Posté le : 25 Août 2013. Je déménage la semaine prochaine ! Ça s'annonce EPIC.
• Rhaelya : Je trouve ça important de continuer à publier pendant les vacances, surtout lorsqu'il s'agit d'une histoire encore toute neuve. Harry est interpellé par de petits détails et ça va venir progressivement. Le tout c'est de suivre ses progrès.
• PaulineMK : Roh, merci pour tout ! Je prends un réel plaisir à tout que cela soit dans la trame général ou à faire intéragir les personnages. On n'aura pas encore de passage avec le point de vue de Juno mais, une chose est sûre, son interview est prévue au programme ! Fais-moi savoir ton opinion sur ce chapitre et les suivants si tu en as le temps, surtout.
• Fantasio : Dis-toi que tu n'es pas la (le ?) seule à devoir relire le cinquième tome. Je suis obligée de m'infliger la relecture de certains passages pour être certaine de coller au ton original, d'une certaine manière. Je commence à bien le connaître maintenant. Je ne sais pas pourquoi tout le monde trouve Dawn ''terriblement attachant''. J'essaie même pas de le mettre en valeur, en plus. Il doit avoir trop de sex-appeal. Sinon, oui, Arnold est bel et bien l'anagramme de Ronald, mais chut ! C'est un secret. Sinon pour le nom de Nausikaa je n'ai pas cherché à faire une référence à quoi que ce soit.
• Guest : Merci de tes compliments et ton vote a bien été pris en compte ! J'espère que tu aimeras également ce chapitre.
• Iilaydiiz : Je fais ma petite danse de la joie dès que je reçois tes reviews. C'est trop cool. Ouais, Cha is the best. Elle aura son importance par la suite parce que je l'aime autant qu'une tonne de bonbons rien que pour moi (Oui, je sais ça peut être prétentieux d'aimer ses propres personnages mais j'y peux rien u.u). En ce qui concerne Harry, ses doutes s'accentueront au fur et à mesure de l'intrigue même si je ne peux pas trop dévoiler ce que je compte faire... Mystère et boule de gum.
• Mess : La relation Cha/Nausikaa sera abordée dans ce chapitre. Je n'en dis vraiment pas plus parce que ça doit être découvert et j'aime pas spoiler les gens gratuitement (surtout pas mes lecteurs d'amooooûûr). Sinon je suis tout à fait d'accord avec toi sur la psychologie de Harry. Je crois qu'à sa place, j'aurai mis deux fois plus de temps à remarquer des trucs tout con. Je suis du genre assez étourdie, parfois, hein. Je suis une flèche dans certains domaines mais pas dans tous. Je te fais un gros bisou et à la prochaine !
• Cat240 : Au bout d'un moment, Dawn était obligé de revenir pour le bien de l'intrigue, mais c'est sûr que si j'avais un crédit illimité de chapitres et de nombres de vies à passer sur cette fic, ça aurait bien pu durer trente ans à ce petit jeu là. Pour ne pas se perdre dans persos ou l'intrigue, je suis obligée de me faire de nombreuses petites fiches et brouillons avec des phases, des mémos etc. Bref, pour l'instant je tiens et j'espère que ça va continuer ainsi. Sinon oui je me suis beaucoup documenté sur le monde de la téléréalité en général. J'ai lu dernièrement un ouvrage de Jost, qui est un sociologue spécialisé dans le domaine. J'ai feuilleté des interviews, comparé des concepts, regarder ce qui plaisait au public en général (j'ai même utilisé ma sœur pour savoir ce qui l'intéressait le plus là-dedans etc.). Je trouve qu'en collant avec la réalité, on peut arriver à un truc de saisissant qui fait suffisament froid dans le dos pour qu'on soit un tantinet attentif à cette histoire. Je suis donc très satisfaite du résultat et de voir qu'autant de personnes soient emballées ! Merci du soutien et à bientôt.
• Lucidflesh : Pourquoi je rigole comme une hystérique dès qu'on mentionne le nom de Vector ? Le pire dans tout ça c'est que c'est ma création mais j'arrive à réagir comme la dernière des demeurée. Ce truc me fait doucement flipper : même pas en rêve que j'en ai un chez moi (même si ça serait terriblement pratique). J'essaie de soigner tous les personnages dans cette fic, pour qu'ils aient une identité, un passif et des motivations qui leurs sont propres. C'est pas simple mais c'est suffisamment stimulant pour rester accrochée et offrir le meilleur de soi-même. Pour Harry, je ne trouve pas ça fou qu'il n'ait jamais posé de question sur son univers vu qu'il est né dedans et a toujours connu ça. Pour le cours de théâtre, c'est dans ce chapitre !
• Caro : Je suis super flattée que tu ai décidé de m'écrire une review pour avoir ensuite de si beaux compliments. C'est vrai que je m'applique beaucoup pour offrir une histoire de qualité de bout en bout. Surtout que bon, The Truman Show est un tel chef d'oeuvre que j'avais peur de l'écorcher au passage et ensuite m'attirer les foudres des vrais mordus de cinéma. Mmh, sinon Marietta n'est pas la fille qui s'est faite violer dans son dortoir. La victime a quitté les studios depuis, mais bien essayé ! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances (tu auras le droit de me jeter des tomates pourries si ce n'est pas le cas et de prendre un ticket au bureau des réclamations).
• Tourmaline : Oh, la, la. Ça fait chaud au cœur de lire ça. J'espère que la suite de l'intrigue sera toujours au niveau.
Le mot du bêta – Eymeric : Kalahi ! Les adeptes de « Chair de poule » reconnaîtront peut-être ce mot. C'est un cri de victoire que j'ai poussé en lisant ce chapitre. Parce qu'il est puissaaaaaaaant ! Cette fois encore je suis passé par toute la palette des émotions, et j'ai crié de frustration à la fin. Sinon vous êtes trop géniaux aussi avec vos reviews, j'vous love grave ! La suite de l'histoire promet d'être passionnante, invoquez avec moi le démon de la fanfiction pour booster l'inspiration de notre déesse D Would, même si nous savons qu'elle n'en a pas besoin ;-) Bonne lecture les loulous !
Musiques (ahah, des gens ont remarqué que j'en avais pas mise au chapitre précédent, good readers) :
01. Path (vol. 2) – Apocalyptica. 02. R U Mine – Artic Monkey. 03. Unpretty – TLC. 04. 6 Underground – Sneaker Pimps. 05. Opening Theme (Jurassic Park) – John Williams. 06. When – Elysian Fields. 07. Wonderwall – Ryan Adams. 08. My Kind of Love – Emili Sande. 09. The Story Begins – Nicholas Hooper. 10. The Quidditch Match – John Williams.
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Bonne fin de vacances à tous et excellente lecture !
CHAPITRE XII
« Vu et imprévu (1) »
(1) Titre d'un chapitre du Tome 5 de la saga « Harry Potter ».
« L'imprévu a ses charmes mais il est perfide, et que de désagréables surprises, cruelles même, il recèle souvent... » Damase Potvin.
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Le week-end s'acheva sans que Cha ne retourne chez elle. Heureusement, elle avait laissé suffisamment d'affaires chez Nyx pour ne pas avoir à se retrouver à nouveau confrontée à sa mère.
– Et quand tu devras récupérer des affaires de cours ou autre chose, tu feras comment ?
– Je demanderai à Varro de me les emmener, répondit Cha, la tête appuyée contre le cadrant de la fenêtre. Il fait vraiment moche en ce moment. Ça ne donne vraiment pas envie de sortir.
– Il le faudra bien, dit Nyx en redéposant son bol de céréales sur la table. Le bus ne va pas tarder à arriver.
Mr et Mrs Sommerhearst, tous deux enseignants, étaient partis une demi-heure plus tôt afin de préparer leur classe avant l'arrivée des élèves. Les deux filles en avaient profité pour discuter un peu plus librement autour d'un bon chocolat chaud. Nyx entortilla une de ses mèches bleues autour de son doigt tandis que Vector récupérait la vaisselle sale pour la placer dans son ventre.
Depuis que Nyx avait brûlé les cookies au four, l'elfe de maison faisait semblant de ne pas la voir et maugréait sur son passage des choses comme « Meurtrière de gâteaux » ou « Fille ingrate ». Nyx s'était demandé si son programme révélait enfin ces premières failles puisque les elfes n'étaient pas censé insulter leur maître ou – plus alarmant encore – si Vector savait parfaitement ce qu'il disait. Mais ce n'était qu'un robot, non ?
– Je pense que tu devrais quand même essayer de parler à ta mère à un moment ou un autre. L'important c'est que Nausikaa et toi c'est un peu officiel, non ? Bon, d'accord ce n'était pas comme ça que vous aviez prévu de faire les choses. Tu l'aimes bien. Elle t'aime bien. Alors tout est cool.
– Oui, admit Cha, le regard perdu. Oui, c'est vrai que c'est mieux maintenant que je lui ai dit ce que je ressentais pour elle. J'avais un peu peur mais maintenant, je crois que tout ne peux qu'aller en s'arrangeant.
