Posté le : 10 Juillet 2013. Shot, shot, shot. EDIT : le 25/7, version recorrigée.

NOTE IMPORTANTE : 1 Gallion = 7,25 euros. 1 Mornille = 0,43 euros. 1 Noise = 0,01 euros.


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Réponses aux reviews anonymes :

Yukiteru : Oh, tope-la mon pote ! Je déteste Cho également. Si je pouvais la scalper et la jeter au fond d'un ravin, crois-moi, je le ferai. Sinon, je n'avais pas pensé à faire apparaître le personnage de Bella à ce stade de l'intrigue (de toute façon, là elle n'a pas encore d'existence à proprement parler, donc je ne te promets absolument rien de ce côté-là). La suite de l'article sera dans ce chapitre-ci et les suivants (au total il y a onze sous-parties). Ne t'en fais pas pour le drarry : ça avance doucement, mais sûrement. J'ai tout plein d'idées à réaliser et je pense que ça sera cool. Haha, tu as bien deviné ! Je me suis inspiré de Stark, de Iron Man pour créer l'acteur interprétant Sirius. Je le voyais bien comme ça dans la vraie vie donc je ne me suis pas privée pour déformer son nom.

Tofu : Merci de ton vote. À la prochaine.

Marie-Antoinette : Ta question à propos de Burst est très intéressante. Personnellement, j'ai la réponse (haha, bah oui Lucette vu que c'est moi qui écrit l'histoire u.u), j'ai donné des indices pour y répondre au fil de l'article et je pense que tu y verras plus clair dès que ce dernier sera absolument complet (donc pas avant le chapitre 13-14, quoi). Mais à la fin je pense apporter une réponse si je ne l'oublie pas en passant. Ah et oui, enfin, j'aborde la question de la sexualité de Harry qui sera abordée plus en profondeur dans quelques chapitres.

Nyannach : Oui ! Félicitation ! J'ai choisi le nom de la psychologue en fonction du patronyme de Greta Garbo. Rien ne vous échappe, mademoiselle. J'espère que ce chapitre te plaira tout autant que les précédents.

Fantasio : Je suis super heureuse que l'interview sur Burst t'ait autant captivé. Je me suis donnée du mal à étoffer sa vie. Je trouvais que c'était un aspect à ne pas négliger pour la suite. En connaissant mieux son parcours, on peut mieux cerner sa psychologie. Oh et ne t'en fais pas : je n'aime pas non plus les drarry trop rapide où on ne comprend pas vraiment comment ils ont pu en venir à une telle affection l'un envers l'autre. Au fur et à mesure où l'on avance, les points de vue de Harry seront de plus en plus longs et développés : « Slow progress it's the best », comme dirait un gamer que j'adore sur YouTube (la vie d'une geek).

Mess : Haha, contente que la définition de potterhead t'ait plu. Il y en a plusieurs, mais je trouvais celle-là très drôle et intéressante pour ouvrir mon chapitre. Je ne connais pas la série « Black Miror ». Je suis plus audio que visuel, en fait. La suite de la convention c'est maintenant. Je ne te retiens pas. Bonne lecture.

Iilaydiiz : La suite de l'article sera pour ce chapitre-ci et pratiquement tous les suivants (à une exception près je crois bien). Et non il n'est pas trop tard pour voter. Jusqu'à la dernière minute je prends en compte les derniers votes.


Le mot du bêta - Eymeric : Salut les loulous ! Comment allez-vous ? En ce moment, je travaille beaucoup, j'ai donc moins de temps à consacrer à Nyx, mais c'est toujours un grand plaisir de retrouver cet univers, et je redouble d'efforts ! Ce chapitre est très important, et vraiment réussi, j'ai hâte de lire vos réactions. La mienne : AAAAAAAHGAGGAGAGAAAAAH ! À peu près. J'ai ri aussi. Et j'ai envie de secouer des personnages par les épaules. D'en insulter d'autres. Ça veut dire que la mayonnaise a pris. Bonne lecture espèces de gens, au plaisir de lire vos sublimes reviews !

Musiques :

01. Wizard Wheezes – Nicolas Hooper. 02. Harry's Wondrous World – John Williams. 03. Life's a Beach – Touch And Go. 04. Some Sun – Micky Green. 05. Birds of Feather – Lana Del Rey. 06. Human Nature – Michael Jackson. 07. Freedom (Django Unchained) – Anthony Hamilton ft Elanya Boynton. 08. IFHY – Tyler, The Creator. 09. Crashing Down The End – Beth Hart. 10. Like Toy Soldiers – Eminem.


CHAPITRE IX

« Je me sens coupable de tout cela bien au-delà des mots. Par exemple, lorsque nous sommes en coulisses, que les lumières s'éteignent et que les hurlements frénétiques de la foule commencent à se faire entendre, cela ne me touche plus autant qu'un Freddie Mercury, qui semblait adorer et se délecter de l'amour et de l'adoration que cette foule lui témoignait, ce que j'admire et envie totalement. Le fait est que je ne peux pas vous tromper, aucun d'entre vous. Cela n'est honnête ni pour vous ni pour moi. » Kurt Cobain, in. Lettre à Boddah.

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Tout à coup, le sol du Palatz se rétracta et fut remplacé par une paroi en verre. Les fans poussèrent des exclamations de surprise tandis qu'ils virent sous leurs pieds le bassin profond traversé par des Êtres de l'Eau. Depuis la régie, on mit la chanson qu'ils avaient fredonnée au Tournoi des Trois Sorciers.

« Descends nous visiter et entends nos paroles
Nous devons pour chanter être au-dessous du sol.
À présent, réfléchis, exerce ton esprit,
Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi,
Pendant une heure entière il te faudra chercher
Si tu veux trouver ce qu'on t'a arraché.
Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir
Tes efforts seront vains, car il sera trop tard »

Les potterhead, impressionnés, applaudirent encore plus fort si cela était possible. Dans un des balcons au-dessus de la salle de conférence, un orchestre commença à s'agiter pour jouer la symphonie de la onzième saison tandis que des chandelles enchantées flottaient comme par magie au-dessus de leurs têtes.

La coupole du Palatz, grâce à ses milliards de photons, transforma sa fresque d'angelots par un ciel calme et azur. Des répliques miniatures des personnages valsaient dans le vide et reproduisaient des scènes célèbres de la série. Les marionnettes de Harry, Ron et Hermione grimpaient dans un Poudlard Express long de deux mètres qui tourbillonnaient sur des rails suspendues au plafond. Le train projetait des panaches de fumée et, quand il sortit de la salle par une alcôve des banderoles violettes explosèrent dévoilant les lettres : « BIENVENUE À LA 43ème CONVENTION POTTERMANIAC ».

Des sacs, retenus par de minuscules parachutes et remplis de bonbons, tombèrent parmi la foule déchaînée. Nyx rejoignit les loges avec toute sa rangée – réservée aux silhouettes – tandis que seuls les acteurs du casting officiels restaient sur scène. Des fauteuils hétéroclites apparurent depuis le sol et Oliver Nightingal, Tony Swarft, Maggy Troffman, Juno et Dylan débutaient une interview. Des fans obtenaient le micro, leur posaient une question et il s'en suivait une réponse. On demanda à Juno si elle se plaisait en tant que préfète, quelle était sa couleur favorite et si elle avait un petit-ami en ce moment. Des gloussements légers accueillirent cette question, mais elle se reprit bien vite :

– J'ai eu une petite histoire avec quelqu'un, c'est vrai. Mais je crois que je vais pour l'instant plus me focaliser sur ma carrière. En plus de ça...

Un assistant secoua l'épaule de Nyx.

– Tu dois te rendre dans la salle des exposants avant que les potterheads ne décident de tous entrer en même temps. Tu seras en binôme avec Noah (ce dernier lui adressa un sourire renversant). Voici votre équipe de garde du corps : ne vous éloignez pas trop et soyez aimables. Si ça dégénère, n'hésitez pas à utiliser ceci.

On confia à Nyx un petit boîtier en acier.

– Euh, qu'est-ce que c'est ?

– Un taser, répondit simplement l'assistant en les accompagnant hors des coulisses pour rejoindre l'autre salle par une galerie de couloirs étroits. Ça peut arriver que des fans n'aient plus aucune limite. Dans ce cas-là, tu es autorisée à utiliser le taser sur eux. C'est de la légitime défense et la production est couverte pour ça. Tenez, par ici.

Il ouvrit une double-porte encadrée par une bonne dizaine d'assistants tous vêtus de robes de sorcier et sorcière violette avec un chapeau pointu assorti. La salle des exposants était plus vaste que le stade de Sinuesa Valley. Une allée principale bordait des milliers de stands croulant sous les produits dérivés de la série.

Nyx se félicitait d'avoir refusé que ses parents l'accompagnent ici : à la simple vue de cette caverne d'Ali Baba, ils auraient vite succombé et mis un terme à leurs bonnes résolutions. Des nains déguisés en gobelins étaient chargés de réceptionner l'argent moldu pour leur confier des gallions, mornilles et noises.

– C'est pour éviter que les gens perdent du temps devant les stands et aussi pour que personne ne voie les codes de carte bleue des autres, éluda l'assistant en faisant un signe de main à deux balayeurs qui s'attardaient autour d'un stand rempli de chouettes vivantes. Les fans ne vont pas tarder. Dès que les acteurs qui les intéressent auront fini de prendre la parole, ils se jeteront ici.

