Posté le : 10 Août 2013. Je dédie ce chapitre à Sam qui, tel Vector, est capable de stalker les gens qu'elle aime comme la pire des Poufsouffle. Love you, gurl.
Réponses aux reviews anonymes :
• Someone : Oui, la petite erreur sur la famille Nadgul vient du fait que j'ai vraiment cogiter de nombreuses fois sur la composition de leur arbre généalogique avant de me fixer sur le fait que finalement Talia ne soit pas l'aînée. J'ai updaté le document parce que je pensais que cette bafouille avait disparue, bon maintenant elle est enlevée et merci de l'avoir relevée. J'ai rectifié le tir. Donc Talia n'est pas l'aînée de la famille. Elle a simplement une jumelle née un peu plus tard. Sinon, je pense mettre d'autres scènes du sixième Tome par la suite. Mais il faudrait que je le relise d'ici les prochains jours pour ne pas faire de cafouillage et pour que ça colle au maximum. En tout cas, je relève le défi.
• Iilaydiiz : La danse de la victoire pour un nouveau chapitre ? Il faut filmer ça ! Tout le monde a l'air de trouver le couple Nyx/Kendall sweet. Perso, dès que j'écris sur eux, je deviens toute flagada chamalow. Trop de bonheur dans un seul pairing et ça donne au moins un os à ronger en attendant le drarry. C'est vrai que le scénario prévu par la prod mais dans un sens c'est cool et ça me permet tellement de flexibilité sur cette fic que bon, héhé. J'espère que ce chapitre te surprendra et t'emportera loin.
• Cersei : Oh, ne t'en fais pas. Chacun lis à son rythme et selon ses disponibilités ! Beaucoup se demande pourquoi Dylan est autant à fleur de peau pour ''si peu'', sachant que oui, Arnold et Juno et d'autres ont bien plus d'heure que lui. Mais il faut penser à une chose : il est coincé dans un biome avec une coupure nette avec son frère, sans possibilité de parler à son meilleur ami ou quoi. Dylan est très jeune et il se sent seul, a une pression monstre sur les épaules et est vu par des millions de gens. N'importe qui craquerait ! Pour le fait que Nyx se soit incrustée dans la réunion de l'AD n'était certe pas prévu au programme, mais tant que c'est Harry qui l'ait invité, elle ne pouvait pas trop refuser. Il n'est tout de même pas prévu qu'elle devienne plus importante au point de pré-écrire ses répliques en tout cas. Elle reste au statut de silhouette.
• Coukie : Eh oui, gros paradoxe : Burst est une ordure mais qu'est-ce qu'il brillant ! J'adore écrire les dialogues à double-sens, c'est juste jouissif. Harry est quand même très conditionné par l'émission, alors bon, j'imagine que c'est un peu normal. Ah, pour Arnold, on en saura plus sur lui dans ce chapitre ci.
• Rhaelya : Tu n'es pas la seule à trouver mes chapitres courts et ça me laisse à chaque fois baba, tellement je les trouve affreusement longs (au poing que j'en suis venue à me demander si je devais les couper en deux !). Ils sont très longs à écrire mais c'est pas tant la rédaction qui me prend un temps fou mais trouver les idées, relire le livre, trouver des raccords possibles, inventer des choses, trouver des réponses à des choses farfelues etc. Je crois qu'on ne se rend pas compte de tous les efforts que ça demande à mon simple niveau. Merci de l'intérêt que tu portes à ma fic et à bientôt !
• Mandrine : Merci de ton vote. Il a bien été pris en compte.
Le mot du bêta – Eymeric : Je suis impressionné par l'avalanche de reviews à chaque chapitre, c'est dingue ! J'en profite pour vous remercier bien chaleureusement, du coup ! Vous êtes géniaux. Dans ce chapitre... Inutile de dire qu'à chaque fois c'est explosif, alors cette fois je vous laisserai juste à votre lecture. Enjoy les loulous !
CHAPITRE XI
« Tyrannie »
« Le genre de contrôle que vous tentez n'est pas possible. Ecoutez, il y a une chose que l'histoire de l'évolution nous a apprise : c'est que la vie ne peut pas être contenue. La vie prend le large. La vie prend de nouveaux territoires, elle renverse toutes les barrières. C'est parfois pénible, c'est parfois dangereux mais, enfin, c'est comme ça. (…) La vie trouve toujours un chemin », Ian Malcolm, in. Jurassic Park.
.
.
.
Le décret numéro vingt-trois n'avait pas été sans conséquences à Poudlard. Trelawney – qui était dans le radar d'Ombrage au cours de ses systématiques inspections – frôlait un degré d'hystérie encore jamais atteint. Son comportement plutôt inhabituel avait même fini par revenir aux oreilles d'Hermione qui l'avait vue, chose exceptionnelle, quitter sa tour pour se plaindre à la Dame Grise. Au cours du dîner, Angelina s'assit près de Ron, Hermione et Harry.
– Pas d'entraînement de Quidditch, ce soir, dit-elle en tirant vers elle une tourte au bœuf.
– Mais, je me suis tenu à carreau avec Ombrage ! se défendit Harry, déçu de voir ainsi son vendredi être gâché.
– Je sais, répondit la capitaine d'un air accablé. Ombrage n'a pas voulu me signer l'autorisation pour les Gryffondor. Elle dit qu'elle a ''besoin d'un peu de temps pour réfléchir'', ajouta-t-elle en mimant le geste des guillemets.
Rageur, Harry jeta une œillade farouche à la table des professeurs où Ombrage semblait se délecter de la tournure que prenait les choses. Il était même certain qu'elle pouvait lire sur les lèvres à la vue de son petit air satisfait. Harry imaginait bien quel genre de plaisir elle devait éprouver à le tenir ainsi en laisse, contraint à obéir à sa bonne volonté et, par extension, celle du Ministère. Le regard de l'apprenti sorcier glissa jusqu'au centre de la table où Dumbledore semblait curieusement absent, tout comme le professeur Rogue.
À celle des Serpentard, Malfoy dormait paisiblement parmi le chaos de la bataille de boulettes de viande entre Crabbe et Goyle. L'atmosphère à Poudlard s'était considérablement glacée au fil des semaines sans qu'il ne puisse dire ce qui en était la cause. La majorité des élèves ici présents n'était pas concernée par les retombées du décret numéro vingt-quatre et le numéro vingt-trois ne changeait en rien leurs habitudes scolaires, si ce n'est qu'Ombrage inspectait de temps à autre les enseignants. La seule chose qui lui réchauffait le cœur désormais, était qu'il allait voir tout à l'heure Sirius dans la cheminée de sa Salle Commune.
De son côté, Ron semblait rassembler des montagnes d'effort pour ne pas laisser paraître que l'annulation de l'entraînement le soulageait. Il était maintenant d'une nette meilleure humeur et dévorait joyeusement son steak. Harry devait admettre que son meilleur ami ne s'était pas montré très brillant au cours des séances d'entraînement. D'ailleurs, quelques Serpentard – toujours menés par Malfoy – assistaient à ces déboires et hurlaient de rire dès qu'il manquait un but (ce qui arrivait très souvent).
À la fin du dîner, quand le contenu de leurs assiettes eut disparu comme par magie, le professeur Flitwick amplifia magiquement sa voix fluette et ordonna aux élèves de quitter la salle en rang, sauf pour les cinquièmes années. Hermione, Harry et Ron se lancèrent un regard interrogateur et se rassirent. La table des Gryffondor était pratiquement vide.
– Bien, reprit l'enseignant de Sortilèges et Enchantements, comme vous le savez cette année vous passerez vos B.U.S.E. et...
– Hum, hum.
Toutes les têtes se tournèrent vers Ombrage qui s'était levée. Elle était si petite qu'il n'y avait pas de grande différence de taille entre elle et Flitwick debout sur sa chaise. Éberlué, le directeur des Serdaigle ajusta sa broche opale et finit par laisser la parole à la ''vénérée'' Grande Inquisitrice de Poudlard.
– Vos examens de fin d'année porteront sur toutes les matières que vous aurez étudiées au cours de votre scolarité. Cela demandera de la rigueur, des connaissances et bien sûr, de la discipline (son regard s'attarda volontairement sur Harry). Les notes reflèteront votre niveau actuel et croyez-moi que les enjeux sont tout particulièrement importants pour votre avenir de jeunes sorcières et sorciers. Vos futurs employeurs seront très vigilants quant à vos résultats, même si le nom simple de l'école de sorcellerie Poudlard vous assurera un certain prestige. Notre académie a toujours été très soucieuse de la qualité et la variété de l'enseignement ici proposé. L'ancien savoir dont la communauté sorcière est l'unique dépositaire doit être transmis aux nouvelles générations, si nous ne voulons pas qu'il se perde à jamais. Ceci ne se limite pas à lancer des maléfices comme des brutes épaisses, il y a également une part très importante qui concerne le raffinement. Vos inspecteurs seront très scrupuleux quant à la manière dont vous utiliserez votre magie ainsi qu'à votre inventivité. Depuis quelques années, le Ministère de la Magie propose aux élèves qui le désirent de présenter une option pour les B.U.S.E. (un murmure collectif parcourut la Grande Salle), désormais ces options sont obligatoires pour tout élève de cinquième année. Ces matières sont les suivantes : gastronomie, musique, danse, théâtre et peinture. Vous vous répartirez selon vos affinités avec ces disciplines et vous aurez cours une heure par semaine le jeudi après le déjeuner (Draco Malfoy, qui était désormais parfaitement réveillé, semblait révolté d'avoir une heure supplémentaire de cours et Harry se permit un sourire moqueur). Vous avez un quart d'heure pour discuter entre vous et choisir votre option.