Cha enfila ses tennis et attrapa son sac à dos alors que le bus scolaire les attendait devant la maison. Nyx la ferma à clef et grimpa à l'intérieur. Durant tout le trajet, sa meilleure amie fut silencieuse. Elles se séparèrent à l'entrée de leur établissement respectif. Nyx était prise de flemme aiguë.
Elle aurait préféré rester sous sa couette à ne rien faire. Elle se demanda même, pendant quelques secondes, ce qu'il se produirait si elle séchait les cours. La production la couvrerait-elle ? Sans doute. À la fin de la journée, Nyx trouva Kendall aux portes du collège, apparemment soucieux. Tout à coup, elle se souvint des résultats de l'élection.
– Salut, dit-elle après l'avoir rapidement embrassé. Alors, tu as gagné ?
– Non, j'ai perdu. Mais, ce n'est pas ça le problème. C'est Cha. J'ai essayé de la calmer, mais... Quand je me suis approché, c'était encore pire.
– Où est-elle ?
– Viens dessus, ça sera plus rapide, dit-il en désignant son Nimbus 2001.
En temps normal, Nyx aurait eut quelques réticentes à grimper sur cet objet démoniaque, mais ça devait être important. Elle eut brièvement un haut-le-coeur lorsqu'ils atteignirent une hauteur vertigineuse en l'espace d'une poignée de secondes.
Nyx se crispa contre Kendall tandis qu'il fonçait à l'est de Sinuesa, vers le stade. En le survolant légèrement, Nyx entrevit un groupe d'élèves s'étant formé au centre du terrain. Kendall atterrit en douceur et elle courut vers la silhouette qu'elle croyait reconnaître. Cha était debout, le nez en sang.
– Mon dieu ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
– On expliquait à ta copine que c'était mal de dire des mensonges, prononça Jenny, membre des cheerleader de sa voix perchée.
Nyx fronça des sourcils. Cha n'était pas du tout du genre à mentir. Et quand bien même elle était en tort, elle ne se voyait pas du tout être de l'avis de ces sales garces.
– Ah oui ? Pourtant, c'est véridique qu'il te faut un mémo pour écrire correctement ton prénom.
Jenny eut un petit rire pincé.
– Oui, mais moi au moins je dors pas avec une gouine. (Elle se tourna vers Kendall) Tu te rends compte, Ken ? Si ça se trouve, tu n'es que sa couverture à mademoiselle arc-en-ciel.
Jenny toucha le bout de ses cheveux par pure provocation et Nyx la gifla en retour tandis que les membres de l'équipe de Muggle Quidditch arrivaient eux aussi dans le stade. Il y eut un mouvement de foule et Nyx, absolument enragée, voulut infliger plusieurs coups de pied à Jenny tandis que Kendall la ceinturait.
– Tu n'es vraiment qu'une pauvre conne ! rugit Nyx.
– Je trouverais ce terme plus approprié en ce qui te concerne. Tu crois bien ces bobards, non ? répondit l'autre en désignant Cha, bouillonnant de rage. Comme si une fille comme Nausikaa s'abaisserait à toucher à un sale laideron comme elle. Charlotte Parker est tellement tarée qu'elle s'invente des romances délirantes avec les filles du vestiaire. Comme si ça suffisait pas de nous reluquer.
– Je ne reluque personne ! se défendit Cha. Et crois-moi que j'ai vu de plus beaux crapauds dans ma vie. Dis leur que je n'invente rien, Nausikaa !
Celle-ci regarda ses amies et hocha de la tête.
– Elle ment. Je ne la connais même pas. Je l'ai juste croisée une fois à la fête de Kendall.
– Sale pute ! hurla Nyx.
– Hey, c'est de ma cousine dont tu parles, se révolta son petit-ami en la repoussant légèrement. Présente-lui tes excuses.
– Et pourquoi ça ? Elle n'a juste pas les couilles d'assumer ce qu'il s'est passé et maintenant elle se planque derrière son petit groupe minable. Je sais très bien que c'est ta cousine. J'ai un cousin moi aussi mais ça ne m'empêche pas de le traiter de con quand il le mérite.
Nyx envoya une oeillade assassine à Nausikaa et dit d'une voix forte :
– Viens, Cha. Ce ne sont que des crétines superficielles.
– Tu ne peux pas t'en aller ! s'écria Kendall. Et qui va nous aider pour le Muggle Quidditch ?
Elle s'arrêta une fraction seconde, secoua la tête, et reprit sa marche.
– Nyx ! criait Kendall derrière son dos alors qu'elle contenait des larmes de rage. Nyx, je... je t'en prie !
Quand elles furent éloignées du stade Nyx attrapa le visage de sa meilleure amie entre ses mains.
– C'est rien, assura Cha avec un sourire crispé. Je te jure que c'est rien. Elles se sont juste déchaînées sur ma petite gueule parce que je suis cent fois plus jolies qu'elles toutes réunies.
– J'en parlerai à mon père. Et comme ça, il fera remonter l'alerte jusqu'au proviseur. Tu sais que c'est un crime ce qu'elles ont fait ? C'est un acte homophobe, non ?
– Non, pas du tout, corrigea l'autre. Elles m'ont frappé parce que je me suis énervée et que je les ai insultées. Pas parce que parfois, quand je bois du soda à la cerise, je préfère les filles. Et quand bien même on en parlerait au proviseur, tu crois qu'il ferait quoi, au juste ? (Nyx ouvrit la bouche pour répondre mais Cha ne lui en laissa pas le temps) Les gens comme elles, les gens comme Kendall ou toi maintenant, eh bien ils sont protégés par la sacro-sainte autorité suprême. Il ne peut rien leur arriver. Où cas où tu l'aurais pas remarqué, la société est injuste. Il y a les gens tout en haut et puis... et puis les autres tout en bas.
Cha était pratiquement hystérique et s'essuyait nerveusement le nez avec le revers de sa manche.
– Tu comptes tellement pour moi et je ne laisserai personne te marcher sur les pieds. Je...
– Ca va, on n'en parle plus. Retourne sur le terrain avec ton équipe de Muggle super populaire, ton copain canon et tes nouvelles supporters canons dans ta petite vie de privilégiée.
Abasourdie, Nyx la regarda un long moment avant de soupirer :
– D'accord tu es en colère, déçue et blessée. Je vais prendre sur moi et passer l'éponge (Cha se laissa tomber par terre, parmi les mottes de gazon retournées). Il s'est passé quoi avec Nausikaa ?
Nyx jeta un regard en biais à son nez ensanglanté : la dernière fois qu'elle avait vu Cha dans cet état, c'est parce que son père l'avait rouée de coups. Nyx n'avait jamais osé demander à sa meilleure amie ce qu'il était devenu après qu'il ait quitté Sinuesa Valley à grands fracas. Son départ avait été accueilli avec grand soulagement et Varro – son grand frère – était revenu de Londres pour s'occuper d'eux.
Quoiqu'on puisse dire de Varro, qui restait un grand flemmard, il n'avait pas hésité une seule seconde à sacrifier son indépendance pour revenir chez sa mère afin de lui filer un coup de main avec les deux derniers. Andy, le benjamin, n'était encore que tout bébé quand Mr Parker avait fini par disparaître dans la nature. Cela devait sans doute lui manquer de ne pas savoir qui c'était et de ne pas pouvoir le contacter. Nyx avait toujours trouvé Andy très adorable. Il avait tendance à se laisser marcher sur les pieds, contrairement à sa sœur. Il donnait envie de le protéger contre tout...
Cette effusion de violence avait l'air de bouleverser Cha bien plus qu'elle ne voulait en laisser paraître. Laisser quelqu'un la frapper la ramenait à d'horribles souvenirs et cela la fragilisait. Cha détestait être dans cet état. Par pudeur, Nyx ne prononça pas un seul mot et attendit patiemment que son amie prenne la parole. Elle s'essuya le bout du nez avec un pan de son tee-shirt, fixant le gravier au sol, la respiration encore haletante. Cha avait fait tout le chemin jusqu'au stade pour parler à Nausikaa, sans doute à l'abris des regards. Et tout le contraire s'était produit.
– C'est pourtant clair, non ? dit-elle en faisant nerveusement claquer le piercing sur sa langue contre son palais. Elle ne s'est pas contentée de me jeter, elle s'est rétractée dès que la nouvelle a tourné que je craquais sur elle. Moi, je pensais qu'elle m'allumait... pas qu'elle voulait assouvir ses envies les volets fermés. Crois-moi qu'après ça, j'aurai du mal à croire en l'être humain. Pour une fois que je m'ouvre aux autres... Tu sais quoi ? La vie serait plus simple si...
– Nyx !
Les deux amies se retournèrent et virent Kendall apparaître dans sa tenue de Muggle Quidditch.
– Je croyais avoir été claire. Je veux que tu nous laisses tranquilles.
Sans se dégonfler, Kendall s'approcha en soupirant et s'accroupit devant Cha. Il lui tendit un peu de glace.