L'assistant les emmena vers un stand photo tenu par l'acteur jouant Colin Crivey.

– Vous prendrez des photos avec tous les fans en leur laissant choisir le décor qu'ils veulent, indiqua l'assistant après avoir marmonné quelque chose dans son talkie-walkie. Ceux ayant un gallion peuvent prendre deux photos et ceux avec une mornille une seule. Les chargés de la sécurité s'occuperont du bon déroulement des opérations. N'oubliez pas de sourire, c'est important. Dans une heure, d'autres acteurs vous remplaceront et vous irez de stand en stand à la rencontre des fans. Ceux qui auront un book officiel – c'est un album à la couverture dorée avec le nom de la saison écrit dessus – pourront avoir une dédicace gratuite, pour les autres c'est cinq gallions. Veronica se chargera de récolter la recette dans ce coffre.

Celui-ci avait pour seul cadenas les crocs impressionnants du Monstrueux livre des Monstres étudié en troisième année par Harry et sa promo. Nyx se contenta de hocher doucement la tête : ça faisait trop d'informations d'un coup. Une assistante vérifia l'état de sa coiffure, la remaquilla rapidement.

Du coin de l'oeil, elle vit Kendall et Heather être conduits dans un stand à l'opposé du leur croulant sous des vêtements du monde magique. Le talkie-walkie de l'assistant résonna et Nyx entendit distinctement une voix prononcer : « Les potterheads sont pratiquement tous devant les portes. Nous en avons fait avancer une petite centaine face aux gobelins pour le changement d'argent. Premiers visiteurs dans trois minutes. »

– Bon courage, ajouta simplement l'assistant avant de partir au stand de farces et attrapes des jumeaux Weasley qui étaient perchés sur une pile de Boîtes à Flemme. Dès lors, des bruits de pas retentirent et un flot continu de fans entra dans la salle des exposants tandis qu'une armée d'assistants les hélait pour tester des produits ou en consommer d'autres.

– Nerveuse ? demanda Noah sans pour autant se débarrasser de son sourire. Tu vas voir, en général ils sont plutôt cool.

Juste devant eux, une fille se prit les pieds dans sa robe de sorcière mise pour l'occasion. Elle tomba à plat ventre dans l'allée principale en glissant sur au moins un mètre avant de se relever. Cette fille et quelques-unes de ses copines s'étaient ruées vers le stand de mode sorcière où Heather essayait de vanter le mérite de sous-vêtements en dentelle et froufrous. Une file commença à se former au stand photos et quelques personnes la pointèrent du doigt.

Son premier cliché se fit avec un petit garçon de trois ans déguisé en gnome de jardin. Il n'arrêtait pas de hurler et se débattait pour un rien. Nyx faillit perdre son calme à maintes reprises : entre l'énorme monsieur aux mains baladeuses, la fille qui avait commandé une bonne quinzaine de photos, la famille de névrosés, l'adolescent excentrique qui avait exigé de la porter sous fond de décor de galaxie, et la grand-mère qui s'était littéralement endormie sur elle en pleine prise.

Quand ce fut à un groupe de figurants déguisés en élèves de prendre le relais, Nyx bénit les dieux. Noah et elle débutèrent leur prochaine mission : se balader parmi les fans. Si Nyx avait pensé qu'il s'agirait d'une chose plus aisée, elle s'était mise le doigt dans l'oeil. Maintenant elle comprenait pourquoi on lui avait confié un taser chargé à bloc. Elle se cramponna plusieurs fois à son garde-du-corps qui poussa sans ménagement des groupies qui avaient commencé à lui tirer les cheveux pour les voir de plus près.

Finalement, Nyx aperçut Kendall entouré d'une myriade de jeunes filles gloussantes habillées en vert et argent. L'une d'elles semblait sur le point de se faire dessus quand leurs doigts se frôlèrent. Nyx eut envie de toutes les électrocuter, mais elle se dit que c'était une mort bien trop douce. Il se produisit tout à coup un phénomène étrange.

Quand les potterheads virent que Noah était à quelques mètres seulement de Kendall, ils commencèrent à scander « LE ZABNOTT C'EST LA VIE » en essayant de les prendre en photo ou de leur faire avouer une relation torride hors caméra. Noah semblait plutôt bien le prendre et racontait avec plaisir qu'entre Kendall et lui, c'était de l'amour en fusion. Nyx papillonna des yeux tandis que Kendall éclatait de rire en mimant un vrai baiser de cinéma sous les soupirs profondément émus de leurs groupies.

– C'était un moment fabuleux ! s'écria l'une d'elles d'une voix suraiguë en s'éloignant vers le stand dédié aux fanfictions. Tu as vu comme ils sont faits l'un pour l'autre ?

Nyx les regarda partir avec chacune un autographe et les larmes aux yeux.

– Je vais essayer d'oublier ce que je viens de voir, grogna-t-elle en tirant Kendall par sa cravate bleu-marine. Tu as fini ta permanence au stand de vêtements ? On peut aller faire autre chose ?

– Euh, je crois qu'on doit aller faire l'accueil dehors, au parc d'attractions.

– Il y a un parc d'attractions ? s'étonna Nyx.

– Oui, juste derrière les arbres entourant le Palatz, informa Noah. Tu n'as pas dû le voir à cause de la nuit.

Tous les trois, flanqués par des hommes chargés de leur sécurité, sortirent du Palatz et marchèrent trois minutes dans le froid de cette nuit fraîche de Septembre jusqu'au parc d'attractions. Il y avait à l'entrée une réplique parfaite du 12, Square Grimmaurd servant de maison hantée. Quelques potterheads faisaient déjà la queue devant, munis de baguettes magiques ne pouvant uniquement produire le sortilège « Lumos ». Ils s'en servaient pour s'éclairer ou contempler la complexité du décor tout autour. Des ectoplasmes en trois dimensions se baladaient dans le parc et adressaient la parole aux visiteurs par de brefs saluts.

– Bonjour Sir Nicholas ! s'écria une fillette déguisée en Gryffondor.

– Bonjour, jeune fille, répondit le fantôme en inclinant sa tête vacillante vers elle. Je te souhaite une joyeuse convention Pottermaniac.

Nick finit par s'éloigner en sifflant l'hymne de Poudlard. Nyx était prête à parier que cet hologramme n'était pas d'une technologie aussi pointue que celui du studio, mais cela suffisait pour rendre les gens heureux et leur donner l'illusion d'entrer dans l'univers qu'ils adulaient tant. Des cris se firent entendre au loin et Nyx bondit vers Kendall. Des araignées géantes venaient de sortir des bois entourant le parc d'attractions et martelaient le sol de leurs huit longues pattes. Les arachnides se faufilèrent parmi les visiteurs.

– Deux gallions pour faire une balade à dos d'Acromantule ! scanda un assistant en robe violette. Envie de sensations fortes ? Laissez nos araignées vous conduire dans les recoins de notre parc encore jamais explorés !

Un père de famille brandit deux gallions et grimpa sur le dos de l'araignée avec sa fillette, attachés à une sorte de scelle. Aussitôt, l'araignée se mit à gambader un peu partout puis sécréta un long fil blanc et grimpa dans les arbres. Le père et sa fille poussèrent un hurlement strident et disparurent dans les arbres tandis que l'assistant s'écriait :

– À dans quinze minutes !

Clairement impressionnés, des adolescents réservèrent trois Acromantules et disparurent à leur tour dans la forêt.

– Ils sont tarés, résuma Nyx tandis qu'une Arachnide un peu plus grosse que les autres se laissait caresser par une dizaine d'enfants.

– Ce sont bien des robots, hein ?

– Oui, ce sont aussi des cyborgs, rassura Noah.

Ils dépassèrent un stand de tir à la baguette où le gros lot était un Nimbus 2000. Une mère particulièrement habile réussit à dégoter une cage contenant un Strangulot. Kendall montra son badge à un autre assistant gardant un stand de Honey Dukes et obtint trois paquets de flocons de braise. Il en tendit un à Nyx et l'autre à Noah. Ils grignotèrent alors que des potterheads les interpellaient pour de nouveaux autographes. Le coffre que tenait Veronica avait déjà été changé trois fois.

Un peu plus loin, une grosse sphère en bulle contenait un balai magique où les personnes pouvaient l'essayer le temps d'un tour. De l'autre côté, un enclos à Hippogriffes faisait sensation.

– Il nous reste encore une heure, dit Noah en jetant un coup d'oeil à sa montre. Ensuite je retourne à Poudlard pour la nuit. Une autre équipe de silhouettes prendront le relai à partir de minuit et demi.

Ils décidèrent de retourner à l'intérieur du Palatz tandis que des fillettes s'extasiaient sur un bébé licorne qu'une assistante tirait en laisse.

Une meute d'auteurs de fanfictions – reconnaissables à leurs badges – prenait en chasse Dylan qui se ruait vers le Magicobus. Apparemment, il avait fini sa démonstration et le véhicule viendrait prendre Noah et d'autres sous peu. Des hommes encapuchonnés et portant le masque des Mangemorts arrivèrent dans le hall du Palatz et une hystérie commune se propagea.