D'un mouvement de baguette magique, Ombrage fit apparaître un parchemin rose par table divisé en cinq colonnes, ainsi que quelques plumes à encre intégrée. Un brouhaha s'éleva et Hermione se chargea d'être la secrétaire. Neville, Parvati et Lavande s'étaient d'office inscrits à l'atelier danse.
Harry grimaça d'avance : il était hors de question de réapprendre la valse sorcière et, pire encore, devoir la présenter cet été à un cortège de sorciers qui le regarderaient avec intérêt par-dessus leurs lunettes. Harry était nerveux : pas un seul mot n'avait été précisé quant à qui se chargerait de leur enseigner ces options.
Est-ce que des intervenants du Ministère les formeraient pour leur examen ? Ou ce seront leurs professeurs habituels qui prendraient du temps supplémentaire sur leurs heures de pause ? Affolé, Harry se mit à chercher frénétiquement dans quel domaine il ne reverrait pas Rogue. Certainement pas danse, c'est sûr. Ni peinture : Rogue avait tout sauf l'esprit créatif.
– Tu vas t'inscrire dans quoi ? demanda Ron à sa droite en mordillant une plume.
– J'en sais vraiment rien, admit Harry. Mais pas danse en tout cas.
– Ouais, danse ça a l'air pourri, affirma Ron qui fut gratifié de regards hostiles de la part de Parvati. Percy l'avait choisi pour ses B.U.S.E. Pendant les vacances de Noël il n'avait pas arrêté de nous saouler avec son numéro de claquettes ensorcelées. C'était affreux.
– Pourquoi pas Gastronomie ? proposa-t-il. Je faisais à manger chez mes Moldus. Ça ne devrait pas être trop difficile de préparer quelque chose, tu ne crois pas ?
– Je suis une catastrophe en cuisine, se lamenta Ron.
– Et toi, Hermione ?
– Je pensais plutôt prendre l'atelier musique. Je fais du violon depuis toute petite. Ça peut être intéressant d'apprendre à manipuler un instrument magique.
– Je ne me vois pas du tout apprendre ça en moins d'un an, maugréa Harry tandis qu'autour d'eux leurs camarades avaient déjà fait leur choix. Ça sera trop dur !
– Oh, non, on ne te demandera jamais rien de bien sorcier, rassura Hermione avec un sourire malicieux.
– Et pourquoi pas faire théâtre ? proposa Ron. Ça peut être très drôle ça ! Et à part apprendre quelques lignes par cœur, y'aura pas grand chose à faire.
– Oui, ça peut être vraiment pas mal théâtre.
Par dépit, il inscrit son nom juste en-dessous de celui de Ron à l'atelier théâtre et quelques instants après, les parchemins lévitèrent pour se diriger droit vers Ombrage, se posant en une pile bien nette. Les cinquièmes années purent enfin quitter la Grande Salle. En montant les escaliers, Harry se demanda quelle genre de pièce on leur ferait interpréter et espéra de toutes les fibres de son corps de ne pas avoir un rôle très important dans cette vaste comédie.
En arrivant dans la Salle Commune, il s'avachit sur une chaise au dos droit et tira à contrecoeur son devoir de Potions se trouvant au fond de son sac. Le livre sur l'usage et la propriété de la pierre de lune l'avait bien renseigné mais tout était encore très embrouillé dans sa tête.
Même s'il savait que Sirius n'apparaîtrait dans la cheminée seulement quand la pièce serait totalement vide, le jeune homme ne pouvait s'empêcher de jeter de bref coups d'œil en direction de la cheminée. Apparemment, la Salle Commune resterait pleine encore un bon bout de temps. Cette dernière était bondée d'élèves poussant des cris surexcités et des hurlements de rire autour de Fred et George qui, apparemment, présentaient de nouveaux produits.
– Il faudrait sans doute faire quelque chose, chuchota Ron en lançant un regard sceptique vers Hermione.
– On ne peut pas. Il n'y a rien dans le règlement qui les interdit d'utiliser leurs cochonneries sur eux.
En les regardant s'affairer et recevoir une pluie de gallions, Harry ne comprit pas comment les jumeaux avaient pu obtenir que si peu de B.U.S.E. Après tout, ils faisaient de la très belle magie.
– Le Chapeau-Sans-Tête, ou plus couramment nommé le Chapeau à tête réductible ! annonça George d'un ton théâtral en agitant un chapeau pointu bleu marine orné d'une énorme plume rose. Deux gallions la pièce. Regardez bien ce que va faire Fred ! Vas-y !
Avec un grand sourire, Fred enfonça le couvre-chef sur sa tête. Pendant un bref instant il eut juste l'air parfaitement ridicule puis tout à coup, le chapeau et sa tête disparurent en un léger pop !. Une grande partie des élèves hurla de rire alors que des filles se mirent à crier de terreur.
– Et hop, on l'enlève.
Fred tâtonna dans le vide dans l'espace où se trouvait ses épaules et sa tête réapparut quand il sembla tirer sur la pointe de quelque chose. Une salve d'applaudissements accueillit cette prouesse, et tandis que les jumeaux s'inclinaient pour saluer leur public, Hermione grogna quelque chose à propos de brûler toutes leurs Boîtes à Flemme.
Les inventions Weasley faisaient un véritable tabac à Poudlard. La foule mit un long moment à s'éparpiller et aux alentours d'une heure du matin, ils n'étaient plus que tous les trois dans la Salle Commune. Tout à coup, la tête de Sirius apparut entre les flammes et Harry poussa un petit cri ravi. Revoir enfin son parrain était sans doute la meilleure chose qui lui était arrivée depuis des semaines...
ooo
Le lendemain à Sinuesa Valley, le lycée de la ville connut son premier grand débat de l'année pour l'élection de la présidente ou du président des élèves. Tous les étudiants et leurs enseignants étaient rassemblés dans le gymnase où des chaises avaient été disposées. Au fond, quelques parents avaient fait le déplacement pour pouvoir admirer les premiers pas de leurs enfants dans une carrière politique.
Les Bradsprit étaient là et hissaient le cou pour apercevoir Kendall. Ce dernier semblait incroyablement nerveux et fixait ses genoux d'un air concentré. Un peu plus loin, appuyée contre une des poutres extérieures, Cha babillait des informations à Nyx qui s'était faufilée parmi la foule pour pouvoir assister au débat.
– Je suis contente que ça se termine enfin, avoua Cha en sortant de la poche latérale de son sac à dos sa vieille Gameboy. J'en avais assez d'entendre parler de la campagne d'untel et machin. Ça fait un mois que ça dure et l'heure du vote a sonné.
Les urnes seraient disponibles tout le week-end jusqu'à lundi, les résultats étant dévoilés à la fin de cette journée. Dans le collège de Nyx, il n'y avait pas d'élection de cette ampleur car on les estimait encore trop peu matures pour endosser une telle responsabilité. Il n'y avait que les délégués et Nyx trouvait ça très bien pour le peu que les élus faisaient.
Elle savait bien qu'être président des élèves apporterait à Kendall un prestige supplémentaire et suffisant pour être admis dans une grande université sans trop se faire de soucis (sans compter la bourse d'étude Andrew Burst qu'il dégoterait), pourtant, au fond d'elle, elle espérait qu'il ne l'emporte pas. C'était très égoïste de sa part mais Nyx était certaine que s'il gagnait, ils ne se verraient pratiquement plus, sauf, peut-être, lors des séances de Muggle Quidditch.
– Elle, dit Cha en désignant une jeune fille rousse qui rigolait un peu plus loin, c'est Jenny. C'est la fille du professeur de mathématique. Il n'y a pas grand monde qui l'aime parce que c'est une grosse garce. Ils se contentent de faire semblant, parce qu'ils ont peur qu'elle répète tout à son père. Et elle en serait bien capable. Jenny se croit très populaire. Elle vit un peu dans son monde et ne se rend même pas compte que les gens ont juste envie de lui arracher la tête. Je ne pense pas qu'elle représente un danger pour qui que ce soit. Là-bas, c'est Quinsey. C'est un membre du club de chimie. Il a basé sa campagne sur une sorte de méritocratie. En gros, dans son programme, plus tu as de bonnes notes, plus tu as le droit à des privilèges comme, euh, avoir le droit à une double-ration de dessert ou des trucs comme ça. C'est un gars très droit et juste mais il se prend pas pour de la merde non plus. Les conversations les plus ennuyantes que j'ai eues dans ma vie, c'était avec lui. Et crois-moi, ça veut dire long quand on sait que mon frère c'est Varro Parker, geek de son état. Quinsey a un programme qui tient la route, ça c'est sûr. Mais personne ne l'a lu. Enfin, personne sauf moi et quelques profs.