– Quoi qu'on puisse dire, ça fera plus rapidement dégonfler ta joue qu'un coup de baguette magique.
– C'est clair que ça soulage.
– Je dois avouer que c'était sexy de te voir te cogner avec les cheerleaders.
– Ken, gloussa Cha. Petit chenapan, va. Mais j'apprécie le geste : c'est digne d'un véritable gentleman.
Il lui accorda un clin d'oeil.
– Ce garçon est un ange, ça en devient suspect, fit semblant de chuchoter Cha.
– OK, OK, on repart à zéro tous les trois, concéda Nyx. Mais avoue que ta cousine a été une pétasse sur ce coup là.
Kendall leva les yeux au ciel et finit par affirmer :
– Ouais. Je suis terriblement désolé pour toi Cha. Si tu veux je lui en parlerai.
– Merci, Ken. T'es un chic type.
Il balança son Souaffle en l'air et finit par retourner sur le stade. Cha joua un moment avec son sac de glace et dit :
– Est-ce... Est-ce que tu crois que tes parents accepteraient que je reste chez vous même si tu vas travailler au studio tout le restant de la semaine ?
– Tu sais bien qu'ils t'adorent.
– Ils ont bien un elfe de maison, fit-elle remarquer. Ils peuvent bien me garder moi. Quoique, je ne suis pas sûre de leur être plus utile que Vector.
Ooo
Le mercredi matin, le départ pour Nyx dans les studios fut un peu plus émouvant que les autres. Le nez de Cha avait repris une taille à peu près normale et Patti Sommerhearst était plus nerveuse qu'à l'ordinaire.
– Fais bien attention à toi, surtout, hein ?
– Oui, ne t'en fais pas. Et toi prends soin de ma meilleure amie pour moi.
Elle lâcha les doigts de Cha. Ce serait la première fois, depuis qu'elle travaille pour le Harry Potter show, qu'elle passerait autant de temps dans les studios. Heureusement, il y aurait Kendall pour la soutenir. Ce dernier était assis sur la banquette arrière de sa voiture. C'était ses parents qui les accompagnaient jusqu'à King's Cross.
Quand leur quartier ne fut plus visible à travers la vitre arrière, Nyx soupira et ne parla pas beaucoup, y compris dans le trajet en métro. Une fois habillés avec leurs uniformes d'élèves de la maison Serpentard, Kendall et Nyx arrivèrent dans la Grande Salle. Celle-ci était bruyante et pleine de monde. Kendall n'aimait pas trop travailler cette journée-là à cause du brouhaha quasi permanent. Il s'installa à la gauche de Dawn qui épluchait soigneusement une pomme avant de la couper en morceaux. De temps à autre, il le vit jeter des regard furtifs vers la table Gryffondor. Potter avait repoussé une corbeille de fruits sur le côté afin de pouvoir lire à la va-vite sa dernière leçon d'Enchantements.
À la fin de la journée, il apparut que tous les élèves avaient été contactés ''par Hermione'' pour assister à leur première réunion d'organisation d'auto-défense. Nyx était si nerveuse qu'elle avait failli oublier sa baguette magique dans son sac. Un assistant l'avait reconfigurée pour lui donner accès à davantage de sortilèges que lui avait permis autrefois son statut de figurante. Kendall exerça une simple pression sur son épaule pour l'apaiser et ils entrèrent dans la Salle sur Demande. Pour le bien de la scène, celle-ci s'était transformée ''comme par magie'' en une pièce spacieuse, illuminée par des torches et emplies d'objets liées à la pratique de la Défense Contre les Forces du Mal.
Cette fois ci, Nyx et Kendall n'étaient pas les derniers arrivés. Ils s'installèrent sur deux coussins libres entre Terry Boot et Luna Lovegood qui semblait être prise d'un vif intérêt pour les gigantesques bibliothèques murales. On frappa doucement à la porte et un autre groupe d'élèves arriva enfin tandis que Harry n'avait toujours pas fini de saluer tout le monde.
Kendall remarqua de suite qu'il avait l'air vraiment heureux, comme si ça ne pouvait pas être un plus beau moment que de faire de nouvelles rencontres et de faire quelque chose d'illégal. Le jeune acteur se demanda si la production avait l'intention de faire durer cette histoire de groupe secret ou si un élément extérieur viendrait le troubler. Tout le monde finit par se taire, leurs visages levés vers le chef de file.
– Bien, dit Harry, mal à l'aise. Voici l'endroit que nous avons trouvé pour nos réunions et apparemment, il nous convient parfaitement. Et puis, on a tout le matériel nécessaire...
Granger leva la main et prit aussitôt la parole.
– Je pense qu'on devrait élire un chef.
Kendall eut un sourire en coin et prononça d'une voix forte :
– Il va de soit que c'est Potter le chef, non ?
Les autres semblèrent approuver vivement.
– Merci, Zabini.
Pendant un instant, Kendall se demanda à qui il parlait avant de se souvenir de son personnage et de où il était.
– Oui mais je pense qu'il faudrait procéder par un vrai vote, insista la préfète des rouge et or. Ça officialisera ainsi sa fonction et lui confèrera la légitimité nécessaire. Qui veut que Harry soit notre chef ?
Ils levèrent tous la main sans exception et Harry rougit, comme s'il ne s'était pas attendu à un tel plébiscite. Au bout de quelques minutes délibération, ils choisirent comme nom de groupe l'Armée de Dumbledore, car « c'était ce que le Ministère craignait le plus ». Et justement, Kendall ne trouvait pas ça très judicieux de s'appeler ainsi. Mais soit, ce n'était pas son problème si Harry et ses petits copains se faisaient bêtement prendre. C'est la production qui choisissait ce genre de choses. Ils finirent par tous se lever et se mettre en binôme.
– Je pense que commencer par le sortilège de défense Expelliarmus serait une bonne chose, juste pour voir où vous en êtes. Vous essaierez de désarmer votre partenaire à tour de rôle, d'accord ?
Nyx se plaça juste en face de lui. À côté d'eux, il y avait Cho Chang et son amie (Kendall avait du mal à retenir le nom des autres acteurs et avaient tendance à s'embrouiller). Kendall soupira et regarda les autres un instant avant de prononcer :
– Honneur aux dames.
– Expelliarmus !
Kendall ressentit une vibration le long de son bras et sa baguette trembla, sans pour autant bouger.
– Je crois que tu manques d'expérience. Expelliarmus.
La baguette de Nyx fit un vol plané au-dessus des têtes de leur camarade, et finit par atterrir au-dessus d'une armoire. Kendall la fit revenir avec un sortilège d'attraction. Il la rendit à sa petite-amie avec un sourire victorieux et susurra :
– Si tu veux, je peux t'aider à réviser.
– Oui, c'est ça. Tu verras, je finirai par y arriver.
Au second essai, son sort le heurta de plein fouet mais ne parvient qu'à le faire reculer de deux pas. Finalement, un coup de sifflet retentit et l'agitation finit par retomber.
– Ce n'était pas mal, mais il y a de place pour du progrès, déclara Harry. Je crois que vous devriez changer de partenaires pour ne pas trop vous familiariser avec la magie de quelqu'un en particulier. Bon, on reprend.
Nyx se retrouva avec Arnold tandis que Kendall finissait avec la Serdaigle bougon.
– Salut. Comment tu t'appelles ? demanda-t-il en se mettant en position de combat.
– Marietta.
– OK, moi c'est Blaise Zabini.
Une lueur entendue défila dans leurs yeux et ils se lancèrent plusieurs Expelliarmus à tour de rôle. Marietta n'était pas particulièrement brillante, mais restait cramponnée à sa baguette dès qu'il tentait de la désarmer. De temps à autre, elle lançait des regards furtifs dans la direction de Harry, ce que ne manqua pas de réaliser Kendall.
– Il t'intéresse ?
Marietta, décontenancée, fit non de la tête. Au second coup de sifflet de Harry, elle retourna échanger quelques sorts avec Cho. Harry, lui, laissa Neville se débrouiller avec ses meilleurs amis tandis qu'il observait les progrès des autres en traversant la salle. Quand il fut à la hauteur de Nyx, il dit :
– Tu te débrouilles plutôt bien, mentit-il en rigolant tandis que Kendall semblait traversé d'un léger spasme électrique alors qu'elle lui lançait un nouveau Expelliarmus.
– Je suis lamentable, geignit Nyx. Mais je finirai par y arriver.
Il fit à nouveau le tour de la pièce, s'arrêtant ici ou là pour donner des conseils. Mais après avoir vu deux fois chacune des équipes, il sentit qu'il ne pouvait pas ignorer Cho et son amie plus longtemps.
– Oh non, dit Cho d'un air fébrile lorsqu'il arriva à leur hauteur. Expelliarmious ! Non, je veux dire Expellirmus ! Désolé, Marietta !
La manche de son amie aux cheveux bouclés venait de prendre feu. Marietta l'éteignit à l'aide de sa propre baguette magique et lança à Harry un regard furieux comme si c'était lui le responsable. Elle les observa tout les deux d'un air aigre et s'éloigna vers Nyx.