Au milieu d'eux se tenait l'acteur jouant Lord Voldemort. Il eut un rire dépourvu d'humour et des centaines de Potterhead se précipitèrent vers lui en formant une marée noire. Nyx vit un fan brandir son bras pour obtenir un autographe. Il s'était fait tatouer la Marque des Ténèbres. Elle grimaça de dégoût tandis que Noah les abandonnait à l'entrée pour rejoindre Heather. Kendall entraîna Nyx vers le décor de Privet Drive qui semblait bien plus vide que les autres. Des groupes disparates faisaient des photos devant quelques maisons et lisaient des pancartes comme celles qu'on trouvait dans les musées.

– Comment ils ont fait pour faire entrer des maisons ici ? s'étonna Nyx.

– Le coup des araignées te laisse de marbre, mais tu t'étonnes de voir une maison dans un si grand complexe ? Tu devrais revoir l'ordre de tes priorités.

Un chat tigré fila entre leurs jambes et Kendall prit la main de Nyx. Ils s'assirent sur la pelouse impeccable de la maison se trouvant juste en face du 4 Privet Drive. Ils regardèrent des familles visiter la maison des Dursley, enfants sur les épaules. Trop obnubilés par la richesse et l'exactitude du décor, les potterheads les remarquèrent à peine.

– C'était une soirée bien chargée, dit Kendall.

– Ouais. J'ai hâte de retrouver mon lit et de faire la grasse matinée.

– Au moins, dis-toi que tu seras bien payée pour ça et tu pourras sûrement garder la robe que tu portes. Elle te va très bien, au fait.

Nyx sourit véritablement pour la première fois de la soirée. Le faux ciel du 4 Privet Drive était parsemé d'étoiles et une fausse brise parcourut les alentours.

– Et pour Noah et moi... c'est juste pour le public, bien sûr. Il a quelqu'un, lui aussi.

Leurs gardes du corps patrouillaient un peu plus loin, tentant maladroitement de se fondre dans le décor. Nyx posa sa tête sur son épaule et soupira.

– Comment tu fais pour vivre ça trois fois par an ?

– Être entouré d'hystériques en vaut bien la peine quand tu reçois ton chèque à la fin. C'est une journée faste dans le calendrier potterien. On gagne en une nuit ce qu'on a en trois mois de travail. Les gens dépensent tellement par ici... Il y en a qui économisent pendant un an pour pouvoir tout claquer en produits dérivés.

Quelques instants plus tard, une famille arriva avec un elfe de maison cyborg portant de nombreux paquets violets à l'effigie de l'émission. Ils étaient tous déguisés et discutaient avec animation des prochaines attractions qu'ils allaient faire. Nyx vit les acteurs interprétant la famille Dursley raccompagner des visiteurs à la porte en échangeant quelques poignées de main.

– Je crois que c'est l'heure, dit-il. Mes parents doivent certainement nous attendre à la sortie.

Il prit sa main et se dirigea vers les loges. À l'entrée des artistes, Oliver Nightingal fumait tranquillement une cigarette tout en lisant les quelques lignes de son script pour la semaine à venir. La voiture des Bradsprit était garée sur le parking. La mère de Kendall les attendait à l'intérieur, écoutant un morceau de soul.

– Alors, c'était bien ?

Mrs Bradsprit s'était proposée pour venir les récupérer après qu'elle avoir fini son travail à l'hôpital. Nyx s'apprêtait à répondre quand elle vit un groupe des FHM brandir des pancartes aux slogans tapageurs : « HARRY POTTER : MONOPOLE DE L'HORREUR », « VIVRE EN LABORATOIRE N'EST PAS OBLIGATOIRE », « COMMENT POUVEZ-VOUS JOUER AVEC LA VIE DES AUTRES ? », « BURST PRODUCTION DETENTION ». Kendall fit semblant de n'avoir rien vu et dit à sa mère :

– Plutôt bien. Les gens avaient l'air ravi de la soirée.

– D'après les journaux, certains fans auraient campé devant le Palatz depuis plus d'une semaine, ajouta Mrs Bradsprit en quittant le cœur de Londres pour emprunter l'autoroute. Je n'en reviens pas de voir à quel point ils peuvent être passionnés.

La route jusqu'à Sinuesa Valley fut plutôt calme. La mère de Kendall n'avait pas l'air très intéressée parce qu'ils avaient pu faire. Contrairement à ses parents, elle ne les assommait pas de questions et se contentait de fredonner en les laissant se tenir la main, à moitié endormis. La chanson des Êtres de l'Eau tournait inlassablement dans la tête. « À présent, réfléchis, exerce ton esprit. Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi ». Nyx finit par fermer les yeux pour de bon, sombrant dans un très lourd sommeil...

Ooo

Le lendemain matin, Nyx se réveilla dans son lit portant encore sa robe de soirée. Elle avait une effroyable migraine. Elle dénatta ses cheveux qui arboraient à présent de grosses boucles. Dehors, le ciel était radieux.

Après avoir pris une bonne douche et enfilé ses vêtements, Nyx descendit pour prendre son petit-déjeuner. Son père lisait le journal, ignorant son bol de chocolat chaud qui refroidissait. Les cheveux encore trempés, Nyx les rassembla en un chignon précaire tandis que Vector avait le regard vide. De son oreille droite sortait un câble relié à la prise. Apparemment, quelqu'un l'avait mis à se recharger.

– Tu as passé une bonne nuit ? demanda Patti en sortant une fournée de muffins du four.

Elle les compta deux par deux et les plaça dans un panier.

– C'est pour la mère de Kendall, précisa-t-elle.

À la mention du prénom de ce dernier, Mr Sommerhearst leva les yeux de son périodique.

– Vous vous rendez toujours à la plage tout à l'heure ?

À la télé passait le début du prochain match de la Coupe du Monde de Quidditch entre les Vautours de Vratsa et les Cerfs-volants de Karasjok. Nyx commença à beurrer ses toasts tandis que l'hymne de la Norvège emplit la cuisine.

– D'après la rubrique sportive, formula John Sommerhearst, la Coupe du Monde atteindrait un pic de fréquentation encore jamais connu. Et on en est encore qu'au huitième de finale. Burst a réussi à obtenir de nombreux investisseurs. Oh et je ne vous ai pas dit ? Apparemment une des amies du producteur va sortir un livre basé sur les aventures de Harry !

Pour éviter d'en entendre davantage, Nyx sortit du tiroir de la cuisine son baladeur de secours et enfonça les écouteurs dans ses oreilles. Elle écouta un mashup entre Marina and The Diamonds et Lana Del Rey et attendit que ses parents se dirigent vers le salon pour regarder la suite de l'émission. Elle consulta rapidement un livre de cuisine et décida de faire des cookies pour Kendall qui l'avait mise au défi. Vector – qui n'avait pas eu l'autorisation de quitter la prise électrique à laquelle il était relié – la regarda réaliser ses pâtisseries en couinant de désespoir.

– Ce n'est pas comme ça qu'on doit faire ! Miss Nyx se fourvoie !

Il sanglotait de l'affront fait à la réalisation de cookies et Nyx décida de l'ignorer royalement. L'elfe de maison semblait en proie à de véritables souffrances en voyant les cookies légèrement brûlés sur le dessus. Vector finit par se rouler par terre en tapant des poings, gémissant et criant au meurtre. Nyx continua d'envelopper les cookies dans du papier aluminium alors que sa mère tentait vainement de consoler l'elfe de maison qui se secouait d'avant en arrière.

– Vector a assisté à d'horribles choses dans cette cuisine, dit-il d'une voix éteinte. Vector a vu...

– Qu'est-ce que tu as vu ? s'impatienta Mrs Sommerhearst en caressant le sommet de son crâne chauve.

– Il a vu Miss Nyx maltraiter de la pâte à gâteau !

La concernée leva les yeux au ciel. Tandis qu'elle enroulait son baladeur dans la poche latérale de son sweat-shirt violet pastel. On sonna à la porte. Nyx se rendit dans le hall pour ouvrir. Kendall était là.

– Bon, euh, j'y vais ! s'écria Nyx en sortant avec précipitation alors que Vector pleurait toujours à chaudes larmes dans la cuisine.

Ils commençaient à marcher vers la rocade quand Kendall demanda :

– Ton elfe est pas un peu fou ?

– En même temps, il fait partie de la première génération commercialisée. Son programme ne doit pas être très au point. Il fait beau, hein ?

– Ouais, vraiment, dit-il en plaçant un bras autour de ses épaules. Je suis très content qu'on passe cette journée ensemble. Est-ce que tu dois rentrer tôt pour faire tes devoirs ?

– A quoi bon ? Mes profs ne corrigent même pas.

Elle lui raconta l'anecdote avec son professeur de math et Kendall écouta.

– Mmh, je pense que tu devrais quand même faire tes exercices, déclara-t-il tandis que le bruit des flux et reflux de l'océan se faisait entendre. C'est vrai que certains profs l'ont mauvaise de voir que les acteurs de Harry Potter soient privilégiés par rapport aux autres. En général, ils le font sentir et te néglige, mais d'autres font quand même attention à toi et prennent la peine de regarder ce que tu fais. Te décourage pas pour un prof de math frustré.

Ils arrivèrent sur la plage et finirent par s'assoir tout près d'une dune. Pendant de très longues minutes, ils se contentèrent de rester l'un contre l'autre à ne rien dire. C'était vraiment très étrange comme sensation puisque Nyx se sentait bien dans ses bras tout en étant affreusement mal à l'aise. Elle avait attendu ce moment avec impatience, et maintenant qu'ils y étaient elle ne savait pas trop quoi faire.