– Et pourquoi ça ? s'étonna Nyx en rabattant sa capuche sur sa tête pour ne pas se faire prendre par un surveillant.
– Tout simplement parce que son programme fait précisément quarante-huit pages. Un adolescent moyen ne peut tout simplement pas se farcir ça de son plein gré. Il faudrait être maso, dit-elle en entamant un redoutable match contre un pokémon rare. À côté de ça, t'as Joy. Elle, c'est tout le contraire de Quinsey. Son programme est basé sur le néant, excepté le fait que c'est une putain de cheerleader aux jambes de rêve. Cette fille est débile mais beaucoup de gens voteront pour elle tout simplement parce qu'elle a promis une sortie au parc d'attractions Harry Potter de Londres, à la fête du printemps. La seule candidate sérieuse et à peu près potable c'est Meleen. C'est un peu la voix du peuple, ici, tu vois. Je l'aime bien cette fille. Grâce à elle, on sert des lasagnes le mardi.
– Si tu devais parier pour quelqu'un, est-ce tu miserais sur Kendall ?
Cha eut une moue dubitative.
– Je ne sais pas trop. C'est un gars cool et tout ce que tu veux mais le problème, c'est qu'il fait trop de choses à la fois.
– Comment ça trop de choses ?
– Il s'éparpille, quoi. Il est capitaine des Muggle Quidditch, membre de la prévention contraceptive et des MST, de l'association sportive, et fait des rallyes cérébraux aux pauses déjeuner, énuméra Cha en comptant sur ses doigts. Il participe au parrainage des seniors de la ville, sans oublier qu'il est aussi acteur dans l'émission la plus vue au monde. Je ne sais pas comment il fait pour gérer tout ça... Je suis convaincue qu'ils ont réellement mis au point un Retourneur de Temps et qu'il l'utilise.
Nyx éclata de rire et Cha continua à pianoter sur sa console portable. La proviseure monta sur scène et appela les candidats qui furent accueillis par une vague d'enthousiasme général. Nyx applaudit avec vigueur quand Kendall atteint son pupitre, ajustant son micro. Cependant, elle n'était pas la seule à le faire : au premier rang, une myriade de lycéennes semblaient le dévorer des yeux.
– Qui sont ces greluches ?
– Oh, elles ? Juste son fan club dévoué. Elles le suivent partout. Quand il va aux toilettes, elles l'attendent devant la porte. C'est absolument ri-di-cu-le. Je crois qu'elles espèrent vraiment sortir avec lui depuis un bon bout de temps. En même temps, je peux comprendre : il est vraiment canon, Ken.
Nyx roula des yeux et écouta le discours de Jenny qui était ennuyant à mourir. Apparemment, l'ordre de passage avait été tiré au sort. Ce fut ensuite au tour de Quinsey et enfin celui de Kendall.
– Bonjour à toutes et à tous lycéens de Sinuesa Valley, lança-t-il avec entrain tout en arborant le sourire le plus charmeur qu'il avait en magasin. Je sais qu'en ce moment, la plupart d'entre vous ne pense qu'à quitter le gymnase pour rentrer chez eux après cette longue journée de cours donc je vais essayer d'être bref. Cette année scolaire sera sans doute comme toutes les autres : les cours, les amis et parfois plus si affinités. Ce qu'on a tendance à oublier, c'est que les gens de notre âge ne sont pas que des gamins insouciants. On a aussi nos propres problèmes qu'on intériorise de peur d'effrayer nos professeurs, ou nos parents (Il marqua une pause). Ce que je veux, c'est que vous vous sentiez tous libres de venir me parler. Je prends sincèrement vos intérêts à cœur et je veux que vous passiez de beaux moments ici. J'essaie d'aller à la rencontre de tout le monde et...
– On sait tous que les élections seront truquées ! cria un garçon portant une casquette.
Des exclamations et grognements appréciateurs retentirent.
– Ouais, c'est vrai ça, appuya un autre. Tu vas gagner juste parce que t'es célèbre !
– Non, je... Ecoutez, je pense sincèrement que celui ou celle qui nous représentera ne pourra être que le choix des élèves. Il n'y a pas de favoritisme qui tienne, c'est...
Des éclats de rire retentirent de part et autre du gymnase et Nyx était effroyablement mal à l'aise.
– Pas de favoritisme ? Il se paie notre tête, rugit un adolescent qui s'était levée juste derrière Cha et elle.
La quatrième candidate, la dénommée Meleen, profita de ce moment pour saisir le micro.
– Il est évident que le lycée tente de nous imposer un candidat choisi à l'avance, susurra-t-elle. Ça a toujours été comme ça de toute manière : on nous choisit nos repas, les endroits où l'on va, les sujets qu'on étudie. On choisit absolument tout à notre place alors que nous sommes les premiers concernés, non ?
Des applaudissements ponctuèrent les propos de Meleen alors qu'à côté d'elle, Kendall semblait perdre pied. Nyx trouvait ça effroyablement injuste : il travaillait depuis le début de l'été sur son élection et là, tout allait lui être refusé tout simplement parce qu'on le croyait incompétent et pistonné. À cause de l'émission, Kendall était fiché.
– Je suis un élève comme les autres, tenta-t-il. Il n'y a aucune différence entre vous et moi...
– L'administration nous ment, martela Meleen. Les professeurs nous mentent. Et maintenant ce sont nos propres camarades ? Vous allez les écoutez ?
– NON ! rugit d'une seule voix tous les élèves.
– Vous voulez la transparence ? L'équité pour tout le monde ?
– OUI !
– Vous voulez qu'on vous écoute enfin ? ALORS VOTEZ MELEEN !
Cette dernière lança un sourire narquois à Kendall.
– Eh bien, nous avons, euh, entendu ce qu'avaient nous dire nos quatre candidats, déclara la proviseure. Le lycée sera exceptionnellement ouvert le dimanche pour que vous puissiez voter. Je vous souhaite un agréable week-end et à lundi ! N'oubliez pas de quitter le gymnase dans le calme.
Meleen bondit de la scène sans prendre les escaliers et Nyx eut la soudaine envie de la réduire en bouillie.
– J'imagine que tu la détestes, marmonna Cha en rangeant sa Gameboy. Mais tu dois avouer qu'elle ne manque pas de style...
– Tu dis juste ça parce qu'elle est jolie.
– Rien à voir. Je ne suis pas aussi partiale que la masse. Tu m'insultes, là, plaisanta Cha. Mission d'infiltration réussie ?
– On peut dire ça comme ça.
Le gymnase se vida petit à petit et les parents encourageaient leurs enfants. Cha et Nyx se tinrent à l'écart des Bradsprits qui semblaient remonter le moral de leur fils. Finalement, Kendall finit par les rejoindre, les mains enfoncées dans les poches de son jean.
– J'ai été pitoyable.
– C'est vrai, affirma Cha. Mais tu n'as pas besoin de l'approbation et de l'amour de la plèbe pour t'en sortir dans la vie. Dis-toi juste que ce sont des péquenauds. Dans deux ans, tu seras dans l'une des universités les plus brillantes au monde et dans dix tu seras le patron d'une fabuleuse entreprise. Et tu sais ce que fera le gars qui t'a hué tout à l'heure ? Il nettoiera ta piscine pour six dollars de l'heure.
– C'est... réconfortant.
– Je sais, Ramsey. C'est pour ça que tata Cha est là.
Ils commencèrent à partir bras-dessus, bras-dessous, Nyx trottinant derrière eux, toujours inquiète de se faire surprendre. Une fois en-dehors du lycée, elle enleva sa capuche et prit la main de Kendall.
– Moi je t'ai trouvé courageux. Tu ne t'es pas trop laissé faire. Pour fêter ça, je vous invite tous à boire un milkshake.
Cha eut un petit couinement surexcité et embrassa la joue de sa meilleure amie.
– Que le monde est parfait quand on a des potes riches !
Ils marchèrent vers le centre-ville quand un adolescent en BMX les rattrapa.
– Hey ! Kendall !
– Salut, répondit-il.
Il toucha le poing de l'autre avec le sien.
– Ah, euh, les filles je vous présente Nasir. C'est un de mes super potes.
– Enchantée de te connaître, prononça Nyx.
– Vous allez où comme ça ?
– Boire un verre. Tu peux venir avec nous si tu veux.
– Ouais, pourquoi pas. Tu es Nyx, n'est-ce pas ? Depuis le temps que Kendall parle de toi...