– Tu me troubles, je me débrouillais très bien tout à l'heure, continua Cho, piteuse. Je n'y arrive vraiment pas. Je ne sais même pas quel mouvement faire avec ma baguette.
– C'est pourtant simple.
Harry attrapa son poignet et commença à lui montrer le geste.
– Tu es si adroit avec ton poignet, dit Cho. On croirait que tu as fait ça toute ta vie.
Absolument affolé, Harry retira sa main alors que Kendall – ayant lui aussi relevé l'insinuation graveleuse – lui lançait un sourire mi-moqueur, mi-amusé. Le Gryffondor fit un bond sur le côté et bafouilla :
– Euh, je vais aller voir Ron.
Il préféra croire que Cho n'avait pas fait exprès de dire une chose pareille et fut bien content d'être sauvé par le gong. Il était déjà neuf heures dix et le couvre feu était dépassé.
– Vous avez fait du bon boulot, dit-il en applaudissant. Je ne sais pas quand sera la prochaine réunion, mais il vaut mieux que nous n'ayons pas une date fixe pour ne pas se faire surprendre.
Les autres applaudirent en retour et la première séance d'auto-défense s'acheva. Les membres de l'Armée de Dumbledore se dispersèrent. Hermione laissa quelques vêtements pour les elfes de maison dans la Salle sur Demande « au cas où » en soupirant de fierté après les avoir dissimulés sous d'épais grimoires. Harry sortit sa Carte du Maraudeur et s'assura que tout le monde était bien retourné dans sa Salle Commune par petits groupes de deux, trois ou quatre...
Oooo
– … C'est plutôt curieux, prononça la voix de Mike Flickerman depuis la télé des Sommerhearst, de voir Harry utiliser cette Carte du Maraudeur. Pourquoi lui avoir offert la possibilité de géolocaliser tous les individus du château alors que vous cherchez justement à lui cacher les choses ?
Andrew Burst eut un léger plissement au niveau du front et fixa un moment la caméra avant d'articuler :
– Nous n'offrons pas à Harry une avancée mais une illusion. C'est un stratagème pour lui faire croire qu'il peut contrôler les choses, et en voir que d'autres ne peuvent pas. Je pense qu'il n'y a rien de mieux qu'un mirage pour... pour lui faire croire quelque chose. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis et espérer qu'il croira toute sa vie que la magie se limite à ce qu'il apprend à l'école. Un bon show comporte une partie de risques. En lui donnant la Carte du Maraudeur, nous savions à quoi nous nous exposons. Mais dès qu'il utilise, un de nos ordinateurs nous prévient par une alerte qu'il est en train de l'ouvrir. Généralement, les points à cinquante mètres de Harry sont fiables, les autres sont placés de manière aléatoire. Ça nous laisse le temps de préparer les rencontres dites fortuites, de planifier les changements de décor si nécessaire... D'accord, nous avons un scénario écrit dans les grandes largeurs. Mais le fond de l'intrigue dépend des choix que prend Harry au quotidien, même si nous tentons de les orienter autant que possible.
– Qu'est-ce qui relève de ses choix qu'est-ce qui fait partie du scénario ? demanda le présentateur, tandis que derrière lui, un écran géant retransmettait le trajet de Harry, Hermione et Ron de la Salle sur Demande à leurs dortoirs. Quand pouvons-nous dire avec certitude que Harry dispose du libre-arbitre ?
– Nous avons forgé Harry pour qu'il soit honnête, courageux et loyal. Donc, forcément, ses choix sont déjà axés puisque nous avons bâti nous-mêmes, depuis la régie, sa personnalité. Pourtant, Harry se démarque par ses propres, mmh, soubresauts de conscience. Il arrive à nous étonner. De temps à autre, nous avons été obligés de changer le cours des choses parce que Harry l'avait décidé ainsi. Nous ne sommes pas fermés aux changements. En lui laissant une ouverture, c'est ce qui rend cette aventure si humaine et interactive. Par exemple, lors de la treizième saison, Harry n'était pas forcé de sauver Sirius de lui-même. Rien ne l'y obligeait. Quand il l'a fait, nous avons mesuré son degré d'attachement envers son Parrain qu'il venait à peine de rencontrer. À la diffusion de cet épisode, j'ai compris que tout ce que désirait le plus ardemment Harry, c'était une famille qui l'aimerait pour ce qu'il était.
Cha, assise en face de Mr Sommerhearst, remua sur sa chaise. En dormant chez Nyx, elle saisit à quel point son amie était ensevelie dans ce monde ''magique''. La télévision était allumée autant que possible pour visionner les aventures de l'apprenti sorcier le plus connu au monde.
– Donc oui, Harry a un libre-arbitre, conclut le producteur.
– Mr Burst, comment expliquez-vous que Harry n'ait toujours pas découvert à ce jour la véritable nature du monde dans lequel il évolue ?
– Chacun de nous accepte la réalité du monde auquel il est confronté. C'est aussi simple que ça.
– Et s'il décidait de partir de votre monde ? risqua Mike Flickerman. Le pourrait-il ?
Andrew Burst sembla réfléchir pendant un moment, la main sous le menton et répondit :
– Il le peut, oui. À partir du moment que cela réponde à autre chose qu'une vague ambition, bien entendu. Il faudrait qu'il soit absolument déterminé à découvrir la vérité. Dans ce cas de figure, peut-être qu'on pensera à lui ouvrir les portes du monde dans lequel nous vivons. Mais je ne suis pas sûr que cela arrivera un jour. Harry est bien trop attaché à la magie pour y renoncer. Poudlard est le monde tel qu'il devrait être. Idyllique. Parfait.
– Mais Harry risque de se sentir un peu à l'étroit au bout d'un moment, non ? Je veux dire, ses études ne dureront que sept ans. Qu'avez-vous prévu pour lui pour la suite ? Quel métier exercera-t-il ? Qui épousera-t-il ?
– Je pense que les téléspectateurs trouveront ces réponses en suivant de près l'émission...
– Si elle existe jusqu'ici, grommela Cha entre ses dents.
– … Mais, il est certain que Harry grandit à une vitesse folle.
– En parlant de croissance, il est vrai que Harry est en pleine adolescence. C'est l'époque des premiers amours, des premières découvertes et sensations. Peut-on dire que Harry a un béguin pour Cho Chang, que nous avons vue tout à l'heure à l'écran ?
Andrew Burst explosa de rire.
– Nous espérons vraiment qu'il tombe fou amoureux d'elle. En tout cas, la production et les scénaristes font tout pour. C'est elle que nous avons choisi pour Harry parmi un panel d'autres jeunes filles toutes plus dévouées à l'émission les unes que les autres.
Cha recracha une partie de ses nouilles chinoises dans sa serviette en papier, estomaquée et dégoûtée. Un portrait de l'actrice tournoya en hologramme entre le présentateur et le producteur.
– Cho était le choix de la raison. Ils ont déjà un solide point commun et nous espérons jouer de ça pour la rapprocher davantage de Harry.
– Et si la mayonnaise ne prend pas entre les deux ? suggéra Mike Flickerman. Tout à l'heure nous avons vu Harry fuir à toutes jambes quand Cho a suggéré quelque chose d'un peu osé...
Les deux hommes éclatèrent de rire.
– Oui, on s'est un peu lâché sur le script. C'était très drôle.
– Etait-ce une référence peu camouflée par rapport à ce qu'il s'est produit la nuit dernière ? Je veux dire... aheum, les coups de poignets, si vous voyez ce que je veux dire.
Andrew Burst semblait pris d'un fou rire. Si Cha ne le savait pas à l'origine de la télé-réalité la plus monstrueuse jamais portée sur terre, elle l'aurait presque trouvé aimable.
– Mike, nous sommes une émission familiale. Nous ne sommes pas censés parler de ça aux heures de grand public. Mais, c'est vrai que ce qu'il s'est produit hier soir vers une heure et demie du matin était très, mmh, inattendu.
Cha fronçait les sourcils. Elle ne savait pas du tout de quoi ils pouvaient bien parler. Mais elle était certaine d'une chose : Andrew Burst faisait semblant de s'autocensurer en conservant le mystère pour que tout le monde aille voir la rediffusion d'hier soir. La preuve : il ne donnerait pas l'heure et la date exacte des faits s'il ne voulait pas que les téléspectateurs aillent fouiner sur son maudit site ! Mr et Mrs Sommerhearst, eux, semblaient curieusement absorbé par une conversation.
– Je pense que ce genre d'évènements sont courants dans l'univers de la téléréalité et bien plus prononcés sur d'autres chaînes. La dernière fois nous avons eu votre fils adoptif Arnold sur notre plateau. Il nous faisait part de ses idées sur l'évolution de son personnage. Nous avons une dernière question pour vous, si vous le permettez.
– Allez-y.
– Est-ce que Ron restera l'ami de Harry à tout jamais ?