– Demain, tu fais quoi ?

– Révision et je vais aider mon père à arranger le nouvel arrivage de médicaments à la pharmacie. Son préparateur est en congé paternité, apparemment. Et toi ?

– Mmh, je vais sans doute aller voir Cha chez elle et aller m'acheter un nouvel ordinateur avec la prime que j'ai reçu. Autant que ça serve à quelque chose.

– Hey ! Avant que j'oublie, ça te dirait de venir manger chez moi ce soir ? proposa Kendall avec un immense sourire.

– Ouais, ça serait dément.

Ils passèrent tout l'après-midi sur la plage à évoquer des souvenirs d'enfance, de moments drôles passés à l'école. Nyx apprit même que Kendall la trouvait jolie depuis déjà un an sans oser l'approcher, car c'était la fille du coach.

Le temps se rafraîchit considérablement ils finirent par rentrer. La demeure des Bradsprit était calme et vide. Nyx s'était attendue à voir les parents de Kendall mais apparemment, ils travaillaient également le samedi. Il devait sans doute se sentir très seul au quotidien... C'était la première fois qu'elle mettait les pieds chez eux. Le mobilier rendait l'atmosphère chaleureuse et cosy. Nyx s'assit sur l'épais sofa tandis que Kendall lui servait un grand verre de thé glacé.

– Merci. Wow, vous n'avez pas la télé ici ?

– Si, elle est juste cachée parce qu'on ne la regarde pas souvent. Mes parents préfèrent lire.

Il s'avança vers un recoin du salon et souleva un tableau représentant un champ de fleurs ocre. Derrière se trouvait une télé d'une taille modeste.

– Je ne sais même pas comment ça fonctionne pour tout te dire, avoua Kendall d'un air penaud. Tu veux regarder quelque chose ?

– Ouais, pourquoi pas. Donne-moi la télécommande.

Ils zappèrent un moment et finirent par tomber sur le direct de Harry Potter. Apparemment, le match était terminé. On voyait Harry discuter avec Ron quand tout à coup, l'écran afficha la mention « No Signal » accompagnée de sa mosaïque multicolore.

– Merde, désolé. C'est que c'est une très vieille télé. Je vais aller voir si...

Mais brusquement, l'image revint. Kendall et Nyx s'étaient attendus à voir apparaître la tour Grryfondor, pourtant à la place se tenaient trois personnes portant un masque. Derrière se trouvait un fond blanc où étaient dessinées les lettres « F.H.M. ».

Ooo

– Que se passe-t-il ? rugit Andrew Burst en faisant irruption dans la salle de contrôle.

Andrew Burst avait passé une semaine absolument exécrable. La presse n'avait eu de cesse de l'harceler à la sortie des studios, essayant de prendre contact avec son bureau relationnel. De plus, une étude approfondie sur les conditions de vie morale et psychologique de Harry venait d'être rouverte.

Même Talia avait commencé à s'inquiéter en lui faisant parvenir des échos d'une conversation de quelques membres du tennis club. « Selon Gordon (Gordon était l'un des procureurs les mieux placés de Londres et ami de longue date de Andrew Burst), tu devrais te faire du souci. Un nouveau cabinet d'avocats a repris l'affaire et il est prêt à parier que s'ils n'appartiennent pas directement à l'opposition, ils partagent tout de même quelques-unes de leurs idées. Gordon m'a affirmé qu'il était certain d'être placé sous écoute et qu'il n'avait pas pu t'appeler pour te le dire lui-même. Il vaudrait mieux que vous cessiez de vous voir, tu sais. Mais tu as toujours son soutien, chéri. »

Burst n'était pas aussi optimiste que sa femme : tant que Gordon trouvait quelques pots de vin au pied de son bureau, il la fermerait, c'est sûr. Mais si on lui proposait mieux ailleurs, Andrew pouvait faire une croix sur sa protection. Il avait bien d'autres amis contrôlant l'appareil judiciaire. Toutefois, Gordon lui avait sauvé la mise un certain nombre de fois. Si le doute s'emparait parmi ses fidèles alliés, les choses tourneraient en sa défaveur. Il était hors de question qu'il laisse cela se produire. Andrew était exigeant avec lui-même, alors il attendait la même chose des autres.

Il était à l'instant en train de consulter la nouvelle maquette publicitaire pour les Chapeaux à Têtes Réductibles quand la sonnette d'alarme avait retenti. Burst s'était rapidement excusé auprès de ses investisseurs puis s'était rendu d'un pas pressé jusqu'à la salle de contrôle. Là, son équipe technique bourdonnait et s'agitait en tout sens. Effaré, le producteur vit que l'écran retransmettant l'émission en direct présentait le symbole « No Signal ». C'était la première fois qu'une panne généralisée apparaissait.

– On ne comprend rien, Monsieur, avoua un ingénieur qui pianotait fébrilement sur son clavier d'un air affolé. On nous a coupé l'antenne. Les clefs de sécurité ont été sautées. On a été piraté !

Tout autour d'eux, les assistants chargés de la machinerie semblaient pétrifiés de peur. Hors de lui, Burst commença à respirer comme un bœuf et fit valdinguer une table ployant sous la paperasse administrative à remplir. En quinze ans de show, jamais ce dernier n'avait été troublé par un élément extérieur et encore moins piraté.

– TROUVEZ LE CODE ! hurla-t-il.

– On fait ce qu'on peut, Monsieur. Mais ils ont cadenassé les défenses. On ne peut plus rien faire depuis notre système.

À l'écran, la personne masquée se trouvant au centre dit d'une voix techniquement déformée :

Bonjour téléspectateurs de Harry Potter. J'imagine que vous devez être en ce moment très déroutés de nous voir à l'écran, mais il s'agit de notre unique moyen de pression pour faire entendre notre voix. Je suis la Présidente du Free Harry Movement. On me surnomme Caspia. J'ai, comme vous, assisté à l'évolution de Harry au fil des années. Mais la différence fondamentale entre vous et moi, c'est que je ne prends aucun plaisir dans ce spectacle. À cause de vous, ce dernier se retrouve cloisonné dans un univers factice et contrôlé par des élites bien-pensantes.

Andrew Burst bouillonnait de rage.

– Activez la reconnaissance vocale, invectiva-t-il à un assistant. Ciblez et essayez de moduler la voix pour obtenir un traçage. Enregistrez la piste sur un disque dur externe. Vous trois, chargez-vous de repousser la pénétration dans le système.

Harry n'a pas eu le droit à une vraie famille, est persécuté par un sociopathe et est mutilé par ses propres enseignants. Andrew Burst aurait pu faire de son existence une vie de rêve. Une vie un peu plus agréable que celle qu'il a désormais. Pourtant, il a fait le choix – et ce, toujours dans le but de vous distraire – de lui rendre la tâche un peu plus compliquée.

Andrew Burst attrapa par le col un informaticien qui passait par là et le posa brutalement sur une chaise.

– Vous allez couper la retransmission à l'étranger immédiatement pour éviter la propagation du message. IMMÉDIATEMENT. Et votre collègue se chargera d'identifier la provenance des émissions des pirates. Mettez-vous sur la fréquence nationale...

– M-Mais c'est illégal, balbutia le scientifique. Nous sommes une entreprise privée, nous n'avons pas le droit de...

– Vous ferez EXACTEMENT CE QUE JE VOUS DIS, hurla Burst. Je prends la responsabilité des retombées si on nous découvre.

Mais les mesures de Burst – aussi avisées et extrêmes soient-elles – n'ont pas pu endiguer le message que voulait délivrer le F.H.M. Apparement, ils préparaient leur coup depuis très longtemps pour pouvoir tenir à l'antenne en piratant le système central. Impuissant, Andrew Burst s'assit sur une chaise et dut écouter ce que l'opposition avait à dire.

Même les plus réfractaires d'entre vous trouvent en Harry un « mal nécessaire ». Après tout, grâce à lui la Grande-Bretagne a pu se hisser dans une nouvelle dynamique économique. Des dizaines de milliers d'emplois ont été créés par ce biais et des usines implantées localement fabriquent les produits dérivés dont vous vous faites une joie d'acquérir. Récemment, un mouvement de grève interne a ébranlé le studio. Nous savons parfaitement de quoi il en ressort et les journaux ne vous donnent qu'une version édulcolorée de ce qu'il se passe réellement dans ce biome. Nous avons avec nous une copie du script du finale de la quinzième saison. Nous avons réussi à nous en procurer une copie et sachez que nous avons, comme Andrew Burst, un œil partout. Nous aussi nous avons des moyens et nous n'avons que trop longtemps attendu pacifiquement que le monde entier revienne à la raison. Si Burst ne cesse pas de mutiler Harry dès demain avec ces affreuses retenues, nous divulguerons l'intégralité du script sur tous les médias connus : Internet, radio, télévision, etc. J'imagine que ça serait une véritable catastrophe si les personnes savaient tout avant même d'avoir vu les épisodes. Ça ferait sauter pas mal de contrats durement négociés, non ? Si vous croyez en ce moment même qu'il s'agit d'une grotesque blague, réfléchissez à ceci : comment avons-nous réussi à pirater le système interne de la production ? Le FHM, souvent méprisé de l'opinion publique, n'est pas une simple réunion d'utopistes égarés. C'est bien plus que ça. Nous nous battons pas uniquement pour Harry, mais aussi pour qu'il puisse disposer tout comme vous, du choix d'arrêter cette vaste comédie. Harry a le droit à la dignité humaine. Voici nos revendications en sept points : 1. Que toutes atteintes morales ou physiques sur Harry cessent sous peine de sévères représailles. 2. Que les acteurs et figurantes quittent progressivement le plateau. 3. Que l'on révèle par petite touche le monde réel à Harry. 4. Que Burst lui rende l'argent gagné sur son dos au cours des années. 5. Que Harry puisse entrer en contact avec ses parents biologiques. 6. Que l'émission cesse. 7. Que Andrew Burst se retire du monde de l'audiovisuel et comparaisse devant un tribunal pour atteinte à la vie privée d'autrui et autres chefs d'accusations que nous ne pourrons pas nommer ici. En clair, Mr Burst, si vous ne cessez pas votre cirque immédiatement, je crains que pour vous le rêve se transforme en cauchemar. Inutile d'étendre votre dispositif de sécurité, la menace ne viendra pas de l'extérieur. Nous sommes déjà chez vous.