– Ah bon ?
La concernée eut un immense sourire qui ne la quitta pas jusqu'à ce qu'ils entrent dans le café-restaurant. La mère de Cha les installèrent tous les quatre à une banquette et ils commandèrent. Les cheerleader du lycée étaient également là et Nausikaa s'approcha pour les rejoindre. Cha, ayant brusquement perdu de sa splendeur, se cacha derrière l'immense carte à pâtisseries.
– Je voterai pour toi, Kendall, assura-t-elle. Tu es mon cousin préféré. Et puis, ajouta-t-elle tout bas, j'ai pas envie que Jenny l'emporte. Elle me les brise déjà suffisamment comme ça. Bonne soirée à tous.
Derrière sa carte, les yeux de Cha la suivirent jusqu'à la sortie. Mrs Parker revint quelques minutes plus tard avec quatre milkshake et des poulets frits à partager. En constatant la complicité entre Nasir et Kendall, Nyx réalisa qu'elle savait encore très peu de chose sur ce dernier.
– Au fait, demanda Cha à Nasir, pourquoi tu n'étais pas là à la fête dans les bois ?
– Fête religieuse, marmonna Nasir entre deux bouchées. Pas pu me libérer. Mais on refera ça bientôt ?
– Tu vis de quel côté de Sinuesa ? interrogea Nyx.
– Près de la rocade. En face de la plage.
– Mes grands-parents vivent là-bas. Ce sont juste de vieux cons.
– 'S'appellent comment ?
– Bree et Garrett O'Weill.
– Mmh, je confirme. Ce sont mes voisins et ils sont cons. J'ai l'impression qu'ils surveillent tout ce qu'on fait... Dites, vous deux, dit-il en désignant Kendall et Nyx avec son pilon de poulet, vous tenez le coup depuis le piratage du Harry Potter Show ? Il paraît que ça devient tendu du string là-bas.
Apparement, le F.H.M. avait bluffé en ce qui concernait la diffusion de la copie des scripts. Mais pour être certaine de s'en prémunir, la production avait eu une réunion exceptionnelle. Ils avaient récrit une bonne partie de la trame générale de cette quinzième édition afin de pouvoir s'assurer une longueur d'avance et la distraction du public. Tout cela avait été fait en huis clos afin d'éviter toutes fuites possibles.
– La sécurité est renforcée, admit son ami en étalant son bras sur la banquette bleu-vert. Pour certains acteurs ça devient le bordel. Tu te rends compte qu'ils essaient d'imposer des heures supplémentaires pour ceux du casting officiel ? C'est du délire.
– Et ton pote là, qui joue Draco...
– Dylan.
– C'est ça, Dylan. Il tombe de sommeil à chaque prise.
– Je crois qu'il n'a pas vraiment eu une nuit complète depuis près de dix jours. C'est un truc de dingue. Son jumeau veut toujours pas revenir travailler tant qu'on n'arrêtera pas d'utiliser la scarification sur Harry.
– Mmh, c'est juste un homme de parole, souligna Cha. J'aime ça. Quoi ? Il est pas comme tous ces politiques qui ne tiennent pas leurs engagements.
– Si tu fais référence au fait que j'ai promis une distribution de FizzWizzBizz dans la cour la semaine dernière..., commença Kendall.
– Moi ? Je ne suis pas aussi mesquine ! se révolta Cha.
Nyx roula des yeux et ces derniers tombèrent sur l'écran de la télé suspendue au-dessus du bar. Encore une fois, celle-ci était allumée sur le direct de Harry Potter. Il était en train de feuilleter un magazine quand tout à coup, il reçut du courrier de la part de Hedwige qui avait faiblement toqué contre le carreau avec son bec.
– C'est une lettre de Sirius ! s'exclama-t-il tout bas à l'adresse de Ron.
– Qu'est-ce qu'il dit ?
– De ne pas m'inquiéter pour ma cicatrice et mes rêves, lut rapidement l'apprenti sorcier. Et de rester calme pour Ombrage.
– Ce n'est pas très nouveau ça, fit remarquer son meilleur ami.
– Attends, il dit quelque chose à propos de Hagrid ! Il faut qu'on en parle à Hermione !
Les deux garçons se précipitèrent vers le dortoir des filles et commencèrent à grimper les escaliers.
– Cinq ans qu'il est à quelques mètres d'une cage à poules et il en profite même pas pour mordre un morceau, s'écrit un type accoudé au bar, le nez levé vers l'écran. Bah dis donc, il est long à la détente ce gugusse. Je me demande pourquoi il n'y est pas allé plus tôt...
Mais Harry avait à peine mis le pied sur la sixième marche qu'une alarme stridente retentit et que les escaliers en colimaçon se rétractèrent, laissant place à un toboggan. Ron et Harry se mirent à glisser et les autres élèves se moquèrent gentiment d'eux. Une fille de quatrième année glissa sur la rampe avec ravissement et lissa les plis de sa jupe avant de quitter la Salle Commune.
– Comment ça se fait qu'on ait pas le droit d'aller dans les dortoirs des filles ? grogna Ron, remettant de l'ordre dans sa tenue.
– Ca me paraît plutôt évident, non ? dit Ginny, confortablement installée dans un fauteuil. Les fondateurs faisaient plus confiance aux filles qu'aux garçons.
Kendall semblait affreusement mal à l'aise et touillait le reste de son milk-shake.
– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Nasir.
– Rien.
– Allez, dis.
Kendall prit une inspiration et chuchota :
– S'il y a des alarmes dans les dortoirs des filles c'est parce que... parce que y'a deux ans, une figurante s'est faite violer chez les Serdaigle, en pleine nuit, par un gars de sa maison. Les parents et la fille ont porté plainte, bien sûr. Ils ont essayé d'étouffer le procès pour laisser paraître une vitrine sur... sur les conditions de vie des figurants. Avant, c'était autre chose. Les figurants n'étaient pas autant surveillés et pris en charge. Y'avait de l'abus dans la hiérarchie et entre les acteurs... J'ai vu la fille quand ils l'ont emmené à l'infirmerie. Elle n'arrêtait pas de pleurer. C'était... horrible.
Cha avait la bouche grande ouverte de stupéfaction.
– Y'a beaucoup de détraqués dans le studio, en fin de compte, résuma Kendall, les yeux rivés vers sa boisson. Entre les assistants ex-taulards, les toxicos qui passent de la marchandise aux acteurs sous le manteau... les jeunes acteurs qui se droguent déjà pour tenir le coup, les gars rendus hyper violents à cause de l'enfermement, les hystériques, les gens qui confondent la réalité et le show et deviennent de purs mythomanes... Ça fait une belle brochette de cas sociaux.
– Et tu m'as encouragée à venir rejoindre ça ? s'ulcéra Nyx, les yeux grands ouverts.
– Je ne t'ai pas encouragée ! se défendit Kendall.
– Tu m'as dit que ça serait cool de faire partie du casting, rappela-t-elle.
– Ouais, c'est vrai. J'ai peut-être dit ça. C'était plutôt cool jusqu'ici, non ? Tu as pu profiter de plein de nouveaux trucs... Ce que je veux dire c'est que parfois il faut ne pas regarder les aspects négatifs et profiter de la chance qui nous est offerte. Et... Et je ne laisserai personne te faire du mal que ce soit ici ou là-bas.
Nasir, Kendall et Nyx finirent par quitter le café-restaurant peu avant dix-neuf heures. Cha resta avec sa mère pour l'aider à la fermeture. En arrivant chez elle, Nyx trouva – comme d'habitude – ses parents vautrés devant la télé à suivre avec avidité le show.
– … Je crois que les téléspectateurs sont curieux de savoir de quelle manière vous arrivez à choisir les rêves de Harry à sa place, demanda Mike Flickerman avec un sourire ravageur. En ce moment, il rêve souvent d'une porte noire. Peut-on savoir de quoi il s'agit ?
– Non, répondit calmement Andrew Burst. Ça serait vous gâcher le suspens. Mais je peux vous expliquer grossièrement de quelle manière nous arrivons à projeter des images dans l'esprit de Harry. La cicatrice de Harry comporte une diode qui, en plus d'impulser des ondes grâce à une télécommande, peut aussi en recevoir d'autres. Cette diode est hypersensible à certains flux. Nous les avons concentrés dans patch neurotransmetteurs camouflés dans les oreillers de Harry. C'est pour cela que lorsqu'il dort il reçoit des séquences vidéos directement dans son cerveau grâce à l'exacerbation de son nerf optique. Ce sont des images filmées en studio des mois à l'avance et qui sont projetées dans l'aire visuelle de son cerveau. C'est un peu comme... comme le procédé qu'on utilise avec le cinéma en plein-air. En bien plus compliqué. Contrôler les rêves de Harry est une prouesse technique encore jamais atteinte dans l'univers de la téléréalité...