– Ca dépend de nombreux paramètres, répondit automatiquement Andrew Burst. Le premier c'est la résistance de Arnold face à la pression de l'émission. Si un jour il voudrait arrêter pour des raisons qui le concerne, nous trouverons une solution pour que Ron disparaisse de la vie de Harry. D'accord, ça lui fera sans doute très mal, mais Arnold – contrairement à Harry – n'est pas lié à cet univers et rien ne l'y retient. Je ne veux pas forcer mon fils à faire quelque chose qui l'ennuierait. Et il n'y a rien de pire sur un plateau qu'un acteur négligent. Nous en avons fait les frais au cours de la semaine passée.
– Vous faites références aux bavures successives de Dylan et Dawn Manford ?
– Oui, ils m'ont déçu et ont déçu le public en étant si... enfin, en prenant ça à la légère. Je n'arrive pas à croire que Dawn soit retourné sur le plateau sans s'être concerté avec son jumeau sur ce qu'il s'y était produit, ou ne soit pas passé par l'équipe de coaching. Je crois que ça révèle quelques dysfonctionnements et je vais y mettre un terme d'ici peu.
– Nous vous remercions pour toutes vos réponses, répondit poliment Mike Flickerman. Sans plus tarder, un retour au show que vous aimez tous puisque Harry est désormais de retour dans sa Salle Commune. Le direct reprend dans son dortoir où il discute en ce moment même avec ses camarades de chambrée !
L'image qui était en haut à droite dévora progressivement tout le reste de l'écran. Harry était en train de fouiller dans sa malle à la recherche d'une nouvelle paire de chaussettes tandis que Neville enfilait son pyjama.
– C'était super, Harry, chuchota-t-il. J'ai vraiment hâte de me rendre à la seconde réunion.
– Merci Neville.
– Ouais, c'était génial, appuya Dean. Dommage que Seamus n'ait pas voulu venir. Je crois qu'il est toujours fâché de ce que tu as dit à propos de sa mère.
Depuis le cinquième lit du dortoir s'élevait la respiration un peu trop lourde pour paraître naturelle de Seamus. Harry soupira et lança un regard éloquent à Ron qui déposait soigneusement son insigne de préfet sur sa table de chevet.
– Bonne nuit, les gars.
– 'Nuit.
Harry éteignit les lumières du dortoir d'un coup de baguette magique et s'enroula dans sa couverture. Aussitôt, les caméras infrarouge prirent le relai. Cha termina son assiette et laissa Vector la ranger dans son ventre lave-vaisselle avec quelques répugnances.
– Merci pour le repas Mrs Sommerhearst. Je monte en haut. Euh, des devoirs à faire.
– D'accord, Charlotte. Nous on va se coucher tôt, parce que le jeudi est plutôt chargé pour nous. Donc bonne nuit.
– Oui à vous aussi. Dormez bien.
La jeune fille grimpa les escaliers et se rendit dans la chambre de Nyx. Ça lui faisait tout drôle d'habiter chez elle alors que sa meilleure amie était absente. Elle attrapa l'ordinateur portable qu'elle lui avait offert et y brancha ses écouteurs. Cha ouvrit une page et tapa la lettre « H ». Le premier choix de son moteur de recherche fut « Harry Potter Show ».
Elle cliqua dessus et atterrit sur une interface magnifique (Elle se fustigea mentalement d'apprécier la qualité de leur travail, mais elle devait s'avouer que c'était très impressionnant. C'était peut-être même le plus beau site qu'elle n'avait jamais visité). L'onglet « Rediffusion » clignota d'un halo blanc quand elle passa sa souris dessus. Un fond noir estompa tout le reste et un Retourneur de Temps apparut au centre de la page.
– Entrez la date et l'heure de l'épisode que vous souhaitez revoir, indiqua une voix de femme dans ses oreilles.
Grâce à un curseur, elle fit pivoter la tranche du Retourneur de Temps jusqu'à hier minuit et demi puis celui-ci se mit à tourbillonner à toute vitesse. Puis, tout à coup, la rediffusion démarra, occupant tout son écran. Harry et les autres garçons du dortoir étaient chacun dans leur lit, apparemment endormis. Cha ne comprenait pas. Elle ne voyait pas du tout ce qu'il fallait voir. Elle attendit une minute ou deux, déjà blasée et ennuyée quand tout à coup, une respiration lourde souffla dans ses oreilles.
Cha sursauta, regarda partout autour d'elle avant de se souvenir qu'elle avait ses écouteurs branchés. Elle se focalisa à nouveau sur l'écran et constata que la respiration désormais haletante provenait du lit de Harry. La caméra zooma d'elle-même et Cha jura : elle n'avait rien demandé ! « Oh, ah oui, songea-t-elle avec lassitude, c'est la rediffusion ». Eberluée, elle vit clairement des mouvements sous la couverture de Harry qui se mordait les lèvres.
– Non mais je rêve ! glapit-elle, les yeux écarquillés.
Il semblait improbable que la production ait pu sciemment filmer et diffuser les images d'un adolescent découvrant les joies du plaisir solitaire. Cha se prit la tête entre les mains, observant avec incrédulité Harry terminer ses va-et-vient sur un grognement de plaisir étouffé. Elle ferma son ordinateur, se sentant désagréablement complice de ce genre d'immondices. Et si un pervers sexuel tombait dessus ? Ce n'était pas de la pornographie pédophile ça ? Oh non, bien sûr que non vu que Harry appartenait au monde entier. Il dérogeait à la règle ! C'était répugnant. Cha comprit alors pourquoi Nyx était bien plus révoltée que les autres.
En même temps, avec son intelligence, Cha aurait dû penser que ce genre de dérapage devait bien arriver un jour ou l'autre. Après tout, Harry était un adolescent comme les autres avec ses propres désirs et frustrations. Il entrait dans l'âge où les garçons commençaient à faire ce genre de chose. Peut-être même qu'il avait légèrement du retard là-dessus, mais avec un psychopathe aux trousses, c'était compréhensible qu'il ait eu peu de temps pour lui. Cha eut un rire cynique. Pauvre garçon.
Elle repensa à l'attitude gênée des parents de Nyx et se souvint que ces derniers avaient l'habitude de dormir avec leur ordinateur portable allumé juste à côté de leur lit pour s'endormir ''avec'' Harry. Cha frissonna de la tête aux pieds. Alors ils avaient entendu. Oui, bien sûr qu'ils savaient ! Leur gêne ne mentait pas. Et que feront-ils le jour où Harry, en ayant pris en âge et en expérience, voudra coucher avec sa première copine ? Ils filmeront aussi ? Intégralement ? Quelle genre de fille tordue accepterait de faire ça ? Oh, oui, il doit y en avoir à gogo des détraquées prêtes à tout pour avoir droit à leur heure de gloire sur le petit écran.
Tout tourbillonnait dans la tête de Cha. Ce qui autrefois n'était qu'une vague émission ennuyante pour elle, et addictive pour le restant du monde, devenait le plus gros piège que l'humanité n'ait jamais connu. Les éléments faisaient ordre dans son esprit, elle les mettait en relation et comprit avec puissance ce que Nyx avait voulu lui dire au tout début : « Nyx vous regarde ». Oui, Nyx le regarde. Nyx voit tout, sait tout. Et Cha songea que l'émission serait un peu moins glauque si sa meilleure amie était l'unique spectatrice au monde. Malheureusement, ce n'était pas le cas. Tout le monde en avait l'autorisation.
Ooo
– J'ai eu l'autorisation ! s'exclama Angelina en courant vers Harry et Ron le lendemain, après le déjeuner. J'ai eu l'autorisation de reconstituer l'équipe de Quidditch !
– Parfait !
– Oui, dit-elle, le visage radieux. Je suis allée voir McGonagall et je crois bien qu'elle a demandé à Dumbledore d'intervenir. En tout cas, Ombage a dû céder. Alors, je veux vous voir tous les deux sur le terrain à sept heures ce soir. Il faut rattraper le temps perdu. On n'est qu'à quelques jours de notre premier match, vous vous rendez compte ?
Elle replongea dans la cohue et Ron eut tout à coup l'allure d'un clown triste, déjà nerveux à la perspective de devoir affronter les Serpentard ce week-end. À l'approche de la date fatidique, l'ambiance à Poudlard était de plus en plus électrique. Le fait que la Coupe de Quidditch n'ait pas eu lieu depuis si longtemps à cause du Tournoi des Trois Sorciers ne faisait qu'ajouter à la passion et à la fébrilité autour de cette rencontre.
Les Serdaigle et les Poufsouffle s'intéressaient de très près au résultat du match afin d'établir des diagnostics sur les phases d'attaque de leurs prochains adversaires. Même les professeurs leur donnèrent moins de devoirs cette semaine afin de soulager leurs poulains respectifs.
Harry ne s'en plaignait absolument pas, au contraire. Ça lui permettrait d'avoir l'esprit à peu près tranquille d'ici samedi. Et puis, ils avaient désormais leur option des B.U.S.E qui s'ajoutait au programme officiel. Ron et Harry marchaient en direction du Lac de Poudlard. Leur professeur de théâtre leur avait donné rendez-vous ici.