Le silence se fit et, dès lors, l'antenne fut rendue au Harry Potter show. On revoyait à l'image Ron jouant tranquillement une partie d'échecs version sorcier avec Harry. Son Cavalier était en train de massacrer un pauvre Fou trop aventureux. Échec au Roi. Andrew Burst ne dit rien. Il se contenta de se masser les tempes. Sa gorge était douloureusement nouée. Sans un mot, il se leva sous les yeux apeurés de ses assistants.

– M-Monsieur Burst ? risqua un ingénieur. Que doit-on faire ?

– Je ne vous paie pas assez pour réfléchir par vous-mêmes, sans doute ?

– Je, euh, si... Mais j'aimerais avoir votre avis avant de réaliser une commande qui pourrait, euh, vous contrarier.

– Je doute que ce que vous pouvez faire maintenant puisse me contrarier davantage que ce qui vient de se produire. Effacez les traces de notre infiltration dans le système national et enregistrez-moi la piste vocale sur une copie. Je vais l'étudier dans mon bureau.

Il passa en effet tout le reste de la journée enfermé, à écouter inlassablement le message de la Présidente du F.H.M. Burst l'avait tant décortiqué qu'il avait oublié de rentrer chez lui. Aux alentours de vingt-deux heures, on toqua faiblement contre la porte. Andrew s'apprêtait à vomir des insultes quand le visage de Talia apparut. Elle avait l'air terriblement inquiète.

– Je t'ai apporté de quoi manger, dit-elle simplement en montrant une grande boîte de sushis.

Burst se prit la tête entre les mains et son épouse s'assit directement sur son bureau, écrasant l'affiche publicitaire pour les Journaux Intimes Mordants. Elle caressa ses cheveux courts et châtain.

– Andrew ?

– Quoi ? grogna-t-il.

Dans ces moments-là, il se demandait pourquoi Talia se donnait autant de mal à faire semblant d'être une bonne petite épouse. Elle ne l'aimait pas et il ne l'avait pas exigé d'elle. Il avait choisi Talia comme femme parce qu'elle incarnait tout ce qu'il avait espéré être étant enfant : elle était bien née. C'était la fille d'un riche industriel du textile. Elle n'avait jamais eu à se préoccuper des lendemains, n'avait pas connu la maladie, la perte d'un proche. Talia avait grandi dans un cocon de confort et de sécurité.

– Tu n'as pas à te prendre la tête pour ce qu'il vient de se produire.

– Ah ouais ? rigola à moitié Andrew, au bord de la crise de nerfs. Et qui va régler ces soucis à ma place, hein ? Toi, peut-être ? Tu ne t'intéresses même pas à ce milieu.

– Pourquoi tu es si agressif envers tout le monde ? Je n'y suis absolument pour rien si ton système de sécurité a dévoilé aujourd'hui ses failles. Au lieu de te morfondre, essaie de voir par où ils se sont infiltrés. Tu m'as toi-même dit un jour que quand il s'agissait d'informatique, il était impossible de réaliser une action sans laisser de trace derrière soi. Il y en a forcément une de leur passage. Reprends-toi, Andrew. Tu finiras par savoir qui a mené cette action contre toi. Tu es le plus grand télévisionnaire que le monde ait jamais connu. Tu peux les attraper et les mettre sous les verrous. Je le sais.

– Et qu'est-ce qui te fait autant croire en moi, tout à coup ? demanda-t-il en effleurant sa cuisse. Tu as besoin de quelque chose ?

Talia eut un rire dépourvu d'humour.

– On n'est pas tous comme toi, Andrew. On n'attend pas forcément quelque chose en retour. (Elle marqua une pause) Tu devrais écrire un communiqué d'explication sur le site officiel, ne serait-ce qu'un petit mot. Ce serait la chose la plus raisonnable à faire.

Comme pour appuyer ses propos, elle tourna l'écran de son ordinateur vers lui, illuminant son visage blafard des milliions de pixels. Andrew Burst soupira et suspendit ses doigts au-dessus du clavier, puis il écrivit.

Ooo

« La production s'excuse des désagréments intervenus en début d'après-midi. Nous veillons à la restructuration de nos machines. Un retour à la normale est prévu dans la soirée. Toutes les minutes manquées seront rediffusées gratuitement sur notre chaîne câblée. En guise de dédommagement, nous vous offrons 10% de réduction sur le produit de votre choix en magasin avec le code 3446. »

Dawn venait de recevoir ce message sur son téléphone portable et il le déposa quelque part, un sourire jouant sur ses lèvres. Il n'avait pas eu l'occasion de voir de lui-même l'intervention du F.H.M., mais il était tombé sur une vidéo amateur sur internet. Bizarrement, celle-ci avait également disparu comme par magie une demi-heure après l'avoir visionné. C'était comme si Andrew Burst payait finalement toutes les horreurs qu'il avait laissées derrière lui. La grève dans le studio commençait à se généraliser et la dynamique de la production commençait à s'essouffler : les retransmissions de Harry Potter devenaient progressivement ennuyantes, sans aucune péripétie.

Afin de justifier ce vide aux yeux de Harry, Ron – en réalité Arnold – avait suggéré que la plupart des élèves passaient leur journée enfermés dans la bibliothèque à réviser leur B.U.S.E. Harry trouvait ça étrange qu'on se préoccupe des examens déjà en automne, mais avait fini par vaguement hausser des épaules.

Parfois, Dawn avait brutalement envie de le secouer dans tous les sens et de lui dire d'ouvrir les yeux. Pourtant, il n'y avait aucun moyen de faire comprendre à Harry la vaste supercherie. Et même si quelqu'un s'aventurait à le faire, quelles seraient les conséquences sur son psychisme ? Dawn n'osait songer aux retombées d'un tel événement. En se baladant hier à Londres avec ses parents, il avait trouvé sur un banc un exemplaire du Time.

Sans réfléchir plus longtemps, il l'avait enfourné dans son sac à dos. Dawn n'avait jamais pensé que lire l'enquête sur Andrew Burst lui détruirait à ce point les nerfs. Toute l'organisation autour de Harry était répugnante et dégradante. Il avait pratiquement hurlé de rage quand il avait lu qu'à la naissance de Harry, les téléspectateurs avaient eu le droit de visiter sa nurserie. Que trouvera-t-il d'autre dans les prochains extraits ? Andrew Burst avait beau emprunter un ton mielleux dans son interview, il n'en demeurait pas moins un monstre. Dawn attrapa son magazine quand il fut sûr d'être seul dans l'appartement et commença à lire :

DES CHANTIERS TITANESQUES

Aux neuf ans de Harry, Burst constate une baisse de fréquentation de sa chaîne. « À ce moment-là, l'émission était devenue ennuyante à cause des répétitions. On ne faisait que suivre un petit garçon se rendant à l'école et n'ayant que de brèves discussions avec ses soldats de plomb dans un placard à balai », m'a expliqué la Fondatrice du Fan Club Go Harry, Go! par téléphone. « Il y avait plus excitant à regarder sur les chaînes concurrentes alors je peux comprendre le bref désintérêt des téléspectateurs. Pour ma part, j'ai toujours été fidèle à l'émission. Je me suis attachée à presque tous les personnages. Je ne manquerais un jour de diffusion pour rien au monde ». Afin de regagner l'attention du public, Andrew Burst décide d'opérer un changement à cent-quatre-vingts degrés.

En observant son petit protégé, le producteur s'était aperçu du gros potentiel d'imagination dont faisait preuve Harry. Il fut décidé d'exploiter cette brèche en créant une école de magie sur-mesure. « C'était un pari risqué », me confie un investisseur anonyme, « Personne ne croyait en cette histoire d'école de sorcellerie pour relancer l'émission. Et les pédopsychiatres qui entourent Harry depuis son plus jeune âge n'étaient pas certains qu'il puisse gober toute cette histoire. Les proches de Burst craignaient que Harry éclate de rire en direct en voyant un demi-géant débouler le soir de son anniversaire pour lui annoncer qu'il était un sorcier. Les scénaristes ont essayé de rafistoler l'intrigue principale en expliquant que les imprévus et défauts techniques auxquels avait assisté Harry malgré lui étaient le résultat de la magie (comme par exemple le fait qu'un grille-pain camouflant en réalité un micro ait soudainement explosé). À ce stade-là des opérations, Burst essayait de mettre tout le monde de son côté, mais beaucoup ont quitté le navire. Ils avaient peur de perdre de l'argent. Ce n'était pas un investissement fiable. Alors Andrew a dû sortir la majorité des billets de sa poche. C'est comme ça qu'il est devenu actionnaire principal de l'émission ».