Nyx monta dans sa chambre et tira de sous son lit le magazine du Time. Elle avait pris l'habitude de relire certains extraits, comme pour les apprendre par cœur. Plus elle reparcourait l'article, plus elle mesurait l'horreur de la situation.
UNE AIRE D'INFLUENCE SANS FIN
« Celui qui contrôle les médias, contrôle les esprits » disait Jim Morrison. Grâce à ses très nombreux contacts, le très célèbre producteur parvient à se faire une place de choix parmi les entrepreneurs les plus fortunés. L'émission « Harry Potter » n'est pas qu'une affaire de rentabilité mais également de relations et d'influence. En générant autant de flux et étant visionné dans plus de quarante-sept pays à travers le monde, Andrew Burst dispose d'un pouvoir immense. Il peut, à travers son show, diffuser des produits ou des messages qui seront très largement diffusés. Cet impact non-négligeable inquiète tout particulièrement les autorités d'états dit ''protectionnistes''.
La Suède qui, au nom des droits de l'enfant, interdit strictement toute diffusion de l'émission, critique ouvertement cette télé-réalité. Elle n'est pas la seule. Il y a deux ans, cinq autres pays l'ont rejoint formant la coalition TPC (The Pottermaniac Containment). « Nous refusons que nos concitoyens deviennent des zombies ayant subi un lavage de cerveau », martèle le chancelier allemand. Ces propos très forts ont valu quelques conflits diplomatiques avec la Grande-Bretagne. Mais le chancelier n'en démord pas : « Voilà où cette folie nous mène. Les états se mêlent et condamnent les autres pour le simple fait de refuser de diffuser leurs émissions ». Quelques citoyens Allemands félicitent le choix de leur gouvernement : « Je suis bien contente qu'on ne diffuse pas Harry Potter dans notre pays », affirme Marla, trente-sept ans, « Cette émission est tout simplement horrible et n'élève pas du tout l'esprit. Je ne la trouve pas bien différente des autres, hormis, peut-être, sur la question du budget. Cette série m'a toujours effrayé... Si ça se trouve, dans quelques années les gens feront comme dans Hunger Games et regarderont des enfants s'entretuer pour une corbeille de pain ».
D'autres sont absolument révoltés de voir que leur pays leur prohibe l'accès à Harry Potter. « J'ai dû investir dans une antenne satellite ultra-puissante », avoue Stan, expatrié en Indonésie, « Ce n'était pas prévu dans mes dépenses de cette année mais je pense que le sacrifice financier en vaut la peine. C'est une très belle émission, pleine de valeurs ». Afin d'aider les téléspectateurs à frauder, la production leur offre un chèque de remise valable sur des antennes ou des routeurs internet qui débrident les liens censurés par la police des mœurs.
Le lobby Harry Potter devient si puissant qu'il devient très difficile – voire impossible – pour des gouvernements de véritablement l'endiguer d'une manière efficace. « Les gens ne comprennent pas qu'on censure ça pour leur bien », affirme le président de l'association No Harry, No cry. « D'accord, c'est un peu présomptueux de le formuler ainsi, mais je pense sincèrement qu'on gagnerait plus à arrêter l'émission qu'en la poursuivant. Les personnes qui la regardent sont totalement intoxiquées et manquent de discernement. Maintenant, on ne peut même plus dire qu'on déteste la série sans se faire agresser verbalement ou physiquement ! ».
Nous pouvons entre autres mentionner le jeune Jamy, treize ans, passé à tabac dans un collège de l'Illinois pour avoir oser critiquer ouvertement la série et insulter les acteurs. Il en est sorti avec une commotion cérébrale et deux côtes brisées. Jamy Ford, désormais âgé de dix-huit ans, est un des membres actifs du F.H.M. aux Etats-Unis. Il tient des conférences à San Diego et promet des cures de ''désenvoûtement'' de la série aux personnes qui viennent le consulter. Il évolue parmi une communauté altermondialiste de la mouvance vegan. Andrew Burst a très bien compris ce principe : « En bien ou en mal, l'important c'est qu'on parle de toi », et l'applique avec soin pour étendre son aire d'influence.
Nyx reposa le magazine et décida d'écouter de la musique pour se changer les idées. Elle plaça un CD dans sa chaîne Hifi flambant neuve. Une mélodie crachota les paroles suivantes :
If you wanna be somebody,
If you wanna go somewhere,
You better wake up and pay attention.
Ooo
Dawn marchait en direction de la ligne de métro Andrew Burst. Il montra rapidement son badge aux assistants qui en gardaient l'entrée, capuche rabattue sur la tête. La navette était absolument vide, hormis le chef de convoi qui renflouait les bacs de sucreries sous les sièges.
Pour évacuer la pression, il commença à écouter quelques mélodies sur son baladeur et arriva au studio bien trop vite à son goût. Dawn se laissa fouiller aux portiques de sécurité et finit par entrer dans le village souterrain puis se dirigea vers les appartements qu'il occupait en temps normal avec son frère jumeau. Les lumières étaient éteintes. Dawn traversa le petit salon et se faufila jusque dans la chambre de Dylan. Ce dernier était là, assis sur son lit à répéter à mi-voix les lignes d'un script qu'il semblait lire en boucle depuis un long moment. Quand Dawn entra, Dylan eut un grand sourire et fonça vers lui pour le serrer dans ses bras.
– Je savais que tu reviendrais !
– Je ne suis pas revenu parce que j'ai changé d'avis. Je suis revenu pour t'aider, corrigea-t-il. Passe-moi ça.
Il attrapa le script et le balaya du regard.
– Je suis désolé de t'avoir imposé mon départ...
– Non, tu ne m'as rien imposé du tout. Je... J'aurais dû faire comme toi et partir. Mais je... je ne me voyais pas le faire. Je suis quand même attaché à cet endroit.
– Je sais. T'en fais pas. Tout finira par s'arranger. Je te le promets.
Dawn accorda un sourire à son jumeau.
– Tu as l'air à bout de forces. Endors-toi.
– Et le show ? Je veux dire, tu vas jouer à ma place ?
– Oui, c'est ça... je vais jouer à ta place.
Il enleva sa veste et commença à feuilleter les photocopies tandis que son jumeau semblait se détendre, allongé sur son lit.
– Tu as regardé l'émission depuis ?
– Non. Je sais juste que des gens ont essayé de la pirater dernièrement.
– Oh... Tu veux que je te fasse un résumé de ce que tu as manqué ?
– Mmh, ça ne m'intéresse pas vraiment. Je le fais juste parce que t'es mon frère et que j'ai pas envie que... que tu te retrouves au bout du rouleau et à moitié cinglé.
Dylan arbora un large sourire.
– Merci.
– De quoi ?
– Eh bien, depuis qu'on est tout gamins tu prends soin de moi. (Silence) Tu crois que je pourrai sortir un peu ? Tu sais, dehors... voir un peu Papa et Maman.
– Oui, je vais demander à ce que des assistants t'escortent demain matin. Allez, dors.
Dawn referma la porte derrière lui et commença à étudier le nouveau script en étant effroyablement inquiet concernant le psychisme de Harry et l'évolution que pourrait avoir leur relation à l'écran.
Ooo
Le samedi était ordinairement travaillé par Dylan alors de nombreuses personnes se trompèrent sur son identité quand ils l'aperçurent. Le retour de Dawn dans les studios fut accueilli avec un enthousiasme mitigé : si pour certains c'était un véritable soulagement, pour d'autres ils n'en avaient strictement rien à faire. Andrew Burst était tout de même passé avant son entrée sur scène pour le rabaisser devant tout le monde. « Alors, on n'arrive pas à vivre loin des feux de la rampe ? », avait-il lancé d'un ton narquois avant de retourner dans son bureau. Dawn avait serré les poings : il le faisait pour son frère.
Le cloisonnement avait sérieusement atteint le moral de Dylan, autant qu'il récupère. Les couloirs de Poudlard étaient plutôt calmes en ce samedi matin. Dawn se rendit dans la Grande Salle afin de prendre son petit-déjeuner. Comme à l'ordinaire, il s'assit au milieu de la table des Serpentard sans accorder le moindre regard à qui que ce soit et commença à beurrer ses toasts qu'il mangea en silence.
En levant la tête, son regard rencontra celui de Harry. Il avait l'air de chercher quelque chose, une réponse dans ses pupilles. Dawn détourna les yeux et continua de beurrer ses toasts. Il attrapa sa fourchette et commença à manger. Dans le revers intérieur de sa robe de sorcier était collé son bipeur-vibreur. Apparemment, il devait se rendre dans le parc de Poudlard avec son sac pour faire semblant de réviser. Ça tombait bien, il n'aurait pas à supporter la présence des autres encore quelques heures... Il attrapa ses affaires et quitta la Grande Salle. Dehors, un soleil radieux illuminait la pelouse resplendissante. De nombreux élèves étaient déjà là, assis à papoter de tout et de rien.
– Hey ! ARRÊTE-TOI !