– Il faut être barge de vouloir faire cours dehors par un temps pareil, nota Ron.
On annonçait beaucoup de vent pour la fin de la semaine et cela inquiéta Harry. Non pas qu'il craignait le froid, mais cela risquait de corser l'affaire pour Ron qui débutait sa carrière en tant que gardien de Quidditch. Ils enfilèrent leurs gants en peau de dragon et traversèrent le parc du château. Un flot d'élèves se dirigeaient vers les serres pour le cours de Botanique.
– À ton avis, qui sera notre professeur ? demanda son meilleur ami en descendant les marches escarpées.
– Quelqu'un du Ministère, répondit Harry d'un air catégorique. Quelqu'un qui aime les pièces ennuyantes à mourir, j'imagine.
Ils continuèrent de progresser puis se figèrent tous deux. En face, se trouvait Gilderoy Lockhart. Ron lui lança un regard alarmé et s'apprêtait à rebrousser chemin en courant. C'était à cause de la baguette magique défectueuse de Ron que le professeur Lockhart avait perdu la mémoire et s'était ainsi retrouvé en séjour prolongé à Sainte Mangouste.
Mais comme l'accident avait eu lieu au moment où leur enseignant avait tenté de rayer de leur mémoire le moindre souvenir de leur existence, Harry n'eut qu'une compassion limitée quand il s'aperçut que ce dernier semblait très différent de celui qu'il avait connu autrefois. Lockhart avait toujours ses cheveux blonds soyeux ondulant autour de sa tête et ses yeux bleus rieurs, mais son sourire autrefois resplendissant semblait crispé. En s'approchant, Harry lui trouva même un petit air débile qu'il n'avait pas auparavant.
– Ca alors ! Par la barbe de Merlin ! s'exclama Lockhart en enjambant Théodore Nott, assis sur la pelouse humide et qui semblait déjà s'ennuyer ferme. Vous devez être Rupert, sans aucun doute.
– Euh, non, moi c'est Ron, balbutia-t-il, les oreilles rouges.
Lockhart fit comme s'il ne l'avait pas entendu. Il s'approcha à quelques centimètres du visage de Harry, les yeux fous, lui donnant des airs de hibou.
– Et vous je ne vous connais pas.
– Je... m'appelle Harry. Juste Harry, prononça-t-il prudemment.
Apparemment, Lockhart ne se souvenait de rien, ou plutôt, croyait se souvenir de choses qui étaient totalement fausses. Harry regretta immédiatement d'avoir choisi cette option plutôt qu'une autre. Là, le cours de danse semblait déjà un peu plus prometteur.
– Asseyez-vous Rupert et Juste. Nous attendons le reste de vos petits camarades.
Lockhart tourna en rond, se parlant à lui-même, ce qui ne semblait pas alarmer Théodore Nott le moins du monde, fasciné par la beauté de ses ongles.
– Euh, vous allez bien professeur ? risqua Ron, d'un air coupable.
Il s'arrêta net, leva la tête en réalisant progressivement dans quel endroit il se trouvait.
– Je vais très bien, merci. Vous voulez des autographes ? demanda-t-il en sortant de sa poche une plume de paon et des photos jaunies de lui. Vous savez, j'arrive maintenant à attacher les lettres de mon prénom entre elles, s'enorgueillit-il tandis que Marcus Belby s'installait par terre avec un de ses amis. Combien êtes vous ? Trois, dix-sept, cinquante-neuf, quatre-vingt-un ! cria Lockhart d'un air réjoui en faisant semblant de compter une foule imaginaire. Je n'aurais jamais imaginé que cette option aurait un tel succès. Vous me flattez. Oh, non, c'est moi qui vous remercie. Non, passez devant... Je... J'insiste !
Alors que Lockhart recommençait à parler tout seul, Harry songea sérieusement à sauter dans le lac glacé la tête la première. En regardant autour de lui, l'apprenti sorcier constata qu'ils n'étaient que huit.
– Il est timbré, déclara inutilement Ron. Il était déjà timbré avant mais là c'est le pompon. Je me demande comment ils ont pu le laisser sortir de Sainte Mangouste... Rien ne va plus dans sa tête, c'est pourtant évident !
– P-Professeur ? demanda Hannah Abbot qui avait déjà sorti sa plume pour prendre des notes. Professeur, est-ce que nous aurons besoin de manuels spéciaux que nous devrons commander ?
– Oh, non, rien de tout cela, répondit-il en sortant de sa rêverie. Nous sommes en cours de théâtre et non pas d'alchimie (Il eut un petit rire suffisant, le regard porté vers les montagnes de Pré-au-Lard). Vous allez déjà vous présenter à tour de rôle. Nous commencerons par vous Rupert. Je sens que nous allons être de très grands amis...
– Euh, bonjour. Je... Je suis Ro-Rupert. Vous me connaissez comme le préfet et le gardien des Gryffondor. Je pense pas trop mal me débrouiller en cours. Et je suis l'avant-dernier de ma fratrie. Ma matière préférée c'est Sortilèges.
– Très bien. Excellent ! Applaudissez la performance de Rupert. Puis-je t'appeler Rue ? Passons à toi, tête de mufle.
Théodore Nott leva lentement les yeux vers Lockhart, l'air de se dire « Ose encore une fois, et je te couvrirai de tellement de maléfices que ta mère ne te reconnaîtra plus », puis prononça :
– Je suis une fougère.
Marcus Belby explosa de rire et Lockhart, comme au paroxysme du plaisir, applaudit bruyamment.
– Ca, j'adore ! C'est décadent, conceptuel. C'est... J'en veux encore. Allez, à toi.
Chacun se présenta à tour de rôle (y compris les élèves imaginaires), puis Lockhart s'exclama :
– Ce qui est important c'est la respiration. C'est par là que passe toute votre énergie. Débloquez votre chakra du souffle qui est retenu par la clef du mensonge. Inspirez et expirez. Voilà, juste comme ça, Juste.
– M-Merci, répondit Harry en lançant un regard terrorisé et compatissant à Ernie.
– Bien, maintenant, nous allons faire l'exercice du flamant rose. On s'étire et on tient sur une jambe. Pas touche le sol, Mufle !
Théodore Nott roula des yeux et s'exécuta.
– Maintenant, je veux que vous éclatiez de rire. Le rire est très important dans le théâtre. Il fait passer d'immenses émotions. Allez, on rit. Ha, ha, ha. Ho, ho, ho.
À contre-coeur, Harry et les autres se mirent à feinter un fou rire collectif hystérique. Des septièmes années qui passaient par là les pointèrent du doigt en se moquant ouvertement.
– Tu crois que c'est trop tard pour changer d'option ? demanda Harry entre deux exclamations.
– Je crois bien, ouais, dit Ron à mi-voix, déçu.
– Imaginez que vous êtes un arbre, reprit Lockhart d'une voix forte. Vous êtes détendu... Vous étendez vos bras... ce sont vos branches... et maintenant... TEMPÊTE ! ON AGITE SES BRANCHES !
Ernie MacMillan agita si vigoureusement ses bras qu'il distribua involontairement une claque à Marcus Belby. À la fin du cours, ils durent faire le poirier et Harry se demanda, la mine sinistre, où les mènerait ces exercices. Qui avait eu l'idée de nommer Lockhart comme professeur ? Sans doute Dumbledore, ce pouvoir lui était encore réservé bien qu'Ombrage soit devenue la Grande Inquisitrice de Poudlard. Dans ce cas, Dumbledore méritait son titre de vieux timbré.
– Bon, je pense qu'avant de nous quitter il serait temps de parler des B.U.S.E. (Lockhart mima chacune des lettres par une posture étrange). Comme vous le savez à l'issue de l'année, vous devez présenter un numéro lié à votre discipline optionnelle au cours d'une épreuve d'une heure. Souvent ce sont des notes de groupes. Pour le noble art du théâtre, vous devrez présenter une scène que j'aurais moi-même choisi de vous faire interpréter. J'aurais voulu vous faire jouer Danse avec les Trolls mais Dumbledore s'est fermement opposé à cette idée car il estimait le scénario discriminant. Donc cette année, il s'agira d'une adaptation d'un conte de Beedle le Barde, plus précisément de Babbitty Lapina et la Souche qui Gloussait. Vous la connaissez toute par cœur, j'imagine.
Harry jeta un regard alarmé tout autour de lui.
– Euh, non, pas moi professeur.
– Pas vous, Juste ? Mmh, ça m'étonne de vous. Est-ce que quelqu'un d'autre n'en aurait jamais entendu parler ?
L'autre garçon de Serdaigle leva la main.
– Oui, vous aussi Petite Plume. Il va de soit. Je vous conseille de lire le conte pour la prochaine séance. Vous le trouverez sans doute à la bibliothèque...
Ils entendirent la cloche sonner au loin. Théodore Nott ne demanda pas son reste et fit aussitôt volte-face vers le château.
