Tony Swart était l'acteur faisant Sirius. Il arriva depuis les coulisses dans un sublime costume gris, plus séduisant que jamais. Il tapa le dos de Oliver Nightingal et ils rirent un moment ensemble.

– Toutes les conditions sont remplies pour que vous passiez une soirée dont vous vous souviendrez toute votre vie. Pour ma part, je resterai dans la salle de conférence que vous avez entrevue à l'entrée du Palatz où je signerai quelques autographes. Et si vous avez la moindre question, interpellez un assistant. Passez une agréable soirée et que la Convention Pottermaniac commence !

Tandis qu'elle prononçait ses mots, elle leva sa baguette magique et les autres membres du casting officiels l'imitèrent. Ils crièrent « Lumos ! » et des faisceaux bleutés illuminèrent la majestueuse salle pouvant accueillir jusqu'à trente mille personnes et retombèrent sous forme de paillettes sur les têtes de leurs fans, les yeux pleins d'étoiles.

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Haha, oui, je sais la fin de ce chapitre est purement sadique vu qu'on a envie de savoir comment va se dérouler cette convention. Donc il faudra attendre (je ne sais pas si cela reste une consolation o quoi). Pour le précédent dileme, vous avez massivement voté pour que Dawn poursuive sa grève. Alors je prends bien évidemment votre avis en compte. Donc, euh, pour les extraits concernant Andrew Burst depuis le temps que je voulais les faire, guh ! Je suis vraiment contente d'avoir pu écrire sur lui. J'avais hésité à faire un chapitre exclusivement sur le magazine (étant donné que là vous avez juste un tiers de l'article). Mais je me suis dit que vous n'étiez pas tous comme moi, des gros fans des articles de presse, donc je l'ai découpé en plusieurs sous-parties et vous aurez les morceaux suivants au fil de votre lecture. Je pense qu'avoir des éléments sur la vie du producteur vous renseigne pas mal et donne une autre dimension à l'intrigue. Pour les personnes qui ont pu le trouver gentil ou agréable au cours de l'article, n'oubliez pas que c'est une interview donc bien sûr il doit se donner une image de type avenant et ouvert. Il contrôle parfaitement les médias et sait ce qu'on attend de lui. Pour l'instant, je suis très inspirée par cette histoire donc vous êtes à l'abris de la moindre disette. J'espère que vous serez toujours autant enthousiaste et emballés par l'intrigue (surtout vu le mal que je me donne xD). Là je rentre de la Gay Pride Paris, je suis juste lessivée mais vu que je restais allongée à rien faire, je me suis dit, autant prendre mon précieux Mac sur mes genoux et poster. Ce geste est d'une immense mansuétude de ma part, j'espère que vous le mesurez xD (non, en fait vous êtes juste des lecteurs canons et je vous dois bien ça). What else ? Ah oui, vous pouvez rejoindre mon groupe facebook « The Baba O'Riley » et si vous avez des questions, des choses particulières à me demander, n'hésitez pas à m'écrire une jolie review.


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TAPEZ 1 : l'actrice interprétant Dolores Ombrage.

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