Dawn reconnut très nettement la voix de Harry. Il se figea et se retourna, s'imprégnant de son personnage.
– Quoi, Potter ? dit-il de sa voix traînante.
– De quelle main tu attrapes le Vif d'Or ? demanda-t-il.
– T'es tombé sur la tête de bon matin ou...
– RÉPONDS ! cria-t-il.
– J'attrape le Vif comme je peux. Dans le feu de l'action c'est un peu difficile de savoir ce genre de choses.
– Alors pourquoi je sais que tu attrapes toujours le Vif de la main droite et que là, dans la Grande Salle tu t'es servi avec la main gauche ?
Dawn voulut sourire, heureux que Harry fasse enfin attention à ce genre détails cruciaux. Mais il se retint de justesse et arbora simplement une moue dégoûtée.
– Je ne savais pas que tu faisais une obsession sur mes mains. Et pour l'information, je suis ambidextre, Potty.
– Je ne te crois pas, grogna Harry.
Dawn haussa des épaules.
– Et qu'est-ce que ça peut bien me faire ?
Il reprit sa route d'une démarche nonchalante jusqu'à un majestueux hêtre.
– Qu'est-ce que tu n'arriveras pas à faire ? poursuivit Harry d'une voix suffisamment forte pour qu'il l'entende de là où il est.
Dawn leva le nez de son livre et dit :
– De quoi tu parles, Potter ?
– De ce que tu as dit à dans les toilettes des filles...
– Je...
Il fallut quelques secondes à Dawn pour comprendre que Harry parlait d'un événement qui s'était produit lors de sa phase de grève.
– Je préfèrerais que tu oublies ce que j'ai bien pu dire là-bas, prononça prudemment Dawn.
– Tu pleurais, Malfoy, ajouta Harry d'un air troublé. Je veux dire... Tu avais l'air de traverser une épreuve assez intense... Tu n'as pas l'air de te souv-...
– Harry !
Le concerné fit volte-face. Dean Thomas s'était approché, tenant un Freesbie à Dents.
– Tu veux jouer une partie ?
Pourquoi tout le monde avait tendance à l'interrompre dès qu'il tentait d'approcher Malfoy ? D'abord Hermione, puis Ron et maintenant Dean ? Malfoy avait profité de la distraction pour lire d'un air concentré son livre. Brutalement, Harry le lui arracha des mains et le jeta au loin.
– Je finirai par savoir ce qui se trame avec toi, cracha-t-il avant de repartir vers le château en de grandes enjambées.
Dawn le regarda s'éloigner et, pendant une fraction de seconde, se permit de rêver au jour où Harry découvrirait le secret de polichinelle.
Ooo
Caspia, La Présidente du Free Harry Movement, fixait d'un air imperturbable le moniteur de l'écran. Sur ce dernier, Harry se dirigeait vers la tour Gryffondor. Elle attrapa sa tasse de thé et but quelques gorgées en observant son protégé. Il semblait en colère, révolté même. La Présidente ne pouvait que comprendre pourquoi : les choses commençaient à échapper au contrôle de Harry, et par extension, à celui de la production.
Andrew Burst avait bien tenté de les traquer après leur mission de piratage, mais le FHM avait pris ses précautions en diffusant, entre autres, leur message depuis l'étranger. Leur petit appel à l'insurrection n'était pas passé inaperçu : de nombreux médias avaient pris le relais. Même si Burst avait décidé de ne pas se prononcer sur la nature de ces évènements, il ne pourrait plus nier leur existence encore très longtemps.
La Présidente avait du mal à comprendre pourquoi il ne mettait pas fin aux retenues de Harry avec Ombrage. Ça calmerait déjà le jeu et pourrait le faire reconquérir des points de popularité auprès de ses téléspectateurs. Au lieu de ça, la production s'entêtait : sans doute était-ce de la fierté mal placée.
– Miss Willerma est prête.
– Très bien. Faites-la entrer.
Son caporal inclina la tête et quitta le bureau. Le quartier général du FHM, a contrario des studios, n'étaient pas sous terre, mais au-dessus du sol. Ce dernier se situait dans un château d'eau réhabilité de la campagne du Sussex. Cet endroit clos et en hauteur donnait l'illusion à la Présidente d'être quelqu'un d'important. Elle se leva, les mains derrière le dos, prête à affliger un nouveau coup de poing à Andrew Burst.
Tant qu'elle aurait encore un souffle et un semblant de bon sens, personne ne l'empêcherait de faire ce qu'elle avait prévu depuis de longues années déjà. La porte de son bureau se rouvrit et une adolescente pénétra à l'intérieur. La Présidente l'entendit s'approcher mais ne se retourna pas tout de suite, comme préservant un semblant de suspens qui n'existait nulle part ailleurs que dans sa tête.
– Bien, vous savez pourquoi vous êtes là, j'imagine, déclara la Présidente du FHM. La phase d'infiltration est presque aboutie et nos soldats occupent déjà leurs positions. À partir de maintenant, il sera impossible pour nous de nous revoir. Alors soyez vigilante à ce que vous faites et surtout à ce que vous dites une fois que vous serez dans les studios. Je sais que vous portez nos intérêts à cœur mais il serait dommageable que vous ruiniez nos efforts en confondant vitesse et précipitation.
– Oui, madame la Présidente.
– Dites-moi, comment ça se passe dans les studios en ce moment ? Vous avez pu voir Harry de près, ces derniers jours. Tu penses pouvoir le rapprocher de nouveau ?
– Pour être honnête, je crois que ça sera très difficile avec mon statut de silhouette. J'ai bien réussi à m'infiltrer à la réunion d'autodéfense à la Tête du Sanglier, mais c'est plus un coup de chance... Occuper le rôle de Marietta Edgecombe n'est pas simple et...
– Je sais bien que ce ne sera pas simple. Mais la survie de Harry dépend du succès de notre mission.
– I-Ils ont vraiment prévu de le tuer à la fin ?
– J'en sais rien, ce sont des rumeurs qui courent mais nous n'y sommes pas encore.
La Présidente dévisagea Willerma, se demandant encore si elle avait fait le bon choix. Personne ne soupçonnerait une figurante présente sur les studios depuis la onzième saison. Et puis, elle avait un alibi en béton en interprétant une des amies proches de Cho Chang. Andrew Burst ne verrait pas le coup venir, c'est sûr.
– Vous ne m'avez pas encore dit comment je devrai annoncer à Harry la vérité.
La Présidente contourna son bureau et ouvrit le tiroir, lui tenant un album violet au sigle doré.
– Elles contiennent les photos de quelques Conventions de la série. Quand Harry verra les acteurs tous ensemble, la foule, les produits dérivés, eh bien, j'espère qu'il comprendra que tu dis vrai. Nous ne pouvons pas intégrer des objets électroniques à cause des portiques de sécurité, mais j'ai bon espoir que ceci passe inaperçu dans ta valise. L'idée, c'est de le lui donner au bon moment.
– Comment est-ce que je saurai que ce moment sera venu ? Je n'aurai aucun contact avec vous et... et comment je ferai pour lui transmettre cet album sans que personne ne me remarque ?
La Présidente sortit un cutter de son tiroir et déchira la tranche de l'album, puis fit de même avec un manuel de « Les meilleurs joueurs de Quidditch de Poudlard ». Elle inversa les couvertures.
– C'est aussi simple que ça. Harry n'est encore jamais tombé sur ce livre, tout simplement parce qu'il n'existe pas dans le catalogue officiel. Nous avons choisi le titre en fonction des centres d'intérêt de Harry. Il sera intrigué et voudra sans doute en savoir plus sur son père. Il se dira qu'il pourra trouver des informations à propos de lui à l'intérieur. Et quand il l'ouvrira...
La Présidente eut un petit rire et Willerma saisit l'objet de leur vengeance.
– Ne nous déçois pas, d'accord ?
– Jamais. Je veux que ce crime cesse.
Ooo
Cha et Nyx se baladaient dans le centre commercial de Sinuesa Valley. Les deux jeunes filles avaient décidé de profiter de cette journée du samedi pour faire quelques achats avec les récentes primes touchées grâce au Harry Potter show. Cha léchait joyeusement sa glace en fredonnant une chanson stupide tandis que sa meilleure amie se faisait aborder par des habitants lui demandant des autographes.
– Je ne vais jamais m'y faire, grommela-t-elle tandis qu'elles entraient dans un magasin d'électronique. Ça y'est ils m'ont vu deux trois fois sur leur télé et ils se sentent plus pisser.
– Mademoiselle, intervint un vigile, vous n'avez pas le droit de manger dans notre boutique.
Cha regarda sa glace à peine entamée et désigna Nyx de son pouce.
– Je sais mais ma meilleure amie est très célèbre. Elle travaille pour la Andrew Burst Production, vous voyez.
Le vigile eut un sourire désolé.
– Ah oui, je m'excuse. Passez une bonne journée.