– Tu connais le conte de Babbitty Lapina, toi ? demanda Harry, tout à coup inquiet à l'idée de ne pas savoir une nouvelle chose sur le monde magique.
– Bien sûr ! s'emporta Ron. Tout le monde ici le connait, enfin, je veux dire les enfants élevés par des sorciers, quoi. Ma mère me le lisait souvent avant de m'endormir.
– Et, de quoi ça parle ?
– Un roi moldu qui voulait faire de la magie et qui délirait. Un peu dans le genre de Lockhart, tu vois. Je me demande d'ailleurs si ce déglingué a encore sa baguette magique.
– Je ne crois pas, devina Harry. On ne remettrait pas un déséquilibré dehors avec de quoi faire du mal à autrui, non ?
– Logiquement on ne tenterait pas de faire entrer un timbré dans une école, alors que la dernière fois qu'il y a mis les pieds il avait tenté d'agresser deux de ses élèves. Ensuite, je te ferai remarquer que les moldus se débrouillent très bien pour se faire du mal entre eux sans l'usage de la magie.
– Tu marques un point.
Le cours de Potions fut particulièrement éreintant. Rogue s'était assuré de les faire transpirer à grosses gouttes derrière leur chaudron et s'était acharné sur Harry, comme à l'ordinaire. Après quoi, il n'eut que très peu d'énergie pour rédiger ses trente-neuf centimètres de parchemin sur la Métamorphose des rongeurs communs.
Malgré le chahut de la Salle Commune, il parvint à faire une sieste dans son fauteuil favori jusqu'à ce que Ron le réveille pour se rendre sur le terrain de Quidditch pour la séance d'entraînement. Hermione leur souhaita bonne chance tout en tricotant des vêtements immondes pour les elfes de maison. En quelques minutes, ils se retrouvèrent trempés, leurs pieds glissant sur l'herbe imbibée d'eau. Le ciel avait une couleur gris foncé, orageuse et en approchant des vestiaires, ils soupirèrent de soulagement.
Le moral de l'équipe était au plus bas : même Fred et George semblaient terriblement moroses et restaient dans leur coin, chuchotant tout bas. En enfilant ses genouillères usées, Harry les entendit distinctement parler de berlingot de Fièvre pour échapper à cette séance sous la pluie battante.
– Et ça marche ? demanda Ron en s'approchant, d'un air avide.
– Oui, bien sûr. Ça fait tout de suite monter la température, répondit Fred. Le problème c'est que ça provoque aussi d'énormes furoncles et on n'a pas encore trouvé un moyen de s'en débarrasser. (Il prit le ton de la confidence) Ils se trouvent dans un endroit qu'on ne montre généralement pas en public.
– Et, crois-moi, quand on monte sur un balai, on en a très vite plein le derrière, compléta George avec une grimace.
Angelina entra et fit un petit discours pour galvaniser les membres de l'équipe, mais elle n'obtint qu'une moue et des grognements peu enthousiastes. Avec un bruit de succion, ils pataugèrent jusqu'au centre du terrain dans de la boue de plus en plus épaisse, à cause des rideaux de pluie s'abattant sur la pelouse.
Harry avait toujours adoré le Quidditch, mais voler dans ces conditions était quelque chose qu'il avait en horreur. En décollant, Harry se demanda s'il parviendrait à distinguer le Vif d'Or par un temps pareil. En contre-bas, Ron ne protégeait que le plus petit anneau, les mains cramponnées sur son manche à cause des rafales de vent. Les Poursuiveuses, elles, n'arrivaient pas à bien se voir à cause des nuages épais. Personne n'avait aucune idée de ce que pouvaient bien faire les autres. Angelina les retint encore une heure avant de s'avouer vaincue par les piètres conditions météorologiques.
Ooo
– … Le fait que la pluie s'abatte avec autant d'insistance depuis plusieurs jours nuit considérablement au match de ce week-end, déclara Mike Flickerman en un ton posé, avec une pointe de dramatisme. Celui-ci débutera samedi à onze heures précises sur notre chaîne. N'oubliez pas que cela sera le premier depuis plus d'un an ! Rappelez-vous que la production avait préféré concentrer ses efforts sur l'organisation des tâches pour le Tournoi des Trois Sorciers, si bien qu'ils avaient annulé une saison de Quidditch entière au grand dam de certains fans. Selon un sondage mis en ligne sur le site officiel de l'émission, quatre-vingt-douze pour-cents des téléspectateurs ne se montreront pas indulgents si le match de samedi ne s'avère pas être d'une grande qualité. Énormément de pression pèse sur les épaules des joueurs qui devront assurer un show spectaculaire avec une chorégraphie aérienne parfois millimétrée. Vous avez vu tout à l'heure sur vos écrans l'équipe de Gryffondor tenter de s'entraîner malgré ces trombes d'eau. Nous leur espérons bien du courage pour affronter l'équipe adverse. D'ailleurs, celle-ci est en ce moment même au grand complet sur le plateau ! Nous allons donc accueillir l'équipe de Quidditch de Serpentard !
Sept jeunes hommes arrivèrent depuis l'angle de la caméra : Dawn, Kendall et le capitaine de l'équipe dénommé Montague, s'assirent sur un banc devant, tandis que les quatre autres s'installaient sur des chaises hautes derrière.
– Bienvenue, répéta le présentateur en distribuant des poignées de mains. Quel plaisir de vous revoir ! Cela va faire longtemps que nous n'avons pas discuté, non ?
– Depuis la Seconde Tâche du Tournoi, l'an passé, dit l'acteur interprétant Goyle d'une voix intelligible.
– Exactement, dit le présentateur avec un sourire étincelant. Alors les garçons, quels sont vos impressions sur ce prochain match ? Est-ce que le vainqueur a déjà été décidé à l'avance ?
– Non, le vainqueur est décidé en fonction des évènements sur le terrain, répondit Kendall qui était le porte-parole de l'équipe. Donc Serpentard a toute ses chances de l'emporter.
– Nous avons eu la liste officielle des membres de votre équipe à la première semaine de septembre et je dois dire que cela a déclenché des réactions contrastées de la part des téléspectateurs. D'abord, parlons d'un sujet qui risque de revenir assez régulièrement : le départ de Marcus Flint, qui a été remplacé par Warrington (Un garçon massif, au sourire aimable, leva la main). Tu vas devoir faire tes preuves samedi parce que les fans t'attendent au tournant. Ils adoraient Marcus.
– Je sais, répondit Warrington avec un léger rire. Mais je me suis entraîné tout l'été avec des cascadeurs de sport extrême et je pense pouvoir gérer le match sans trop de problème.
– D'ailleurs, à quoi ressemble votre formation de membre de l'équipe de Quidditch ? Comment êtes-vous choisi et quelles sont les qualités nécessaires ?
– Pour la première saison, les joueurs ont été recrutéssur la base du volontariat, répondit aussitôt Kendall. Mais ensuite, le recrutement s'est peaufiné et la production a été très exigeante. D'abord, il ne faut pas avoir le vertige, être assez audacieux et aimer les sensations fortes. Puis, une bonne condition physique est nécessaire. Il faut être d'accord pour faire des sacrifices et continuer de s'entraîner même en dehors du plateau. Je veux dire, des personnages comme Draco Malfoy sont censés avoir passé toute leur enfance sur un balai de course. Ça doit se ressentir. Alors, pour plus de crédibilité on s'entraîne très dur.
– Qui est le plus à l'aise sur un balai ? interrogea Mike Flickerman à l'adresse de Dawn qui était resté parfaitement silencieux. Ton jumeau ou toi ?
– Dylan reste incontestablement le meilleur Attrapeur. J'aurais aimé l'être, mais je dois rester honnête, avoua Dawn avec un sourire factice. Il s'entraîne beaucoup à la maison, parfois avec des amis comme Kendall ou Arnold. Moi je suis plutôt du genre à compter les points.
Ils éclatèrent de rire.
– Mais, que les fans se rassurent : je ferai de mon mieux samedi et je suis plutôt en bonne forme.
Derrière eux, l'écran géant retransmis la photo officielle de l'équipe de Quidditch de cette année accompagnée de leur nom et leur poste.
– Désormais, Crabbe et Goyle remplacent Derrick et Bole en tant que Batteurs. C'était le choix du public qui ont voté dès la fin de l'an dernier pour choisir qui occuperait ce poste. Oh, et d'ailleurs, des fans avaient lancé une pétition pour que Théodore Nott puisse devenir Poursuiveur. La production a strictement refusé en stipulant que cela était incompatible avec le caractère et la nature de ce personnage, qu'est-ce que tu en penses, toi, Dawn ?
– Je pense que Andrew Burst sait mieux que quiconque ce qu'il doit en être.
– Un peu anxieux à l'approche du match ?
– Toujours, répondit Montague. Et je me retrouve dans une situation délicate puisque je suis capitaine. Je pense que les deux équipes sont de force égale, mais en tant que Serpentard, on va prendre plaisir à lancer une véritable campagne de déstabilisation.