Ce pari eut le succès que vous lui connaissez aujourd'hui. Le carton interplanétaire de Harry Potter a été reçu par la critique avec ferveur, si on occulte les intellectuels et groupuscules farouchement opposés. L'engouement général a été tel qu'il fallut sans cesse trouver de nouvelles inventions à proposer. Pour cela, Andrew Burst emploie les meilleurs ingénieurs, stylistes, magiciens renommés, scientifiques, architectes et décorateurs et informaticiens du monde en leur proposant un salaire mirobolant doublé de primes ponctuelles.

Le château Poudlard est un ancien musée du Moyen Âge laissé à l'abandon par l'État faute de moyens pour entretenir un espace si vaste. Burst le rachète à une vente aux enchères et commence à y bâtir le plus grand chantier de télévision jamais entrepris. Des équipes de centaines d'ouvriers se sont relayées 24H/24 pendant deux ans afin de mettre à bien ce projet.

Dans le même temps, d'autres chantiers sont ouverts aux alentours de Londres tel Le Chemin de Traverse. Ce dernier a sollicité pas moins d'un an et demi d'efforts colossaux. À cette époque, les sommes folles et astronomiques dépensées dans le projet conduisent Burst à être traité de « fou » ou de « gros détraqué ». Tel John Hammond dans Jurassic Park, la maxime de Burst a été : « J'ai dépensé sans compter ». Ne se démontant pas, Andrew Burst attend le lancement de la onzième saison d'un air fébrile.

En trois semaines seulement de show, les dépenses de deux ans et demi ont été entièrement couvertes grâce aux records d'audience et aux achats de produits dérivés. Afin d'optimiser son organisation et le rendement de celle-ci, ce dernier construit en parallèle de ça un véritable village d'ouvriers. « Je crois au système de la seconde chance. Je voulais faire participer des personnes démunies dans ce projet, leur faire comprendre qu'ils étaient importants et pouvaient eux aussi faire de grandes choses », martèle le producteur, « Je sais que le chômage fauchait pas mal de personnes dans notre pays à cette époque. Je voulais leur offrir une main tendue. » À la veille du troisième millénaire, Parlm Burst fut fondée. Cette ville de travailleurs regroupe environ une dizaine de milliers d'habitants, tous dépendants de l'économie Harry Potter.

Ces habitants ''privilégiés'' ont un contrat de quatre ans renouvelable et ne paient pas de loyer si – et seulement si – ils s'engagent à ne travailler que pour le monde de Harry Potter. Une ligne de métro relie directement la ville au studio pour faciliter l'accès aux travailleurs sur leur lieu de travail.

Il faut savoir que quelques assistants proviennent du milieu carcéral, ne trouvant d'opportunité de reconversion nulle part ailleurs. « Quand j'ai été embauché là-bas, c'était comme si ma vie recommençait », déclare Millie, assistante depuis six ans et ancienne toxicomane. « Les personnes avaient peur de m'embaucher et ne me faisaient pas du tout confiance. Grâce à Monsieur Burst, j'ai pu me reconstruire à mon rythme. Maintenant, je suis mariée et on va peut-être s'acheter notre propre maison ! »

Mais Kathia Melburg, présidente de l'association Après la Prison rétorque : « Burst ne recrute pas des anciens prisonniers par hasard. Il sait exactement ce qu'il fait en se dirigeant vers ce type de population. Il n'est pas un bon samaritain. Les ''ex-taulards'' et anciens toxicomanes sont des personnes fragilisées socialement et financièrement. En les prenant eux au détriment d'autres, Burst sait qu'ils seront prêts à faire davantage de sacrifices pour ce travail et accepteront docilement toutes les contraintes qui les incombent. C'est une main d'oeuvre malléable et qui vit dans la crainte de se voir accuser de récidive injustement. »

LES POTTERMANIACS

Très vite, un noyau solide de fans se forme autour du personnage de Harry. Même si l'on assiste à une révolution sans précédent dès son entrée à Poudlard, nous pouvons dire que ces derniers sont relativement fidèles à l'émission. Ils se font appeler « potterhead » et leur groupe se cristallise dès les premiers épisodes de la onzième saison (ndrl. « Harry Potter à l'École des Sorciers »).

La particularité principale des Potterheads est qu'ils sont intemporels. Il est impossible de dire si un potterhead sera plutôt un adolescent, une ménagère, un vieillard. Ils semblent être partout et se multiplient avec une vélocité sans pareille. Les potterheads s'approprient les personnages de la série, mais surtout – et c'est un point crucial – les répliques. Il est courant dans une réunion de fans de se voir insulter de « Moldu » simplement pour avoir confondu la propriété de la bave de dragon et celle des Pitiponks.

Une vraie folie s'est emparée de la population et la ferveur Harry Potter ne semble pas avoir de limite. Nous pouvons notamment citer l'émeute dans le centre commercial de Boston ayant fait plus de cinq blessés, dont deux graves pour la sortie des premiers kits de potions avancées. Sacha Gevner, un des émeutiers, en garde d'ailleurs un souvenir cuisant en perdant la mobilité de sa main droite. « J'avais voulu attraper un chaudron en étain, modèle standard », a-t-il expliqué à une chaîne américaine après sa sortie de l'hôpital. « Quelqu'un m'a donné un coup. Je suis tombé et on m'a marché dessus. Le docteur a dit que ça avait atteint la moelle, alors... »

L'émission crée de véritables dégâts collatéraux que souligne une enquête menée par un cabinet sanitaire sud-africain. « Un homme de trente-cinq ans est mort en voulant trouver la recette de la Bièreaubeurre il y a deux ans », prononce avec lassitude Mrs Fong'oh, directrice du bureau, « Il a tenté de préparer une cuve sous pression artisanale et elle a explosé dans sa cave, le déchiquetant en morceau. Sans compter la jeune fille de sept ans qui a été brutalement assassinée à Glasgow par des petits camarades voulant jouer au Muggle Quidditch. Les gens sont disproportionnés lorsqu'il s'agit de Harry Potter. Et j'ai des cartons remplis de cas étranges, répugnants ou choquants comme ceux-ci. »

À Londres, épicentre de cette hystérie, un hôpital a d'ailleurs ouvert un service uniquement consacré ''Aux blessures magiques''. « Il y a de plus en plus de personnes qui pensent pouvoir recopier un produit vu à la télé au lieu de l'acheter. Il y a deux semaines, on dû amputer un patient qui pensait pouvoir s'intégrer dans le visage un œil magique. Malheureusement, il s'est tranché une bonne partie de la main. Vous imaginez un peu les dégâts... »

Les produits dérivés de la série sont soumis à une surveillance très stricte, mais les accidents restent tout de même en recrudescence. « Nous écrivons soigneusement chacune de nos notices d'utilisation », prévient Mr Wilsman, directeur promotionnel et du service consommation de l'émission, « Ce que font les consommateurs avec les produits une fois chez eux, les regarde. Il y aura toujours des gens un peu bizarres qui se mettront dans des situations compliquées par eux-mêmes. On ne peut pas prévenir ce genre de dérive... Ce que je veux dire, c'est que si les gens se contentaient d'utiliser les produits pour ce pour quoi ils sont faits, on n'en serait pas là ».

Un des cas les plus connus de ce genre de dérapage est l'homme de vingt-neuf ans s'étant enfoncé dans le postérieur le manche d'un Nimbus 2000 pour assumer un petit plaisir coupable. Le balai de course se serait enclenché à cause de ses déhanchements répétés et l'aurait propulsé sur le toit de l'immeuble voisin en traversant sa vitre. Une équipe de pompier avait dû baliser tout un terrain de peur que le Nimbus n'emmène l'homme plus loin, à perte de vue. Ils ne l'ont rattrapé qu'une heure plus tard à l'aide d'un gigantesque filet.

À cause de cet engouement, le mot « Pottermaniac » entre désormais dans le dictionnaire universel. Il définit les personnes ne pouvant passer un laps de temps réduit sans réaliser une action ayant un rapport direct ou non à l'émission (la regarder, lire les fanzines, lancer une réplique, y penser, acheter des produits dérivés, tatouages, se déguiser, etc.). Selon le laboratoire d'économie de Paris, il serait possible de mesurer le taux de pottermanie chez quelqu'un.

Un indicateur a été mis à disposition de tous les médecins généralistes et sur la plupart des sites dédiés à la santé. Avant cela, des QCM avaient été distribués, mais avec le calcul d'indice Pottermaniac, on arrive à se faire une idée plus précise du patient. Le calcul est plutôt simple. Il suffit de diviser le nombre d'heures passées environ par semaine à regarder l'émission par celui des produits dérivés acquis dans le mois. En multipliant le tout par cent, on obtient l'indice Pottermaniac. Cet indice est souvent supérieur à quatre-vingts chez une catégorie bien ciblée : les auteurs de fanfictions.