Nyx eut un air partagé entre l'amusement et l'ébahissement tandis que Cha gloussait de plaisir.
– Tu m'excuseras mais j'adore ta nouvelle célébrité. Je veux dire, j'ai tous les bons côtés sans même travailler. C'est trop cool. Tu sais que la dernière fois, le gars du supermarché m'a offert un cageot de poires entier juste parce que je te connaissais. C'est ça en fait la vie. Oh tiens, regarde, il est plutôt sympa cet ordinateur. Il vient juste de sortir en plus.
Nyx s'approcha de l'étal de présentation. Depuis que les huissiers avaient pris le sien à cause des dettes de ses parents, Nyx avait presque oublié ce que ça faisait d'avoir un ordinateur rien qu'à elle. Déjà, elle trouvait ça aberrant que sa mère ait décidé de garder Vector, mais ait fait une croix sur le reste.
À croire que l'elfe de maison cyborg avait une véritable valeur. D'un côté, elle en voulait à ses parents d'être aussi faibles face aux produits dérivés de l'émission, mais maintenant qu'elle y réfléchissait plus en profondeur, Nyx réalisait qu'il était difficile – voire impossible – d'échapper aux tentacules de la série.
Partout où elle se rendait, les gens en parlaient ou y faisaient référence. En mettant de côté sa répulsion pour l'émission, elle avait compris que celle-ci réussissait à enfermer les gens dans une sorte de raisonnement unique. Toutes les personnes qui la dépréciaient devait obligatoirement se sentir anormales, stupides ou extrémistes. Même les acteurs du casting officiel qui s'étaient lancés dans une grève, tel Dawn Manford, ne s'étaient pas exprimés à ce sujet un peu comme s'ils avaient peur...
– Tu n'as qu'à prendre celui-là, conseilla Cha en désignant l'ordinateur portable le plus design et le plus cher du magasin. Il doit dépoter.
– D'accord, dans ce cas, on aura le même.
– Comment ça le même ?
– Bah, je vais t'en acheter un à toi aussi. (Cha ouvrit grand la bouche) Tu te souviens, l'an dernier j'étais pauvre pour ton anniversaire et t'es un peu l'amie la plus géniale de la terre alors un ordinateur, qu'est-ce que c'est en compensation de tout ce que toi tu m'offres.
– Tu veux que je chiale ici, c'est ça ? grogna l'autre en feintant une légère moue. Je suis pas du genre sentimentale, et tu le sais très bien ! C'est fourbe de ta part... Mais comment refuser. J'ai l'impression que la machine me fait du pied, qu'elle me dit « Toi et moi, bébé, ça va être jouissance sur jouissance ».
Nyx se hissa sur la pointe des pieds pour trouver un vendeur mais son regard tomba sur son professeur d'Histoire qui était un peu plus loin, aux rayon des claviers.
– Tiens, je ne savais pas que Mr Aaron avait un ordi, prononça Cha plus pour elle-même. Je l'imaginais plutôt avec une machine à écrire, façon old-school. Hey, monsieur Aaron !
– Shht !
Mais c'était trop tard. L'enseignant avait levé la tête et regardait désormais dans leur direction.
– Tu ne sais pas que voir un prof en dehors de l'école c'est le démon ? murmura précipitamment Nyx. C'est comme briser un miroir.
– Ouais, je sais, s'amusa Cha en continuant de dévorer sa glace. Mais moi je l'aime bien ce prof. Et depuis que je suis au lycée, il me manque.
Mr Aaron s'était approché avec un sourire aimable.
– Alors, on est venu aussi faire quelques emplettes.
– Oui, répondit Nyx, affreusement mal à l'aise.
Depuis quelle était devenue figurante, puis silhouette pour la Andrew Burst Production, elle avait du mal à le regarder dans les yeux. C'était comme si elle était devenue la garce en chef qui palabrait des bonnes paroles et ne faisait qu'un centième de ce qu'elle pouvait bien raconter. Mais si Nyx avait seulement eu le choix, si ses parents n'étaient pas si obsédés par le Harry Potter show, elle n'aurait jamais fait ça. Ça faisait partie de ses certitudes.
– Ecoutez, monsieur Aaron, commença-t-elle. Je sais ce que vous pensez de moi, que je ne suis qu'une arriviste et... opportuniste mais ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
– De quoi tu parles ?
– Du fait que je sois devenue actrice. Je l'ai fait parce que...
– Tu n'as pas besoin de te justifier, Nyx, rassura son professeur. Ça ne me regarde pas ce qui a bien pu te pousser à prendre cette voie. Tu n'as que quatorze ans, et crois-moi qu'en tant qu'historien, je serais mal placé pour faire des jugements de valeur. Rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît. Ce n'est pas le camp des méchants contre celui des gentils... C'est bien plus profond que ça et je crois qu'on est d'accord là-dessus.
Nyx hocha de la tête.
– C'est un changement très difficile à assumer, et même si ce n'est pas en adéquation avec ta philosophie de vie, tu es très courageuse de faire tout ça. Je m'étonne même qu'on ne t'ait pas réparti à Gryffondor !
– Ils n'avaient pas envie de soulever des soupçons chez Harry. Apparemment, les acteurs de la maison Gryffondor ne changent pas depuis le début, informa-t-elle.
– Et Kendall ? Il va bien ? Je veux dire, psychologiquement.
– Si vous parlez de son raté au discours de l'élection du président des élèves... débuta Cha. Oh, vous parlez de l'émission. Il a l'air de le prendre bien, comme d'habitude.
– Oui, il a l'air, soupira Mr Aaron. Bon, je vais me dépêcher de rentrer : je dois corriger des copies cet après-midi car je ne serai pas là ensuite. À lundi ! Et Cha continue d'être brillante, s'il te plaît.
– Je ne sais que procrastiner, sir, rétorqua-t-elle en brandissant sa glace qui coula sur le sol impeccable du magasin.
Nyx rattrapa son professeur et dit :
– Mr Aaron, vous croyez que Harry finira par sortir de son cocon ?
– Pas ici, Nyx. Pas ici, chuchota-t-il avant de s'éloigner.
Cha était en train de tester l'ordinateur qu'elle s'apprêtait à recevoir quand un vendeur s'approcha :
– Je peux vous aider ?
– Oui, répondit Cha. Vous me l'emballez dans du beau papier-cadeau et vous écrivez en carte « Tu es merveilleuse, Cha. Signé Cha ».
Le vendeur papillonna des yeux et répondit :
– Euh très bien.
– Et un autre pour moi, ajouta Nyx à mi-voix.
En sortant du centre commercial, Nyx et Cha attachèrent leurs cartons à leurs bicyclettes qu'elles avaient déposées contre le spot de caddies.
– Tu ne l'as pas trouvé un peu étrange ? finit par demander Nyx en commençant à pédaler jusqu'à la sortie du parking.
– Le vendeur ? Trop, il arrêtait pas de regarder mes seins.
– Je te parle de Mr Aaron.
– Pas plus que d'habitude.
Elles passèrent devant la pharmacie de Mr Bradsprit où Kendall était, comme promis, chargé du réassortiment. Nyx entra à l'intérieur, laissant Cha surveiller les vélos.
– Salut, dit-elle. Je vais prendre du sirop contre la toux. Mon père est tombé malade.
Kendall passa derrière le comptoir et scanna la boîte de médicament tandis que Mr Bradsprit sifflotait l'hymne du Pays de Galles. Mr Bradsprit ressemblait beaucoup à son fils, surtout pour les yeux. Nyx ne l'avait pas vu très souvent car il avait l'air de travailler énormément, mais l'avoir sous le nez lui donnait une bonne idée d'à quoi ressemblerait Kendall d'ici quinze ou vingt ans. Ce dernier lui adressa un sourire charmeur et attendit qu'elle lui tende la monnaie.
– Bon, eh bien, euh, à plus tard, déclara-t-elle en rougissant après avoir pris le sac.
– Ouais. Passe une bonne après-midi.
En arrivant chez elle, Nyx regarda Cha déballer son carton avec empressement.
– Au fait, de mercredi à samedi je ne serai pas là.
– Et pourquoi ça ? demanda son amie en levant le nez de sa notice.
– Ca sera le premier match de Quidditch de la saison, entre Gryffondor et Serpentard. Tous les élèves doivent être dans les gradins. D'après Sunny, ça ne sera pas trop pénible.
– Sunny c'est pas l'élève qui vous surveille ?
– Oui, c'est elle. Elle est très gentille.
– Tu ne trouves pas ça glauque qu'une fille à peine plus âgée que toi te chaperonne ?
– Et toi qu'est-ce que tu fais ?
– Je ne te chaperonne pas. Je te guide vers la voie de la sagesse, rectifia Cha. Sinon, je peux dormir chez toi ce soir ?
– Oui, bien sûr.
Silence.
– Tu ne me demandes pas pourquoi ?
– Il faut une raison maintenant pour que tu crèches ici ?
Cha roula des yeux.