Mike Flickerman eut un petit rire enchanté et déclara :
– On se retrouve tout de suite après une courte page de publicités !
Ooo
– Tu as réservé ton lit à l'infirmerie, Weasley ? lança Draco au cours du petit-déjeuner de samedi.
Harry pressa l'épaule de son meilleur ami pour ne pas qu'il se retourne. Draco arborait un sourire narquois et tapota avec sa baguette magique le badge violet qu'il avait épinglé à sa cape. Le ventre de Ron se mit à gargouiller tandis qu'il avait l'air nauséeux.
Toute la journée du vendredi, les Serpentard avaient harcelé les membres de l'équipe des Gryffondor au point de faire éclater en sanglots Alicia qui quittait le cours de Potions. Rogue avait sciemment ignoré les quatorze témoins affirmant avoir vu un Septième année la bousculer dans les escaliers. Draco se mit à imiter Ron laissant tomber la balle en faisant de grands moulinets avec ses bras tout en arborant un petit air stupide. Les Serpentard se mirent à ricaner bruyamment.
– Laisse tomber, ce n'est qu'un crétin, affirma Hermione tandis que Draco approchait, flanqué de Zabini et Montague.
– Hé, petit pote Potter, on m'a dit que Warrington a juré de te faire tomber de ton balai.
Harry roula des yeux et pivota sur le banc.
– Warrington ne sait pas viser. Je serais plus inquiet s'il visait le joueur d'à côté.
Des éclats de rire, cette fois provenant de la table des rouge et or, montèrent par salves tandis que Draco pâlissait de fureur. Les oreilles de Ron étaient si rouges qu'on aurait dit deux morceaux de poivron.
– C'est ce qu'on va voir, Potter, grommela Draco avant de s'éloigner avec son cortège d'amis et d'admirateurs.
– Quel con, jura Harry, plus remonté que jamais.
L'antipathie qu'il ressentait pour Malfoy était plus vivace que jamais. Au fond de lui, il lui en voulait d'être aussi obtus pour ne pas avoir considéré la main tendue que lui avait offert Harry. Curieusement, il s'était imaginé avoir partagé quelque chose de véridique et d'intense avec Draco.
Leurs échanges l'avaient tant obsédé qu'il avait eu du mal à se concentrer sur ses devoirs de la semaine. Heureusement, les professeurs avaient eu la main légère là-dessus au cours des derniers jours. Harry songeait à la fois où il l'avait vu endormi à la bibliothèque, contre son cahier. Quand il dormait, il n'avait plus ce masque hautain et ce sourire goguenard et suffisant. En fait, Harry l'avait presque trouvé agréable à regarder. Ça l'avait tant remué de le constater qu'il en était même venu à l'idée d'avaler une potion d'Oubli. Ensuite, avec ce qu'il s'était passé dans les toilettes, l'impression de ne pas connaître entièrement Malfoy s'était désagréablement accentuée.
Depuis, Harry retournait et décortiquait leur conversation dans sa tête au point que ses rêves ait totalement changé de nature. Il y a quelques jours encore, il rêvait d'une porte noire au bout d'un couloir et désormais, ceux-ci étaient remplis d'images de Draco, endormi sur une table, les cheveux légèrement trempés. Draco le visage plein de larmes. Puis ensuite, la figure de ce dernier semblait plus détendue. Son inconscient s'était mis à songer à ce à quoi ressemblerait le Serpentard en souriant sincèrement...
En fait, ces rêves avaient pris une tournure folle et inattendue. La tension qu'il y avait entre Draco et lui ? était si palpable que Harry avait eu besoin de l'évacuer. Il s'en voulait terriblement de s'être caressé en pensant à ça, et plein d'autres choses dont il n'osait parler à qui que ce soit. Qu'est-ce que Ron dirait s'il lui disait un truc pareil ? « Tiens tu as oublié ton livre à l'étude. Au fait, la nuit dernière je me suis caressé en pensant à Malfoy. Et c'était pas trop mal. » Il en mourrait de honte, c'est sûr.
Inconfortable et un peu malheureux, Harry se tortilla sur son banc, observant son meilleur ami à la mine sinistre. La Grande Salle se remplissait rapidement et les conversations étaient plus bruyantes que jamais. Mais Ron semblait être dans une bulle hermétique à la bonne humeur et fixait son bol de porridge avec l'allure d'un condamné à mort.
– Je devais être complètement dingue pour vouloir faire ça. Dingue.
– Ne sois pas idiot. Tu seras merveilleux, rassura Harry. J'en suis sûr, et puis...
– Bonjour, prononça une voix éthérée et rêveuse derrière eux.
Luna Lovegood venait d'apparaître. Plusieurs élèves la regardèrent avec des yeux ronds, montrant du doigt l'énorme tête de lion grandeur nature perchée sur son crâne. Harry se demanda comment elle avait réussi à le fabriquer mais se retint de lui poser la question : il avait suffisamment mal à la tête pour se lancer dans une nouvelle conversation épique avec Luna.
– Je suis pour Gryffondor, précisa-t-elle inutilement en désignant son chapeau avec sa baguette magique.
Aussitôt, le lion émit un rugissement phénoménal qui ébranla toute la Grande Salle. Ombrage sursauta si violemment qu'elle faillit renverser sa cruche de jus de citrouille sur sa robe d'un rose fushia.
– Il est bien, non ? Dommage que je n'aie pas eu le temps d'ajouter une vipère qu'il aurait avalé. Bon courage à vous.
Elle s'éloigna en sautillant, semblant ne pas être atteinte plus que ça des hurlements de rire qu'elle provoquait sur son passage.
– On devrait y aller aussi, conseilla Harry.
Dans les vestiaires, l'ambiance était solennelle. Fred avait vérifié trois fois l'état des ses gants et frotta le crâne de son jumeau pour se porter chance. Ils entendaient le martèlement des pas des centaines de spectateurs qui allaient s'assoir au-dessus d'eux, dans les gradins. Harry, comme avant chaque match, sautilla sur place, se sentant nerveux.
Ron, pour sa part, était dans un état bien pire, comme s'il allait vomir d'un moment à un autre. Katie s'étira un peu plus les bras tandis que Alicia se mordait les ongles, plus anxieuse que jamais. Personne n'échangeait le moindre mot, l'atmosphère lourde et pesante. « Sans doute qu'ils avaient tous en tête notre dernier entraînement catastrophique sous la pluie », pensa Harry.
Mais il ne voulait pas partir sur une mauvaise note : il s'efforça de se remémorer les moments les plus glorieux de leur équipe et de toutes les coupes qu'ils avaient pu remporter. La seule chose qui l'inquiétait sérieusement était l'incapacité de Ron à gérer son stress. Il suffisait qu'il commette une seule petite erreur pour être déstabilisé.
– C'est l'heure, dit Angelina à voix basse en regardant sa montre. Allons-y... et bonne chance.
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(Le coup de « Imaginez que vous êtes un arbre. Vous êtes détendu... Vous étendez vos bras... ce sont vos branches... et maintenant... TEMPÊTE ! ON AGITE SES BRANCHES ! » est une idée de Dizzie Ramone que j'ai emprunté avec son autorisation. C'était tellement drôle que je ne pouvais pas faire autrement que de le mentionner. Merci ma douce Cat's)
Note : Ouais, je sais, ce chapitre est choquant à bien des étages mais (croyez-le ou non), j'ai pris un plaisir monstrueux à l'écrire... Pour ceux qui se le demandent, j'essaie toujours de faire autant de partie sur Sinuesa que sur Poudlard (à titre personnel, j'aime les deux endroits) et il y aura des chapitres intégralement sur la vie au château plus tard. J'en ai déjà prévu deux de ce gabarit. Plus on avancera dans l'intrigue, plus celle-ci se recentrera sur certains personnages. Laissez le temps à la trame de se développer, aux liens de se tisser et peut-être (si je suis sage et que je travaille comme un bon elfe de maison), vous serez servis ! En ce qui me concerne j'ai énormément de choses à régler en ce moment, mais j'essaie de passer du temps à griffonner sur mes brouillons pour cette fic. Je me suis vraiment prise au jeu (faute d'un autre terme). J'aurais voulu vous raconter tout un tas de trucs mais j'ai le cerveau en compote. Tout ce que je peux faire c'est de vous remercier pour votre assiduité, vos reviews, vos ajouts en alert et favoris. C'est toujours un petit truc en plus qui fait que ça motive à continuer sur cette lancée. Cette fois-ci il n'y aura pas de dileme avec tapez 1 ou 2 car j'ai déjà beaucoup de scènes à caser dans les chapitres à venir et je dois cogiter sur un truc important... Mmh, oui ça demande trop d'organisation ce bidule, mine de rien. À la place, je vous propose un petit challenge : écrire la plus longue review possible ! Haha, je déconne (enfin vous pouvez le faire, ça me fera toujours très plaisir mais je veux pas vous tuer. N'est pas D Would qui veut, i u see wat i mean).