Ces derniers, fans très farouches, peuvent passer des heures entières à disséquer, rédiger et comploter sur la vie de Harry et autres personnages du casting officiel. On recense à ce jour plus de quinze millions de fanfictions courant sur le web. Les conventions sont d'ailleurs leur lieu de rencontre de prédilection et quelques auteurs ont d'ailleurs obtenu une certaine renommée. Elza Godwin, scénariste éminente de l'émission, a été pendant trois ans une auteure de fanfictions avant de se faire repérer par la production pour ses talents divers et son imagination sans borne.

Ooo

Harry, loin de se douter des agitations extérieures dont il était le principal sujet, finit par descendre dans la Grande Salle. Dès que le hibou livreur avait déposé le nouvel exemplaire de la Gazette du Sorcier devant Hermione, celle-ci fit un spectaculaire bond sur sa chaise et étala le numéro sur la table. « LE MINISTÈRE VEUT RÉFORMER L'ÉDUCATION. DOLORES OMBRAGE NOMMÉE GRANDE INQUISITRICE ». Harry ne savait pas trop ce que cela signifiait. Il n'avait jamais entendu parler de cette fonction, mais il était certain que ce n'était pas une bonne chose pour Poudlard.

– … C'est cette dernière fonction, lut Hermione tandis que Neville et Ginny se penchaient pour écouter, que le Ministère a désormais officialisée grâce au décret d'éducation numéro vingt-trois qui crée à Poudlard le poste de Grand Inquisiteur – en l'occurrence de Grande Inquisitrice. « Il s'agit d'une nouvelle étape passionnante dans le projet du Ministère de traiter concrètement le problème de que certains appellent la ''baisse de niveau'' à Poudlard », souligne Percy Weasley. (Ron et sa sœur échangèrent un regard équivoque) « L'Inquisitrice aura le pouvoir d'inspecter ses collègues enseignants et de veiller ainsi à ce qu'ils se montrent à la hauteur de leur tâche. Le professeur Ombrage s'est vu offrir ce poste en plus de celui d'enseignante et nous avons le très grand plaisir de vous annoncer qu'elle a accepté d'en assumer les responsabilités. »

Harry ne comprenait pas comment Percy – qui avait passé toute sa scolarité ici – pouvait remettre en cause la qualité de l'enseignement. Même Rogue, qui pourtant était le professeur le plus détestable qu'il n'avait jamais connu, avait de bonnes méthodes si l'on considérait le taux de réussite des élèves à Serpentard. Sans doute que Gilderoy Lockhart avait été légèrement à la ramasse, mais à part ça tout le monde semblait prendre très à cœur sa tâche. Harry voyait en cet acte une trahison envers l'école.

Toutefois, le fait que Rogue puisse se faire inspecter par Ombrage était une perspective particulièrement réjouissante. Il ignorait lequel des deux il voulait voir se faire rabaisser, pourtant cela promettait d'être intéressant. Harry regarda sa main crispée sur la table et distingua les contours blanchâtres des mots qu'Ombrage l'avait forcé à graver dans sa chair. Jamais Rogue – en cinq ans de franche et réciproque hostilité – n'était venu jusqu'au point de le mutiler lors d'une retenue ou de lui faire du mal. Il s'était juste contenté de jubiler en le regardant nettoyer des fonds de chaudrons sans faire usage de sa baguette magique. Étrangement un sourire était apparu sur le visage de Ron.

– Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna Hermione en se tournant vers lui.

– J'ai hâte de voir MacGonagall inspectée, dit-il d'un ton joyeux. Ombrage ne verra pas le coup venir !

La journée du lundi se déroula d'une manière très monotone et Harry regretta presque qu'Ombrage n'ait pas encore décidé d'inspecter les autres professeurs. Elle se faisait inexorablement désirer. À la fin des cours, Harry constata avec désolation qu'ils avaient autant de devoirs que s'ils n'avaient rien fait du week-end. Il aurait aimé se renseigner sur l'usage de la pierre de lune à la bibliothèque, mais Hermione et Ron avaient leur première ronde de préfets à faire juste après le dîner.

C'est avec un peu de courage qu'il entra dans le repère de Mrs Pince. Cette dernière avait ses yeux perçants entre deux rangées de grimoires, espionnant un groupe de filles se chuchotant des astuces de révisions. Harry prit l'aile droite et arpenta les rangées de la section « Antidote, Poison et Élixir ». Il attrapa un manuel au hasard et constata que seules les trois premières pages avaient été imprimées. Harry fronça des sourcils et en prit un autre. C'était la même chose. Suspicieux, il attrapa un troisième livre et le feuilletta : rien n'était écrit.

– Je peux vous aider, jeune homme ? interrogea la voix caquetante de Mrs Pince.

Harry sursauta si violemment qu'il faillit lâcher le grimoire.

– Euh, oui, je cherchais... un livre sur, euh, la pierre de lune.

Les longs doigts fins de Mrs Pince s'égarèrent sur la tranche de quelques volumes et lui en tendit un à l'aspect maltraité.

– Au fait, vous savez pourquoi il n'y a rien d'écrit dedans ? demanda Harry en désignant les trois livres pris tout à l'heure.

– Ce sont des ouvrages ensorcelés, expliqua-t-elle d'un ton méprisant. Ils ont été scellés par de la très ancienne magie pour que des sorciers imprudents ne puissent pas découvrir les secrets qu'ils recèlent. Seuls les magiciens de qualité pourront lire ce qui s'y trouve.

Harry la regarda s'éloigner avec une curieuse sensation, comme si... comme si elle lui avait menti. Il regarda plus longuement le livre vierge d'un air suspect puis le reposa à sa place. Il tourna à gauche de la rangée et s'installa à une table.

Lumos !

La lampe à gaz s'embrasa et Harry sortit un parchemin afin d'entamer la dissertation que leur avait donnée Rogue ce matin. Il devait reconnaître que c'était quelque chose de très difficile à comprendre et il regrettait que Hermione ne soit pas là pour l'aider. Harry rédigea son devoir pendant une bonne demi-heure puis leva les yeux de sa copie.

Un peu plus loin, Draco semblait profondément endormi sur sa table, une plume à la main. Ne voyant personne aux alentours, il se leva doucement et s'approcha. Sur son visage, d'affreux cernes étaient cachés par une sorte de poudre beige qui s'était imprégnée sur la manche de sa robe de sorcier.

Harry regarda ce qu'il y avait d'écrit sur la page de son cahier : « Racontez les phases de combat de la Seconde Guerre Mondiale ». Harry fronça les sourcils encore plus si cela était possible. Depuis quand Malfoy assistait au cours d'Étude Moldue ? Toujours parfaitement immobile, Malfoy ne cilla pas quand il tira légèrement sur son cahier. Ce dernier était recouvert d'annotation très précise sur le conflit, comme s'il avait appartenu à un lycéen de l'autre monde.

À l'intérieur du cahier, en face de la page de garde était écrit « Dylan ». Harry ne comprenait pas. Tout à coup, quelque chose se mit à vibrer dans le sac de Malfoy. D'abord suspect, Harry regarda autour de lui. Il tendit sa main pour l'ouvrir et regarder ce qu'il y avait à l'intérieur, le cœur battant. Il n'était qu'à deux centimètres. Sa main effleura le zip et il commençait à tirer dessus quand on hurla :

– HARRY ! NON !

Il fit volte-face et entrevit Hermione, les cheveux plus broussailleux que jamais. Il semblait qu'elle avait couru. Le bruit réveilla Malfoy qui eut un brusque mouvement de recul. Il avait les yeux écarquillés d'horreur et fixa Harry comme si c'était la première fois qu'il l'apercevait. Draco jeta un bref coup d'oeil à Hermione. Tous les trois s'observèrent avant que le Serpentard ne prononce de sa voix traînante :

– Fais gaffe où tu mets tes sales pattes, Potter.

Il ramassa ses affaires et quitta la bibliothèque en de grandes enjambées. Quand il fut suffisamment éloigné, Hermione murmura :

– Bon, sang, qu'est-ce qu'il t'a pris ?

– Je... J'en sais rien. Je voulais juste voir.

– Voir quoi ? s'impatienta-t-elle. Il n'y a rien à voir.

Harry la regarda étrangement et prononça :

– Tu as déjà fini ta ronde ?

Elle parut décontenancée pendant quelques secondes et dit :

– Ron s'inquiétait pour toi. Il voulait que je vérifie comment tu allais, c'est tout. Je... Je vais retourner là-bas, le rejoindre.

Hermione ne semblait pas prête à partir tout de suite, mais elle le fit tout de même. Harry retourna à sa place, plus distrait que jamais pour achever son devoir sur les propriétés de la pierre de lune.

Ooo

Mardi, après le déjeuner, Ombrage décida enfin d'inspecter un professeur. Elle se montra au cours de Soins aux Créatures Magiques se déroulant à l'orée de la Forêt. Gobe-Planche – qui remplaçait Hagrid depuis sa curieuse absence – les attendait les mains derrière le dos, d'un air serein.

Harry, Hermione et Ron traversèrent la pelouse à pas pressés, faisant partie des retardataires. Malfoy chuchotait avec Crabbe et Goyle, certainement ravi de saisir cette occasion pour raconter des histoires sur Hagrid à une représentante du Ministère. Il levait de temps à autre un regard avide vers Ombrage qui répondait par un sourire onctueux.