– Tu marques un point... En fait, jeudi après-midi, quand tu étais encore au studio, j'ai fait une bourde.
– Quel genre de bourde ? demanda Nyx en encastrant la batterie à son ordinateur portable.
– J'ai, euh, invité Nausikaa chez moi, après les cours. Varro était au travail à Parlm Street et Andy chez ses scouts jusqu'à dix-huit heures, alors... On a commencé à se rapprocher, tu vois. Et là, ça a dérapé, ma mère est arrivé et nous a surprises. Bon, on n'était pas... déshabillées mais ça a suffit pour qu'elle comprenne ce qu'il s'est passé. Elle m'a piqué une crise effroyable. Puis elle n'a pas arrêté de pleurer. Je te jure, je ne l'avais jamais vue comme ça. Enfin, pas depuis que mon père est parti, en tout cas.
Cha n'évoquait pas souvent l'existence de son père. Il était comme qui dirait rayé de la carte. Même avec du recul, Nyx se demandait comment un homme a priori aussi ''ordinaire'' avait pu en arriver à de tels extrêmes.
– Elle n'a pas supporté le choc, faut croire, marmonna Cha. Alors, je peux rester ?
– Oui, évidemment. J'espère juste que ça finira par vite s'arranger.
A l'heure du dîner, elles descendirent dans le living-room où Vector mettait la table. Depuis ses oreilles s'échappait une piste musicale de la treizième saison du Harry Potter Show. John Sommerhearst battait la mesure avec son doigt, se prenant pour un chef d'orchestre.
– Merci Vector, dit-il d'un ton chantant après avoir tapoté le sommet du crâne de l'elfe.
Patti s'installa à la droite de son mari, Nyx en face et Cha occupa la place restante.
– Vous pouvez le faire taire ? demanda Nyx, agacé, en désignant l'elfe.
Aussitôt, Vector s'immobilisa et recracha le CD qu'il avait avalé en un bruit de magnétoscope.
– Bon appétit, bien sûr, marmonna Cha, ironique.
Mrs Sommerhearst attrapa la télécommande de la télévision. Le présentateur du Harry Potter Show apparut, avec son habituel sourire étincelant, à sa droite, se tenait Arnold Burst, occupant le rôle de Ron Weasley dans la série.
– Tu... Tu veux sans doute qu'on change ? proposa sa mère.
– Non, laisse. Je suis curieuse de l'entendre.
– Bienvenue, bienvenue, déclara Mike Flickerman en fixant le moniteur de la caméra alors que les applaudissements pré-enregistrés s'amenuisaient. Nous voici pour notre quotidienne du grand forum où les questions concernant la série sont posées aux principaux concernés. Aujourd'hui, nous avons la chance exceptionnelle d'accueillir avec nous Arnold Burst, le fils adoptif du producteur et concepteur de l'émission, qui interprète Ron. Bonsoir, Arnold.
– Bonsoir Mike.
– Alors, j'imagine que nous avons peu de temps devant nous. Quel est ton alibi pour venir jusqu'ici, dans les entrailles du château, pour ton interview ?
– Disons que ma nouvelle fonction de préfet me permet plus de flexibilité. Je peux m'absenter le soir et revenir comme si de rien n'était. Et puis, Harry est en retenue donc je pense que j'ai un peu de marge.
Nyx attrapa la bouteille de ketchup, absorbée par l'interview. Arnold portait sa robe de sorcier, son insigne de préfet brillant sur sa poitrine.
– N'est-ce pas difficile de vivre au quotidien avec lui ?, interrogea le présentateur. D'être toujours ''coincé'' dans ton rôle ?
– Si, ça l'est, mais je me suis fait à l'idée. J'ai l'habitude et je pense honnêtement être fait pour le cinéma et toutes ces choses.
– Oui, on tombera tous d'accord sur le fait que tu es exceptionnellement doué pour ton âge. Ton rôle est tout aussi crucial que celui de Harry et j'admire ta détermination. Tes improvisations sont toujours subtiles et fidèles à ton personnage. Tu as d'ailleurs été élu le personnage le plus crédible à la Convention Pottermaniac. Convention à laquelle tu n'as malheureusement pas pu assister.
– Oui, c'est un des problèmes liés à mon personnage. En tant que meilleur ami de Harry, je ne peux pas m'absenter très souvent sans que cela ne paraisse suspect. Je passe tout mon temps libre avec lui, au détriment de mes vrais amis. Je me rattrape toujours avec la Convention d'été, une fois Poudlard terminé.
La Convention Pottermaniac estivale réunissait tous les acteurs qui, comme Arnold, ne pouvaient pas s'absenter au cours de l'année pour des raisons de crédibilité scénaristique. Il y avait donc les personnages de Ron, Dean, Seamus, Neville qui partageaient leur dortoir avec le héros de la série.
– Est-ce que, justement, le fait d'être isolé du reste du monde ne te rend pas un peu amer ? Tu sacrifies énormément de choses pour tenir ton rôle, non ? Est-ce que ça ne te manque pas les choses que peuvent faire les adolescents ordinaires ?
– Parfois. Pas tout le temps, en fait. J'aime énormément mon métier et je me suis attaché à une grande partie de mes collègues.
– Parlons de ta relation avec Juno, si tu veux bien. Cette année tu as été nommé conjointement préfet avec elle. À ton avis, qu'est-ce que ça laisse présager pour les prochaines saisons ?
– J'en sais rien, avoua Arnold. Vraiment. Je n'en ai pas encore parlé avec mon père, mais j'imagine qu'il essaie de faire en sorte qu'on se rapproche... J'espère que notre amitié reste palpable pour les téléspectateurs.
– Et ta relation avec Harry ? Comment la définirais-tu ?
– Je crois que... que je suis un de ceux qui le connait le mieux au monde. C'est un garçon ordinaire. Il n'est pas prétentieux ou cruel alors qu'il aurait pu l'être. C'est vrai que de temps à autre il me tape franchement sur les nerfs, mais j'essaie de me contenir pour ne pas lui exploser à la figure. Je l'apprécie, sans plus. En retour, je sais que pour lui, je suis quelqu'un d'indispensable alors je reste et je continue de faire semblant. Harry est très attaché au personnage de Ron. Mais voilà, ce n'est qu'un personnage.
.
.
.
Note : Héhé, il se passe plein de choses dans ce chapitre. J'ai adoré l'imaginer, l'écrire et le redécouvrir en relisant la correction. Je ne m'attendais pas à autant de reviews, dans le sens où c'est quand même les vacances, etc. Donc je pensais plutôt qu'il y aurait cinq pélerins qui liraient le chapitre et basta. Et en fait, non ! Ça m'a agréablement surprise. Merci encore un million de fois. Pour le fan club officiel de Cha (sisi, il existe), sachez qu'elle apparaîtra beaucoup plus par la suite étant donné qu'on aura une mini-trame avec elle à Sinuesa Valley. Je n'en dirai pas plus mais c'était cool à écrire. Ensuite, je tiens personnelement à remercier mon bêta qui roxx sa maman. Puis je remercie les personnes ayant voté pour le dileme à propos du Muggle Quidditch. Apparement vous êtes plutôt contre parce que vous vous dites que ça ralentirait la trame générale et vous avez envie de voir plus de choses liées à l'univers même. D'autres sont plus curieux et on envie de voir à quoi ressemblerait une compétition de Muggle. Je ne comptais pas faire un chapitre entier dessus (y'a qu'à voir le chapitre portant le titre « La Convention », il n'y a pas que ça dedans), mais simplement un match. À titre personnel, j'adore le Quidditch et c'est une des choses qui me plaît le plus dans Harry Potter donc je ne m'en priverai pas ! J'ai discuté de ce souci à une très chère amie (Lixy) et elle m'a dit que mon avis prévalait sur le reste et que je devais d'abord me faire plaiz, en gros. Donc j'ai trouvé un consensus : il n'y aura pas de match écrit en entier pour le Muggle, mais on aura une rapide présentation de l'univers et de quelques équipes (un truc rapide) MAIS il se passera quelque chose entre. Je n'en dis pas plus. Je ne sais pas si j'ai été claire... En tout cas ça s'annonce famoso.
Petite précision sur le dileme précédent : quand je faisais mention des « premiers jours de la série » je parlais de la saison un (c'est-à-dire quand Harry est nourisson), et non pas de la saison onze où il entre à Poudlard ! Pour ceux et celles ayant confondu, veuillez rectifiez vos votes jusqu'à la semaine prochaine pour que je puisse ENFIN écrire la suite *soupir de présentatrice TV* (enfin la suite, j'en suis à la rédaction du chapitre 15).
.
.
.
• Par review :
Voulez-vous savoir comment Willerma (aka Marietta Edgecombe) a été recrutée par le F.H.M. ?
TAPEZ 1 : Pour oui.
TAPEZ 2 : Pour non.
.
.
Qui écrira la 300ème reviews ? Mystère et boule de gum.
Vous me gâtez trop.