Celle-ci eut une méthode bien particulière d'inspection : elle avait passé une bonne partie du cours à se promener parmi les élèves en leur posant des questions sur les créatures déjà étudiées. La plupart donnèrent les bonnes réponses et le moral de Harry remonta quelque peu. Après avoir longuement interrogé Dean Thomas, Ombrage retourna auprès du professeur Gobe-Planche qui redonnait du papier à Parvati pour son schéma de Botruc.

– Qu'est-ce que vous avez l'intention d'étudier cette année avec cette classe – en supposant bien sûr que le professeur Hagrid ne revienne pas ?

– Oh, je leur ferai faire un tour d'horizon des créatures qui reviennent le plus souvent aux B.U.S.E. Il ne reste plus grand-chose : ils ont déjà vu les licornes et les Nifleurs. J'ajouterai peut-être les Croups et les Noueux.

– Vous, au moins, vous semblez savoir ce que vous faites. (Elle fit balader sa longue plume rose sur son calepin avec un énorme sourire) J'ai entendu dire, ajouta-t-elle de son horrible voix de petite fille, qu'il y a eu des blessés dans cette classe ?

Goyle eut un petit rire stupide et Malfoy s'empressa de se frayer un chemin parmi les élèves travaillant en groupe autour de leur Botruc.

– C'était moi. Un hippogriffe m'a fait une entaille au bras.

Il raconta l'histoire en ajoutant généreusement des couches de détails horribles tandis qu'Ombrage reportait le tout dans son carnet. Harry n'avait pu résister de faire la remarque que si Draco s'était blessé, c'est uniquement parce qu'il avait été trop bête pour ne pas écouter les consignes de sécurité. Ceci lui valut de nouvelles retenues et ses meilleurs amis soupirèrent derrière son dos.

Ooo

Lorsque Harry quitta le bureau d'Ombrage, sa main saignait tellement qu'à présent le foulard qui l'entourait était imbibé de liquide rouge et poisseux. À son retour dans la Salle Commune, Hermione et Ron semblaient l'avoir attendu. Ils étaient en pleine discussion quand il entra, plus épuisé que jamais par ce début de semaine. Il s'assit dans son fauteuil favori près de la cheminée et Pattenrond sauta sur ses genoux.

– Cette bonne femme est abominable, finit par dire Hermione en lançant un regard empli de dégoût à sa main mutilée. Tu sais, j'étais justement en train de dire à Ron au moment où tu es arrivé... Il faudrait qu'on fasse quelque chose à son sujet. Je veux dire... (Elle marqua un court temps d'arrêt et Harry savait que ce changement de ton n'augurait rien de bon : elle avait pris le même quand elle avait suggéré à Harry de se méfier de la Carte du Maraudeur en troisième année). Je veux dire par rapport à ses cours où on n'apprend rien pour se défendre. Je me disais que le moment est peut-être venu de... de faire les choses nous-mêmes.

Harry la regarda intensément. Elle semblait s'être répété ce petit discours un nombre incalculable de fois. Tout dans ses mimiques à ses inflexions de voix prouvait qu'il s'agissait de mots soigneusement choisis et pesés. Hermione ne faisait jamais rien au hasard.

– Nous-mêmes ? répéta Harry d'un ton soupçonneux.

– Oui. Mmh, apprendre la Défense Contre les Forces du Mal par nous-mêmes. C'est quelque chose de bien plus important que tous les devoirs qu'on aura à faire ici (Harry leva haut les sourcils : il semblait incongru que pour son amie il puisse exister des choses plus importantes que des exercices à rendre). Il s'agit de nous préparer au mieux et de nous défendre contre cette menace qui arrive. Même les membres de l'Ordre ne nous pensent pas capables de ça, et je pense qu'il est temps de leur prouver le contraire. Ça devient vraiment urgent et je crois que... que les rêves que tu vois Harry (Il résista à l'envie de lui dire que c'était plus étrange que de simples rêves, mais la laissa poursuivre), eh bien, ils n'annoncent rien de bon. Ce n'est pas seulement avec ce qu'on apprend en classe qu'on arrivera à faire nos preuves dans la vraie vie, celle qui nous attend dehors.

Elle marquait un point, et pas des moindres.

– Et j'avais pensé que... que tu pourrais être notre professeur, Harry.

Il ouvrit grand la bouche, mais elle ajouta précipitamment :

– Tu vas me dire que tu ne peux pas endosser cette responsabilité, mais sache que j'ai déjà pensé à trente-sept arguments de taille que je pourrai tous t'énumérer, en commençant par le fait que tu as... enfin, tu as combattu... Lord Voldemort.

Ron glapit de terreur en entendant son nom, mais Hermione resta inflexible. Cela eut le mérite de convaincre Harry qui esquissa un sourire.

– Je suis sincèrement flatté par ta, euh, proposition. Mais je ne crois pas que cela soit très réaliste. Ombrage ne nous laissera jamais faire une chose pareille, ni même les autres professeurs !

– Je m'occuperai de tout, fais-moi confiance. Et Ron m'aidera. N'est-ce pas, Ron ?

– Oui, oui, bien sûr. Je sais que tu pourrais faire du bon boulot, affirma son meilleur ami. Ça serait idiot de ne pas, euh... essayer.

Harry réfléchit longuement. Pendant de fugaces secondes, il s'imagina déambulant dans la classe de Défense Contre les Forces du Mal comme elle était à l'époque où Lupin enseignait. C'est vrai qu'avec un bon professeur, on apprenait mieux. Harry ne savait pas s'il le serait et si sa seule légitimité se limitait au fait qu'il ait cette cicatrice sur son front...

Mais la proposition d'Hermione était tentante. L'idée d'être à la tête d'un groupe d'autodéfense juste sous le nez d'Ombrage avait quelque chose de grisant qui gonfla sa poitrine de témérité.

– C'est d'accord, dit-il. Je serai votre prof. Mais juste à toi et à Ron.

Ces derniers échangèrent un bref regard.

– Mmh, je pensais que ça serait dommage de ne pas en parler à ceux pouvant être intéressés, fit remarquer Hermione.

– Oui, c'est vrai ça, appuya Ron. Ce que prépare Tu-Sais-Qui ne nous concerne pas seulement.

– Bon, OK, concéda Harry entre deux bâillements. On restera en petit comité, hein ?

– Ne t'inquiète pas pour ça, assura Hermione. Tu ne remarqueras même pas les nouveaux venus.

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Note : Je vous remercie de votre fidélité et de l'engouement tout autour de cette histoire. Je suis super heureuse de voir qu'il y a de nouvelles personnes qui rejoignent l'aventure chaque semaine. Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions (profitez du fait que ce soit les vacances, à la rentrée ça sera plus tendu du string, loulz). Ah oui, et merci des ajouts et favoris. Savoir qu'autant de personnes soutiennent et suivent cette fic est plus qu'encourageant. Je sais que beaucoup d'entre vous attendait cette Convention avec impatience. Au début j'avais hésité à faire un chapitre entier dessus, puis après je me suis dit que ça ferait « trop » dans le sens où ce genre de coupures dans le récit ne sont pas grandement utiles. Je voulais montrer un autre aspect de ce business, voilà tout. Mais c'est vrai qu'il y aurait beaucoup à dire là-dessus. Notez que tous les acteurs, figurants et silhouettes ne sont pas présents à la même convention : il y a un système de roulement par période de l'année ! Si vous avez des questions très précises par rapport à la Convention, faites-moi en part. Oh, et si vous avez remarquez, j'ai utilisé vos idées des mini-jeu du chapitre, ehum, trois si je me souviens bien où je vous demandais d'imaginer un parc d'attractions ! En ce moment je bosse sur le NaNoWrimo (événement où les apprentis écrivains se donnent un objectif en nombre de mots à réaliser en un seul mois). Pour ma part c'est cinquante milles ! Du coup j'ai pris énormément d'avance sur Nyx, puisque j'en suis à réfléchir sur le contenu du treizième chapitre. Il n'empêche que je prends toujours en compte vos sollicitations et que je pourrai modifier ou peaufiner des scènes. Vous pouvez toujours continuer à voter pour les dilemmes sauf que, au lieu d'être réalisé pour le chapitre suivant, ce sera mentionné dans deux ou trois chapitres. J'espère que vous profitez de vos vacances, que vous vous dorez la pilule et tout et tout. Je vous envoie du love, D (pour Dobby).

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Mini-jeu : Inventez un sortilège (formule, geste et effet) que je pourrai utiliser dans cette fanfiction. Les meilleures seront choisies !

Pour le précédent dileme, vous avez massivement voté pour une interview de Ombrage. Ça sera fait, mais il faudra attendre le bon moment... Je n'en dis pas plus *rire de gobelin castré*

Par review :

Voulez-vous que j'écrive le déroulement d'une compétition de Muggle Quidditch ?

TAPEZ 1 : Pour « Oui ».

TAPEZ 2 : Pour « Non ».

Si oui, vous pouvez me suggérer des noms d'équipes rivales aux Comètes d'Orion (équipe de Sinuesa Valley).

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J'ai fait un album sur mon groupe facebook « The Baba O'Riley » avec des schémas et mémos sur cette histoire. D'autres sont susceptibles d'arriver prochainement pour compléter. Vu que cet univers est très complexe et fouillé, j'en ai besoin pour m'y retrouver. Je les mets en ligne pour que vous puissiez aussi bénéficier de certains éclaircissements.